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dimanche 21 avril 2019

HIGH LEVEL #3, de Rob Sheridan et Barnaby Bagenda


Quand ça veut pas décidément... High Level peine trop à me convaincre pour que je poursuive l'aventure. L'ennemi de toute bande dessinée est la prévisibilité et de ce point de vue, Rob Sheridan ne réussit pas, depuis trois épisodes, à crééer un univers et une intrigue qui dépasseraient un air de déjà-vu. Barnaby Bagenda gâche clairement son talent dans cette entreprise dont il est le seul atout.


Thirteen et Minnow ont réussi à semer le Black Helix et fuir la ville. Mais cela leur a coûté leur véhicule et désormais ils évoluent dans la plaine désertique, sous un soleil de plomb. Jusqu'à ce que Monnow mette à jour, avec son pouvoir, un entrepôt souterrain.


Une moto side-car s'y trouve, et des armes que Thirteen dérobe pour pouvoir les vendre plus tard. La frontière se présente, menaçante, sans qu'on sache bien ce qui s'y est passé autrefois, mais devant laquelle passe un bétail transformé génétiquement.


Au comptoir de Nibi, Thirteen gagne le droit d'entrer grâce aux armes qu'elle échange. A l'intérieur, des camelots cherchent à lui fourguer leur marchandise. Minnow fausse compagnie à son escorte pour suivre un combat dans une arène.


Thirteen la retrouve et est abordée par une fille avec laquelle elle a récemment refusée de travailler. Celle-ci lui propose à nouveau un job et essuie un nouvel échec dont elle ne semble pas se formaliser.


Sauf qu'une fois dehors, Thirteen est maîtrisée et Minnow enlevée pour être livrée au Black Helix. Thirteen finit, rouée de coups, dans le caniveau, impuissante.

High Level s'inscrit dans un format monomythique très courant - Isola emprunte cette même structure narrative. Il s'agit du "voyage du héros" avec ses étapes balisées, qui suit un personnage dans une quête semée d'embûches mais qui révèle sa bravoure.

Autant dire que pour l'auteur qui s'aventure dans cette direction, il vaut mieux disposer d'une histoire solide et aux péripéties originales, car sinon on a la tenace impression d'avoir déjà lu mille fois ce qui est raconté.

La force d'Isola par rapport à High Level est d'avoir opté pour un récit plein de mystères, exigeant du lecteur un abandon : on ignore exactement où, quand on est, ce qui relève du mythe et de la réalité, on jongle avec des références multiples mais jamais assénées, le genre emprunte à l'heroic fantasy tout en en esquivant les figures imposées.

Rob Sheridan n'a clairement pas le talent de Brendan Fletcher et Karl Kerschl. Le cadre de son histoire est copié sur celui de Mad Max : Fury Road, son héroïne est un archétype de débrouillarde embarquée dans un projet qu'elle n'a pas désiré, la gamine qu'elle escorte se résume à une esquisse d'aimant à emmerdements et de pratique boite à outils, et tous les obstacles qui se dressent sur leur route échouent à surprendre.

Ce mois-ci, on a droit à la visite d'un comptoir avec son lot de camelots, ses combats clandestins, sa décharge à ciel ouvert, et l'apparition opportune d'une kidnappeuse rancunière. Tout est prévisible à un point tel qu'on se demande presque s'il ne s'agit pas d'un test où l'auteur nous prévient qu'il osera bien avoir recours à tout ce qu'on connait déjà. A la fin de l'épisode, Thirteen est rouée de coups et abandonnée dans un caniveau. Le mois prochain, elle se relévera et partira rattraper Minnow qu'elle réussira in extremis à sauver tout en se trouvant dans une nouvelle mauvaise passe. Etc, etc.

Et même si je me trompe, quelles chances y a-t-il que Sheridan propose une surprise réelle ? Le canevas de sa série est trop convenu (emmener Minnow à High Level - si tant est que cette cité existe - avec quelques détours). Rien, absolumen rien n'étonne, ni l'ambiance fin du monde, ni l'horizon de cette ville légendaire, ni le rôle de messie de Minnow, ni l'adversité au programme. 

Dans ce contexte, Barnaby Bagenda et son coloriste Romulo Fajardo Jr. gâchent leurs extraordinaires talents à mettre en images cette odyssée aux petits pieds. Sans eux, ce serait tout simplement inutile. Mais avec eux, malgré tout, ça demeure insuffisant.

Les planches, dont certaines sont authentiquement impressionnantes (voir la traversée du comptoir de Nibi en plongée), sont superbes mais c'est du caviar pour un scénariste qui ne le mérite pas.

High Level est une série que j'aurai aimé aimer, mais elle est franchement trop banale pour cela.

dimanche 24 mars 2019

HIGH LEVEL #2, de Rob Sheridan et Barnaby Bagenda


Le premier épisode de High Level, le mois dernier, m'avait un peu laissé sur ma faim par son côté convenu, balisé. Ce deuxième numéro ne corrige pas le tir mais marque tout de même un vrai démarrage, après une exposition lente de Rob Sheridan. La série profite aussi du graphisme de Barnaby Bagenda. Bref, ça reste sage mais plaisant.


Akan convainc, difficilement, Thirteen de convoyer Minnow jusqu'à High Level en échange d'une grosse récompense. Elle en reçoit d'ailleurs la moitié à l'avance sans cacher toutefois qu'elle ne croit pas à l'existence de cette mythique et de ses légendes.


Thirteen emmène Minnow chez elle et décide de modifier son aspect car le Black Helix cherche une fillette. Elle lui coupe donc les cheveux comme pour un garçon. Mais la nuit est agitée car Minnow ne cesse d'interroger Thirteen sur tout.


Le lendemain matin, elles se rendent au marché pour acheter des vêtements à Minnow. Puis elles se joignent à la tablée d'Ema et Jasper à qui elle présente Minn comme son jeune cousin. 

En aparté, Thirteen négocie avec Jasper pour qu'il conduise Minn à High Level où il se rend, contre la moitié de la récompense. La fillette surprend la conversation et fond en larmes. Mais de détonations retentissent.


Le Black Helix fait irruption dans la zone, à la recherche de Minnow. Jasper s'interpose et est exécuté. Thirteen prend la fuite avec la fillette, semant les policiers. L'opération lui coûte son véhicule et l'oblige à continuer à pied...

Peu de choses en vérité distinguent High Level d'une production Image Comics - ce qui souligne à quel point le label Vertigo de DC Comics, autrefois en pointe, peine à être original. Le contexte, l'intrigue, les personnages, tout fait penser à un de ces creator owned de le concurrence.

En effet, avec cette histoire située dans un futur post-apocalyptique, où sont évoqués une cité mythique, des élus dotés de pouvoirs, avec un récit en forme de road-comic, son héroïne au caractère bien trempée, et son graphisme remarquable, la confusion est quasiment entretenue.

La seule différence réside surtout dans le traitement de la violence, comme on peut le voir, à la fin de l'épisode, avec l'intervention du Black Helix dans la zone. Une série Image Comics aurait sans doute insisté sur la violence répressive de ce corps de police et l'assassinat de Jasper quand, ici, tout reste soft (la mort de Jasper est dessinée en silhouette, et les membres du Black Helix se "contentent" de cela plus de l'incendie d'une baraque).

Rob Sheridan n'est pas pressé et c'est un peu le souci : deux épisodes pour une exposition du sujet, c'est tout de même laborieux, et pas sûr que d'avoir traîné pour montrer la zone où vit et travaille Thirteen ait été nécessaire puisque, désormais, le récit va se déplacer et (espérons-le) offrir quelques péripéties plus mouvementées.

Car, c'est la bonne nouvelle, le voyage de l'héroïne et sa protégée commence vraiment. On va savoir si Sheridan a un monde cohérent et inventif à représenter, ou s'il n'aligne que des clichés à la Mad Max. Son écriture manque cruellement de relief, s'appuyant sur une esthétique très référencée, et seul le rythme et des surprises pourront sauver High Level. J'irai jusqu'à la fin de ce premier arc et plus si affinités - comprenez, si je suis positivement étonné.

En l'état, inutile de se voiler la face, ce qui rend cette série vraiment attractive, c'est son graphisme. Sans Barnaby Bagenda et l'exceptionnelle complicité qui l'unit à son coloriste Romulo Fajardo Jr., rien de tout ça ne vaudrait qu'on s'y attarde davantage.

Bagenda a des idées pour deux et la force de son dessin confère à cette histoire une vraie plus-value. Il réussit à rendre crédible ce futur décadent, la zone est superbement figurée, tous les détails sont d'un réalisme épatant, depuis les automates de Thirteen jusqu'aux véhicules en passant par les looks ayant visiblement fait l'objet de recherches approfondies.

Attention, on n'est pas dans un réalisme photographique pour autant. Les formes sont subtilement affranchies de tout vérisme, mais la colorisation directe produit un effet troublant, qui, sur une périodicité mensuelle, apporte à la série une exigence plastique rare (à se demander d'ailleurs si Bagenda et Fajardo Jr. tiendront longtemps ce rythme ou si le titre connaîtra des pauses).

Il en faudrait peu pour que High Level décolle. Il y a du potentiel, disons, mais le script doit se déchaîner franchement. 

samedi 23 février 2019

HIGH LEVEL #1, de Rob Sheridan et Barnaby Bagenda


Le label Vertigo de DC Comics, dédié à des séries non super-héroïques et plus adultes, est un malade convalescent. Mais l'éditeur semble vouloir le ranimer. High Level fait partie des titres qui prétendent à ce rétablissement et il est le fruit des efforts d'un membre du groupe rock Nine Inch Nails, Rob Sheridan, et du dessinateur d'Omega Men (version Tom King), Barnaby Bagenda. Un début classique et sage mais pas dénué d'intérêt.


La Terre, dans un futur post-apocalypse. Thirteen est une jeune femme éboueur qui, après une dure journée de labeur, passe prendre un verre chez "Benny's". C'est alors que le Black Helix, une brigade de police, fait irruption, à la recherche d'un homme et d'une fillette.


Thirteen rentre chez elle, à Ordell Faire, où elle croise son ami Jasper, sur le départ. Il va s'installer à High Level, une cité mythique, en quête de promotion sociale. Thirteen est dépitée de ce choix mais Jass ne reviendra pas dessus.


La jeune femme en parle d'ailleurs ensuite à Ema qui lui donne une toute autre version de High Level, décrite comme une cité dont les habitants, espérant être élus pour "l'ascension", vivent comme des esclaves.


Le lendemain soir, Thirteen accepte d'exécuter un boulot bien payé sur la recommandation de Ema. Elle déroute les drones de surveillance du secteur et s'introduit dans un entreprêt où elle surprend un inquiétant rassemblement.


Découverte, elle est sur le point d'être sacrifiée par un cyborg lorsqu'une brigade de Black Helix fait irruption. Sauvée par le chef de ce commando, Akan, un ancien amant, Thirteen accepte pour le remercier une mission : ramener la fillette recherchée, Minnow, à High Level, car elle pourrait mettre fin à la guerre...

Depuis les licenciements successifs de Karen Berger et Shelly Bond, le label Vertigo n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut. Les arrêts de séries cultes comme Fables ou Astro City (même si Kurt Busiek - qui n'a toujours pas terminé le script de sa mini Batman : creature of the night - promet de la reconduire sous forme de romans graphiques, l'intégration à l'univers classique de personnages comme John Constantine ou Swamp Thing, la fuite des talents (vers Image notamment), n'ont laissé que la peau sur les os à cette collection autrefois si réputée.

DC semblait se moquer de son sort jusque récemment, puis de nouvelles séries ont été lancées. Dernière en date, ce High Level était une des plus excitantes sur le papier. Mais il faudra certainement attendre un peu pour mesurer son vrai potentiel.

Le scénariste est un membre du groupe de rock Nine Inch Nails et Rob Sheridan ne se distingue pas d'emblée par une grande originalité. L'histoire se situe dans un énième futur post-apocalypse, dont l'esthétique reprend une fois encore celle de Mad Max, avec un décor principal en forme de bidon-ville et en prime son cortège de déclassés, de police hyper-répressive, de cités mythiques et de cyborgs.

L'argument est lui aussi vu et revu : un enfant-messie, susceptible d'empêcher une guerre, confiée à une héroïne revêche pour être ramené dans une citadelle légendaire. Donc à la clé un périple s'inscrivant dans le schéma bien commode du "voyage du héros" selon Christopher Vogler.

En vérité, et personne ne songe vraiment à s'en cacher, l'attraction principale du projet repose sur son dessinateur, Barnaby Bagenda. Bien qu'il ne s'agisse pas d'une star, ce dernier bénéficie d'une jolie côte depuis qu'il a illustré la maxi-série Omega Men, qui révéla chez DC Tom King : le titre ne fut pas un gros succès commercial, mais reçut des éloges critiques et dût à ses fans d'être mené à son terme quand DC voulut l'annuler. L'aura gagné par King depuis a en quelque sorte rejailli sur Bagenda, même si les deux hommes n'ont pas retravaillé ensemble.

Graphiquement donc, High Level est exceptionnel car le dessinateur a un style puissant, généreux dans le détail et, associé au coloriste Romulo Fajardi, un rendu saisissant. Rarement peut-on voir une telle complicité entre un artiste et son collaborateur puisque Fajardi colorise directement les crayonnés de Bagenda.

En résulte un travail superbe sur les lumières, les textures, les ambiances, qui donnent vie de manière intense à cet univers pourtant rebattu. Grâce à eux, la série possède ce dont son scénario manque : une patte, une singularité, une personnalité, de l'allure.

D'un côté, on peut déplorer que Bagenda et Fajardo ne bénéficient pas d'une matière plus riche, plus originale, à la mesure de leurs talents. De l'autre, sans eux, High Level psserait inaperçu.

Il "suffit" maintenant à Rob Sheridan d'emballer la suite de manière plus musclée et inattendue pour se hisser au niveau de ses partenaires et combler ses lecteurs. A cette condition, Vertigo pourra s'énorgueuillir de publier une nouvelle pépite.