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samedi 23 décembre 2023

HARLEY QUINN : BLACK + WHITE + REDDER #6, de Bruno Redondo, Deniz Camp et Fabio Veras, Tini Howard et Babs Tarr


Et on termine cette semaine de critiques comme on l'a démarré avec le dernier numéro de l'anthologie en noir, blanc et rouge consacrée à Harley Quinn, sorti ce mercredi. Cette fois, les trois histoires proposées sont d'un très bon niveau, sans commune mesure avec la précédente livraison. Et visiblement DC ne compte pas en rester là...


- HARLEYS ALL THE WAY DOWN (Ecrit et dessiné par Bruno Redondo) -  Harley réfléchit aux transformations que les créateurs qui l'ont animée et jusqu'à quel point son personnage peut encore les supporter. Le tout en tentant de sauver Nightwing d'un savant fou...


Bruno Redondo a quitté Nightwing (même s'il va bientôt y revenir pour un done-in-one) et en a profité pour signer ce segment qu'il dessine mais écrit aussi. Et il a visiblement beaucoup réfléchi car son histoire est riche et intéressante. Comme tout lecteur, il a remarqué que depuis son apparition dans le dessin animé consacré à Batman, Harley Quinn a beaucoup changé, esthétiquement d'abord et psychologiquement ensuite.

Celle qui a débuté comme une méchante excentrique fiancée au Joker a mué en amante de Poison Ivy allié à Batman, devenant aussi une membre régulière de la Suicide Squad et incarnée sur grand écran par Margot Robbie. Redondo livre une analyse à la fois remarquable et ludique sur la plasticité d'un personnage de fiction tout en mettant en avant ce qui fait de Harley Quinn une sorte de phénomène.

Visuellement, c'est bien entendu très chouette, très inventif dans le découpage, avec un emploi très malin du quatrième mur, un commentaire méta-textuel concentré en une dizaine de pages. Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître. Bruno Redondo n'a besoin de personne pour briller désormais.
 

- DR. QUINZEL'S COUPLES COUNSELING (Ecrit par Deniz Camp et dessiné par Fabio Veras) - Harley prend en otage un couple qu'elle a surpris en train de se disputer et leur inflige une thérapie musclée pour tenter de les réconcilier.


Deniz Camp s'amuse avec Harleen Quinzel en se rappelant qu'elle fut d'abord psychiatre avant de devenir cinglée. Mais là où ça devient intéressant, au-delà des mésaventures qu'elle fait subir au couple auquel elle inflige sa thérapie, c'est dans le sous-texte au sujet des propres relations amoureuses de l'héroïne. Femme abusée par le Joker, devenue lesbienne et compagne de Poison Ivy, elle pense que les épreuves traversées par quelqu'un ou deux personnes ne l'affaiblissent pas mais, au contraire, la solidifie.

Au dessin, on a le plaisir de retrouver, après le one-shot DC's Ghouls just wanna have fun sorti pour Halloween, l'excellent Fabio Veras. J'ose juste espérer que c'est parce que quelqu'un chez DC a remarqué son talent et veut le tester en vue de lui confier quelque chose de plus substantiel que des histoires courtes car c'est un sacré bon dessinateur qu'on a là.


- SIRENS RISING (Ecrit par Tini Howard et dessiné par Babs Tarr) - Une nouvelle fois accablée par une rupture avec le Joker, Harley suit Poison Ivy dans un cambriolage contre Hugo Strange. Elles sont aidées dans cette entreprise par Catwoman...

Tini Howard écrit actuellement la série Catwoman et visiblement elle aimerait bien ranimer le titre Gotham City Sirens, autrefois piloté par Paul Dini et Guillem March, puisque, au lieu d'une simple nouvelle sur Harley Quinn, elle narre ici la naissance de ce trio féminin. L'intrigue est bien menée, sur un rythme soutenu et Howard caractérise parfaitement Poison Ivy, Harley et Catwoman.

Au dessin, on a Babs Tarr, qui s'était faite très discrète depuis l'arrêt de Motor Crush (série chez Image arrêtée par Brenden Fletcher suite aux accusations de harcèlement sexuel visant Cameron Stewart, le co-scénariste). Elle achève ici des esquisses de Wook-Jin Chun mais c'est bien son trait rond qu'on reconnaît. Elle est dans son élément avec ces trois femmes sexy et entreprenantes avec des tempéraments bien relevés et de l'action à gogo.

Harley Quinn : Black + White + Redder s'achève donc en beauté. Mais DC a l'intention de poursuivre l'aventure puisque, à la fin de ce numéro, une suite est clairement programmée pour 2024. Avis aux amateurs.

mardi 27 juin 2023

NIGHTWING #105, de Tom Taylor et Bruno Redondo


Cette fois, ce devrait vraiment être le dernier numéro de Nightwing dont j'écrirai la critique. La série va elle aussi connaître un hiatus de deux mois, le temps de l'event Knight Terrors, et reprendra en Septembre, mais sans moi. Tom Taylor et Bruno Redondo ont imaginé une histoire en caméra subjective, entièrement du point de vue de Nightwing. Le résultat est donc un pur exercice de style. Mais pas que.



A peine réveillés, Dick Grayson et Barbara Gordon reçoivent un appel de la maire de Bludhaven les avertissant qu'une arme biologique circule en ville à bord d'une rame de métro. Nightwing et Batgirl découvrent que l'une des Double Dare s'st injecté un vaccin et est poursuivie par les ravisseurs de sa soeur jumelle...


J'ai différé autant que possible le moment où je lâcherai Nightwing parce que c'était une série sympa, à laquelle on ne pouvait reprocher de divertir de façon qualitative. Cependant, on pouvait la blâmer pour son inconsistance chronique, sa narration lâche, et les prestations en pointillés de son artiste principal.


Les fans de comics adorent brûler ce qu'ils ont aimer et, même si je me retiens de céder à cette tentation, je n'aurai pas l'outrecuidance de prétendre que je ne le fais pas. Quand il a repris la série, Tom Taylor m'a séduit par son amour du personnage et son écriture entraînante tout comme Bruno Redondo avec son graphisme inventif et élégant.


Puis, progressivement, le charme s'est dissipé comme un parfum capiteux. La décompression narrative a eu raison de ma patience, des intrigues inégales se sont accumulées, et le dessinateur titulaire était trop souvent remplacé à mon goût par des suppléants doués mais un cran en dessous. S'est alors posée la question : combien de temps encore allais-je donner sa chance au produit ?

Je disais que les fans de comics sont parfois capricieux et dénigrent aussi vite qu'ils encensent. Prenez Bendis, Millar, des hit-makers longtemps loués justement pour leur capacité à transformer le plomb en or et qui ont fini sur le bûcher pour avoir trop recyclé les mêmes idées, les mêmes motifs. Prenez Aaron idolâtré quand il animait les mutants puis vilipendé pour ses Avengers. Prenez Johns applaudi pour avoir porté aux cimes Green Lantern puis méprisé pour avoir lancé les New 52. On pourrait continuer longtemps comme ça.

A sa façon Tom Taylor a fini lui aussi par lasser en utilisant trop souvent les mêmes recettes, en préférant la forme au fond. Si des lecteurs continuent d'apprécier sa soupe, d'autres voient en lui un escroc qui n'a finalement pas grand-chose à raconter.

Je n'irai pas aussi loin même s'il m'a souvent agacé. Ce n'est pas un mauvais bougre, j'en suis sûr, il aime ce qu'il fait, ses personnages, est sincère dans sa démarche. Mais au fond, comme Tom King (qui demeure bien plus doué que lui), il est plus agréable à suivre dans ses histoires hors-continuité que dans des productions mensuelles plus calibrées.

Ce 105ème épisode de Nightwing résume parfaitement Taylor : l'épisode s'appuie sur une prouesse, raconter une histoire en temps réel, du point de vue de son héros. C'est-à-dire qu'on voit ce qu'il voit, et qu'on le voit, lui, uniquement dans des miroirs, des reflets. De la caméra subjective. Pourquoi ? 

Pourquoi pas ? Rien ne justifie spécialement ce truc visuel sinon le simple amusement et l'exploit visuel accompli par Bruno Redondo qui, comme dans Nightwing 87 et son fameux plan-séquence, fait un super boulot, respectant cette gageure avec brio. Le découpage est très fluide et dynamique, toujours en mouvement, et souligne la drôlerie de certaines situations sans trop insister.

C'est vraiment dommage que Redondo ne soit pas plus régulier et ne puisse pas enchaîner les épisodes, mais ce n'est pas en s'engageant dans la réalisation d'épisodes spéciaux comme celui-ci qu'il se corrigera. Le comble, c'est que même quand il a reçu l'aide d'un encreur, son rendement est resté le même. Au fond, ne serait-il pas plus avisé de la part de DC et de Tom Taylor d'employer Redondo sur un récit au sein du DC Black Label où la périodicité est moins stricte et où donc il aurait le temps de dessiner à un autre rythme, moins soutenu.

Toutefois, il serait injuste et faux de comparer ce n° 105 au 87, qui était un coup pour rien, un machin tape-à-l'oeil sans intérêt (et qui, en recueil, n'a pas pu être édité en dépliant pour apprécier le plan-séquence). Tout simplement parce que, cette fois, Tom Taylor s'est souvenu de poser un enjeu consistant et surtout qu'il avait un vilain qu'il a beaucoup trop négligé.

Je vais donc spoiler et je me le permets puisque c'est ma dernière critique sur Nightwing. A la fin de cette course-poursuite, le héros aboutit dans le bureau de l'homme qui traquait les Double Dare. Il s'agit d'un nommé Lyle Shelton et, comme dévoilé dans l'Annual de Nightwing (que je n'ai pas lu mais ce n'est pas préjudiciable à la compréhension), c'est l'alter ego de Heartless, l'homme qui a tué Blockbuster et organisé l'attaque contre la prison de Blüdhaven dans le n° 100.

Taylor, qui semblait jusque-là se servir de ce méchant seulement quand il y pensait alors que, dans le même temps, il voulait en faire l'antagoniste principal de Nightwing (en mêlant ses origines aux siennes), réussit enfin à rattacher les wagons et à réunir les deux adversaires (même si Nightwing ignore que Shelton est Heartless, mais au moins maintenant sait-il qu'il faut s'en méfier). Que ce fut laborieux ! Mais pour ceux qui sont restés jusque-là, c'est comme une récompense.

Hélas ! trop tardive. En tout cas pour moi. Avec des "si", dit-on, on mettrait Paris en bouteille, mais avec des si Taylor était plus rigoureux dans son écriture, si Redondo était plus ponctuel ou carrément remplacé par un dessinateur vraiment régulier, Nightwing serait un fleuron du Dawn of DC. Malheureusement, ce n'est qu'une série qui a eu raison de ma patience, malgré des atouts et des atours évidents. Dommage.

mercredi 18 janvier 2023

NIGHTWING #100, de Tom Taylor, Bruno Redondo, Rick Leonardi, Mikel Janin, Scott McDaniel, Eddy Barrows, et Javier Fernandez


100 numéros, 50 pages : voici le programme pour cet épisode anniversaire de Nightwing période DC Rebirth. Tom Taylor, disons-le tout de suite, ne s'est pas raté et livre une superbe copie, bourrée d'action, de guests, d'émotion aussi. Il est accompagné par Bruno Redondo bien sûr, mais aussi Rick Leonardi, Scott McDaniel, Mikel Janin, Eddy Barrows et Javier Fernandez, qui ont tous dessiné à un moment les aventures de Dick Grayson sont également de la fête.


POur ce genre d'occasion, j'ai tendance à croire qu'il ne faut pas chercher à charger la barque et proposer quelque chose de simple mais jubilatoire qui comblera le fan, un super épisode divertissant, qui tourne une page et en ouvre une nouvelle.


Donc, le scénario est sobre : Heartless attaque la prison de Blüdhaven et en libère les détenus, parmi lesquels se trouvent KGBeast (qui avait blessé lourdement Nightwing) et Tony Zucco (voir #99). Nightwing se rend sur place, bientôt aidé par les Titans...


L'action se déroule en temps réeel sur les 3/4 de l'épisode avec cette grande évasion et la pagaille qui s'ensuit. Nightwing atterrit au beau milieu de la fuite des détenus et en convainc certains de l'aider plutôt que d'aggraver leur cas en soutenant un tueur comme Heartless.
 

Puis les Titans (Starfire, Cyborg, Raven, Flash, Donna Troy, Beast Boy) arrivent pour prêter main forte à leur ami. Nightwing peut alors se concentrer sur Heartless et Tony Zucco... Plus tard, Superman et Wonder Woman viendront lui faire une offre. Puis il aura une discussion poignante avec Batman. Et enfin, en compagnie de Barbara Gordon et Melinda Zucco, il sera temps de réfléchir à l'avenir...


J'ai beaucoup aimé ce qu'a écrit Tom Taylor pour ce ° 100. Le scénariste a parfaitemetn sur cerner les objectifs de cet épisode spécial et a voulu contenter les fans. D'une certaine manière, il est revenu à ses fondamentaux, ceux qui lui avaient si bien réussi au début de son run, en mixant humour, action, émotion, espoir.


Le défi était délicat car il fallait produire une cinquantaine de pages, plus du double d'un épisode normal, sans qu'on sente qu'il s'agissait de remplissage, de pages gratuites. Bien entendu, les artistes conviés à la fête ont le loisir de se faire plaisir, disposant entre autres chacun d'une splash page mettant en valeur les qualités acrobatiques de Nightwing. Mais pas que.

En effet, par la suite, l'épisode leur fournit le moyen de prouver leurs qualités de narrateur graphique, chacun à leur façon, et ça, c'est vraiment cool. Ils sont venus, ils sont (presque) tous là - il ne manque guère en fait que le regretté George Pérez, qui, le premier, dessina Dick Grayson en Nightwing dans les pages de New Teen Titans, designant son changement de look, et affrimant son émancipation vis-à-vis de Batman. On pourra d'ailleurs regretter que DC n'ait pas pensé à saluer Pérez d'une manière ou d'une autre  (même si je crois qu'une variant cover de l'épisode reprenant un dessin de l'artiste est dispo).

Concrétement, Bruno Redondo dessine les pages 1 à 5, puis 17, 24-25, 37 à 49. Rick Leonardi lui emboîte le pas pour les pages 6 à 11, 13-14. Mikel Janin n'a droit qu'à la page 12 (sans doute par manque de temps car il est déjà occupé par Justice Society of America actuellement, et peut-être aussi parce qu'il est le seul à n'avoir pas dessiné Nightwing à proprement parler mais Grayson, dans l'excellent titre écrit par Tim Seeley et Tom King). 

Eddy Barrows (qui avait relooké le personnage pour les New 52 et signé les premiers épisodes de la série à l'époque) dessine les pages 15, 26 à 30. Javier Fernandez (qui avait débuté la série période Rebirth) se charge des planches 16, puis 31 à 36 (on saluera la performance car Fernandez illustre désormais King Spawn mais a fait l'effort de se libérer pour ce n°). Enfin Scott McDaniel livre la page 18.

C'est un quasi sans faute, parce que je n'aime pas le style de McDaniel et que je regrette tellement le temps où Leonardi avait un encreur (particulièrement Terry Austin). Mais sinon, c'est un festin. Redondo est dans une forme  étincelante. J'aurai bien aimé plus de Janin mais je comprends qu'il n'a pas pu produire plus. Et quelle joie de revoir Javier Fernandez et Eddy Barrows.

Le spectacle est total pour cette très grande séquence suivant l'attaque de la prison. Le rythme est trépidant, Taylor laisse parler ses artistes en leur donnant du biscuit. L'entrée en scène des Titans est jouissive.

L'épisode fait ensuite le pont entre ce qu'on vient de lire et les conséquences de Dark Crisis (on Infinite Earths), au terme de laquelle la Justice League décide de prendre du champ pour réfléchir à de nouvelles méthodes d'action. Bien entendu DC relaunchera Justice League tôt ou tard, mais peut-être pas en 2023 où l'éditeur veut visiblement tenter quelque chose en rupture avec l'ère Dawn of DC et de nouveaux titres lancés pour tester le lectorat. N'empêche, c'est couillu de se priver d'un titre aussi emblématique, comme si Marvel suspendait sans date de retour Avengers.

Je ne spoile rien en révélant que les Titans vont donc devenir la nouvelle équipe en première ligne : Tom Taylor a été le premier à teaser cela depuis des mois en multipliant les apparitions en guest-stars de membre du groupe dans les pages de Nightwing (quand ils n'étiaent pas tous réunis). Et sans Justice League, qui d'autre pour assurer l'intérim ? Justice Society of America de Johns a une histoire en parallèle, qui n'est pas connectée au statu quo post-Dark Crisis

Il y a quelque chose d'évident dans cette situation que Taylor a largement contribué à préparer. Cela montre aussi que DC fonctionne différemment de Marvel, toujours très partisan de l'univers partagé, de l'interconnection des séries (même si c'est moins fréquent qu'à une certaine époque où les events obligeaient quasi tout le monde à être au diapason). On a le sentiment qu'aactuellement chacun vit sa vie et que ceux qui veulent s'aligner sur le dernier event le choisissent. Par exemple, Batman par Zdarsky s'en fiche (mais c'est Batman, il fait ce qu'il veut). Taylor, lui, a vraiment voulu profiter de Dark Crisis pour établir une nouvelle étape pour Nightwing. Et on sait que Joshua Williamson va faire revenir Green Arrow dans une mini-série en Avril à partir de ce qui est arrivé à Oliver Queen dans Dark Crisis.

Ce qu'on peut trouver plus aléatoire, c'est à quel point tout ça est raccord avec l'historique des personnages. Durant Rebirth, Nightwing, dans la série Titans, avait dissous son équipe à la demande de la Justice League... Et maintenant il la reforme à la demande de la Justice League. C'est un peu embarrassant car Superman, Wonder Woman et Batman lui demandent de le faire en lui jurant qu'ils ont confiance en lui plus qu'en quiconque... Après avoir été beaucoup moins flatteurs auparavant. Et sans tenir compte du fait que Nightwing est déjà bien occupé avec ce qui se passe à Blüdhaven.

A ce petit jeu, Dick Grayson passe davantage pour le gentil garçon qui ne sait pas dire "non", qui veut toujours faire plaisir, que comme un leader qui a vraiment les clés, vraiment le choix. Et donc la décision de repartir avec les Titans apparaît un brin facile alors que Dick pourrait simplement former une nouvelle Justice League, avec quelques Titans, mais aussi des héros expérimentés, plus puissants que ses copains (même si les Titans ne sont pas des demi-portions à ce niveau-là). Je ne peux pas m'empêcher de comparer ça avec les New Mutants, que Claremont avait introduit avec le projet de remplacer à terme les X-Men, d'en faire une nouvelle génération de X-Men, reléguant donc Wolverine, Cyclope et compagnie comme eux-mêmes avaient succédé aux cinq premiers élèves du Pr. X. Cela n'arriva jamais, la popularité de l'équipe née en 75 étant devenu trop grande, et les New Mutants sont restés à jamais ce groupe de jeunes mutants dans l'antichambre. Les Titans, c'est pareil : ils ne seront jamais la nouvelle Justice League, toujours les remplaçants et c'est ce qu'on voit encore ici.

Pour en finir sur ce sujet, DC pas plus qu'un retour de la série Justice League n'a annoncé une nouvelle série Titans, donc tout ça va rester cantonné aux pages de Nightwing, un titre sur un héros solo mais entouré d'une équipe. Etrange statut. Pour combien de temps ? A suivre.

Toutefois, je ne veux pas paraître grognon et dire que ça a gâché mon plaisir de lecture. Ce n° 100 est vraiment très bon, avec une dynamique impeccable. Les questions qu'il pose sont plus périphériques que narratives. Visuellement, c'est top, et Taylor a été vraiment bien inspiré. Est-ce que je vais replonger ? Je ne sais pas. C'est tentant, d'autant que le prochain arc sera dessiné par Travis Moore, une valeur sûre (même s'il n'ira certainement pas au-delà de quatre-cinq épisodes - depuis Javier Fernandez, Nightwing manque vraiment d'un artiste capable de faire davantage, et c'est vraiment triste quand on sait que, par exemple, Immonen dessine si peu en ce moment - imaginez Immonen sur Nightwing...). Le plus probable, c'est que je vais attendre quelque temps, voir ce que vaut le prochain arc, et s'il est bon, j'en ferai une critique.

lundi 16 janvier 2023

NIGHTWING #97-98-99, de Tom Taylor, Bruno Redondo, Geraldo Borges et Daniele di Nicuolo


J'avais arrêté de suivre Nightwing en Septembre 2022 avec le n° 96, lassé. Mais demain sortira le n° 100 et je l'ai commandé, car ce n'est pas tous les jours qu'on tient un centième épisode d'une série régulière dans les mains. Afin de ne pas être largué, je me suis procuré les trois issues parues en Octobre, Novembre et Décembre 2022 et je m'en vais vous en livrer une critique.


Blockbuster a été tué par Heartless. Les barons de la pègre sous sa protection sont arrêtés, avec des flics corrompus et des politiciens véreux. Parmi eux : Salvatore Maroni qui accepte de témoigner pour bénéficier de la clémence de la justice. Il témoignera à Gotham et la commissaire Renee Montoya s'occupe de son transfert...


Bien entendu, Nightwing, avec Batgirl, supervise l'opération qui va tourner mal et les obliger à cacher Maroni pendant un week-end dans une planque de Batman dans la forêt. Jusqu'à ce qu'ils reçoivent la visite d'un étrange individu...
 

Tom Taylor écrit évidemment cette première partie de l'arc Power Vacuum (Pouvoir Vacant) tandis que Bruno Redondo le dessine, aidé par Geraldo Borges pour les pages 8 à 14, dans cet épisode sorti en Octobre 2022.


On enchaîne avec le n° 98, qui est une vraie curiosité, sans rapport avec l'intrigue en cours, prétexte pour Tom Taylor à s'amuser avec le dessinateur Daniele di Nicuolo, son compère de la série Seven Secrets, publiée chez Boom ! Studios (et achevé depuis).
 

Le visiteur qui a trouvé la planque de Nightwing et Batgirl n'est autre que NiteèMite, un lutin de la 5ème dimension, et qui est prêt à exaucer tous el désirs du héros. A commencer par ses noces avec Batgirl ? Mais ce n'est pas 'pas encore ?) le moment...


Direction : Blüdhaven où Nite-Mite explique à Nightwing que Blockbuster vendit son âme à Néron en échange d'une faveur il y a quelques années. Le caïd mort, c'est à sa fille que le démon va demander de payer sa dette...


On ferme la parenthèse et on enchaîne avec la suite, qui renoue avec plus de sérieux.


Bruno Redondo revient au dessin, toujours épaulé par Geraldo Borges sur les planches 14 à 17 et 20-21. Tom Taylor prépare le terrain pour le centième épisode.


Tony Zucco, le "père" de Melinda, la demi-soeur de Dick Grayson, vient de sortir de prison et veut reprendre les affaires de Blockbuster. Nightwing, mis au courant, le suit jusqu'à la cale où Zucco se fait remettre par le Quartier-Maître un bijou du Kahndaq.


Mais Nightwing intervient quand Zucco manque de tuer le Quartier-Maître. Il maîtrise le malfrat dont veut disposer le Capitaine de la Cale, mais le Quartier-Maître, pour remercier Nightwing le laisse livrer Zucco à la justice.


Ceopendant Heartless, décidé à frapper un grand coup pour s'imposer comme le maître du grand banditisme de Blüdhaven, tue ceux qui refusent de le servir et recrute ceux qui acceptent de le soutenir...

Lorsque j'avais cessé de suivre Nightwing il y a cinq mois, c'est parce que je n'y trouvais plus mon compte. J'avais pourtant apprécié comment Tom Taylor avait repris la barre de la série, montrant une réelle affection pour le personnage et restaurant sa superbe après bien des errements narratifs (en gros depuis la fin du run de Tim Seeley au début de la période Rebirth).

Et puis, après ces débuts prometteurs, bien que très influencés par ce que firent Mark Waid et Chris Samnee sur Daredevil et Matt Fraction et David Aja sur Hawkeye, j'ai eu le sentiment que Taylor échouait à trouver un deuxième souffle, coupé en plein élan par des tie-in à Fear State (l'histoire développée par James Tynion IV dans Batman). 

Cela coïncida avec les difficultés manifestes de Bruno Redondo à énchaîner les épisodes, tandis que Geraldo Borges, qui le remplaçait, peinait à me convaincre. Borges n'est pas maladroit, son trait évoque celui de Guiseppe Camuncoli, mais il n'a pas la grace de celui de Redondo.

Finalement, alors que je voulais aller au numéro 100 de la série, j'abandonnais au 96. Je le regrettai aussitôt mais je ne voulais plus rédiger de critiques au vitriol sur la série. Demain, 17 Janvier 2023, paraîtra donc ce fameux centième épisode et je n'ai pas résisté à le commander pour posséder cet exemplaire historique. Car il devient rare qu'une série atteigne ce cap à l'heure des relaunchs si fréquents ou des annulations expéditives.

DC Comics et Tom Taylor nous promettent un n° king-size de plus de 50 pages, avec plusieurs artistes et un nouveau statu quo à l'issue de cet épisode. Il faut dire qu'en parallèle Nightwing a pris du galon au sein du DCU puisque dans l'event Dark Crisis (on Infinite Earths), Dick Grayson s'est imposé comme le leader des héros en battant en duel Deathstroke. La Justice League, revenue d'entre les morts (à l'exception de Green Arrow -mais une mini-série en Avril reviendra sur son sort), s'est dissoute, fatiguée et en quête de sens. Nightwing et les Titans incarnent la relève et doivent assumer le rôle de l'équipe des champions de la Terre.

Les sollicitations pour Nightwing à partir du #101 ne font pas mystère du fait que Nightwing va être assisté par ses amis Titans à Blüdhaven, enterrinant de fait une situation mise en plance depuis un moment par Tom Taylor, qui a multiplié les apparitions en guest-stars des partenaires de Dick Grayson. Aura-t-on droit à terme à une série Titans ? Ou bien tout cela va-t-il se cantonner aux pages de la série Nightwing ? On verra.

Avant le centième épisode, Tom Taylor doit donc fournir trois épisodes et il s'appuie sur la fin du n° 96, où on assistait au meurtre de Blockbuster, en fuite après s'être fait corriger par Nightwing, par Heartless, cet énigmatique tueur qui retire leur coeur à ses victimes pour se les faire transplanter. Pour être tout à fait complet il aurait fallu que je revienne sur les événements relatés dans l'Annual 2022 de Nightwing par Tom Taylor et Eduardo Pansica dont la première partie dévoilait les origines de Heartless et où on apprenait l'origine de son affliction et de sa nature maléfique, qui en fait une sorte de double négatif de Dick Grayson. Mais ce n'est pas non plus préjudiciable à la compréhension.

Dans un premier temps donc; la mort de Blockbuster aboutit à une vague d'arrestations dans la police, le milieu politique et la mafia de Blüdhaven. Parmi les protégés de Roland Desmond, Salvatore Maroni pense être à l'abri sauf qu'il va être transféré à Gotham et que pour sa survie il doit témoigner devant un juge. Le transfert dégénère vite et Nightwing avec Batgirl le cachent durant un week-end dans un bunker de Batman.

Taylor écrit un récit rapide, rythmé, qui renoue avec le meilleur de son run. Il y a de l'action, de l'humour, des situations originales, on ne s'ennuie pas. La relation entre Dick et Barbara Gordon est parfaitement saisie, entre romantisme et suspense, avec une pointe de comédie. Bruno Redondo assure la majeure partie des dessins avec une classe folle et Geraldo Borges s'acquitte de huit planches avec efficacité.

Puis, de façon surprenante, Taylor change complètement de braquet dans l'épisode suivant. Comme si le transfert de Maroni ne l'intéressait soudainement plus, il s'embarque dans un numéro complètement fantaisiste où il nous présente le lutin Nite-Mite, l'équivalent (inédit) pour Nightwing de Bat-Mite pour Batman ou Mr. Mxyztplk pour Superman, créature miniature, surpuissante et facétieuse.

Si un jour DC commercialise une peluche ou une Funko de Nite-Mite, on saura d'où ça vient, et les parents l'offriront à leurs bambins comme leur nouveau doudou. Je ne vais pas jouer les rabat-joie cependant car c'est très marrant et Taylor réussit son coup, même si l'intrigue est un prétexte. L'embarras de Dick face au lutin produit des scènes très drôles sans sacrifier à l'action, avec une belle baston contre des démons envoyés par Néron pour enlever la fille de Roland Desmond.

Pour le scénariste, c'est l'occasion de renouer avec l'artiste Daniele di Nicuolo avec lequel il a co-créé et réalisé la série Seven Secrets (chez Boom ! Studios en vo, Delcourt en vf). Celui-ci a un trait très vif, aux influences manga très nettes, et cela convient merveilleusement au projet délirant. Si parfois, certaines expressions m'ont gêné (mais bon, je ne suis pas fan de manga...), l'ensemble demeure très agréable.

Enfin, le #99 sent un peu l'épisode imaginé pour gagner du temps puisqu'il faut encore un numéro avant le 100. Le "père" de Melinda Zucco resurgit avec le projet d'occuper le trône laissé vacant (le power vacuum du titre de l'arc) par Blockbuster. Nightwing va l'en empêcher fissa et Melinda couper définitivement les ponts avec cet encombrant paternel (qui n'est pas son père biologique, puisqu'elle est la fille de John Grayson, le père de Dick).

Puisque, donc, le scénario ne casse pas des briques, on se rattrape sur les dessins. Geraldo Borges vient encore au secours de Bruno Redondo en signant cette fois six planches. Le résultat n'est pas vilain et on finit par trouver bien du mérite à Borges, dans son rôle de pompier de service, sans doute content de travailler sur un titre populaire, mais certainement aussi frustré de n'avoir que ssi peu d'espace pour prouver sa valeur.

Redondo va de toute façon faire un break après le n°100 (il dessine des commissions art pour payer les factures), mais il y a quelque chose de désolant à voir un si bon artiste incapable de signer un épisode entier (et ne parlons même pas d'un arc entier), même avec l'aide d'un encreur désormais. Parce que quand il est aux commandes, son trait précis et ses compositions magistrales sont un régal. Les fans continueront à être gâtés puisque c'est Travis Moore qui devient l'artiste de la série pour l'arc suivant le #100.

Au fond, ces trois épisodes résument parfaitement tout ce qu'on peut aimer et aussi moins apprécier sur Nightwing. Tom Taylor est un scénariste plus habile et malin que vraiment inspiré (ou alors inspiré dans le sens où il s'inspire beaucoup de ce que d'autres ont fait ailleurs), et malgré sa sincère affection pour son héros, il ne semble jamais en mesure de faire plus qu'une série sympa. Graphiquement, Nightwing est une belle production, jamais gâché par ceux qui la dessinent, mais les difficultés de Redondo à enchaîner les épisodes frustre le fan. 

Je ne sais pas si je replongerai après le n° 100 mais j'espère que la fête sera réussie pour ce cap qu'il faut saluer. Quant à Nightwing, il est de toute façon amené à occuper le devant de la scène pour la nouvelle ère qui s'ouvre, Dawn of DC.

mercredi 21 septembre 2022

NIGHTWING #96, de Tom Taylor et Bruno Redondo


Nightwing #96 est donc le dernier numéro de la série que je critiquerai. J'ai décidé d'arrêter de suivre ce titre. Mais j'espérai quand même que Tom Taylor et Bruno Redondo me donneraient des regrets car ce n'est pas une mauvaise série. 


Blockbuster a découvert la double identité de Nightwing et il compte bien faire d'une pierre, deux coups en se débarrassant de lui et de son alter ego, Dick Grayson.


Dehors, alors qu'une chaîne humaine s'est formée pour éteindre l'incendie du havre, Batgirl et Batwoman font face à l'Electrocuteur et Brutale pour les empêcher d'aider Blockbuster.


Dans le bâtiment en flammes, le combat entre Nightwing et Blockbuster se poursuit. Le caïd de Blüdhaven est défenestré. Il tente de fuir mais ses hommes de main lui tournent le dos.


Batgirl rejoint Nightwing dans le havre. Dick est inquiet car Blockbuster sait qui il est et a menacé de s'en prendre à ses proches. Mais Barbara refuse de baisser les bras.

Depuis le n°87 de Nightwing, je dois bien avouer que j'ai progressivement décroché et si j'ai persisté à suivre cette série, c'était en ayant l'espoir que Tom Taylor lui redonne de la substance. Au lieu de quoi la manie du scénariste à sans cesse copier ce qui avait si bien été fait par Mark Waid et Chris Samnee sur Daredevil et les absences répétées de Bruno Redondo ont eu raison de ma patience.

Entendons-nous bien : Nightwing n'est pas une mauvaise série et je comprends qu'elle soit appréciée par beaucoup de fans. C'est mérité. Tom Taylor aime vraiment le personnage et a récupéré le titre après des dizaines d'épisodes médiocres pour lui donner un nouvel élan, soutenu par un artiste de valeur.

Mais, ce 96ème épisode résume en fait ce pour quoi j'ai décidé d'arrêter les frais : Nightwing n'a pas beaucoup de consistance et encore moins de personnalité, c'est écrit par un auteur plus malin que vraiment original et dessiné de manière trop intermittente par le dessinateur titulaire.

Récemment, alors que scrollais sur Twitter, un fan comparaît Nightwing au Daredevil de Waid et Samnee et Bruno Redondo reconnaissait l'influence de ce run en répondant qu'il fallait toujours se caler sur les meilleurs. Et c'est un peu là le souci : Taylor et Redondo ne sont pas aussi bons que Waid et Samnee, mais pire encore, ils arrivent après eux.

Quand Waid et Samnee réalisaient Daredevil, beaucoup ont résumé leur démarche comme celles de narrateurs voulant se démarquer de l'influence de Frank Miller sur le personnage pour aller dans une direction et une tonalité plus légère, plus lumineuse. Cela n'empêchait pas des histoires, des rebondissements noirs, mais avec moins de systématisme et surtout avec une esthétique effectivement très distincte. Déjà, lorsque Ann Nocenti et John Romita Jr animèrent les aventures de l'homme sans peur, ils avaient proposé quelque chose de radicalement différent.

Clairement, c'était aussi l'intention de Taylor et Redondo avec Nightwing : en finir avec les conséquences de son amnésie, consécutive à la tentative d'assassnait par KGBeast dans le Batman de Tom King, et avec la période "Ric Grayson", ses scénarii ineptes. Pour Taylor, Dick Grayson était un personnage aussi important que Bruce Wayne ou Kal-el dans le DCU (il a raison en un sens quand on sait que Dick a 80 années d'existence), mais surtout c'est un héros positif, qui s'est émancipé de son mentor, qui a été chef d'équipe (les Teen puis New Teen Titans), avec une vie sentimentale riche (Starfire, Batgirl).

Tout cela est louable si et seulement si c'est converti dans de bonnes histoires. Taylor a ramené Nightwing à Blüdhaven, mais il a aussi dû se plier à des contraintes éditoriales, come lorsque le héros a été impliqué dans l'arc Fear State de James Tynion IV (alors qi'objectivement ce n'était guère justifié). Un pas en avant, deux pas en arrière : Tom Taylor voulait éloigner Nightwing de Gotham mais DC voulait qu'il y garde un pied (c'est ainsi que Dick Grayson a suppléé Batman dans Detective Comics, écrit par Mariko Tamaki, avec d'autres membres de la Bat-famille).

Malgré tout, la série tenait bon parce qu'elle était écrite correctement et dessinée avec énergie par Bruno Redondo qui déployait beaucoup d'imagination pour des découpages et des compositions très soignées, même s'il avait du mal à ecnhaîner plus de quatre épisodes d'affilée (ce qui est honorable mais trop peu pour un artiste titulaire).

Revenons-en au #87, construit comme une morceau de bravoure, un épisode en un plan-séquence, fait de doubles-pages sans coupures - et que certains fans ont acheté en plusieurs exemplaires pour ensuite décortiquer leur floppies et coller les planches pour en faire une frise prouvant la virtousité de Redondo. C'était en effet remarquable. Mais cela ressemblait plus à un numéro de cirque, un truc pour épater le chaland, un exercice de style qu'à un épisode digne de ce nom (d'ailleurs tout ça pour raconter le sauvetage du toutou de Dick Grayson, franchement...).

Moi, ça m'a complètement sorti de la série. Je ne le savais pas sur le moment mais les numéros suivants l'ont confirmé, invitant régulièrement des guest-stars pour éviter Dick Grayson de se faire assassiner. Tom Taylor mentirait effrontément s'il prétendait ne pas avoir envie d'écrire un relaunch de New Teen Titans (et d'ailleurs il a finit par réunir l'équipe dans le n°88). J'avoue que ça m'a gonflé (autant que la manie de Kelly Thompson, chez Marvel, à toujours transformer ses séries en team-book déguisés, qu'il s'agisse de Hawkeye, Black Widow ou Captain Marvel).

Nightwing #96 conclut l'arc The Battle for the Heart of Blüdhaven et le combat final entre Nightwing et Blockbuster après que ce dernier vient de découvrir que Dick Garyson était le justicier masqué rappelle encore une fois Daredevil aux prises avec le Caïd. Même bagarre acharnée, même contexte, toujours des guest-stars (Batgirl bien sûr, Batwoman aussi). Ce n'est pas déplaisant à lire, mais ce n'est pas non plus suffisant et parfois même franchement grotesque.

Taylor cherche à amuser la galerie avec le logo du Comics Code pour masquer les gros mots et les gestes obscènes de l'Electrocuteur, Batgirl évite une bagarre avec le même Electrocuteur et Brutale en dégainant une tablette tactile qu'elle sort de sa cape (on croirait un mauvais magicien sortant un lapin de son chapeau), Blockbuster file après avoir été défenestré (bon, mettons que ce colosse a le dos solide pour se relever après une chute de plusieurs étages. Mais personne - Batwoman la première - n'a l'idée de le menotter en attendant l'arrivée de la police ? Non !). Et je vous passe ce qui arrive dans les trois dernières pages, un vrai attrape-nigaud... Juste après que Babs et Dick se soient enfin embrassés.

Redondo produit des belles planches, comme d'abord, mais il ne s'encre plus (un type dont je n'ai jamais entendu parler s'en charge et fait le minimum en repassant sur les traits de l'artiste pour que l'illusion soit parfaite). Où est le Redondo qui avait signé neuf épisodes sur dix de Suicide Squad (écrit par Taylor) ? J'aimerai être indulgent, clément, mais je suis lassé de tous ces dessinateurs qui n'enchaînent pas, quand Samnee ou Mora sont si disciplinés qu'ils complètent deux épisodes mensuels. A un moment, on ne peut plus être gentil ou alors il faut que ce soit justifié par des épisodes exceptionnels. Redondo n'a rien d'exceptionnel s'il ne peut pas dessiner deux épisodes d'affilée et se faire remplacer.

J'aurai donc aimé avoir des regrets en arrêtant Nightwing, me dire que je peux encore attendre un arc avant de stopper. Mais entre l'écriture à la limite du plagiat, le dessinateur intermittent, les histoires creuses, non. Mieux vaut en rester là.

mercredi 17 août 2022

NIGHTWING #95, de Tom Taylor et Bruno Redondo


Hé bien, ça aura mis du temps, mais enfin, Tom Taylor et Bruno Redondo ont réussi à refaire un bon épisode de Nightwing ce mois-ci ! L'arc de L bataille pour le coeur de Büdhaven touche à sa fin le mois prochain et il était temps d'accélérer un bon coup. C'est chose faite avec ce chapitre riche en action, qui utilise efficacement son casting et s'achève sur un excellent cliffhanger.


Sauvée des griffes des sbires de Blockbuster par Nightwing, Melinda Zucco confie à Maggie Sawyer détenir des documents compromettants contre le malfrat. Et elle sait comment le piéger.


En effet, Nightwing a réuni les Titans et la Bat-famille afin de compromettre quatre opérations illégales que Blockbuster va commettre cette nuit-là. La police pourra procéder à une vague d'arrestations.


Le plan de Melinda et Nightwing fonctionne parfaitement : les hommes et complices de Blockbuster sont dépassés. Le malfrat décide de répliquer en frappant fort.


Il s'en prend au refuge pour enfants fondé par Dick Grayson et y met le feu. Nightwing se jette dans la gueule du loup pour sauver ses protégés...

Si tout laissait à penser que Tom Taylor subissait une grosse panne d'inspiration depuis ces derniers mois en même temps qu'il visait le 100ème épisode de Nightwing pour mettre un terme à l'arc en cours, ce n°95 contredit ces deux points.

Pour ma part, j'ai été très déçu par Nightwing depuis un moment, alors que la reprise du titre par Taylor m'avait ravi. Je reprochai au scénariste de copier sans vergogne des séries que j'ai adorées sans être aussi inspiré et surtout de multiplier les subplots sans grand intérêt. Ajoutez-y l'inconstance de l'artiste titulaire, régulièrement remplacé au bout de quatre puis deux épisodes, et il y avait de quoi être découragé.

Cette déception atteignait son comble quand Taylor promettait que l'arc en cours, The Battle for the Heart of Blüdhaven était son histoire la plus ambitieuse et qu'elle allait changer les destin de Nightwing, alors que dans les faits son déroulement était mou du genou et s'égarait dans des apparitions de guest-stars, des team-up répétitives, comme si l'auteur condidatait pour écrire un relaunch de Teen Titans.

Il y a peu, je disais même être sur le point de lâcher l'affaire, en souhaitant quand même voir la fin de cet arc narratif. Je ne suis toujours pas certain de persévéver après le #96, mais au moins j'ai l'espoir que le récit trouvera une conclusion digne de ce nom.

Oh, tout n'est pas toujours pas parfait dans ce n°95, mais tellement meilleur que dans les précédents épisodes qu'on s'en contente. Disons que Taylor joue cartes sur table en convoquant tous les invités de ces derniers mois, mais pour une bonne raison, une raison logique. Il y a du rythme, de l'action, les seconds rôles sont exploités à bon escients, il y a des clins d'oeil sympas (et quelques piques contre DC bien senties). Et un sacré bon cliffhanger !

On avait laissé Melinda Zucco en fâcheuse posture, Blockbuster ayant appris qu'elle le trahissait. Nightwing arrive à la tirer ce mauvais pas in extremis puis l'épisode démarre vraiment. Maggie Sawyer a l'occasion de procéder à un coup de filet important avec l'aide de la maire de Blüdhaven et de Nightwing et ses amis. Ils sont venus, ils sont tous là : Batman, Batwoman, Robin (Tim Drake), Spoiler, Orphan, the Signal, les Titans, et bien entendu Oracle pour coordonner cette manoeuvre spectaculaire au cours de laquelle ces héros vont empêcher quatre opérations criminelles simultanées.

Là où ce n'est pas parfait, c'est qu'il n'est guère plausible qu'un caîd aussi aguerri que Blockbuster organise autant de coups en même temps, surtout qu'il s'agit de transactions peu discrètes. Il devrait donc, plus raisonnablement, les étaler dans le temps. Tom Taylor choisit le spectacle à la logique, et on perd en vraisemblance ce qu'on gagne en action. Par ailleurs, la présence de Batman semble un peu forcée, comme s'il fallait absolument qu'il soit là alors que Nightwing et Oracle savent très bien se débrouiller sans lui, et qu'il ne fait guère plus que de la figuration au final.

Enfin, quand Blockbuster riposte, Nightwing cède trop facilement à l'émotion en fonçant tête baissée, sans personne pour le couvrir en cas de pépin, dans le piège tendu par son ennemi. C'est incompréhensible qu'après ce coup d'éclat aucun de ses amis ne l'accompagne (Flash aurait été évident). Mais ce que découvre Roland Desmond ensuite promet un 96ème épisode particulièrement prometteur (même si l'idée plagie encore une fois allégrement ce qu'on a lu depuis belle lurette dans Daredevil...).

Bruno Redondo revient à point pour terminer l'arc. Toutefois, et c'est là encore assez énorme, il a besoin d'un encreur pour plusieurs pages ! Je ne dis pas que c'est un problème en soi, mais le mec a été absent des derniers numéros et il ne peut pas compléter un épisode avec le temps dont il a disposé. A moins que Taylor ne lui ait pas transmis le script assez à l'avance. Mais bon, bref, Redondo a un gros problème et si je dois continuer à lire Nightwing, je souhaite qu'il soit plus régulier.

Parce que, sinon, ses planches sont formidables, dignes de ses meilleures. Redondo est un artiste doué, indéniablement, pour l'action et il chorégraphie des scènes merveilleusement, avec beaucoup de fluidité, délégance dans le trait. Avec le casting dont il dispose, il s'en donne visiblement à coeur joie.

Comme en témoigne aussi, comme toujours, ses couvertures, il a un sens de la composition admirable, et dans les scènes de groupe, il dispose ses éléments avec une vista sidérante. Chaque plan est lisible, dynamique, avec une profondeur de champ bien exploitée, une sorte de grâce dans les mouvements. Et, toujours, les couleurs impeccables d'Adriano Lucas, qui lui vont si bien, contribuent énormément au look de la série.

Vivemetn donc le mois prochain ! Ce sera sûrement mon dernier tour de piste avec Dick Grayson et donc je croise les doigts pour qu'il me le fasse regretter.

mercredi 22 juin 2022

NIGHTWING #93, de Tom Taylor et Bruno Redondo


(Soupir)... Ce 93ème épisode de Nightwing m'a affligé. Non mais de qui Tom Taylor se moque-t-il ? Y a-t-il même un scénariste avec une histoire digne de ce nom à raconter aux commandes ? J'ai rarement eu cette impression de vacuité et de roublardise mêlées. Bruno Redondo emballe ça joliment mais sans pouvoir sauver quoi que ce soit.


Heartless se présente devant Blockbuster pour lui proposer une alliance. Mais Roland Desmond n'est pas intéressé et congédie brutalement son visiteur en le défenestrant.


Cependant, après avoir échappé à la police alors qu'il nettoyait la statue d'Alfred vandalisée, Nightwing rentre à Gotham où Oracle a réussi à identifier ceux qui s'en sont pris à ladite sculpture.


Dick Grayson est rappelé à Blüdhaven par sa demi-soeur car la police tente de déloger les jeunes qu'il a le projet de reloger. Les médias sont invités pour cette opération. Mais Dick a un atout dans sa manche.


Il rend public, grâce à Oracle, l'identité des vandales, tous des policiers de Blüdhaven. Le commissaire humilié doit se retirer. Heartless, lui, a survécu à sa chute, mais il est mal en point...

Franchement, ça ne me procure aucun plaisir de devoir cartonner une série comme Nightwing, et d'ailleurs, pour être parfaitement clair, ce n'est pas tant la série que je cible que la manière dont Tom Taylor l'écrit depuis maintenant plusieurs mois et qui me convainc de moins en moins, m'agace de plus en plus.

Nightwing est une série qui séduti critique et public depuis sa reprise en main par Tom Taylor et son premier arc incitait à penser qu'effectivement, DC avait eu raison de s'en remettre à lui, qui revendiquait son amour pour le personnage, sa volonté d'en faire un héros de premier plan, et d'écrire des histoires valables. 

Soutenu par un artiste lui-même attrayant, Bruno Redondo, Taylor avait de belles cartes en main. Jusqu'à ce qu'il doive composer avec le Fear State de James Tynion IV et quelques n° tie-in. Mais c'était provisoire et la reprise promettait. Sauf que... Npn. En tout cas pas pour moi.

Je ne veux pas parler pour les fans actuels de la série mais j'en quand même le sentiment que Tom Taylor et Bruno Redondo ont réussi un joli tour de passe-passe, même s'il ne résiste pas à ceux qui ont lu, surtout, Daredevil par Waid & Samnee, dont le run actuel s'inspire ouvertement. D'ailleurs, si on se met à compter les références à Daredevil en général, Nightwing ressemble désormais à un ersatz grossier.

Blockbuster ? Le Caïd. Heartless ? Au choix : Bullseye ou The Spot. Dick Grayson ? Matt Murdock. Il ne manque qu'un avatar de Ben Urich pour que le tableau soit complet. Mais en l'état, c'est tellement flagrant que ça devient embarrassant car si l'hommage est plaisant, il faut que la série en sorte pour trouver son identité. Là, au contraire, elle s'enfonce dans les citations, les qualités de l'original en moins. On pourrait aussi mentionner des emprunts à Hawkeye (période Fraction & Aja) avec Le toutou, Barbara Gordon/Kate Bishop, les Titans/les Avengers, etc.

Si j'ai envoie de relire ce genre de série, c'est simple, j'ouvre un recueil de Hawkeye ou DD, mais je n'ai pas besoin que Tom Taylor plagie Mark Waid ou Matt Fraction, surtout si c'est pour faire moins bien. Sa bataille pour le coeur de Blüdhaven manque par ailleurs cruellement d'intensité, tout ça se déroule sur un rythme bien trop pépère, avec des péripéties qui sentent le remplissage, une narration décompressée à mort, un lecteur moins impliqué. En tout cas, moi, je ne vibre pas autant.

Cet épisode est vraiment un résumé de toutes les tares de Taylor : normalement, il n'y a pas de quoi remplir vingt pages, ce qui se passe est dérisoire, ou du moins mené sans tension. Passée la scène d'ouverture où Blockbuster défenestre Heartless (dont on sait bien qu'il survivra, même si c'est complètement invraisemblable), le reste ressemble à du grand WTF scénaristique avec Nightwing en costume qui nettoie la statue d'Alfred (comme si avec tout le fric qu'il a, il ne pouvait pas payer quelqu'un pour faire ça ! Non, c'est bien plus logique qu'un bonhomme en tenue de super-héros astique un sculpture avec son seau et son éponge le matin...). Puis les flics débarquent et ouvrent le feu sans sommation !

Course-poursuite avec cascades portnawak à l'arrivée (Nightwing pète sa moto : bonjour l'acrobate). Il rentre à Gotham (c'est pratique, y a une ellipse, on ne voit pas comment il a filé depuis Blüdhaven). Miracle : Oracle a identifié tous les vandales et ce sont des flics, forcément corrompus (sinon y aurait plus d'épisode). Melinda Zucco appelle son demi-frangin pour l'avertir que le commisaire MacLean est en train de commettre une saloperie (elle a que ça à faire, la nouvelle maire de Blüdhaven ? Et Blockbuster ne la fait donc pas surveiller ?).

Le clou du spectacle a lieu au cours d'un concours de bites entre MacLean et Grayson devant les caméras de télé. Dick humilie le flic (ce qui n'est pas très malin, mais bon, on n'est plus à ça près). Et rideau (ou presque, le temps de montrer Heartless en piteux état mais pris en main par son Alfred à lui, quelle originalité !).

C'est un festival. Vingt pages pour ça ? Sérieux ! De qui se moque-t-on ? Taylor nous a promis une bataille au sommet pour le coeur de Blüdhaven et on a droit à de la chicailla pour des graffitis sur une statue par des flics corrompus (qui, eux aussi, ont vraiment que ça à foutre, d'aller tagger une statue !). Hé ben, si c'est ça, la bataille de Blüdhaven...

J'ai, à vrai dire, de la peine pour Bruno Redondo qui doit illustrer un script pareil en faisant comme si c'était génial. Je doute fort que les lecteurs seraient aussi indulgents sans lui. L'artiste découpe les scènes d'action avec son adresse coûtumière et glisse quelques expressions savoureuses à ses personnages dans un gag de sitcom de bas étage (oh, Dick a dit à Babs qu'il l'aimait !). Mais c'est triste, c'est toujours triste de voir un bon dessinateur dessiner de la merde (un peu comme Samnee avec Kirkman...).

Je voulais tenir jusqu'au #100, mais si j'arrive jusqu'au 95, j'aurai pris sur moi. Nightwing n'est pas Daredevil (il n'en a ni le charisme, ni la galerie de méchants), Taylor n'est pas Waid (encore moins Nocenti, Miller, Bendis, Brubaker). Cet arc, ce run pique du nez et va se crasher, c'est évident. Mais, c'est le privilège du lecteur sur le fan : il a un parachute pour quitter l'appareil à tout moment.

mardi 17 mai 2022

NIGHTWING #92, de Tom Taylor et Bruno Redondo


On commence cette semaine chargée en sorties par Nightwing #92 qui marque le début d'un nouvel arc : The Battle for the heart of Blüdhaven. Tom Taylor a promis que cette histoire marquerait un tournant dans son run, donc on espère qu'il va convaincre, après plusieurs épisodes très inégaux, parasités par des guest-stars. Bruno Redondo est de retour au dessin, en grande forme, plus sobre qu'à l'accoutumée. L'âge de raison ?


Par le passé, quand il était encore Robin, Dick Grayson a souffert de son impulsivité. Mais il ne pouvait s'empêcher d'agir contre des malfrats. Aujourd'hui, il veut protéger Blüdhaven, fort de son expérience.


Il tient à célébrer la mémoire d'Alfred Pennyworth avec une statue. Jon Kent et Bruce Wayne sont là pour l'occasion ainsi que Blockbuster qui se voit empêcher d'éliminer son rival à cause d'eux.


Mais la nuit venue, pour se venger, il envoie ses hommes vandaliser le mémorial. Nightwing intervient et démasque les importuns afin que Oracle puisse les identifier.
 

Prévenu de cette nouvelle déconvenue, Blockbuster enrage. Mais il reçoit la visite d'un allié venu négocier une alliance...

L'arc Get Grayson m'a déçu, j'ai eu le sentiment que Tom Taylor partait avec une idée forte (faire de Dick Grayson et non de Nightwing l'homme à abattre) mais qu'il l'avait complètement dilapidée ensuite, entre numéro de cirque (l'épisode "plan-séquence") et interventions de guest-stars (les Titans, Jon Kent) trop parasites. Dommage.

A partir de ce mois, le scénariste inaugure une nouvelle histoire dont le titre est éloquent : la bataille pour le coeur de Blüdhaven, et avec la promesse qu'elle consituerait un tourant dans son run. On peut déjà mesurer à l'issue de ce n°92 que Taylor rassemble ses idées, ses personnages avec la perspective d'en tirer une synthèse et j'apprécie cela.

Tout débute par un flashback qui nous ramène à l'époque où Dick était encore Robin et Barbara Gordon Batgirl. Ces pages servent surtout un objectif moralisateur sur le caractère impulsif de Dick, qui lui a coûté cher durant ses années de formation. Mais Taylor glisse aussi, et c'est plus important, une scène sur le rôle de tampon incarné par Alfred Pennyworth entre le boy wonder et Batman. La leçon de tout cela : Dick Grayson plonge tête la première dans la bagarre mais surtout parce qu'il ne peut se retenir face à l'injustice.

Aujourd'hui, c'est un jeune homme ayant acquis de l'expérience, sans renoncer à son idéal de justice. Ni à son devoir de mémoire. Il a fait ériger une statue représentant Alfred et a convié Bruce Wayne mais aussi Jon Kent pour l'occasion. Les choses se corsent quand Blockbuster s'affiche aussi, avec le projet franchement exprimé d'en profiter pour éliminer son rival en choquant l'assistance. Cela est contrarié par la présence du jeune Superman.

La suite est conveue mais efficace. On comprend que Tom Taylor n'écrit pas cet épisode pour proposer un nouveau morceau de bravoure gratuit mais davantage pour disposer ses pions et préparer une confrontation future et spectaculaire. A cette fin, il réintroduit un méchant qu'il avait délaissé depuis un moment et qui offrir à Blockbuster une alliance assez terrifante.

Il y a là tous les éléments de la série enfin rassemblés : Dick Babs, Bruce, Jon, Alfred, Blockbuster, et celui dont je tairai le nom pour l'instant. Cette réunion sert à valoriser le plan du scénariste pour souligner l'importance de cette bataille pour le coeur de Blüdhaven. Il y a de l'ambition, et il faudra convertir ces belles intentions en une narration à la hauteur. S'il réussit ce coup-là, Taylor me convaincra qu'il n'est pas que bon pour des histoires "Elseworlds" comme DCeased ou Dark Knights of Steel, mais aussi comme auteur d'une série mainstream. Il faut aussi souhaiter que DC lui fiche la paix et n'aille pas obliger la série à composer avec l'event Dark Crisis (même si Nightwing y jouera un rôle). Un arc en ligne droite, crescendo, voilà ce dont à besoin ce titre, avec un récit tendu et un artiste au taquet.

Au taquet, Bruno Redondo l'a souvent été par intermittence. Parfois ce dessinateur m'agace avec son dessin aux décors trop numérisés et son trait trop lisse, mais je ne peux lui nier une volonté réelle de mettre en images le script qu'il a avec inventivité. Toutefois, il gagnerait à plus de sobriété pour, peut-être, enchaîner plus de quatre épisodes d'affilée.

Et il me semble que ce qu'il livre là est encourageant dans la mesure où le découpage est sans doute moins emballé, plus calme, mais aussi plus direct. Ce n'est ni avec l'action du flashback ni avec l'intervention de Nightwing contre des vandales que le lecteur pourra se régaler avec des acrobaties et des pains dans la tronche, mais ce n'est pas le propos.

Ici, Redondo a une mission plus subtile : celle de faire monter la sauce. On est juste avant la grande explication. Les belligérants se jaugent, se provoquent, ils ne s'affrontent pas encore directement. Tout ou presque se passe en vérité hors champ. Comme le note Grayson, il faut montrer qui est le boss, en l'occurrence qui est le véritable protecteur de Blüdhaven. Pour l'instant, c'est encore de la chicaya, on corrige des hommes de main, on se toise. Il ne faut pas trop vite montrer son jeu, ses cartes.

Redondo ne s'accorde qu'un petit plaisir avec une double page gratuite (quand Nightwing va attaquer les vandales). Sinon, il s'efforce de rester au plus prés des personnages et glisse quelques éléments rigolos : Alfred descendant d'une échelle depuis le Batplane avec une distinction impeccable, les pizzaiolos avec les têtes de Marv Wolfman et George Pérez (j'espère que ce dernier a vu ça avant de partir), Dick et Bruce tenant chacun la laisse de leurs chiens, Babs titillant Blockbuster en lui demandant s'il veut faire un selfie avec Jon Kent, Babs encore qui confirme à Nightwing avoir photographié les visages des vandales... 

Mention spéciale à Adriano Lucas, le coloriste pour son bel effort de traiter le flashback avec des couleurs un peu passées, comme celles d'un vieux comic-book - ça n'a l'air de rien mais ça suffit pour nuancer une scène et montrer le talent du bonhomme.

On croise maintenant les doigts pour la suite. Pour moi, Tom Taylor et Bruno Redondo jouent gros : s'ils se plantent, je laisse tomber Nightwing