jeudi 26 janvier 2023
X-TERMINATORS #5, de Leah Williams et Carlos Gomez
vendredi 30 décembre 2022
X-TERMINATORS #4, de Leah Williams et Carlos Gomez
jeudi 1 décembre 2022
X-TERMINATORS #3, de Leah Williams et Carlos Gomez
vendredi 28 octobre 2022
X-TERMINATORS #2, de Leah Williams et Carlos Gomez
On rigole rarement chez les mutants dont, à l'origine, Stan Lee a voulu faire une métaphore des minorités opprimés par les autorités. Depuis soixante ans, les X-Men sont donc des persécutés qui s'emploient, malgré la haine qu'on leur voue, à quand même défendre les humains en espérant qu'ainsi ils se feront accepter d'eux.
Cet état de fait n'a que rarement été discuté par les auteurs chargés de développer l'idée de Stan Lee, comme si une chape de plomb écrasait le concept même des mutants. Il ne faut pas plaisanter avec eux, ni même les décrire comme des individus capables d'être heureux, ça gâcherait le concept.
Pourtant, quand des scénaristes et dessianteurs inspirés ont pris quand même le parti de rigoler avec des mutants, ce fut de grandes réussites : qu'on songe à Excalibur première époque, par Chris Claremont et Alan Davis et son humour british, puis plus tard X-Statix de Peter Milligan et Mike Allred tout aussi foutraque.
Aujourd'hui, malgré le changement de statu quo établi depuis la refondation des titres X par Jonathan Hickman, qui a fait des mutants de nouveaux dieux refusant d'être encore maltraités, le sérieux domine. Aussi quand Leah Williams, la scénariste de ces X-Terminators, intitule le deuxième épisode de cette mini-série "Ce Livre est joyeusement stupide", on est presque saisi par l'audace dont elle fait preuve.
Il faut parfois beaucoup de talent pour oser être beau et con à la fois. Et X-Terminators, qui a été influencé par l'esprit Grindhouse, c'est-à-dire les films d'exploitation de série B jusqu'à Z, n'en manque pas. Le postulat, tel qu'on l'a découvert le mois dernier est simple : quatre meufs canons qui étripent des monstres et des vampires.
L'introduction de Wolverine (Laura Kinney) dans la partie a quelque chose d'inévitable : une fille avec des griffes métalliques, c'est un bonus appréciable pour zigouiller des affreux. Le reste est aussi crétin que dans le premier épisode, à savoir que cette bande de filles harcelée par l'ex de Dazzler dans une labyrinthe qui les a menées dans une arène vont devoir se démener pour survivre en se battant dans des vêtements qui se déchirant progressivement laissent voir de plus en plus de leur anatomie.
Maintenant, prêtons-nous à un exercice amusant : imaginez cette histoire écrite par un homme. Par les temps qui courent, les néo-féministes crieraient au scandale, au machisme, à l'objectivation de la femme. Ce ne serait pas complètement faux, reconnaissons-le. Mais puisque c'est une femme qui met d'autres femmes dans ces situations, ce n'est plus du tout la même chose. Et on apprécie d'autant plus ce projet car il nous divertit avec un argument facile que par l'autodérision dont sait faire preuve son auteur. Sans compter qu'elle a de l'imagination à revendre pour éprouver les quatre X-Terminators (le coup des reflets qui prennent vie est particulièrement retors, surtout venant de la aprt d'un vampire qui, lui, comme tous ces semblables, n'a pas de reflet).
Que Leah Williams écrive cette mini-série dédouane du même coup Carlos Gomez, qui la dessine. Car ce jeune artiste, adepte du "good babe art", s'en donne à coeur joie pour croquer ces quatre jolies mutantes en haillons et couvertes de sang.
Ce n'est jamais vulgaire mais délicieusement sexy, et ce mix de violence, d'érotisme et d'absurde fonctionne à fond. Gomez signe des planches spectaculaires aux images superbement composées. Les scènes d'action, nombreuses, ne font pas dans la dentelle et détonent avec le tout-venant car les adversaires sont sacrifiables à l'envi.
On apprécie aussi que Williams et Gomez aient choisi les incarnations les plus populaires des quatre héroïnes, en particulier avec Tabitha Smitj/Boom-Boom, en écervelée qui interroge d'abord Wolverine sur son costume avant toute chose - c'est la même délicieuse idiote impulsive qu'on a adorée dans Nextwave. En revanche, Williams et Gomez n'animent pas Jubilé comme cette éternelle ado, mais en font une jeune femme avec des bas et des porte-jarretelles, perchée sur des talons hauts et vêtue d'un pull large.
Donc, pour résumer, oui "ce livre est joyeusement stupide", il est aussi sexy en diable, et sauvage. Et on s'amuse beaucoup à le lire ce délire régressif.
vendredi 23 septembre 2022
X-TERMINATORS #1, de Leah Williams et Carlos Gomez
Dans une interview récente, Leah Williams racontait la genèse de X-Terminators : on pouvait ainsi apprendre la liberté étonnante qu'on lui avait laissée pour développer cette mini-série en cinq épisodes. La scénariste voulait se défouler, lâcher les chevaux, écrire sur des mutantes, employer des gros mots et oser plonger dans le gore.
Et c'est exactement ce qu'on a dans ce premier épisode qui commence par un flashback : Alison Blaire vient de découvrir que son boyfriend l'a trompé et le fiche à la porte. Désireuse de tourner rapidement la page, elle invite en ville des copines mutantes pour se prendre une cuite.
A partir de là, évidemment, tout va dégénèrer. C'est convenu, certes, mais il n'empêche, qu'est-ce que c'est bon ! X-Terminators ne prétend pas réinventer la roue et sans doute certains elcteurs ne trouveront ça pas drôle ni intéressant. Mais j'ai beaucoup aimé car on sent l'amusement des auteurs et ce n'est pas bâclé pour autant.
C'est un équilibre délicat à trouver : écrire une histoire pour s'éclater, sans complexe ni prétention, sans raconter n'importe quoi et surtout sans le faire n'importe comment. Leah Williams est une scénariste qui souffle le chaud et le froid : je connais peur son oeuvre mais j'avais aimé son chapitre de l'anthologie X-Men : Black, avec une histoire sur Emma Frost (dessinée par Chris Bachalo). En revanche, Trial of Magneto m'était tombé des mains.
La contrainte d'un tel projet, c'est de susciter la curiosité des lecteurs avec des personnages féminins d'une part et des mutantes peu ou pas utilisées. Leah Williams n'a donc pas accès à des X-girls populaires, comme Malicia, Tornade, Jean Grey, Emma Frost, Kitty Pryde. Mais elle réussit à faire de ce handicap un atout car, sans vedettes, elle peut inventer une intrigue plus folle, plus débridée, plus imprévisible.
En même temps, elle n'est pas réduite à un casting de troisième zone : ses X-Terminators sont des héroïnes cultes. On a donc Dazzler (qui reste dans les coeurs de tous ceux qui ont commencé à lire du X-Men du temps de Claremont et Byrne), mais aussi Jubilé (pour ceux qui adorent la période Claremont et Jim Lee) et Boom-Boom (pour ceux qui sont nostalgiques des débuts de X-Force ou de Nextwave). A la fin une quatrième mutante vient se greffer à l'affaire - et Marvel, comme souvent, se spoile tout seul en l'intégrant à la couverture (il s'agit donc de Laura Kinney/Wolverine).
Le prétexte à cette réunion est facile et l'ennemi est tout sauf original. Mais Leah Williams s'en moque doublement, d'abord parce que c'est pour amorcer son histoire et ensuite ça lui permet d'ironiser sur la période vampire de Jubilé (qui a été abondamment raillée par les fans). Une fois passée cette introduction (un peu longue, mais l'épisode est aussi plus consistant, avec sa trentaine de pages), la suite se déroule pied au plancher.
Carlos Gomez a été choisi pour illustrer cette aventure, et c'est tout sauf un hasard : on peut comparer cet artiste à Terry Dodson (mais sans une épouse qui l'encrerait mal), pour son goût assumé pour les jolies femmes aux courbes pulpeuses. Récemment, il a brillé sur une autre mini-série (America Chavez : Made in the U.S.A.), il travaille vite et bien, influencé manifestement par Stuart Immonen.
Pour Gomez, le défi était de donner ce qu'on attend de lui (du "good babe art" en somme et une narration graphique énergique), mais avec une touche de gore. Car Dazzler, Jubilé et Boom-Boom se défendent méchamment dans cette histoire. Leurs adversaires sont des monstres et des vampires sacrifiables à l'envi, et le scénario ne fait pas dans la dentelle pour les expédier ad patres.
C'est l'aspect plaisir coupable de X-Terminators : voir trois jolies filles démonter des créatures moches et belliqueuses dans de grosses gerbes d'hémoglobine. Il y a un côté série B, limite Z, qui s'avère très jouissif car c'est superbement dessiné et écrit avec une belle vigueur. Le féminisme du projet n'est pas ici exprimé de manière lourdement militante, mais avec du fun, comme s'il fallait mieux en rire et se revendiquer d'un girl power rigolard.
J'ai pris un énorme plaisir à cette lecture et tout ce que j'espère, c'est que ça va continuer sur cette lancée. Les héroïnes ont des interactions savoureuses et avec le renfort de Wolverine, ça peut être encore plus épicé. Quant à Carlos Gomez, si après ça, il n'hérite pas d'une série régulière (et ma foi, ce serait très cool que Marvel et Leah Williams fasse de X-Terminators une ongoing), ce serait diablement frustrant.