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dimanche 7 mai 2023

FALL OF X : la fin de l'âge de Krakoa ?

J'ai décidé, ce Dimanche, de vous parler de Fall of X, le prochain event dédié aux mutants et qui promet de bouleverser toute la franchise. Il sera lancé en Août prochain et Marvel a commencé par communiquer à ce sujet avec cette image promotionnelle dessinée par Bryan Hitch :


Comme vous le voyez, ce n'est pas fête et scénaristes et editors trollent allègrement les fans en prédisant la chute de Krakoa, sur l'air de "jusqu'ici tout allait bien, mais maintenant les véritables ennuis commencent : les mutants et leur nation y survivront-ils ?".

C'est la nouvelle tendance chez Marvel actuellement : lancer une série, un event, un crossover en plongeant directement héros et lecteur dans une situation de crise dont on apprend ensuite la cause. C'est ainsi qu'ont été relaunchées les séries Amazing Spider-Man (par Zeb Wells et John Romita Jr.), Fantastic Four (par Ryan North et Iban Coello) ou plus récemment Invincible Iron (par Gerry Duggan et Juan Frigeri) et j'en passe.

C'est une approche singulièrement opposée à celle en vigueur chez DC avec le statu quo post-Dark Crisis (on Infinite Earths), Dawn of DC, qui veut renouer avec une vision plus positive des héros. Bien entendu, ne soyons pas naïfs : la vie de super-héros n'est pas un long fleuve tranquille et donc il faut relativiser l'optimisme de mise en question.

Cela fait maintenant un peu plus d'un an que l'architecte du renouveau mutant, Jonathan Hickman, a quitté la franchise avec le quartette Inferno. Le scénariste a été empêché par la pandémie de Covid de réaliser toutes le idées qu'il avait en tête mais il s'est retiré en laissant aux auteurs de nombreuses pistes à explorer - et Gerry Duggan, notamment, sur le titre X-Men, en a repris un certain nombre. Aujourd'hui, il n'y a plus officiellement de capitaine à la barre du navire X comme le fut Hickman, mais certains se sont imposés malgré cela.

Gerry Duggan pilote X-Men, le vaisseau amiral de la franchise, et va (re)lancer Uncanny Avengers en Août. Al Ewing a démontré son adresse pour développer des intrigues complexes sur X-Men : Red. Et surtout Kieron Gillen a mené rapidement deux events dans lesquels les mutants étaient aux premières loges : A.X.E. : Judgment Day et Sins of Sinister, pour lesquels sa série Immortal X-Men a servis de rampe de lancement.

Depuis la refonte de l'univers mutant, Marvel a établi des séquences : après House of X/ Powers of X, il y a eu Dawn of X, puis Reign of X, et enfin Destiny of X. Fall of X s'inscrit donc dans une continuité et semble bien prévu pour remettre en question ce que des critiques ont appelé "l'âge de Krakoa" (pour désigner ce qu'avait commencé Hickman).

Fall of X est difficile à définir car, d'une part, on ne sait pratiquement rien sur ce que ça va raconter (tout juste a-t-on appris que quelqu'un allait voler le costume de Captain Krakoa et commettre grâce à lui une série d'actions violentes contre les mutants - ce qui conduira Captain America et Malicia à créer une nouvelle formation des Uncanny Avengers), et, d'autre part, parce que cela ressemble à un mix de crossover (avec les séries X actuelles, Invincible Iron Man et de nouveaux titres) et d'event. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a pas de mini-série centrale autour de laquelle s'agrégeraient des tie-in.
 

Ainsi, parmi, les "nouveaux" titres lancés à cette occasion, Marvel ressort de son chapeau Alpha Flight. C'est le scénariste Ed Brisson et le dessinateur Scott Godleswski qui auront la délicate mission de séduire les fans avec cette énième nouveau départ. Sur la couverture ci-dessus de Leonard Kirk, on remarque des absents dans l'équipe comme Sasquatch, Marina, Talisman mais également Vega et Aurora (résidant désormais sur Krakoa).


Steve Orlando pour le scénario et Vicenzo Carratu au dessin sont en charge de Astonishing Iceman, pour laquelle il est dit que Bobby Drake va assumer son statut de mutant oméga (combien de fois a-t-on eu droit à cette promesse ?).


Children of the Vault a droit à son titre par Deniz Camp (scénario) et Luca Maresca (dessin). Et la couverture de Yanick Paquette suggère qu'ils sortent de leur voûte pour régler leurs comptes avec les mutants (et plus ?).
 

Dark X-Men est une nouvelle itération de ce groupe par Steve Foxe (scénario) et Jonas Scharf (dessin), et la couverture de Steven Segovia montre Madelyne Pryor aux côtés de Havok, Archangel et Gambit (!) dans ce groupe.


Realm of X investit les teritoires magiques avec Magik et Mirage comme on les voit sur la couverture de Stéphanie Hans, pour ce comic-book écrit par Torunn Gronbekk et dessiné par Diogenes Neves.


Uncanny Spider-Man mettra en scène Diablo déguisé en tisseur sous la houlette de Si Spurrier (scénario) et Lee Garbett (dessin) - sans doute pour dévoiler la nouvelle vie de Kurt Wagner après son départ de Krakoa (dans le n° Before the Fall - Sons of X, paru la semaine dernière).

Que penser de cette collection ? Pour être tout à fait franc avec vous, je ne vois rien là-dedans susceptible de m'intéresser. Les équipes artistiques sont au mieux moyennes, les pitchs sont improbables. Je ne comprends pas l'intérêt et je ne vois rien susceptible de survivre au-delà de Fall of X. Même si des retrouvailles avec l'Alpha Flight ont pu me faire plaisir, je doute que Brisson et Godleswi par exemple fassent des miracles et les héros canadiens retourneront certainement dans les oubliettes où ils passent le plus clair de leur temps. Un concept comme Uncanny Spider-Man, qui plus est écrit par l'insupportable Spurrier, est au minimum foireux, encore une fois Diablo (mon X-man préféré) est victime de l'inspiration débile de cet auteur.


En ce qui concerne les série déjà établies, Fall of X impactera X-Men à partir de son n° 25, écrit par Gerry Duggan et dessiné par Stefano Caselli (qui ne revient donc pas sur X-Men : Red et alternera les arcs avec Joshua Cassara). Marvel, fidèle à ses mauvaises habitudes, spoile déjà l'après Hellfire Gala 2023 en révélant que Kitty Pryde (héritant du pseudo ShadowKat - avec un "K"...) intègre l'équipe première en mode ninja. Je n'aime clairement pas cette idée (le mode ninja) mais bon...
 

Bien que j'ai cessé de lire X-Force depuis un moment, Benjamin Percy va profiter de Fall of X pour renouveler l'effectif de la CIA de Krakoa, avec Colossus à la tête de l'équipe, à partir du n°23, qui sera dessiné par Robert Gill. Vous noterez aussi que Deadpool sera présent dans le groupe, dans son propre titre et dans Uncanny Avengers : bonjour l'overdose !


X-Men : Red #14 accueillera son nouvel artiste régulier en Août : Yildiray Cinar devient le nouveau partenaire de Al Ewing sur Arakko, où Genesis, l'épouse d'Apocalypse, fera son retour, ce qui devrait provoquer du remue-ménage au sein du gouvernement local.


Immotal X-Men #14 sera produit par Kieron Gillen et Lucas Werneck, mais j'ai lâché l'affaire depuis un moment là-aussi. On remarquera toutefois que Charles Xavier, comme sur l'image de Bryan Hitch annonçant Fall of X, est au centre de ce numéro et je crois qu'on peut raisonnablement interpréter ça comme un gros indice sur la chute du co-fondateur de Krakoa...


Wolverine, toujours par Benjamin Percy, sera, en Août, au coeur d'une aventure avec Ghost Rider, dessinée par Geoff Shaw. Mais bon, n'ayant jamais suivi cette série, ça m'en touche une sans... Vous connaissez la suite.
 

Gerry Duggan n'est peut-être pas un architecte comme Hickman mais au mois d'Août il sera à la tête de trois mensuels avec X-Men, Uncanny Avengers et Invincible Iron Man qu'il a relancé en Février dernier. Tony Stark va donc faire partie de Fall of X et on sait déjà pourquoi puisque Feilong, le milliardaire chinois allié d'Orchis, a racheté Stark Industries pour fabriquer de nouvelles Sentinelles basées sur la technologie Stark. Eh oui, le retour des Sentinelles, voilà qui est follement original...
 

Mais donc, la grande relance alignée sur Fall of X, c'est celle de Uncanny Avengers par Gerry Duggan (qui avait déjà signé un excellent run sur ce titre à partir de 2015 (je ne suis pas loin de penser que c'est ce que je préfère de lui), avec le dessinateur Javier Garron (qui a illustré une bonne partie des Avengers de Jason Aaron). La line-un comprend Captain America et Malicia (qui reforment cette unité), Monet, Deadpool, Psylocke, Vif-Argent et certainement encore un membre surprise (un Inhumain ? Un Eternel ?).

On en vient alors au fond du problème : depuis le départ de Hickman, après le premier Hellfire Gala (où il passa le relais sur X-Men à Duggan), j'avais de nombreux doutes sur le futur de la franchise X. J'ai toutefois voulu donner sa chance aux séries qui étaient le plus susceptibles de continuer à me plaire. Mais la tournure que ça a prise, notamment à partir de l'arrivée dans le staff des scénaristes de Kieron Gillen m'a progressivement découragé.

Je n'aime pas la manière dont Gillen écrit les mutants et surtout l'omniprésence de Mr. Sinistre qu'il a mis partout où il le pouvait, même quand finalement c'était inutile (comme par exemple dans A.X.E. : Judgment Day). Je n'ai pas lu Sins of Sinister (et d'après ce qu'on m'en a dit, j'ai eu raison). Immortal X-Men m'a profondément déçu, puis un peu plus plu, avant de m'horripiler.

Duggan est un scénariste correct, qui ne manque pas d'efficacité, mais dont le bilan sur X-Men me laisse perplexe. Le fait de chambouler l'effectif des X-Men chaque année avec le Hellfire Gala me semblait amusant, stimulant, mais Duggan a bouclé la première "saison" sur la série en ne convaincant pas, échouant à caractériser certains membres, à instaurer une vraie dynamique dans le groupe, et accouchant d'intrigues mal foutues. La seconde saison m'ennuie, avec des arcs débutant bien mais ne menant nulle part, avec toujours les mêmes faiblesses dans la caractérisation; la dynamique de groupe. De plus, si j'aime bien Stefano Caselli, Joshua Cassara n'a pas un dessin qui me séduit assez, donc je vais en rester là.

Je passe donc sur X-Force et Wolverine.

Idem pour Legion of X et tout ce que touche Si Spurrier, absolument imbuvable (alors qu'il est capable de pondre des merveilles comme Saison de Sang). Je lui reproche surtout son traitement de Nightcrawler (mais en vérité, je n'aime pas ce qu'il en a été fait depuis Dawn of X), si loin de l'idée de Cockrum.

Reste X-Men : Red. Al Ewing m'a souvent impressionné, par sa capacité à s'adapter à tout ce qui impactait sa série, mais surtout par la construction virtuose de ses intrigues. Pourtant, je suis réservé sur la suite, avec le retour annoncé de Genesis (et d'Apocalypse) sur Arakko, et après tout ce qu'il avait imaginé autour de Abigail Brand, du SWORD. Peut-il fait aussi bien ? Mieux ? Ou même puis-je encore lire seulement X-Men : Red en abandonnant tout le reste alors que Ewing ne refuse jamais de composer avec les idées des autres (et ce sera encore le cas avec Fall of X) ? C'est la limite avec Ewing : il joue trop le jeu, alors que je pense qu'il gagnerait à étanchéifier son titre.

Cette notion d'étanchéité a disparu avec Hickman qui avait conceptualisé son projet autour de Krakoa, de mutants désormais affranchis, ne courbant plus l'échine, se coupant même du reste du monde quand celui-ci ne reconnaissait plus son statut. 

Il n'est guère étonnant dans ces circonstances que pendant ce temps Hickman s'occupe du retour de l'univers Ultimate avec la mini Ultimate Invasion (dessinée par Bryan Hitch) et prépare le très alléchant G.O.D.S. (dessiné par Valerio Schiti). On voit bien que ce scénariste démiurge investit des territoires sur lesquels il aura la main, sans être parasité par des tie-in, d'autres séries, d'autres auteurs, une sorte de pré carré qu'il contrôle comme un auteur-editor comme pour House of X/Powers of X.

J'ai souvent pensé qu'après Hickman, les mutants couraient le risque de redevenir génériques, animés par des auteurs plus soucieux de faire fructifier des séries, une franchise, que par apporter de nouveaux concepts, d'enrichir la base d'idées initiale de Hickman. Et j'ai aujourd'hui le sentiment qu'on y est, à l'aube de Fall of X (même si cette impression a été alimenté depuis un an). Je ne veux pas lire de titres mutants sans passion pour ce qu'ils racontent. Et là, je sens que c'est comme quand Grant Morrison avait lâché l'affaire, à cause des editors qui n'aimaient plus ses idées, et que les X-Men sont rentrés dans le rang (à quelques exceptions près comme Astonishing X-Men de Whedon/Cassaday, Wolverine & the X-Men de Aaron/Bachalo, All-New X-Men de Bendis/Immonen).

Donc, pour résumer, je cesse là mon aventure avec les mutants. Seules exceptions : je lirai le prochain Hellfire Gala, et peut-être donnerai-je sa chance à Uncanny Avengers. Je sais que mes critiques sur ces titres X avaient de nombreuses vues et je remercie tous ceux qui les ont lues en y trouvant des analyses honnêtes. Mais la mer des comics est pleine de parutions et je trouverai certainement de quoi compenser ces arrêts.

vendredi 25 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES X - XI : WAY OF X #3 (Si Spurrier/Bob Quinn) - WOLVERINE #13 (Benjamin Percy/Scot Eaton)


Le Hellfire Gala se poursuit avec Way of X #3, écrit par Si Spurrier et dessiné par Bob Quinn.


Très préoccupé par de récentes découvertes sur l'île de Krakoa, Diablo a passé la soirée du gala à se soûler. Le lendemain, il traîne une sévère gueule de bois mais surprend Stacy X en train de distribuer des contraceptifs à de jeunes mutants. Elle le conduit dans un lupanar où se détendent des mutants.


Voisinant ce lieu de débauche, Stacy X montre à Kurt Wagner une nurserie où Lost veille sur des nouveaux-nés abandonnés par des mutants qui ont eu des relations sexuelles non protégées. Dans le bordel à côté, Fabian Cortez créé un scandale auprès d'une mutante qu'il a voulu abuser.


Legin, avec Pixie et les frères Xorn, intervient pour tenter de chasser un parasite mental qui fait perdre leur contrôle aux mutants de l'île. Mais la créature leur échappe. Le Dr. Nemesis rédige un rapport confidentiel dans lequel il exprime ses craintes sur le fait que le Pr. X puisse être victime de ce parasite.
 

On poursuit avec le treizième numéro de Wolverine, écrit par Benjamin Percy et dessiné par Scot Eaton.


Durant le gala, le Fauve a voulu se servir de la flore de Terra Verde comme d'un dispositif d'espionnage sur les invités. Mais l'opération dégénère quand les ambassadeurs de Terra Verde corrompent la flore et entrepennent de saboter la soirée. Wolverine et la X-Force interviennent.


Avec Domino, Kid Omega, le Fauve, mais aussi Deadpool, qui a essayé de s'incruster dans la fête, Wolverine règle le problème. Sage sermonne le Fauve, élimine le système d'espionnage de son collègue et négocie un armistice avec les ambassadeurs de Terra Verde qui retirent leur soutien à Krakoa.


Emma a une discussion avec le Fauve à propos de ses méthodes et ses projets. Il ne s'excuse pas, assumant le sale boulot que refuse de faire le conseil de Krakoa. Mais leur conversation est interrompue quand Sage signale que le navire Marauder à bord duquel se trouve Christian Frost ne répond plus...

Ces deux épisodes sont particulièrement embarrassants à lire, surtout après les sommets atteints par X-Men #21, Planet-Size X-Men #1 et S.W.O.R.D. #6. Entre redites lourdingues, caractérisations gênantes ou complètement aberrantes, et intrigues indigestes, il n'y a pas grand-chose à sauver (si ce n'est rien à sauver).

Way of X est une nouvelle série récemment lancée puisqu'elle ne compte que trois épisodes. Pour l'écrire, Marvel a débauché de chez DC le scénariste Si Spurrier, qui avait écrit il y a quelques années la pourtant peu fameuse Cable & X-Force (2012-2013). Entretemps, chez la "Distinguée Concurrence", Spurrier s'est refait la cerise en signant un spin-off de The Sandman, d'après Neil Gaiman, intitulé The Dreaming et quelques épisodes de Justice League (entre la fin du run de Scott Snyder et le début de celui de Bendis).

En revenant chez Marvel, sur la franchise X, Spurrier a affiché de grandes ambitions, comme s'il se mettait aun niveau de l'architecte Jonathan Hickman. Pourtant, il n'y avait pas de quoi pavoiser quand on a appris qu'il allait écrire Way of X, un titre avec Diablo en vedette. J'adore ce personnage mais aucune des séries dont il a occupé le premier rôle n'a rencontré le succès. Par ailleurs, si j'ai un regret depuis HoX-PoX, c'est bien que personne (y compris Hickman) n'a respecté l'elfe créé par Dave Cockrum. En effet, depuis toujours, les scénaristes ont privilégié le Kurt Wagner homme de foi au bondissant Bamf que préférait pourtant Cockrum, qui l'avait imaginé en s'inspirant d'Errol Flynn.

A part Alan Davis dans son run sur Excalibur et Jason Aaron dans son unique arc sur Amazing X-Men, personne (même Claremont) n'a animé le personnage de Diablo selon la volonté de Cockrum qui, jusqu'au bout, a exprimé son mécontentement sur le traitement qu'on avait réservé à son héros fétiche. Spurrier aurait bien énervé l'illustre artiste.

Depuis deux épisodes, Spurrier fait n'importe quoi avec Diablo qui, allié à Légion (David Haller, le fils de Charles Xavier, ressucité pour la peine), enquête sur une mystérieuse entité qui donne des cauchemars à de jeunes mutants sur Krakoa. Ils viennent, avec le concours du Dr. Nemesis, de découvrir qu'il s'agit d'Onslaught, émanation terrifiante des psychés de Xavier et Magneto (à l'origine d'un event dans les 90's).

Mais Spurrier ne s'arrête pas là : visiblement, le Hellfire Gala l'indiffère et il situe son épisode le lendemain de la fête, avec Kurt qui a une méchante gueule de bois car il s'est pris une cuite pour tenter d'oublier la menace qui rôde. Bon, déjà, assister au pathétique spectacle de Diablo en train de s biturer est complètement out of character, mais zapper carrément le gala pour poursuivre l'intrigue de la série, c'est vraiment du foutage de gueule. Lorsqu'on refuse de jouer le jeu d'un event, on n'y participe pas ou alors on passe le titre à un scénariste fill-in.

La suite est d'une tristesse abyssale. Kurt surprend Stacy X, ex-prostituée mutante (était-il utile de la faire revenir ?) en train de distribuer des contraceptifs à de jeunes mutants qui ont prolongé la nuit de fiesta en baisant sans protection. Kurt est outré parce que Hickman a eu la malheureuse idée de lui inspirer l'idée que les mutants devaient se multiplier... Mais évidemment pas comme ça ! En prime, cette scène fait passer Diablo pour un type opposé à l'usage de contraceptifs, pire que le pire des curaillons... Désolant. Mais ce n'est pas tout : Stacy X dévoile à Kurt l'existence d''une sorte baisodrome local où on peut se détendre sans conséquences... Et qui voisine une nurserie où sont recueillis des nourrissons abandonnés par de jeunes mutants qui ont copulé sans capotes. Non, vous ne rêvez pas ! Autant de passages lamentables dans un seul épisode, ça relève de l'exploit, ou du plus mauvais des mauvais goûts. 

C'est de surcroît dessiné avec les pieds par un certain Bob Quinn, qui a déjà sévi sur Captain America (le run de Ta-Nehesi Coates), et dont on se demande qui, chez Marvel, a pu penser qu'il avait assez de talent pour hériter d'une série régulière (quand tant de super artistes sont sans engagement). C'est un désastre jusqu'au bout. Mais il y a une justice en ce bas monde puisque Way of X va s'achever en Septembre au #5 (et ce, même si Spurrier assure que c'est seulement la fin de la "saison 1" et qu'il a plein d'idées pour la suite - c'est ça, mon grand, mais tes idées, tu te les gardes, et tu vas t'amuser ailleurs, loin). 

Hélas ! le calvaire n'est pas terminé car Wolverine #13 n'est guère mieux (avec un tel chiffre, c'était mal barré). Benjamin Percy n'est pas non plus le dernier, semble-t-il, pour se moquer du monde cette semaine puisqu'il ne fait rien d'autre que livrer un deuxième épisode de X-Force dans cet event.

En effet, ne vous fiez pas à la couverture de ce numéro car on y voit à peine Deadpool (dont le compte était déjà bon dans X-Force #20) mais pas beaucoup plus Wolverine. Obsédé par la flore de Terra Verde, le Fauve et Percy recyclent cette idée depuis des lustres sans se renouveler. Cette fois, entre une énième connerie du Fauve (que Percy aura chargé comme une mule, avec un acharnement incroyable) et des ambassadeurs de Terra Verde décidés à se venger de mutants qu'ils considérent comme des colonisateurs profiteurs, on a droit à un machin sans queue ni tête, à peine rattrapé par les toutes dernières pages.

Wolverine sort les griffes mais sans être mis en avant ni en valeur, Domino, Kid Omega et Sage occupant autant de place à l'image que lui pour éviter que la situation ne parte en sucette. C'est d'un ennui total, là aussi mochement dessiné par Scot Eaton (pourtant un dessinateur solide, mais qui a un script affreux et peu d'inspiration de toute façon).

Mais, tout de même à la fin, Percy tente quelque chose que tout le monde attend depuis des lustres : une explication entre quatre yeux avec Hank McCoy sur sa manière de gérer les choses et son comportement plus que limite. Le Fauve a dépassé les bornes bien avant HoX-PoX, donc il est impossible d'affirmer qu'il n'est plus le même : il a commis des actions peu orthodoxes déjà durant Messiah Complex (quand la race mutante était menacée d'extinction complète), puis il a ramené les cinq premiers X-Men pour tenter de raisonner un Cyclope adulte qui venait de tuer le Pr. X et qui sombrait dans un délire révolutionnaire (Bendis n'a pas fait grand-chose de cette piste pourtant prometteuse). Mais désormais, le Fauve est une ordure impardonnable, qui humilie ses amis, joue à l'apprenti-sorcier, et veut espionner tous les non-mutants tout en supervisant les missions de la X-Force.

On assiste donc à un premier échange tendu avec Sage, mais celle-ci n'a pas l'autorité nécessaire pour le recadrer. Il faut une Emma Frost pour oser dire ses quatre vérités au Fauve, mais il se démonte pas : il assume ses saloperies, parce que, selon lui, le conseil de Krakoa n'a pas les couilles nécessaires, et il accepte d'être mal vu si la communauté mutante est protégée au final. Percy a carte blanche pour écrire Hank McCoy, c'est évident, et donc ma foi, pourquoi ne pas aller jusqu'au bout de la logique du personnage, déjà bien entamée depuis des années, en en faisant un enfoiré. Mais c'est écrit sans nuance, sans remise en cause, sans encadrement. Personne ne dit clairement au Fauve de se calmer un peu (à part Wolverine qui l'avait frappé après avoir humilié Colossus). 

A force, c'est épuisant, c'est malsain. Certains fans imaginent qu'il y a un loup derrière tout ça (en gros : ce ne serait pas le vrai Fauve, mais son double, le Dark Beast de l'Âge d'Apocalypse), mais je n'y crois pas (pas davantage que je ne crois au fait que le projet de Hickman pour la franchise serait une énorme mascarade révélée in fine par un twist à la Shyamalan, du style : ce n'étaient pas les vrais X-Men, mais des clones, ou des mutants d'une autre dimension, d'une autre ère, etc.). C'est en tout cas pour cela (entre autres choses) que j'ai cessé de lire X-Force : Percy massacre ces personnages qu'il n'apprécie visiblement pas (à part Domino).

De toute façon, l'event touche à sa fin puisqu'il ne reste plus que X-Factor #10 à lire, et qui sort la semaine prochaine. On fera le bilan en même temps.

lundi 3 mai 2021

HELLFIRE GALA OFFICIAL GUIDE

 


Marvel vient d'éditer, gratuitement, en format numérique, ce guide officiel du Gala du Club des Damnés. Il s'agit du prochain event de la franchise X, qui va se dérouler dans onze numéros et autant de séries + un numéro spécial. A cette occasion, la composition de la nouvelle équipe des X-Men (la première formation officielle depuis l'ère Dawn of X-Reign of X) sera dévoilée, même si, si vous suivez mon blog, vous avez pu déjà la découvrir car j'ai relayé l'info communiquée par l'éditeur (qui, comme d'habitude, n'a pas pu s'empêcher de s'auto-spoiler).

Dans ce Hellfire Gala Official Guide, on a le détail des sorties des séries : les destivités démarreront dans Marauders #21 le 2 Juin et le même jour dans X-Force #20 et Hellions #12. Une semaine après, le 9 Juin, paraîtront X-Men #21 et Excalibur #21. La semaine suivante, on poursuit l'histoire dans X-Corp #2, New Mutants #19, et surtout Planet-Size X-Men #1. Le 23 Juin seront disponibles S.W.O.R.D. #6Wolverine #13 et Way of X #3. Enfin, le 30 Juin, on remballe avec X-Factor #10.

Tous les mutants de Krakoa seront donc de sortie, mais pas que puisqu'on sait que des invités extérieurs comme les Avengers seront présents ainsi que le Dr. Doom (!). 



Pour la peine, les mutants seront sur leur 31 et Marvel a mis les petits plats dans les grands en laissant les dessinateurs s'amuser à habiller les personnages pour la circonstance. Russell Dauterman avait déjà posté ses designs pour neuf protagonistes, mais ses collègues ont aussi eu l'occasion de laisser libre cours à leurs délires vestimentaires - et ils se sont bien lâchés. Voici la galerie de ce défilé de mode, dont les images serviront de variant covers pour les séries.



Marauders, Matteo Lolli


X-Men, Lukas Werneck


X-Force, Joshua Cassara


Hellions, Stephen Segovia


Excalibur, Marcus To


X-Corp, Alberto Foche


Planet-Size X-Men, Russell Dauterman


S.W.O.R.D., Valerio Schiti


New Mutants, Alex Lins


Way of X, Bob Quinn


X-Factor, David Baldeon


Et après ? Rendez-vous le 7 Juillet pour la sortie, très attendue, de X-Men #1 par Gerry Duggan et Pepe Larraz.

L'été sera chaud !

jeudi 12 novembre 2020

X OF SWORDS, CHAP. 14-15-16 : MARAUDERS #15 - EXCALIBUR #14 - WOLVERINE #7, de Gerry Duggan, Benjamin Percy, et Tini Howard ; Stefano Caselli, Phil Noto, et Joshua Cassara


Programme chargé cette semaine pour X of Swords puisqu'on a droit à trois nouveaux chapitres, correspondant à Marauders #15 (par Gerry Duggan et Benjamin Percy et Stefano Caselli), Excalibur #14 (par Tini Howard et Phil Noto), et enfin Wolverine #7 (par Benjamin Percy et Joshua Cassara). On entre dans le dur avec les premiers duels du tournoi. Mais les choses vont dégénérer spectaculairement pour les X-Men. Le crossover reste imprévisible, quitte à être parfois frustrant.


Saturnyne s'est jouée de Wolverine en lui faisant croire qu'il l'avait tuée pour mieux lui montrer ce qui arriverait si les champions d'Arakko gagnait le tournoi. A peine remis de cette vision, Wolverine assiste à l'empoisonnement de Cypher qui s'est servi dans son assiette où Guerre a glissé une potion mortelle.


Heureusement, l'Epée Blanche intervient et purge e poison de l'organisme de Cypher. L'assistance est en émoi et Guerre est la cible des reproches de toutes parts. Captain Avalon demande à Saturnyne d'annuler le tournoi mais elle refuse à cause de ce qu'a voulu lui faire Wolverine.
 

Durant le dîner, Cable et Magik testent Isca l'imbattable. Mort et Racine Rouge la Forêt jaugent leurs adversaires krakoans avec un certain dédain. Enfin, Saturnyne désigne les deux premiers champions qui devront se battre le lendemain : Captain Britain contre Isca l'imbattable.


Des trois épisodes de la semaine, celui d'Excalibur réserve la plus grosse surprise et révèle un élément important de ce second acte : dans l'Outremonde, rien ne se passe comme prévu. Et il n'est pas exclu d'y lire des manoeuvres de Saturnyne.


Le duel opposant Captain Britain à Isca l'imbattable tourne court avec le victoire sans appel de cette dernière. Elle fracasse l'épée de son adversaire qui elle-même se brise littéralement en morceaux. C'est l'émoi parmi les X-Men et Captain Avalon accuse Saturnyne de truquer le tournoi.
 

Mais les krakoans n'ont pas le temps d'aller plus loin dans cette querelle car on emmène déjà Cypher pour qu'il se prépare à son face-à-face avec Bei la Lune de Sang. Mais ce n'est pas à un combat qu'ils vont se livrer puisque Saturnyne procède à leurs noces !


Pour Cypher, c'est un soulagement, et Bei lie son destin à celui du jeune mutant sans résistance. Ils ne se comprennent pas mais le mariage est prononcé. Résultat : Arakko mène 2 à 1 après ce match nul...


Wolverine est un mutant populaire et la saga lui a réservé des scènes marquantes dans diverses séries comme dans son propre titre. Il va expérimenter, de manière rocambolesque, les règles folles qui régissent cette compétition dans un épisode mouvementé.


Magik se rend dans le royaume de Fae, gouverné par Roma, pour y affronter Pogg Ur-Pogg. Mais Saturnyne décide que leur duel se règlera au bras de fer et Magik perd. Wolverine, lui, est propulsé dans le royaume sans dessus-dessous de Blightspoke pour vaincre l'Invocateur.


Pourtant, Saturnyne préfère récompenser le perdant qui s'est battu jusqu'à la mort et téléporte Wolverine auprès de Tornade pour qu'ils s'enivrent. Cependant, Guerre affronte Solem, le meurtrier de son mari, pourtant supposé être son allié dans le tournoi.


Wolverine est à nouveau déplacé. Solem, qui avait passé un pacte secret avec lui pour détenir l'épée Muramasa, révèle à Guerre que Wolverine vient de tuer l'Invocateur, le fils de Guerre. Wolverine doit tuer celle-ci pour Solem...

Le rythme effréné avec lequel les auteurs nous jettent, en même temps que les krakoans et les arakki, dans l'arène tranchent singulièrement avec les épisodes de ces deux dernières semaines (Stasis puis X-Men #14 et Marauders #14). Et le moins qu'on puisse dire, c 'est qu'on va vraiment voir nos héros en baver. Au terme de ces trois chapitres, Arakko mène par 5 à 2 !

Je l'écris depuis un moment maintenant mais cela se vérifie à chaque coup : X of Swords dépote méchamment et déjoue toutes nos attentes. Le crossover tire complètement parti de sa longueur pour se déployer en une fresque rocambolesque, où on ne peut rien anticiper. L'ouverture du cahpitre 14 en est l'exemple type : on avait terminé la lecture de Marauders #14 avec Wolverine plantant ses griffes dans Saturnyne... Et bien entendu celle-ci n'est pas morte, elle a lu les pensées de Wolverine et le supplicie en lui montrant ce qui se passera si les arakki gagnent le tournoi - en gros, la fin du monde.

Stefano Caselli peut à l'occasion de ces premières pages de Marauders #15 rendre un hommage à une célèbre couverture de Uncanny X-Men par Marc Silvestri où Wolverine était littéralement crucifié sur un "X" géant. Ce ne sera pas le seul coup d'éclat du dessinateur italien, particulièrement forme, dont le trait expressif et le souci du détail font des merveilles ensuite lors d'un dîner épique, avec empoisonnement, démonstrations de force, dialogues ambigüs, mots d'esprit. Caselli est vraiment un artiste de haut niveau, dont la progression est remarquable : regardez comment il représente l'entièreté de la tablée dans un plan à la composition complexe et parfaitement exécuté. Admirez comment il traduit les émotions qui animent les personnages (la rage de Wolverine, l'excitation juvénile de Magik, la morosité d'Apocalypse, l'ingénuité de Cable, l'assurance de Isca...) : un festival.

Comme la semaine dernière, Gerry Duggan est assisté par Benjamin Percy, sans doute pour veiller à bien traiter Wolverine, qui concentre une bonne partie de l'attention. Néanmoins, le griffu n'est pas le seul à être bien servi car Magik et Cable forment un duo irrésistible et Isca s'impose comme une des arakki les plus charismatiques (son surnom d'imbattable invite forcément à s'interroger sur sa légitimité).

Toutefois, cet épisode n'est pour ainsi dire qu'un amuse-bouche (quand bien même Cypher manque d'y passer). Car dans Excalibur #14 débute le tournoi proprement dit. Et là, le récit accélère à tel point que la machine va s'emballer défitinivement. Tini Howard n'y va pas par quatre chemins et le lecteur comme les X-Men ne seront pas ménagés.

Si donc vous vous demandiez, comme Magik et Cable, si Isca était bien imbattable, la réponse ne se fait pas attendre car elle ne fait qu'une bouchée de Captain Britain. Au point que l'issue de leur duel est presque trop radicale pour n'être que le fait de la supériorité de la guerrière arakki : en effet, Betsy Braddock finit littéralement en morceaux. Et ce, juste avant que Saturnyne ne débarque. On peut raisonnablement douter de l'honnêteté de la majestrix de l'Outremonde quand elle affirme n'avoir rien fait pour provoquer cette défaite de Captain Britain : sa détestation pour Betsy a alimenté toute la série et le sort de la malheureuse apparaît comme un sort lancé contre elle.

Et déjà on passe à la suite, et quelle suite ! Le cas de Cypher (et Warlock) suscitait à juste raison les pires inquiétudes. C'est là que l'imprévisibilité de X of Swords va opérer pleinement puisqu'en fait Doug Ramsey ne va pas avoir à se battre mais à... Epouser son adversaire ! Quiconque prétendra avoir vu ça venir est un fieffé menteur : tout indiquait qu'il allait être opposé à Racine Rouge la Forêt, qui tient un rôle identique au sien au sein de la communauté d'Arakko, et c'est à Bei la Lune de Sang qu'on le voit s'unir très solennellement.

Si ce coup de théâtre est fort, c'est aussi (surtout) parce que personne ne comprend ce que dit Bei (sauf nous mais ses dialogues sont encadrés par des crochets pour signifier qu'elle s'exprime dans un sabir inconnu). Or Doug Ramsey est capable de tout traduire, mais pas là : lui non plus n'entend rien à ce qu'elle dit !

L'autre surprise, même si son nom pouvait le suggérer, c'est que Bei est bien une femme, ce qui correspond à la silhouette qui apparaissait sur la carte de tarot que Cypher avait trouvée dans sa chambre dans la citadelle de Saturnyne. Phil Noto (qui, donc, remplace Marcus To au dessin) joue habilement sur le gabarit équivoque de Bei, plus grande, costaude que le frêle Cypher. En même temps, lorsqu'elle ôte son casque, il lui donne un visage troublant, à la fois beau et androgyne, qui émeut Doug Ramsey (dont la sexualité a toujours fait débat chez les fans - après tout, sa relation avec Warlock prête à confusion).

Howard ajoute à la scène de la cérémonie de mariage un rebondissement superflu avec l'intervention de Jubilé et de son "fils", Shogo (changé en dragon). Noto semble un peu embêté par tout ça mais fait son boulot avec le professionnalisme qui le caractérise (Noto est un artiste que j'aime bien : il est d'une ponctualité irréprochable, son style est élégant et identifiable, il s'adapte partout). En tout cas, cet épisode laisse sans voix par sa tournure : ce n'est pas un défaut car il est très réussi.

Enfin, Wolverine #7 clôt la session de la semaine. Benjamin Percy est seul aux commandes cette fois pour le script et lui non plus ne nous laisse pas de répit. Au point que, pour la première fois, cela provoque une frustration certaine.

En effet, le combat, attendu (pour ma part en tout cas), entre Magik et le monstrueux Pogg Ur-Pogg est expédié. Saturnyne en change les règles sans explication (pas d'épée, mais... Un bras de fer !?!). On est aussi déçu de l'issue que Magik. Ce qui est rageant dans cette scène, c'est qu'on ignore si c'est une décision de Percy, ou un fait acté dès le départ par Hickman et Howard (les architectes de la saga). Je ne peux penser que Illyana Rasputin et Pogg Ur-Pogg n'auront droit qu'à ce trop court moment.

Puisqu'on est dans sa série solo, Wolverine va bien sûr monopoliser l'attention. Percy (avec Duggan dans Marauders) a écrit le griffu comme un lutteur sur les nerfs depuis le début du séjour dans l'Outremonde. Logiquement, il pousse cet état dans ces derniers retranchements à travers une succession d'épreuves absurdes et violentes qui confirment surtout que Saturnyne s'amuse avec les nerfs de tout le monde et du canadien en particulier (qu'elle considère comme une bête sauvage, donc avec encore moins d'égard que Betsy Braddock, c'est dire).

X of Swords semble, par certains aspects, ressembler à une sorte de test graphique aussi. On a vu des dessinateurs remplacer le titulaires du poste sur tel titre (Noto à la place de To, RB Silva à la place de To, Asrar succèder à Yu...) et là, Joshua Cassara s'assied dans le fauteuil de Viktor Bogdaniv pour cet épisode. 

Comme Cassara officiait jusqu'à présent sur X-Force (même si sur le dernier numéro, il était suppléé par... Bogdanovic, vous suivez ?), il présente l'avantage de bien maîtriser Wolverine (héros des deux séries). Il peut ainsi se déchaîner sur le découpage, comme il le prouve pour mettre en scène l'ahurissante et vertigineuse bataille dans le royaume de Blightspoke avec l'Invocateur. C'est, avouons-le, à la limite du lisible, mais au moins ça colle avec cet environnement délirant.

Percy et Cassara orchestrent tout l'épisode sur ce principe : faire perdre ses repères à Wolverine et au lecteur. Le mutant gagne son duel mais la victoire est accordée à son adversaire qui s'est battu jusqu'à la mort. Puis Logan est envoyé auprès de Tornade avec laquelle il se soûle, de quoi raviver la flamme de la passion entre eux deux. Mais alors qu'ils vont s'embrasser, hop ! Wolverine est catapulté en plein règlement de comptes entre Solem et Guerre. 

On atteint des sommets dans l'absurdité car Solem est l'assassion du mari de Guerre et Wolverine celui de son fils, l'Invocateur. Solem a conclu un pacte avec Wolverine pour qu'ils aient chacun une épée Muramasa et cela passe par le meurtre de Guerre... Qui, évidemment, veut faire la peau aux deux ! Et là encore, le gain du match échappe au gagnant évident par le biais de ces manigances.

Bien qu'on ne sache pas combien de temps s'est écoulé entre le premier duel (Captain Britain-Isca l'imbattable) et ce dernier combat (Wolverine-Guerre), l'avantage est très nettement pour Arakko. On a été tellement bringuebalé en trois chapitres qu'on a eu du mal à suivre le score.

C'est grâce à la puissance du récit qu'on octroie la victoire à X of Swords en tout cas, quand bien même j'ai été frustré par le duel Magik-Pogg Ur-Pogg. A deux semaines de la conclusion du crossover et avec six épisodes à venir, je reste impatient de lire la suite de cette saga vraiment jubilatoire et imprévisible. 

jeudi 8 octobre 2020

X OF SWORDS, CHAPTERS 3-4-5 : WOLVERINE #6 - X-DORCE #13 - MARAUDERS #13, de Benjamin Percy et Victor Bogdanovic, Vita Ayala et Matteo Lolli

 Cette semaine, X of Swords se décline en trois chapitres et autant de séries impactées. Mais il fuat nuancer ce programme car ce qui se déroule dans Wolverine #6 et X-Force #1" est organiquement liés, au point qu'il s'agit en vérité d'un seul récit en deux parties. Le mutant griffu laisse ensuite la place à Tornade dans Marauders #13



Benjamin Percy est le scénariste des séries Wolverine et X-Force et il a donc eu toute lattitude pour les lier de manière étroite pour les chapitres 3 et 4 de X of Swords. A vrai dire, il s'agit d'une illustration parfaite de la complémentarité de deux titres au service de la saga. Mais aussi d'un exemple flagrant que, éditorialement, décliner le crossover à travers tous les titres de la franchise X est une manière artificielle de faire croire au lecteur que tous les mutants sont impliqués.



Wolverine a compris qu'il faisait partie des champions appelés à représenter Krakoa dans le futur tournoi contre les élus d'Arakko. Pour descendre dans l'arène de l'Outremonde, il doit posséder l'épée Muramasa. Problème : son forgeron est mort.


Autre problème : Solem, son challenger, doit lui aussi mettre la main sur cette épée. Mais celui-ci est aussi l'assassin du mari de Guerre. Wolverine atteint un temple au Japon où se serait retiré Muramasa, mais qui est aussi un passage vers l'enfer...


Pour trouver l'épée, Solem consulte l'Oracle d'Arakko qui le guide. Il se sert de sa dague comme d'une clé pour ouvrir la porte vers l'enfer. Il sait que, dans ses geôles, il trouvera surtout Wolverine, qui le ménera à l'épée selon l'Oracle.


Les deux mutant s'allient pour dérober les deuxé épées forgées par Muramasa pour la fille et le gendre de la Bête qui doivent se marier. Wolverine consent à un sacrifice secret pour achever son périple et rejoint Magik dans le cercle des champions de Krakoa.


Surprise ; ce n'est pas Gerry Duggan mais Vita Ayala qui écrit le 13ème épisode de Marauders, cinquième chapitre de X of Swords. On comprend surtout que la première partie du crossover va ainsi dresser le portrait de chaque champion de Krakoa et comment ils trouvent leurs épées pour le tournoi.


Tornade, comme Wolverine, a deviné qu'elle était une des championnes désignées pour représenter Krakoa dans le tournoi contre Arakko. Elle doit à présent se rendre au Wakanda pour obtenir le prêt de l'épée Skybreaker, une arme sacrée que seul Black Panther peut légitimement brandir.


Mais T'challa est absent et la reine-mère Ramonda comme la princesse Shuri ne peuvent risquer de prêter l'épée, dont l'absence provoquerait une guerre civile. Tornade décide de la voler, en affrontant Shuri puis en défiant Black Panther. Qui condamne ensuite le portail qui assure la liaison entre le Wakanda et Krakoa.

Il faut bien se rappeler qu'à l'origine Jonathan Hickman et Tini Howard avait prévu que X of Swords ne compterait que neuf épisodes. Après avoir lu les trois épisodes de cette semaine, on comprend mieux pourquoi le projet a enflé jusqu'à vingt-deux numéros : en voulant impliquer tous les titres de la franchise, l'équipe éditoriale n'a fait que délayer la sauce et se donner du temps pour développer la situation de certains personnages (le fameux champions de Krakoa et un peu ceux de Arakko).

Cette narration décompressée n'est pas désagréable en soi, d'ailleurs les trois épisodes sont tous menés sur un bon rythlme, on ne s'ennuie pas en les lisant. Malgré tout, un sentiment curieux subsiste après les avoir découvert.

C'est particulièrement flagrant en ce qui concerne le périple de Wolverine. Alors qu'un gros épisode de sa série aurait certainement suffi à la raconter, Benjamin Percy commence son histoire dans Wolverine #6 et l'achève dans X-Force #13 comme si de rien n'était. On ne voit aucun membre de la X-Force dans la série qui lui est pourtant dédiée (tout comme on notait l'absence quasi-totale de membres de X-Factor dans le numéro 4 de leur série la semaine dernière).

Percy écrit bien Wolverine, c'est indéniable. La meilleure scène, peut-être, est celle qui ouvre l'épisode 6 de sa série où le mutant griffu s'adresse à Krakoa dans la salle déserte du conseil et relève que l'île vivante, en voulant que le portail externel reste ouvert avec Arakko, désire la guerre, quitte à sacrifier les mutants qui l'habitent. Krakoa n'est pas digne de confiance, comme le remarque avec à-propos Wolverine. C'est très bien vu.

La suite est beaucoup plus convenu, et sombre même dans le grand n'importe quoi à un moment. Wolverine part pour le Japon pour y trouver une épée, parvient à un temple isolé, refuge d'un forgeron mythique, qui est aussi un passage vers l'enfer. Wolverine est poussé dans la fournaise et seul son squelette d'adamantium lui permet de survivre. On voit donc son squelette sortir de la lave infernale puis se régénérer dans une cellule qu'il partage avec un certain Solem.

D'une manière inattendue, c'est de ce personnage issu d'Arakko que les deux épisodes de Wolverine et X-Force tirent le meilleur. Voilà un méchant tout désigné mais bien plus complexe que prévu. D'abord on apprend qu'il a assassiné le mari de Guerre, puis condamné à croupir au fonds d'un puits. mais c'est aussi un redoutable séducteur qui a convaincu les Arakki de le nourrir et qui est doté d'un code de l'honneur particulier. Il ne souhaite pas défendre les couleurs d'Arakko mais s'éprouver, prouver aux Arakki qu'i est resté le meilleur de ses tueurs. Pour cette raison, il ne tue pas Wolverine quand il en a l'occasion car il préfère un combat à la loyale dans l'arène de l'Outremonde. Un personnage tout à fait fascinant, bien plus que Wolverine en vérité.

On pouvait craindre que els champions d'Arakko ne soient réduits à des figures patibulaires et manichéennes. Solem prouve le contraire. Sans lui, ces deux épisodes ne vaudraient honnêtement pas grand-chose tant ils se complaisent dans le pires clichés concernant Wolverine, increvable jusqu'au grotesque, avec les sempiternels renvois au Japon.

La fin de l'épisode de X-Force laisse planer un doute savoureux sur un sacrifice consenti par Wolverine pour rentrer à Krakoa avec l'épée. Qu'a-t-il conclu avec Solem au point de craindre de le regretter ? 

Les deux épisodes sont dessinés par Viktor Bogdanovic. Ce n'est pas un grand artiste, du moins à mes yeux. Il singe Greg Capullo, pour lequel je n'ai déjà pas une admiration folle. Ses planches font souvent l'économie des décors au profit de jeux d'ombres et de lumières à grand coups de hachures et avec l'aide d'une mise en couleurs efficace. Les personnages sont peu expressifs, le découpage parfois inventif, parfois très paresseux.

Graphiquement Marauders #13, le chapitre 5 de X of Swords, n'est guère mieux loti puisqu'il a été confié à Matteo Lolli. L'italien se fend de quelques pages intéressantes au début, quand il retrace à la fois le passé de Tornade et surtout de l'épée Skybreaker. Mais ensuite, il retombe dans la facilité, avec des personnages peu élaborés, aux expressions peu variées, et des décors sommaires. Le découpage est fluide mais les compositions des plans souvent bancales, manquant d'espace, de dynamisme.

Inutile de s'acharner davantage sur ce point. Intéressons-nous plutôt au script. Comme je le signalai en ouverture, ce n'est pas Gerry Duggan qui le signe et c'est assez étonnant. Comment interpréter son absence ? Comme un signe avant-coureur de son abandon prochain du titre (au terme du crossover) ? Ou un agenda trop chargé (Duggan écrit aussi Savage Avengers) ?

Vita Ayala le supplée donc, mais sans vraiment convaincre. Elle n'a pas la tâche facile puisqu'elle débarque sur un titre engagé dans une histoire établie, sur laquelle elle n'a pas son mot à dire, et pour une série sur laquelle elle ne restera pas. En outre, elle doit s'occuper du cas de Tornade qui a été désignée comme une des championnes de Krakoa.

C'est tout de même une surprise car on n'associe pas immédiatement Ororo avec un tournoi d'épéistes. Certes, par le passé, elle a prouvé qu'une lame en main il ne fallait pas la chercher - Callisto peut en témoigner qui fut vaincue et remplacée à la tête de Morlocks par la mutante. Mais l'épisode se charge pourtant habilement de justifier tout cela.

En effet, l'action se déplace vite au Wakanda. Il faut cependant d'entrée de jeu composer avec une bizarrerie car le Wakanda est une nation qui n'a pas reconnue Krakoa comme un Etat souverain... Et pourtant on découvre qu'un portal krakoan y a été placé ! J'ai été très surpris par cela, mais bon, passons.

Comme Wolverine, l'épée que Tornade doit posséder est spéciale : il s'agit de Skybreaker, une arme antédiluvienne, en vibranium, forgée par le premeir roi du Wakanda. Un objet aussi très symbolique, politique puisqu'il est une sorte de trésor national que les wakandais refuseraient de voir brandir par quelqu'un d'autre que leur roi. 

Logiquement, la reine-mère Ramonda et la princesse Shuri, qui gouvernent le royaume en l'absence de Black Panther/T'challa, refusent de prêter l'épée à Tornade jusqu'u retour du roi. Problème : Ororo et T'challa ont été époux avant de se séparer (au terme de Avengers vs X-Men) en mauvais termes. Cela fait beaucoup d'obstacles à surmonter. Mais Tornade n'a pas le temps de tergiverser et elle décide de voler l'épée.

L'épisode prend la forme d'un récit de braquage classique et spectaculaire avec une conclusion particulièrement amère (et sans doute lourde de conséquences). Ceux qui estiment que les X-Men sont devenus d'insupportables connards ne vont sûrement pas se raviser après cela. Et les fans de Tornade (s'il en reste) l'aurotn mauvaise (même si, enfant, elle était déjà une voleuse). Mais Vita Ayala a le mérite d'aller jusqu'au bout de sa mission comme son héroïne et ainsi de souligner que la guerre qui se prépare, le tournoi qui s'annonce va placer chacun dans une situation critique, même s'il gagne leur duel. 

Il y a, vous l'aurez compris, une drôle d'ambiance dans ces trois chapitres. Un goût de cendres. Wolverine a gagné le droit de ramener une des épées Muramasa à Krakoa, mais au prix fort. Tornade a commis un braquage au Wakanda pour s'emparer de Skybreaker. Je ne dirai pas qu'il y a un parfum de défaite dans l'air, mais les X-Men n'ont pas la tâche facile et ne l'auront certainement pas davantage dans l'arène de l'Outremonde. Si Marvel a déjà spoilé (comme d'habitude) sur l'identité de quelques-uns des champions qui s'en sortiront, on peut d'ores et déjà parier que la communauté de Krakoa n'en sortira pas indemnes, au moins psychologiquement. Et ma foi, ça donne du piquant à cette saga.