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dimanche 3 novembre 2019

BATMAN ANNUAL #4, de Tom King, Jorge Fornes et Mike Norton


Alors que, dans quelques semaines, il achèvera son run sur Batman, Tom King n'allait sûrement pas laisser sa place, comme l'an dernier, pour écrire le quatrième Annual de la série (de l'ère "Rebirth"). A chaque fois, il a signé des récits forts et originaux et, une fois encore, il nous régale, avec le détail de faits tirés du journal d'Alfred Pennyworth. Le résultat est magistral, servi par les dessins magnifiques de Jorge Fornes et Mike Norton.
  

Les faits se déroulent du 7 Mars au 24 Avril, reportés par le majordome de Bruce Wayne, Alfred Pennyworth. Il raconte comment Batman a résolu plusieurs événements à Gotham et ailleurs, comme lorsqu'il arrêté le gang de la Charge de Cavalerie, terrassé un dragon ou battu un boxeur violent avec sa femme.


Bruce Wayne est aussi mis à contribution parfois, comme lorsqu'il vient en aide à une jeune femme qu'il aima au lycée et impliquée dans une sale affaire. Batman résout le crime du colonel Yellin, un ami philanthrope.


Le dark knight déjoue ensuite un attentat fomenté depuis Metropolis. Puis il est téléporté aux confins de l'univers (ou de l'esprit, mais c'est la même chose) et prévient une entité qu'elle le trouvera sur son chemin s'il s'en prend à la Terre.


Un thé servi par Alfred et Batman repart au front. Le rythme de ses missions et de ses exploits s'intensifient, devenant de plus en plus délirant et dangereux. le héros est entraîné aux quatre coins du monde tout en veillant à l'ordre de sa ville, sans faillir.


Qu'on s'en prenne à lui, à ses proches, ou aux civils en général, il est toujours là. Ce qui ne signifie pas qu'il n'a pas peur du danger. Mais Batman le surmonte en se préparant au mieux, dépassant ses craintes et ses limites. Tous les jours.

Les Annuals de Batman sont toujours un régal pour les yeux : après Lee Weeks (qui signe cette fois la couverture, superbe) et Michael Lark, il y a deux ans, puis Otto Schmidt l'an dernier, c'est au tour de Jorge Fornes et Mike Norton de s'y coller. Certes, ce ne sont pas des stars, plutôt de solides artisans, mais qui servent le récit et collent aux découpages de leur scénariste, et pour cela, on les saluera les premiers car durant quarante pages, il fallait cette rigueur et cette humilité pour réussir cet ouvrage.

Fornes est un émule de David Mazzucchelli, même s'il tend à s'affranchir stylistiquement du Maître. Son trait est économe et peut aussi évoquer, pour son goût du clair-obscur, Francesco Francavilla, tout en étant plus soigné (et en laissant la colorisation à un autre (l'incontournable Dave Stewart).

Norton lui succède à la 30 planche, sans détoner. Comme Fornes, il est adepte d'un dessin sobre et clair, au trait plus rond, mais avec des finitions aussi soignées. Comme Fornes, il s'encre lui-même, contrôlant donc totalement le rendu de ses images.

Le point commun de ces deux artistes, bien que Norton soit plus aguerri grâce à une production plus dense et des années d'expérience dans le milieu, c'est que ce sont des dessinateurs fiables, réguliers, et modestes. Ils ne tirent pas la couverture à eux, sachant que la vedette ici, c'est le scénariste - un auteur précis dans les indications de ses scripts (tout du moins dans le découpage, car sinon il laisse ses collaborateurs libres).

On a donc droit à des pages efficaces, sans ostentation, mais quand même parfois impressionnantes. A ce jeu, parce qu'il dispose de plus de planches (une trentaine donc contre sept pour Norton), Fornes marque des points et devrait inciter un éditeur à lui faire signer un contrat d'exclusivité (alors qu'actuellement il va et vient entre DC et Marvel, avec du creator-owned entre les deux). Il ouvre chaque scène par une splash-page qui tape bien (on retiendra celle avec le dragon - voir plus haut - ou celle où Batman est couché sur les rails du train). Cette entrée en matière apparaît comme un cadeau de la part du scénariste à son dessinateur, pour qu'il gomme la méfiance du lecteur (qui attendait peut-être quelqu'un de plus fameux pour cet Annual).

Ensuite Fornes est tout aussi à l'aise pour produire des séquences fluides et subtiles, où il se montre très à l'aise aussi bien pour traduire une action mouvementée qu'un moment intimiste et poignant (les retrouvailles de Bruce et son amour de jeunesse). Les couleurs de Stewart accompagnent à la perfection ces ambiances.

Lorsque Norton entre en jeu, on croit d'abord qu'il va poursuivre ce qu'a accompli son confrère puisqu'il démarre aussi avec une pleine page spectaculaire. Mais, insensiblement, le lecteur va s'apercevoir que le découpage devient plus structuré à mesure que les événements représentés deviennent, eux, de plus en plus insensés, jusqu'à l'absurde et la comédie pure.

C'est une suite de pages avec deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit cases qui défilent, et l'épisode se clôt sur un "gaufrier" de neuf cases, la figure favorite, fétiche même, de King, incorporant les crédits et le titre. Norton s'acquitte de ce crescendo avec une maestria d'autant plus remarquable qu'on ne se rend donc pas compte immédiatement - on note juste que les vignettes augmentent en nombre, puis on les compte et on comprend le mécanisme en marche.

Cet aspect finalement ludique mais discret, minutieux sans être évident, correspond au propos de cet Annual. Le titre, Everyday ("Tous les jours"), est un programme en soit. Batman est montré pendant un mois et demi constamment sur la brèche, défiant mille périls, bravant cent dangers, relevant moult défis, veillant au respect de l'ordre, assurant la justice.

Tom King pousse le principe jusqu'au bout de sa logique puisque, pendant quarante-huit journées recensées par Alfred Pennyworth, jamais Batman ne se repose. Gotham ne le laisse pas souffler, mais le reste du monde (et de l'univers) non plus. Il doit répondre à des situations de crises permanentes et de toutes envergures, du simple braqueur à la créature la plus improbable, dans des conditions acrobatiques (une cavale à cheval sur les toits de Gotham, un tête-à-tête avec une entité cosmique).

Mais Batman surmonte sa peur, car il a peur, insiste le scénariste par la voix d'Alfred. Ce n'est pas un inconscient ou un fou, qui ignore la peur. Il a peur constamment. Alors il pallie cela par la préparation, l'anticipation, même quand cela est impossible. C'est à la fois un policier, un détective, un explorateur, un aventurier, un chevalier, ou une épaule amicale, un père de substitution, un compagnon de mémoire, ou un espion, un super-héros, un astronaute, un mécanicien, un free fighter (dans la cage).

King examine son héros avec un regard à la fois respectueux et distancié puisqu'en le poussant dans ses retranchements les plus grotesques, ceux-là même que permettent et parfois appellent les comics, le dark knight dépasse les bornes de la normalité. Pas seulement parce qu'il s'agit d'un homme déguisé en chauve-souris mais parce qu'il n'arrête jamais. Dans cet Annual, Bruce Wayne parait dépourvu de vie sociale (à l'exception de la scène où, au civil, il vient à l'aide de son amour de jeunesse), il est exclusivement un type en costume confronté à des menaces anormales par leur intensité, leur fréquence.

Même entraîné, même préparé, un homme ne peut accomplir ce que Batman fait durant ces quarante-huit jours. C'est un deus ex machina, infaillible, inlassable. Passées les trente premières pages déjà soutenues, les péripéties qu'imagine King deviennent de plus en plus salées, jusqu'à la caricature. Des zombies, des extraterrestres, des monstres préhistoriques, des dérèglements climatiques... Mais aussi des matchs sportifs, des trouvailles scientifiques, des travaux dans l'espace, et j'en passe... Batman est partout, il a réponse à tout. C'est du grand n'importe quoi, mais très drôle, ce qui contredit la réputation de King d'être un auteur dépressif et déprimant. Mais confirmant un certain sadisme dans la manière qu'il a d'éprouver son héros (la comédie elle-même est souvent sadique puisqu'elle inflige à ses personnages coups et blessures qui provoque notre rire).

Au fond, ce quatrième Annual n'est pas si différent du deuxième, déjà écrit par King, dans lequel on assistait à une folle cavalcade entre Batman et Catwoman puis à leurs derniers jours. Ici aussi on va des rires aux larmes, on passe de l'action à l'émotion, de spectaculaire à l'intime. Et cela dit bien à quel point Tom King restera, une fois son run terminé, comme celui qui a profondément creusé la psyché et sculpté le corps de Batman. Comme celui qui a fait de Batman le sujet et l'objet de sa propre série.

samedi 31 mars 2018

MYSTIK U : BOOK THREE, d'Alisa Kwitney et Mike Norton (FINALE)


Je ne m'étais jamais soucié du nombre exact d'épisodes de ce titre et me suis donc aperçu avec la parution de celui-ci que c'était (déjà) le dernier. Mais l'un dans l'autre, avec des numéros de cinquante pages chaque mois, Mystik U donne autant à lire qu'un arc narratif traditionnel de six chapitres. C'est donc l'heure du dénouement pour l'histoire concoctée par Alisa Kwitney et Mike Norton et le moment de savoir qui représente la Malveillance menaçant la fameuse université de magie (et si cette entité triomphera comme c'est prévu)...


Après avoir échangé un baiser avec Sebastian Faust, Zatanna a perdu connaissance et son prétendant a averti, paniqué, leurs amis. Sargon et June Moon/l'Enchanteresse se rendent à la Maison des Secrets dans le campus pour avertir Rose Psychic, la directrice, mais tombent sur Mr. E et le Dr. Occult en train de s'exercer sur un sortilège.


Dr. Occult gagne la chambre de Zatanna et confirme son décès puis prend Sebastian Faust à part pour lui signifier sa punition. Cependant, Pia Morales ne croit pas à la mort de son amie et utilise ses pouvoirs de guérisseuse pour la ressusciter. Zatanna revient à elle, désorientée, sans aucun souvenir de ce qui s'est passé.
  

Le corps professoral de l'université se réunit et débat une nouvelle fois de la Malveillance incarnée par un des nouveaux élèves. Mme Xanadu s'oppose au Dr. Occult sur l'identité du coupable tandis que Rose Psychic est étonnamment absente de cette réunion.


Plus tard, dans la journée, Sebastian Faust retrouve Pia Morales dans le parc du campus et lui révèle avoir percé son secret : elle n'est pas une simple guérisseuse mais une nécromancienne, ce qui fait qu'en ramenant Zatanna à la vie elle l'a sous son emprise - et il faut y remédier pour qu'elle retrouve son autonomie.


Consciente de l'obstacle que constitue le Dr. Occult et doutant de sa loyauté, Mme Xanadu l'attire dans son grenier et le piège et l'embrassant et en le mordant à la lèvre. Avec son sang, elle ouvre un passage dans le miroir magique derrière le reflet duquel Rose Psychic est retenue prisonnière - et avec laquelle il échange sa place. Mais il les met en garde : elles ne parviendront pas, à elles deux, à stopper la Malveillance.


Zatanna se réveille dans une grotte glaciale en compagnie de Pia, Sebastian, Sargon et June sans se souvenir comment ils sont arrivés là. Plop les y rejoint mais la galerie par laquelle il s'est faufilé est trop étroite pour permettre aux élèves de s'y glisser. Sebastian découvre alors que le démon Neburos, qui a acheté son âme, se cache là, dans l'ombre, et passe un marché avec lui. Ils signent tous un pacte pour recouvrer leur liberté en échange d'un sixième de leur âme (ce qui équivaut pour le démon à une âme entière).
  

Neburos honore sa promesse et les six étudiants sont libres... Mais à l'extérieur de l'université ! Pia neutralise les bestioles menaçantes qui les encerclent et rentre avec ses camarades dans l'école pour s'attabler au réfectoire où tous les élèves dînent. Plop découvre, trop tard, que la nourriture servie est empoisonnée et, à nouveau, ils sont expulsés de l'enceinte protectrice de l'établissement, transformés qui plus est en fragiles animaux et prêts à être exécutés par Mr. E !


Leur sacrifice doit honorer la version adulte de Pia, incarnation de la Malveillance. Plop se sacrifie pour sauver ses amies avant que la menace n'aille défier Rose Psychic et Mme Xanadu dans le parc du campus. Reprenant forme humaine, Zatanna, Sebastian, Sargon, June et Pia adolescente aident leurs enseignantes à vaincre leur adversaire et sauver l'école. 
Chacun retrouve ses parents pour les vacances mais Zatanna repart à la recherche de son père, Giovanni, en compagnie de Sebastian Faust.

Le format "prestige" de cette parution rend évidemment la lecture plus dense qu'un comic-book traditionnel de vingt pages et la somme des péripéties narrée ici aboutit à un examen critique différent, plus proche de l'expérience d'une bande dessinée franco-belge bien fournie en vérité. Mais c'est ce qui fait le sel de l'entreprise.

Alisa Kwitney a réalisé un excellent travail depuis le début et la qualité première de son écriture est de savoir parfaitement doser les ingrédients de chacun de ses trois Livres. Depuis le début, l'intrigue principale mettait en scène l'apprentissage d'un groupe de jeunes adultes dans une université où ils apprenaient à maîtriser leurs pouvoirs magiques. Tout cela avait un délicieux air de déjà-vu, on pensait bien sûr à Harry Potter, sans pourtant plagier l'oeuvre de J.K. Rowling.

Puis, un subplot, assez puissant pour être mémorable, dressait la menace : il s'agissait d'une prophétie dévastatrice annonçant la destruction de l'institution par une entité appelée la Malveillance. Ce danger était incarné par un des nouveaux élèves, et Zatanna, l'héroïne principale, conduite là par la directrice Rose Psychic, après la mort apparente sur scène de Giovanni, le père de la jeune fille, était une des suspectes possibles pour une partie des professeurs (dont les influents Mr. E et Dr. Occult).

Tout l'intérêt de l'intrigue reposait à la fois sur la possibilité que la prophétie se réalise en même temps que la formation des jeunes magiciens permettrait de déterminer lequel était le plus puissant et donc potentiellement le plus dangereux, le plus susceptible d'être la Malveillance incarnée. Pour ponctuer ce whodunnit, le script de Kwitney développait les relations entre six élèves, bien caractérisés, sur lesquels, chacun à leur tour, le lecteur pouvait projeter ses soupçons (tout en maintenant un doute concernant Zatanna elle-même).

La scénariste brouillait les pistes aussi en décrivant, de manière décalée, les us et coutumes des universités américaines traditionnelles, avec notamment les sororités, le corps enseignants, la sélection à l'entrée des établissements prestigieux, etc. On obtenait, à partir de tout cela, un cadre très fourni, à la fois divertissant, malin et captivant.

Dans le précédent Livre, on assistait à une chute dramatique : après avoir embrassé le ténébreux Sebastian Faust, cédant enfin à son attirance pour elle, Zatanna perdait connaissance, visiblement morte. Le troisième et dernier Livre démarre où le lecteur en était resté et tout de suite, les événements s'enchaînent. Le rythme ne baissera plus durant cette aventure au terme de laquelle de nombreux rebondissements vont se succéder crescendo.

D'un côté, Kwitney souligne les dissensions entre les professeurs : deux camps se sont formés, avec Mme Xanadu contre le Dr. Occult et Mr. E. Un "détail" s'y ajoute : l'absence inexpliquée de Rose Psychic. Au centre des débats : Zatanna, soupçonnée d'être l'incarnation de la Malveillance. Mais au-delà de ce problème, c'est la prise de contrôle de l'université qui est en jeu : celui qui la sauvera héritera de sa direction.

De l'autre côté, la vie du groupe d'étudiants continue d'alimenter la série. Zatanna ressuscite vite, mais dans des circonstances qui éveillent la méfiance de Sebastian Faust et conduisent à la révélation du secret de Pia Morales. Cette dernière devient alors l'objet d'une curiosité accrue et le lecteur voit son intérêt déplacé de Zatanna à Pia à mesure que le dénouement approche. La scénariste suggère subtilement au public que l'incarnation de la Malveillance n'est pas celle qu'on croit - et que les professeurs suspectent. Quand cela se vérifie, le coup de théâtre demeure efficace car il prend une forme inattendue et démasque un traître parmi les professeurs. La progression dramatique est très accrocheuse et l'affrontement final, dont le lecteur connaît l'importance de l'issue, est palpitant car vraiment incertain.

Le plus fort dans tout cela est sans doute que Alisa Kwitney et Mike Norton ménagent jusqu'au bout leurs effets, ne cédant pas au grand spectacle, l'action restant circonscrite au périmètre de l'université. Mais c'est néanmoins intense.

Norton a prouvé depuis le début de la série son implication et son application à animer cette histoire. Le soin avec lequel il a représenté l'université, campé les étudiants, souligné les temps forts en laissant le lecteur respirer par un découpage tour à tour spectaculaire et sage, se retrouve encore ici, et il faut saluer la qualité de la prestation.

Mystik U, grâce au style classique, jamais tape-à-l'oeil, de Norton a gagné en consistance, en cohérence, en régularité, là où beaucoup d'artistes se seraient vite épuisés en donnant tout dès le début pour finir sur les rotules, expédiant les affaires courantes, cédant à la facilité. Ici, c'est tout le contraire : chaque Livre a su conserver un haut degré d'exigence sous des apparences de simplicité, voire de modestie, mais en vérité, en préférant servir le récit Norton a su lui injecter une classe folle.

Son trait n'est peut-être pas flamboyant, ses cadrages pas délirants, mais ses personnages sont expressifs, ses designs étudiés. C'est un dessin qui a le mérite de donner à lire, autant que le scénario, pas plus mais pas moins. Beaucoup de dessinateurs de comics, partant bille en tête pour terminer en sacrifiant les arrières-fonds ou en étant aidés par des brigades d'encreurs, feraient bien d'en prendre de la graine car Norton prouve qu'en disposant bien ses efforts, on obtient un rendu bien plus complet.

La dernière page voit la bande se séparer, retrouvant leurs parents, à l'exception de Sebastian Faust et Zatanna, partant ensemble pour retrouver le père de cette dernière. Comme une invitation, Alisa Kwitney rappelle ensuite que "chaque fin est aussi le début d'autre chose". On interprétera cela à sa convenance mais il n'est pas interdit d'y deviner une suite, d'autant que Zatanna (adulte) sera l'une des vedettes de la relance de Justice League Dark (par James Tynion IV et Alvaro Martinez), donc un personnage sur lequel DC Comics semble vouloir miser...  

samedi 3 février 2018

MYSTIK U : BOOK TWO, de Alisa Kwitney et Mike Norton


Après un premier épisode très réussi, Mystik U revient pour un nouveau tour (de magie) et plus de 40 pages enthousiasmantes, toujours écrites par Alisa Kwitney et dessinées par Mike Norton. Va-t-on en savoir plus sur l'élève de cette école qui pourrait en causer la perte ? Zatanna est-elle la coupable ? Et où est passé son père, Giovanni Zatara ? 


Rose Psychic continue d'être hantée par des cauchemars sur la destruction de l'université mais persiste à vouloir l'éviter sans user de la force ni incriminer Zatanna qu'elle pense innocente. Pourtant, depuis son admission dans l'établissement, la jeune magicienne éprouve les pires difficultés à progresser et entretient des relations difficiles avec certains de ses enseignants les plus intransigeants comme Mr. E ou le Dr. Occult.


Lors du cours de dernier, elle doit avec ses camarades - Sargon, June Moon, Pia et Sebastian Faust - invoquer un esprit élémentaire et ne réussit qu'à faire apparaître une entité malveillante et puissante que doit refouler le Dr. Occult sans parvenir à l'identifier.


La situation est donc tendue mais atteint un nouveau pic lorsque Zatanna reçoit une invitation pour participer à une soirée organisée par la sororité de la Maison de Thriae. Elle persuade néanmoins ses amis à l'accompagner alors qu'ils avaient prévu d'assister à un concert de rock dans les sous-sols de l'école.


Melissa, l'aînée de la sororité, manifeste un intérêt aussi vif que suspect envers Zatanna et redouble d'efforts pour la convaincre d'intégrer son club, ce qui déplaît à Pia. Celle-ci enjoint la jeune magicienne à se méfier car de telles manoeuvres suggèrent qu'on attend quelque chose de précis et d'important en retour de sa part.


Mais Zatanna interprète les préventions de Pia comme de la jalousie et considère la perspective d'intégrer une sororité comme un moyen de mieux s'intégrer. Grisée après bu de la liqueur de Rakmelion, elle avoue à Sebastian Faust son attirance pour lui, sachant qu'elle ne le laisse pas indifférent. Mais il préfère la repousser, craignant de la blesser à cause des pouvoirs maléfiques qu'il a hérités de son père, le sorcier Felix Faust.


Excédée, Zatanna devient de moins en moins assidue en cours, provoquant la consternation de ses professeurs mais aussi de ses camarades. Un soir, de guerre lasse, elle demande l'asile à la Maison de Thriae et Melissa l'accueille à condition d'être immédiatement soumise à un rituel d'initiation. Zatanna comprend qu'elle est piégée et lance un sort pour être secourue.


Sebastian reçoit cet appel à l'aide et prévient June, Sargon et Pia. Plop les suit jusqu'au repaire de la sororité où le groupe combat Melissa et ses complices. Avec Zatanna, pour s'assurer la victoire, ils invoquent l'esprit élémentaire qui s'était manifesté durant le cours du Dr. Occult.


De retour à leurs quartiers, Sargon, repoussé par l'Enchanteresse (qui en voulait plus après son rubis qu'après lui), se réconcilie avec June Moon. Pia réconforte Plop après s'être rabibochée avec Zatanna qui s'en va remercier Sebastian. Ils échangent alors un baiser mais la jeune femme perd connaissance et le jeune sorcier craint de l'avoir tuée !

J'avais oublié en débutant la lecture de ce deuxième Livre que la série était publiée dans un format "Prestige", donc comptant plus du double de pages qu'un comic-book habituel. Mais il n'est pas question ici de pointer des longueurs dommageables : au contraire, la densité du récit et la fluidité de sa narration sont d'une efficacité jamais prise en défaut.

Alisa Kwitney fait une nouvelle fois référence à la "Malevolence" qui menace l'université Mystik mais de manière plus rapide que dans le précédent numéro. Il s'agit juste de rappeler le danger qui guette le décor de l'histoire et les tensions que cela provoque au sein du corps professoral dont la majorité des enseignants pensent que Zatanna est l'élève qui causera la perte de l'établissement alors que la directrice, Rose Psychic, est d'un autre avis - ou du moins, entend régler le problème de manière moins radicale que ses collègues.

La scénariste a d'autres éléments à développer et prouve qu'elle a un plan bien fourni pour alimenter en péripéties le séjour de Zatanna dans cette école. On s'amuse d'abord de (re)découvrir celle qui deviendra une des magiciennes les plus puissantes en train d'apprendre laborieusement ses gammes en compagnie d'enseignants peu tolérants (et même franchement inquiétants comme le montre une vision de Rose Psychic avec Mr. E). L'héroïne en convient elle-même : elle n'est pas douée et mesure ses lacunes, toute sa jeunesse passée aux côtés de son père, Giovanni, en qualité d'assistante, ne lui a pas permis de se perfectionner. Mais ses échecs lui pèsent et ce n'est pas du côté de Sebastian Faust, dont l'attitude faussement indifférente la séduise, qu'elle trouvera du réconfort.

Zatanna entrevoit dans la possibilité d'intégrer une sororité un moyen d'être consolée : cette tradition très anglo-saxonne et présente dans les facultés se base sur des rassemblements d'étudiantes dans un bâtiment où elles vivent en communauté. La solidarité qu'elles affichent entre elles repose sur des codes stricts à respecter, souvent discriminatoires (ces jeunes femmes sont issues de milieux favorisés). Ne pas y appartenir signifie donc d'être mis au ban d'une certaine élite.

Le lecteur devine rapidement, comme Pia, que la Maison de Thriae représente davantage un danger qu'une opportunité. Alisa Kwitney a des Lettres puisque Thriae (ou Thriai) renvoie au nom de nymphes, trois soeurs vierges appartenant à une des nombreuses triades dans la mythologie grecques. Elles sont effectivement représentées par trois jeunes femmes au charme envoûtant, vêtues comme des créatures d'un autre temps, menées par Melissa, dont les manières doucereuses trahissent son comportement trouble. La fête qu'elle organise et à laquelle Zatanna se rend sur leur invitation ressemble à une orgie où les esprits s'échauffent grâce à une mystérieuse liqueur, le Rakmelion.

Le récit engage alors Zatanna sur une pente glissante mais révèle in extremis le piège effectif qu'avait pressenti Pia, qui aboutira à une bataille express mais spectaculaire. En outre, cette menace a permis d'éprouver les sentiments des protagonistes, de l'attirance (réciproque) de Zatanna et Sebastian ou de Sargon pour June, en passant par le changement de look (à peine plus avenant) de Plop. La chute de l'épisode est un cliffhanger accrocheur et dramatique (même si son issue, dans le prochaine Livre, est prévisible).

Visuellement, Mike Norton poursuit sur la lancée de sa formidable prestation : son style est solide et complet et il a manifestement eu le temps de produire ses planches avec de l'avance car on note le soin apporté non seulement à la représentation des personnages, expressifs, vêtus de façon éloquente (leur look est naturel tout en possédant une légère excentricité propre à celles qu'on imagine chez des apprentis magiciens), mais aussi aux décors.

Les extérieurs permettent de concevoir l'université comme un site bien entretenu mais avec un passé ancien, une demeure fastueuse et spacieuse, avec ses bâtiments et ses parcs. La taille du domaine traduit parfaitement l'importance du lieu, qui n'est ni plus ni moins qu'une place forte du mysticisme mais aussi un centre de formation, un véritable campus. Les intérieurs sont encore plus impressionnants comme en témoigne la séquence de la réception donnée par la sororité : Norton dessine un grand salon avec un ameublement chic, très détaillé, et des décorations évoquant les habitats antiques avec des draperies, des boiseries, des bas reliefs. Il en profite pour composer des plans à la figuration importante mais où chaque personnage, majeur ou mineur, est admirablement situé, de façon à ce que la lecture soit agréable, jamais saturé par le foisonnement de l'image.

Tout cela est mis en valeur par la colorisation de Jordie Bellaire, qui sait donner à chaque scène une ambiance propre grâce à une palette subtile. Les manifestations magiques sont ainsi soulignées par des teintes plus vives et des couleurs marquantes (comme le vert) alors que les moments plus ordinaires sont traités sobrement de manière à ne pas distraire l'attention.

C'est vraiment une production impeccable. On peut, si on veut chipoter, lui reprocher un petit manque de folie, eut égard au contexte, mais l'histoire s'inscrit jusqu'à présent davantage dans le domaine du récit d'initiation que de l'aventure. L'ouvrage est en tout cas bien dirigé et devrait logiquement servir de tremplin à une série dédiée à Zatanna adulte dans un proche avenir vu le souci avec lequel le personnage est réintroduit ici ou là (la magicienne est aussi apparue dans un arc récent de Detective Comics).   

lundi 4 décembre 2017

MYSTIK U : BOOK ONE, d'Alisa Kwitney et Mike Norton


Depuis la dernière série qui lui a été consacrée (par Paul Dini et Cliff Chiang) et son utilisation dans Justice League Dark (par Peter Milligan puis Jeff Lemire et Mikel Janin), Zatanna, la plus jolie magicienne de DC Comics, se faisait discrète. Mais cette lacune est désormais corrigée avec Mystik U, écrit par Alisa Kwitney et dessiné par Mike Norton, qui démarre juste ce mois-ci.


Il y a sept ans de cela, lors d'une représentation à Las Vegas, Zatanna Zatara envoie accidentellement son père, le grand magicien Giovanni, dans une dimension infernale. Le public est ravi, pensant qu'il s'agit du clou du numéro mais pas la jeune femme qui fuit, affolée dans la coulisse. Elle y trouve Rose Psychic, une amie de Giovanni, qui lui offre son aide.


Direction, via un portail dimensionnel, la Mystik University. Rose est convaincue, contrairement à Giovanni, que Zatanna a tout le potentiel requis pour être une magicienne de premier ordre et dans son établissement, elle pourra s'épanouir de manière à sauver son père.


Rapidement, Zatanna fait la connaissance d'autres étudiants, dont les deux filles avec lesquelles elle partage une chambre, Pia Morales (une apprentie guérisseuse) et June Moon (qui préfère être nommée l'enchanteresse), mais aussi Davit Sargon (un indien détenteur d'une pierre magique) et Sebastian Faust (le fils de Felix Faust, un puissant et maléfique sorcier).


Le tuteur du groupe les invite à participer le soir même à la "chasse au charognard", une sorte de jeu de pistes dans l'université. Mais Zatanna tombe nez à nez avec un monstre informe, gélatineux et cyclopéen, Plop, dont Sebastian la sauve in extremis avant qu'un autre étudiant ne disparaisse. Une réunion des professeurs et de la directrice autorise Mr. E à sécuriser l'endroit contre cette menace.


Lorsque Plop resurgit en suprenant Davit et June au lit et en les engloutissant eux puis Zatanna, Rose est sur le point d'intervenir pour l'exterminer mais Pia s'interpose car elle est capable de communiquer avec la créature et devine qu'elle n'est pas mauvaise - ce qu'elle prouve en recrachant Davit, June et Zatanna. Un nouveau conseil du corps enseignant oppose Rose à ses amis car elle a décidé d'intégrer Plop aux élèves. Mais Mme Xanadu a lu dans les cartes qu'un des nouveaux étudiants provoquera la destruction de l'université. Mr. E interroge alors Rose sur ce qu'elle compte faire...

Avec le nombre de personnages liés au monde de l'occulte que DC Comics possède dans son catalogue, il eut été bien dommage de ne pas exploiter ce pan de leur univers, comme ce fut le cas avant "Rebirth" avec la Justice League Dark (du moins durant le bref run de Milligan et celui plus consistant de Lemire).

De tous les magiciens que peut exploiter l'éditeur, deux se détachent : d'un côté, John Constantine, héros de Hellblazer, et Zatanna, à laquelle Paul Dini fut le dernier à s'intéresser dans sa forme classique (inspiré en cela par le fait que l'épouse du scénariste se produit comme illusionniste dans un costume proche du personnage). L'ambition de Mystik U est de placer Zatanna au centre d'une série chorale, avec un supporting cast solide, mêlant nouveaux personnages, héritiers de noms connus, et de figures déjà utilisées mais guère populaires (à part peut-être Mme Xanadu).

Alisa Kwitney débute ce premier épisode par une scène dramatique où l'université qui donne son nom à la série a été dévastée par la Malveillance (Malevolence en v.o.), sans qu'on sache très bien de quoi il s'agit (un sort très puissant vraisemblablement, jeté par un sorcier ennemi de l'endroit). A la fin on apprend qu'un des nouveaux élèves intégrés à l'établissement en même temps que Zatanna est responsable du funeste destin de l'école et la directrice, Rose Pyschic, est face à un dilemme : doit-elle (faire) tuer ses recrues ? Ou repérer et neutraliser le responsable au risque de mettre en péril tous les membres (enseignants et écoliers) ?

Ainsi posée, on a l'impression que l'intrigue ne joue pas la carte du divertissement léger. Or, la scénariste déjoue les attentes en décrivant la vie estudiantine presque comme dans une sitcom : Zatanna nous sert de témoin, on s'identifie à elle qui débarque dans cet endroit fantastique où l'étrange est banal. Ses camarades de classe sont des archétypes habilement typés : le beau gosse ténébreux et suffisant (fils du sorcier Felix Faust), la bonne copine (Pia Morales, qui croit à ses pouvoirs de guérisseuse), la future Enchanteresse (June Moone avec son look gothique) et le timide grassouillet (Davit Sargon élevé dans la tradition familiale). Leur rencontre avec Plop est présenté de manière menaçante avant que l'aventure ne prenne un tour inattendu en forme de leçon sur la tolérance.

Mike Norton n'est pas un dessinateur qui fait beaucoup de bruit, souvent cantonné à jouer les doublures en passant après des artistes plus côtés (il avait ainsi succédé à Cliff Chiang sur l'excellente série Green Arrow & Black Canary de Judd Winick). Mais c'est un artisan solide, au trait propre, expressif, non dénué d'élégance. Il rend ses personnages vivants en tirant partie des situations dans des décors soignés, bien mis en valeur par un découpage sage mais fluide.

L'humilité de son style contribue à souligner la fraîcheur du récit ainsi que son dynamisme en évitant les écueils de la mièvrerie : Mystik U pourrait ne ressembler qu'à une série pour ados, d'ailleurs ce ne serait pas déshonorant (car beaucoup de comics négligent le lectorat plus jeune au profit d'un public acquis d'adultes), mais en donnant aussi de la place aux intrigues en coulisses du conseil professoral de l'établissement, on apprécie mieux le potentiel dramatique de l'histoire encadrée par un prologue et une chute dramatiques.

Plaisir garanti donc et titre à suivre.  

dimanche 19 juillet 2009

Critiques 76 : GREEN ARROW & BLACK CANARY, de Judd Winick, Cliff Chiang et Mike Norton

Green Arrow and Black Canary est une série publiée par DC Comics depuis Décembre 2007 sous la direction du scénariste Judd Winick et du dessinateur Cliff Chiang. Un mois auparavant était paru le numéro Green Arrow/Black Canary: Wedding Special, illustré par Amanda Conner, qui faisait office de prologue. A partir du 7ème épisode, Mike Norton remplace Chiang, qui reste l'auteur des couvertures.
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Avant de se pencher sur l'histoire développée sur ces trois premiers volumes, écrits par Winick, présentons les personnages :
- Black Canary alias Dinah Lance est la fille de la première Canari noir. Entraînée par Wildcat, un des vétérans de la JSA, elle succède à sa mère contre l'avis de cette dernière. Elle est en outre capable d'émettre un cri à la puissance modulable.
- Green Arrow alias Oliver Queen est l'époux de Black Canary. C'est aussi un playboy millionnaire et l'équivalent contemporain de Robin des Bois, car malgré son rang social élevé, c'est clairement un homme situé politiquement à Gauche. Sous le masque, c'est surtout un des plus grands archers au monde.
- Green Arrow II alias Connor Hawke est le fils biologique d'Oliver Queen. Mais ce dernier ne l'a pas élevé et a quitté sa mère très tôt après la naissance de leur enfant. Il le retrouve des années plus tard, avec l'aide de Batman, le guérit de sa toxicomanie et l'entraîne à devenir comme lui un archer.
- Speedy alias Mia Dearden est la nouvelle partenaire des Green Arrow père et fils. Enfant des rues, elle est prise en charge par Queen qui en fait son élève et sa protégée. Elle est séropositive.
- Red Arrow alias Roy Harper a été le premier disciple de Green Arrow et aussi le premier à se surnommer Speedy. Aujourd'hui membre de la JLA, il agissait précédemment sous le pseudonyme d'Arsenal.
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- Volume 1 : Dead Again. Leur mariage perturbé par l'attaque de plusieurs super-vilains, mis en déroute grâce aux efforts de leurs amis de la JLA et de la JSA, Dinah et Oliver peuvent profiter de leur nuit de noces. Mais c'est alors que Green Arrow agresse Black Canary et tente de la tuer : la jeune femme est obligée de le tuer en état de légitime défense en le poignardant.
Bouleversée, Black Canary accepte que le Dr Mid-Nite - avec lequel elle eût une aventure - et Batman autopsient le cadavre de Green Arrow : c'est ainsi qu'ils découvrent qu'Everyman, un malfrat métamorphe, avait pris l'apparence de l'archer vert.
Se rappelant alors de l'invitation des Amazones de Paradise Island à se joindre à elles pour se remettre du décés de Green Arrow, Black Canary, Speedy et Connor Hawke décident de gagner Themyscira pour mener leur enquête. Ils ignorent qu'Oliver Queen est prisonnier des guerrières de l'île...
- Volume 2 : Family Business. Arraché des griffes des Amazones, dont la reine a été remplacée par la malfaisante Mamie Bonheur (à l'initiative de la bataille durant le mariage de Dinah et Oliver, au cours de laquelle fut enlevé ce dernier), Green Arrow accompagne ensuite Black Canary et Speedy en Europe.
En effet, il s'agit désormais de retrouver celui qui a enlevé Connor Hawke dans l'hôpital où, gravement blessé alors qu'ils fuyaient Themyscira, il fut admis. Durant leurs investigations, ils croisent la route de Dodger, un sympathique mercenaire, qui les met sur la piste des kidnappeurs.
Batman aide (à distance, dans un premier temps) la petite équipe qui est complétée, de manière inattendue par Plastic Man, capturé par une nouvelle Ligue des Assassins - ce qui signifie que le terrible Ra's Al Ghul n'est pas loin...
- Volume 3 : A League of their Own. Connor Hawke est enfin retrouvé par son père et sa troupe alors que la nouvelle Ligue des Assassins s'avère être une bande d'imposteurs, à la solde de Shado, l'ancienne maîtresse de Green Arrow et mère de leur fils.
Celle-ci a eu un autre fils, Robert, avec l'archer sans qu'il le sache, mais il souffre d'un cancer. Et, pour le soigner, elle a fait appel aux services du diabolique Dr. Sivana, qui a voulu tester un traitement en se servant de Connor comme cobaye.
Connor décide de raccrocher son arc et son carquois après avoir découvert qu'il possède des dons de guérisseur, hérités des expérimentations pratiquées sur lui par Sivana.
Quant à Speedy, elle poursuit sa relation naissante avec Dodger, laissant Dinah et Oliver profiter enfin de leurs retrouvailles.
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Ce qui distingue cette série de tant d'autres, c'est sa simplicité et sa légèreté assumées : on sent de la part de Judd Winick une volonté d'échapper aux climats sombres en vigueur aujourd'hui dans les comics pour revenir aux standards des récits d'aventures et de la comédie sentimentale.
La construction de l'histoire s'appuie sur des rebondissements ponctuels, à intervalles réguliers : une nuit de noces dramatique, la découverte qu'un imposteur a pris la place du héros, l'enquête dans une île peuplée d'Amazones, la fuite et les retrouvailles des amants, aussitôt gâchées par la blessure puis l'enlèvement de leur compagnon d'armes, de nouvelles investigations à l'étranger, la révèlation de l'identité du coupable et de ses motivations...
On suit ces péripéties comme celles d'un feuilleton dont on voit toutes les ficelles, mais sans que cela soit dérangeant. Justement parce qu'elles sont narrées avec entrain et bonne humeur.
Winick semble s'évertuer à ne jamais trop plomber l'ambiance - tout juste consacre-t-il un épisode à détailler les regrets et les remords paternels de Green Arrow lorsqu'il veille Connor, dans le coma, à l'hôpital. Ici, les héros sont vraiment bons, aimables ; et les méchants sont des canailles, machiavéliques : on est aussi loin que possible des figures troubles, troublées et troublantes, qui occupent le devant de la scène habituellement et sont sensées donner une connotation "adulte", "mâture", aux comics modernes.
De la même manière qu'on taxe parfois de "bandes dessinées" des films modestement divertissants, sous-entendant qu'ils ne seraient pas d'une grande qualité artistique, on pourrait dire que ces aventures de Green Arrow and Black Canary sont plus proches des "cartoons" que des comic-books sérieux, à la mode d'aujourd'hui.
Mais cela confère à cette série un charme indéniable, un goût d'innocence irrésistible, une couleur décalée qui fait du bien si l'on veut se changer les idées et savourer autre chose que des intrigues complexes animées par des personnages ambigüs (qui restent captivantes quand elles sont bien écrites et mises en images).
D'autre part, Winick, sans être un auteur spécialement original, démontre un savoir-faire indiscutable si l'on en juge par le rythme soutenu qu'il imprime à ses récits et ses dialogues plein de verve - il a, il est vrai, un casting idéal pour cela, avec Green Arrow, éternel râleur au bon coeur ; Black Canary, aussi belle que déterminée ; et Speedy, dont la malice pimente la pugnacité. En prime, il utilise avec à-propos des seconds rôles de poids, comme le ténébreux Batman ou l'inénarrable Plastic Man.
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Graphiquement, la série comporte quelques beaux atouts : Amanda Conner s'est chargée d'illustrer d'un trait vif le Wedding Special, animant sans décevoir une distribution de héros et de vilains abondante.
Puis Cliff Chiang a pris le relais, imposant sans forcer son style élégant et fluide : rarement Black Canary aura été si belle !
Enfin, Mike Norton a terminé la saga : son dessin, énergique, convient à merveille.
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Si, donc, vous voulez vous offrir une coupe de champagne, pétillante et tonique à souhait, commandez cet assortiment de trois receuils : vous profiterez alors d'un des bandes dessinées de super-héros les plus atypiques et rafraichissantes du moment !