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vendredi 2 octobre 2020

GIANT-SIZE X-MEN : TRIBUTE TO WEIN AND COCKRUM

 

Août 1975 : après cinq années d'interruption, Marvel, par la voix de son rédacteur-en-chef Roy Thomas, décide de relancer la série X-Men. La mission est confiée à Len Wein et Dave Cockrum, qui ont droit à un numéro de 36 pages pour l'occasion. Ainsi (re)naît un titre et surtout une franchise qui allait devenir la plus populaire de son éditeur avec ce Giant-Size X-Men.

 


Septembre 2020 : sous une couverture signée Adi Granov, Marvel publie un Tribute to Wein and Cockrum en demandant à 36 artistes de refaire ce numéro historique. Une initiative louable, parfois brillante, mais surtout très inégale. Et dont le principe interroge. Car l'hommage révèle à la fois les forces et faiblesses des deux exercices, et sa sortie est bien curieuse au moment où la franchise X a été révolutionné par Jonathan Hickman et où les mutants sont pris dans un ambitieux crossover.

Avant de procéder à un examen comparatif de quelques planches (puisque la démarche invite à cela après tout), revenons un instant sur l'exemplaire sortie en 1975. Il est intéressant de relire l'épisode écrit par Len Wein et dessiné par Dave Cockrum pour mesurer le chemin parcouru mais surtout l'impact qu'il a eu à l'époque et pour bien des années ensuite. L'opération survient après une interruption de la publication de cinq ans de la série consacrée aux X-Men et il faut se rappeler que le titre créé par Stan Lee et Jack Kirby n'a jamais été un succès (en tout cas à l'échelle de Avengers ou Fantastic Four, les deux team-books emblématiques de Marvel). Si la prestation de Jim Steranko au dessin puis celle de Neal Adams ont bousculé la série et abouti à des périodes plus marquantes, elles n'ont pas sauvé le titre de son annulation.

C'est en 1974 que l'idée de relancer les X-Men fait surface et encore par le biais d'un personnage qui ne devait même pas être un mutant. Lein Wein écrit en effet la confrontation entre Hulk et Wolverine et le eprsonnage du griffu séduit les lecteurs. L'équipe éditoriale entreprend alors de bâtir un groupe autour de lui avec la particularité de donner à chacun des membres une nationaité différente (puisque Wolverine est canadien).

Logiquement Wein se charge de convertir ce projet en un comic-book. Mais c'est l'entrée en jeu de Dave Cockrum qui va réellement changer la donne et permettre aux All-new, all-different X-Men d'exister. A cette époque, Cockrum vient de quitter DC Comics où il travaillait sur Legion of Super Heroes mais où on venait de lui refuser plusieurs nouveaux personnages dont les designs ne convenaient pas au staff éditorial. L'un d'eux en particulier sera le futur Nightcrawler (Diablo), un elfe à l'allure inquiétante mais dans lequel le dessinateur a mis beaucoup de lui-même (en s'inspirant de son amour pour les films de cape et d'épée).

Cockrum est pour beaucoup, et pour moi, un des plus grands character's designer des comics modernes. Son style est unique et ses motifs esthétiques récurrents (bottes retournées, épaulettes pointues, lignes simples et percutantes, etc). Comme le raconte sa femme Paty, dans la postface de ce Tribute, il avait le talent de rendre n'importe quel personnage identifiable, mémorable et cool. Encore aujourd'hui, bien des dessinateurs devraient étudier les costumes de Cockrum et apprendre de leur simplicité.

Cockrum va, avec Wein, recycler des concepts destinés initialement pour la Légion des Super Héros. Mais ensemble les deux hommes vont aussi procéder à des synthèses basées sur les idées de l'artiste : ainsi Storm (Tornade) était au début prévue pour être une femme féline, mais héritera ensuite des pouvoirs climatiques d'un personnage masculin nommé Typhoon. Dans d'autres cas, le flou restera : les griffes de Wolverine devaient originellement être des accessoires incorporés dans ses gants et non une prolongation de son squelette métallique. D'ailleurs le canadien ne plaisait pas tellement à Cockrum ni à Chris Claremont (qui remplacera Wein à l'écriture tout de suite après la parution du Giant-Size X-Men) et ne devra son salut qu'à John Byrne (qui, bien qu'anglais, a grandi au Canada et a fait le forcing pour qu'on épargne son quasi-compatriote). Imaginez les X-Men sans Wolverine aujourd'hui...

Wein n'écrira donc qu'un seul épisode des X-Men, trop accaparé par ses autres séries (il en rédigeait cinq à l'époque). Et il faut bien avouer qu'avec le recul son travail a mal vieilli. Ce fut un grand auteur, un editor important (on le retrouvera au départ d'un autre titre crucial : Watchmen), mais soyons honnête, ce qu'il a produit là est certes habile mais aussi parfois très maladroit. Pour s'en convaincre, examiner les termes choisis par Charles Xavier pour convaincre les mutants de composer une nouvelle équipe : il y a de quoi ricaner devant les arguments qu'il avance. Ainsi quand il recrute John Proudstar alias Thunderbird (l'Epervier), et alors que celui-ci lui explique le mépris qu'il éprouve pour les hommes blancs qui oppriment les indiens, le professeur lui rétorque qu'il tient là, en le rejoignant, une occasion de prouver à tout le monde que les apaches ne sont pas des égoïstes et des lâches ! Très motivant....

Le traitement de Shiro Yoshida alias Sunfire (Feu du Soleil) est aussi grotesque : c'est un japonais arrogant et lunatique au possible qui est infect avec tout le monde, mais qui après avoir claqué la porte des X-Men suite au débrief de la situation par Cyclope se ravise en répondant à Kurt Wagner/Nightcrawler qu'il a ses raisons et qu'elles ne le regardent pas !

Wein est ainsi : il n'y va pas par le dos de la cuiller avec les clichés (Piotr Rasputin/Colossus est un fermier russe qui croit que ses pouvoirs sont la propriété de l'Etat soviétique et qui quitte son pays, pourtant claquemuré, en jurant à ses parents qu'il les rendra fiers et ne les oubliera pas). A l'heure où le petit-fils d'Agatha Christie croit bon de retitrer les Dix petits nègres pour ne choquer personne, l'introduction de Tornade aurait de quoi provoquer un étranglement à bien des militants tant l'image de l'Afrique ressemble à une dépiction caricaturale du continent noir, avec de braves sauvages qui vénèrent une pseudo-déesse à moitié nue (mais qui, elle aussi, plie volontiers bagages car elle estime qu'il est bien temps de quitter son nid). 

En vérité, Wein a de bonnes intentions mais ne s'embarrasse pas de les mettre correctement en forme. C'est confondant de naïveté. Il voulait monter une équipe avec des membres qui se détestaient mais qui, devant l'adversité, comprendraient qu'ils sont plus forts ensemble -mieux qu'ils étaient semblables, au-delà de leurs origines géographiques et sociales. Mais tout cela se brise vite quand on se rend compte qu'en fait Wein entretient certes une certaine tension mais la cantonne surtout à deux personnages (Thunderbird et Sunfire, absolument imbuvables). Il n'y a pas d'animosité équivalente entre le Hurleur, Wolverine (même si ce dernier a les oreilles cassées par le cri de son collègue), Diablo, Tornade, Colossus. Sans doute faut-il voir là la véritable raison qui motivera Claremont à sacrifier Thunderbird puis à écarter Sunfire (qui, déjà, du temps de Neal Adams, n'avait pas réussi à s'intégrer aux X-Men) : trop grossièrement taillés, ils étaient trop difficiles à nuancer et à placer dans un collectif durable.

Détail troublant : la veuve de Wein avoue, dans la postface, avoir consenti à quelques retouches des dialogues pour qu'ils ne provoquent pas de débats, et on devine que ces corrections ont lissé des échanges impliquant Thunderbird et Sunfire.

Voilà pour la partie scénario. Maintenant, examinons la partie graphique de cette hommage.


Marvel et l'editor Jordan White ont donc confié à 36 artistes contemporains le soin de refaire les planches de Cockrum. On pouvait espérer une sorte de casting idéal, avec le gratin des dessinateurs Marvel pour saluer le défunt co-créateur des X-Men modernes. En réalité, c'est beaucoup moins ambitieux. Il y a des dessinateurs très talentueux réunis ici, mais aussi d'autres franchement plus moyens et même médiocres. On se demande quels ont été les critères pour les retenir, même si on devine que certains ont candidaté pour l'occasion en étant des fans de longue date et que d'autres ont été recrutés pour sans doute faire le nombre parce que des vedettes étaient déjà occupées ailleurs. C'est un peu dommage. Mais le souci est souvent ailleurs que dans le prestige des invités.


Il ne s'agit pas avec ce Tribute de recopier à l'identique les pages originales, en en respectant le découpage et les effets de style. Cockrum était un narrateur particulier dont le trait a souvent été gâché par des encreurs abominables (Sam Grainger a massacré de nombreux épisodes de ses X-Men). Par ailleurs, il ne brillait pas par son audace : c'était un dessinateur à l'ancienne, qui servait le script avant de chercher à se faire mousser. Par conséquent, aujourd'hui, bien peu d'artistes se réclament de Cockrum et peu de lecteurs le situent dans leur top parce qu'il est considéré comme démodé, faiblard. Il n'a pas l'aura d'un Kirby, la modernité d'un (Neal) Adams, et sa succession par John Byrne a achevé de l'éclipser. Pourtant, Chris Samnee, ci-dessus, a su merveilleusement respecter le travail de Cockrum sans le singer, dans un moment critique de l'apparition de Diablo.


Lorsqu'on revient sur les planches d'un artiste, il y a deux options et il semble que Marvel ait laissé à chacun la liberté pour interpréter la partition de Cockrum. Soit, donc, on reste proche de l'original ; soit on s'en éloigne radicalement pour proposer une variation plus moderne. C'est ce second choix qu'a fait Marguerite Sauvage.


Lorsque Tornade nous est présentés en 1975, Cockrum découpe la scène avec un quasi "gaufrier" en huit cases, typique de son oeuvre (suivre le script, produire une scène lisible, efficace). Sauvage, aun contraire, opte pour une presque pleine page au centre de laquelle elle dispose Ororo, pour un résultat plus illustratif. Mais finalement le résultat est très beau, parfaitement exécuté, et aurait pu (dû) servir d'exemple à ses camarades.


Encore faut-il en avoir le talent. Ce qui n'est pas le cas de Bernard Chang quand il faut introduire Sunfire. Encore une fois Cockrum fait preuve de sobriété : trois bandes, sept cases, des angles de vue très neutres, pas d'esbroufe. 


Chang, lui, se prend les pieds dans le tapis en voulant jouer les audacieux à coups de cases tangentes qui rendent le flux de lecture biscornu (le regard va de haut en bas puis de droite à gauche et de gauche à droite). C'est plus dynamique mais aussi inutilement tarabiscoté. J'ai cru déceler une volonté de copier un découpage façon J.H. Williams III, mais c'est un artiste d'une maîtrise telle qu'il est risqué de l'imiter sans paraître ridicule.
 

On pourrait continuer comme ça pendant longtemps, surtout que Giant--Size X-Men a été écrit en quatre chapitres, dont le premier consiste uniquement à nous présenter les nouveaux mutants, et le deuxième à raconter ce qui est arrivé à l'équipe originale. Les choses bougent vraiment à partir du troisième acte quand tout ce beau monde part pour l'île de Krakoa sauver les premiers X-Men. Sur place, la situation se corse et les pièges se dressent en nombre.


On comprend que Cyclope a pu s'enfuir avec le consentiment de l'île qui est elle-même une mutante affamée, se nourrissant de ses semblables. Les X-men d'hier et d'ajourd'hui sont donc son casse-croûte et avant que Angel ne le révèle aux secours, Krakoa tentent de tuer les recrues de Charles Xavier. Cela fournit plusieurs scènes spectaculaires où des binômes doivent échapper à des traquenards. Cockrum produit des pages efficaces encore une fois, qui mettent en valeur les pouvoirs des mutants et le décor de l'île. Ces moments nécessitent de l'artiste une compétence pour combiner détails et clarté. A ce jeu,Ramon Rosanas s'en tire très bien en modifiant à bon escient le découpage initial sans en trahir l'esprit et les effets. On obtient deux façons de raconter une même péripétie.
 

Enfin, dans le quatrième chapitre, tout s'accélère : la vérité sur Krakoa oblige les X-Men des deux générations à affronter l'île. C'est un adversaire démesuré et une bataille épique. Cockrum restitue magistralement l'intensité et l'ampleur du combat avec des planches contrastés, un encrage appuyé, un découpage direct, puissant. Il est clair qu'à cet instant c'est lui qui tient les commandes en convertissant le script de Wein en une collection de pages spectaculaires (malgré un texte envahissant, comme c'était le cas à l'époque, où on n'hésitait pas à être redondant).


Ce segment est diversement réinterprété aujourd'hui par les artistes modernes. Certains comme Pepe Larraz ont choisi de reproduire à l'identique la page de Cockrum, comme conscient qu'elle était parfaite. D'autres comme, ci-dessus, Mike Del Mundo bouscule tous les meubles et la réécrivent graphiquement pour valoriser des éléments précis comme la représentation des pouvoirs combinés de Polaris et Tornade dans une case verticale occupant toute la hauteur de la page. La couleur directe renforce cette impression de recréer une planche en en soulignant les effets spéciaux, même si, pour le coup, Del Mundo qui adore d'habitude découper ses planches avec des fondus enchaînés est tout compte fait très sage avec ici des cases bien détachées.

J'aurai pu choisir d'autres exemples ou commenter plus de planches mais cela aurait transformé la critique en une analyse exhaustive dont je redoutais qu'elle ne soit indigeste à lire. Mon intention était différente : je souhaitai surtout montrer que d'une part l'exercice était quand même intéressant (différent par exemple du remake à l'identique de Psychose d'Hitchcock par Gus Van Sant) tout en étant, d'autre part, fondamentalement, intréséquement, inégal.

Mais cette inégalité est surtout le fruit des talents. Marvel a eu raison de saluer la mémoire et le travail de Wein et Cockrum et de laisser des artistes d'aujourd'hui libres de redessiner les planches d'un épisode historique. En revanche, on peut discuter de la qualité de ces réinterprétations et du bien-fondé de l'entreprise. Car ce qui manque à ce Tribute, c'est une direction précise : en l'état, le résultat est mi-chèvre, mi-chou, parce que certains ont été (trop) sages, d'autres trop faibles. L'écart entre le niveau des dessinateurs est trop criant pour que l'initiative soit aussi légitime qu'espéré et peut-être aurait-il été plus judicieux de recruter moins d'intervenants. Ou alors de mieux les choisir (après tout, pour Marvel Comics #1000, on avait droit au même format mais avec une liste d'artistes autrement plus impressionnante). 

Et puis le moment tombe un peu mal aussi. S'il était sorti avant X of Swords, cet hommage aurait bénéficié d'une meilleure exposition - pas sûr que cela intéresse beaucoup de jeunes lecteurs de relire une version contemporaine de cet épisode quand les mutants sont au bord de la guerre avec les survivants de l'île soeur de Krakoa. 


jeudi 17 septembre 2020

GIANT-SIZE X-MEN : STORM#1, de Jonathan Hickman et Russell Dauterman

 

Giant-Size X-Men : Storm est le dernier numéro de cette collection (bien que je pense qu'on en verra une autre, identique, dans l'avenir). Pour ce cinquième volet, et alors que les #2 et 3 étaient dispensables (et très moyens), on revient à l'intrigue initiée dans le #1 et poursuivie dans le #4. Jonathan Hickman conclut en beauté ce quintette, accompagné à nouveau par Russell Dauterman, magistral.


Jean Grey apprend à Tornade que les savants de Krakoa ont échoué à trouver un remède au techno-virus que lui ont inoculé les Enfants de la Voûte. Alors que Emma Frost s'apprête à proposer d'autres options, Monet St-Croix l'interrompt pour indiquer une issue.


Grâce à Fantomex, qui monnaie l'entrée, et à Ned, l'ex-agent de l'AIM, Tornade, accompagnée de Cypher et Monet, pénètre dans le Monde. Aussitôt le système de défense de l'endroit se déclenche et le groupe réagit en contre-attaquant.
 

Tornade comprend que face à ce chaos il lui faut imposer un nouvel ordre et elle créé une tempête. Mais l'effort lui fait perdre connaissance. Quand elle revient à elle, Fantomex présente au groupe son "frère", Ultimaton, gardien du Monde, et un dispositif capable de sauver Tornade.


Elle s'introduit dans une pyramide lumineuse dont Ned active le procédé de séparation du techno-virus. Cette manoeuvre aboutit positivement pour Tornade mais il faut ensuite contenir l'infection. Ce dont se charge Ned.


Fantomex décide de rester dans le Monde avec Ned. Cypher, avant d'en sortir, communique avec l'intelligence artificielle de l'endroit et ils conviennent tous deux de garder un oeil sur chacun...

Cette collection de Giant-Size X-Men a été une expérience intéressante même si elle a connu des fortunes diverses. 

Avec le recul, on reste perplexe sur les n° 2 et 3, trop détachés du reste (même si le n°3 semble préparer le terrain pour une partie future des Marauders - en effet, Emma Frost a fait allusion, dans les derniers épisodes de la série, à une réception qu'elle compte donner, sans qu'on sache en quel honneur, mais il me semble évident que cela aura lieu sur l'île que Magneto lui a permise d'acquérir via Namor).

En revanche, je ne sais toujours pas ce que Hickman compte faire de l'histoire avec Nightcrawler dans l'ancienne école de Xavier.

Revenons à nos mutants (oui, je sais, le jeu de mots est facile). Et en l'occurrence au cas de Tornade qui a été victime d'un empoisonnement par les Enfants de la Voûte (je dis "la Voûte" bien que Panini ait traduit cela par le passé par "la Crypte", mais en vo il s'agit de Children of the Vault). Au terme du premier chapitre, Emma Frost et Jean Grey, après avoir sondé l'esprit d'Ororo Munroe, avaient déterminé qu'elle n'avait plus que trente jours à vivre, faute de soins appropriés.

L'heure a tourné et les savants de Krakoa ont échoué à trouver un remède. Monet St Croix propose alors une cure alternative qui, comme on l'a vu à la fin de Giant-Size : Fantomex, conduit au mercenaire cloné par l'AIM.

Jonathan Hickman nous entraîne alors, à un rythme soutenu, dans un trip halluciné avec un groupe de mutants dont il n'est pas difficile de deviner qu'ils font partie de ses favoris. On le savait pour Cyher (le scénariste l'avait confessé en interview), mais le retour sur le terrain de Monet St Croix (après la mission suicide de House of X) prouve qu'elle est aussi une des chouchoutes. Evidemment Tornade, établie comme une sorte de grande prêtresse de la Nation X, et Fantomex sont de la partie. Ajoutez-y l'irrésistible Ned, ancien agent de l'AIM, et servez chaud.

Le décor du Monde plait visiblement à Hickman qui est friand des zones où tout est possible. Et en collaborant à nouveau avec Russell Dauterman (qui avait dessiné le #1), il sait qu'il peut s'y amuser sans restrictions. Pourtant, derrière l'action trépidante, demeure l'incertitude concernant Tornade. Il était peu probable que le scénariste la sacrifie, mais il sait entretenir un vrai suspense sur sa guérison.

Comme il sait le faire, Hickman n'explique pas comment exactement la déesse s'en sort, c'est un mélange de technologie et de magie qui résout tout. En tout cas, le personnage de Tornade, si mal écrit ces dernières années, recouvre toute sa superbe, toute sa majesté. Je sais que la caractérisation radicale imprimée par l'auteur aux X-Men déroute, et même hérisse, certains fans qui ne reconnaissent plus leurs héros. 

Pour ma part, même si j'ai des réserves sur certains acteurs et leur traitement (Nightcrawler en premier), je considère que Hickman rend un fier service aux mutants en les dotant d'une personnalité plus tranchée mais surtout plus conforme à leur nouvel environnement. Certes, ils ne sont plus si sympas, si attachants. Mais au moins ils sont sortis de cette spirale victimaire dans laquelle ils étaient prisonniers depuis trop longtemps. Et puis, je l'ai déjà dit et je le répète, qui a décrété qu'il ne fallait écrire que des comics avec des gens gentils, prêts à tendre l'autre joue, résignés à leur sort ? 

En vérité Hickman renvoie les X-Men à leur étrangeté originelle. Des outsiders dans un monde qui les craint. La différence, c'est qu'avant lui les mutants suivaient une ligne assez majoritairement passive, soumis aux événements. Désormais ils sont proactifs et offensifs. C'en est fini de la période où les X-Men subissaient, quitte maintenant à passer pour une tribu sectaire.

Tornade, de ce point de vue, est peut-être une des représentantes les plus emblématiques de cette révolution. Dans un passé encore récent, les mêmes lecteurs qui sont aujourd'hui décoiffés par Hickman se lamentaient de la voir écrite comme une femme hautaine, une sorte de troisième voie entre Cyclope, qui sombrait dans la noirceur, et Wolverine, qui se revendiquait de l'héritage de Xavier. Hickman n'a pas cherché à atténuer ce côté hautain, il l'a même souligné en mettant en scène Tornade comme une sorte de révérend qui exhorte les foules mutantes à célébrer les miracles des Cinq et les résurrections des X-Men tombés au champ d'honneur. On pourrait presque s'attendre à la voir chanter un "Hallelujah" avec un choeur gospel devant des fidèles en transe.

Elle en a l'allure comme la dessine Russell Dauterman, ostensiblement sous le charme. Avec lui, Ororo est une vraie déesse, avec une chevelure argentée immense, une silhouette impériale, un port de tête altier. C'est une force de la nature en marche, qui affronte sa maladie avec fierté. Elle a l'autorité naturelle d'un leader, comme l'atteste sa présence au sein du Conseil de Krakoa, aux côtés de chefs-nés comme Xavier, Magneto, Apocalypse.

Dauterman dessine les plus belles X-women depuis des lustres (depuis Paul Smith donc). Voyez sa Monet St Croix : il lui donne un côté oriental incroyablement séduisant, et même quand elle se transforme en guerrière, elle conserve une puissance sexy indéniable. A côté de ces deux femmes, les hommes ne sont pourtant pas négligés. Fantomex garde sa part de mystère, et Cypher est ce jeune homme secret, malicieux, intimidé mais plein de ressources. On notera d'ailleurs que pour la première fois Hickman et Dauterman affichent franchment le duo Cypher-Warlock en action, et introduisent ainsi dans le récit une part de fantaisie, d'humour, comme avec le personnage de Ned (ce savant de l'AIM dissident, à la solde de Fantomex, et qui exulte dans le Monde, un labo géant pour lui).

Peut-on parler de décor ? Il est en tout cas certain que le Monde offre à un artiste inspiré l'occasion de se défouler avec une imagerie baroque et Dauterman se montre très à l'aise dans l'exercice. Il réussit magistralement à restituer la folie chaotique, cauchemardesque de ce no man's land, qui semble imaginé par Salvador Dali. Même si Fantomex et Ned décident d'y rester à la fin, je parie qu'on y retournera.

Un dernier mot au sujet de la colorisation : Matt Wilson est un des meilleurs dans son domaine, et la variété des artistes avec qui il collabore démontre à quel point son talent est protéiforme. Comme avec Chris Samnee, sa complicité avec Dauterman est fondée sur de longues années. Les deux sont sur la même longueur d'ondes et les compositions de l'un motive particulièrement l'autre au moment de les mettre en lumière. C'est donc là aussi un élément décisif pour apprécier le spectacle, splendide et bizarre.

Tornade, si on en croit l'editor Jordan White, est appelée à connaître de nouvelles évolutions, en 2021 elle est même au programme d'une histoire dont elle sera le centre. Ce Giant-Size X-Men rappelle à la fois sa profondeur, sa beauté et son potentiel.

jeudi 13 août 2020

GIANT-SIZE X-MEN : FANTOMEX, de Jonathan Hickman et Rod Reis


Hormis le premier numéro de la collection Giant-Size X-Men, la déception domine en ce qui concerne cette initiative de Jonathan Hickman. L'épisode avec Nightcrawler était insignifiant (et présentait même une contradiction en montrant le retour de Lady Mastermind, qui avait déjà acté dans House of X !), celui avec Magneto insipide. Mais tout est pardonné avec le retour de Fantomex. Hickman refait équipe avec Rod Reis et rend une copie sous influence mais très maline et bien barrée.


Durant cinq décennies, depuis sa naissance et celle de son frère, Fantomex n'a de cesse de pénétrer dans le Monde, l'endroit où il a vu le jour, pour le détruire. Il s'allie successivement avec les Howling Commandos de Nick Fury...


... Puis le Cercle Intérieur du Hellfire Club, puis les Humongonautes, et enfin avec Wolverine et Cyclope pour tenter d'y parvenir. A chaque fois, il tombe sur son double, qui veille sur le Monde qu'il veut, lui, protéger.


Mais à la fin, le frère de Fantomex a accédé à un niveau de conscience si élevé que sa propre mission lui apparaît futile. De nos jours, Tornade sollicite Fantomex pour qu'il l'aide...


Depuis House of X-Powers of X, Jonathan Hickman joue avec l'héritage de Grant Morrison sur les mutants. Tour à tour, il défait ce qu'avait institué le scénariste écossais (l'extinction est remplacée par une renaissance massive, par exemple) ou, au contraire, en reprend les motifs et les figures (comme ici Fantomex, création de son prédécesseur).


Quant Grant Morrison prend en main les destinées des X-Men au début des années 2000, il invente deux personnages charismatiques qui lui survivront : d'un côté l'enigmatique Xorn (dont on découvrira qu'il s'agit d'un déguisement de Magneto pour provoquer l'implosion de l'institut Xavier), de l'autre le bandit Fantomex.

Ce dernier est issu du programme Arme X, dont provient aussi Wolverine (c'est ainsi qu'il a acquis, au gré d'expériences traumatisantes, son squelette et ses griffes d'adamantium). L'Arme X est un concept fabuleusement riche, puisqu'il est lié à la création de Captain America, Luke Cage et d'autres surhommes de Marvel au point qu'on peut s'étonner qu'aucun véritable event n'ait été élaboré à partir de cela (d'autant que le père de Tony Stark y a été mêlé et on peut aussi glisser dedans Spider-Man, Spider-Woman, Sentry). Le plus ironique, c'est que les super-soldats de l'Arme X ont été conçus, pour certains, afin d'éliminer... Les mutants.

C'est le cas de Fantomex, comme le rappelle la scène d'ouverture de cet épisode où une jeune recrue de l'A.I.M. tamponne sur le front deux clones "progressifs", qui deviendront Fantomex et Ultimaton, son "frère". Sauf que Fantomex, une fois hors du Monde (le site où il a vu le jour), entreprend de le détruire.

Le parallèle entre le Monde et Krakoa, la Nation X par extension, devient rapidement sybillin. Dans les deux cas, il s'agit de vases clos, aux philosophies finalement semblables, isolationnistes. La science folle de l'AIM et la religion de Krakoa sont toutes deux des extrémismes, des îlots fascistes, qui pratiquent une forme de sectarisme fondé l'une sur l'eugénisme, l'autre sur une forme de tribalisme. Dans les deux cas, la haine de l'autre prévaut : les savants fous veulent exterminer les mutants, les X-Men sont engagés dans une réponse pro-active contre les humains.

Fantomex, dans les deux cas, est un électron libre. Il a échappé au déterminisme scientiste et ne fait pas vraiment partie de la communauté mutante (il ne réside pas sur Krakoa et s'allie indifférémment avec des humains et des mutants dans sa quête). Il y a une dimension répétitive et absurde dans son entreprise où il semble moins s'agir de détruire le Monde (dit comme ça, on mesure bien la qualité symbolique de la terminologie de Morrison pour baptiser le lieu de naissance du personnage) que d'approcher son frère. La véritable mission de Fantomex est d'extraire Ultimaton de là mais sans le forcer.

D'ailleurs, les deux frères s'observent à la fois comme des doubles (ce qu'ils sont littéralement) mais aussi comme des étrangers, fascinés l'un par l'autre. Ultimaton est la quinzième version de l'Arme X, probablement la plus sophistiquée, la plus poussée. Il n'a jamais quitté le Monde et finit par devenir une sorte de cyborg doté d'une conscience divine qui lui fait voir humains et mutants comme deux espèces déjà dépassées - on pense au Dr. Manhattan dans Watchmen.

Fantomex, lui, est une curiosité typique des créations de Grant Morrison et Jonathan Hickman a bien compris que modifier sa caractérisation dégraderait le personnage. C'est une sorte d'aventurier sorti des pulp fictions, avec son long manteau, ses flingues, sa cagoule, entièrement vêtu de blanc, qui fonce dans le tas, en tentant à chaque fois d'être plus rusé mais toujours explosif. Une scène le montre même se coiffant, ridiculement, d'un bérêt comme si cet accessoire pouvait le rapprocher davantage des membres des Howling Commandos de Nick Fury.

Pour arriver à ses fins, Fantomex s'adapte : il se fait négociateur avec le Hellfire Club (Sebastian Shaw, une fois sous le feu ennemi, lui promet de se venger), leader avec les Humongonautes, fraternel avec Wolverine (qui exige de lui du respect pour Cyclope, ivre mort). A la fin de l'épisode, il est flanqué d'un membre de l'AIM, dont la présence d'ailleurs ne dérange pas les X-Men qui viennent à sa rencontre - là encore, tout est dit...

Justement, à la fin, le récit retombe superbement sur ses pattes et on regrette que Hickman n'ait pas relié ainsi tous ses Giant-Size X-Men (cela aurait justifié leur existence en tant que collection parallèle à la série X-Men). Car Tornade (accompagnée de Cypher et Trinary) sollicite Fantomex pour la sauver : cela renvoie au premier numéro, avec Emma Frost et Jean Grey, quand elles ont sondé télépathiquement l'esprit d'Oror Munroe pour découvrir que les Enfants de la Voûte lui avaient inoculé un virus mortel. Le remède se trouverait dans le Monde. Il n'est plus question de le laisser détruire et Fantomex s'y est résigné après son ultime rencontre avec Ultimaton. La boucle sera bouclée au prochain numéro entièrement consacré à Tornade.

Pour l'occasion, Hickman renoue avec le dessinateur Rod Reis, avec qui il a signé le premier arc, marrant, de New Mutants. L'artiste est idéal pour animer Fantomex, grâce à son style volontiers déjanté, empruntant des techniques au grand Bill Sienkiewicz.

Grâce aux effets composées, il réussit l'exploit de rendre imprévisibles des scènes répétitives lorsque Fantomex et ses différents renforts s'infiltrent dans le Monde. C'est le moment de savourer des doubles pages démentes, avec des créatures insensées. Le Monde est fou et Reis comme Hickman filent littéralement la métaphore.

Le découpage illustre parfaitement ces incursions délirantes qui se terminent invariablement par le face-à-face des deux Armes X, avec des cadres déstructurés puis des vignettes étrangement apaisées car, malgré leurs dissemblances croissantes, jamais il n'y a d'animosité entre Fantomex et Ultimaton. Ce sont des intimes étrangers - et cela définit à la fois l'homo sapiens et l'homo superior, Fantomex et le reste des mutants, le Monde et Krakoa.

Ce numéro, renversant et jouissif, entretient bien des regrets contre ceux consacrés à Nightcrawler et Magneto. Mais il prouve aussi que Hickman a bien un plan. Avant le méga-crossover X of Swords, qui démarrera en Septembre, ces Giant-Size X-Men (pour au moins le premier, ce quatrième et le futur cinquième - qui verra Russell Dauterman revenir au dessin) forme un corpus passionnant.  

jeudi 16 juillet 2020

GIANT-SIZE X-MEN : MAGNETO #1, de Jonathan Hickman et Ramon K. Perez


Pour ce troisième Giant-Size X-Men (sur cinq), Jonathan Hickman, en compagnie de Ramon K. Perez, donne la vedette à un de ses mutants favoris, Magneto. Pourtant, rien dans ce on-shot n'est ce qu'il paraît : entre une réalisation chaotique et un propos finalement très anecdotique, la perplexité domine. Fallait-il consacrer tant de pages pour si peu à dire ?


Magneto se rend dans les îles Féroé. Il y rencontre un habitant et lui explique vouloir acquérir l'île mais l'homme n'en est pas propriétaire. Il s'absente pour prévenir ce dernier tout en prévenant le maître du magnétisme que cela risque de prendre du temps pour obtenir une réponse.


Auparavant, Magneto est invité à déjeuner chez Emma Frost dans sa demeure sur Krakoa. Elle sait que son convive a une lognue histoire avec les îles et souhaite qu'il lui en trouve une pour qu'elle l'achète.


Le propriétaire de l'île n'est autre que Namor qui accepte de négocier avec Magneto parce qu'il représente Emma Frost. Magneto doit en échange l'accompagner dans les profondeurs environnantes pour retrouver des scientifiques atlantes mystérieusement disparus...


... Et c'est tout ! La suite et fin de cette histoire ne présente ni surprise ni même un quelconque intérêt. Vous en êtes quittes pour savoir les raisons motivant l'acquisition d'une île par Emma Frost. Quant à Magneto, son rôle, se résume dans l'affaire à être son chargé d'affaire. En ce qui concerne Namor, il reste écrit comme une caricature.
  

Depuis qu'il a initié cette collection de Giant-Size X-Men, Jonathan Hickman a laissé bon nombre des fans de sa reprise de la franchise "X" franchement dubitatif. Si son premier récit avec Jean Grey et Emma Frost (qui sera complété et conclu avec le dernier chapitre de la série, consacré à Tornade) était un bel hommage à un fameux épisode muet du run de Grant Morrison, celui qui a suivi (publié il y a quatre mois, juste avant que la crise sanitaire n'impose un shutdown des parutions) avec Nightcrawler accusait déjà un sérieux coup de moins bien, mais sa lecture demeurait agréable entre la variation autour de la maison hantée, les fantômes d'Excalibur (version Claremont) et les dessins d'Alan Davis.

Mais cette fois-ci... Honnêtement, qu'est-ce qui est passé par la tête du scénariste ? 

Peut-être, avant tout chose, faut-il retracer la conception de cet épisode. On remarquera que, contrairement aux fois précédentes, la couverture et les pages intérieurs sont l'oeuvre de deux artistes différents. Et pour cause : Ramon K Perez n'était pas prévu pour dessiner ces planches, Ben Oliver devait les réaliser. J'ignore pourquoi, mais le talentueux cover-artist a été remplacé et ne subsiste plus de son travail que ce portrait, vraiment magnétique, de Magneto.

Ramon K. Perez n'est pas un pis-aller : pour ceux qui le suivent, c'est un artiste certes volatile mais passionnant, dont l'adaptation d'un script inédit de Jim Henson (Tale of Sand) lui a valu une reconnaissance unanime et méritée. Il partage son temps entre projets pour les majors (surtout Marvel) et oeuvres indépendantes (il va collaborer avec Chip Zdarsky pour une série horrifique que Image Comics publiera cette automne). Son style est excellent, sa technique impeccable, et tout compte fait, c'est un bon choix pour suppléer Oliver car leurs registres graphiques n'ont rien à voir, donc pas de comparaison possible.

Mais il n'empêche que j'aurai bien aimé voir ce que Oliver aurait fait de ce matériau. En conservant sa couverture, Marvel a commis une erreur car cela rappelle qu'il était là le premier. Et qu'on s'interrogera toujours sur la raison de son remplacement et le potentiel de son travail.

Surtout, même si, donc, Perez ne déçoit pas, il n'épate pas non plus. On n'a pas des pages fulgurantes comme il en est capable, rien de ce qu'il dessine ici n'est transcendant et ne relève l'intérêt. Là où Russell Dauterman étincelait dans l'exercice 'Nuff said avec Jean Grey et Emma Frost, et même un Alan Davis en petite forme (sans encreur aussi) faisait plaisir en animant à nouveau Nightcrawler, Perez ne semble jamais aussi concerné par son épisode qu'il exécute sans forcer son talent. C'est même plutôt le coloriste David Curiel qui lui vole quelquefois la vedette avec une palette magnifique (bien que "mangeant" un peu trop l'encrage, notamment quand il s'agit des chevelures de Magneto et Emma).

Toutefois, la responsabilité de notre incrédulité face à ce récit incombe à Hickman. Dans ces trois Giant-Size X-Men, il y a une constante sur la légéreté du propos par rapport au nombre de pages qu'il y consacre. Soutenu par un artiste exceptionnel, investi dans l'exercice, comme le fut Dauterman, la faiblesse de Hickman est compensée. Mais avec un Davis en mode mineur ou un Perez transparent, le résultat s'en ressent plus fortement.

Alors que dans la série X-Men (et auparavant dans House of X-Powers of X), Hickman a montré un Magneto majestueux, ici il le réduit à une sorte de négociateur pour Emma Frost (à se demander pourquoi elle ne s'occupe pas de transiger directement avec Namor, une fois l'île choisie). 

Ensuite, son face-à-face avec Namor tarde à se matérialiser : on devine la manoeuvre (Namor fait poireauter Magneto pour lui prouver qu'il est le maître des horloges), mais leur échange est bien plat alors qu'on est en présence de deux très forts caractères. Nulle tension ne vient alimenter leur dialogue où Namor est écrit comme un régent ombrageux bien peu nuancé (pas davantage en tout cas que ce qu'en a fait Jason Aaron) : quand on est fan du personnage, c'est une vraie misère de voir le traitement du roi atlante, un des individus les plus ambigüs de Marvel. 

Enfin leur exploration dans les profondeurs marines, leur rencontre avec d'étranges créatures pour récupérer une clé, l'allusion au roi Ahura (premier monarque d'Atlantis), tout cela est survolé, esquissé, jamais développé (à moins que Hickman ne garde cela pour le futur). C'est vraiment dommage car dans House of X, on avait eu droit à un bref mais intense échange entre Xavier et Namor, invité à rejoindre Krakoa (offre rejetée séchement sur un argument prometteur). C'est tout de même curieux, la maladresse du scénariste vis-à-vis de ce personnage qu'il a pourtant abondamment employé dans New Avengers.

On pouvait encore espérer une révélation, un twist à la fin mais on ignore pourquoi Emma tient à avoir son île (tout au plus, quand Magneto le lui demande, répond-elle qu'elle va lancer des invitations et voir qui viendra). Hickman procéde souvent comme ça dans X-Men, semant des indices (ou plutôt des mines) : peut-être lira-t-on dans l'avenir ce qu'il prépare ici. Mais pour l'heure, c'est trop frustrant.

C'est donc une déception. Mais ne jetons pas tout car le prochain Giant-Size X-Men s'intéressera à un des grands absents de la refonte "X", Fantomex, dessiné par l'excellent Rod Reis. De quoi espérer bien mieux. 

jeudi 26 mars 2020

GIANT-SIZE X-MEN : NIGHTCRAWLER, de Jonathan Hickman et Alan Davis


Deuxième Giant-Size X-Men (sur cinq), celui-ci se concentre sur Nightcrawler (Diablo en vf). Du moins en apparence car Jonathan Hickman lui adjoint quelques autres (jeunes) mutants pour une variation mouvementée sur le thème de la maison hantée ("Haunted Mansion" comme s'intitule ce one-shot). Pour l'occasion, le scénariste a convaincu Alan Davis de reprendre son crayon : c'est heureux puisqu'il est un de ceux qui savent le mieux animer Kurt Wagner. Le résultat est agréable mais, aussi, hélas ! un peu en deçà des espérances.


Prévenus d'une anomalie dans l'ancien Institut Xavier pour surdoués, Diablo, Magik, Cypher, Eye-Boy et Lockheed sont chargés de l'enquête. L'ancien manoir des X-Men paraît vide mais une présence est flairée par Lockheed qui part à sa poursuite pour la brûler.


Diablo calme le petit dragon avant de remarquer ce qui ressemble à Rachel Summers dans son costume de chien de meute. Il la rattrape dans un tunnel aux parois organiques contre lesquelles s'appuie Cypher. Doug Ramsey disparaît, et Rachel s'échappe à nouveau.


Cypher découvre un globe gardé par des Sidri, des arthropodes extraterrestres et entre en communication avec eux grâce à son bras cybernétique. Diablo et ses partenaires arrivent dans le sous-sol du manoir et sont encerclés par des Sidri.


Une bataille éclate. Diablo envoie Magik à la recherche de Cypher tandis qu'il se charge d'évacuer Eye-Boy. Ilyana Rasputin découvre Doug Ramsey et Warlock en train de négocier avec les Sidri protégeant le globe et le ramène auprès des autres.


Dans un cocon, ils découvrent Lady Mastermind qui a été capturée par les Sidri en voulant gagner Krakoa via le portail du manoir. En échange de sa liberté, Cypher a convenu avec les Sidri qu'ils occupent le manoir et en protègent l'accès.

Après le premier Giant-Size, sublime exercice de style centré sur Jean Grey and Emma Frost, on attendait beaucoup de ce nouveau one-shot avec Nightcrawler en vedette. Pour ma part, c'est le X-Man que je préfère, depuis longtemps (même si, ado, je lui préférai comme beaucoup Wolverine). Ajoutez à cela que l'épisode est dessiné par le grand Alan Davis et l'excitation était à son comble.

Pourtant, on sort de ce numéro insatisfait, frustré.

Attention, ce n'est pas mauvais, loin s'en faut. Jonathan Hickman profite de l'occasion pour livrer une histoire très rythmée, dynamique, riche en action et en mystère. Il lève aussi une part du voile sur un personnage important de sa refonte de la franchise (Cypher, un de ses favoris). Mais alors d'où vient qu'on n'est pas comblé ?

D'abord, contrairement au précédent Giant-Size, où Jean Grey et Emma Frost étaient vraiment un premier plan, celui-ci voit Diablo partager l'affiche avec d'autres personnages. Jonathan Hickman a pourtant fait de Kurt Wagner un mutant important : il siège à la table du Conseil de Krakoa, et ambitionne de fonder une religion (comme on l'a vu dans X-Men #7). Mais il apprécie aussi beaucoup les Nouveaux Mutants.

Voilà donc Diablo flanqué de Cypher, Magik et le méconnu Eye-Boy (sans oublier Lockheed). On se demande ce que fait là Magik pendant une bonne partie du numéro (elle n'intervient de manière décisive que dans une des dernières scènes en récupérant Cypher). Quant à Eye-Boy, on aurait très bien pu faire sans. Tout ça pour dire que Diablo n'avait pas besoin d'une pareille escorte.

Cependant, le rôle dévolu à Cypher est déterminant à plus titre : c'est lui qui va apporter la solution à l'intrigue et une scène révèle un des secrets bien gardés de Doug Ramsey - en l'occurrence, on découvre que son bras cybernétique est la forme concentrée de Warlock et que celui-ci réside donc à Krakoa à l'insu de tous. Pourquoi Cypher le cache-t-il ainsi ? Hickman seul a la réponse mais il est évident qu'il la garde pour plus tard (toutes les hypothèses sont ouvertes et certains commentateurs prédisent que Warlock empoisonne peut-être Krakoa avec le techno-virus des Phalanx, ce qui collerait avec le futur de la neuvième vie de Moira McTaggert comme on l'a vu dans Powers of X.).

Ce qui semble récurrent, c'est le côté enquête de chaque Giant-Size : après avoir visité l'esprit de Tornade, ce retour au manoir de Westchester a tout d'un jeu de piste avec à la clé l'apparition d'un élément inédit (ici, la réapparition de Lady Mastermind, dont les pouvoirs mentaux créent des illusions guidant le groupe de mutants détectives). Diablo fait figure de guide pour ses jeunes compagnons et Hickman s'amuse à adresser des clins d'oeil aux fans de Excalibur version Claremont avec une fausse Rachel Summers habillée comme un chien de meute. On aurait aimé que le scénariste pousse le bouchon encore davantage en convoquant Captain Britain (Brian Braddock) et Kitty Pryde : malheureusement, le premier a légué son titre à Betsy Braddock dans la série Excalibur actuelle écrite par Tini Howard et la seconde a été tuée par Gerry Duggan dans Marauders.

Cette envie de renouer avec l'équipe d'origine est d'autant plus forte que le numéro est dessiné par Alan Davis. L'artiste ne cache plus guère son désintérêt pour les comics, alors que Marvel ne lui accorde plus le droit de développer ses projets. Quand il dessine encore, ce manque de motivation est sensible, au point qu'il a délégué cette tâche à Paul Renaud pour la mini Tarot qu'il a écrite. Terrible gâchis.

Sans doute la perspective d'animer à nouveau Diablo (mais aussi Cypher et Magik, qu'il dessina pour un fameux Annual de X-Men il y a longtemps) lui a-t-il suffi pour accepter d'illustrer le script de Hickman. Ce dernier a su jouer sur les forces de Davis dans une histoire efficace.

On notera que Davis s'encre lui-même pour l'occasion, ce qui est exceptionnel. Et il s'en sort très bien. Le découpage est fantastique d'énergie, et la forme des vignettes parfois indique clairement que le dessinateur a eu le loisir de faire ce qu'il voulait (alors que les scripts de Hickman sont réputés pour leur précision). Une double page comme celle qui figure ci-dessus dans mon résumé et où l'on voit Diablo, Lockheed, Magik et Eye-Boy batailler contre des Sidri rappelle à quel point Davis est un maître en la matière, avec un trait d'une souplesse fantastique, un art consommé de la composition. Et lorsqu'il croque Lady Mastermind, il lui prête des formes pulpeuses irrésistibles, comme il sait le faire, sans vulgarité.

Ce qui manque à cela, c'est une tension, une folie. L'exploration psychique de Jean Grey et Emma Frost avait quelque chose de très référentiel (en renvoyant au célèbre épisode de Grant Morrison et Frank Quitely), mais se distinguait justement par son parti-pris (quasiment muet) radical. Ici, c'est bien plus sage et le twist final n'a pas la même force que le danger qui menace Tornade. On s'en doutait un peu, mais Hickman a des difficultés à se lâcher complètement alors que, seul aux commandes, Davis aurait sublimé ça, narrativement comme il le fait visuellement.

Il faut donc à la fois s'en contenter, et une fois les prochains Giant-Size (consacrés à Magneto, Fantomex, et Tornade) parus, on situera mieux encore la place qualitative de celui-ci.

dimanche 1 mars 2020

GIANT-SIZE X-MEN #1 : JEAN GREY & EMMA FROST, de Jonathan Hickman et Russell Dauterman


Giant-Size X-Men : Jean Grey & Emma Frost est le premier de cinq épisodes spéciaux qui vont tous paraître en 2020, centrés chacun sur un (ou deux comme ici) personnages emblématiques des X-Men. C'est bien entendu une référence à Giant-Size X-Men de 1975, par Len Wein et Dave Cockrum, qui introduisit la deuxième génération de mutants. Mais Jonathan Hickman en fait aussi un hommage à un célèbre épisode écrit par Grant Morrison et dessiné par Frank Quitely. Pour cela il peut compter sur un artiste exceptionnel avec Russell Dauterman. Le résultat est simplement extraordinaire.


Deux jeunes mutants découvrent le corps inanimé de Tornade. Cyclope et Wolverine appellent Emma Frost et Jean Grey à l'aide. Elles s'isolent dans une pièce où leur amie a été transportée, toujours sans connaissance.


Elle sondent l'esprit d'Ororo Munroe et les voilà dans un champ. A l'horizon un arbre géant au-dessus duquel flotte le diadème de Tornade. L'arbre est gardé par un lion et une lionne qui reconnaissent Jean comme une amie mais pas Emma.


La lionne se transforme en serpent et tente de tuer Emma mais Jean se porte à son secours. Le serpent devient un éléphant ailé qui transporte les deux femmes au pied de l'arbre. Elles y pénètrent et commencent à gravir un escalier en colimaçon qui s'émiettent sous leurs pas.


Jean et Emma tombent dans le vide et les ténèbres mais, en unissant leurs forces psychiques, elles en viennent à bout. Elles arrivent au sommet de l'arbre où elles découvrent un cocon qui suinte et se craquelle. Tornade s'en extrait, très faible.


Jean l'étreint et caresse son visage mais sa peau reste collée à ses doigts, révélant un squelette robotique et un compte à rebours. Emma et Jean retrouvent Cyclope et Wolverine et livrent leur diagnostic : les Enfants de la Voûte ont inoculé un techno-virus à Tornade, dans trente jours elle sera morte.

On sort de ces trente-six pages totalement époustouflé par le spectacle mais aussi le propos. C'est une véritable expérience narrative et graphique à laquelle nous convient Jonathan Hickman et Russell Dauterman. A ce titre, Giant-Size X-Men : Jean Grey & Emma Frost est le comic-book de la semaine, le plus beau que vous lirez, le plus intriguant aussi.

Mais c'est d'abord un double tribute : d'abord donc au premier Giant-Size X-Men produit en 1975 par Len Wein et Dave Cockrum, qui introduisit la deuxième génération de X-Men, cette équipe formée par Charles Xavier pour sauver Jean Grey, Angel, le Fauve, Iceberg, Polaris et Havok, sous la direction de Cyclope. On faisait alors connaissance avec des personnages devenus depuis les véritables emblèmes de la "mutanité" : Wolverine,, Tornade, Diablo, le Hurleur, Colossus, l'Epervier. Grâce à Chris Claremont, ces héros allaient non seulement devenir des vedettes, encore plus fameuses que la première génération de mutants, mais surtout des phénomènes culturels. Encore aujourd'hui, c'est à ces X-Men là que Hickman se réfère pour "Dawn of X".

Ensuite, par sa nature même, cet épisode salue New X-Men (vol. 1) #121, Silence : Psychic rescue in progress, paru en Février 2002, écrit par Grant Morrison et dessiné par Frank Quitely. Pendant ce mois-là, Marvel eut l'idée, géniale, d'imposer à ses auteurs de produire un épisode muet, un défi narratif et visuel, mais s'inscrivant dans la continuité des séries. Celui de Morrison et Quitely impressionna durablement tous ceux qui l'ont lu par sa virtuosité et sa lisibilité, son ambiance fascinante, son histoire vertigineuse (où on découvrait que Charles Xavier avait tué in utero sa jumelle, Cassandra Nova).

Cette fois, c'est l'esprit de Tornade qui est visité par Jean Grey et Emma Frost : Ororo Munroe est trouvée sans connaissance sur Krakoa par deux jeunes mutants. Nul ne sait ce qui lui est arrivé et ne parvient à la réveiller. C'est littéralement Into the Storm (le titre de l'épisode) que se trouve la réponse.

Mais Jonathan Hickman n'est pas du genre à nous livrer les réponses facilement. C'est un voyage qu'il faut entreprendre, à la suite de Jean Grey et Emma Frost, pour accéder à la solution de cette énigme. Pourtant, si tout est cryptique, riche en symboles, rien n'est nébuleux. Il suffit de se laisser porter et alors... Dépaysement garanti.

Juste avant cette introspection, on a droit à un moment facétieux, qui conforte la théorie polyamoureuse concernant Cyclope, Wolverine, Jean Grey et, peut-être, Emma Frost. En effet, quand elle arrive pour sonder l'esprit de Tornade, Jean embrasse tendrement, sans équivoque possible, Wolverine, entérinant le fait qu'il y a bel et bien un ménage à trois avec Cyclope, lequel s'autorise certainement une relation avec Emma (comme il l'a implicitement avoué à Diablo dans X-Men #7). Bien entendu, il n'est pas question de représenter directement un triangle amoureux, voire un quatuor, dans leur intimité sexuelle (on peut même facilement imaginer que Cyclope et Wolverine sont également amants), mais Hickman ne fait clairement pas mystère du fait que tout ce beau monde couche ensemble et ne sont donc pas que des co-équipiers au sein des X-Men.

Le fait, alors, de pénétrer dans l'esprit de Tornade prend une dimension plus trouble. Il ne s'agit pas seulement de sonder les pensées d'une amie pour découvrir quel mal l'a touché, mais bien d'explorer son intimité, et cela suggère quelque chose d'encore plus osé (tous les mutants sont susceptibles de coucher ensemble).

Hickman sème les symboles sur l'esprit de Tornade : les gardiens de l'arbre (qui est en quelque sorte le récipient de son secret) sont un lion et une lionne, fauves emblématiques de l'Afrique sauvage dont est originaire Ororo Munroe. Le serpent qui attaque Emma figure le reptile du jardin d'Eden en même temps qu'un animal aussi sinueux que la mutante à la peau de diamant. L'escalier en colimaçon par sa forme en spirale forme un chemin tortueux et possiblement sans fin, mais au lieu d'être représenté en train de s'enfoncer il est montré comme une voie ascendante et périlleuse. Le cocon renvoie lui à celui duquel sortent les mutants ressuscités lors du protocole des Cinq, mais aussi à l'oeuf dont s'extrait un être vivant. A moins que cet être ne soit plus qu'un avatar, un ersatz, dont l'aspect trompeur cache le mal qui le ronge ( hypothèse confirmée par le fait que les Enfants de la Voûte, traqués dans X-Men #5, sont la source de l'état de Tornade).

Cet épisode renvoie donc bien à ce qui se passe dans la série X-Men de Hickman, et d'ailleurs le dernier des Giant-Size conclura cette intrigue en étant dédié à Tornade. Tout est lié et rappelle qu'avec Hickman (comme ce fut le cas avec ses Fantastic Four et ses Avengers) tout compose une fresque d'envergure (on a d'ailleurs appris qu'à partir de Juillet prochain le premier crossover de l'ère "Dawn of X" débuterait, sous le titre X of Swords).

En se privant presque entièrement de dialogues (quelques répliques au tout début et une dernière bulle à l'ultime page), Hickman devait pouvoir s'appuyer sur un artiste capable de soutenir un épisode par la seule force de ses dessins. Avoir convaincu Russell Dauterman, fan des X-Men depuis toujours, s'avère un coup gagnant.

Dauterman a fait son chemin sans bruit au sein de Marvel, d'abord avec la mini-série Cyclops (en parallèle de All-New X-Men) puis en étant associé à Jason Aaron sur Thor/Mighty Thor (lorsque Jane Foster hérita du rôle - la meilleure partie du long run d'Aaron). Puis il a enchaîné avec l'event War of the Realms, sorte de conclusion au run d'Aaron sur le dieu du tonnerre.

Depuis quelques mois, il s'est fait discret, récupérant certainement des efforts déployés tout en attendant une proposition stimulante. Dauterman a clairement changé de statut, devenant une sorte de dessinateur qu'on emploie pour les grandes occasions, pour le préserver et aussi donner à ses prestations un aspect événementiel. Le succès de la relance des X-Men était l'opportunité idéale pour qu'il ressorte du bois.

Et il ne déçoit pas. Chacune de ses planches est époustouflante. Dauterman, c'est un peu l'élégance de Paul Smith avec l'exubérance d'un J.H. Williams III. Ses cadres explosent et les pleines pages ici abondent, spectaculaires, magnifiquement mises en couleurs par le formidable Matt Wilson. Le découpage figure idéalement les capacités télépathiques de Jean Grey et Emma Frost en leur donnant une dimension poétique. On en prend plein les yeux.

Mais ce goût assumé de la belle image, de l'image forte, ne se fait jamais au détriment de la narration. Car Dauterman est un dessinateur intelligent qui sait dose ses effets et servir le récit. Il se fait plaisir, il fait plaisir au lecteur, mais a une histoire à raconter et il la raconte avec une inventivité bluffante. 

Ses héroïnes sont d'une beauté incomparable (la référence à Smith s'accomplit ici), mais aussi très expressives. Emma Frost a ce côté insolent, désinvolte, supérieur, irrésistible. Jean Grey est plus sage, plus mesurée, plus disciplinée - Dauterman l'affuble d'un costume redesigné de manière raffinée (sans qu'on sache encore s'il s'agit d'un nouveau look durable ou d'une tenue de circonstance). Les décors sont d'une minutie superbe, avec une variété d'angles de vue proprement exceptionnelle.

La chute de l'épisode est glaçante à souhait et nous ramène sur terre avec dureté. A l'image de tout l'épisode, c'est une sensation forte de plus. Attachez vos ceintures. D'autant que les prochains Giant-Size devraient continuer de tutoyer les cimes (Nightcrawler dessiné par Alan Davis, Magneto par Ramon K. Pérez, Fantomex par Rod Reis et donc Storm à nouveau par Dauterman). Quand je vous dis que c'est une belle époque pour renouer avec les mutants...