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mardi 28 décembre 2021

HAWKEYE (Disney +) (Critique avec spoilers !)


Dernière série de 2021 diffusée sur Disney +, Hawkeye est une très agréable surprise, pile ce qu'il fallait pour égayer cette fin d'année encore une fois écrasée par la pandémie. Conduite par le showrunner Jonathan Igla et réalisée par le duo Bert & Bertie, elle s'impose comme une éclatante réussite, merveilleusement équilibrée entre passé et présent, humour et émotion et action, avec un casting impeccable.



2012. Encore enfant, Kate Bishop assiste à la bataille de New York au cours de laquelle elle remarque, parmi les Avengers contre les Chitauri, l'archer Hawkeye. De nos jours, la fillette est devenue une jeune femme, qui a remporté plusieurs médailles au tir à l'arc et rêve d'embrasser la carrière de justicière. D'autant qu'elle se méfie du nouvel amant de sa mère, Eleonor, un aventurier du nom de Jack Dusquene. Elle le suit lors d'un gala dans une vente aux enchères de matériel récupéré dans la tour des Avengers lorsque des mafieux russes font irruption. Elle enfile la tenue de Ronin, mis en vente, et les affronte jusque dans la rue. La bagarre est filmée et Clint Barton, qui est avec ses enfants à l'hôtel, la remarque à la télévision. Kate suit ensuite Jack chez son père, Armand Duquesne, qu'elle trouve assassinée.


Clint vient en aide à la jeune femme attendue par les russes dehors. Il démasque et elle le reconnaît. Elle l'entraine chez elle mais les russes l'ont suivi et mettent le feu à l'immeuble. Clint et Kate doivent fuir, en abandonnant le costume de Ronin derrière eux. Ils se réfugient chez la grnd-mère de Kate, absente. Clint confie à Kate un téléphone pour l'appeler en cas d'urgence et repart récupérer le costume de Ronin. Kate tente, elle, de convaincre sa mère que Jack a assassiné son propre père. Les russes capturent Clint. Grâce au téléphone, Kate le localise en essayant de l'appeler mais, en voulant le libérer, se fait attraper à son tour.


Présentés à Maya Lopez/Echo par son second, Kazi, Clint disculpe Kate accusée d'être Ronin. Tandis que Kazi tente de raisonner Maya en expliquant que le rapt d'un Avenger déplairait à leur boss, "l'Oncle", Clint se libérer et défait les liens de Kate. A eux d'eux, ils écartent les russes et prennent la fuite en voiture. Une course-poursuite s'ensuit dans les rues de New York au terme de laquelle les russes sont semés. Kate entraîne Clint chez sa mère pour se renseigner sur les russes et découvre un lien entre eux et Jack qui surprend Clint en train de déambuler dans l'appartement.


En présence de Jack et Eleonor, Clint explique n'avoir pas voulu mêler Kate à ses affaires et cesser de la fréquenter. Mais une fois l'archer parti, Eleonor téléphone à "l'Oncle" pour qu'il se débarrasse de lui. Clint appelle sa femme, Laura, au sujet de Maya Lopez et elle indique une adresse. Kate suit Clint toujours grâce au téléphone et s'introduit dans l'appartement indiqué par Laura : c'est de Maya, qui lui tombe dessus. Mais Clint est attaqué au même moment par une Veuve Noire, qu'il démasque et identifie : c'est Yelena Belova. Lorsque Kate et Maya surgissent, Yelena préfère s'éclipser après avoir neutralisé Maya et Kate. Clint renvoie alors Kate, jugeant que l'affaire prend une tournure trop dangereuse.


De retour chez sa mère, Kate voit Jack embarqué par des policiers pour le meurtre de son père. Clint donne rendez-vous à Maya au nom de Ronin pour une explication définitive. Kate retourne à son appartement en ruines, et Yelena l'y attend pour savoir où se trouve Clint. Celui-ci, vêtu en Ronin, affronte Maya après avoir neutralisé son gang, et se démasque en lui expliquant que c'est son boss qui l'a trahi lorsqu'il n'a pas envoyé Kazi protéger son père de Ronin. Kate retrouve Clint et lui explique avoir parlé avec Yelena. Maya confronte Kazi qui accuse Clint d'avoir menti. Le lendemain matin, Kate prend le petit-déjeuner avec Clint lorsqu'elle reçoit un message de Yelena qui a photographié Eleonor en compagnie de "l'Oncle" : Wilson Fisk alias le Caïd.


Eleonor annonce à Fisk qu'elle se retire de leur partenariat après avoir fait porter la responsabilité du meurtre d'Armand sur Jack. Bouleversée, Kate est soutenue par Clint qui accepte de règler cette mission avec elle. Eleonor donne une réception à laquelle sa fille et Hawkeye se mêlent mais aussi Yelena. Kazi, sur ordre de Fisk, doit abattre Eleonor et Kate mais il manque ses cibles et les tirs de fusil déclenchent la panique parmi les invités. Kate procède à l'évacuation tandis que Jack, libéré sous caution, se joint à la partie aux côtés des deux archers contre les russes. Maya neutralise Kazi, Clint affronte Yelena et Kate défend sa mère contre Fisk avant de la livrer à la police. Clint convainc Yelena qu'il n'a pas tué Natasha Rmanoff mais qu'elle s'est sacrifiée. Fisk prend la fuite avant de faire face à Maya qui lui tire dessus...
 

Comme il l'avait promis, Clint rentre chez lui pour fêter Noël en famille. Il a emmené avec lui Kate...

C'est exceptionnel de suivre une série en découvrant que chaque épisode est meilleur que le précédent et que le final offre une conclusion aussi pleine et satisfaisante. C'est le miracle qu'accomplit Hawkeye, qui est sans doute la série Marvel que j'ai le plus appréciée, avec WandaVision et Loki (sans effacer les déceptions que furent Falcon et le Soldat de l'Hiver et What if... ?).

Mais la première réussite de Hawkeye, c'est sans doute le moment choisi par Disney + pour la diffuser. Débuté en Novembre par deux épisodes à la suite, la série s'est achevé le Mercredi 22 Décembre, quelques jours l'avant-veille de Noël. Et comme l'intrigue se déroule au même moment, c'était parfait; Car en ces temps troublés, c'est exactement ce qu'il faut regarder pour ne pas avoir le moral complètement dans les chaussettes.

En effet, le showrunner de la série, Jonathan Igla, a puisé son inspiration dans le run de Matt Fraction et David Aja, paru en 2012. Visuellement, c'est flagrant, dès le générique, qui emprunte beaucoup à la charte graphique créée par David Aja (c'est d'ailleurs proprement scandaleux que l'artiste espagnol soit juste remercié, parmi d'autres, dans le générique final, et non pas mieux crédité - mais Matt Fraction n'est guère mieux lôti en tant que "consultant", alors qu'il a avoué n'avoir été invité aux séances d'écriture que grâce à l'animateur Seth Meyers !).

En tout cas, c'est un gâge de qualité car, de mon point de vue, jamais Hawkeye n'a été mieux écrit et dessiné. Avec les réalisateurs Bert & Bertie, Igla a procédé à une adaptation non pas littérale des comics mais à une adaptation intelligente, dans laquelle ils devaient incorporer des éléments épars. En effet, l'introduction de Yelena Belova (jouée par Florence Pugh avec un accent russe à couper au couteau, un peu too much) renvoie au film Black Widow, plus exactement à sa fin quand la Comtesse Valentina Allegra de Fontaine affirme que Hawkeye a tué Natasha Romanoff, sa "soeur". Pour ne rien simplifier, au lieu de conserver Kazi le clown assassin dans le rôle du méchant, la série a préparé le terrain pour Echo, à laquelle Kevin Feige va consacrer une série. 

Parfois la série joue avec les attentes du téléspactateur, quitte à frustrer certains fans, comme avec le personnage du Spadassin (Swordsman) Jack Dusquesne, ici relégué au second plan et délesté de ses origines de mercenaire devenu héros, mentor de Clint Barton. Toutefois, l'interprétation de Tony Dalton emporte tellement l'adhésion qu'on finit par adorer ce drôle de bonhomme, amant de la mère de Kate Bishop, fils d'un riche homme d'affaires, et qui jubile in fine lorsqu'il a l'occasion de ferrailler avec des fripouilles russes.

Ceci mis à part, donc, c'est un crescendo qu'offre Hawkeye, avec de l'humour et de l'action, à la manière d'un buddy movie (infiniment plus convaincant que Falcon et le Soldat de l'Hiver) et d'un fimm de Noël. La rencontre entre Clint Barton et Kate Bishop, qui en a fait son idole depuis qu'elle l'a vu lors de la bataille de New York (dans le premier film Avengers), est jubilatoire de bout en bout, grâce à l'abattage irrésisitible de Hailee Steinfeld et à la placidité lasse de Jeremy Renner : leur duo est absolument parfait, leur alchimie parfaite - svp, Kevin Feige, commandez tout de suite une saison 2 !

L'intrigue part quelquefois dans tous les sens, à cause du nombre de seconds rôles, et le fil rouge concernant cette fameuse montre ne trouve une réponse in extremis et quelque peu lapidaire (Laura Barton a été une agent du SHIELD, et son matricule correspond à celui de Mockingbird, qui a été l'épouse et partenaire de Hawkeye dans les comics. Mais ça n'explique pas vraiment pourquoi elle craignait tant que son secret tombe dans d'autres mains puisque le SHIELD n'existe plus dans le MCU et qu'on voit mal Linda Cardellini interpréter Mockingbird dans le futur).

Pourtant, le téléspectateur peut facilement faire le lien entre les protagonistes : Yelena, par exemple, on le sait, est en mission pour la Comtesse de Fontaine et il semble évident que Wilson Fisk finance les projets de celle-ci tout il est le partenaire d'Eleonor Bishop. Vincent d'Onofrio endosse à nouveau le costume du Caïd après la série Daredevil sur Netflix, pour le bonheur de tous, et il en impose sans forcer, même s'il n'apparaît vraiment que dans le dernier épisode. "L'Oncle" de Maya Lopez et boss des russes ne meurt évidemment pas à la fin, malgré le coup de feu qu'on entend, tiré par Maya (dans les comics, une scène similaire avait aveuglé un temps Fisk) et je pense que Fisk reviendra hanter quelques séries futures (un peu comme Kang est voué à le faire dans les films).

Le rythme de la narration est soutenu, d'ailleurs les épisodes ne sont pas longs (une quarantaine de minutes, sauf pour le dernier qui dure une heure). Malgré cela, l'équipe laisse les héros et le fan souffler, mais jamais trop longtemps, et surtout le récit rebondit sans cesse jusqu'au final, spectaculaire avec son lot de flèches spéciales, d'affrontements intenses et d'explications justes. Sans que Alaqua Cox y soit pour rien, c'est son personnage, qui renvoie à Ronin (un passage peu réussi de Avengers : Endgame, mais bien exploité ici), qui est peut-être le plus dispensable (là encore, le choix des scénaristes de ne pas faire de Kazi un véritable tueur et homme de main de Fisk est discutable).

Quoiq qu'il en soit, n'hésitez pas à donner sa chance à Hawkeye. Si vous aimez le personnage, quel que soit celui qui l'incarne, vous ne serez sûrement pas déçu. Et dans l'ensemble que forment les séries Marvel sur Disney +, elle figure dans les meilleures.

jeudi 8 mars 2018

HAWKEYE #16 (FINALE), de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Après la fin de Defenders de Brian Michael Bendis et David Marquez, c'est au tour d'une autre de mes séries favorites de tirer sa révérence avec ce seizième numéro de Hawkeye par Kelly Thompson et Leonardo Romero. Ce n'est jamais gai de voir un titre, qui, depuis cinq ans, s'était imposé dans le paysage, être annulé, mais tâchons de faire ça dignement.


L'agence Hawkeye est assiégée par les sbires de Madame Masque et Eden Vale tandis qu'à l'intérieur Clint et Kate ont gardé en otage le père de cette dernière, Derek (ou plutôt son clone rajeuni et doté d'un pouvoir de persuasion vicieux par Mme Masque). Les deux archers montent sur le toit du bâtiment pour organiser leur riposte.


La bataille fait rage : Kate a raison de Lady Bullseye, Clint neutralise Swordsman et Boomerang. Une fillette, prise entre deux feux, est sauvée, obligeant les deux archers à faire face à leurs adversaires pour négocier.


Mais, il s'agit en vérité de créer une diversion : tandis que Clint est prêt à se livrer à Eden Vale, Kate ne profite pour se glisser à nouveau dans son agence pour mieux prendre à revers Mme Masque et son alliée. 

Les deux méchantes sont désarmées et la police, avec la détective Rivera, arrive enfin, appelées par les amis de Kate. Profitant une nouvelle fois de la confusion, Mme Masque se défile et rejoint le toit d'un immeuble voisin où l'attend sa commanditaire : nulle autre que la mère de Kate, ayant assisté à l'affrontement et désormais convaincue que sa fille possède des pouvoirs et recommandant à Masque de ne plus l'importuner.

A la dernière page de ce dernier épisode, la scénariste Kelly Thompson a rédigé, avec sa verve si tonique, une lettre de remerciements adressés à ses collaborateurs - les dessinateurs Leonardo Romero et Michael Walsh, la coloriste Jordie Bellaire, le cover-artist Julian Totino Tedesco (qui, j'ai omis de le citer, honte à moi, a produit de superbes illustrations tout au long de la série), l'editor Sana Amanat. Et bien entendu à tous les fans qui ont soutenu le titre depuis presque un an et demi.


Thompson avoue, humblement, avec quelle audace elle proposa le pitch de ce qui s'appelait encore Hawkeye Investigations pour succéder aux runs de Matt Fraction, David Aja et Annie Wu (multi-récompensé et à l'origine du renouveau commercial du personnage-titre), puis celui (plus bref mais non moins honorable) de Jeff Lemire et Ramon K. Pérez. Son objectif était de recentrer la série sur Kate Bishop sur un ton mélangeant l'aventure et l'humour.

Malgré des critiques élogieuses et un noyau de lecteurs attachés au projet, Marvel a donc préféré sacrifier cette série plutôt que de la relancer (et donc de lui donner un coup de projecteur bienvenu) ou de lui accorder un peu plus de publicité (la même mésaventure a été dénoncée par Kelly Sue DeConnick quand elle écrivait Captain Marvel, pour laquelle elle battait le rappel des troupes elle-même via les réseaux sociaux car l'éditeur se fichait de son travail). A côté de ça, Marvel préfère miser sur une série Lockjaw, le chien des Inhumains. 'Nuff said ! comme dirait Stan Lee...

Mais, à la fin de sa lettre, Thompson éveille un espoir pour les fans de sa Hawkeye en affirmant qu'elle et Sana Amanat ont des projets pour Kate Bishop... Dès Août prochain ! Sous quelle forme ? Avec quel dessinateur ? Mystère, mais au moins la porte n'est pas/plus complètement fermée.

Ce qui est regrettable, outre l'arrêt de Hawkeye, c'est aussi la dissolution de la collaboration entre Thompson et Leonardo Romero : il devient rarissime d'observer un duo artistique qui se trouve si bien, qui se révèle sur la même série et grandit avec elle. Ces deux-là formaient avec Waid et Samnee (sur Daredevil, Black Widow, Captain America) certainement la meilleure paire créative de Marvel. Le trait élégant et nerveux à la fois de l'italien servait admirablement, et ici encore une fois, les scripts de l'américaine, avec la contribution de la coloriste incroyable qu'est Jordie Bellaire. Romero rebondira vite puisqu'il va terminer le run de Mark Waid sur Captain America à partir du n°701 (il semble même qu'il débutera en se partageant les planches du #700 avec Samnee, dont ce sera le dernier travail pour Marvel).

La fin de cet ultime arc, Family Reunion, reste ouverte, avec la révélation (attendue, et que j'avais devinée) de la commanditaire de Mme Masque et la suggestion que Kate aurait bien des super-pouvoirs (sans qu'on sache précisément lesquels). "The End ?" conclut la dernière case, comme si, effectivement, Kelly Thompson préparait un retour, une explication, une suite.

Alors que les annonces pleuvent en ce moment sur le nouveau statu quo de Marvel, "Fresh Start", nous devrions savoir prochainement de quoi l'avenir des Hawkeye sera fait. 

jeudi 8 février 2018

HAWKEYE #15, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Comme pour les Defenders de Bendis et Marquez, la sortie de ce pénultième épisode de Hawkeye par Kelly Thompson et Leonardo Romero rappelle à ses fans combien cette série manquera quand, dans un mois, elle ne paraîtra plus. Mais voyons ce que cela raconte plutôt que de sombrer dans la mélancolie précocement.


Coincés dans l'entrepôt, Clint Barton et Kate Bishop se demandent quoi faire maintenant que Eden Vale et Mme Masque ont scellé une alliance. La situation se complique encore plus lorsque, grâce aux échantillons sanguins que lui fournit Masque, Eden peut téléporter dans le hangar les pires ennemis des deux archers : Lady Bullseye, Swordsman, Boomerang et Crossfire (quoi que ce dernier soit vite renvoyé pour avoir râlé contre son recrutement sans en avoir été averti).


Pour filer, Kate ne voit qu'une solution, risquée, mais cela n'est pas pour déplaire à Clint : les voilà qui ruent dans les brancards, se frayant un chemin à travers les sbires de Masque. Mais, une fois l'entrepôt traversé, il faut encore en sortir ! 


Pour ce faire, les deux archers tirent chacun des flèches aveuglantes et à fumigènes, afin de couvrir leur échappée... Mais aussi pour leur permettre d'enfiler les vêtements de deux agents de masque (qu'ils vêtissent en retour de leurs propres costumes).


La ruse fait long feu mais elle a permis à Kate et Clint d'être dehors et d'embarquer dans un taxi. Direction : le quartier général de Mme Masque. Ils y entrent en force et, au sous-sol, libèrent et embarquent Derek Bishop, toujours enfermé dans sa cellule. Ils ressortent sans se douter qu'une mystérieuse femme, à l'étage, les laisse filer.


De retour à l'agence de Kate, ils sont attendus par les amis de celle-ci mais les retrouvailles sont écourtées car elle et Clint doivent soumettre Derek à un interrogatoire. Avant cela, ils se rhabillent avec leurs uniformes normaux puis se préparent à conduire leur prisonnier dans un endroit sûr. Mais dehors les attendent Mme Masque, ses gardes, Eden Vale, Boomerang, Lady Bullseye et Swordsman !

Que cette série ne soit pas parvenue à séduire assez de lecteurs américains pour continuer restera un mystère irrésolu pour moi : voyez comme ça swingue encore une fois dans cet épisode, avec quel esprit le scénario est rédigé, avec quelle élégance c'est dessiné... Et moins de quinze mille acheteurs par mois ! C'est à n'y rien comprendre, vraiment...

Kelly Thompson a, le mois dernier, signé un contrat d'exclusivité avec Marvel : cela signifie que l'éditeur compte sur elle, mise sur son talent dans l'avenir, croit en son potentiel, et la rumeur veut que ce soit elle que Brian Michael Bendis ait désigné pour reprendre l'écriture de sa création, Jessica Jones. Tout cela est mérité car cet auteur a une vraie plume : elle mène son récit avec tonus mais aussi une dose salvatrice d'espièglerie, comme en témoigne son don pour "aérer" une scène d'action avec un bon mot (Mme Masque qui soupire : "What a joy ! The deficient duo !" en voyant les deux archers perturber sa réunion avec Eden Vale). C'est ce genre de trait d'esprit qui distingue une scénariste du lot, cette capacité à respecter les codes du genre (de l'action) mais en conservant une distance, une légère irrévérence (ne pas prendre tout cela trop au sérieux). C'est ce qui aboutit à une lecture jubilatoire, un comic-book qu'on lit le sourire ravi aux lèvres.

L'intrigue s'achemine sûrement vers un dénouement qui se devra d'être spectaculaire (la dernière page promet un "final showdown"), tout en tournant en dérision cette attente : ici, tout est fait pour solliciter l'attention du lecteur malgré l'apparente légèreté du style. Kate et Clint sont coincés, ils doivent fuir, et pour semer la confusion chez leurs ennemies, ils volent les vêtements de deux sbires. La manoeuvre ne trompe ni les méchantes ni le lecteur bien longtemps, et Thompson ironise d'ailleurs sur ce point en faisant dire à Mme Masque que les archers ont au moins le mérite de changer d'habit très vite... 

Mais la mise en scène est magistrale grâce au découpage parfait de lisibilité et de dynamisme de Leonardo Romero, dont le dessin clair, élégant, permet de suivre le mouvement sans jamais être égaré. L'artiste en profite pour signer deux magnifiques doubles pages qu'il faudrait, comme à chaque fois chez lui, citer en exemple car il n'use pas de ce procédé pour produire deux simples images tape-à-l'oeil mais bien fournir deux planches foisonnantes (la première compte huit cases, dont six en rang, la seconde encore davantage), avec des décors fouillés, un flux de lecture détaillé.

L'épisode se poursuit sur un rythme alerte qui emprunte presque au vaudeville : Clint et Kate forçant le repaire de Masque, dérouillant quelques-uns de ses hommes de main (au point que l'un, qui a déjà eu à subir un de leurs raids, implore pour ne pas être de nouveau tabassé - irrésistible), embarquent le père félon de Kate et filent comme ils sont venus.

Au coeur de ce tourbillon, toujours superbement illustré et chorégraphié par Romero, Thompson glisse même une page où le lecteur devine qui tire vraiment les ficelles de cette affaire - et si mon intuition se confirme, ce serait un fameux twist...

Mais la scénariste ne veut pas laisser souffler le lecteur et les dernières pages renouent avec la cavalcade via un arrêt à l'agence de Kate et un cliffhanger très accrocheur. Effectivement, le dernier épisode sera épique !

Pourtant, malgré sa précision horlogère, la série n'a pas réussi à convaincre un public suffisant ni à convaincre Marvel de lui accorder du rab (avec, par exemple, un relaunch, une fois cet arc narratif terminé, ou un peu plus de pub - car le titre n'a pas été follement soutenu). Le run de Thompson et Romero n'aura vraiment pas démérité avec ceux de Fraction-Aja et Lemire-Perez, et va tirer sa révérence après 16 mois, alors que ses meilleurs épisodes s'enchaînaient. C'est un vrai gâchis... Mais quand les prochains TPB sortiront, ne passez pas à côté : vous découvrirez (trop tard, certes) une version divine de Hawkeye.         

mercredi 17 janvier 2018

HAWKEYE #14, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Savourons ! Pourquoi cet impératif ? Parce que Hawkeye, dans cette version, par ces auteurs, n'a plus que deux numéros après celui-ci à vivre, Marvel ayant annoncé son annulation. Certes le titre ne vendait pas beaucoup (12 000 exemplaires en moyenne), mais dans un marché en crise et comparé à d'autres qui ne font guère mieux (voire pire), après plus d'un an d'existence, des critiques enthousiastes, des fans fidèles, cet arrêt est un vrai crève-coeur. Donc : savourons !


Après l'enlèvement de Kate Bishop par Eden Vale (qui lui a promise de le lui rendre sa mère contre la vie de Clint Barton), Clint rentre à l'agence de sa partenaire où l'attendent ses amis, Ramone, Johnny et Quinn, tous inquiets pour elle.


Grâce à la bande et quelques recherches sur Internet, ils localisent la possible planque de Eden Vale : un entrepôt loué au nom de Ned Leave (anagramme de la méchante). Clint apprend aussi accidentellement que Mme Masque se balade en ville dans un clone de Kate, ce qui lui donne une idée...


Autrefois, Kate s'était disputée avec sa mère à laquelle elle reprochait son absentéisme mais qui lui promettait qu'elle comprendrait plus tard. Eden Vale, aujourd'hui, permet à la fille et la mère de se retrouver brièvement, le temps de se réconcilier et pour Kate de dire qu'elle a appris les malversations de son père, Derek. Mais les deux femmes sont vite séparées et Eden Vale exige une réponse à sa proposition.


Cependant Clint investit le repaire de Mme Masque et neutralise ses gardes avant de l'affronter et de la maîtriser. Il la force à passer le costume de Kate puis l'assomme. Finalement, contre toute attente, Kate refuse de tuer Clint pour revoir sa mère car elle le considère désormais comme sa famille. Barton déclenche alors une explosion grâce à une de ses flèches ce qui lui permet de substituer le corps de Kate avec celui de Mme Masque.


Mais, comme le lui fait ensuite remarquer Kate, est-ce une si bonne idée de faire se rencontrer Eden Vale et Mme Masque ?

La couverture (superbe) de Julian Totino Tedesco (qu'il a refaite après une première version différente afin de mieux coller à une scène tout en semant le doute chez le lecteur) résume admirablement le contenu, toujours aussi malicieux, du script de Kelly Thompson

La scénariste m'épate toujours autant par sa manière de mélanger des éléments narratifs dignes des screwball comedies à un récit super-héroïque : elle ne prend pas tout ce folklore au sérieux mais fait le job sérieusement, avec une efficacité jamais démentie depuis le début de son run. Et d'avoir à disposition les deux archers lui autorise cette licence.

Encore plus fort : peut-être parce qu'elle savait déjà sa série condamnée, elle opère une épatante synthèse pour lier les deux intrigues en cours dans cet arc judicieusement intitulé Family reunion, et qu'on peut interpréter de bien des façons - il s'agit d'abord évidemment de la famille Bishop, mais aussi de la famille de coeur entre Kate, Ramone, Johnny et Quinn, du tandem Kate-Clint, d'Eden Vale et Mme Masque (elle-même évoluant désormais sous l'apparence de Kate).

Mené tambour battant, avec des dialogues toniques, l'épisode profite une fois encore de la contribution exemplaire de Leonardo Romero, toujours impeccable : en peu de traits, il rend expressif ses personnages, son découpage est toujours astucieux (avec sa marque de fabrique, d'excellentes doubles pages qui ne servent pas à remplir le fascicule mais bien à accélérer l'action en utilisant un redistribution latérale des plans).

La fin de l'épisode est remarquable, avec une succession de plans fixes où le premier et l'arrière-plans racontent vraiment, simultanément et parallèlement, deux moments qui souligne à quel point est hasardeux le plan de Clint. C'est à la fois drôle et inquiétant, très éloquent et concis.

Qu'une aussi belle et intelligente série soit sacrifiée est vraiment un gâchis terrible, mais, aussi désolant soit-il, c'est hélas ! surtout révélateur de ce qui se joue chez Marvel en ce moment, bateau pris dans des remous éditoriaux sans qu'on sache très bien ce que le capitaine a en tête... 

vendredi 15 décembre 2017

HAWKEYE #13, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Avec ce 13ème épisode débute non seulement un nouvel arc narratif, intitulé Family Reunion, mais aussi la deuxième saison de ce volume de la série Hawkeye depuis sa reprise par Kelly Thompson et Leonardo Romero. Et, comme nous le montrait la dernière page du précédent numéro, cerise sur le gâteau, avec le retour de Clint Barton aux côtés de Kate Bishop.


Clint Barton resurgit donc dans la vie de Kate Bishop au moment où celle-ci s'apprêtait à l'appeler en renfort pour retrouver sa mère. Mais ce qu'elle n'avait pas escompté, c'est que Clint avait lui aussi besoin de son aide car il est poursuivi par une mystérieuse mobile dont il ignore ce qu'elle lui reproche.


Après avoir échappé une première fois à une de ses attaques, le tandem réussit à localiser son domicile à Los Angeles grâce au signalement qu'en fait Barton : il s'agit d'une nommée Eden Vale, scientifique de génie mais aussi ancienne disciple du premier Swordsman.


Lorsque les deux Hawkeye s'approchent de chez elle, elle entame les hostilités. Incapables de la maîtriser, les deux archers sont même séparés quand Eden Vale se téléporte avec Kate Bishop dans une planque.


Kate se retrouve menottée et apprend la nature des pouvoirs de son adversaire - la capacité de se déplacer dans le temps et l'espace - mais surtout ce qu'elle attend d'elle : si elle en veut à Clint, c'est parce qu'elle le juge responsable de la mort de sa fille, Lucy, quand il se cachait dans la région du Nevada suite au putsch de l'Hydra (cf. la saga globale Secret Empire).


Et maintenant, pour convaincre Kate d'exécuter Clint, Eden Vale lui fait une offre a priori impossible à refuser...

Comme elle nous y a habitués, Kelly Thompson démarre son récit pied au plancher avec une scène spectaculaire, puis calme, presque aussitôt, le jeu en opérant un retour en arrière, construisant la majorité de l'épisode comme un flash-back qui va nous conduire à cette ouverture. 

La scénariste s'enhardit donc en s'amusant avec les nerfs du lecteur et les codes de la narration : procédé n'est pas nouveau mais il est habilement manié ici et confirme le plaisir de la lecture que procure Hawkeye - un élément qui se jamais démenti depuis le début de son run (et qui perdure depuis celui de Matt Fraction puis de Jeff Lemire).

Ce plaisir est d'abord fourni par les retrouvailles, attendues autant qu'espérées, des deux Hawkeye, et la dynamique de leur couple (qui ne repose pas sur la romance traditionnelle) est intacte : on les voit se chamailler comme deux gamins, l'immaturité de Clint déteignant immédiatement sur Kate dès leur première conversation. Tous deux ont une affaire pressante sur le feu et sollicite l'aide de l'autre, mais c'est Barton qui emporte le morceau.

Si Kelly Thompson adresse des références à la saga globale Secret Empire et au one-shot Generations : Hawkeye (déjà écrit par elle et dessiné par Stefano Rafaele, dans lequel Kate Bishop était projetée dans le passé sur une île pour une chasse à l'homme au cours de laquelle elle s'alliait à Barton alors au début de sa carrière), le lecteur n'est pas perdu et peut suivre l'histoire tranquillement, une autre preuve de l'adresse de l'auteur.

Leonardo Romero est également en grande forme même si son découpage est plus sage qu'à l'accoutumée (une seule et simple double-page, des scènes aux cadres classiques). On aurait toutefois tort de faire la fine bouche car le trait élégant et les angles de vue sont parfaits : il privilégie la lisibilité et sa représentation des pouvoirs d'Eden Vale permet à la coloriste Jordie Bellaire de briller avec une palette pourtant très sobre.

On sent néanmoins que l'équipe artistique a pris désormais la mesure de la série et cherche à doser ses effets narratifs et graphiques pour développer un arc solide, où l'intrigue pèsera autant, sinon plus que les relations entre les personnages, les dialogues corsées ou la fantaisie de certaines situations. Clairement, la solution qui s'offre à Kate Bishop au terme de l'épisode pose un vrai dilemme, plus dramatique que jamais, alors que ce qui y a conduit adoptait une légèreté familière.

La volonté affichée est donc nette : Hawkeye entend bien continuer à mûrir dans cette nouvelle "saison", forte d'avoir gagné à sa cause un lectorat fidèle et conquis mais sans s'en contenter. Louable intention qu'on ne peut que qu'encourager.


lundi 20 novembre 2017

HAWKEYE #12, de Kelly Thompson et Michael Walsh


Dans le précédent numéro, les aventures de Kate Bishop comme détective privée à Los Angeles ont pris un tour nettement plus personnel, avec la culmination de révélations sur Madame Masque, son père et sa mère. Ce 12ème épisode marque donc le début d'une sorte de troisième acte pour la série Hawkeye qui fête donc sa première année d'existence dans cette version.


Lorsqu'elle s'est échappée du repaire de Mme Masque, Kate Bishop a dérobé une liste des clients de son ennemie et elle va l'exploiter pour retrouver la criminelle qui, espère-t-elle, la mènera à sa mère - même si son père, Derek, a avoué l'avoir tuée. 

Kate se rend donc pour commencer dans un bar dont l'adresse figure sur la liste et où elle trouve Laura Kinney/Wolverine et sa jeune partenaire Gabby en découdre avec une bande de malfrats. Elle les aide à les neutraliser puis les conduit à son agence avant l'arrivée de la police.


Laura et Gabby sont à Los Angeles pour y arrêter un certain Jacob Damon qui conçoit des clones à partir de leur ADN. Kate les convainc de faire équipe avec elle, étant donné que leurs objectifs sont similaires et qu'elle dispose d'informations pouvant les aider.


Elles se rendent toutes les trois chez Jacob Damon qui les piège grâce à gaz soporifique. Lorsque les trois filles reviennent à elles, elles sont enchaînées et pendues par les pieds mais Kate réussit à les libérer au moment où un régiment de clones de Damon surgit pour les éliminer. Elles les neutralisent facilement et Kate laisse une lettre à l'intention de la police révélant les activités du savant.


Laura et Gabby quittent Kate qui rentre à son agence, consciente qu'elle a besoin de renforts pour progresser plus vite. Comme elle s'apprête à appeler Clint Barton, celui-ci se présente car il a également besoin d'elle...

Comme pour les #5-6, la scénariste Kelly Thompson orchestre une team-up - l'alliance de deux héros - savoureuse et retrouve, pour l'occasion, le dessinateur Michael Walsh avec qui elle avait déjà raconté le partenariat de Kate Bishop et Jessica Jones.

L'épisode se lit très rapidement, mais ce n'est pas un défaut : cela prouve que l'auteur conduit son récit avec un rythme soutenu, une narration très fluide, où le prétexte de la réunion de Laura Kinney (ex-X-23, maintenant détentrice du pseudonyme et du costume de Wolverine... Reste à savoir pour combien de temps maintenant que Logan est revenu d'entre les morts depuis Marvel Legacy #1) et Hawkeye passe comme une lettre à la Poste.

Bien sûr, la ficelle est un peu grosse (encore une histoire autour des clones et de leur trafic mené par Mme Masque et, cette fois, un savant qui reproduit des Armes X), mais la scénariste en a visiblement conscience et préfère s'en amuser, comptant sur la complicité (l'indulgence ?) des lecteurs. Comme depuis le début de cette version de la série, une certaine légèreté est de mise, on accepte que deux héroïnes, n'évoluant pas dans la même sphère, se retrouvent aussi opportunément sur le même dossier. Et puis ça fait plaisir, pour une fois, d'observer une mutante qui évolue en dehors de ses semblables (alors que tous les X-Men semblent ne côtoyer que les leurs et ne combattre que des menaces pour leur communauté).

Walsh supplée Leonardo Romero (avant son retour le mois prochain) sans que le résultat en pâtisse. Certes, le dessinateur américain a un trait moins élégant et travaillé que son collègue italien, mais il respecte la charte graphique de la série, notamment en ce qui concerne les gimmicks visuels propres à Kate, ou l'emploi de belles doubles pages très bien découpées (pour une scène d'explication amusante ou une baston contre un régiment de clones bien chorégraphiée). La coloriste Jordie Bellaire, toujours au top, fait le reste, sa palette contribuant aussi beaucoup à la cohérence esthétique de la série, même quand son artiste régulier est absent.

La fin de l'épisode fait particulièrement plaisir à ceux qui (comme moi) se lamentaient de revoir ce bon vieux Clint Barton et la réunion des Hawkeye : la suite s'annonce très prometteuse et permet au titre de conserver sa place de choix dans les lectures attendues produites par Marvel (dans une période où l'éditeur fait face à une transition - départ de Bendis, démission de l'editor-in-chief, baisse des ventes...).

dimanche 15 octobre 2017

HAWKEYE #11, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Pour cet avant-dernier numéro avant que la série ne s'aligne sur la nouvelle bannière "Marvel Legacy", Kelly Thompson et Leonardo Romero concluent le deuxième acte des aventures de Hawkeye Katie Bishop.


Madame Masque a transféré son esprit dans un clone de Kate Bishop et a passé la nuit à intriguer les amis de l'héroïne par son comportement insolent et désinvolte de manière à ruiner subtilement sa réputation.



Détenue dans le repaire de Mme Masque, Kate Bishop réussit à quitter sa cellule et a découvert que dans celle qui voisinait la sienne croupissait son père, Derek, complice de son ennemie qui lui a fourni en échange un clone rajeuni. Kate l'interroge pour savoir s'il est responsable de la disparition de sa mère et en a la confirmation. Elle quitte alors l'endroit en corrigeant les sbires de Mme Masque.


Lorsque Kate retrouve sa Némésis, les deux femmes s'affrontent devant les amis de la première, médusés. Le combat se poursuit jusque sur les hauteurs de Mulholland Drive où se dressent les lettres de Hollywood.


Mais alors qu'elle a pris l'avantage sur son adversaire, Kate choisit de l'épargner car elle comprend que cela ne résoudra pas la colère qu'elle ressent envers son père et, surtout, que Masque sait peut-être où se trouve sa mère. L'inspectrice Sanchez tire alors sur Mme Masque, mais la police échoue à la retrouver ensuite dans les parages.


Réconfortée par ses amis, qui nient avoir eu des ennuis à cause d'elle, Kate rentre chez elle et se fixe alors sa mission la plus importante : retrouver sa mère.

Même si l'épisode se termine avec Madame Masque en cavale (et donc toujours potentiellement nuisible, d'autant plus qu'elle a désormais l'apparence de Kate Bishop), ce 11ème numéro de la série acte la fin de son deuxième acte.

Hawkeye a appris beaucoup de choses dernièrement en affrontant son ennemie et en retrouvant son père : d'une part, elle a eu la confirmation qu'en se basant à Los Angeles elle serait au bon endroit pour s'émanciper en tant qu'héroïne (quand bien même son bilan comme détective privée est mitigé, mais au moins ne dépend-elle plus d'un groupe - comme les Young Avengers - ou d'un mentor/partenaire - comme Clint Barton), et d'autre part pour découvrir la vérité sur la disparition de sa mère (et la responsabilité supposée - depuis vérifiée - de son père dans cette affaire).

A la fin de ce chapitre 11, Kate a gagné des amis fidèles (et peut-être même un amant), la complicité d'une alliée dans la police (Sanchez, même si leur relation est électrique, chacune ayant la langue bien pendue), et une vraie mission, un objectif personnel (retrouver sa mère dont elle a été séparée et dont elle n'a plus de nouvelles). D'un geste hautement symbolique, elle enlève du tableau des photos et notes de personnes ciblées (en relation avec ses précédentes investigations professionnelles - comme Clint Barton l'avait fait dans le run de Fraction/Aja) pour ne plus y coller qu'un post-it avec la mention laconique : "Mom" ("Maman").

11 épisodes donc pour établir le personnage, la faire évoluer au gré d'aventures parfois loufoques, lui attribuer une ennemie attitrée (Mme Masque - avec laquelle le contentieux dure depuis Hawkeye #4-5, époque Fraction), et ceci fait (et presque réglé) imposer Kate Bishop comme non pas une "lady Hawkeye" ou une "Hawkeye girl" (bref, un ersatz féminin de Clint Barton) mais bien Hawkeye tout court, détentrice du titre et de la série consacrée.

L'affirmation de cette identité doit aussi beaucoup à Leonardo Romero qui (en dehors de l'intérim de Michael Walsh durant deux épisodes) a prouvé sa fiabilité à dessiner une ongoing série et sa capacité à lui donner une identité visuelle. 

Tout comme Kate, l'artiste a imposé ses gimmicks avec élégance et assurance : sa manière de découper ses doubles-pages est devenue une sorte de signature, et de son trait épuré mais tonique, il se joue de cette figure de style avec inventivité. Ses compositions sont soignées, ses plans bien remplis, ses décors soignés, ses personnages expressifs et mémorables. On a là un graphiste complet qui, derrière un coup de crayon apparemment élémentaire, donne à lire au lecteur et, surtout, complète excellemment les scripts de Kelly Thompson. Ce qui s'appelle bien se trouver car la réussite authentique d'une BD se fonde toujours sur la justesse de l'association d'un auteur et d'un artiste, jamais l'un plus (ou moins) que l'autre (on me reproche souvent d'être un brin professoral en répétant cela, mais c'est une conviction qui, je le crois, se vérifie toujours : les bonnes BD, celles qu'on apprécie sur la durée et qui nous restent en mémoire positivement, sont celles produites par un scénariste et un dessinateur d'égale valeur).

Prochaine étape, en Novembre, avec Wolverine/ Laura Kinney en guest, avant, en Décembre, l'arrivée de Clint Barton à Los Angeles (en vue d'une transformation de la série alors axée sur leur duo ?). 

mardi 19 septembre 2017

HAWKEYE #10, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Mine de rien, le run de Kelly Thompson et Leonardo Romero sur ce nouveau volume de la série Hawkeye semble avoir trouvé son public puisque nous voilà en possession du 10ème numéro. La performance est d'autant plus remarquable que le titre existe désormais non plus avec Clint Barton mais avec l'autre détentrice de ce pseudonyme, Kate Bishop.


Ce nouveau chapitre commence par une page d'une exquise féminité où Kate se prépare à sortir en se faisant une beauté - une préciosité qui tranche avec le côté garçon manqué dont elle fait habituellement preuve... Et qui va interroger le lecteur en alimentant l'intrigue.


Nous avions quitté Kate alors qu'une jeune femme, méconnaissable car de dos, entrait dans son agence et provoquait chez elle une expression stupéfaite. Lorsque ses amis arrivent et qu'ils la trouvent maquillée et en robe du soir, ils s'interrogent sur son état d'esprit alors qu'elle les avait convoqués, l'air inquiet. 


Pourtant Kate les entraîne, contre toute attente, pour une soirée en boîte de nuit. Mais lorsque le malfrat Oddball surgit dans la discothèque pour racketter les clients, Kate refuse d'abord de l'affronter !


Elle s'y résout malgré tout pour calmer ses amis, après avoir aguiché les garçons et ignoré les filles auparavant, et règle son compte au vilain en deux temps, trois mouvements. Il n'empêche, l'attitude de Kate intrigue ses acolytes...
  

Et ils ont raison de l'être, intrigués car... La vraie Kate Bishop est détenue dans une planque de Madame Masque, et dans la cellule voisine, se trouve son père, également prisonnier !

Bien que la série, depuis le début, joue plutôt la carte de la légèreté, il est troublant de voir, désormais, après dix épisodes, à quel point la question du corps préoccupe la scénariste Kelly Thompson : on a en effet vu un prévenu littéralement imploser, une jeune femme se transformer en dragon, un jeune homme devenir un colosse, un père de famille entraîné contre son gré dans un fight club, le père de Kate cloné... Et maintenant Kate elle-même répliquée par sa pire ennemie, Mme Masque !

Ajoutez que les combats qu'a dû mener Kate lui laissent régulièrement des plaies (et l'obligent à porter divers pansements - un reliquat du Hawkeye version Fraction/Aja où Clint était lui aussi couvert de bandages), et on mesure bien qu'être héros, c'est d'abord être un corps en souffrance, manipulé, malmené, et même reproduit !

L'ouverture de cet épisode, une planche de pure séduction où, dans l'intimité, on assiste au maquillage de Kate, qui souligne sa beauté naturelle, et que le dessin superbement épuré de Leonardo Romero met en valeur, préfigure tout ce qui suit (tout en prolongeant ce qui a précédé). Le scénario de Kelly Thompson joue malicieusement sur la "possession" de Kate qui adopte un comportement décomplexé d'abord comique puis étrange, embrassant deux des garçons de sa bande et snobant les deux filles qui l'accompagnent, puis qui rosse Oddball sans ménagement après s'être estimée trop supérieure pour combattre un vilain de seconde zone comme lui. 

Lorsque la vérité sur la situation est dévoilée, dans le dernier quart de l'épisode, le twist fonctionne pleinement tout en nous laissant sur une ultime page très accrocheuse (annonciatrice de règlements de comptes - le pluriel est de rigueur puisque Derek Bishop va devoir répondre à une question essentielle et que le duel attendu avec Mme Masque est au programme du prochain chapitre).

Hawkeye arrive donc, tranquillement mais sûrement, à la conclusion de sa première saison puisque, en Novembre, la série, sans changer d'équipe créative (ouf !), s'apprête à réunir les deux archers avec l'arrivée de Clint Barton à Los Angeles...