Affichage des articles dont le libellé est Flash. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Flash. Afficher tous les articles

mardi 7 avril 2015

Critique 600 : FLASH ANTHOLOGIE - 75 ANNEES D'AVENTURES A LA VITESSE DE L'ECLAIR

Et nous y voilà ! 600ème critique : quelle aventure !
Comment marquer le coup ? En parlant d'un gros bouquin récemment acquis, contenant quelques pépites, par exemple !

FLASH ANTHOLOGIE : 75 ANNEES D'AVENTURES A LA VITESSE DE L'ECLAIR rassemble 20 épisodes, réalisés par plusieurs scénaristes et dessinateurs, dont les différentes incarnations du super-héros Flash sont les vedettes, depuis l'apparition du personnage en 1940 jusqu'en 2014.
Cet album a été publié en 2015 par Urban Comics.
*
Plutôt que de vous livrer une critique détaillée de chaque épisode, ce qui serait fastidieux et risquerait de vous spoiler, je vous propose de partager ce que m'a inspiré cette lecture.

Je ne suis pas un spécialiste du personnage de Flash, mais il m'a toujours été sympathique : visuellement, il possède un des meilleurs designs qui soit, similaire d'ailleurs à celui d'un autre de mes super-héros favoris, Daredevil, avec son costume à dominante rouge.

C'est aussi une figure passionnante car il incarne vraiment la notion de temporalité chez son éditeur : il ne s'agit pas simplement d'un des plus anciens super-héros de DC Comics, avec ses 75 ans au compteur, mais d'un personnage dont le pseudonyme a servi à trois acteurs différents, successivement - Jay Garrick, Barry Allen et Wally West (on peut même ajouter l'éphémère Bart Allen).
Dans un article pour le magazine bimestriel Comic Box, Xavier Fournier avait souligné que si Green Lantern symbolisait l'espace (c'est un héros cosmique, investi par les gardiens de la planète Oa pour protéger un secteur précis de l'univers), Flash, lui, personnifiait le temps et les thèmes qui lui sont rattachés, comme la transmission, la vitesse, la mort, l'héritage, le retour.

C'est aussi un super-héros majeur car son apparition dans le n°4 de la revue Showcase de Septembre 1956 marqua le début de ce qu'on appelle le silver age, l'âge d'argent, c'est-à-dire la deuxième génération de super-héros dans les comics, initiée par l'editor Julius Schwartz. Darwyn Cooke, dans sa mini-série DC : The New Frontier (au sujet de laquelle j'ai rédigée récemment une entrée - critique n° 585) le cite d'ailleurs.
A cette époque, les comics super-héroïques n'existaient pratiquement plus et Schwartz eut cette intuition géniale qu'en réinventant des personnages déjà existant, en les modernisant narrativement et visuellement, leur renaissance était possible. La suite appartient à l'Histoire du 9ème Art, avec le succès qu'on sait. C'est au scénariste Robert Kanigher et au dessinateur Carmine Infantino qu'on doit ce retour de Flash, mais avec Barry Allen à la place de Jay Garrick sous ce nom et un nouveau costume.

En 1985, Flash déclencha un nouveau bouleversement et connut une nouvelle vie : lors de la saga-événement Crisis On Infinite Earths, écrite par Marv Wolfman et dessinée par George Pérez et Jerry Ordway, le héros se sacrifiait pour contrarier sérieusement les plans de destruction cosmique de l'Anti-Monitor. Barry Allen mourait d'une manière épique, inoubliable pour toute une génération de lecteurs (qui lurent d'abord cette histoire dans la revue Super Star Comics en France).
Une nouvelle fois, l'alias du bolide écarlate changea et c'est logiquement que Wally West joua le rôle : celui qui fut le sidekick  de Barry Allen puis un membre de New Teen Titans (série produite également par Wolfman et Pérez) sous le pseudonyme de Kid Flash confirmait l'importance symbolique de la lignée des speedsters dans l'univers DC.

En 2008 puis 2011, deux autres sagas majeures modifièrent encore les destins intimement liés de Flash et de DC Comics : dans Final Crisis, le scénariste Grant Morrison (avec les dessinateurs J.G. Jones et Carlos Pacheco) mettait en scène le retour de Barry Allen parmi les vivants ; puis dans Flashpoint, le scénariste Geoff Johns et le dessinateur Andy Kubert chamboulait profondément les fondations des séries de l'éditeur pour aboutir à la "Renaissance" ("New 52" en v.o.), un reboot dont on suit encore aujourd'hui les conséquences.

On peut donc constater que Flash n'est pas seulement le super-héros le plus rapide du monde dans l'univers DC, un justicier masqué qui a été inspiré par le dieu de la mythologie romaine Mercure puis un personnage en collant rouge et jaune : c'est aussi, surtout, celui qui a, plusieurs fois, provoqué des révolutions dans le cours de l'Histoire de son éditeur. 
Et c'est que cette Flash Anthologie publiée par Urban Comics permet de mesurer, en plus de découvrir une importante collection d'épisodes allant de 1940 à nos jours, réalisés par des auteurs et des artistes souvent remarquables (parfois moins aussi, il faut l'avouer, mais c'est le jeu avec ce genre d'ouvrages où il y a à boire et à manger).

Le livre est divisé en quatre parties, comme suit.
  *
PREMIERE PARTIE  : PREMIERES FOULEES 
(1940-1949) (32 pages)
 Flash Comics #1 : Les Origines de Flash (1940)
(Gardner Fox / Harry Lampert)
 Flash Comics #104 : Le rival de Flash (1949)
(Robert Kanigher / Carmine Infantino)

Pour commencer, on a donc droit à deux très anciens épisodes dont le premier Flash, Jay Garrick, est le héros. Ecrits par Gardner Fox (un des futurs artisans du silver age de DC au milieu des années 50) et dessinés par Harry Lampert puis Carmine Infantino (qui créera visuellement le Flash moderne), ces histoires témoignent du charme désuet de leur époque : on ne peut s'empêcher de les lire avec un sourire amusé, même si elles demeurent efficaces, avec un sens du rythme indéniable - ce qui est une sorte de devoir avec un héros dont la rapidité est le pouvoir.

Surtout, avec Jay Garrick, c'est toute une généalogie de bolides qui débute, et plus généralement l'idée que DC Comics a longtemps entretenu une tradition de générations de héros, balayée (hélas !) par le "New 52". 
*
DEUXIEME PARTIE : A TOUTE ALLURE
(1956-1982) (122 pages)
 Showcase #4 : Le mystère de l'éclair humain (1956)
(Robert Kanigher / Carmine Infantino)
Flash #110 : Voici Kid Flash ! (1959)
(John Broome / Carmine Infantino)
 Flash #129 : Double danger sur Terre (1962)
(Gardner Fox / Carmine Infantino)
Flash #165 : Un marié de trop (1966)
(John Broome / Carmine Infantino)

Cette deuxième partie, nettement plus conséquente (même si elle n'est pas la plus volumineuse), est sans nul doute la plus passionnante, et il faut d'abord s'arrêter aux quatre premiers épisodes de son sommaire, tous dessinés par Carmine Infantino.

Mort l'an dernier, Infantino a été un géant, le mot n'est pas trop fort, de la bande dessinée, et pas seulement américaine, avec une carrière qui couvrit six décennies (!). C'était un artiste extraordinaire, mais aussi un scénariste, un editor, un directeur éditorial. 
Lorsqu'il fut chargé d'inventer avec le scénariste Robert Kanigher, qui fut son partenaire privilégié avec John Broome, le Flash moderne, Infantino cherchait simplement des commandes auprès des éditeurs, et Julius Schwartz lui donna carte blanche pour designer le bolide écarlate. Résultat : un des meilleurs visuels super-héroïques de tous les temps, d'une admirable simplicité et d'une puissance évocatrice épatante !
Mais Infantino révolutionna aussi la manière même de dessiner les pouvoirs de Flash, à eux seuls un défi atypique pour un artiste de bande dessinée : en effet, comment représenter le mouvement, la vitesse, dans des images fixes ?
On peut dire qu'il s'en sortit avec le même génie que Franquin dans Gaston Lagaffe, imaginant une multitudes d'astuces graphiques pour suggérer les déplacements, la sensation de rapidité, les effets optiques, l'exploitation de la "force véloce". Et tout ça sans jamais sombrer dans une surenchère spectaculaire, au contraire : le trait est toujours élégant, simple, le lecteur éprouve les sensations produites par les pouvoirs de Flash de façon suggestive et économe.

Pour tout cela, Infantino peut être véritablement crédité comme co-auteur des épisodes qu'il illustra pendant plus de dix ans (sans compter les autres séries auxquelles il contribua, car comme Jack Kirby, Alex Toth, c'était un travailleur à la productivité insensée, incomparable avec celle des dessinateurs actuels), soutenu par des encreurs de première classe (Joe Giella et Murphy Anderson).

L'anthologie ponctue les épisodes avec des pages reproduisant des couvertures célèbres signées par Infantino, où on peut remarquer son sens si particulier de la composition (avec des constructions en diagonales très efficaces et surprenantes, ou des symétries audacieuses). Les couleurs éclatantes des costumes de la rogue gallery si riche de Flash ajoutent à l'émerveillement.

Les récits sont également sensationnels, souvent plus brefs que le format traditionnel (une quinzaine de pages), permettant l'ajout d'histoires de complément (des back-up stories) où les scénaristes présentaient des personnages secondaires, dont Kid Flash, qui allait prendre une importance cruciale dans la série de Flash et dans l'Histoire de DC.

Je me suis régalé en lisant ces épisodes, qui, de manière finalement assez terrible pour la suite du programme de l'Anthologie (et de la série du héros, tous volumes confondus), sont les meilleurs. On y sent des auteurs qui s'amusent, qui sont attachés au personnage, qui font montre d'une imagination sans limite : comment résister ?
 DC Special Series #1 : Comment se prémunir de l'éclair (1977)
(Cary Bates / Irv Novick)
New Teen Titans #20 : Cher Papa, chère Maman (1982)
(Marv Wolfman / George Pérez)

Si l'épisode écrit par Cary Bates et dessiné par Irv Novick n'a rien d'essentiel (c'est plutôt une curiosité dispensable, visuellement moyenne), celui de Marv Wolfman et George Pérez est excellent : il rappellera aux nostalgiques combien la série des Jeunes T. (telle qu'elle était baptisée à l'époque en v.f.) a été la meilleure version de cette équipe, rivalisant avec Uncanny X-Men de Chris Claremont et John Byrne chez Marvel.
Le récit choisi appartient au registre intimiste qui ponctuait régulièrement le titre mais il est superbement écrit et mis en images.
*
TROISIEME PARTIE : POINT LIMITE
(1990-2001) (130 pages)
 Secret Origins #50 : Flash de deux mondes (1990)
(Grant Morrison / Mike Parobeck)
Flash (volume 2) #54 : Zéro mort (1991)
(William Messner-Loebs / Greg Larocque)
 Flash (volume 2) #91 : Hors du temps (1994)
(Mark Waid / Mike Wieringo)
 Flash (volume 2) Annual #8 : Kid Flash, deuxième jour (1995)
(Tom Peyer / Humberto Ramos)
Flash (volume 2) #134 : La vie tranquille à pleine vitesse (1998)
(Grant Morrison, Mark Millar / Paul Ryan)
 Flash (volume 2) #174 : Nouveau départ (2001)
(Geoff Johns / Scott Kolins)

Cette troisième partie est la plus volumineuse, et logiquement la plus inégale.

On y lit des choses réjouissantes, comme l'épisode écrit par Grant Morrison et dessiné par Mike Parobeck (trop tôt disparu), qui ouvre ce chapitre. DC à cette époque a réfléchi au retour des héros de l'âge d'or, rayé de la carte du Multivers par Crisis on infinite earths et des luttes de pouvoir au sein des équipes éditoriales (où s'affrontaient deux camps : celui qui préférait laisser dans leur remise ces antiquités, et celui qui désirait les en sortir pour renouer avec le riche passé de l'éditeur), et on commence à assister au retour de figures mémorables de l'âge d'or, comme Jay Garrick, le premier Flash. L'histoire est pleine de tendresse, émouvante et positive : une vraie pépite.

Après, ça se gâte. Choisir un épisode, comme celui écrit par William Messner-Loebs et (affreusement) dessiné par Greg Larocque, laisse perplexe : il est issu d'un crossover, visuellement repoussant, narrativement poussif.

Mark Waid et Mike Wieringo (un autre artiste parti trop tôt) relèvent le niveau : même si le dessinateur n'a pas encore totalement trouvé le style si sympathique, quasi-"Disney-ien" de ses épisodes de Fantastic Four chez Marvel (avec le même scénariste), le récit fonctionne très bien, manoeuvrant des ressorts dramatiques étonnants. De quoi espérer que Urban Comics propose, si cette Anthologie se vend bien, une traduction du run de Flash par les deux W, inédit en France ?

On retombe d'un cran avec l'Annual signé Tom Peyer et Humberto Ramos : il est vrai que je n'ai jamais aimé le style de ce dessinateur, et que, scénaristiquement, là encore, on peut discuter de la qualité du produit.

Le duo formé par Mark Millar et Grant Morrison au script du n° 134 (volume 2) est une agréable surprise : les deux anglais remplacèrent Mark Waid pendant un an sur la série et, tout en respectant le ton adopté par leur collègue, fournirent des épisodes très agréables. Si on y retrouve bien le goût pour le devoir de mémoire cher à Morrison, en revanche Millar n'était pas encore le provocateur roublard qu'il est devenu. Dommage que Paul Ryan soit si faiblard au dessin : ça méritait mieux.

Enfin, Geoff Johns et Scott Kolins ferme le ban : le scénariste, devenu aujourd'hui cadre créatif de DC, a produit un paquet d'épisodes, sur plusieurs volumes, avec Flash, souvent dessiné par son partenaire présent. Moi qui n'apprécie que très modérément le trait de Kolins (auquel un bon encreur a toujours manqué, et qui est souvent fantaisiste avec l'anatomie de ses personnages), j'ai été positivement surpris par le résultat, même si le script n'a rien de renversant (quoique Johns n'y succombe pas à son coupable penchant pour le gore glauque et les punchlines qui tombent à plat).  
*
QUATRIEME PARTIE : DANS LE RETROVISEUR
(2002-2014) (110 pages)
 JLA Secret Origins : Origines secrètes (2002)
(Paul Dini / Alex Ross)
 DC Comics Presents The Flash #1 : Le défunt le plus rapide du monde (2004)
(Jeph Loeb / Ed McGuinness)

Deux pépites ouvrent cette dernière partie : d'abord, on a droit à deux pages peintes par Alex Ross sur un texte de Paul Dini, résumant les origines de Flash (version Barry Allen). C'est splendide, et je ne peux que vous conseiller de vous procurer tout l'album dont elles sont extraites (elles sont aussi présentes dans JLA : Justice et Liberté, en v.f. chez Semic, en préambule à une chouette aventure, également intégralement illustrée par Ross et écrite par Dini).

Puis Jeph Loeb et Ed McGuinness rendent un superbe hommage à Julius Schwartz dans ce petit épisode que j'ai découvert pour la première fois dans un n° du magazine Comic Box : c'est malicieux, pêchu, et les dessins sont excellents, dans un style cartoony, avec un découpage très tonique. (En prime, une autre splendide couverture de Alex Ross, "swipe" d'une image iconique de l'ère Infantino.)
Justice League of America (volume 2) #20 : Décision éclair (2008)
(Dwayne McDuffie / Ethan Van Sciver)

Passons rapidement sur ce segment issu du run (mouvementé, à cause d'interférences éditoriales infernales) du regretté Dwayne McDuffie, mis en images par Ethan Van Sciver (le Brian Bolland du pauvre). Voilà encore un choix très discutable : pourquoi donc Urban Comics l'a-t-il préféré au, par exemple, chapitre V de DC : The New Frontier (Fun City) de Darwyn Cooke (facile à présenter et qui aurait montré Flash dessiné par le maestro) ?
Wednesday Comics : Flash Comics  #1-12 (2009)
(Brendan Fletcher, Karl Kerschl / Karl Kerschl)

Voilà en revanche une initiative réjouissante (et qui laisse espérer que l'éditeur français prépare une nouvelle édition - à un prix plus abordable que l'album de Panini Comics - de Wednesday Comics) : le projet de Fletcher et Kerschl faisait partie d'une anthologie grand format publiée par DC en 2009, réunissant un ahurissant casting de créateurs pour des histoires de 12 pages inspirés des Sunday Pages d'antan.
Les deux compères ont imaginé une histoire délirante et plusieurs niveaux de lecture, qui synthétise plusieurs thèmes de la série et adresse de multiples clins d'oeil aux comics en général (y compris Peanuts de Charles Schulz !), avec des dessins magnifiques.
Qu'est-ce que j'aimerai voir un jour ces deux auteurs prendre en main la série régulière du bolide !

(A noter que pour respecter au mieux le format d'origine, Urban a été astucieux en proposant une lecture horizontale : c'est un peu délicat pour manier ce gros bouquin, mais le découpage si soigné de Kerschl souffre moins que le lecteur.)
Flash (volume 2) #0 : Catharsis (2012)
(Brian Buccellato, Francis Manapul)

Cet épisode 0 renvoie à la période la plus récente de la série, dans le cadre de la "Renaissance DC" (New 52), avec le duo Manapul-Buccellato aux commandes : si esthétiquement, leur run a été une grande réussite, scénaristiquement ce fut beaucoup plus inégal (en partie, là aussi, à cause d'incohérences éditoriales mais aussi faute d'inspiration). 

Urban vient de republier en album les 8 premiers épisodes de cette série (tome 1 : En avant !). 
Flash Season Zero #1 : Parade de monstres, 1ère partie (2014)
(Andrew Kreisberg, Katherine Walczak, Brooke Eikmeir / Phil Hester)

Enfin, l'album se termine avec l'adaptation en comic-book de la nouvelle série télé diffusée sur CW (après la précédente datant de 1990-91). Le résultat, en BD, n'a rien de folichon, aussi bien pour le scénario (qui modifie beaucoup l'univers du héros) que pour le graphisme (Hester est en toute petite forme, et je reste gentil).
*
Il faut encore féliciter Urban Comics pour le soin apporté au contenu rédactionnel : chaque épisode, époque, personnage, auteur, est présenté de manière claire et rapide, contextualisé. Celui qui ne connaît absolument rien à Flash, ceux qui l'ont animé, les diverses périodes qu'il a traversées, son influence sur l'univers DC, ses ennemis, seront parfaitement instruits. 

Mieux encore : ce livre donne une irrésistible envie d'explorer plus profondément les aventures du super-héros, et on peut rêver d'une collection concernant le run de telle ou telle équipe créative (en premier lieu, à tout seigneur tout honneur, la production dessinée par Infantino  - un imposant Omnibus de presque 900 pages existe bien en v.o. qui pourrait être "retaillé" en plusieurs tomes en v.f.).

dimanche 23 février 2014

Critique 416 : JUSTICE LEAGUE SAGA #4

 JUSTICE LEAGUE SAGA 4 :

- Justice League #21 :

Le jeune Billy Batson doit affronter Black Adam qui veut lui dérober les pouvoirs dont l'a investi le sorcier Shazam. 

Publiées en back-up de la série Justice League, les nouvelles origines de Shazam écrites par Geoff Johns trouvent leur conclusion dans cet épisode de plus de trente pages. L'entreprise était louable (réintroduire un personnage aussi iconique que Shazam dans le "New 52") mais cela méritait-il autant de place, surtout pour un tel dénouement, un tel résultat ?
J'éprouve un sentiment très partagé : le personnage est délicat à manier, l'esprit d'un enfant dans le corps d'un surhomme, et Johns n'évite pas toujours la mièvrerie ni les dialogues balourds, a fortiori quand il met en scène tous les autres gamins amis de Billy Batson qui reçoivent eux aussi à un moment-clé ses pouvoirs (Freddy Freeman s'exclamant devant Mary : "Hé, Mary... T'es bonne !"...), et d'ailleurs cette séquence n'aboutit pas à grand-chose.
En revanche, quand il se concentre sur son point fort, c'est-à-dire les scènes d'action, la confrontation entre Shazam et Black Adam, le dénouement de leur bataille (fort astucieux, même si on peut raisonnablement douter que le sort de Black Adam soit définitivement scellé), le spectacle vaut le coup d'oeil, tout comme comme lorsque les sept péchés capitaux trouvent leur hôte.
A voir maintenant ce que va devenir le héros (membre futur de la JL, peut-être avec sa propre série).

Les dessins sont assurés par Gary Frank qui livre une copie très soignée : ses personnages sont expressifs, ses planches sont riches en décors détaillés, son découpage classique mais agréable. Du travail soigné, qui ne souffre que d'une colorisation trop sombre, et de redesigns de costumes ratés (c'est hélas ! le cas de beaucoup de personnages du "New 52"...).
Mais qu'il s'agisse de représenter des surhommes athlétiques, des gamins, des monstres, des animaux, Gary Frank s'emploie à la faire avec une méticulosité justifiant les délais d'exécution.
 
- Flash #21 :

Flash s'est lancé à la poursuite de Kid Flash, membre des Jeunes Titans, pour savoir s'il est mêlé à la série de meurtres sur laquelle il enquête et dont toutes les victimes ont séjourné dans la dimension de la Force Véloce.

Commençons par dire que cet épisode est à nouveau un enchantement sur le plan visuel : Francis Manapul et son coloriste Brian Buccellato déploient non seulement des trésors d'imagination pour mettre en scène de la manière la plus vivante et éclatante la course entre les deux speedsters autour du monde. A chaque page, le découpage est d'une richesse, les vignettes sont d'une beauté extraordinaires : la sensation de vitesse est fabuleusement représentée.
Ce brio graphique suffirait presque à tout à excuser et fait de Flash une des séries les plus stimulantes du moment.

Mais si l'on est honnête, il faut aussi être un peu désagréable et avouer que le scénario de cet épisode est à l'image de la production écrite par les mêmes Manapul-Buccellato, c'est-à-dire que c'est très vite lu - ce n'est pas en soi un problème : là où ça le devient, c'est quand on comprend que ça se lit vite parce qu'il n'y a pas grand-chose à lire. Deux bolides se courent après pendant 13 pages (sur 20) et c'est presque tout car Flash comprend que Kid Flash n'a rien à voir avec son affaire, et les 7 pages restantes sont aussi vite expédiées.
Très beau, mais aussi très creux. 

- Justice League of America #4 :

Catwoman a réussi à infiltrer le repaire de la Société Secrète des Super-Vilains. Le reste de la JLA l'y rejoint mais rencontre de la résistance.

Déjà quatre épisodes et cette série ne décolle toujours pas. Geoff Johns ne parvient pas ni à faire croire à cette équipe hétéroclite, bâtie à coups de personnages réduits à des clichés (comme des parodies de plusieurs héros Marvel par moments : ainsi Hawkman est-il dépeint comme Wolverine), quand ils ne sont tout bêtement pas absents (on n'a toujours pas vu le Green Lantern Simon Baz, et pour ce que fait Stargirl, elle pourrait très bien être ailleurs qu'on ne verrait pas la différence). Le cliffhanger est bêtement sensationnaliste, on n'y croit pas une seconde non plus.

Pour que le ratage soit consommé, on mentionnera que David Finch, déjà peu inspiré, a déjà cédé sa place au dessin. Il est remplacé par Brett Booth dont la médiocrité est effarante : tout est raté dans ses planches (personnages aux expressions improbables, aux proportions dignes des pires comics des 90's, décors intemittents). Dire qu'il va remplacer Manapul sur Flash dans quelques mois : ça fait peur.

- Green Arrow #20 :

Tous deux éprouvés par leur dernier affrontement, Green Arrow et Komodo ont à coeur d'en découdre : le second attire le premier dans le cimetière où est enterré son père. Pas de quartier, malheur au vaincu !

Jeff Lemire maintient une tension remarquable à sa série en la dépouillant de toute fioriture. Son héros est atteint, mis à mal, et se jette dans l'arène avec l'énergie du combattant têtu, rageur. Comme Flash, ça se lit tout seul mais la matière est mieux travaillée, les sentiments plus à vif. Surtout, le scénariste est malin car depuis son arrivée, il a inscrit son récit dans un flashback et l'on comprend maintenant pourquoi et comment Oliver Queen se trouve dans le désert du Nevada où on le voyait errer avant chaque duel contre Komodo.

Et puis Andrea Sorrentino produit des planches galvanisantes, à la hauteur du script : le découpage est plein d'audace, de trouvailles, mais qui sont toujours justes, au service de l'histoire, de l'action. La mise en couleurs de Marcelo Maiolo joue un rôle crucial dans l'affaire, avec des partis pris très stimulants. C'est jubilatoire. 

- Justice League Dark #20 :

La Maison des Mystères est désormais sous le contrôle du Dr Destin et chaque membre du groupe dirigé par John Constantine doit faire face à ses pires hantises. Flash intervient, mais une révélation vraiment étonnante attend Mme Xanadu.

Jeff Lemire et Ray Fawkes développent leur histoire avec toujours beaucoup d'énergie : avec des personnages comme Frankenstein, Deadman, Constantine et un invité comme Flash (dont la présence est tout de même un peu artificiellement justifiée), il y a de quoi faire pour montrer quels cauchemars peuvent les assaillir. Mais la menace est aussi représentée à une plus grande échelle, reprenant la structure déjà à l'oeuvre dans l'arc précédent, où ce qui arrive à un ou plusieurs personnages affectent le monde qui l'entoure. La série ne manque pas de souffle, et le cliffhanger est réellement inattendu.

Mikel Janin continue de dessiner ça avec un luxe de détails confondant, même s'il est épaulé par l'encreur Vicente Cifuentes (dont le style ne se marie hélas ! pas toujours très bien à celui de cet excellent dessinateur). Les double pages, souvent une solution facile pour épater la galerie dans les comics, trouvent ici parfaitement leur place et méritent qu'on s'y attarde.

Bilan : positif - la revue souffre d'un programme inégal, avec des scénarios parfois insuffisants, mais ses meilleures séries (Green Arrow, JLD) sont tellement bonnes qu'elles justifient l'achat. En souhaitant quand même que JL, Flash, voire JLA, s'améliorent vite.

vendredi 14 février 2014

Critique 412 : DC SAGA #18 / JUSTICE LEAGUE SAGA #1-2-3

En préambule : comme ceux qui me lisent ont pu le constater, je me suis remis récemment à lire des publications DC Comics avec des séries comme Aquaman, Flash, Justice League ou Justice League Dark, issues du "New 52". Je poursuis donc le mouvement avec les revues traduites en France par Urban Comics Editions, d'abord "DC Saga" puis "Justice League Saga" (titre qui a remplacé le précédent, avec un sommaire ajusté). Je critique donc ici les épisodes suivants les derniers que j'ai lus en tpb.

 DC SAGA 18
 JUSTICE LEAGUE SAGA 1
 JUSTICE LEAGUE SAGA 2
 JUSTICE LEAGUE SAGA 3
- Justice League #18-19-20 : (in Justice League Saga 1-3)
Après la bataille qui l'a opposée aux Atlantes (dans le crossover avec Aquaman Throne of Atlantis), la Justice League décide d'ouvrir ses rangs à de nouveaux membres recensés par Cyborg, qui collecte toutes les infos sur les surhumains émergeants. Certains leur ont déjà prêtés main forte contre les Atlantes (Black Canary, Firestorm, Zatanna, Vixen, Black Lightning), d'autres répondent à l'invitation sans être sûrs de s'engager (Blue Devil, Platine, Goldrush, Nightwing, Element Woman), Batman exigeant que les nouveaux se consacrent à temps plein à la Ligue. La réunion est perturbée par le piratage de Platine (un robot conçu par le Pr Magnus) puis du système de sécurité du QG de l'équipe, la Tour de Garde.
The Operative, un membre de l'équipe des Others (liée à Aquaman), dérobe dans la Batcave un échantillon de kryptonite sans être identifié. Batman gardait là d'autres reliques capables de neutraliser les Justiciers, au cas où ceux-ci deviendraient dangereux. Superman et Wonder Woman interviennent de leur propre chef au Khandaq, ce qui irrite Batman, au courant de leur liaison, et soucieux de l'image de l'équipe déjà bien entamée. Cependant, à la Tour de Garde, Eclipso surgit et seuls Firestorm, Atomica et Element Woman sont présents pour l'affronter.
Le Limier Martien, qui a déjà combattu Eclipso dans le passé avec la Ligue, prête main forte aux recrues et le neutralise. Mais à l'insu de tous, Atomica s'est servi des derniers évènements auxquels elle vient d'assister pour compléter des dossiers sur les membres de la Ligue...

Geoff Johns livre trois épisodes très faibles après le crossover palpitant entre Justice League et Aquaman : c'est donc une déception. D'abord, les nouveaux membres intégrant l'équipe sont peu intéressants, voire même franchement horripilants (en particulier Element Woman, mais Firestorm n'est guère plus gâté). La seule bonne surprise est Atomica, dont le secret est révélée in fine dans le #20. Mais on peut être perplexe : Johns n'a déjà pas utilisé tout le groupe initial (Green Lantern est même parti depuis un moment et Flash a été absent), alors ajouter pour ajouter ou pour remplacer est curieux, et la caractérisation de certains personnages laisse déjà à désirer.
Mais cette fameuse révélation souligne en vérité pourquoi ces trois épisodes auraient pu être mieux et plus rapidement traités : il s'agit pour Johns de préparer le prochain crossover, plus important puisqu'il impliquera trois séries (Justice League, Justice League of America et Justice League Dark), Trinity War, et la saga évènement Forever Evil. Trois chapitres pour un prologue, ça fait un peu long.
L'autre point qui demeure inexpliqué concerne le cambriolage commis par the Operative, personnage vu dans le deuxième tpb de la série Aquaman. Où cet autre subplot nous ménera-t-il ?

Ce qui n'arrange pas l'ensemble, c'est la succession de dessinateurs : Ivan Reis revient illustrer le #19, sans faire d'étincelles (hormis, il est vrai, une double page superbe). Jesus Saiz signe le #18, très bien d'ailleurs (il mériterait la place de remplaçant officiel de Reis, à défaut d'une série à temps plein). Mais Gene Ha, en petite forme, doit être épaulé par le médiocre Andres Guinaldo pour le #20.
Tout ça ne rend pas la lecture très agréable.

Espérons que la suite soit de meilleure qualité, aussi bien pour le scénario que la partie graphique.  

 - Justice League of America #1-2-3 : (in Justice League Saga 1-3)
Le gouvernement américain, représenté par l'agent Steve Trevor, n'a plus de contact avec la Justice League, dont l'opinion se méfie désormais. Amanda Waller prend les choses en main et a carte blanche pour former sa propre équipe de surhumains avec l'aide de Trevor. L'idée est d'avoir à disposition non seulement des héros maniables mais aussi capables, si besoin est, de vaincre la Justice League. Sont engagés Catwoman (pa rapport à Batman), le Limier Martien (par rapport à Superman), Katana (par rapport à Wonder Woman), le Green Lantern Simon Baz (par rapport au GL Hal Jordan), Vibe (par rapport à Flash), Stargirl (par rapport à Cyborg) et Hawkman (par rapport à Aquaman).
Leur première mission les entraîne sur la piste de la mystérieuse Société des Super-Vilains, découverte par l'espion de Trevor, Green Arrow (refoulé de la JL autrefois).

Le succés remporté par les séries Justice League et Justice League Dark a conduit naturellement DC et Geoff Johns à relancer le titre Justice League of America. Mais il s'agit également (surtout ?) de préparer le crossover Trinity War, où les trois Ligues vont s'affronter.
Pourquoi pas ? Sauf que le prétexte semble bien artificiel, les ficelles bien trop grosses et visibles, et l'idée de monter une équipe officielle, capable de rivaliser avec la JL, se perd dans des raccourcis qui ne sont pas toujours pertinents. Par exemple, Waller veut des héros plus dociles mais ne recrute (fait recruter par Trevor) qu'une bande d'électrons libres, asociaux (Hawkman, le Limier Martien, Katana, Catwoman) ou inexpérimentés (Stargirl, Vibe, Simon Baz). On ne croit pas une seconde que de tels individus, même en échange de contreparties diverses, acceptent de collaborer avec les autorités et avec d'autres héros, contre les membres de la JL qu'ils ont, pour certains, aidé sans problème lors de la guerre contre les Atlantes.
L'idée de faire de Green Arrow une sorte d'agent indépendant est un peu meilleur (il a la motivation et le caractère pour cela), mais bon, avec Trevor, on arrive à une équipe de 9 membres, ce qui est considérable. Johns est doué pour les rassembler rapidement (même si le #1 est un épisode plus long) et les envoyer en mission, par contre la caractérisation de tous ces personnages est taillée à la serpe (et parfois, il faut le dire, consternante, comme dans le cas de Catwoman, désignée comme une allumeuse qui se balade avec un décolleté jusqu'au nombril). En vo, le titre a déjà changé deux fois de scénariste (Johns passant le bébé à Matt Kindt puis Jeff Lemire, qui va refonder la série prochainement) et plusieurs fois de dessinateurs.

Le dessin, parlons-en : il revient à David Finch, débauché de Marvel il y a plusieurs mois. Son style, chargé en détails et en ombres, convient plutôt bien à la tonalité du titre, et il réussit même à glisser quelques idées, simples mais efficaces, dans le découpage. Malgré tout, on retrouve ses faiblesses rapidement et de manière prononcée, avec des personnages masculins très musclés et inexpressifs, et des personnages féminins aux courbes et aux attitudes souvent vulgaires (la seule qui échappe à ce traitement est Katana).

Pas très convaincant pour un début.

- Justice League Dark #14-15-16-17-18-19 : (in DC Saga 18 & Justice League Saga 1-3)
Alors qu'elle avait vaincu Nick Necro, Felix Faust et le Dr Mist, et mis la main sur les grimoires magiques, la Ligue des Ténèbres a vu, stupéfaite, disparaître Zatanna et le jeune Tim Hunter au moment où celui-ci a ouvert les fameux ouvrages.
Zatanna et Tim surgissent dans un monde parallèle, Epoque, où créatures magiques et hommes dévoués à la technologie s'affrontent depuis des lustres. Dans notre dimension, John Constantine, Deadman, Frankenstein, Madame Xanadu et Black Orchid cherchent un moyen de récupérer leurs amis et quand ils vont le trouver, vont provoquer d'importantes perturbations entre les mondes.

Justice League Dark a été une de mes coups de coeur dans les titres issus du "New 52". Jeff Lemire, assisté désormais de Ray Fawkes au scénario, allait-il transformer l'essai avec son 3ème arc narratif ?
Les deux auteurs ont vu les choses en grand et nous entraîne dans une épopée en 4 parties, La Mort de la Magie, qui a tout d'une saga évènementiel. Les rebondissements s'enchaînent à un rythme infernal, de nouvelles révélations sur les personnages, leurs pouvoirs, les dimensions mystiques s'accumulent à tout-va : il faut se montrer disponible pour tout absorber et profiter pleinement de l'aventure.
Lemire et Fawkes n'évitent pas toujours la répétition des erreurs des histoires précédant celle-ci, mais la série possède un souffle, une imagination, de l'humour, du spectacle. En vérité, JLD réussit souvent là où Justice League de Johns peine (ou échoue) en embarquant le lecteur, en ne le laissant pas souffler, mais aussi en soignant chaque personnage, en lui offrant son grand moment.
Le dénouement est certes un peu facile, avec l'intervention bien pratique d'un deus ex machina, mais le récit inspire de l'indulgence car il est dépaysant, dense, et bien bâti.

A l'exception du #14, découpé par Graham Nolan et peaufiné par Victor Drujiniu, mais néanmoins d'une bonne qualité, tout le reste est encore dessiné et encré par le prodigieux Mikel Janin. Il produit des planches superbes, avec un soin apporté aux décors supérieur à la moyenne, et des personnages bien campés, expressifs. Cet artiste est vraiment une révélation impressionnante : régulier aussi bien dans la livraison que précis dans l'exécution.

A partir du #19, Lemire, Fawkes et Janin (encré par Vicente Cifuentes, qui a la fâcheuse manie de chager inutilement le trait de son dessinateur avec des fioritures. J'espère qu'il ne fait que passer) entament un nouvel arc, La Cité de l'Horreur, tout aussi prometteur, mais il est encore trop tôt pour juger.

- Green Arrow #1-2-3 : (in Justice League Saga 1-3)
Oliver Queen a hérité d'une fortune considérable mais il néglige ses affaires en se consacrant à son activité de justicier masqué sous le masque de Green Arrow, désapprouvée par la police. C'est ainsi qu'il se trouve en peu de temps dans une situation difficile : l'entreprise familiale a été rachetée, ses collaborateurs les plus proches (qui couvrent sa double vie) sont (apparemment) tués, et un autre archer, Komodo, veut également le supprimer. C'est alors que le mystérieux Magus apparaît et fait comprendre au héros que toute l'affaire prend sa source dans le passé de son père et le sien...

Après 16 numéros peu concluants (aussi bien en termes artistiques qu'en chiffres de vente), DC a décidé de rediriger radicalement la série consacrée à Green Arrow. Dans le "New 52", le personnage n'est plus l'archer aguerri, bougon et barbichu, mais encore un jeune homme arrogant, dont les actions de justicier déplaisent aux autorités.
Jeff Lemire, déjà aux commandes de l'excellente JLD, a fait, semble-t-il, un important ménage et lance l'archer dans une saga qui démarre sur les chapeaux de roue. Ce qui frappe, c'est effectivement le rythme effréné de cette série où Ollie Queen n'a pas plus de répit que le lecteur : ce parti pris joue beaucoup dans la séduction du titre, surtout qu'on n'en sait pas plus que Green Arrow sur le mobile de son ennemi et la manière dont il pourra s'en sortir. On est captivé.
L'autre point fort, c'est que le héros est vraiment livré à lui-même : pas de sidekick, pas (ou presque pas) de renfort providentiel, pas de petite amie pour le réconforter, pas de brave flic pour le soutenir. Et Komodo est un adversaire redoutable. On est pris à la gorge, désireux que GA s'en tire tout en savourant les dérouillées qu'il subit car, et c'est l'audace de Lemire, il n'est pas franchement sympathique, notre archer, plutôt suffisant, impatient, impulsif, têtu. Voilà une bd qui a du caractère.

Et de l'allure, une sacrée allure ! Car elle est superbement mise en image par Andrea Sorrentino, là encore une découverte (comme Mikel Janin). Pour résumer, on pourrait dire qu'il est le croisement de Jae Lee et David Aja, avec en plus une capacité à enchaîner les épisodes impressionnantes (cela fait un an, en vo, qu'il dessine la série, sans avoir été une seule fois remplacé !).
De Jae Lee, il a hérité le goût des compositions audacieuses et des éclairages expressionnistes, sans céder à des représentations trop figées. A David Aja, il a emprunté des gimmicks dans le découpage, cette manière de construire des séquences avec des inserts de petites vignettes dans des cadres plus grands par exemple, une façon de s'amuser avec la page, le flux de lecture.
Après avoir colorisé son premier épisode, il est ensuite assisté par Marcelo Maiolo, qui utilise une palette très inventive, jouant souvent sur des parties en noir et blanc où seul un élément est traité. On pense bien sûr à ce que fait Matt Hollingsworth avec Aja là aussi : une gamme réduite de teintes mais savamment répartie, et qui compense intelligemment des décors rajoutés numériquement.

Green Arrow confirme en tout cas que Jeff Lemire est le scénariste à suivre, et que Andrea Sorrentino fait partie des artistes à surveiller.
  
- Flash #20 : (in Justice League Saga 3)
Le séjour dans la dimension de la Force Véloce, d'où il tire ses pouvoirs, a permis à Flash de mieux mesurer ses capacités mais aussi de découvrir que cela avait laissé des séquelles sur d'autres personnes. Lorsque plusieurs d'entre elles sont assassinées dans des conditions mystérieuses, le speedster sait qu'il ne s'agit pas d'une coïncidence et mène l'enquête...

Le duo Francis Manapul-Brian Buccellato, qui assure l'écriture et la mise en images de la série, ouvre donc avec ce 20ème épisode un nouvel arc (dédié d'ailleurs à Carmine Infantino, qui est mort en Avril 2013, quelques mois avant ce numéro, daté de Juillet).
Dans l'épisode précédent, on avait pu voir brièvement un curieux personnage ressemblant à Flash mais animé de mauvaises intentions. Il frappe à nouveau ici et oblige Flash à enquêter. Il s'agit aussi bien de neutraliser un assassin que de continuer à investiguer sur la Force Véloce.
Le scénario offre quelques scènes spectaculaires (le déraillement du métro) et intrigantes (l'espèce d'enregistreur grâce auquel Flash reconstitue le crime) : tout cela est très accrocheur et promet d'enrichir un peu plus la mythologie de la série.

Mais, une fois encore, c'est surtout visuellement que la série est la plus impressionnante : après un peu de repos, Francis Manapul revient très en forme et livre des planches formidables, qui traduisent à merveille les pouvoirs de Flash, les menaces qu'il affronte. La mise en couleurs de Buccellato achève d'enchanter.

Le titre n'est peut-être pas exceptionnel pour ce qu'il raconte, mais la façon dont c'est raconté est un pur bonheur.

mardi 4 février 2014

Critique 404 : FLASH, VOLUME 3 - GORILLA WARFARE, de Francis Manapulet Brian Buccellato

THE FLASH: GORILLA WARFARE rassemble les épisodes 13 à 19 de la série co-écrite par Brian Buccellato (seul pour les #18-19) et Francis Manapul et dessinée par Francis Manapul (#13-17), Marcus To (10 pages du #15) et Marcio Takara (#18-19), publiée en 2013 par DC Comics.
Deux histoires au programme :
- Gorilla Warfare (#13-17). Après avoir affronté les Lascars, un groupe de malfrats, Flash est à bout de force. C'est alors que pleut sur Central City des dizaines de capsules d'où sortent des gorilles menés par le Roi Grodd. Ce dernier, dont la force et la rapidité ont été dopées par la Force Véloce, cette dimension parallèle d'où Flash tire ses pouvoirs, entend bien non seulement envahir la ville mais aussi voler au bolide rouge son énergie et l'accès à celle-ci. Contre toute attente, les Lascars décident de se combattre au côté de Flash. Mais cela suffira-t-il ? 
J'avais laissé tomber la lecture de la série Flash en arrêtant d'acheter rapidement la revue "DC Saga", avant la fin de son premier arc (des épisodes qui ne m'ont pas fait forte impression, au moins au niveau du scénario). En me replongeant dans le mensuel et le titre qui lui a succédé, "Justice League Saga", j'ai pu commencer avec la troisième histoire.

Il m'a fallu un petit temps pour m'adapter car le tandem Brian Buccellato-Francis Manapul fait référence à des éléments d'épisodes antérieurs, mais l'un dans l'autre, rien d'insurmontable.
L'intrigue, si j'ose dire, court beaucoup de lièvres à la fois et jongle avec une multitude de personnages qui ne rendent pas vraiment service au déroulement de l'action. Entre Flash, les Lascars, le roi Grodd, son armée de gorilles, et le supporting cast de Barry Allen (sa fiancée Patty Spivot, son ami Darryl, Iris West et les autres prisonniers de la dimension de la Force Véloce), ça fait beaucoup (trop) de monde pour une histoire en cinq parties. Ecrire, c'est choisir, et visiblement Manapul et Buccellato n'ont pas su le faire.

Au coeur de tout cela, il y a la lutte entre Grodd et Flash, le premier disputant au deuxième la propriété exclusive de la Force Véloce. Leur combat réserve des séquences spectaculaires mais curieusement le scénario manque de souffle pour traduire l'ampleur que prend la situation à plusieurs moments (comme lorsque les gorilles capturent les citoyens de Central City pour les parquer dans le stade municipal où ils servent à alimenter mentalement le bras droit de Grodd, qui projette ainsi une illusion faisant croire à l'armée que la ville subit une attaque nucléaire... Résumer cela montre bien à quel point le récit est inutilement tarabiscoté).
Le rôle des Lascars eux-mêmes fait tiquer le lecteur : voilà une bande de fripouilles qui avait réussi à épuiser Flash mais qui sont ensuite prés à l'aider contre Grodd au prétexte que le gorille s'attaque à leur ville, comme s'ils avaient l'exclusivité pour en agresser les habitants et leur protecteur ! Dans les épisodes présents, ils servent donc ni plus ni moins qu'à suppléer Flash quand celui-ci est k.o. ou qu'il ne peut pas affronter toute l'armée de singes à lui seul. On peut raisonnablement douter que des vilains comme eux ne choisiraient pas plutôt de fuir ce genre d'ennuis plutôt que de se transformer subitement en sauveurs de la cité.

Si, malgré tout, on parvient à se faire une raison de tout cela, ce n'est pourtant pas désagréable à lire, surtout à partir du moment où Flash trouve le moyen de vaincre Grodd. La façon dont il a l'idée pour gagner et comment il l'applique est vraiment surprenante et donne à voir des applications des pouvoirs du bolide écarlate très originales : c'est d'ailleurs le point fort de Manapul et Buccellato depuis le début de leur run, avoir su imaginer que Flash n'était pas qu'un super-héros qui courait vite mais que sa vitesse affectait aussi sa capacité de raisonnement, que la dimension parallèle de la Force Véloce qui lui donne ses pouvoirs est un endroit qui altère la réalité toute entière à la fois dans l'espace et le temps et que, donc, elle pouvait toucher et métamorphoser l'entourage direct du héros.

Cela permet à Francis Manapul de laisser libre cours à sa verve graphique déchaînée. L'artiste s'inspire avec ses découpages, et jusque dans le titrage de la série, de dessinateurs comme Will Eisner et J.H. Williams III, avec des cadres en forme d'éclairs, des pages aux vignettes éclatées, des bordures en déséquilibre constant. Cela pourrait ressembler à un exercice de style un peu gratuit, mais en vérité c'est une traduction visuelle très intelligente et parfois virtuose des effets des pouvoirs propres à Flash, capable d'anticiper l'avenir, de disloquer le tissu du réel.
L'impact est d'autant plus saisissant que Manapul représente les personnages avec un style qui n'emprunte pas la voie classique du réalisme : son trait est simple, vif, mais par un jeu de contraste très fort, ce dessin énergique est prolongé par une mise en scène très sophistiquée. Le dispositif est exigeant aussi bien pour le lecteur qui doit parfois s'arrêter sur des doubles pages complexes dans leur construction que pour l'artiste, obligé sur l'épisode 15 d'être secondé par Marcus To.

La colorisation de Brian Buccellato est appliquée directement sur un dessin encré certes mais qu'elle atténue parfois avec des effets aquarellés de toute beauté, pour indiquer que certaines scènes se déroulent dans le passé ou dans la dimension de la Force Véloce. On ne peut qu'être épaté qu'avec une telle technique la série soit prête chaque mois sans retard, d'autant que donc Buccellato et Manapulo cumulent les postes de scénaristes et de graphistes.

Dommage cependant qu'un tel feu d'artifices ne serve pas à enjoliver une meilleure histoire.

- The Hero's Journey / The Stuff of Heroes (#18-19). Un cambriolage a lieu dans une bijouterie dont le gardien est tué. Barry Allen, en attendant d'être réintégré au sein de la brigade scientifique de la police de Central City, gagne sa vie en travaillant dans un bar louche la nuit, et y croise le Charlatan, un ancien membre des Lascars. La police interpelle le malfrat en l'accusant du vol et du meurtre. Barry Allen est convaincu de l'innocence du Charlatan mais bientôt la prison d'Iron Heights où il est incarcéré est prise d'assaut par le gang des Etrangers qui veulent l'en faire sortir...

Pour ce deuxième récit, Brian Buccellato est seul aux commandes du scénario et Francis Manapul cède sa place à Marcio Takara au dessin.
Le récit a pour lui sa concision et cette brièveté lui donne une densité qui faisait défaut à Gorilla Warfare. Là, en deux épisodes, on a un maximum de rebondissements au sein d'une intrigue certes classique, avec le thème rebattu du faux coupable, mais c'est bien ficelé, assez en tout cas pour qu'on ne devine pas avant la fin qui est le véritable meurtrier.
A la fin de l'épisode 18, Flash perd brusquement ses pouvoirs : c'est une conséquence provenant d'une autre série, inédite en vf (Dial H for HERO), mais parfaitement intégré et assimilable pour le lecteur qui ne lit que Flash. En prime, cela conduit à l'épisode 19 où c'est donc Barry Allen, devant faire preuve d'ingéniosité dans une situation critique (il est à l'intérieur de la prison où les amis du Charlatan sont venus le libérer), qui est mis en avant : cela évoque de façon savoureuse le film Die Hard 1 (Piège de Cristal en vf).

Marcio Takara remplace plutôt bien Manapul aux dessins. S'il n'a pas son inventivité pour le découpage et que son trait est parfois un peu sommaire, c'est un fill-in honorable, rien de déplorable et même, parfois, sur quelques cases/pages, une belle efficacité.

Un recueil d'épisodes inégal pour ce qui concerne l'écriture mais d'un niveau graphique souvent bluffant.

mercredi 2 novembre 2011

Critique 278 : DC HEROES 5 - FLASH, de Geoff Johns et Francis Manapul

Le 5ème numéro de la revue trimestrielle DC Heroes (le dernier que Paninicomics traduit, DC Comics sera distribué en France par Dargaud en 2012 sous le nom d'Urban Comics) rassemble les 6 premiers épisodes de la série Flash, écrite par Geoff Johns et dessinée par Francis Manapul, publiée par DC Comics en 2010 et 2011.
*
La monstrueuse mort des Lacars (The dastardly death of the Rogues, en vo) raconte comment Flash (alias Barry Allen, revenu dans le monde des vivants depuis la saga Final Crisis, écrite par Grant Morrison) est accusé de meurtre par une équipe de super-policiers du futur, les Renégats, en provenance du XXVème siècle. La victime est un des membres du groupe, mais là où l'affaire se corse, c'est que le crime n'a pas encore eu lieu à notre époque !
Dans le même temps, Barry Allen, malgré les protestations du directeur de la brigade scientifique (où il a repris son poste), s'intéresse à un dossier classé : le fils d'une vieille femme noire a été reconnu coupable d'un crime crapuleux. Et si les deux affaires étaient liées, et qu'en résolvant l'une, Flash sauvait sa peau et celle d'un innocent...
 *
25 ans après sa mort sacrificielle dans Crisis on infinite earths, le retour de Barry Allen, le Flash du "silver age", imaginé par le mythique éditeur Julius Schwartz et le scénariste John Broome en 1959, a été le point fort de la saga Final Crisis de Grant Morrison. Pour toute une génération de lecteurs, le décés de Barry Allen avait été un fait aussi marquant que celui de Jean Grey/Phénix (dans Uncanny X-Men) ou Captain Marvel (dans La mort de Captain Marvel) : d'une certaine manière, le personnage a gagné, en mourrant, une dimension iconique plus forte encore que de son vivant.
Mais cette résurrection a aussi déplu à ceux qui lui préféraient son successeur, Wally West : même si les deux speedsters ont co-existé (comme on le voit dans Blackest night), il est évident que Allen a repris sa place en haut de l'affiche. Comme pour confirmer cet état de fait, le récent relaunch massif du DCU a carrèment effacé Wally West et confirmé le Flash de l'âge d'argent.
Je n'entrerai pas dans ce débat pro ou anti-Barry Allen, et ce point n'entre pas en ligne de compte pour apprécier l'histoire que voici.
Avec sa bande de flics surgissant du futur pour arrêter Flash avant qu'il ne commette un crime a priori inévitable, le scénario imaginé par Geoff Johns fait furieusement penser à Minority report de Philip K. Dick (adapté au cinéma par Steven Spielberg) : cela ne fait que souligner à quel point, en étant au four et au moulin chez DC Comics (auteur, relanceur de séries, grand prêtre des events maison, directeur artistique), Johns ne semble plus avoir le temps d'inventer des intrigues originales. Ce trait était déjà frappant à la fin de son (pourtant excellent) run sur Justice Society of America, dans lequel, avec Alex Ross, il développait la trame du Kingdom Come de Mark Waid et Ross. Mais à l'époque, il s'inspirait d'un récit mythique avec plus d'ambition. Là, il est évident que Johns n'a pas voulu/eu le temps de consacrer autant d'énergie à revamper Flash comme il le fit avec la JSA ou Green Lantern.
Néanmoins, ce n'est pas désagrèable à lire. D'une part, on sent qu'à défaut d'avoir une grande vision pour le héros, il a de l'affection pour lui et qu'il a donc à coeur de bien le situer, en n'éludant pas les conséquences de son retour (il est fait mention du programme de protection des témoins pour expliquer la longue absence de Allen). D'autre part, il alterne à la fois les relations avec des personnages familiers (Iris Allen, les Lascars) et nouveaux (le directeur Singh, les Renégats, le Juge). Collant au pouvoir du héros, l'intrigue joue sur la temporalité et privilègie la vitesse (ce qui atténue un peu le manque d'originalité de l'idée principale et de caractère des dialogues, toujours aussi plats chez Johns).
*
Par ailleurs, et c'est l'atout-maître de ce story-arc, la série profite d'un artiste parfait pour le personnage avec Francis Manapul. Son style semi-réaliste, semi-cartoony, au trait vif, expressif, est idéal, et le découpage (même si, comme souvent désormais avec les scripts de Johns, on déplorera l'abus de splash et double-pages gratuites, même si très bien exécutées) est très efficace.
Mais Manapul bénéficie aussi d'un partenaire impeccable avec le coloriste Brian Buccellato : celui-ci intervient directement sur les crayonnés (au crayon bleu ou rouge) du dessinateur en employant l'aquarelle, ce qui donne une palette à la fois délicate et lumineuse. De la belle ouvrage.
*
Une saga complète (avec une fin ouverte malgré tout, car le titre préparait la saga Flashpoint) mineure mais brillamment illustrée pour un des héros les plus enthousiasmants de DC.