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samedi 2 février 2019

DOCTOR STRANGE #10 (#400), de Mark Waid et Jesus Saiz, avec Tom Palmer, Butch Guice, Kevin Nowlan et Daniel Acuna


De tous les numéros anniversaire que Marvel a consacré ces derniers mois à des séries, celui-ci est certainement le plus abouti. Car ce n'est pas seulement le dixième épisode de ce nouveau volume de Doctor Strange qu'a écrit Mark Waid, c'est aussi (toutes parutions confondues) le 400ème mettant en scène le sorcier suprême. Pas moins de 45 pages donc, avec un premier chapitre de trente et trois extras, tous dessinés par des pointures.


L'Ancien s'agenouille devant Stephen Strange et lui explique qu'on lui a ôté sa magie et qu'il est le prochain visé. Redevenu mortel, l'Ancien est sur le point de s'éteindre mais Strange le prolonge grâce à un sort.


Ensemble, les jours suivants, le maître et l'élève consultent des ouvrages mystiques pour identifier, localiser et vaincre l'ennemi. Ceci fait, Strange laisse l'Ancien se reposer tandis qu'il se déplace dans une dimension parallèle.


Il y rencontre le comptable de la magie, T. Hotrhan, qui lui rappelle, sans ménagement, que la magie a un prix et qu'en l'ayant beaucoup utilisé, Strange est donc très endetté. Un combat s'engage.


D'abord dépassé par son adversaire, Strange doit recourir à la force physique pour reprendre le dessus, d'autant que Hothran détient Wong, Kanna et Zelma, ses proches. Le comptable précise alors à Strange qu'une entité très puissante a racheté sa dette pour toutes les fois où il a invoqué un sort ou une force.


Le créancier de Strange n'est autre que Dormammu. Le sorcier est cependant en mesure de le combattre. Sauf que la créature a anticipé et que ses démons ont commencé à attaquer la Terre, qui servira de monnaie d'échange si Strange s'obstine...

En 2018, Spider-Man, Daredevil, les Avengers, Captain America ont fêté diversement leurs anniversaires par des numéros aux chiffres impressionnants (de 600 à 800 épisodes publiés). Mais Marvel a semblé bien dépourvu d'idées au moment des célébrations, tout comme l'éditeur n'avait rien produit de spécial pour honorer le centième anniversaire de la naissance de Jack Kirby (quand DC avait multiplié les initiatives). En réalité, à part Spider-Man pour lequel Dan Slott a concocté un #800 de 80 pages (qui était aussi l'avant-dernier épisode de son run), ce fut la déception en ce qui concernait les autres.

Mark Waid a dû le noter quand il a anticipé que son dixième épisode de Doctor Strange coïnciderait avec le 400ème numéro du héros (toutes parutions confondues puisque, comme beaucoup de personnages, celui-ci n'a pas toujours eu un mensuel à son nom). Et le scénariste, avec l'intelligence qui le distingue, a rédigé un menu copieux et plaisant.

L'exemplaire est consistant avec ses 45 pages. Mais il est surtout simplement et habilement construit. Waid n'a pas voulu d'un numéro double suivant l'intrigue en cours mais a découpé le programme en deux parties distinctes : d'abord la suite de l'arc en cours, puis trois nouvelles éclairant le personnage.

On avait quitté Stephen Strange sur un coup de théâtre avec l'Ancien, son mentor, réclamant son aide à genoux. Que pouvait bien redouter le plus puissant magicien qui avait enseigné son art au Docteur ? Une fois encore, Waid fait preuve d'ingéniosité.

Tous les comics évoquant la magie, de près ou de loin, ressassent la même rengaine : la magie a un prix. Oui, mais lequel ? En quels termes celui-ci s'exprime-t-il ? de quelle nature est-il ? Et comment le paie-t-on ? Le scénariste y répond avec un étonnant et malicieux pragmatisme en inventant un comptable de la magie, nommé T. Hothran.

Très puissant, à la tête d'une administration infinie, il tient les comptes et note chaque sort, chaque entité invoqués par les sorciers comme autant de factures à régler. Evidemment, pour Strange, qui est le sorcier suprême de la Terre, et qui passe donc son temps à lancer des sorts au nom d'untel ou à puiser dans telle source d'énergie mystique, l'addition est salée. Lorsqu'on lui présente son ardoise, il refuse pourtant de la payer puisqu'il emploie la magie pour protéger la Terre et non pour son plaisir.

La situation s'envenime jusqu'à ce que Hothram lui explique que quelqu'un a racheté sa dette mais souhaite désormais être remboursé, sinon il réclamera justement la Terre. Et le créancier de Strange est le pire qui soit, plus stratège que puissant (car le sorcier s'est perfectionné durant son périple spatial)...

Waid, en introduisant Dormammu dans son récit, ne recrute pas seulement un des ennemis les plus charismatiques de Strange (que Jason Aaron avait étonnamment négligé durant son run), il s'en sert à un moment particulièrement bien choisi puisque ce #400 sort après The Best Defense : Doctor Strange (de Gerry Duggan et Greg Smallwood) où le sorcier suprême, à la fin des temps, affrontait une dernière fois son ennemi. On a ainsi l'impression d'assister à une avant-première, un épisode d'anticipation, d'autant que Dormammu en fait déjà baver à la Terre ici, pour obliger Strange à le payer.

L'idée est génialement simple : le comptable, le créancier, le piège, le sorcier plus fort que jamais mais pourtant dépassé, l'Ancien sur le carreau. Vraiment, c'est brillant. Et magnifiquement mis en images.

Jesus Saiz réalise des planches une nouvelle fois superbes auxquelles on pardonne leur aspect un peu figé à cause de leur hyper-réalisme. Mais le soin apporté au découpage, la science des compositions, les couleurs fabuleuses donnent un écrin à la mesure du script de Waid. Il faut en profiter puisque l'espagnol va bientôt céder une nouvelle fois sa place à un fill-in artist, Barry Kitson (autant dire que pour la flamboyance, on repassera).

Le cliffhanger est diabolique, avec un aveu accrocheur. Dur de résister.

*

Mark Waid, plutôt que de proposer un "simple" épisode double, a préféré donc poursuivre son arc narratif et ensuite écrire trois segments sans rapport avec l'intrigue en cours. Ces trois brèves s'ouvrent par un poster récapitulant la carrière du Docteur Strange, peint par l'encreur Tom Palmer.


- House Call (Dessiné par Butch Guice) - Le fils d'un ami du Dr. Strange a dérobé une amulette magique pour se venger de camarades de son école qui le harcelaient. L'un d'eux est prisonnier de l'artefact. Strange va le libérer.

Ce premier bonus est assez quelconque et Waid a la sagesse de l'emballer rapidement. Pourtant il souligne le caractère toujours assez cassant de Strange (qui reproche à son ancien disiciple sa négligence et gronde l'enfant pour son manque de prudence).

En revanche, rien à redire au niveau visuel : Butch Guice signe des planches très toniques, où on sent l'influence de Gene Colan, avec un encrage bien souligné et un découpage sage mais dynamique.
  

- The Lever (Dessiné par Kevin Nowlan) - Stephen Strange est accueilli par l'Ancien après l'accident qui lui a coûté l'usage de ses mains. Mais, au lieu de recevoir une guérison miracle, il doit se plier à l'enseignement des arts occultes. Il surprend Karl Mordo complotant contre l'Ancien mais ne peut l'avertir à cause d'un sort.

Ce qui séduit dans ce deuxième bonus, c'est l'humour avec lequel il est écrit : Waid démythifie la fameuse origine de Strange en en faisant un homme capricieux, impatient, gros ronfleur, qui casse autant les pieds à Mordo qu'à l'Ancien. Lorsque la machination du premier est révélée, elle est aussitôt résolue par le maître de façon tranquille, philosophe.

Et puis quel bonheur de savourer des pages par Kevin Nowlan : lui qui a produit des couvertures superbes pour la série nous gratifie de planches magnifiques, où l'expressivité des personnages, le jeu des ombres et lumières, la précision des décors se conjuguent à la perfection.



- Perchance (Dessiné par Daniel Acuna) - Cauchemar, un des pires ennemis du Dr. Strange, est piégé par ce dernier dans son sanctuaire sacré. Parce qu'il s'est endormi, épuisé par une bataille dans les limbes, il a fait à son tour ce mauvis rêve.

Enfin, Waid se penche toujours avec ironie sur le cas d'un autre ennemi emblématique du Docteur : Cauchemar. Créé par Steve Ditko, ce démon est confronté à son propre pouvoir : celui d'être pris dans un mauvais rêve. La chute est délicieusement sadique.

Mais le traitement graphique qu'applique Daniel Acuna transcende l'exercice et l'on se prend à rêver de ce que cet artiste ferait sur la série (ah, si c'était lui qui alternait avec Saiz...). L'espagnol s'amuse avec la forme des cases, et ainsi transforme le propos en véritable épreuve pour le protagoniste. Et en fééerie hallucinée pour le lecteur.

dimanche 23 mars 2014

Critique 427 : NEXUS OMNIBUS, VOLUME 3, de Mike Baron, Steve Rude, Paul Smith, Mike Mignola, Rick Veitch, José-Luis Garcia-Lopez, Gérald Forton, et Jackson Guice


NEXUS OMNIBUS, VOLUME 3 rassemble les épisodes 26 à 39 de la série co-créée et écrite par Mike Baron (exception faite de quelques back-up avec le personnage de Judah Maccabee, écrites par Roger Salick) et co-créée et dessinée par Steve Rude (#26-27, #33-36, #39).
Mike Mignola (#28), Rick Veitch (#29), José-Luis Garcia-Lopez (#30), Gérald Forton (#31), Jackson "Butch" Guice (#32) et Paul Smith (#37-38) illustrent les autres chapitres.
La série a été originellement publiée par First Comics en 1986-87, et réédité en 2013 par Dark Horse Comics.
*
 

Horatio Hellpop alias continue d'inspecter les vestiges archéologiques d'Ylum dont le Merk (la créature qui lui donne ses pouvoirs) lui cache la signification. Mais il doit rapidement délaisser ses recherches pour renouer avec son activité de bourreau galactique : il fait face à Clayborn, qui lui donne du fil à retordre.
De retour à sa base, il doit gérer l'arrivée de son oncle Lathe, un prêtre fanatique de l'Ordre d'Elvon qui s'oppose au progrès technologique et va voler des armes pour détruire la station Gravity Well - projet interrompu in extremis par Nexus.
Comme pour le récompenser, le Merk confie à Horatio une précieuse relique, un appareil lui permettant de se déplacer dans le temps et l'espace et lui permettant, pour l'occasion, de visiter la bibliothèque d'Alexandrie, sauvée et intégrée à la plus grande bibliothèque de l'univers. 
Cependant, les 2 filles d'Ursula XX Imada (Sheena et Scarlett), dont le père est Nexus, doivent suivre les enseignements d'un professeur particulier pour maîtriser les pouvoirs qu'elles ont hérité de leur géniteur et c'est Judah Maccabee qui obtient le poste. 
Durant la même période, des tensions diplomatiques opposent la Terre, Mars, Procyon et Ylum à cause des ressources énergétiques et des moyens d'y pourvoir et donc des accords commerciaux dans ce but. 
Kreed et Sinclair (les 2 extraterrestres Quatros, gardes du corps de Horatio) requièrent la présence de Nexus lors de l'assemblée annuelle des assassins sur la planète Acacia. Une fois sur place, ils vont se trouver au coeur d'une vengeance ourdie par une victime des deux anciens tueurs.
 
Après cela, Nexus doit exécuter un autre tyran en exercice mais quand il arrive sur sa planète, les opprimés lui demandent de mener leur révolution ou, au moins, de les accueillir comme réfugiés sur Ylum.
Horatio Hellpop décide de rendre visite à ses filles, bien qu'Ursula Imada le lui est interdit. Durant son absence, il confie à Kreed et Sinclair le soin d'éliminer une liste de criminels de guerre mais les deux Quatros, pris d'un accès de folie, commettent un terrible massacre sur Mars. Nexus obtient de ramener les coupables sur Ylum en promettant qu'il sévira. 
Horatio retourne ensuite dans l'empire Sov pour y visiter les églises, en espérant trouver un lien avec les vestiges d'Ylum, mais son projet est contrarié quand il doit secourir une femme prêtre persécutée. Il ne se doute pas que les trois filles du Général Loomis, qu'il a tué (voir Nexus Omnibus volume 1), Michana, Lonnie et Stacy, s'emploient à acquérir des pouvoirs semblables aux siens pour le faire payer.

Avec ce troisième volume des rééditions des épisodes de Nexus, la série subit, malgré son flot de péripéties, une baisse notable de régime. Le scénariste Mike Baron a, dans les 25 premiers épisodes (et les 4 premiers du premier volume), établi un nombre considérable de pistes qui, alignées, formaient un feuilleton palpitant et si haletant qu'on ne souciait guère de leur aboutissement. Ici, il semble vouloir à la fois poursuivre les aventures pour procurer au lecteur sa dose de rebondissements, de décors exotiques, de personnages hauts en couleurs, tout en veillant à faire le point sur ce qui s'est passé précédemment et nous assurer que rien n'est oublié.
La première conséquence de cette narration hybride est que le rôle de Nexus n'est plus qu'occasionnellement utilisé : certes, il remplit encore quelques missions de bourreau et rencontre même, au tout début, avec Clayborn, un adversaire redoutable, mais on se rend compte au terme de ce tome qu'il a passé plus de temps à réagir aux situations qu'à exécuter des "contrats". Horatio Hellpop est désormais moins harassé par ses rêves et ses obligations de Nexus que préoccupé par sa paternité, ses investigations d'historien ou son désir de renouer avec Sundra Peale. C'est comme s'il était devenu un héros à temps partiel, traversant des intrigues où l'essentiel se joue sans lui, n'intervenant plus seulement parce que le Merk l'y oblige mais parce qu'il est témoin des évènements ou sollicité par une nouvelle venue sur Ylum. 
 
Tout cela laisse un sentiment étrange et frustrant. Mike Baron est comme pris à son propre piège : son imagination féconde lui a permis d'installer toute une galerie de situations de personnages, d'endroits, et il lui faut maintenant gérer tout ça, ce qui fait que le temps consacré à s'occuper de ces intrigues pléthoriques et de cet abondant casting dans d'innombrables localités l'empêche d'animer Nexus normalement (au risque d'ajouter encore plus de futurs problèmes à résoudre). 
Le fan de la première heure qui était curieux de ce anti-héros au métier peu commun et à la morale équivoque et qui était resté en étant emporté par les aventures à la fois percutantes et subtiles ne pourra qu'être déçu par l'évolution à l'oeuvre dans ce volume.
Les résolutions ne sont pas toutes au rendez-vous, et quand elles le sont, parfois de manière expéditive (comment expliquer que Nexus ne punisse pas Kreed et Sinclair, auteurs d'un véritable carnage sur Mars, comme tous les assassins de masse qu'il exécute d'ordinaire ?).
D'autres pistes narratives s'étirent au-delà du raisonnable, comme c'est la cas avec les filles d'Horatio et Ursula (l'idée était intéressante mais le scénariste semble être embarrassé à présent, ne pas savoir quoi en faire). Vers la fin, la réapparition des filles Loomis et leur projet de vengeance ranime un peu l'intérêt, mais Baron n'est visiblement pas pressé (elles en sont encore à se demander comment elles vont pouvoir agir contre un être aussi puissant que Nexus).
Il reste cependant de très belles séquences, progressant à la marge de la série, mais peut-être amenées à la nourrir ultérieurement : la capsule qui permet à Horatio (avec Dave ou Sundra) de voyager dans le temps et l'espace, l'histoire de la femme prêtre, permettent à Nexus d'être écrit comme un explorateur ou un justicier plus que comme un bourreau maudit, le personnage y gagne en sensibilité.

La série possède également un lot de seconds rôles sympathiques qui rendent la série plus légère tout en lui conservant une ambivalence séduisante. Ylum n'est pas qu'un refuge pour d'anciennes victimes de régimes oppresseurs, c'est aussi une résidence grouillante de monde, où des voyous tentent d'imposer leur loi par la force, où les autorités sont souvent dépassées (avec des fonctionnaires trop négligeants) : en bref, il n'y a pas assez de place pour tous, et finalement la notion d'abri y est toute relative. En filigrane, Mike Baron suggère que, même avec les meilleures intentions, on ne peut accueillir toute la misère du monde, et que si, hier on était persécuté, on peut devenir persécuteur dans un endroit administré avec laisser-aller.
Ce qui est toutefois dommage, c'est que Baron, toujours limité par le dénouement d'histoires précédentes et d'espace disponible pour le faire, ne peut qu'écrire succinctement des seconds rôles comme Dave, Sundra, Tyrone, des personnages pourtant intéressants, pris dans des intrigues originales, aux relations prometteuses, mais condamnés à de la figuration.

C'est un comble mais Nexus est en vérité victime, comme série, de sa (trop grande) richesse en termes de personnages, de situations et de récits. Il faut s'accrocher, être patient, car néanmoins le voyage vaut le détour, mais cette quinzaine d'épisodes est une transition quasi-obligée : c'est un peu long, il y a des épisodes dispensables, mais le suite devrait être plus digeste.

Et puis, parfois, au cours d'un chapitre, Mike Baron nous rappelle pourquoi Nexus est si épatant à lire, avec une concision diabolique : alors, un canevas se forme sous nos yeux, rassemblant plusieurs fils narratifs autour d'un thème précis.

Le 31ème épisode est à cet égard une grande réussite : Horatio règle son compte à dictateur (classique) mais le peuple qu'il croit avoir libéré sait que cela ne suffira pas et pour s'assurer que la situation va vraiment et durablement s'améliorer, réclame à Nexus de conduire une révolution. Il est alors coincé, pris au piège des évènements, dans l'obligation morale de s'impliquer dans un mouvement qui, sinon, risque de causer encore plus de dégâts et donc de rendre son action initiale nulle. Au lieu de broder autour d'affrontements spectaculaires, Baron choisit alors de montrer clairement les limites de la rébellion mais aussi celles de son héros : il ne suffit pas d'éliminer un tyran pour délivrer un peuple, il faut aussi l'accompagner. La politique du bourreau et du pourvoyeur d'asile que mène Horatio se heurte alors à une réalité qui le contraint à composer avec des lignes de force plus profondes que les cauchemars provoqués par le Merk. 
Par ailleurs, Baron parvient aussi à faire converger plusieurs composantes de sa saga : l'épisode 37 synthétise là encore la nécessité pour le héros de réfléchir à sa position sur une échelle plus vaste. Individu investi d'un pouvoir considérable, Nexus est au coeur des mouvements politiques internationaux et interplanétaires lorsqu'il s'agit de négocier l'énergie nécessaire aux besoins de toutes les civilisations. Il n'est plus alors seulement question d'un bourreau surpuissant intervenant ponctuellement mais d'une sorte d'arbitre galactique, un rôle plus trouble et inconfortable pour un personnage qui justement rechigne à jouer dans cette cour (déjà bien occupé par ses autres missions et une vie amoureuse et parentale compliquée). 

Dans ces cas-là, on comprend avec quelle minutie Baron a préparé son affaire, à quel point la construction dramatique de sa série est organique, et son ampleur considérable. Peu de bandes dessinées offre une telle ambition tout en se présentant comme un divertissement plaisant au premier degré.

Enfin, le scénariste sait aussi dépayser le lecteur en l'entraînant lors de 2 ou 3 épisodes d'affilée et complets dans une vadrouille insolite, presque comique mais aussi inventive, invitant toujours à la réflexion (comme la visite de la bibliothèque galactique dans l'épisode 34).
L'autre raison pour laquelle on peut être aussi plus tiède avec ce volume est que, bien qu'il soit sur la couverture fait seulement mention de Steve Rude comme artiste, il n'assure en fait que la moitié des épisodes. 7 épisodes, vous me direz que c'est déjà formidable, et effectivement, ça l'est : chaque page de Rude est toujours aussi exceptionnelle, le trait est d'une beauté à couper le souffle, les détails sont incroyables, les compositions de chaque image sont d'une invention remarquable, les personnages possèdent une classe folle, avec un encrage extraordinaire de John Nyberg. 7 épisodes qui suffisent à convaincre n'importe quel amateur de beau dessin à acquérir l'album.

La part de Steve Rude "the Dude" dans le plaisir à lire Nexus est essentielle, on ne peut le nier. Imaginer la série sans lui suffit à mesurer l'importance de sa contribution. Du coup, quand il n'est plus là, et même s'il est remplacé par des dessinateurs très valables, ce n'est plus la même chanson, même si John Nyberg reste présent pour encrer les fill-in.

Sur le papier, citer des intérimaires comme Mike Mignola (#28) est alléchant mais un peu trompeur car vous ne trouverez pas le dessinateur de Fahrd and the Grey Mouser ou Hellboy mais un débutant encore maladroit.
Rick Veitch (#29) a un style chargé mais beaucoup moins plaisant que celui de Rude.
Gérald Forton est lui aussi un artiste dont le dessin a pris un sérieux coup de vieux (#31).
Et Jackson "Butch" Guice était lui aussi très loin du niveau d'excellence qu'on lui connait aujourd'hui (#32).
Les deux seuls vraiment sortir leur épingle du jeu sont José-Luis Garcia Lopez, un habitué de DC Comics, aux finitions soignées, qui s'est même d'ailleurs amusé à glisser quelques personnages comme Grim Jack, Wonder Woman et Batman dans la figuration (Rude reprendra ce petit jeu à son tour en glissant par exemple le Space Ghost parmi les résidants d'Ylum, mais il faut bien examiner les cases pour les repérer).
Et puis il y a Paul Smith, que les fans de Uncanny X-Men (cru 1983, grande année) connaissent bien, et qui va devenir un invité régulier de la série ensuite : il signe les épisodes 37 et 38 (en se chargeant aussi de l'encrage), et son style simple, très élégant, soutient la comparaison avec celui de Rude sans le singer. C'est de toute façon un régal de lire ce dessinateur si rare.

Tous les épisodes (sauf les #29 et 36) sont complétés par des back-up de 6-8 pages consacrés à Clonezone (#26-27), toujours aussi navrant, puis à Judah Maccabee (#28-35, #37-39), un peu meilleures mais dispensables, écrites par Mike Baron puis Roger Salick et illustrés par des artistes moyens ou médiocres. es rééditions auraient gagnées à zapper ces suppléments, en les remplaçant à chaque fois, sur un volume entier par quelques épisodes supplémentaires de Nexus.

Je vais me répéter mais ce 3ème omnibus est un opus mineur depuis le début de la collection. Il ne faut pas ne pas le lire car il s'y passe des choses importantes pour la suite, et aussi parce que, malgré tout, les épisodes réalisés par Baron avec Rude ou Smith sont superbes (et puis aussi parce que ça ne coûte pas cher, en neuf, et encore moins en occasion).
C'est toute l'ironie de l'affaire : Nexus a, ici, les défauts de ses qualités - c'est une série tellement riche, atypique, feuilletonnesque qu'elle en pâtit quelquefois, et c'est si merveilleusement dessiné que lorsque son artiste prend un congé, les substituts souffrent de la comparaison.
Mais rien de tout ça n'est assez préjudiciable pour ne pas poursuivre la (re)découverte de cette saga culte. 

mardi 24 janvier 2012

Critique 305 : CAPTAIN AMERICA 11 - PRISONER OF WAR, de Ed Brubaker, Mitch Breitweiser, Mike Deodato, Butch Guice, Chris Samnee et Ed McGuiness

Captain America 11 : Prisoner Of War rassemble les épisodes 615.1 et 616 à 619 de la série, écrits par Ed Brubaker et dessinés par Mitch Breitweiser (# 615.1), Mike Deodato (# 616-1/2, 617-2/3), Butch Guice (# 617-1/3, 618-2/3, 619-2/3), Ed Mc Guiness (# 616-2/2) et Chris Samnee (# 617-3/3, 618-1/3 et 3/3, 619-1/3 et 3/3), publiés par Marvel Comics en 2011.
*
- # 615.1. Dessiné par Mitch Breitweiser. Dave Rickford reçoit un traitement, le costume et un bouclier pour incarner un nouveau Captain America, après que Bucky Barnes ait été renvoyé en Russie pour y purger sa peine de prison (il a été condamné pour meurtres et trahison par contumace). L'apparition de cet individu éveille aussitôt l'attention de Steve Rogers qui le tire d'un mauvais pas quand il est enlevé par des agents de l'A.I.M. . Sharon Carter découvre que Nick Fury est derrière cette mascarade avec pour objectif de précipiter le retour de Rogers comme Captain America.

- # 616 (1/2) : Gulag (1). Dessiné par Mike Deodato. Bucky Barnes purge sa peine de prison dans un goulag de Sibérie. L'endroit est peuplé de criminels avec lesquels l'ex-Soldat de l'Hiver a eu maille à partir dans le passé. Le directeur de l'établissement autorise même des combats entre prisonniers dans la cour et Bucky doit lutter pour y survivre.
- # 616 (2/2) : Must The Be a Captain America ? Dessiné par Ed Mc Guiness. Pendant ce temps, aux Etats-Unis, Steve Rogers s'interroge sur l'opportunité de revêtir les habits de Captain America, se souvenant qu'il l'est devenu accidentellement, mais songeant aussi que tout le monde le presse de reprendre ce rôle.

- # 617 (1/3) : Gulag (2). Dessiné par Butch Guice. Bucky est dans l'arêne et affronte Grande Ourse. Il n'a guère le temps de savourer sa victoire car déjà il découvre que son prochain adversaire sera un des anciens Titanium Men et que le gang des Pauki-Volki veut le recruter.
- # 617 (2/3) : Black Widow. Dessiné par Mike Deodato. La Veuve Noire et Sharon Carter enquêtent incognito en Russie sur les anciennes missions du Soldat de l'Hiver afin de savoir s'il a, comme l'affirment les autorités, agit de son propre chef dans certaines opérations.
- # 617 (3/3) : Super-Soldier. Dessiné par Chris Samnee. Steve Rogers a appris qu'Henry Gyrich du Département est le responsable de l'extradition de Bucky en Russie. Lorsque le fonctionnaire est la cible d'un attentat, il devient évident qu'un accord officieux a été passé avec les russes.

- # 618 (1/3) : Agent 13. Dessiné par Chris Samnee. Sharon Carter laisse la Veuve Noire aller libérer Bucky après qu'elles aient découvert qu'un certain colonel Rostov cherche à faire disparaître les documents le liant au Soldat de l'Hiver.
- # 618 (2/3) : Gulag (3). Dessiné par Butch Guice. Bucky vainc Bullski, l'ex-Titanium Man, sans se douter que le directeur est complice de l'ancien colonel Rostov pour essayer de le briser moralement. Lorsqu'un autre détenu (l'ex-Dynamo Pourpre) veut l'entraîner dans une évasion après avoir déclenché une émeute, Bucky refuse. Il a raison car c'est un piège, mais il s'y fait prendre quand même. A son réveil, il est aux mains de Rostov.
- # 618 (3/3) : Super-Soldier. Dessiné par Chris Samnee. Steve Rogers interroge Gyrich quand Nick Fury l'appelle sur une scène de crime. Les deux victimes sont le contact de Gyrich à l'ambassade de Russie et un ancien espion sous couverture aux Etats-Unis depuis 1978. Autant de nouveaux éléments accréditant la thèse d'une machination patiemment élaborée contre Bucky et l'Amérique.

- # 619 (1/3) : Black Widow. Dessiné par Chris Samnee. La Veuve Noire se rend en Sibérie avec le projet de libérer Bucky du goulag. Mais, surprise, à son arrivée sur place, l'endroit est en flammes !
- # 619 (2/3) : Gulag (4). Dessiné par Butch Guice. Bucky, torturé par Rostov, comprend que l'ancien colonel a placé aux Etats-Unis des agents dormants que le Soldat de l'Hiver a formé et qui attendent d'être activés. Puis, profitant d'un nouveau combat, contre la la Licorne, Bucky en profite pour s'évader. Il retrouve la Veuve Noire avec laquelle il peut quitter la Russie.
- # 619 (3/3) : Super-Soldier. Dessiné par Chris Samnee. Après avoir neutralisé les agents dormants soviétiques avec Nick Fury et appris que Bucky s'était évadé, Steve Rogers s'explique avec le président qui lui fait comprendre que Barnes ne pourra de toute façon plus redevenir Captain America...
*
Ces épisodes concluent, de manière officieuse, la série Captain America avant sa redistribution : deux titres vont lui succéder, avec d'un côté un relaunch (par Ed Brubaker et Steve McNiven) et de l'autre une suite (conservant la numérotation actuelle) intitulée Captain America and Bucky (par Ed Brubaker, Marc Andreyko et Chris Samnee).
Le programme de cet album est riche, comme en témoignent les résumés ci-dessus.
D'abord, Brubaker se penche sur la situation de Steve Rogers : à présent que Bucky ne peut plus incarner Captain America (à cause de son emprisonnement en Russie et de ses antécédents comme Soldat de l'Hiver rendus publics lors de son procés), tout le monde le pousse à reprendre le rôle. Nick Fury complote en coulisses, le gouvernement américain le presse de ressuciter le symbole. Le scénariste se montre très à l'aise dans cette partie psychologique.    
Ensuite, nous assistons à l'incarcération de Bucky dans un goulag où il est cerné par d'anciennes victimes du Soldat de l'Hiver. Le directeur de l'endroit, complice de l'ex-"programmateur" du prisonnier, autorise des combats de gladiateurs, moins pour tuer Barnes que pour lui saper le moral. Le héros doit affronter des adversaires de plus en plus dangereux et composer avec des détenus qui lui offrent leur protection. L'action domine dans cette partie, menée sur un rythme tendu.
Enfin, nous suivons les investigations de Sharon Carter et la Veuve Noire en Russie, qui mettent progressivement à jour (avec Steve Rogers en Amérique) la machination contre Bucky et une entreprise terroriste aux Etats-Unis. Cette dernière section est passionnante, dans le registre des récits d'espionnage où excelle Brubaker.
Si les derniers arcs de la série, depuis que Bucky était devenu Captain America, étaient inégaux, alternant le bon et le moyen (parfois à l'intérieur d'une même histoire), cette plongée dans une Russie conspirationniste comme aux heures les plus sombres de la guerre froide, avec son héros constamment en danger et ses amis investigant sur les coulisses de l'affaire, est une grande réussite qui compte parmi les meilleurs moments du titre depuis le début de l'ére Brubaker.
Assez curieusement, l'auteur, qui a été si emprunté avec Secret Avengers, au casting trop fourni et aux intrigues peu inspirées, réussit, sans être aussi formel, à écrire un vrai team-book dans ces chapitres de Captain America, en convoquant Steve Rogers, Sharon Carter, la Veuve Noire, Nick Fury (et avant cela le Faucon). Que n'a-t-il pas employé cette équipe pour Secret Avengers ?
En tout cas, après avoir lu cela, et en enchaînant sur Fear Itself # 3, le sort de Bucky prend une toute autre envergure, et on comprend bien la façon dont Brubaker a laissé Matt Fraction utiliser ce personnage.
*
La partie graphique, malgré le défilé et la rotation des artistes pour une seule histoire, est fabuleuse. Il faut dire que le casting est de grande classe.
Mitch Breitweiser signe le prologue avec ce trait nerveux et élégant parfait pour ce titre. Ce dessinateur mériterait de travailler sur un arc entier.
Mike Deodato assure des planches pleine de puissance, où son art expressionniste est idéalement exploité.
Chris Samnee illustre des back-ups jubilatoires, aussi à l'aise quand il anime Steve Rogers que Sharon Carter et (surtout) la Veuve Noire.
Butch Guice, encré par Stefano Gaudiano, est lui aussi dans une très grande forme : sa représentation du goulag et des combats est d'une entensité extraordinaire.
Seule la présence d'Ed McGuiness fait un peu tâche, même s'il rend une coipe honnête.
*
A n'en pas douter, un des meilleurs recueils d'épisodes de la série pour son époque Brubaker. 

samedi 10 décembre 2011

Critique 293 : CAPTAIN AMERICA 10 - THE TRIAL OF CAPTAIN AMERICA, d'Ed Brubaker, Daniel Acuña et Butch Guice

Captain America, book 11 : The Trial of Captain America rassemble les épisodes 611 à 615 de la série, écrits par Ed Brubaker et dessinés par Daniel Acuña (#611) et Butch Guice (#612-615), publiés en 2010-2011 par Marvel Comics.
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Depuis que Bucky Barnes a endossé le costume et le nom de Captain America, il a pu mesurer la difficulté d'une telle responsabilité en devant gagner le respect de l'opinion publique, des Vengeurs, et en affrontant les ennemis de Steve Rogers. Sa dernière bataille en date l'a opposé au fils du Baron Zémo, qui l'a habilement piégé en dévoilant publiquement son passé de tueur à la solde de services secrets russes sous le pseudonyme du Soldat de l'Hiver.
Cette révèlation séme rapidement le trouble au sein des Vengeurs (seuls Rogers, Tony Stark, le Faucon et la Veuve Noire étaient au courant), dans les médias et la population. Le président des Etats-Unis est obligé de plier et exige de Rogers que Barnes comparaisse devant un tribunal pour décider s'il a agi pour le KGB en étant conscient de ses actes ou en étant manipulé mentalement. Bucky accepte d'être jugé par souci d'apaisement et pour faire face à son passé.
Mais l'affaire se corse lorsque le nouveau Master Man aide Sin, la fille de Crâne Rouge, à s'évader de l'asile psychiatrique où elle est internée, pour attirer Bucky dans un traquenard qui achèvera de brouiller sa réputation...
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Cette histoire se déroule avant la saga Fear Itself, durant laquelle le sort de Bucky Barnes connaît un tournant encore plus décisif. Mais ces épisodes, parmi les derniers avant le relaunch de la série (il reste encore un arc), indiquent déjà la direction qu'Ed Brubaker souhaitait imprimer à son héros et ses aventures.
On peut même affirmer que ce qui se joue dans Fear Itself pour Bucky a été inéluctable car Brubaker n'a jamais ménagé son personnage depuis qu'il l'a ressucité au tout début de son run sur la série.
Le tour de force du scénariste aura certes été d'oser ramener, avec succès (aussi bien critique que commercial et en gagnant les fans à son idée), le sidekick de Steve Rogers, mais si l'on y réfléchit bien, ce retour a été jalonné d'obstacles : d'abord amnésique, Bucky a dû ensuite naviguer en eaux troubles (avec la complicité de Nick Fury, lui-même dans le maquis) pour se venger de ceux qui l'avaient manipulé, puis il a perdu son mentor (après Civil War) et s'est employé à récupérer son symbole. Cela l'a conduit à négocier avec Tony Stark, à l'époque devenu le super-flic des Etats-Unis, et a hériter du rôle de Captain America. Puis, comme tous les héros, il a agi dans la clandestinité durant le "Dark Reign" avant de retrouver Rogers durant le Siege d'Asgard. Confirmé à son poste, il a alors dû empêcher un fou furieux surgi du passé de salir le symbole de Captain America, et finalement c'est le fils du Baron Zémo (façon cruelle de boucler la boucle dans un parcours d'héritier) qui a précipité sa chute.
Ed Brubaker a donc insisté, particulièrement depuis que Bucky est devenu Captain America, sur le doute : doute du personnage à être digne de ce rôle, doute de ses partenaires et de son mentor à remplir sa tâche, doute de l'opinion devant ce remplaçant, et maintenant doute concernant son passé. Bucky n'est en quelque sorte revenu que pour mieux tomber et le fait qu'il soit jugé, en bonne et dûe forme, était donc inévitable (même si son calvaire n'est pas terminé).
Bien sûr, on peut juger que cette déchéance était programmée pour préparer le retour de Rogers au premier plan et que le plan de Brubaker a suivi celui d'une logique plus commerciale que purement artistique. Mais Brubaker a été le premier surpris, comme il l'a avoué en interview, du succès du retour de Bucky et de sa promotion, Rogers ne devant pas être "mort" si longtemps. Il est, de fait, parvenu avec Bucky à (re)créer un personnage de premier plan, apprécié du public et de la critique, alors que Marvel (comme DC) n'a guère créé de nouvelles icones depuis longtemps (chez Marvel, il faut remonter à Deadpool, et avant Elektra, le Punisher ou Wolverine).
Dans cet arc, Bucky est donc traduit en justice et son cas divise : qu'il ait été manipulé dans le passé ne fait pas de doute, mais il a commis des actes répréhensibles indéniables, qui le rendent indigne de porter le nom et l'emblême du pays qu'il représente désormais. Au procés proprement dit, Brubaker accorde une place honorable, sans plus, en insistant surtout sur les témoignages à charge - c'est un peu dommage et étrange, car on pouvait attendre un défilé d'amis de l'accusé. En parallèle, les manigances de Sin et de Master Man sont presque plus conséquentes, mais, curieusement, le dénouement manque d'intensité. Le vrai final a lieu à la toute dernière page avec un rebondissement à la fois sombre et accrocheur.
Il est évident que Brubaker a déjà son plan pour après Fear Itself (et l'annonce d'une série Winter Soldier en 2012 l'a depuis confirmée), mais il a eu à coeur de boucler proprement le dossier avant le relaunch (avec le retour de Rogers au premier plan et renumérotation à la clé - dans le droit fil de l'adaptation cinéma de 2011). Du coup, tout ça manque un peu de nerf et de surprise, sans être désagrèable à lire, mais confirme quand même que la période Bucky/Cap n'aura pas été si forte que prévue.
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La partie graphique de la série semble également témoigner du flottement ambiant. En gros, depuis l'époque Epting-Perkins (le début du run de Brubaker donc), tout en conservant une qualité enviable, le titre manque de stabilité esthétique.
Récemment, l'arrivée de Butch Guice lui a redonné du souffle et de l'allure : l'artiste signe ici quatre des cinq épisodes de cet arc et son style enlevé, dynamique et racé, fait merveille. Dommage cependant qu'il n'ait pas à sa disposition un encreur régulier : si Stefano Gaudiano l'épaule efficacement, Mark Moralés (un "ligneur" plus classique et rigide) lui convient moins, et les concours parsemés d'autres partenaires (comme Tom Palmer, Rick Magyar) produisent des effets parfois maladroits.
L'espagnol Daniel Acuña réalise le premier épisode, dans son registre habituel, très coloré, et surprenant pour une série qui a toujours cultivé les ambiances sombres, entre série noire et spy-stories. Appliqué à une histoire particulière, cela n'aurait pas été si troublant, mais là, c'est un peu déplacé.
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Un arc irrégulier, à l'image de la série, en quête d'un deuxième souffle.

samedi 18 juin 2011

Critique 238 : OLYMPUS, de Geoff Johns, Kris Grimminger et Butch Guice

Olympus est une histoire en deux parties écrite par Geoff Johns et Kris Grimminger et dessinée par Butch Guice, co-éditée par DC Comics et Humanoids Publishing en 2005.
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Le Professeur Walker, archéologue dont le département est menacé de fermeture dans l'université où elle enseigne, et trois de ses étudiants, Sarah, Rebecca (deux soeurs), et Brent voguent au large des côtes de Théssalie, dans la mer Egée. Lors d'une plongée, Walker et Brent remontent une espèce d'amphore qu'ils estiment être d'une grande valeur et qui pourrait convaincre la faculté de laisser leur classe ouverte.
Mais brusquement le temps se couvre et peu après leur bâteau est abordé par des trafiquants. Une tempête éclate et le navire échoue sur une île où les malfrats (Deems, Shore, Gornik, et Tomasi), dirigés par York, s'aventurent avec leurs otages. Rapidement, ils rencontrent un gigantesque cyclope, mais les ennuis ne font que commencer et plusieurs créatures légendaires les attaquent.
Pour le Pr Walker, l'amphore repêchée est certainement la cause de tout ça et pourrait bien être la Boîte de Pandore...
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J'ai trouvé cet album, regroupant l'intégrale de ce dyptique, dans une braderie et je l'ai acheté en misant sur l'association de Geoff Johns, scénariste dont j'ai apprécié le run sur JSA et son relaunch (Justice Society of America), et de Butch Guice, dessinateur impeccable actuellement à l'oeuvre sur Captain America (en vf dans "Marvel Icons"). En revanche, j'ignore qui est Kris Grimminger qui a co-écrit l'histoire.
Cette bande dessinée initiée par la branche américaine des Humanoïdes Associés, pour laquelle Butch Guice a signé des albums originaux (comme Mandalay), et co-éditée par DC Comics, dont Geoff Johns est un des scénaristes vedettes, n'a rien d'un comic-book super-héroïque. Il s'agit d'un récit mélangeant fantastique et aventures, où abondent les références à la mythologie grecque.
Le début est intriguant et prenant, tout va vite, les scènes se succèdent et nous conduisent dans un endroit propice à l'extraordinaire : le thème de l'île oubliée est un classique et la profusion de monstres et de décors grandioses qu'elle abrite promet beaucoup.
Hélas ! Il faut bien avouer qu'on déchante rapidement car la suite du périple, si elle ne manque pas de moments spectaculaires, est plus tape-à-l'oeil qu'à la hauteur des éléments convoqués. Les personnages sont réduits à des clichés (la blonde sexy et ecervelée, la brune cérébrale, le vilain se muant en héros) et les rebondissements s'empilent sans vraiment nous captiver. On retrouve là un des tics propres à Johns qui est un conteur habile mais sans grande personnalité, et qui, hors des cadres des super-héros, n'est pas à son aise, succombant trop facilement à des scènes gore où les protagonistes subissent moults mutilations.
C'est bien dommage car ce voyage de simples mortels en territoire mythique aurait pu aboutir à une bande dessinée réfléchissant sur le rapport des hommes envers des légendes qu'ils ont créées mais qui se matérialisent brutalement.
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Les planches de Butch Guice, en grand format, sont elles-mêmes d'une qualité moindre que ce que ce graphiste brillant peut proposer. A l'exception de planches exceptionnelles avec des décors imposants (l'arrivée sur l'île, le labyrinthe) et la représentation de quelques monstres mémorables (le cyclope, les harpies), il est loin de montrer son meilleur.
Alors que Guice est capable de dessiner de superbes personnages féminins et des hommes aux visages et à l'allure à la fois rudes et élégants, il déçoit ici, comme si, alors qu'il travaillait plus librement que pour une série régulière mensuelle, il relâchait ses efforts.
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La remarque est facile, mais Olympus n'affiche pas une forme, ni un fond, olympien. C'est une curiosité mais qui n'a rien de divin.

vendredi 6 mai 2011

Critique 228 : RUSE 1 - L'AFFAIRE MIRANDA CROSS, de Mark Waid et Butch Guice

Après avoir découvert El Cazador, vestige de CrossGen, j'ai voulu poursuivre ma découverte de ce défunt éditeur en acquérant le premier tome de Ruse, série qui en compte trois. Je me le suis procuré en v.o. mais j'édite la couverture de l'édition française (Semic), qui avait traduit le titre dans un format à l'italienne parfaitement indiqué.
Ruse est écrit par Mark Waid, scénariste expérimenté, à qui on doit un brillant run sur les FF avec le regretté Mike Wieringo, et dessiné par Butch Guice, qui s'est distingué dans moults productions de qualité chez Marvel (en ce moment Captain America) et DC (Aquaman, par exemple). Ajoutez-y Mike Perkins à l'encrage et Laura Depuy Martin aux couleurs, et vous aurez une idée de la "dream team" à l'oeuvre sur Ruse, publiée en 2001-2002.
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Le héros de Ruse est peut-être moins Simon Archard, infaillible détective, que son assistante Emma Bishop, capable d'agir sur le temps en le figeant. A Partington en Angleterre, où les gargouilles sont réellement animées et planent au-dessus de cette cité en pleine révolution industrielle à la fin du XIXème siècle, la police fait souvent appel à ces fins limiers pour débrouiller des affaires criminelles. Leur résolution flatte l'égo d'Archard mais ne suffit plus à tromper son ennui.
Jusqu'à ce qu'arrive en ville la mystérieuse et troublante Miranda Cross, Baronne de Kharibast, dont la présence semble liée à des troubles parmi les notables. Rapidement en effet, le maire, le patron de la gazette locale, le chef de la police et le banquier se retournent contre Archard qui, de chasseur, devient proie. Pour ne rien arranger, Miranda ne craint pas les pouvoirs d'Emma...
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La référence à Sherlock Holmes n'aura échappé à personne, mais Mark Waid a élaboré une variation astucieuse de la créature d'Arthur Conan Doyle en nous narrant ses exploits du point de vue de sa partenaire. En transformant le Dr Watson en femme, qui plus est pourvu de charmes et de pouvoirs surnaturels, il ironise sur l'arrogance du détective génial dont il fait un homme rongé par l'ennui quand bien même il évolue dans des affaires et un cadre fantastiques.
Le procédé est habile et permet au récit d'être gentiment pimenté, même si Waid abuse de la voix-off qui ralentit l'action. De fait, Ruse ennuie un peu le lecteur comme ses enquêtes ennuient Simon Archard, poliment mais sûrement. On a parfois le sentiment que Waid s'est un peu bridé, n'osant pas traiter de manière plus sarcastique son sujet et son héros, alors même qu'il est un scénariste tout à fait capable à la fois de respecter les codes d'un genre tout en prenant ses distances (ses FF en étaient le meilleur exemple).
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En revanche il est difficile de faire la fine bouche devant la qualité exceptionnelle de l'équipe graphique, assurèment une des plus belles qu'on puisse apprécier sur un comic-book : Butch Guice et Mike Perkins ont uni leurs efforts pour livrer des planches somptueuses, aux décors incroyablement fouillés, aux personnages fortement typés et à l'allure d'une élégance fabuleuse. Le résultat est bluffant.
Laura Depuy Martin magnifie cela avec une palette de couleurs d'une admirable subtilité : c'est un régal pour les yeux.
Le 6ème épisode est réalisé par Dave Johnson et Paul Neary, sur des couleurs de Jason Lambert, sans qu'ils aient à rougir de la comparaison, même si c'est un cran en dessous - inévitablement a-t-on envie d'ajouter.
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Un titre atypique, référentielle, mais pas tout à fait abouti, qui vaut surtout pour ses illustrations impressionnantes. CrossGen produisait du matériel de qualité, à redécouvrir assurèment - et Marvel l'a compris puisqu'une nouvelle série Ruse a été commandée, toujours avec Waid aux commandes et Marco Pierfederici aux dessins.

vendredi 15 mai 2009

Critique 46 : JLA CLASSIFIED - NEW MAPS OF HELL, de Warren Ellis et Jackson "Butch" Guice



En 2004, DC Comics inaugura une nouvelle collection intitulée JLA: Classified. Le principe était de produire des récits complets, écrits et dessinés par des équipes créatives différentes à chaque fois, mettant en scène la Justice League of America. Ces histoires s'inscrivaient dans la continuité officielle et dévoilaient des pans du passé du groupe.
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Des profondeurs de l'espace-temps surgit une entité artificielle, "Dieu de la Terreur" auto-baptisé Z, et à l'origine de la décimation du peuple martien - dont le dernier survivant est J'onn J'onnz, le Martian Manhunter de la JLA.
L'un après l'autre, les membres de la formation sont témoins d'incroyables actes de destruction et entreprennent d'en découvrir le responsable. Leurs investigations les conduisent à suspecter la Lexcorp, l'entreprise de Lex Luthor (qui, à l'époque des faits, est le président des Etats-Unis - comme dans JLA : Vice et vertu, de Geoff Johns, David Goyer et Carlos Pacheco).
Leur indice majeur est un ancien manuscrit connu sous le nom du Tharsis qui raconte l'histoire de civilsations "testées" par une puissante force qui a fini par les détruire après les avoir considérées comme trop faibles pour existert. Mais ce texte contient aussi un virus qui, une fois décrypté, possède lui-même le pouvoir de détruire les mondes.
Quand Z s'attaque à la Terre, la JLA est donc mise à son tour à l'épreuve pour déterminer si la planète est digne de survivre...
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L'écriture de Warren Ellis suscite toujours la curiosité lorsqu'elle s'exerce sur les héros les plus icôniques des deux majors companies que sont Marvel et, ici, DC. Je me demandai donc à quel sauce il allait cuisiner la JLA, dont il s'était largement inspiré pour en livrer une version épicée avec The Authority.
On reconnaît rapidement la marque de l'auteur dès l'ouverture de cette histoire et dans son développement : l'intrigue est à la fois sombre et musclée, le ton ironique, le rythme enlevé. Le récit souligne ce que les comics avec une bande de super-justiciers offre de mieux puisqu'on y voit ses membres obligés de se battre en véritable équipe une menace qu'aucun d'eux, seul, ne pourrait vaincre : C'est une donnée toute simple, mais un groupe de super-héros n'est pas qu'une addition de personnages, c'est un ensemble de combattants aux talents complémentaires dont l'union fait la vraie force. Et ça, Ellis l'a bien compris.
Le scénariste n'a pas à forcer son talent pour nous entraîner dans cette aventure : on sent tout de suite qu'il connaît bien son casting, qu'il n'a pas choisi les acteurs au hasard, et il sait leur donner du caractère. Sur ce dernier point, Ellis a l'intelligence de ne pas négliger les seconds rôles : les échanges entre Clark Kent et Loïs Lane sont dignes de ceux d'un couple de "screwball comedy", façon Cary Grant-Irene Dunne, et du coup lorsque Superman part en mission, c'est comme s'il recouvrait sa virilité après avoir été piqué au vif par sa partenaire dans la vie civile.
Batman, lui, est dépeint comme un enquêteur qui va à l'essentiel, au raisonnement aussi affûté et précis que ses actions. Wonder Woman préfére qu'on l'appelle Diana comme si elle voulait marquer sa féminité avant son héroïsme. Flash (version Wally West ici) est un pur feu follet qui devra son salut à sa capacité à réfléchir, donc à se calmer. Green Lantern semble s'amuser de sa puissance et de l'adversité mais on devine ses appréhensions derrière cette attitude. Et enfin J'onn J'onzz fait figure de sage dans cette configuration, le lien entre ses membres.
C'est donc avec un véritable plaisir qu'on est embarqué dans ce grand huit où tout est écrit avec tempérament et originalité, malgré la notoriété des protagonistes.
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Jackson "Butch" Guice livre, quant à lui, de superbes illustrations, à la hauteur des spectaculaires enjeux de l'histoire et de ses héros. Les morceaux de bravoure ne manquent pas pour lui permettre de nous en mettre plein la vue : la scène d'ouverture, l'explosion de Paradise Island, Las Vegas ravagée... C'est tout à fait magistral.
Pour ajouter à ce bonheur visuel, le dessinateur s'encre lui-même et on ne peut que s'en réjouir. Même si le trait nerveux et anguleux évoque Joe Kubert, certaines ambiances rappellent le meilleur de ce que firent ensemble Frank Miller et Klaus Janson dans leurs meilleurs épisodes de Daredevil, mais on pense en vérité surtout à l'immense Neal Adams - comparaison écrasante pour beaucoup d'artistes mais dont Guice se tire admirablement.
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On pourra regretter un dénouement un peu expéditif, sans véritable épilogue, qui envoie à l'ultime page, la bataille à peine achevée, la JLA déjà sur un nouveau front. Cette précipitation souligne trop le fait que ce que nous venons de lire n'est qu'une parenthèse passée dans la carrière du groupe.
Et puis il y a ces affreuses couvertures, reproduites en fin de volume, signées Michael Stribling, exécutées (c'est le cas de le dire...) en couleur directe.
Mais si on passe sur ça, l'ouvrage est tout à fait conseillé. Les connaisseurs d'Ellis y trouveront même des références à ses autres oeuvres (comme Global Frequency, via le rôle qu'il donne à Oracle). Et c'est jubilatoire de lire des répliques, certes attendues mais toujours efficaces comme : "We’re the Justice League. We’ve beaten up real gods and made them cry. You are nothing to us".
Après ça, Warren Ellis peut bien affirmer qu'en vérité il n'adore pas les super-héros, il réussit quand même à leur donner des histoires palpitantes, aussi bien pour le néophyte que pour le fan…

jeudi 2 avril 2009

Critique 9 : ULTIMATE ORIGINS, de Brian Michael Bendis et Butch Guice

L'univers des personnages et des histoires de la maison d'édition Marvel est aujourd'hui divisée en deux catégories distinctes. D'un côté, vous avez l'univers "classique", dont les récits ont 70 ans de continuité, et dont Stan Lee est devenu le principal fournisseur et architecte depuis les années 60. Et de l'autre, depuis le début des années 2000, il existe l'univers "ultimate", conçu pour attirer de nouveaux lecteurs, en leur épargnant justement la lecture de toutes ces décennies d'aventures, basé sur la réécriture (parfois subtile, parfois radicale) des grandes "storylines" du passé.
C'est principalement à Mark Millar et Brian Michael Bendis qu'on doit la construction de l'univers "ultimate", dans lequel ils ont réinventé des héros iconiques comme Spider-man, les X-men, les Vengeurs ou les Quatre Fantastiques.
C'est là que la publication de la mini-série Ultimate origins prend toute son importance, puisque Bendis l'a imaginée et écrite dans un double but : le premier, c'est d'expliquer comment et pourquoi tous les principaux héros de cet univers sont liés par leurs origines, et le second, c'est de préparer le lecteur au premier crossover de cette ligne, intitulé Ultimatum, qui doit révolutionner complètement le paysage.
L'entreprise était donc ambitieuse, mais avec un scénariste ayant le savoir-faire et le faire-savoir de Bendis, associé à un dessinateur expérimenté comme Jackson "Butch" Guice, tous les espoirs étaient permis.

Le résultat est pourtant en demi-teinte.
Si les cinq épisodes se lisent d'une traite, avec un vrai plaisir, il n'en demeure pas moins qu'il faut être familier avec l'univers "ultimate" pour en apprécier toute la valeur.
Je ne suis donc pas un fin connaisseur et c'est sans doute pour cela que j'ai parfois été frustré par ce récit déconstruit et elliptique. La menace dont sont prévenus les héros aujourd'hui, si elle paraît terrible, n'est que trop suggérée pour ne pas donner le sentiment que tout ça n'est qu'un gros teaser pour Ultimatum - alors que le récit fonctionnait déjà sans ça. Dommage...
Malgré ces réserves, on reste épaté par l'habilité avec laquelle Bendis réussit à connecter les destins de personnages aussi iconiques que Nick Fury (qui deviendra la big boss du S.H.I.E.L.D., l'agence de contre-espionnage américain), Captain America (futur leader des Ultimates), Wolverine (premier mutant canadien), Magneto et son ennemi intime le Pr Charles Xavier, ou Hulk - qui révèlera sous sa forme humaine, le Dr Bruce Banner, à Spider-man que "tout est lié"...
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Graphiquement, par contre, Ultimate origins bénéficie grandement du concours de Butch Guice, qui livre ici un remarquable travail, riche en planches (parfois doubles, mais sans en abuser) spectaculaires. Un des défis était de dessiner un récit sur des super-héros sans qu'il y ait finalement de séquences où ils figurent dans leurs costumes. L'exploit de Guice est de nous le faire oublier, sans omettre d'illustrer un vrai récit d'aventures, de guerre, de manipulations et de fantastique, avec des images superbement exécutées et un sens éprouvé de cet art si particulier qu'est le storytelling.
Le compliment ne serait pas complet si je ne vous avouai pas que j'ai parfois trouvé dans le trait de Guice (qui s'encre lui-même - et qui est magnifiquement mis en couleurs par Justin Ponsor) un air de Joe Kubert, légende vivante des comics US, encore en activité aujourd'hui et père de deux dessinateurs célèbres (Adam et Andy)... Qui ont dessiné beaucoup de titres "ultimate" ! (la boucle est bouclée...)
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Ces 120 et quelques pages représentent un solide investissement pour découvrir les coulisses de l'univers Ultimate.