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dimanche 12 mai 2019

AVENGERS : ENDGAME, d'Anthony et Joe Russo


Le voici : le dernier acte de "la saga de l'infinité" et la dernière aventure des Avengers dans l'incarnation que nous connaissons depuis 2012. Une page se tourne pour le MCU et ses fans, en fanfare compte tenu des scores pharamineux au box office mondial pour le film depuis sa sortie. Mais aussi avec une vraie émotion. Ce qui constitue le vrai exploit réalisé par les frères Russo.

Captain Marvel, la Veuve Noire, War Machine, Thor, Captain America, Rocket
(Brie Larson, Scarlet Johansson, Don Cheadle, Chris Hemsworth, Chris Evans, Bradley Cooper)

Trois semaines après le claquement de doigts de Thanos qui a fait disparaître la moitié de toute vie dans l'univers, Captain Marvel sauve Tony Stark et Nebula à la dérive dans l'espace. Elle les ramène sur Terre où demeurent les survivants de la bataille du Wakanda - Bruce Banner, Steve Rogers, James Rhodes, Natasha Romanoff, Rocket et Nebula. Grâce aux connaissances de cette dernière, ils localisent Thanos et partent à sa rencontre pour réparer ce qu'il a causé en récupérant les pierres d'infinité. Mais le titan a détruit les gemmes. Thor le tue dans un accès de rage.

Cinq après...

Cinq ans passent. Scott Lang/Ant-Man réussit miraculeusement à sortir du royaume quantique et gagne le Q.G. des Avengers, en comprenant en route ce qui s'est produit en son absence. Il explique à Steve Rogers et Natasha Romanoff que le temps s'est écoulé différemment pour lui et que là réside peut-être la solution pour sauver l'humanité, en remontant le temps. Contacté, Tony Stark refuse d'aider car il ne veut pas perdre Pepper Potts et leur fille, Morgan, sur un coup de dés. 

Clint Barton, James Rhodes, Tony Stark, Steve Rogers, Nebula, Rocket, Scott Lang,
Natasha Romanoff (Jeremy Renner, Don Cheadle, Robert Downey Jr., Chris Evans,
Karen Gillan, Bradley Cooper, Paul Rudd, Scarlett Johansson)

Rogers, Romanoff et Lang font ensuite appel à Bruce Banner (qui a réussi à concilier la force de Hulk en conservant ses capacités intellectuelles). Il est disposé à construire une machine temporelle mais en précisant que s'ils altèrent le passé, ils crééront des univers parallèles et ne répareront rien. Tandis que Hulk et Rocket partent chercher Thor, qui a sombré dans l'alcoolisme, en Norvège où il a bâti une nouvelle Asgard avec Valkyrie, Natasha traque Clint Barton, reconverti en tueur de gangsters depuis la disparition de sa famille, et Tony Stark, encouragé par Pepper, rejoint le projet des Avengers.

 En route pour le "casse temporel"...

L'opération vise à un "casse temporel" (dixit Ant-Man) en subtilisant les pierres d'infinité dans le passé avant Thanos. Quatre groupes sont formés pour atteindre des années et des lieux distincts. Rocket et Thor partent pour Asgard en 2013 où Jane Foster se remettait après avoir intégré l'Ether, l'énergie à la base de la pierre de Réalité.

 Tony Stark et Steve Rogers

Stark, Rogers, Banner et Lang se retrouvent à New York en 2012, lors de la bataille contre les Chitauri et Loki, pour reprendre à ce dernier la pierre de l'Esprit. Banner convainc l'Ancien de lui confier la pierre du Temps. Mais Rogers et Stark sont obligés de remonter jusqu'en 1970, dans une base du SHIELD, pour avoir la pierre de l'Espace.

 Nebula et War Machine

Nebula et War Machine arrivent en 2014 sur Morag où ils doivent voler la pierre du Pouvoir avant Peter Quill. Mais au moment de revenir en 2019, Nebula est stoppée par sa version de l'époque qui l'a repérée grâce à leurs implants cybernétiques communs et qui va permettre, sous la torture, à Thanos d'atteindre 2019.

 Natasha Romanoff et Clint Barton

La même année, sur Vormir, la Veuve Noire et Hawkeye récupèrent, au prix d'un terrible sacrifice, la pierre de l'Âme. Les Avengers sont à nouveau en 2019 avec les six pierres d'infinité. Il ne reste plus qu'à annuler le sort de Thanos... 

 Thanos (Josh Brolin)

Thor, toujours accablé par son échec cinq ans auparavant, se porte volontaire pour enfiler le gant d'éternité conçu par Stark. Mais craignant qu'il ne soit pas assez lucide à cause de son alcoolisme, Hulk prend sa place. Il claque des doigts...

 Le Q.G. des Avengers

... Et, grâce à un appel de sa femme sur le téléphone de Barton, l'équipe peut constater que les disparus sont revenus parmi les vivants. Malheureusement, les héros ne savourent pas longtemps leur joie.

 Thor (Chris Hemsworth)

Thanos, amené en 2019 par la Nebula de 2014, détruit avec son vaisseau le QG des Avengers. Il charge sa fille de récupérer le gant d'infinité et les pierres. Emergeant des décombres, Thor puis Iron Man et Captain America défient Thanos, sans réussir à l'abattre. Le titan va détruire la Terre et ses habitants pour avoir osé contrarier son plan, son armée débarque de son gigantesque vaisseau. La situation paraît perdue.


Mais les héros désintégrés ayant été ramenés à la vie, les voici qui surgissent, téléportés par le Dr. Strange, sur le théâtre de la bataille finale, formant une armada aussi impressionnante que celle de Thanos. La charge est lancée et se soldera par la victoire des héros, non sans avoir essuyé la perte d'un des plus emblématiques d'entre eux.

Depuis sa sortie le 24 Avril en France et deux jours après aux Etats-Unis, Avengers : Endgame n'est plus un simple film de plus dans le MCU ou même dans l'Histoire du cinéma : c'est un phénomène, en passe de devenir le plus grand succès commercial du Neuvième Art. Dans ces conditions, la critique devient étrangement décalée.

Mais pas impossible ni superflue. Car la question reste de savoir s'il s'agit d'un bon film, et aussi d'une conclusion satisfaisante aux dix premières années et à la vingtaine de longs métrages Marvel qui l'ont précédé.

Anthony et Joe Russo avec leurs scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely ont eu à relever un défi fou car Infinity War, le précédent opus des Avengers, avait marqué les esprits des spectateurs et des critiques par un dénouement extraordinairement culotté - la défaite des héros et la mort d'un paquet d'entre eux contre Thanos.

Le début de Endgame surprend franchement puisqu'en un quart d'heure ce qui reste des Avengers plus Captain Marvel, Rocket et Nebula débusquent fissa Thanos et Thor le décapite par dépit et colère en apprenant qu'il a fait en sorte que son grand nettoyage ne soit pas corrigé. Thor le décapite, dépit et furieux.

Une ellipse de cinq ans nous montre la situation des survivants et l'état du monde après la catastrophe jamais réparée. Les deux réalisateurs évoquent brillamment la magnifique série The Leftovers en quelques scènes où New York dans la brume semble abandonnée, vidée de toute population, puis une réunion à laquelle participe Steve Rogers ou la veillée de Natasha Romanoff, seule gardienne du QG des Avengers. Le climat est pesant, d'une infinie tristesse, témoignant de l'impuissance des héros, de leur quête de résilience, de leur impossible deuil.

Puis le deuxième acte s'ouvre avec le retour de Scott Lang, qu'on avait laissé prisonnier du royaume quantique à la fin de Ant-Man et la Guêpe. Découvrant la situation, il rallume l'espoir chez les Avengers en leur soumettant une idée folle pour ramener leurs chers disparus.

Le scénario mute alors en un récit d'aventures pur, devient un film de "casse temporel", où il s'agit de récupérer les pierres d'infinité avant que Thanos ne se les approprie dans le passé. L'argument, souvent supposé chez les fans, se vérifie mais son exécution est remarquable, à la fois divertissante et palpitante - avec à la clé une mise au point sur les risques d'altération du continuum espace-temps (dont les conséquences ne se lisent pas dans le présent mais par la création de nouvelles réalités parallèles).

Endgame s'offre alors le luxe jubilatoire  de revisiter de précédents opus du MCU comme le premier Avengers de 2012, Thor : le monde des ténèbres de 2013, Les Gardiens de la galaxie de 2014 et bien entendu Infinity War de 2018. Une fascinante et ludique rétrospective.

Mais pas seulement car, déjà, le scénario sacrifie un de ses personnages emblématiques. Le procédé est casse-gueule car dans les comics, on ne meurt jamais définitivement, tandis qu'au cinéma il faut convaincre le spectateur du contraire tout en parvenant à communiquer une émotion à la mesure de l'événement dans la narration. McFeely et Markus abattent parfaitement leur carte en rendant cette mort logique, étonnante et émouvante. On sent alors que Endgame mérite son nom : c'est bien la fin de la partie. Et pourtant ce n'est pas encore terminé.

Car, à la faveur d'une astuce, difficile à bien résumer, alors qu'elle est admirablement exposée dans le déroulement du récit, le troisième acte s'ouvre sur un coup de théâtre qui voit se succèder un moment de bonheur (l'opération réussie) et de terreur (la revanche de Thanos).

Ce dernier chapitre s'inscrit le plus franchement dans le registre super-héroïque, avec un déploiement d'effets spéciaux, de scènes spectaculaires, de morceaux de bravoure, à la fois attendus et encore surprenants. C'est sans doute là la plus grande gageure du film : surprendre encore avec de vieilles recettes, le folklore directement issu des comics.

On a droit au cri de guerre tant espéré, desiré ("Avengers rassemblement !"), Captain America digne de brandir Mjolnir, son bouclier brisé, le retour des disparus (grandiose), un clin d'oeil au "girls power" (un plan qui a bien entendu hérissé le plus machos, et tous les trolls qui passent leur temps libre à vomir sur Brie Larson à qui ils ne pardonnent pas ses propos sur la diversité et l'égalité - pauvres abrutis !), Spider-Man virevoltant, et ce final vraiment grisant et sobre à la fois - où un deuxième héros iconique fait ses adieux, tombant au combat. Avoir résisté au mélo, au pathos, à la grande scène d'agonie démontre encore la maîtrise et le talent et le bon goût des scénaristes et des réalisateurs.

Pas de scène post-générique de fin pour Endgame non plus : c'est vraiment la fin du livre (même si, évidemment, dans quelques années, Marvel relancera sa franchise, avec une nouvelle équipe, et peut-être une nouvelle saga). Les jouets sont rangés, non sans malice (l'arc narratif de Captain America, joué excellement par Chris Evans, alimentera les conversations) et avec des promesses alléchantes (Thor, à qui Chris Hemsworth a apporté un "relief" vraiment épatant, dont l'avenir prend une tournure très intéressante).

Le film suscite une certaine frustration car il ne donne pas à voir une grande réunion épique de tous les héros Marvel, comme dans Infinity War. Mais c'est aussi bien, et même mieux : c'est un retour aux basiques, un hommage à l'équipe initiale (même avec les additions de circonstances de War Machine, Ant-Man, Nebula et Rocket). Scarlett Johansson incarne de manière remarquable cet adieu à la fois triste et plein de panache, entourée par Mark Ruffalo et Jeremy Renner (qu'on retrouvera dans une série télé consacrée à Hawkeye). Les autres, apparus après Avengers en 2012, n'ont droit qu'à des miettes, mais forment une sorte de haie d'honneur pour la bande qui a rendu leurs carrières possibles - y compris Captain Marvel (dont les scènes ici ont en fait été filmées avant celles de son propre film !).

Pour tout cela, plus que des félicitations, on a surtout envie de dire, simplement mais sincèrement : merci. Ce fut un sacré voyage. Le MCU est désormais face à son destin (exister et continuer à prospérer avec de nouvelles têtes, faire fructifier les derniers arrivés). Périlleux mais exaltant. Cette partie est finie, la prochaine peut commencer.  

lundi 14 mai 2018

AVENGERS : INFINITY WAR, de Joe et Anthony Russo


J'ai attendu depuis Mercredi dernier pour rédiger cette critique : le temps de digérer le choc, d'assimiler cette expérience, bien que j'ai (enfin !) vu Avengers : Infinity War après deux semaines d'attente. Mais ce délai m'a permis de l'apprécier une fois l'événement un peu apaisé, bien que le film ait depuis conquis une large part de la critique et soit devenu un triomphe sans précédent au box office (je vous épargne la litanie des chiffres mirobolants). Point culminant de dix ans de production par les studios Marvel, le long métrage des Russo bros. mérite tout le bien qu'on dit de lui. Mais comment en parler sous un angle encore original et sans tomber dans la facilité des superlatifs ? Ce blockbuster pose finalement autant de problème au critique qu'à ses metteurs en scène.

Thanos (Josh Brolin)

L'espace. Après s'être emparé par la force de la Pierre du Pouvoir sur la planète Xandar (siège du Nova corps), Thanos croise la route de la nef des rescapés d'Asgard (détruite dans Thor : Ragnarok) et tue la moitié de ses passagers avec ses sbires de l'Ordre Noir - Corvus Glaive, Nain Noir, Proxima Minuit, Machoire d'Ebène et Supergéante. A bord le titan retrouve Loki qui lui remet le Tesseract contenant la Pierre de l'Espace. Hulk affronte Thanos qui a facilement raison de lui et que Heimdall, avec ses dernières forces, envoie sur Terre avant d'être exécuté comme Loki sous les yeux de Thor puis la nef asgardienne pulvérisée.

Dr. Strange, Tony Stark, Bruce Banner et Wong (Benedict Cumberbatch, Robert Downey Jr.,
Mark Ruffalo et Benedict Wong)

La Terre, New York. Hulk/Bruce Banner s'écrase dans le Sanctum Sanctorum du Dr. Strange qu'il avertit de l'arrivée de Thanos pour acquérir la Pierre du Temps du sorcier suprême et la Pierre de l'Esprit de Vision. Strange va chercher Tony Stark dans Central Park où il fait sa demande en mariage à Pepper Potts pour élaborer un plan. Mais Stark prévient tout le monde que les Avengers sont séparés (depuis Captain America : Civil War) et il ignore où se trouve Vision.

Spider-Man (Tom Holland)

Pendant ce temps, Peter Parker pressent une menace et voit dans le ciel de New York le vaisseau de Machoire d'Ebène. Il réussit, pendant que ses camarades de classe assistent à cette apparition, à leur faucher compagnie pour se changer en Spider-Man et prêter main forte à Iron Man et Dr. Strange aux prises avec Machoire d'Ebène et Nain Noir. Le sorcier est embarqué à bord du vaisseau auquel s'accroche Spider-Man et que prend en chasse Iron Man après avoir neutralisé Nain Noir. Spider-Man revêt grâce à Iron Man l'armure Iron Spider pour supporter le voyage dans l'espace. Banner tente alors de contacter Steve Rogers en renfort car il n'arrive plus à se transformer en Hulk.

Wanda Maximoff/Scarlet Witch et Vision (Elizabeth Olsen et Paul Bettany)

Ecosse. Wanda Maximoff/Scarlet Witch et Vision vivent secrètement leur idylle, bien qu'elle soutienne toujours le fugitif Steve Rogers et lui Iron Man. En se promenant au clair de lune dans une rue, ils sont attaqués par Proxima Minuit et Corvus Glaive et ne doivent leur salut qu'à l'intervention de Rogers, Black Widow et le Faucon. Glaive et blessé sérieusement et bat en retraite avec Proxima Minuit. Le Faucon, aux commandes d'un quinjet, embarque tout le monde, direction : le Q.G. des Avengers où les reçoit James Rhodes/War Machine en vidéoconférence avec le général Ross à propos des événements de New York. Banner est également là et résume la situation à Vision, prêt à se sacrifier en détruisant sa Pierre de l'Esprit. Mais Rogers connaît un endroit où, comme le suggère Banner, on pourrait la lui retirer sans le tuer.

 Thor, Peter Quill/Star-Lord et Gamora (Dave Bautista, Chris Hemsworth
Chris Pratt et Zoe Saldana)

L'Espace. Les Gardiens de la galaxie répondent à un appel de détresse en espérant en tirer une récompense et découvrent la nef des asgardiens. Thor percute leur vaisseau à moitié mort. Soigné par Mantis, il revient à lui et explique ce qui est arrivé aux siens, apprenant ainsi que Gamora est la fille adoptive de Thanos. Le dieu du tonnerre pense que leur ennemi va se rendre sur la station Knowhere pour arracher la Pierre de la Réalité au Collectionneur mais Thor veut d'abord se construire une nouvelle arme pour le tuer. Rocket et Groot décident de le conduire aux forges de Nivadellir pendant que Star-Lord, Gamora, Mantis et Drax partent pour la sation Knowhere.

Gamora et Thanos

Station Knowhere. Les quatre Gardiens de la galaxie arrivent trop tard : Thanos a dévasté l'endroit et le Collectionneur ne lui a pas fourni la Pierre de la Réalité. Détectant la présence de ses adversaires, il les neutralise facilement et capture Gamora avec laquelle il se téléporte dans son vaisseau où, détenant Nebula qui a déjà essayé de le tuer et la torturant, il obtient de savoir où se trouve la Pierre de l'Âme. Direction : la planète Vormir.

Peter Parker/Spider-Man, Tony Stark/Iron Man, Drax, Peter Quill/Star-Lord et Mantis
(Tom Holland, Robert Downey Jr., Dave Bautista, Chris Pratt et Pom Klementieff)

Spider-Man et Iron Man sauvent Dr. Strange des tortures de Machoire d'Ebène qui veut lui soutirer la Pierre du Temps (qu'il porte en pendentif à son cou). Le sorcier suprême et Stark s'entendent difficilement sur la stratégie à suivre : le premier veut rentrer sur Terre, dont il est le protecteur ; le second veut aller sur Titan pour y attendre et attaquer par surprise Thanos. Ce dernier plan est choisi et, une fois là-bas, les trois héros y trouvent et s'allient avec les Gardiens de la galaxie après que chacun ait pris les autres pour des agents de Thanos. 

Thor, Rocket et Groot (Chris Hemsworth, Bradley Cooper et Vin Diesel

Vormir. Thanos et Gamora partent à la rencontre du gardien de la Pierre de l'Âme, Crâne Rouge (exilé sur cette planète depuis son combat contre Captain America à la fin de la seconde guerre mondiale). Seule dans le vaisseau de son père, Nebula se libère et envoie un message aux Gardiens de la galaxie pour les prévenir qu'elle se rend sur Titan. Pour obtenir la gemme, Thanos n'hésite pas à sacrifier, comme c'est exigé, l'être qui lui est le plus cher, Gamora. 

Thor

Nevadellir. Thor, Rocket et Groot arrivent aux forges où tous les ouvriers ont été décimés après avoir façonné le Gant d'Eternité pour Thanos, à l'exception d'Eitri. Réactivant le coeur de l'étoile qui alimente les forges, Thor permet à Etrei de mouler le marteau et la hache de Stormbreaker, qui pourra aussi réactiver le Bifrost (le pont arc-en-ciel par lequel on passe d'un royaume à un autre) auquel Groot fournit le manche avec une partie de son bras extensible en bois. 

T'challa/Black Panther, Steve Rogers, Natasha Romanov/Black Widow et Bucky Barnes
(Chadwick Boseman, Chris Evans, Scarlett Johansson et Sebastian Shaw)

Steve Rogers atterrit avec le Faucon, Black Widow, Bruce Banner, War Machine, Scarlet Witch et Vision au Wakanda où T'Challa/Black Panther et Bucky Barnes les reçoivent. Shuri, la soeur cadette du monarque, examine l'androïde et entame la procédure complexe pour lui retirer la Pierre de l'Esprit. Dehors, Proxima Minuit et Nain Noir assiègent la capitale protégée par ses écrans. Les héros se préparent à les accueillir en ouvrant une partie du bouclier afin que l'ennemi n'en perce pas une section opposée et ne les encercle. 

L'assaut final au Wakanda

La bataille qui suit est disputée. Banner s'est équipé de l'armure Hulkbuster de Stark, Black Panther et Steve Rogers mènent l'attaque, soutenus par Bucky et Black Widow tandis que War Machine et le Faucon ouvrent un feu nourri par les airs. Mais l'opposition les dépasse en nombre et réussit à atteindre le palais et le laboratoire de Shuri pour capturer Vision alors que Scarlet Witch est partie prêter main forte aux Avengers dehors. 

Thanos

Titan. Thanos revient sur sa planète natale et désolée où il a localisé l'énergie émise par la Pierre du Temps du Dr. Strange qui l'attend, seul. Thanos lui explique la raison de son action en lui racontant comment son monde a péri après avoir épuisé ses ressources à cause de sa surpopulation : aujourd'hui, avec les six Pierres d'Eternité, il aura l'opportunité de corriger ce problème dans tout l'univers en sacrifiant la moitié des êtres vivants. Iron Man, Spider-Man, Star-Lord,  Drax et Mantis l'écoutent, bien cachés et prêts à attaquer, lorsque Nebula débarque et déclenche les hostilités. Iron Man et Iron Man tentent d'ôter le Gant à Thanos que Mantis essaie de maîtriser mentalement et Dr. Strange d'immobiliser physiquement. Mais quand Star-Lord comprend grâce à Nebula que si Gamora est absente, c'est que son "père" l'a sacrifié, Peter Quill peermet à Thanos de se libérer et de se déchaîner. Pour qu'il épargne ses amis, Strange préfère alors lui donner la Pierre du Temps.

Groot, Thor et Rocket

La Terre. La situation est très compromise lorsque Thor, Rocket et Groot apparaissent et rééquilibrent les forces en présence. Proxima Minuit et Corvus Glaive sont tués et leur armée entamée sérieusement. Wanda a retrouvé Vision et ils se sont débarrassés de Nain Noir. Mais l'androïde, pris d'une violente et soudaine migraine, sent l'arrivée de Thanos. Rogers, Bucky, le Faucon, Banner, Black Panther, Black Widow tentent de l'empêcher d'atteindre Vision qui obtient de Scarlet Witch qu'elle détruise sa Pierre de l'Esprit. Mais ceci fait, Thanos, grâce à la Pierre du Temps, reconstitue l'androïde et lui arrache la gemme du front. Thor surgit alors et terrasse son adversaire en lui enfonçant la hache de Stormbeaker dans la poitrine. Thanos claque des doigts en indiquant au dieu du tonnerre qu'il aurait du le décapiter. La moitié des êtres vivants sur Terre et dans le cosmos se désintègre : sur Titan, seuls Iron Man et Nebula sont épargnés ; au Wakanda, Black Panther, le Faucon, Bucky, Groot tombent en poussière.
Thanos, lui, s'est volatilisé et reparaît dans la Pierre de l'Âme où il retrouve Gamora enfant puis s'assoit devant un paysage apaisant, symbolisant la réussite de son plan.

Une scène supplémentaire intervient à la toute fin du générique :

- New York. Nick Fury et Maria Hill assistent à la désintégration de plusieurs civils dans une rue avant de de se dissoudre à leur tour. Juste avant de disparaître complètement, Fury envoie un message sur émetteur. Sur le sol, après quelques instants, l'écran de l'appareil confirme la réception du S.O.S. avec l'image du logo de Captain Marvel.

"Thanos will return" : ce sont les derniers mots qui s'inscrivent sur l'écran et, mine de rien, ils disent tout de Avengers : Infinity War et du programme de Avengers 4 qui sortira en salles en Mai 2019. Pourquoi ? Parce que le méchant complexe du film en est le vrai premier rôle, celui par lequel tout arrive et tout finira dans un an. Il ne s'agit donc plus d'annoncer le retour, prévisible, des Avengers, comme cela était le cas dans les deux premiers films qui leur furent consacrés, mais celle de leur adversaire. D'autant plus, et c'est la surprise la plus spectaculaire, à plus d'un titre, du long métrage, que les héros perdent à la fin !

Depuis quand un blockbuster d'un budget voisin des 500 millions de dollars s'achève-t-il sur un échec ? Oh, bien entendu, c'est un revers provisoire et le match retour promet déjà une revanche épique, mais certainement disputée : n'empêche, quelle audace de conclure comme ça cette partie-ci ! 

En même temps, pour reprendre une expression désormais consacrée, le tout début de l'histoire laisse deviner la couleur : quand Thanos aborde la nef des asgardiens dont le monde a péri dans le cycle du Ragnarok, Hulk attaque par surprise le titan... Qui lui flanque une correction express et l'envoie au tapis, K.O. ! On comprend immédiatement que Thanos, qui ne faisait ici que des apparitions en fin de génériques, de plus en plus frustrantes, n'est ni là pour rigoler ni à prendre la légère : il vient de rétamer Hulk ! Qui peut arrêter l'individu capable de cela ?

C'est donc sur la figure, souvent prévisible et néanmoins sidérante, que le film se déroule, comme si une fatalité sourde, imparable, s'abattait sur la résistance des héros. Ils ne vont pas gagner, semblent nous glisser à l'oreille les scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely, tout juste gagneront-ils du temps, placeront-ils quelques coups, réussiront-ils à terrasser les sbires de Thanos - l'Ordre Noir avec ses cinq membres - mais ils ne viendront pas à bout de la vraie menace, trop fort, trop déterminé, trop minutieux, trop bien doté - il réunit patiemment les Pierres d'Infinité, se renforce, voit son plan progresser inéluctablement, trop pour être contré.

Josh Brolin incarne vraiment Thanos, quand bien même il s'agit d'une performance en motion capture, où l'acteur bardé de capteurs a été ensuite recréé numériquement pour apparaître à l'écran comme le colossal titan à la peau violette. Mais les fans du comédien (dont je fais partie), habitué à sa gueule carrée, buriné, "Charles-Bronsonienne", le reconnaissent sans mal derrière les expressions mesurées de Thanos, sa démarche pesante, ses gestes lourds, sa puissance tranquille. Le jeu est d'une nuance épatante malgré l'artifice, à la mesure du personnage dont la psychologie est la plus soignée de tous les vilains du MCU : il ne s'agit pas d'un vilain classique qui agit par vengeance, ou soif de conquête, ou par goût du sang. Thanos est mû par un objectif, une mission, une vision (à plus d'un titre...).

En effet, comme il l'explique au Dr. Strange (Benedict Cumberbatch, génial évidemment dans une situation qui lui donne beaucoup de latitude) lors d'une scène superbement placée et orchestrée, déjouant le monologue du méchant tout fier de son stratagème avant de se prendre une branlée, Thanos a vu son monde, Titan, dépérir à cause de la surpopulation et de l'incapacité à faire subsister les siens. Depuis, rassembler les six Pierres d'Infinité n'est pas tant une volonté d'acquérir une puissance incomparable pour régner sur l'univers que pour remédier à une situation équivalente de manière radicale : cela lui permettrait de sacrifier la moitié des êtres vivants et donc de leur donner la possibilité de survivre avec ce que leurs planètes produisent.

On peut s'interroger sur une autre option : pourquoi Thanos, au lieu de désintégrer autant de monde, ne se sert-il pas de la puissance du Gant de l'Infini pour augmenter les ressources des êtres vivants ? Et on répondra que, de son point de vue, il s'agit d'un risque car les individus n'en ont jamais assez, ils finissent toujours par tarir leurs sources. En en éliminant la moitié d'entre eux, la solution est plus drastique et surtout elle a valeur d'avertissement : s'ils ne raisonnent pas ainsi, alors il ne restera plus qu'à tous les tuer.

Avengers : Infinity War n'est donc pas seulement culotté en termes de fin, il l'est aussi en termes de moyens, de formulation puisqu'il interroge les héros et les spectateurs sur la morale des gentils et du méchant. Le choix de Thanos est hautement discutable mais l'affronter uniquement comme un vilain, c'est passer à côté du problème, ne pas considérer son point de vue, son expérience, ce qui a formé sa résolution. Plusieurs super-héros font cette erreur et précipitent les hostilités en annonçant Thanos comme un destructeur sans considérer l'origine de sa logique.

Bruce Banner (excellent Mark Ruffalo dans une partition où il ne peut littéralement plus devenir Hulk, comme si son alter ego avait peur de réapparaître suite à la correction initiale qu'il a reçue) est le premier à communiquer ainsi sur l'ennemi en le réduisant à un tueur de masse. Thor (Chris Hemsworth, formidable sur une partition à la fois sensible et traduisant enfin toute la puissance de son personnage) veut lui aussi d'abord se venger (et venger Loki, Heimdall, son peuple) qu'arrêter Thanos - et il le fait si mal qu'il croit terrasser le titan en lui plantant sa hache dans la poitrine au lieu de le décapiter, ce qui aurait empêcher son terrible geste final. Star-Lord cède à la colère et au chagrin quand il comprend que Gamora a été sacrifiée par son "père" et, ce faisant, provoque l'échec des héros sur Titan en permettant à Thanos de se ressaisir. Même Vision (Paul Bettany, toujours bluffant dans son incarnation de l'androïde) se plante en ayant coupé les ponts avec Stark et Rogers, qui auraient pu, chacun de leur côté, ôter sa Pierre de l'Esprit bien avant l'invasion du Wakanda.

C'est donc autant un récit de failles tactiques que d'erreurs d'interprétation qui permet l'inévitable triomphe de Thanos. Film-somme de dix ans de production des studios Marvel et suite-conséquence tragique du schisme acté dans Captain America : Civil War (dont il est la sequel la plus directe avec la scène d'ouverture qui renvoie au dénouement de Thor : Ragnarok), Avengers : Infinity War impressionne par sa fluidité, quasi-organique, pour rassembler les pièces d'un puzzle patiemment monté, agréger des personnages, justifier leurs alliances, mais aussi situer leurs actions en différents points de la Terre (New York, l'Ecosse, le Wakanda) et de l'Espace (les planètes Vormir - où se joue un sacrifice poignant et stupéfiant pour Thanos et Gamora - , Nivadellir - avec une liaison très inspirée entre le façonnage du Gant de l'Infini et Stormbreaker - , Titan - site d'une bataille vraiment scotchante d'intensité).

On a beaucoup parlé du casting pléthorique en redoutant qu'il soit rassemblé avec de grosses ficelles qu'il faut saluer l'admirable travail des scénaristes pour justifier parfaitement comment et pourquoi les uns se retrouvent avec les autres, là et pas ailleurs, à ce moment et pas avant ou après, et tout cela en allant et venant d'un endroit à l'autre sans que jamais on ait l'impression de zapper au milieu d'une scène. Tout tombe exemplairement pile-poil, laissant deviner la suite tout en n'assurant pas qu'elle résoudra tout (ainsi le retour providentiel de Thor, Rocket et Groot en pleine guerre au Wakanda ne garantit que provisoirement un avantage aux héros sur place, mais le moment en lui-même est jubilatoire).

Et pour jubiler, il faut, quoi qu'en pensent les grincheux, un peu d'humour. L'intrigue n'incite pas à la rigolade, comme je le disais plus haut, mais là encore les frères Russo ont su aérer leur film de quelques bons mots, attitudes plus légères, histoire de rendre le spectacle respirable : les échanges entre Thor et les Gardiens de la galaxie (mention spéciale à Dave Bautista dont la bêtise cosmique de Drax est bien mieux exploitée ici que dans tout Les Gardiens de la galaxie, vol. 2, est irrésistible dans la scène dite de "l'homme invisible"), la remarque croisée entre Steve Rogers et Thor sur leur looks similaires désormais agissent en contrepoint à des moments vraiment émouvants, parfois bouleversants, quand, à la fin des personnages partent littéralement en poussière (Robert Downey Jr., impeccable, tenant dans ses bras Tom Holland alias Spider-Man qui se sent s'en aller, la mort de Vision, la disparition de Groot : on a rarement eu la gorge serrée comme ça dans un film de ce genre).

Bien entendu, on peut pester contre le fait que certains acteurs soient plus présents pour le nombre que pour l'enrichissement du récit (Anthony Mackie, Don Cheadle, Sebastian Stan, mais aussi Scarlett Johansson, Chadwick Boseman, voire Chris Evans qui ont peu de place et de poids en dehors des scènes d'action). Mais quelque chose me dit qu'au match retour, ils pourraient bien en profiter pour briller davantage (de même que le retour prévisible d'un géant vert...).

C'est que Avengers : Infinity War n'est pas qu'un film-anniversaire cataclysmique, c'est aussi la préparation programmée d'une nouvelle ère (d'une nouvelle "phase", comme les appelle le producteur Kevin Feige) du MCU : des acteurs voient leur contrat arriver à leur terme et si certains souhaitent poursuivre l'aventure (Hemsworth, Johansson - pour qui se prépare un film Black Widow - , voire Evans), d'autres vont certainement tirer définitivement leur révérence (on voit mal RDJ Jr. à 53 ans passés se contenter de jouer les seconds rôles de luxe par exemple). 

L'arrivée de Captain Marvel (que jouera Brie Larson, première super-héroïne Marvel en vedette d'un long métrage et ultime recours contre Thanos dans Avengers 4), les suites prévues à Ant-Man (avec Paul Rudd, qui apparaîtra dans Avengers 4 comme l'autre grand absent, Jeremy "Hawkeye" Renner), Spider-Man (Tom Holland, désireux de s'inscrire dans la durée) et les annonces concernant de nouvelles franchises (Les Eternels, Moon Knight, Nova, Ms. Marvel, Fantastic Four...) ouvrent la porte à un agenda fourni (Feige a des projets au moins jusqu'en 2025 !).     

A cet égard aussi, la défaite somptueuse contée dans Avengers : Infinity War sonne comme une victoire, ou un mouvement, une manoeuvre inspirés : elle nous comble en termes de spectacle, de divertissement, de surprises, tout en garantissant des lendemains sinon sommairement victorieux en tout cas sacrément alléchants. N'est-ce pas cela qu'on appellerait, à l'image de la marche triomphale de Thanos, avoir de la vista  (avec ou sans Pierre du Temps) ?

samedi 28 avril 2018

SPIDER-MAN : HOMECOMING, de Jon Watts


J'aurai bien aimé vous parler de Avengers : Infinity War, mais je ne l'ai pas encore vu (il n'est pas encore programmé par chez moi, mais j'espère que ça ne devrait plus tarder). Lot de consolation : une entrée consacrée à Spider-Man : Homecoming, sorti l'an dernier, que j'avais zappé lors de son exploitation en salles, et qui officialisait, après son apparition dans Captain America III : Civil War, l'intégration du Tisseur dans le MCU. Un retour aux sources (dixit le titre original) convaincant.

 Adrian Toomes/le Vautour (Michael Keaton)

Adrian Toomes a passé un gros contrat avec la Mairie pour nettoyer New York après le combat qui a opposé les Avengers à Loki et les Chitauri (cf. Avengers, 2012). Mais les opérations sont reprises en main par la société "Damage Control", une filiale de Stark Industries. Toomes est obligé de se retirer, non sans avoir subtilisé du matériel extra-terrestre avec ses ouvriers afin de le vendre sur le marché noir. 

Peter Parker (Tom Holland)

Huit ans après. Après avoir participé aux côtés de Iron Man et ses partisans à la "guerre civile" contre Captain America et ses amis, Peter Parker alias Spider-Man reçoit en cadeau, pour service rendu, le costume amélioré qu'a conçu pour lui Tony Stark, qui lui promet par ailleurs de le rappeler à l'occasion. Pour rester disponible, Peter quitte l'équipe de Décathlon académique et lutte contre les malfrats de son quartier, restant en contact avec "Happy" Hogan, le bras droit de Stark.

Peter Parker/Spider-Man (Tom Holland)

Une nuit, en patrouille, il surprend ainsi des gangsters en train de vendre des armes extra-terrestres à un certain Davis et tente de les arrêter. Mais en les poursuivant, Spider-Man est surpris par un homme masqué équipé d'ailes mécaniques qui l'écarte. En rentrant chez lui discrètement, il oublie qu'il avait donné rendez-vous à son ami Ned Leeds qui le surprend en costume et découvre donc sa double identité - mais promet de garder le secret. Ensemble, ils examinent une des armes que le Tisseur a pu récupérer. En suivant la signature énergétique de l'arme, Schultz, acolyte de Toomes, remonte jusqu'au lycée de Midtown où étudie Peter, qui réussit à coller un traceur au malfrat. La nuit venue, il peut ainsi le pister jusqu'au repaire de Toomes dans le Maryland qu'il identifie comme l'homme ailé qui l'a attaqué précédemment. 
  
Spider-Man

Contre l'avis de Ned, Peter désactive la balise de son costume, grâce à laquelle Hogan peut le localiser, et en déverrouille toutes les fonctionnalités avancées pour espérer vaincre le Vautour. Il tente ainsi le vilain de voler des armes dans un camion de "Damage Control" mais échoue à maîtriser son adversaire. En revanche, dans sa fuite, celui-ci a perdu un noyau semblable à celui qui alimente l'arme trouvé par Spider-Man, qui comprend alors que cet élément est explosif - ce qui compromet mortellement Ned (qui a conservé le premier noyau).

Le Vautour

Spider-Man se précipite au Décathlon académique mais les épreuves sont déjà terminées et les vainqueurs (ses camarades de classe) visitent le Washington Monument. C'est en parvenant au sommet en ascenseur que le noyau de Ned explose en tombant de sa veste. Spider-Man sauve ses amis in extremis. De retour à New York, Peter Parker retrouve Davis, l'acheteur de la première transaction qu'il a surprise, et celui-ci lui avoue que Toomes va faire affaire avec un certain McGargan sur le ferry de Staten Island. En tentant de faire échouer la transaction, Spider-Man est piégé par le Vautour et perd le contrôle de la situation, ne devant son salut (et celui des passagers) qu'à l'intervention d'Iron Man. Conséquence : Stark lui confisque le costume.  

Ned Leeds et Peter Parker (Jacob Batalon et Tom Holland)

Bon gré mal gré, Peter reprend sa vie de lycéen et invite Liz à être son cavalier au bal de promo. En allant la chercher chez elle, il découvre, sidéré, que son père n'est autre que Toomes, qui, ensuite, en les conduisant à la fête, déduit que Parker est Spider-Man et le menace discrètement de ne plus se mêler de son business. Mais Peter, mal à l'aise, disparaît de la soirée pour suivre Toomes et apprend qu'il va détourner un avion-cargo de Stark Industries.

Spider-Man vs. le Vautour

Revêtant son premier costume, artisanal et aux gadgets réduits, Spider-Man poursuit le Vautour dans les airs et l'affronte jusqu'à provoquer le crash de l'avion-cargo sur la plage de Coney Island. Au bout d'une dernière bagarre, il vient à bout de son ennemi et le livre aux autorités.

"Happy" Hogan, Tony Stark et Peter Parker (Jon Favreau, Robert Downey Jr. et Tom Holland)

Son père attendant son procès, Liz et sa mère quittent New York pour l'Oregon. Stark, impressionné, a révisé son jugement et offre à Peter un nouveau costume et une place au sein des Avengers. Mais le garçon préfère décliner et continuer à se perfectionner à se consacrant à son quartier. 

May Parker (Marisa Tomei)

En rentrant chez lui, il trouve pourtant sur son lit un paquet livré par Stark avec son costume et l'enfile. C'est alors que sa tante, May Parker, le surprend et découvre qu'il est Spider-Man !

Deux scènes supplémentaires interviennent durant le générique de fin :

- 1/ Adrian Toomes retrouve en prison McGargan qui lui propose de faire tuer Spider-Man car il connaîtrait sa véritable identité. Mais l'ex-Vautour refuse, préférant sans doute se réserver le privilège de se venger.

- 2/ Dans une vidéo éducative, Captain America vante les bienfaits de la ténacité et de patience au public avant de s'interrompre pour demander au réalisateur combien de messages comme celui-ci il doit tourner.

Avant que Disney-Marvel n'acquiert récemment Fox studios et donc récupère les droits d'exploitation cinématographiques de plusieurs de ses personnages (X-Men, Fantastic Four), le cas de Spider-Man était une véritable épine dans le pied du géant du divertissement. Comment se passer d'un de leurs héros les plus populaires plus longtemps ? C'est que le détenteur du Tisseur pour le grand écran était un autre géant des médias, Sony, peu disposé à vendre la poule aux oeufs d'or.

Finalement, un accord fut trouvé pour une sorte de prêt qui permettait à Spider-Man d'intégrer le Marvel Cinematic Universe en partageant les bénéfices des films entre Disney-Marvel et Sony. Le personnage fut d'abord injecté dans l'intrigue de Captain America III : Civil War, d'une manière un peu forcée (comme s'il avait toujours été prêt au service mais sans être appelé à participer aux "festivités", sans rappel de ses origines qui plus est). Mais finalement l'impact fut positif car l'intervention du Tisseur dans l'histoire marqua les esprits et annonçait de futures productions.

Le perdant dans cette affaire fut Andrew Garfield, qui endossa le costume dans les deux films (honnêtes) de Marc Webb (également éjecté, depuis revenu à un cinéma plus modeste). La volonté de Disney-Marvel étant de revenir à un héros plus jeune, adolescent, pour cibler un public du même âge et coller aux comics originaux (et à la version "Ultimate" de Brian Michael Bendis et Sara Pichelli, remerciés au générique). Là encore, pourtant, ce pari est gagnant car Tom Holland, le successeur de Tobey Maguire et Garfield, compose un Peter Parker/Spider-Man idéal, à la fois vanneur, courageux, ingénieux, et pugnace, assurant certaines de ses cascades (il a une formation de gymnaste et de danseur) : il apporte une fraîcheur indéniable, loin de l'air de cocker horripilant de Maguire, et plus candide et juvénile que Garfield.

Le réalisateur Jon Watts, qui a également co-écrit le scénario (avec pas moins de cinq collaborateurs : Jonathan Goldstein, John Francis Dailey, Christopher Ford, Chris McKenna, Erik Sommers) a fait des choix narratifs et filmiques au diapason de ce casting, en n'hésitant pas à miser sur la culture du public qui a connu déjà deux incarnations et autant d'origin stories du personnage en 15 ans ! Ainsi il ne fait qu'évoquer les circonstances dans lesquelles Peter a acquis ses pouvoirs, dans un dialogue bref, et supprime toute allusion à des seconds rôles familiers comme Gwen Stacy, son père, Mary-Jane Watson (quoique le personnage incarné par Zendaya Coleman suscite une certaine confusion en étant appelé "M.J", mais c'est si peu développé, et si pauvrement joué par une comédienne sans talent, qu'on le remarque à peine), J. Jonah Jameson et le "Daily Bugle" (Peter Parker ne travaille pas pour payer ses études comme photographe). Un coup de balai salvateur.

Parfois, ce dépoussiérage fonctionne merveilleusement et dynamise le film en se recentrant sur son héros, son ennemi (Michael Keaton est épatant en Vautour, un méchant aux motivations originales, passé du "côté obscur" par la faute de Stark Industries qui a mis son affaire sur la paille), ses alliés (Iron Man apparaît dans un rôle de mentor équivoque, mais Robert Downey Jr. a la bonne idée de rester sobre - même si, ça reste le point le plus discutable du projet, Spider-Man devient du coup la créature de Stark, qui lui a fabriqué un costume, le parraine comme futur Avenger...). Parfois aussi, ça coince car les intentions marketing sont un peu trop voyantes (Flash Thompson est interprété par Tony Revolori, qui était le groom Zero dans The Grand Budapest Hotel, et qui n'a donc plus rien du personnage des comics, véritable brute envers Parker). Et certains s'émeuvent du rajeunissement sexy de tante May (même si Marisa Tomei a 54 ans, elle affiche une beauté incroyable et donne un sacré coup de fouet à son rôle)...

Toutefois, il serait déplacé de faire la fine bouche devant le programme offert car le film est redoutablement efficace et ses 135 minutes filent à un train d'enfer, avec un récit trépidant, très équilibré entre la part accordé à la vie quotidienne des personnages et l'action spectaculaire, qui compte quelques scènes mémorables. Tout concourt à rendre justice au personnage, avec le savoir-faire des studios Marvel, sanctionné par un succès mérité. Et puis, qui résisterait à la délicate attention du compositeur Michael Giacchino qui a réussi à glisser, en le réorchestrant, le thème musical du dessin animé des années 70 dans le générique du début ? 

mardi 21 juin 2016

Critique 924 : KISS KISS BANG BANG, de Shane Black


KISS KISS BANG BANG est un film réalisé par Shane Black, sorti en salles en 2005.
Le scénario est écrit par Shane Black, d'après le roman Bodies are where you find them de Brett Halliday. La photographie est signée Michael Barrett. La musique est composée par John Ottman.
Dans les rôles principaux, on trouve : Robert Downey Jr. (Harry Lockhart), Val Kilmer (Perry Van Shrike alias "Gay Perry), Michelle Monaghan (Harmony Faith Lane), Corbin Bernsen (Harlan Dexter).
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Harry Lockhart est un loser : alors qu'il vole, la nuit, dans un magasin, un jouet pour son fils, son complice déclenche accidentellement l'alarme et les oblige à prendre la fuite. Alors qu'une voisine leur tire dessus, les deux hommes se séparent quand les policiers arrivent sur les lieux.
Harry aboutit dans une salle d'audition pour un film où il est pris pour un acteur. Improvisant avec le texte qu'on lui donne, il impressionne suffisamment le directeur de casting pour être engagé sur-le-champ !
 Perry Van Shrike et Harry Lockhart
(Val Kilmer et Robert Downey Jr.)

Harry est invité à une soirée donnée par le producteur du film, une ex-vedette de cinéma, Harlan Dexter, où il fait la connaissance de Perry Van Shrike, un détective privé et consultant avec lequel il devra perfectionner son interprétation tout en devant supporter l'homosexualité affichée et volontiers exubérante de ce dernier.
 Harmony Faith Lane
(Michelle Monaghan)

Dans ce cocktail, Harry a aussi la surprise de retrouver Harmony Faith Lane, son amour de jeunesse, qui essaie (sans succès jusque là) de faire carrière à Hollywood. Ils finissent la nuit ensemble ailleurs, mais Harry, ivre, couche avec la meilleure amie de la jeune femme !
Harry, Harmony et Perry

Mais les ennuis ne sont pas terminés pour Lockhart car, comme dans les romans policiers de Johnny Gossamer que dévorait Harmony dans son adolescence, elle, lui et Perry vont être embarqués dans deux affaires a priori distinctes mais qui vont se révéler liées : d'un côté, le suicide apparent de la soeur d'Harmony (venue la rejoindre à Los Angeles), et de l'autre, le meurtre de Veronica, la fille de Dexter avec qui il venait de se réconcilier et que Perry surveillait... 

Bien qu'il n'en soit pas l'inventeur, Shane Black a été un des exploitants du concept du "buddy movie", le "film de potes" avec un duo de héros d'abord mal assortis dont les différences se transforment au gré de leurs (més)aventures en atouts. Walter Hill avec 48 heures (avec Nick Nolte et Eddie Murphy, 1982) a illustré le premier ce principe. Black l'a popularisé en écrivant en 1987 L'Arme fatale (réalisé par Richard Donner, avec Mel Gibson et Danny Glover).

La suite fut plus compliqué pour le golden boy, qui déclare aujourd'hui renier à 70% sa production scénaristique des années 80 à cause des réécritures imposées par les studios. Peut-être aussi parce que, avec Joe Esztehars (à qui on doit le script de Basic Instinct de Paul Verhoeven), il fut désigné il y a une douzaine d'années comme "l'homme qui tua le métier de screenwriter" (comme le titra un article du "New York Times"). Surtout parce que le succès de Black déclina au début des années 90 quand Hollywood misa sur de nouvelles façons de raconter ses histoires, éloignées des séries B sexys et cools.

Pourtant, contrairement à une de ces répliques les plus fameuses ("je suis trop vieux pour ces conneries", dans L'Arme fatale 2), Shane Black a pu compter sur le producteur emblématique des 80's pour effectuer son retour en 2005 avec Kiss Kiss Bang Bang. Sa première réalisation est à la fois comme le prolongement des récits qui firent sa gloire d'auteur et leur commentaire en tant que cinéaste.

Black n'est peut-être pas un grand conteur mais son amour pour ce cinéma-bis est sincère et l'homme connaît ses classiques, aussi bien dans la littérature policière anglaise qu'américaine. Ce mélange de fan attitude et de culture lui permet de maîtriser son sujet en ayant désormais la distance nécessaire pour le traiter avec dérision, à la manière de celui qui est revenu de tout. L'intrigue de KKBB est impossible à résumer, tout juste peut-on en écrire l'amorce comme je l'ai fait, en camper les protagonistes, mais c'est moins la lisibilité que la malice de l'entreprise qui compte.
Il ne s'agit pas d'excuser le fait que le scénariste ait voulu égarer volontairement le spectateur, mais bien de pointer qu'en donnant à son histoire un narrateur aussi pathétique et embrouillé que Harry Lockhart il ne faut pas s'attendre à une ligne bien droite et sérieuse. L'interprétation survoltée de Robert Downey Jr. (qui, malgré le peu de succès du film au box office, tiendra là le rôle de son propre come-back avant le triomphe d'Iron Man en 2008 - et il saura s'en souvenir en confier la mise en scène d'Iron Man 3 à Black en 2013) souligne ce sentiment : comme nous, il évolue dans une affaire absurde, grotesque, spectaculaire, dont il espère d'abord survivre avant de la comprendre.

Le script donne du biscuit à ses interprètes, notamment à un autre revenant (même si, lui, ne saura pas autant en profiter ensuite), Val Kilmer, qui incarne un détective privé homosexuel très fier d'être surnommé "Gay Perry" ("Gai Paris") et avec lequel il fait preuve d'une auto-dérision jubilatoire. Downey Jr. est aussi très bon grâce à l'auto-dérision de Kilmer, avec lequel il a eu une collaboration très complice (comme en témoigne le bêtisier publié dans les bonus du DVD). Abondant en répliques souvent très drôles, débitées à une allure folle, leurs échanges sont un régal.

Le film a aussi permis de révéler la sublime Michelle Monaghan, une comédienne dont le charme et l'esprit comique forment une combinaison rare mais sous-exploitée depuis. Vous ne verrez jamais une fille déguisée en mère Noël aussi sexy et décalée.

La réalisation, servie par une photo léchée et un montage inventif (qui illustre bien la narration désordonnée, hésitante de Lockhart), sert impeccablement ce cocktail de violence et d'humour dans la droite ligne d'un cinéma populaire, décontracté mais pas désinvolte. Surtout que, sous le vernis du divertissement, on peut lire la critique acérée des aspects les plus sordides du business de Hollywood : tout y passe, des starlettes sacrifiées aux producteurs véreux, des comédiens ratés aux consultants engagés pour assurer une pseudo-crédibilité à des films irréalistes, des mondanités luxueuses aux dépravés pique-assiette qui les fréquentent.

Black n'en profite cependant pour régler des comptes personnels, il se pose plutôt en observateur sarcastique de ce milieu qui le fit roi avant de l'oublier. On pense au méconnu et pourtant très estimable Get Shorty de Barry Sonnenfeld (1995, d'après Elmore Leonard), avec des références savoureuses (comme lorsque Harry et Harmony se moquent des ressemblances approximatives des invités de la party avec des célébrités).

Derrière son titre magnifique (une de ces punchlines comme Black sait les formuler), Kiss Kiss Bang Bang est une sorte de conte, alambiqué mais réjouissant, qu'on peut voir et revoir sans en épuiser tout le jus.

dimanche 12 juin 2016

Critique 917 : SHERLOCK HOLMES 2 - JEU D'OMBRES, de Guy Ritchie


SHERLOCK HOLMES 2 : JEU D'OMBRES est un film réalisé par Guy Ritchie, sorti en salles en 2011.
Le scénario est écrit par Michelle et Kiera Mulroney, d'après les personnages créés par Arthur Conan Doyle. La photographie est signée Philippe Rousselot. La musique est composée par Hans Zimmer.
Dans les rôles principaux, on trouve : Robert Downey Jr. (Sherlock Holmes), Jude Law (John Watson), Noomi Rapace (Sima), Jared Harris (James Moriarty), Stephen Fry (Mycroft Holmes), Kelly Reilly (Mary Watson), Rachel McAdams (Irene Adler), Eddie Marsan (Lestrade).
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Consacré comme le détective le plus perspicace de son époque, Sherlock Holmes suit, seul depuis que son compère, le Dr John Watson, a déménagé pour s'installer avec sa future épouse, Mary, Irene Adler car il veut connaître l'identité de l'homme qui l'emploie depuis la précédente affaire qu'il a résolue (voir Sherlock Holmes 1).
James Moriarty et Irene Adler
(Jared Harris et Rachel McAdams)

C'est ainsi que Holmes va être confronté au professeur James Moriarty dont il a la conviction de son implication dans une série d'attentats en Europe - attentats qui pourraient précipiter le déclenchement d'une guerre mondiale. Mais quel profit en retirerait cet érudit diabolique et d'apparence pourtant respectable ?
John et Mary Watson
(Jude Law et Kelly Reilly)

Les investigations de Holmes le conduisent jusqu'à un établissement louche dans lequel il décide d'organiser l'enterrement de la vie de célibataire de Watson. Laissant le docteur se livrer à une partie de cartes, le détective inspecte l'étage où il a repéré un individu déjà remarqué sur les lieux d'un précédent attentat. C'est ainsi que Holmes fait connaissance avec une diseuse de bonne aventure gitane, Sima, menacée par un tueur car son frère serait lié à un projet criminel en relation avec les manigances de Moriarty, même si la jeune femme est sans nouvelles de son proche depuis des mois.
Sima et Sherlock Holmes
(Noomi Rapace et Robert Downey Jr.)

Le mariage de Watson se déroule sans problèmes, même si entretemps Holmes a décidé de défier Moriarty en lui rendant visite à l'université où il enseigne. Les egos démesurés des deux hommes, que seul le sens moral distingue, aboutit à des menaces réciproques : le professeur affirme que rien ni personne ne l'arrêtera et le confondra, le détective jure qu'il se dressera contre ses funestes projets. Moriarty promet alors que Watson, après Irene Adler, dont Holmes est sans nouvelles, souffrira des dommages collatéraux de leur affrontement.
Moriarty et Holmes

Holmes rattrape Watson et Mary lors de leur voyage de noces et écarte la jeune femme pour la protéger. Les hommes de main de Moriarty passent à l'attaque mais le détective et son ami leur échappent de justesse pour rejoindre Sima et ses acolytes gitans qui leur ouvrent la route, en évitant les frontières, pour suivre Moriarty.
Mycroft Holmes
(Stephen Fry)

De nouveaux mouvements se produisent - en Inde un magnat du coton est ruiné par un scandale, en Chine un trafiquant d'opium décède d'une overdose, aux Etats-Unis, un aciériste meurt. La poursuite conduit Holmes et ses comparses à Paris, puis en Allemagne et, enfin en Suisse où Mycroft, le frère du détective, ponte des services secrets britanniques, assure la sécurité d'une conférence de chefs d'Etats et d'ambassadeurs. C'est là que resurgit Moriarty dont Holmes a compris qu'il voulait provoquer la guerre pour amasser une fortune en fournissant des armes aux divers belligérants.
Holmes et Watson

Qui, du détective ou du professeur, aura le dernier mot ? 

Comme je l'écrivais dans la critique du premier film, Guy Ritchie n'est certainement pas un grand cinéaste, mais c'est un réalisateur habile et qui a su, en acceptant de se plier aux contraintes du film de commande, tirer les leçons de ses erreurs. Cela se vérifie encore plus avec cette suite qui est meilleure que le premier épisode mais aussi supérieur à tout ce qu'a pu filmer jusqu'alors le réalisateur britannique.

Explosif, le résultat l'est encore, et ce, dès le début car le film s'ouvre par une déflagration qui semble résumer la philosophie de la production : faire plus fort, ce qui correspond à ce que finance Joel Silver.  

L'intrigue de Sherlock Holmes : Jeu d'ombres reste certes tortueuse mais quand même mieux tricotée et lisible que celle du précédent opus, où le mélange d'enquête et d'occultisme (fusse-t-il bidon) convainquait à moitié. Ici, les attentats qui ponctuent l'aventure permettent à la fois de jouer sur la menace qui plane sur l'Europe et l'aspect dérisoire et prétentieux des efforts de Holmes pour déjouer une guerre. Le procédé est malin et efficace, alimentant l'histoire sur plus de deux heures sans égarer le spectateur ni l'ennuyer.

Ritchie n'a presque qu'à dérouler ce scénario qui, en multipliant les fracas, oppose surtout deux adversaires passionnants à observer dans leur propre querelle d'ego : Michelle et Kieran Mulroney ont, il est vrai, utilisé le méchant le plus emblématique, charismatique et coriace du génial détective en la personne du professeur Moriarty. Ce criminel est l'égal, sinon le supérieur, de Holmes dans sa capacité à avancer en ayant toujours un coup d'avance. Mais le film le traite avec une sorte de distance froide, implacable, très intelligente : ennemi souvent cité dans les romans de Conan Doyle mais finalement peu montré, il est un redoutable cerveau déléguant pour mieux progresser, sûr de lui.

Alors que, depuis le premier film, Holmes est présenté et ici confirmé comme un intellectuel qui éprouve le besoin de se dépenser physiquement, n'hésitant pas à faire le coup de poing (et d'ailleurs pratiquant diverses formes de combats en parallèle à ses enquêtes), vêtu comme une sorte de gypsy (qui va rencontrer d'authentiques gitans durant ses investigations) débraillé, mal rasé et hirsute, Moriarty contraste par son aspect apprêté, ses manières suaves, sa détermination glaçante. Une des réussites du film est de nous convaincre qu'il peut vaincre Holmes et que Holmes est dépassé à la fois par cet homme mais aussi par l'ampleur de ses exactions.

Une bonne partie de l'intrigue relègue donc Watson au second plan, même si, grâce au talent de Jude Law (vraiment excellent), le docteur conserve une présence forte et singulière. De même Irene Adler, toujours campée par  Rachel McAdams, disparaît rapidement (sans qu'on soit cependant certain que son personnage soit mort). Mais le casting réserve une bonne surprise en inventant la tireuse de cartes tzigane Sima, à laquelle Noomi Rapace donne un charme certain (quand bien même on peut regretter que la production n'ait pas attribuée, comme prévu initialement, le rôle à une française, ce qui aurait été moins exotique qu'une suédoise) : le rôle échappe au faire-valoir féminin en tout cas et pimente la relation toujours aussi drôlement équivoque du couple Holmes-Watson.

L'action est riche et abondante dans l'histoire et Ritchie a sur varier ses effets d'une manière plus satisfaisante que dans le premier volet : le script n'abuse déjà pas des fameuses répétitions mentales de combat de Holmes, à partir de quoi on a également moins de ralentis-accélérations (ou, quand c'est le cas, à meilleur escient - comme en témoigne la fuite des héros dans la forêt bombardée, merveilleusement montée). Parfois encore, toutefois, on déplore ses champ-contrechamp trop rapides (alors que filmer simplement dans un même plan deux, ou trois, personnages dialoguant est tellement plus efficace, surtout avec des acteurs de ce calibre).

Le film enchaîne ainsi des scènes d’action avec ces trois héros dans un déluge de bullet time, faisant osciller dangereusement le spectateur entre épilepsie et nausées. Retrouvant ses tics de mise en scène, Ritchie souligne chaque geste d’un combat par douze effets à la seconde (changement d’angle, de profondeur…), manière pompière de signifier son appartenance au genre.

Mais, de même que la partition superbe de Hans Zimmer accompagne ces rocambolesques péripéties, jusqu'au duel final directement emprunté à La chute du Recheinbach, le face à face entre Robert Downey Jr. (cabotinant encore beaucoup, mais sachant se retenir avec à-propos) et Jared Harris (terrifiant à souhait, un casting judicieux préféré au recrutement d'une vedette), arbitré par Stephen Fry (grandiose en frère aîné des Holmes) tient ses promesses, ponctué par des scènes vraiment drôles (le voyage en poney). 

On en reprendrait volontiers une tasse, même si les auteurs, interprètes et producteurs mesurent l'effort à accomplir pour réussir ce qui serait une trilogie (voire une franchise) ayant revivifié avec autant de dynamisme que la série de la BBC le détective le plus célèbre de la littérature.