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lundi 31 janvier 2022

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

 Bonjour à tous ! J'espère que tout le monde va bien et, pour commencer, je voudrais une nouvelle fois remercier tous ceux qui s'arrêtent pour lire cette rubrique (et mes critiques). Chaque semaine, je peux voir la fréquentation, très stable, et ça motive pour continuer, même si parfois la motivation peut manquer ou que les annonces sont plus rares. Allez, c'est parti pour un nouveau flot de news comics !

IMAGE COMICS :


L'éditeur va fêter cette année ses 30 ans d'existence, l'occasion bien sûr de nombreux lancements de séries inédites. Mais aussi de la publication d'une anthologie sobrement nommée Image !, qui proposera des histoires courtes par des équipes créatives ayant pris leurs quartiers chez Image Comics.
Dans le n°1 qui paraîtra en Avril, on trouvera ainsi : Geoff Johns et Andrea Mutti, Wyatt Kennedy et Luana Vecchio, Mirka Andolfo, Kyle Higgins et Davide di Nicuolo, Declan Shalvey, Skottie Young.


2022 sera-t-elle l'année des vampires ? On peut se le demander quand on voit le nombre de comics prenant pour héros des suceurs de sang. Après Night Club (de Mark Millar), Little Monsters (de Jeff Lemire et Dustin NGuyen), Christian Ward va écrire Blood Stained Teeth pour le dessinateur Patric Reynolds


Ici, le vampire sera décliné de façon plus politique puisque le héros de cette série, Atticus Sloane, en voudra aussi à votre argent...  A ce compte, en 2023, on aura peut-être droit aux come-back des loups-garous.

TITAN BOOKS :


Vous aimez les comics, sinon vous ne seriez pas en train de lire ces lignes. Mais si vous aimez les comics et David Bowie, non seulement vous avez bon goût, mais surtout Titan Books a pensé à vous puisque le Thin White Duke va être à l'honneur.


Le scénariste Dan Watters va en effet adapter en roman graphique le film The Man who fell to Earth (en vf L'Homme qui venait d'ailleurs), de Nicolas Roeg (1976), dont Bowie tenait le rôle-titre. En l'occurrence, celui d'un extra-terrestre échoué sur Terre pour y trouver de l'eau qui permettrait à son peuple de survivre. Mais tout ne va pas se passer comme prévu : il s'éprend d'une femme, puis sombre dans l'alcool et développe une addiction aux écrans de télévision... C'est l'artiste indien Dev Pramanik qui illustrera et ça s'annonce très beau.

DARK HORSE COMICS :


L'unité 731 est le nom qu'on a donné à l'endroit et à l'équipe de scientifiques japonais qui pratiquèrent sur des prisonniers durant le seconde guerre mondiale des expériences atroces (inoculation de maladies, privations de nourritures et d'eau, etc). Pourtant, alors que les victimes de ces horreurs se compteraient par milliers (au bas mot), aucun survivant n'a pu en témoigner.


Will Conrad avec Rod Monteiro prendront pourtant le parti du témoignage pour raconter cette histoire dans The Collector : Unit 731, qui paraîtra à partir d'Avril chez Dark Horse. Pour les coeurs bien accrochés donc. Mais aussi pour l'Histoire (et ce n'est pas la seule fois qu'elle sera visitée dans les news cette semaine...).

BOOM ! STUDIOS :


Dan Panosian est un dessinateur formidable mais rare, préférant visiblement se consacrer à son activité de scénariste. Son nouveau projet s'intitule Alice Ever After et se présente comme une suite glaçante d'Alice au pays des Merveilles de Lewis Carroll, imaginant l'héroïne à l'âge adulte confrontée à nouveau à ses aventures passées.


Pour dessiner cette histoire, qui commencera en Avril chez Boom ! Studios, Panosian a choisi l'italien Giorgio Spalleta. Un peu dommage quand on voit (ci-dessous) les superbes characters designs de Panosian, mais Spalleta est loin d'être un manche.



MARVEL COMICS :


Toujours en Avril, Donny Cates, qui écrit actuellement les aventures de Hulk, et Ryan Ottley, qui les dessine, entameront un nouvel arc narratif de la série.


Au menu : l'introduction de l'incarnation la plus effrayante de Hulk ! Vous avez le droit de ne pas être excité par cette promesse, qui est racoleuse à souhait et fera pleurer les fans du run d'Al Ewing (bien plus subtil dans son approche de Hulk). Mais si vous aimez les trucs bien bourrins (et ce n'est pas sale), alors vous serez satisfait.


Christopher Cantwell est aux commandes de Iron Man depuis un an et demi et a développé une saga ambitieuse marquée par le retour de Korvac et l'accession de Tony Stark à un niveau de puissance divine. Mais le scénariste a aussi doté Iron Man d'un supporting cast assez étonnant, notamment en lui adjoignant Hellcat.
 

Et justement Tony Stark va demander à Patsy Walker de l'épouser dans le n°20 qui sortira en Avril prochain ! Avec son passé de playboy, la chose n'a rien d'évidente et, surtout, quand on sait à quel point Marvel aime briser les couples sans reculer devant rien, à voir si tout cela est sérieux... Angel Unzueta (avec qui Cantwell collabore actuellement sur la mini Captain America/Iron Man) assurera les dessins (en l'absence de Cafu, l'artiste habituel de tête de fer).


L'event de l'été 2022, Judgment Day, vient de se payer un coup de pub polémique. On le sait, l'histoire, par Gerry Duggan et Kieron Gillen, mettra en scène les Avengers, les Eternels et les X-Men (les mutants au sens large, pas seulement l'équipe). Trois teasers (sans image) ont été diffusés par Marvel et c'est le dernier en date qui a fait beaucoup parler puisque, dans une citation de Druig, il est fortement suggéré que les mutants seraient une branche des Déviants, créés comme les Eternels, par les Célestes !
Si c'est avéré, il s'agirait d'une retcon (continuité rétroactive) énorme. En même temps, il fau se rappeler que Apocalypse utilisa du matériel des Célestes par le passé et que son génome fut amélioré grâce à cela, et d'ailleurs peut-être que Judgment Day verra En Sabah Nur revenir sur Krakoa - n'avait-il pas assuré à Cyclope au terme de X of Swords que leur histoire commune n'était pas terminée...
Par ailleurs, dans la série Eternals actuelle, Kieron Gillen, via Sersi, a déclaré se méfier des mutants, déplorant l'avénement de Krakoa comme nation souveraine. Et les Avengers ont aussi exprimé leur sentiment contrarié à l'égard des mutants.
Si Judgment Day se résume en fin de compte à un front commun Avengers-Eternels contre les X-Men, bof. Mais dans Eternals #10, à venir, les Eternels vont déjà affronter les Avengers dont ils veulent visiter le QG, un Céleste mort...


Restons un instant avec les mutants et les X-Men (l'équipe cette fois). Depuis House of X, des fans se plaignent du look de Jean Grey/Marvel Girl, qui reprend la tenue qu'elle portait lorsque Neal Adams dessinait la série à la fin des années 60 : masque et bottes jaunes, robe verte. Pour ma part, j'aime son côté rétro et simple, même si c'est vrai que c'est un peu daté. Marvel a cependant décidé de siffler la fin de la partie avec le renfort de Russell Dauterman.
 

Le brillant dessinateur (qui, hélas ! ne dessine plus de pages intérieures - à part Giant-Size X-Men : Jean Grey & Emma Frost) signe beaucoup de couvertures (Marauders, et bientôt X-Men Red) et de characters designs. Il a revisité la tenue du Hellfire Gala portée par Jean Grey pour en faire un costume moins exubérant que portera prochainement la belle rousse dans la série X-Men. Que pensez-vous de cette correction ? (Christina Cordula la trouve "magnifaïque".)


Ce que je redoutais est arrivé : non pas le relaunch, prévisible, de Daredevil, au terme de Devil's Reign, mais bien le maintien de son équipe artistique à partir de Juin...


En effet, Chip Zdarsky et Marco Checchetto rempilent pour animer les aventures de DD. Je sais que leur run a beaucoup de fans, soulagés après celui de Charles Soule (que, moi, je défends, même si j'admets qu'il n'est extraordinaire - mais après Waid/Samnee, c'était difficile). Pour ma part, alors que je trouve qu'il démarrait bien, il m'a vite lassé. Zdarsky n'a pas une écriture qui me plaît, en tout cas pour ce personnage que j'adore depuis longtemps.


Je serai un peu plus indulgent avec Checchetto qui est un excellent dessinateur, mais qui peine à enchaîner les épisodes et qui a souvent été suppléé au bout de cinq numéros par des remplaçants moins bons. Néanmoins, malgré son talent, je ne suis pas fan de son interprétation de Daredevil. Mais bon, c'est comme ça : je sens que je ne vais pas retrouver le diable de Hell's Kitchen de sitôt. A voir ce que Marvel prépare pour Elektra (puisque l'éditeur a juré qu'elle ne disparaîtrait pas au terme de Devil's Reign...).

L'AFFAIRE MAUS :


Je voulais terminer par une news absolument ahurissante, dont vous avez peut-être entendu parler ces derniers jours. Le roman graphique Maus, prix Pulitzer, qui raconte le récit du père de Art Spiegelman sur sa déportation à Dachau et l'enquête mené par l'artiste pour en tirer un livre. Un livre essentiel, dont la lecture est à la fois bouleversante et instructive. Un livre qu'on pensait inattaquable...



Jusqu'à ce qu'une école du Tennessee décide de le bannir de sa bibliothèque au motif qu'on y trouve trop de gros mots et de nudité ! Les responsables de ce choix ajoutent que comme Spiegelman a travaillé pour Playboy, c'est l'oeuvre d'un pornographe, et qu'un tel ouvrage ne doit pas être accessible aux enfants (ni à quiconque d'ailleurs).
Que dire sinon que c'est consternant. Spiegelman a qualifié la situation de "orwellienne". L'émotion s'est emparé des réseaux sociaux où de nombreux artistes ont exprimé leur indignation, certains offrant même des exemplaires de Maus aux lecteurs de cette commune du Tennessee, des libraires se tenant prêts à en livrer gratuitement.
Attention ! N'allez pas croire qu'il s'agit d'une manoeuvre isolée : l'extrême-droite américaine et une bonne parti des Républicains approuvent, et plusieurs élus ou personnels du corps enseignant dans des Etats conservateurs ont déjà procédé jusque récemment à des "purges" identiques, touchant à des comics en tout genre (Y the Last Man par exemple). C'est un mouvement de fond, très inquiétant, et indigne.
Lisez, relisez Maus ! C'est un bouquin formidable, magistral, indispensable, même s'il est aussi difficile, insoutenable - je n'ai jamais écrit de critique à son sujet car je n'ai jamais trouvé les mots. Lisez Maus pour lutter contre l'obscurantisme.

Et voilà pour cette fois ! N'hésitez pas à déposer vos commentaires si une de ces news vous inspire. En attendant de se retrouver, prenez soin de de vous et de ceux que vous aimez.

samedi 6 février 2021

AN UNKINDNESS OF RAVENS #5, de Dan Panosian et Marianna Ignazzi


An Unkindness of Ravens se termine avec ce cinquième épisode. Mais la conclusion laisse franchement perplexe tant elle ressemble à un cliffhanger pour annoncer une suite. En l'état, quoi qu'il en soit, ce n'est pas du tout satisfaisant. Dan Panosian a raté son coup et Marianna Ignazzi, si elle demeure la révélation, de cette mini-série, ne peut pas sauver ce ratage.


Wilma  reçoit la visite de sa mère, Melody, qu'elle a toujours crue morte.  Celle-ci lui explique avoir dû se cacher pour son bien et celui de son père car les Dansforth et leurs amis "Survivants" conspirent contre les Ravens auxquelles ils s'aprrêtent à donner le coup de grace. A moins que Wilma n'agisse...


Au même moment, la principale Andrews a réuni les Ravens dans son bureau après avoir obtenu leur libération grâce à son avocate. Elle leur explique que Wilma est en train de parler à sa mère. Mais les jeunes sorcières s'interrogent sur le potentiel de la jeune fille à pouvoir contrer les Survivants.


Le soir venu, les Dansforth reçoivent leurs invités, conviés pour coordonner leur attaque décisive contre les Ravens. Parmi eux, Ansel qui rejoint Scarlett dont la mère a elle aussi fait son retour surprise pour présider cette réception.


Wilma, elle, retourne auprès de la principale Andrews et des Ravens. Mise au défi, elle déchaîne ses pouvoirs, dévoilant son considérable potentiel et le déployant contre les Survivants... 

C'est interloqué que j'ai lu cet épisode. D'abord parce qu'il est censé conclure l'histoire, mais qu'en vérité, il ne le fait pas vraiment. Tout aboutit à un règlement de la crise pour le moins elliptique et confus avant un épilogue qui semble annoncer une suite inattendue.

Ensuite parce que, il faut bien l'admettre, on achève cette lecture en se disant "tout ça pour ça". Qu'a voulu raconter Dan Panosian avec cette (mini ?) série ? Quand An Unkindness of Ravens a débuté, cela ressemblait à un mix entre récit d'apprentissange et intrigue fantastique. Un cocktail accrocheur, mais qui, rapidement, semblait manquer de direction et surtout de consistance, au rythme mollasson, avec une héroïne assez insipide, subissant trop les événements.

Le défaut de ce projet, c'est d'être toujours resté trop superficiel. Les personnages manquent de profondeur, l'histoire manque d'intensité. La narration est trop elliptique, les dialogues abusent de non-dits ou d'allusions pour suggérer un grand mystère aguicheur qui ne tient jamais ses promesses. Il n'y a rien à sauver dans ce naufrage.

J'aime bien les mini-séries, elles n'exigent pas d'investissement trop lourd (que ce soit en argent ou en temps) et c'est un exercice comparable à la nouvelle littéraire pour des auteurs de comics (où le format feuilleton domine), qui testent leurs capacités à aller à l'essentiel. Mais il faut bien avouer que Panosian n'a jamais paru en mesure d'honorer cela, comme si le propos de son projet n'était pas suffisamment défini.

De ce scénario où des sorcières (les Ravens) sont persécutées depuis la nuit des temps par les notables d'une bourgade (les Survivants), Panosian ne tire rien, ou pas grand-chose. L'amorce de sa série n'était pourtant pas mal avec ce père et sa fille revenant dans ce coin perdu où planaient bien des secrets (le premier concernant la disparition d'une jeune élève ressemblant étrangement à Wilma). Mais ensuite, ces arguments ont été sous-développés, affleurés, d'où une frustration grandissante et un agacement croissant. Les allers-retours de Wilma entre la haute société de Crab's Eye et la bande des Ravens échouaient à créer la moindre tension - pire : l'héroïne provoquait une irritation chez le lecteur par sa passivité, semblant ne rien voir ni comprendre de ce qui se tramait quand tout était évident.

Cet ultime épisode accumule les invraisemblances : alors que le précédent chapitre s'achevait sur la découverte par la police du corps de Waverly Good et l'arrestation des Ravens (arrangée par les Survivants), celui-ci commence non pas comme le prolongement direct et évident, mais par une llipse qui nous montre Wilma réveillée par son père alors qu'elle reçoit une visite. Cette ellipse est culottée, mais surtout difficile à avaler car elle prive le lecteur de la réaction de Wilma. Au lieu de ça, Panosian préfère mettre en scène le retour de Melody, la mère de Wilma, et aligner de longues pages de dialogues, qui mènent au refus de Wilma de jouer les arbitres dans la guerre ouverte entre Ravens et Survivants.

La suite est aussi indigeste : on découvre que Ansel est en fait complice avec Scarlett Dansforth - un autre rebondissement improbable et artificiel - , la réception chez les Dansforth et le retour (encore un) de la mère de Scarlett ne produisent rien, et enfin Wilma déchaîne ses pouvoirs magiques... Mais bien malin qui comprendra à quoi ça sert, puisque Panosian boucle là son intrigue de la manière la plus nébuleuse possible. Wilma a-t-elle supprimé les Survivants et les Ravens ? L'épilogue le suggère, mais ça fait beaucoup de choses suggérées. Trop en fait. On aurait préféré que cette histoire dise et montre plus franchement ce qu'elle a à dire et à montrer au lieu de se complaire dans des allusions qui rendent le récit incompréhensible.

An Unkindness of Ravens aura été plaisant pour ses dessins et Marianna Ignazzi mériterait d'être revue avec un meilleur script à illustrer. Son travail qui utilise l'infographie est certes un peu léger, mais elle est à l'aise avec les personnages, parvient à croquer l'ambiance délétère de cette ville de province. C'est subtil mais élégant.

Malheureusement, un projet aussi mal fichu ne rend pas justice à ses mérites et risque même d'être un boulet pour la jeune artiste. Ce n'est pas là une série qui lui servira de carte de visite pour attirer l'attention d'une maison d'édition plus importante. En fait, comme Wilma, Ignazzi a du potentiel, mais le contexte n'est pas favorable à le mettre en valeur.

Parmi les bonnes résolutions que je vais essayer de tenir en 2021, il y a celle d'être plus sélectif dans les comics auxquels je donnerai leur chance. Je risque donc d'être beaucoup plus prudent envers les mini-séries, notamment publiées par des indépendants. 

dimanche 29 novembre 2020

AN UNKINDNESS OF RAVENS #3, de Dan Panosian et Marianna Ignazzi


En deux numéros, la série créée par Dan Panosian a diffusé un charme certain. Ténu certes, convenu aussi, mais tout de même accrocheur. An Unkindness of Ravens ressemble à un mélange entre la teen-story et le fantastique, ce dernier élement étant traité de manière élusive. Dessiné avec charme aussi, par Marianna Ignazzi. Tout ce charme est fragile et cette fragilité montre ses premiers signes dans ce troisième épisode.


Accompagnée par son ami Ansel, Wilma répond à l'invitation de Scarlett Dansforth. Elle les reçoit dans la luxueuse demeure familiale pour faire connaissance et Wilma découvre que, comme elle, Scarlett est à Crab's Eye depuis peu, ayant été éloignée comme le vilain petit canard.


Au collège, la principale Andrews apprend où se trouve Wilma grâce aux Ravens et elle leur commande de partir pour veiller sur elle, même si la jeune fille a plus de ressources que ce qu'elle pense.


Après avoir interrogé Wilma sur son passé, ses attaches, Scarlett l'entraîne avec Ansel dans le parc où le personnel de maison dresse des tables pour une réception donnée en fin de semaine. Excédé par les corbeaux qui volent dans les parages, Donald, s'empare d'un fusil pour les abattre.


Il ignore qu'en en touchant un, il a blessé l'une des Ravens. Wilma et Ansel prennent congé. De son côté, Scarlett gagne la maison Abigail, un club où elle retrouve le détective Patterson, qui lui confie que l'enquête sur la disparition de Weaverly Good est sur le point d'être close...

La télé américaine nous montre régulièrement des teen dramas fantastiques en séries, c'est un genre en soi : ils ont pour titre Vampire Diaries, son spin-off The Originals, Sabrina the teenage witch, j'en passe et j'en oublie. Pendant longtemps, j'ai été un client de ces productions, même sans l'élément fantastique, comme Dawson, Les Frères Scott, etc.

C'est ce qui m'a plu en découvrant An Unkindness of Ravens : Dan Panosian évoluait dans un registre qui m'était familier et qu'il traitait sans mépris, en respectant les codes du genre, associé à une dessinatrice faite pour ça, Marianna Ignazzi.

Toutefois, le teen drama travaille une matière volatile : souvent interprété par des acteurs jeunes et au style de jeu maniéré, réalisé avec plus de compétence que de vrai talent, et rabachant volontiers les mêmes motifs avec des archétypes en guise de héros (l'héroïne ingénue, la peste, la rebelle, le garçon bienveillant, un autre plus mystérieux, des adultes en retrait mais souvent responsables des drames que vont vivre leur progéniture, etc), il est facile de s'en lasser aussi vite qu'on se passionne pour eux, justement à cause de ces effets répétitifs.

Hélas ! appliquées à la BD, les mêmes causes provoquent les mêmes conséquences comme le prouve ce troisième épisode, qui met volontiers les pieds dans le plat. Dès les premières pages, illustrées par Panosian (comme depuis le début), un mystérieux narrateur inscrit l'intrigue dans une longue généalogie, mais sans préciser en quoi elle est reliée aux jeunes héros qu'on suit ensuite. Cette façon de distiller une ambiance peut vite devenir agaçante car on a l'impression que la mythologie de la série est plus dense que l'histoire actuelle.

Et donc nous retrouvons Wilma et Ansel reçus par Scarlett, la gosse de riches de Crab's Eye, l'exemple type de la peste bourgeoise. Panosian manque tellement de nuance dans sa façon de l'écrire et d'enchaîner les scènes dans le manoir des Dansforth qu'on lève souvent les yeux, navré. Ce qui provoque aussi cette incrédulité irritée, c'est le manque de caractère dont fait preuve l'héroïne, Wilma, qui semble constamment tomber des nues et ne jamais avoir de ressort pour remettre quiconque à sa place. On l'a vu quand elle est avec les Ravens, on le revoit ici quand Scarlett l'interroge sans discrétion.

En parlant des Ravens, la principale Andrews n'est pas contente à l'idée que Wilma soit chez les Dansforth et elle envoie les jeunes sorcières roder près de leur propriété. On a vite la confirmation que les Ravens ne sont pas qu'un nom de bande car ces jeunes filles au look goth peuvent littéralement se transformer en corbeaux (en ravens donc). Cette révélation tombe à plat car elle est très mal amenée au terme d'une scène où Donald Dansforth tire sur ces oiseaux dont il craint qu'elle ne gâche la réception qu'il va donner dans son parc. Scène observée par Wilma et Ansel avec une passivité sidérante.

Marianna Ignazzi est une dessinatrice au style séduisant, c'est indéniable. Il y a une forme d'épure dans le trait qui convient à merveille à cette chronique, elle anime les personnages avec maîtrise. Ayant suivi son travail sur Instagram, je retrouve tout ce que j'y aimé. Mais en termes de narration graphique, elle semble bridée par un script qui ne lui permet pas d'exprimer tout son potentiel. A moins qu'elle n'affiche plus simplement ses limites.

Il est en tout cas flagrant qu'elle réussit mieux à représenter Scarlett que Wilma, visiblement plus inspirée par la première que par la seconde. Elle rend Scarlett plus aguicheuse, plus vénéneuse, la dote d'un look plus efficace et la fin de l'épisode, où on suit la jeune fille dans un drôle de club, est nettement plus aboutie que tout ce qui a précédé. La contrepartie de tout ça, c'est que Ignazzi comme Panosian ne parvient jamais à débarrasser Wilma et Ansel de ce côté exaspérant de spectateurs de leur aventure.

Alors que An Unkindness of Ravens semble conçue comme une ongoing, il est de plus en plus probable qu'elle aurait intérêt à n'être qu'une mini, ne serait-ce que pour qu'elle possède l'intensité qui lui manque tant et parce que je suis très dubitatif sur son potentiel sur le long terme. En tout cas, je vais tâcher d'aller jusqu'à la fin de ce premier arc, et j'aviserai ensuite pour savoir si je continue ou pas.  

mardi 29 septembre 2020

AN UNKINDNESS OF RAVENS #1, de Dan Panosian et Mariann Ignazzi

 

Parce que j'aime bien Dan Panosian, dont je suis le travail depuis qu'il participait au (défunt) site participatif Comictwart (où j'ai aussi découvert Chris Samnee, Evan Shaner, Tom Fowler...), j'ai acquis le premier numéro de An Unkindness of Ravens, la première série qu'il écrit pour Boom ! Studios. La présence à ses côtés, au dessin, de Marianna Ignazzi (que j'ai, elle, découverte sur Instagram) a fini de m'attirer. Je ne le regrette pas.



Wilma Farrington et son père s'installent dans la ville de Crab's eye pour y prendre un nouveau départ. Il la dépose au lycée et elle rencontre la principale, Diane Andrews. Puis en parcourant un couloir, elle tombe sur un avis de recherche concernant Waverly Good.


La ressemble entre Wilma et la disparue est saisissante, comme elle le remarque avec Ansel Friend, un élève qui l'aborde. Wilma apprend ensuite que le casier qu'on lui a donné était celui de Waverly. Curieusement, à l'intérieur, elle lit des inscriptions qu'elle seule voit.


La scène est observée par deux bandes de filles rivales, que lui présente Ansel : d'un côté, il y a Scarlett Dansforth, une chipie et ses copines ; et de l'autre, les Ravens, des marginales. Wilma et Ansel s'éloignent avant que la principale n'ait un échange à couteaux tirés avec Donald Dansforth, le père de Scarlett, chez qui Waverly a été vue pour la dernière fois.


Au réfectoire, Ansel déjeune avec Wilma lorsque Scarlett s'invite à leur table et interroge la nouvelle venue sur ses fréquentations et sa ressemblance avec Waverly. Ce sont ensuite les Ravens qui invitent Wilma à se joindre à elles et lui donnent rendez-vous après les cours.


Wilma décide de répondre favorablement à cette seconde invitation et demande à Ansel de l'accompagner. Mais les Ravens le congédient aussitôt. La chef de la bande interroge Wilma sur les inscriptions dans son casier et lui dévoilent leur secret...

Je l'avoue, parfois j'en ai assez des super-héros, de leur folklore, de la manière dont les Big Two (Marvel, DC) les publient. Comme tout fan de comics, je passe par des périodes d'abattement en me demandant si tout cela vaut la peine d'y consacrer autant d'argent et de temps. Par réaction alors j'ai envoie de me tourner exclusivement vers les creator-owned où les éditeurs pressent moins leurs équipes artistiques, explorent des genres différents, où on est libéré du poids de la continuité, des relauchs, etc.

Qui n'a jamais éprouvé ce sentiment est un fieffé menteur. 

Mais je sais aussi que c'est aussi récurrent qu'éphémère, comme une allergie saisonnière. Il n'empêche, je me suis plongé dans An Unkindness of Ravens après avoir lu Thor #7, Daredevil Annual #1 et Daredevil #21, dont je suis sorti découragé (au point d'avoir renoncé à écrire sur les deux derniers). Je n'ai pas aimé ces comics, ce qu'écrivaient leurs auteurs, la prestation des artistes. J'avais besoin d'autre chose - autre chose que du super-héros en tout cas.

Boom ! Studios a la manie, répandue, de promouvoir ses séries avec des références absurdes pour les rendre plus familières aux lecteurs : ici, étaient évoquées Sabrina the teenage witch et The Marked, pour suggérer que ça parlerait magie et adolescence. Heureusement, moi, ce qui m'intéressait davantage, c'était ceux qui réalisaient cette BD.

Dan Panosian est un artiste qui a été repéré très jeune, à quatorze ans, lorsqu'il a candidaté chez Marvel, et que son travail a été repéré par Walt Simonson et Neal Adams. Lorsque plusieurs talents quittent la maison des idées pour fonder Image comics, il les suit et se consacre à l'encrage, mais ces collaborations lui vaudront la réputation d'être un artiste moyen (ce qui est inévitable quand on assiste Rob Liefeld). Il se diversifie en réalisant des storyboards (sur King-Fu Panda notamment) puis en revenant aux comics humblement, après avoir perfectionné son style. Aujourd'hui, il est un auteur complet (sa série Slots) et un camarade apprécié (grâce aux vidéos du "Drink and draw club" où plusieurs dessinateurs se réunissent pour relever des défis).

Pour An Unkindness of Ravens, il illustre les trois premières pages et la couverture, mais rédige surtout l'intrigue et le script. La série s'inscrit effectivement dans la veine du récit d'apprentissage, avec des éléments familiers : une jeune et jolie héroïne blonde, frappée par un drame familial (la mort de sa mère dans un accident), qui s'installe avec son père dans une petite ville, sa ressemblance troublante avec une élève récemment disparue, la rivalité de deux bandes de filles, un zeste de fantastique s'ajoutant à l'ensemble.

Panosian excelle, sans user de grands effets de manche, à poser une ambiance captivante. Le prologue (qu'il dessine donc) établit son histoire dans le sillage des histoires de sorcières persécutées, mais dont certaines auraient échappé aux châtiments des hommes et auraient des héritières aujourd'hui. Pas de mystère sur ce point : les Ravens sont ces descendantes de femmes maudites et il ne fait guère de doute que Wilma Farrington a elle aussi une connection avec cette dimension surnaturelle. Tout repose sur la nature de ce lien, en relation avec la disparition de Waverly Good - et la responsabilité des Dansforth, une riche famille de Crab's eye, chez qui la jeune fille a été vue pour la dernière fois ?

On est donc facilement accroché par la propositionde Panosian, même si, à ce stade, tout n'est qu'esquissé et finalement classique. Avec peu, l'auteur sait faire beaucoup : camper des personnages forts, élaborer une énigme, entretenir une atmosphère. C'est prometteur.

Je ne sais pas grand-chose de Marianna Ignazzi. je suis tombé par hasard sur ses dessins sur Instagram en croyant qu'elle était peut-être styliste ou une simple artiste amateur. Mais j'ai été séduit par son trait fluide, fin, aérien, et son sens des couleurs acidulées. Il n'y a pas à se forcer pour lui trouver des qualités. Mais que faisait-elle à part poster ses jolies images ?

En découvrant qu'elle signait les dessins de An Unkindness of Ravens, c'était l'occasion de voir ce qu'elle valait comme narratrice. Et c'est une divine surprise. Souvent quand on découvre comme cela une artiste sur les réseaux sociaux, le passage à l'art séquentiel peut s'avérer cruel car il ne s'agit plus seulement de charmer ses followers mais de leur prouver qu'on est en mesure de raconter visuellement une histoire, de camper des personnages, de bâtir des décors. Ignazzi réussit tout cela avec, qui plus est, une aisance confondante. Elle a sur conserver la beauté de ses images postées sur Insta tout en découpant des planches aux compositions solides, des personnages expressifs.

La comparaison avec Sabrina the teenage witch et sa dessinatrice Veronica Fish reste un peu inutile, bien que Ignazzi ait en commun avec sa collègue un style léger, lumineux. Il faudra maintenant voir dans quelle direction Panosian va orienter son histoire et la capacité d'adaptation de son artiste, mais j'ai envie d'y croire.

C'est un bon "pilote" pour une série : tout y est bien et rapidement posé, et très bien valorisé. De quoi consoler le lecteur parfois un peu fatigué des super-héros ou déçus par ce qu'en font certains auteurs surcôtés.

samedi 28 mars 2020

FOLKLORDS #5, de Matt Kindt et Matt Smith


Avec ce cinquième épisode s'achève Folklords... Quoique, à l'évidence, une suite serait dans les tuyaux quand on considère la fin de chapitre, qui, comme une boucle, renvoie le lecteur au début de l'aventure à la faveur d'un twist malicieux. Matt Kindt et Matt Smith concluent en beauté, mais forcément aussi de manière frustrante ce tour de piste.


Ansel, accompagné de Vilaine, retrouve l'elfe Archer dans une des parties de la Bibliothèque des Livres Bannis. Les deux amis se disputent, Ansel estimant que Archer l'a trahi en le livrant à Greta dans la forêt. Mais Vilaine les interrompt.


En effet, les bibliothécaires viennent les arrêter et les conduisent dans une grande salle où ils sont reçus par John Ronald, le Folklord. Originaire de la même dimension que Ansel, il est celui qui a créé celle où il a grandi et en a rédigé les lois.


Ronald entend maintenant corriger cet anomalie que représente Ansel. Il abat Vilaine avant d'être assommé par Demure, l'amie d'Ansel qui l'a suivie en secret et s'est infiltrée parmi les bibliothécaires. Mais Ronald se ressaisit et lui tire dessus.


Ansel se jette sur Ronald mais il échoue à le vaincre. Il faut l'intervention opportune de Sal, le bibliothécaire banni, qui brise le cou du Folklord, pour le sauver. Vilaine, grâce à sa côte de maille, et Demure, grâce à son armure, ont survécu.


Sal se proclame nouveau directeur de la Bibliothèque en dénonçant les mensonges de Ronald, puis livre l'adresse des autres Folklords à Ansel, qui a pour mission de les éliminer. Dans notre monde, une jeune fille, habillée comme dans la dimension de Ansel, se précipite dans une bibliothèque pour trouver un moyen de le rejoindre dans sa quête...

Parfois il est bon d'être frustré par une lecture : c'est le signe qu'on en veut davantage, qu'on souhaite une suite, et cela, Matt Kindt l'a bien compris en concluant cet épisode de Folklords. Nous quittons Ansel, Vilaine et Demure alors qu'ils s'engagent dans une nouvelle quête tandis que dans notre monde, une autre héroïne veut les rejoindre.

Cela suggère qu'il y aura un Acte II à cette histoire. Mais surtout, la composition du récit prend la forme d'une boucle en nous montrant un personnage inédit démarrer la même démarche que celle empruntée par Ansel dans le premier épisode.

Entre temps, le périple de Ansel a atteint son pic : nous l'avions laissé, il y a un mois, dans le labyrinthe de la Bibliothèque des Livres Bannis, perdu dans les tranchées où il retrouvait son ami, l'elfe Archer. Kindt semblait dire que se perdre dans les fictions revenait à se perdre tout court, à ne plus distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux. C'était une sorte d'épreuve de vérité ultime.

Mais le commentaire méta-fictionnel prend une tournure à la fois plus convenue et plus efficace quand on apprend avec le héros et ses compagnons que le maître d'oeuvre est un auteur mégalomane, échappé de la même dimension que Ansel, et qui entend réparer le déraillement de sa fiction en éliminant ce dernier (et tous ceux qui l'ennuient). John Ronald, c'est à la fois la figure du scénariste tout-puissant et un fantoche, un marionnettiste et le pantin de sa propre comédie : il s'est, lui, littéralement perdu en se croyant immortel, en s'arrogeant le droit de vie et de mort non pas sur des personnages imaginaires mais des êtres de chair et de sang (puisque Matt Kindt a réussi à nous les rendre attachants).

Il faut, de façon quasi-freudienne, tuer le père en tuant John Ronald, qui ressemble plus à un tyran, un chef de secte (formée par les bibliothécaires) qu'à un aimable conteur, ménageant une belle fin aux protagonistes. Ceux-ci sont les grains de sable qui ont provoqué l'enrayement de sa belle machine fictionnelle. Il est ironique que ce soit de la main d'un bibliothécaire banni que Ronald trouve la mort - bien qu'on puisse douter que Sal soit un meilleur chef que lui.

Matt Smith illustre cela avec sa facilité habituelle. Pour moi qui ne connaissait pas cet artiste, c'est une révélation et j'espère, dans l'avenir, pouvoir me procurer d'autres de ses livres. Il a un trait simple mais expressif, et un vrai talent de narrateur. Son découpage est limpide, fluide, ses finitions soignées.

Surtout, ce qui épate, c'est la modestie de Smith. Il sert le récit, humblement. Pourtant, si vous en avez l'occasion ou la curiosité, allez visiter son compte Twitter : il y poste en abondance ses recherches pour trouver le look des personnages, le design des décors. On peut alors constater avec quelle minutie il prépare son ouvrage et surtout mesurer que derrière cette simplicité, il y a un travail fourni.

Souhaitons en tout cas que notre intuition se confirme et que les deux Matt concoctent une suite à cette mini-série très bien fichue.

dimanche 1 mars 2020

FOLKLORDS #4, de Matt Kindt et Matt Smith


C'est déjà le pénultième épisode de Folklords et on ne peut pas dire que Matt Kindt ne nous aura pas fait voyager en nous invitant à suivre la quête étrange de Ansel, son héros. Le récit conserve sa part de mystère, mais annonce aussi une conclusion qui devrait éclairer tout le monde sur le sens de cette aventure. A l'image des dessins de Matt Smith, on a envie de se dire qu'il faut se méfier de l'eau qui dort dans cette histoire faussement limpide.


Ansel interroge Vilaine sur son passé et elle lui explique avoir toujours pensé que sa laideur était une malédiction. A ce titre, elle était donc aussi convaincu qu'il existait un remède. Vilaine a d'abord misé sur une solution romantique, en vain.


Arrivée à l'âge adulte, il était devenu évident qu'elle devait changer de stratégie ou d'existence. Elle a alors décidé d'assumer sa condition et de devenir une aventurière-guerrière, en sillonnant diverses contrées et en bravant mille dangers. Enfin, elle se sentait vivre.


Ansel et Vilaine reprennent leur route en direction de la Bibliothèque des Livres Bannis. Ils croisent à ses abords un chevalier, ancien bibliothécaire, banni, qui leur permet d'accéder au bâtiment tout en les prévenant des dangers qu'il abrite.


Ansel et Vilaine sont ensuite livrés à eux-mêmes et rencontrent un des Bibliothécaires qui leur explique que le bâtiment est pareil à un labyrinthe, où chaque livre est à la fois une entrée et une issue. Ils s'aventurent ainsi dans plusieurs pièces au hasard.


Ansel et Vilaine échouent dans une tranchée où, surprise, se trouvent, parmi d'autres soldats, Archer, l'elfe ami d'Ansel. Mais ailleurs, l'Auteur de cette allégorie, pense qu'il est temps pour lui d'intervenir dans ce récit pour le débrouiller...

Folklords est décidément une bien curieuse mini-série. J'avais d'ailleurs entamé sa lecture en pensant m'engager dans une ongoing tant le potentiel me semblait évident pour une histoire au long cours. Puis j'appris que Matt Kindt allait boucler cette affaire en seulement cinq épisodes.

Cela en dit long sur la manière dont cet auteur réussit à nous balader. On part pour une quête, qui suggère un développement long, puis on découvre que celle-ci sera brève. D'autres indices cryptiques intriguent : le héros, Ansel, évolue dans un cadre de  fantasy avec elfes, trolls et autres chevaliers, mais est vêtu comme un écolier de notre monde. Très vite, il est séparé de son compagnon de voyage, qui semble l'avoir trahi, est fait prisonnier par une épouvantable gamine et son frère dégénéré dans une forêt inquiétante, rencontre une sorte d'ogresse aussi laide que généreuse et courageuse, et enfin les voici dans une bibliothèque de livres bannis, le repaire des fameux folklords, qui sont peut-être des imposteurs.

Tout indique en effet que ces seigneurs du folklore ont bourré le crâne des gens de ces contrées avec des histoires, des superstitions, cruelles, fantasques, pour les maintenir dans un état de servilité. Kindt brosse donc de manière subtile et imprévisible le portrait d'une société bridée par des fabulistes despotiques.

Il dit aussi qu'un jeune garçon, comme étranger à la peur et aux traditions, choisit de percer le secret de ces oppresseurs, devinant que leur pouvoir repose sur des inventions répressives, un contrôle de l'imaginaire. C'est une métaphore étonnante sur la faculté qu'ont les histoires de nous éduquer, de nous brimer, alors que, généralement, on se sert de ce biais pour nous expliquer que les récits nous élèvent, nous permettent de nous évader.

La fiction en tout cas détermine notre identité, sauf si on choisit de ne pas y croire ou de ne pas s'en contenter, parce qu'on en a mesuré la fausseté. C'est ce que raconte le personnage de Vilaine, dont les origines parlent du refus du déterminisme. Née laide, alors que ses parents étaient beaux, et harcelée à l'école, elle pense d'abord que son aspect physique est le résultat d'une malédiction. Il faut la lever et elle croit que la solution passe par des moyens romantiques, dignes des contes. Ses échecs répétés la motivent à abandonner, mais pour mieux se réinventer en aventurière, assumant son apparence, échappant du même coup aux mauvais traitements qu'on lui infligeait.

Cette détermination rejoint celle de Ansel qui, donc, veut faire toute la lumière sur les folklords, malgré les interdits. Quand le duo, improbable mais solidaire et complémentaire, s'engage dans la bibliothèque, ils sont d'abord, brièvement, guidés, par une ancien membre de l'établissement, avant d'être livrés à eux-mêmes, comme, en vérité, ils l'ont toujours été, ce qui les immunise contre la peur. Les voilà errant dans un labyrinthe borgésien où ils passent d'univers en univers, de genre en genre... Jusqu'à l'impasse ?

Les dessins de Matt Smith ont cette redoutable qualité de nous prendre par la main pour nous rassurer et, le moment venu, mieux nous perdre. Tout est à la fois clair et nébuleux dans ce trait limpide, simple, ce découpage fluide, mais dont la trajectoire est déroutante, vertigineuse.

Smith excelle à rendre le flou artistique, l'évident mystérieux, le symbole cryptique, le rebondissement inattendu. On nage en pleine illusion tout en se déplaçant, avec Ansel et Vilaine, comme en plein jour, certains du trajet à suivre. Au détour d'une case, un élément nous indique pourtant le fantastique d'un décor (quand on voit Vilaine, dans le passé, affrontant un monstre). Mais pourtant on avance, on progresse... Tout en sachant qu'on se fait mener par le bout du nez.

A l'ultime page, nous voici plongés dans les ténèbres, en compagnie d'un homme, dont l'apparence détone totalement avec ce qui a précédé. On devine à son propos qu'il est l'Auteur de cette histoire (un double de Kindt ?), truffé de métaphores, visant l'allégorie, et le comic-book vire au méta-texte sur les comics, les contes. Plusieurs fois auparavant, notamment quand Ansel rêvait, on avait un aperçu d'une réalité parallèle semblable à la notre, qui suggérait une mise en abyme entre le monde de Folklords et celui d'un narrateur qui semblait en dérouler le récit progressivement, en le murmurant à l'oreille du héros.

Désormais, cet Auteur décide d'intervenir dans l'histoire. Qu'est-ce que cela nous réserve ? Sûrement un final excitant et imprévisible, qui a de quoi transformer cette mini-série en grande fable et bouleversante révélation sur l'identité d'Ansel. Rendez-vous dans un mois pour découvrir le fin mot de cette affaire.