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jeudi 26 janvier 2023

X-TERMINATORS #5, de Leah Williams et Carlos Gomez


Le moment tant redouté est arrivé : c'est la fin des aventures des X-Terminators, la mini-série mutante la plus drôle et décomplexée produite depuis la refondation des titres X. Un final que Leah Williams et Carlos Gomez ont réussi, avec toujours autant d'humour, de charme et d'action. A moins que... Ce ne soit pas vraiment la fin ?


Dazzler a obtenu du comte Dracula de se venger de Alex avant de le lui livrer. Elle réunit donc toutes les victimes de ce vampire et le surprend dans le bar où il les séduisait - bar que Dazzler a racheté et que ses complices détruisent. Pendant que Wolverine, Boom-Boom et Jubilé occupent le Collectionneur pour qu'il n'aide pas Alex à s'échapper...


Y a pas à dire, ces quatre filles auront fait souffler un air frais sur la franchise mutante avec leur aventure contre un charmeur vampire allié à Collectionneur. On a ri avec elle, il y a eu des explosions, de la baston, des coups tordus, des surprises, tout pour faire de X-Terminators une vraie curiosité.


Je ne crache pas dans la soupe : depuis House of X/Powers of X, j'ai repris plaisir à lire des récits avec les mutants. Je n'ai pas tout aimé (X-Force par exemple), mais Jonathan Hickman a accompli quelque chose d'unique avec "l'âge de Krakoa", entraînant dans son sillage des scénaristes qui ont joué le jeu et des artistes sur la même longueur d'ondes. Tout n'a pas ét parfait, la pandémie a contrarié les plans de grand architecte, mais le bilan est positif.


Il manquait juste une pointe d'humour. Une série distanciée avec le projet d'ensemble. Quelque chose qui, sans ironiser, ni se moquer, offre de la déconne au lecteur, avec des mutants qui vivent des péripéties loufoques, en marge du conseil de Krakoa.

Je n'attendais pas Leah Williams, dont Trial of Magneto m'était tombé des mains, sur ce terrain, et pourtant la scénariste a osé. Elle a surtout convaincu Jordan White, le rédacteur-en-chef de la gamme X, de donner le feu vert à cette mini-série qui se présentait comme le "Grindhouse" des X-Men, en l'occurrence une sorte d'équivalent des films de Russ Meyer (Faster Pussycat Kill Kill !), avec des filles super-sexy, de la bagarre, des machos et une sacrée dose de second degré.

D'habitude, je suis méfiant avec les mini-séries Marvel que je trouve trop courtes, au propos anecdotique. Comme si l'éditeur ne croyait pas à cette forme, refusait d'investir dans un vrai label dédié (comme le DC Black Label), et confiée à des auteurs de second rang. Les mini-séries Marvel donnent l'impression d'être des bouche-trous, publiés pour préparer des choses plus importantes ou occuper les étals des comics-shops.

Mais justement avec X-Terminators, Leah Williams a d'abord voulu conjurer ce signe indien et concevoir une histoire spécialement produite comme une sorte de "sleeper" que personne ne verrait venir et qui balaierait tout sur son passage. Chaque floppy s'ouvrait sur une page de mise en garde soulignant les gros mots, la violence, la sexualité, tout le mature reader content de la chose, pour ensuite mieux en rire. Il y avait quelque chose du produit de contrebande, de la fausse pub, du canular dans X-Terminators.

Les films d'exploitation ne brillaient pas par leur scénario sophistiqué, et de la même manière les cinq épisodes de cette mini-série ne resteront pas dans les annales pour leur intrigue originale. Des vampires, quatre filles sexy et enragées, de la baston, des explosions, des litres de sang. En revanche, lire ça entre X-Men : Red, Immortal X-Men, X-Men, et le reste, ça, c'était vraiment culotté, comme un pied de nez aux machinations diaboliques développées par Al Ewing, Kieron Gillen, Gerry Duggan et compagnie.

Ce dernier épisode ne déroge pas à la règle. Dazzler obtient de Dracula de se venger d'Alex, ce vampire séducteur qui l'a vendue, avec ses copines, au Collectionneur, après avoir tenté de la tuer. Mais Leah Williams déjoue nos attentes : on ne va pas assister à un réglement de comptes banal, ne serait-ce que parce que, après s'être vengée, Dazzler a promis à Dracula de lui livrer Alex. La toute dernière page de l'épisode suggère même que la collaboration entre les quatre filles et le comte ne s'arrête pas là...

Carlos Gomez a été le dessinateur parfait pour emballer tout ça. D'abord, c'est évident, parce qu'il adore dessiner des filles girondes et qu'il le fait bien. Cela le range dans la même catégorie que des Terry Dodson ou Frank Cho ou Adam Hughes. Certains trouveront ça un chouia vulgaire, voire sexiste. Mais il faudra juste rappeler aux grincheux que Gomez illustre le script d'une femme qui a voulu s'amuser avec les clichés du "good babe art" et n'a pas lésiné sur l'empowerment de ses héroïnes, soudées par les épreuves et plus féroces que bien des garçons.

Ensuite Gomez est un excellent narrateur. Il aurait pu partir dans tous les sens en s'alignant sur la loufoquerie de l'intrigue. Au contraire, il a compris qu'il fallait découper ces épisodes de la manière la plus simple et efficace. Du coup les gags, même les plus graveleux, et l'action sont toujours lisibles et X-Terminators est un vrai page-turner. C'est agréable à lire parce que suivre Dazzler, Jubilé, Boom-Boom et Wolverine sont irrésistibles comme jamais, mais surtout parce qu'on sait toujours où on est, c'est fluide et dynamique.

Maintenant que c'est terminé, et c'est le signe de sa réussite, X-Terminators nous manque déjà. Le fait que ça n'ait duré que cinq numéros était fait pour frustrer, et la mission est accomplie. Mais les retours ont été très favorables, beaucoup de lecteurs sur les réseaux sociaux ont exprimé leur jubilation et même réclamé que le titre devienne une ongoing.

Alors, je vais spoiler et vous révéler ce qu'indique la (véritable) toute dernière page (où l'on trouve le calendrier des sorties X du mois) et où est écrit que "X-Terminators will return". Quand ? On ne sait pas, mais pas avant quelques mois si Leah Williams veut continuer avec Carlos Gomez car l'artiste s'est engagé sur une nouvelle mini (Rogue & Gambit) à partir de Mars prochain (également en cinq n°). Mais savoir qu'on aura droit à une suite vaut bien qu'on attende un peu.

vendredi 30 décembre 2022

X-TERMINATORS #4, de Leah Williams et Carlos Gomez


C'est déjà (presque) la fin pour X-Terminators et on regrette déjà cette mini-série, véritable bulle d'air frais dans la franchise mutante, pépite impertinente, sexy et régressive. Leah Williams et Carlos Gomez s'amusent visiblement beaucoup et il est difficile de résister à ce qu'ils offrent avec cette histoire loufoque, toujours pied au plancher.


Livrées au Collectionneur à qui s'est associé Alex en échange du droit de pratiquer des expériences interdites par sa communauté vampire, Dazzler et ses amies jurent pourtant de s'échapper.


Wolverine, qui a passé le plus de temps dans la base du Collectionneur, informe Dazzler sur l'installation et Boom-Boom reçoit l'ordre de s'en prendre au système de canalisation et d'évacuation.
 

Gagnant la zone de transfert du vaisseau, les quatre mutantes et les autres prisonniers du Collectionneur resurgissent sur Krakoa au beau milieu d'un match de base-ball.


Mais leur aventure a créé un incident diplomatique avec les vampires. Jubilé explique à Dracula lui-même ce qu'a fait Alex et Dazzler obtient même de le faire payer après qu'il a été excommunié...

Au fond, la première qualité de X-Terminators s'aligne sur la première question que pose cette mini-série : depuis quand avez-vous lu un comic-book marrant ? Et cela sans qu(il s'agisse d'une parodie ou d'un pastiche. Les comics, de super-héros puisque c'est d'eux dont on parle, sont sérieux. Trop ?

Récemment, j'ai relu une interview de Carmine Infantino donné au magazine "Comic Box" en 2006 où il revenait sur sa riche carrière. Il y déplorait l'évolution des comics vers un lectorat quasi-exclusivement adulte et le ton dramatique des histoires proposées alors qu'il avait la conviction qu'il s'agissait d'un genre conçu pour les plus jeunes. Fabrice Sapolsky, qui l'interrogeait, lu faisait alors remarquer que les plus jeunes s'étaient désintéressaient des comics pour les mangas et les jeux vidéos, les comics devenant une niche pour des lecteurs adultes, souvent fans de longue date. Infantino répondait que c'était l'autre défaut des comics que de s'adresser à des connaisseurs en oubliant d'attirer des profanes.

Bien entendu, Infantino avait déjà 81 ans à l'époque et on peut juger ses opinions trop tranchées et décalées. Disons, en étant nuancé, qu'on peut regretter que beaucoup trop de comics ne fassent effectivement plus l'effort de séduire des lecteurs perdus au profit des mangas. On peut aussi abonder dans le sens d'Infantino en observant qu'effectivement les plus jeunes lecteurs sont pratiquement totalement oubliés par les éditeurs de comics. Et qu'il n'y a plus (plus assez) de comics reader's friendly, immédiatement accessibles.

Le poitn sur lequel je suis le plus d'accord avec Infantino concerne le sérieux des comics. La légèreté est désormais le plus souvent absente. Bien entendu, les comics de super-héros jouent sur une note majoritairement dramatique, mais le drame est souvent sinistre, violent, dénué de second degré. Beaucoup d'auteurs entraînent même les héros dans l'horreur.

Je ne dis pas qu'il faut condamner ce réalisme ou même ce sens du drame exacerbé. Mais alors que nous traversons une époque tourmentée, déjà étouffante à bien des titres, ce serait pas mal que éditeurs et auteurs n'oublient pas que les comics, de super-héros, sont aussi un divertissement. Et qu'on peut faire palpiter le lecteur sans oublier d'être léger, voire drôle.

X-Terminators, en considérant tout cela, me paraît une voie à suivre parce que, en assumant des éléments ouvertement régressifs et même politiquement incorrects, c'est une mini-série écrite avec irrévérence et bonne humeur. Leah Williams s'autorise bien des choses car elle est une femme et que son récit, s'il avait été signé apr un homme, aurait été taxé de sexiste et complaisant. Mais surtout la scénariste s'amuse et nous amuse avec une vigueur décomplexée qui fait un bien fou.

Les aventures de Dazzler, Jubilé, Boom-Boom et Wolverine sont souvent un sommet de wtf, c'est foutraque, gratuit, mais on n'est pas trompé sur la marchandise et surtout ça reste efficace et plein d'auto-dérision. Il y a une volonté de se moquer du sérieux de la franchise X sans pour autant se moquer de la qualité de sa refondation depuis Hickman. La manière dont, par exemple, Williams ressert le thème éculé des mutants persécutés (ici par un vampire) devient très drôle tout en respectant les canons du genre.

Le machisme qu'on n'aurait pas manqué de reprocher à un scénariste ici se retourne contre les grincheux car Williams fait de son quatuor de mutantes bien plus que de belles plantes : des filles qui prennent leur revanche et n'ont besoin d'aucun homme pour s'en sortir. Mieux : elles n'oublient pas de se vanner entre elles, pointant malicieusement ce dont on ne plaisanterait jamais avec des super-héros masculins (voir lres remarques sur l'odeur de Wolverine).

Carlos Gomez est sur la même longueur d'ondes que sa scénariste et peut en même temps se faire plaisir, lui qui adore croquer des héroïnes girondes et le fait avec un talent indéniable. On se dit alors que si Frank Cho ou Adam Hughes se mettaient au service d'auteurs féminines, ils ne se seraient pas embêtés apr les culs-serrés qui ne voient dans leur représentations du beau sexe que de la concupiscence.

Mais Gomez n'est pas qu'un dessinateur de belles filles, c'est aussi un narrateur énergique et complet. Dans cet épisode, notamment, il a à composer avec un figuration importante et ne rechigne pas à l'effort. Ses plans offrent des angles variés et dynamiques, ses personnages sont expressifs, avec des attitudes sexys sans être vulgaires. Et le tout est fluide, c'est un page-turner redoutable.

Je ne dis pas que X-Terminators est à mettre entre toutes les mains (même si, en la matière, je préférerai toujours qu'on tombe sur un bouquin avec de jolies nanas qui se fightent que sur un régiment de body-builders qui s'étripent). Mais l'humour et la santé qui animent cette mini-série sont inestimablement rafraîchissants. Et prouvent qu'on peut déjà commencer par écrire et dessiner des comics funs, puis penser à repenser à attirer de futurs fans plus jeunes. Le reste continuera d'avoir sa place. Mais surtout on aura plus de choix. Et donc plus de plaisir.

jeudi 1 décembre 2022

X-TERMINATORS #3, de Leah Williams et Carlos Gomez


Ce troisième épisode de X-Terminators ne déroge pas à la règle de cette mini-série : c'est toujours complètement déjanté et délicieusement idiot. Leah Williams et Carlos Gomez s'en donnent à coeur joie et nous amusent avec cette aventure qui part dans tous les sens, se moquant des bonnes manières. C'est donc jouissif mais aussi instructif...


Après avoir affronté leurs sosies dans le labyrinthe de glace, Dazzler, Jubilé, Boom-Boom et Wolverine doivent maintenant éliminer des vampires chasseurs envoyés dans l'arène par Alex.


Les quatre mutantes s'en débarrassent sans faire de quartier. Mais Dazzler a alors l'idée d'utiliser le volume sonore des clameurs du public pour faire exploser le labyrinthe de glace avec Boom-Boom.


Dazzler remarque alors que Alex observe la scène depuis sa tribune et se jette sur lui. Il disparaît mais Dazzler trouve dans la logue une créature de l'Outremonde utilisé pour créer les épreuves.


Wolverine entraîne Boom-Boom et Jubilé dans le puits sous le labyrinthe où elle sent une odeur familière. Rejointes par Dazzler et la créature, les filles comprennent qu'il s'agit d'un nouveau piège...

Il ne faut pas chercher à analyser raisonnablement X-Terminators pour l'apprécier. Cette mini-série est un sommet de wtf et ce troisième épisode le confirme : ça part dans tous les sens, les héroïnes réagissent après avoir subi mais continuent de se battre n'importe comment, improvisant en massacrant leurs adversaires et en faisant tout péter au passage.

Le rebondissement final qui révèle qui est le véritable cerveau de l'affaire depuis le début, à qui Alex livre Wolverine, Dazzler, Jubilé et Boom-Boom est une preuve de plus que ce récit n'obéit à aucune règle et donne au lecteur une suite de péripéties absurdes et hilrantes autant que sanguinolentes. Mais, en même temps, comme on l'a découvert dans le numéro précédent, on sait que notre quatuor de mutantes s'en sont tirées puisqu'elles expliquent leurs actions au conseil de Krakoa. Cependant, on s'interrogera quand même sur la manière dont elles y sont parvenues puisqu'elles comparaissent les mains liées dans le dos par Krakoa, ce qui veut dire qu'elles ont dû commettre de sacrées boulettes...

Le résumé ci-dessus ne donne qu'une vague idée de ce que raconte l'épisode proprement dit cr c'est difficile à retranscrire (et que j'ai voulu ne pas tout dire). On se tape dessus, on fait exploser des tas de trucs (y compris des vampires), on coupe, on lacère, et le sang gicle en quantité déraisonnable à chaque page. Leah Williams n'y va pas avec le dos de la cuiller.

Carlos Gomez lâche aussi les chevaux dans des pages à la dynamite. Comme pourraient le faire Terry Dodson ou Frank Cho, Gomez adore mettre en valeur la plastique avantageuse de ses héroïnes et il ne s'en prive pas, mais sans sombrer dans la vulgarité. Il faut dire qu'avec toute l'hémoglobine qui tâche ce qui leur reste de vêtements, l'érotisme est bien altéré et ce sont autant des pin-ups que des furies dont on suit les exploits.

Ceci étant dir, vous vous demandez certainement pourquoi j'ai jugé que c'était aussi une histoire instructive. Et c'est sur ce plan-là que X-Terminators est sûrement le plus audacieux, le plus original.

Il est fréquent de lire que Marvel est devenu (trop) "woke" avec la création de personnages issues des "minorités ethniques", comme Miles Morales/Spider-Man ou Kamala Kahn/Ms Marvel. Dans le MCU, c'est peut-être encore plus flagrant puisque même Namor est devenu un prince des mers méso-américains, ou que Valkyrie est interprétée par une afro-américaine comme Heimdall avant elle, sans parler des Eternels qu'on a vu incarner par des comédiens venant de partout dans le monde.

L'idéologie "woke" a mauvaise presse, et pour de bonnes raisons me semble-t-il puisqu'on a érigé cette façon de penser en une sorte de dogme pseudo-progressiste. Je n'en suis pas à dire qu'il faut rester entre blancs caucasiens, occidentaux, et ne pas s'ouvrir à la diversité. Mais les partisans du wokisme, sous prétexte d'être "éveillés", voient quand même le mal partout, accusant ceux-ci d'être des colonialistes, ceux-là des racistes systémiques, er d'autres encore d'être sexistes dès qu'on ne pense pas comme eux. Or on peut être progressistes sans être aveuglèment "woke".

Injecter de la diversité et de la tolérance n'est ni une faiblesse ni une force, c'est une volonté. Quand cette démarche est forcée par des courants qui réclament cela comme un dû, alors ça ne peut pas fonctionner car cela revient à imposer une volonté contre une autre. Sans oublier que toute l'idéologie "woke" est tout de même très lestée par une culpabilité quasi-religieuse, où on doit se repentir de fautes (réelles ou supposées) commises par nos aïeux. On ne corrige pas le passé en déboulonnant des statues ou en vandalisant des oeuvres d'art, on ne réécrit pas l'Histoire parce que cela froisse certaines susceptibilités modernes. Il faut assumer ce qui a été fait et faire en sorte que le pire ne se reproduise pas, pas faire comme si tout le monde était responsable, pas croire qu'il y a des bons et des méchants de façon manichéenne.

Ce qui me ramène à X-Terminators et à ses vertus instructives. Car si on lit cette mini-série sans faire attention, alors attention les yeux ! Dans cet épisode en particulier, Jubilé donne un coup dans la poitrine de Boom-Boom et en ricane, soulignant qu'elle a des seins si gros qu'il est impossible de les manquer. Puis ensuite Jubilé et Boom-Boom se mettent à plaisanter sur le gros derrière de Dazzler. Des propos parfaitement machistes, déplacés, graveleux. Sauf que...

Sauf que X-Terminators est écrit par une femme et ça change tout. Rédigé par un scénariste, ces dialogues seraient d'une beaufitude digne d'être dénoncés par des chiennes de garde. Qu'une femme assume ce genre de propos et cherche à faire rire avec autorise le lecteur à s'en amuser sans gêne. Et surtout dynamite le reproche fait à Marvel d'être "woke".

Leah Williams se fiche ouvertement de la bienséance. Elle choisit de rigoler de bon coeur sur les gros nichons de Tabitha Smith ou le gros cul de Alison Blaire tout en charcutant des vampires. Et bon sang, que ça fait du bien de lire ça ! De lire un comic-book aussi inconvenant ! De lire un comic-book mutant aussi peu sérieux ! Tout à coup, c'est comme si Leah Williams ouvrait grand les fenêtres de la déconne tout en faisant semblant d'avertir le lecteur que ce n'était pas pour tout public.

Ce faisant, la scénariste dédouane son dessinateur qui peut dès lors dessiner ces quatre filles girondes en train d'échanger des propos salaces tout en éclatant des vampires et en faisant couler le sang sans retenue. Carlos Gomez n'est jamais vulgaire, mais il ose tout ce que le script de sa partenaire lui fournit comme cette image cartoonesque où Boom-Boom montre sa poitrine en provoquant une explosion (en fait on ne voit donc pas ses seins mais le résultat est encore plus bidonnant).

Malgré tout, il s'en trouvera certainement pour pointer qu'il n'y ait pas par exemple de noirs dans cette histoire ou d'homosexuels, ou que tout cela est simplement bête à manger du foin, que ça n'est pas digne des publications de la franchise X ou de Marvel en général. Il y aura toujours quelque chose qui ne va pas car sans ça, comment vivraient les "woke" pour qui le déclinisme est une profession de foi et l'humanité un échec.

Mais si vous voulez lire un comic-book complètement barré, volontairement wtf, écrit sans aucune bride et dessiné avec vigueur, alors vous vous régalerez en compagnie des X-Terminators ! (Et il est même très possible que vous regrettiez que ça finisse dans deux mois.)

vendredi 28 octobre 2022

X-TERMINATORS #2, de Leah Williams et Carlos Gomez


"Ce livre est joyeusement stupide" ("This Book is gleefully stupid") : c'est pas moi qui le dis, c'est le titre de cet épisode et donc Leah Williams, sa scénariste, qui avertit. Mais c'est aussi pour ça que c'est si bon de lire X-Terminators, qui se distingue par son culot. Carlos Gomez s'amuse beaucoup lui aussi avec ces quatre jolies mutantes face à des vampires retors.


Dazzler, Jubilé et Boom-Boom trouvent Wolverine (Laura Kinney) dans une arène. Elle leur révèle être là à tuer des vampires depuis deux jours. Et que Alex, l'ex de Dazzler, est derrière tout ça.


Alex, justement, se réjouit d'observer, depuis sa cabine en tribune, le désarroi des quatre mutantes. Mais son père, Xarus, lui-même fils de Dracula, le somme d'en finir rapidement avec elles.


Pour ce faire, il a préparé un piège diabolique : Wolverine et Dazzler d'un côté, Jubilé et Boom-Boom de l'autre sont enfermées dans des cages de verre dont les reflets prennent vie et les attaquent.


Seule solution pour sortir de là : se bander les yeux et se réunir. Mais Alex a tout prévu et lâche de nouveaux assaillants sur ses captives...

On rigole rarement chez les mutants dont, à l'origine, Stan Lee a voulu faire une métaphore des minorités opprimés par les autorités. Depuis soixante ans, les X-Men sont donc des persécutés qui s'emploient, malgré la haine qu'on leur voue, à quand même défendre les humains en espérant qu'ainsi ils se feront accepter d'eux.

Cet état de fait n'a que rarement été discuté par les auteurs chargés de développer l'idée de Stan Lee, comme si une chape de plomb écrasait le concept même des mutants. Il ne faut pas plaisanter avec eux, ni même les décrire comme des individus capables d'être heureux, ça gâcherait le concept.

Pourtant, quand des scénaristes et dessianteurs inspirés ont pris quand même le parti de rigoler avec des mutants, ce fut de grandes réussites : qu'on songe à Excalibur première époque, par Chris Claremont et Alan Davis et son humour british, puis plus tard X-Statix de Peter Milligan et Mike Allred tout aussi foutraque.

Aujourd'hui, malgré le changement de statu quo établi depuis la refondation des titres X par Jonathan Hickman, qui a fait des mutants de nouveaux dieux refusant d'être encore maltraités, le sérieux domine. Aussi quand Leah Williams, la scénariste de ces X-Terminators, intitule le deuxième épisode de cette mini-série "Ce Livre est joyeusement stupide", on est presque saisi par l'audace dont elle fait preuve.

Il faut parfois beaucoup de talent pour oser être beau et con à la fois. Et X-Terminators, qui a été influencé par l'esprit Grindhouse, c'est-à-dire les films d'exploitation de série B jusqu'à Z, n'en manque pas. Le postulat, tel qu'on l'a découvert le mois dernier est simple : quatre meufs canons qui étripent des monstres et des vampires.

L'introduction de Wolverine (Laura Kinney) dans la partie a quelque chose d'inévitable : une fille avec des griffes métalliques, c'est un bonus appréciable pour zigouiller des affreux. Le reste est aussi crétin que dans le premier épisode, à savoir que cette bande de filles harcelée par l'ex de Dazzler dans une labyrinthe qui les a menées dans une arène vont devoir se démener pour survivre en se battant dans des vêtements qui se déchirant progressivement laissent voir de plus en plus de leur anatomie.

Maintenant, prêtons-nous à un exercice amusant : imaginez cette histoire écrite par un homme. Par les temps qui courent, les néo-féministes crieraient au scandale, au machisme, à l'objectivation de la femme. Ce ne serait pas complètement faux, reconnaissons-le. Mais puisque c'est une femme qui met d'autres femmes dans ces situations, ce n'est plus du tout la même chose. Et on apprécie d'autant plus ce projet car il nous divertit avec un argument facile que par l'autodérision dont sait faire preuve son auteur. Sans compter qu'elle a de l'imagination à revendre pour éprouver les quatre X-Terminators (le coup des reflets qui prennent vie est particulièrement retors, surtout venant de la aprt d'un vampire qui, lui, comme tous ces semblables, n'a pas de reflet).

Que Leah Williams écrive cette mini-série dédouane du même coup Carlos Gomez, qui la dessine. Car ce jeune artiste, adepte du "good babe art", s'en donne à coeur joie pour croquer ces quatre jolies mutantes en haillons et couvertes de sang.

Ce n'est jamais vulgaire mais délicieusement sexy, et ce mix de violence, d'érotisme et d'absurde fonctionne à fond. Gomez signe des planches spectaculaires aux images superbement composées. Les scènes d'action, nombreuses, ne font pas dans la dentelle et détonent avec le tout-venant car les adversaires sont sacrifiables à l'envi.

On apprécie aussi que Williams et Gomez aient choisi les incarnations les plus populaires des quatre héroïnes, en particulier avec Tabitha Smitj/Boom-Boom, en écervelée qui interroge d'abord Wolverine sur son costume avant toute chose - c'est la même délicieuse idiote impulsive qu'on a adorée dans Nextwave. En revanche, Williams et Gomez n'animent pas Jubilé comme cette éternelle ado, mais en font une jeune femme avec des bas et des porte-jarretelles, perchée sur des talons hauts et vêtue d'un pull large.

Donc, pour résumer, oui "ce livre est joyeusement stupide", il est aussi sexy en diable, et sauvage. Et on s'amuse beaucoup à le lire ce délire régressif.

vendredi 23 septembre 2022

X-TERMINATORS #1, de Leah Williams et Carlos Gomez


X-Terminators a tout du plaisir coupable, mais c'était l'intention de Leah Williams qui a même été poussée à se lâcher par le staff éditorial de la franchise X. Le choix de Carlos Gomez pour dessiner cette mini-série en cinq épisodes va dans le même sens en résumant l'idée : de jolies filles, de l'action, pas de prise de tête.


Dazzler rompt avec son dernier boyfriend, Alex, après avoir découvert son infidélité. Pour oublier cette mauvaise passe, elle invite des amies mutantes à se soûler en ville.


Jubilé emmène Boom-Boom chez Mr. B's et les trois filles commandent des boissons puis vont se défouler sur la piste de danse. Mais Tabitha Smith tombe subitement malade.


Alex réapparaît et Dazzler comprend qu'il les a droguées avec la complicité de la barmaid. Accompagnés de sa bande de vampires, l'amant éconduit engage le combat.


Les trois filles, séparées,  se réveillent dans un labyrinthe, confrontées à diverses menaces. Elles se réunissent et entreprennent de fuir lorsqu'elles croisent une quatrième mutante de le connaissance...

Dans une interview récente, Leah Williams racontait la genèse de X-Terminators : on pouvait ainsi apprendre la liberté étonnante qu'on lui avait laissée pour développer cette mini-série en cinq épisodes. La scénariste voulait se défouler, lâcher les chevaux, écrire sur des mutantes, employer des gros mots et oser plonger dans le gore.

Et c'est exactement ce qu'on a dans ce premier épisode qui commence par un flashback : Alison Blaire vient de découvrir que son boyfriend l'a trompé et le fiche à la porte. Désireuse de tourner rapidement la page, elle invite en ville des copines mutantes pour se prendre une cuite.

A partir de là, évidemment, tout va dégénèrer. C'est convenu, certes, mais il n'empêche, qu'est-ce que c'est bon ! X-Terminators ne prétend pas réinventer la roue et sans doute certains elcteurs ne trouveront ça pas drôle ni intéressant. Mais j'ai beaucoup aimé car on sent l'amusement des auteurs et ce n'est pas bâclé pour autant.

C'est un équilibre délicat à trouver : écrire une histoire pour s'éclater, sans complexe ni prétention, sans raconter n'importe quoi et surtout sans le faire n'importe comment. Leah Williams est une scénariste qui souffle le chaud et le froid : je connais peur son oeuvre mais j'avais aimé son chapitre de l'anthologie X-Men : Black, avec une histoire sur Emma Frost (dessinée par Chris Bachalo). En revanche, Trial of Magneto m'était tombé des mains.

La contrainte d'un tel projet, c'est de susciter la curiosité des lecteurs avec des personnages féminins d'une part et des mutantes peu ou pas utilisées. Leah Williams n'a donc pas accès à des X-girls populaires, comme Malicia, Tornade, Jean Grey, Emma Frost, Kitty Pryde. Mais elle réussit à faire de ce handicap un atout car, sans vedettes, elle peut inventer une intrigue plus folle, plus débridée, plus imprévisible.

En même temps, elle n'est pas réduite à un casting de troisième zone : ses X-Terminators sont des héroïnes cultes. On a donc Dazzler (qui reste dans les coeurs de tous ceux qui ont commencé à lire du X-Men du temps de Claremont et Byrne), mais aussi Jubilé (pour ceux qui adorent la période Claremont et Jim Lee) et Boom-Boom (pour ceux qui sont nostalgiques des débuts de X-Force ou de Nextwave). A la fin une quatrième mutante vient se greffer à l'affaire - et Marvel, comme souvent, se spoile tout seul en l'intégrant à la couverture (il s'agit donc de Laura Kinney/Wolverine).

Le prétexte à cette réunion est facile et l'ennemi est tout sauf original. Mais Leah Williams s'en moque doublement, d'abord parce que c'est pour amorcer son histoire et ensuite ça lui permet d'ironiser sur la période vampire de Jubilé (qui a été abondamment raillée par les fans). Une fois passée cette introduction (un peu longue, mais l'épisode est aussi plus consistant, avec sa trentaine de pages), la suite se déroule pied au plancher.

Carlos Gomez a été choisi pour illustrer cette aventure, et c'est tout sauf un hasard : on peut comparer cet artiste à Terry Dodson (mais sans une épouse qui l'encrerait mal), pour son goût assumé pour les jolies femmes aux courbes pulpeuses. Récemment, il a brillé sur une autre mini-série (America Chavez : Made in the U.S.A.), il travaille vite et bien, influencé manifestement par Stuart Immonen.

Pour Gomez, le défi était de donner ce qu'on attend de lui (du "good babe art" en somme et une narration graphique énergique), mais avec une touche de gore. Car Dazzler, Jubilé et Boom-Boom se défendent méchamment dans cette histoire. Leurs adversaires sont des monstres et des vampires sacrifiables à l'envi, et le scénario ne fait pas dans la dentelle pour les expédier ad patres.

C'est l'aspect plaisir coupable de X-Terminators : voir trois jolies filles démonter des créatures moches et belliqueuses dans de grosses gerbes d'hémoglobine. Il y a un côté série B, limite Z, qui s'avère très jouissif car c'est superbement dessiné et écrit avec une belle vigueur. Le féminisme du projet n'est pas ici exprimé de manière lourdement militante, mais avec du fun, comme s'il fallait mieux en rire et se revendiquer d'un girl power rigolard. 

J'ai pris un énorme plaisir à cette lecture et tout ce que j'espère, c'est que ça va continuer sur cette lancée. Les héroïnes ont des interactions savoureuses et avec le renfort de Wolverine, ça peut être encore plus épicé. Quant à Carlos Gomez, si après ça, il n'hérite pas d'une série régulière (et ma foi, ce serait très cool que Marvel et Leah Williams fasse de X-Terminators une ongoing), ce serait diablement frustrant.