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mercredi 22 décembre 2021

CATWOMAN #38, de Ram V et Caspar Wijngaard


Clap de fin pour Ram V après seulement 13 épisodes de Catwoman (et les deux numéros durant Future State). Le scénariste soigne malgré tout sa sortie, même si le fan garde un sentiment d'inachevé. Pour ses adieux à la féline fatale, Ram V est accompagné du dessinateur Caspar Wijngaard (et non Felipe Andrade comme je l'avais relayé).



Selina Kyle se présente au commissariat pour répondre aux questions des détectives Kollak et Rigs. Elle est assistée d'un avocat mais parle librement. Elle rend d'abord hommage au détective Hadley, à l'enterrement duquel elle a aussi croisé le Père Vallée (sans le mentionner aux policiers).
 

A propos de ses affaires dans Alleytown, elle dénonce les manoeuvres du Sphinx et du Pingouin, qui ont été arrêtés entre temps. Pour ce qui a trait aux vilains qui ont affronté les forces du Magistrat et du GCPD, elle affirme, avec raison, ne pas être à l'origine de leurs actes.


Après l'avocat de Selina, qui répond à un appel téléphonique, Kollak quitte la salle d'interrogatoire, convoqué par son chef. A son retour, il embarque Selina. Rigs ne les reverra pas mais comprendra que Selina a profité de la complicité de Gueule d'argile pour s'en sortir.


Où est-elle passée depuis ? Le détective l'ignore, son collègue ayant été éloigné de Gotham. Rigs rentre chez lui, dans Alleytown, en espérant que le quartier s'en remettra. Et en sachant que Catwoman finira par resurgir...

Treize numéros et puis s'en va : le run de Ram V sur Catwoman aura été finalement très bref. Sans doute a-t-il même été abrégé par l'auteur lui-même. Du moins est-ce mon impression. A défaut donc de le savoir un jour, quitte-il le titre en beauté ?

Je trouve que oui. Il est évident, à mes yeux, que Ram V n'a pas été complètement mâitre de la série et la coupure de deux mois début 2021, pour l'event Future State, a dû le faire réfléchir sur son envie de rester plus longtemps. Quand il a fallu suivre l'intrigue de Fear State, l'affaire était certainement pliée et sa décision prise de ne pas insister.

Si je pense cela, c'est principalement parce que Ram V avait mis en place une intrigue à double fond avec d'un côté le recrutement par le Pingouin du tueur mystique, le Père Vallée, et de l'autre la menace de la Sorcière Blanche, liée à Simon Saint. On peut, je crois, affirmer sans se tromper que le Père Vallée venait de Ram V tandis que la Sorcière Blanche était une addition pour coller à Fear State. Lorsqu'on observe la manière dont Ram V s'est occupé du Père Vallée, sans le tuer, il est certain qu'il avait des plans pour lui et que sa relation avec Catwoman ne devait pas se terminer ainsi.

Ainsi, c'est-à-dire en faisant se croiser une ultime fois Selina et Vallée à l'enterrement du détective Hadley avec le tueur qui choisit d'en rester là. Une sortie invraisemblable, où le scénariste éloigne définitivement le personnage, dont Tini Howard (la repreneuse de la série) n'a rien à faire. Il est fort peu probable qu'on le revoit de sitôt.

Ram V doit faire place nette pour sa remplaçante et il écarte tout aussi rapidement le Sorcière Blanche, en suggérant un lien avec Ghost-Maker. Peut-être qu'elle aura une autre chance, si le nouveau partenaire de Batman continue d'être exploité par Joshua Williamson dans la série du dark knight...

Non, là où Ram V s'en tire le mieux et sauve les meubles, c'est dans la construction même de cet épisode. Cet interrogatoire davantage mené par Selina que par les détectives du GCPD lui permet de dresser un bilan de son run et en particulier des derniers épisodes, avec les événements liés à Fear State. Le scénariste écrit Catwoman comme une joueuse d'échecs digne de Batman, ayant toujours un coup d'avance, réponse à tout, sûre d'elle, de son charme, se jouant du système. Elle conserve toute son ambiguïté et c'est très bien. Le rôle-clé de Gueule d'argile est très amusant et fait regretter que ce personnage ne soit pas plus et mieux utilisé depuis la fin du run de Tynion IV sur Detective Comics.

Contrairement à ce qui avait été annoncé d'abord et que j'avais relayé, ce n'est pas Felipe Andrade (avec qui Ram V a signé la mini The Many Deaths of Layla Starr) qui signe le dessin de cet épisode mais Caspar Wijngaard. Et lui aussi s'en sort très bien.

Actuellement occupé par la série Home Sick Pilots (publiée chez Image Comics), Wijngaard a un style agréable et une narration très lisible. Ses images ont une simplicité payante dans un récit à la structure éclatée entre scènes au présent et flashbacks. Il ne fait pas de folie mais son découpage est fluide et ses plans ont toujours une bonne valeur, preuve qu'il est à l'aise avec une série sur laquelle il ne fait qu'un petit tour.

Malgré tout, on peut déplorer que, justement, tout ça manque un peu de caractère. Et ça aurait été l'autre problème du run de Ram V, commencé avec Fernando Blanco et qu'aucun remplaçant n'a réussi à faire oublier. Wijngaard a quelque chose de trop propre pour Catwoman, ce qui aurait pu être nuancé par une colorisation avec du caractère mais Jordie Bellaire fait elle aussi défaut et Wijngaard s'occupe de tout avec un goût prononcé pour une palette que je trouve trop acidulée.

En somme, ce 38ème épisode se lit bien, mais ne saurait faire oublier le sentiment de démission de Ram V et le fait que Blanco n'a jamais été remplacé. Catwoman est désormais entre les mains de Tini Howard, qui veut visiblement la rendre à son statut d'anti-héroïne, et de Nico Leon, qui tient là l'occasion de montrer ce qu'il a vraiment sous le crayon. Espérons juste que DC les laisse travailler en paix, sans tout parasiter avec des crossovers ou des events... 

mercredi 24 novembre 2021

CATWOMAN #37, de Ram V, Nina Vakueva, Laura Braga et Geraldo Borges - FEAR STATE


Editorialement, il faut bien le dire, Fear State aura été du grand n'importe quoi, une preuve supplémentaire qu'un crossover ne profite à personne s'il n'est pas dirigé, si son instigateur écrit seul dans son coin et laisse ses camarades, annexés au projet, se débrouiller seuls, sans quelqu'un pour organiser tout ça. Ainsi lit-on ce 37ème épisode de Catwoman, l'avant-dernier écrit par Ram V et qui aura nécessité trois artistes. Pour un résultat inepte.


La Jardinière, Harley Quinn et Catwoman croyaient avoir eu raison des soldats du Magistrat et de l'Atout à leur tête, mais Simon Saint a cloné ce dernier. Les trois femmes gagnent alors du temps pendant que Poison Ivy est exfiltrée.


Mais le Sphinx et le Pingouin comptent sur la confusion générale pour mettre la main sur Poison Ivy. Le fourgon dans lequel elle est évacuée est pris dans une embuscade. Edward Nygma pense tenir sa revanche comme Oswald Cobblepot sur Selina Kyle qui les avait doublés.


Sauf que Catwoman répond au Sphinx qu'elle avait prévu sa trahison et qu'elle lui envoie la bande de Gueule d'argile. Ghost-Maker arrive en renfort pour éliminer l'Atout et les soldats du Magistrat et sauver Catwoman, la Jardinière et Harley Quinn.
 

La suite est connue : Poison Ivy et Queen Ivy sont réunies par Harley Quinn et la Jardinière. Shoes prévient Catwoman que Batman est sain et sauf. Le maire Nakano ordonne le retrait des forces de l'ordre de Alleytown. Selina Kyle peut souffler et réfléchir à la suite.

Ces épisodes tie-in à Fear State de Catwoman auront fait beaucoup de mal au run de Ram V. S'il n'avait pas été obligé de composer avec ce crossover, peut-être n'aurait-il pas renoncé à écrire la série au-delà du n°38, qui sortira le mois prochain (même s'il paraît évident que le scénariste a envie de se consacrer à des projets plus personnels)...

Quoi qu'il en soit, Fear State a parasité Catwoman au pire moment : juste avant que l'histoire imaginée par James Tynion IV ne débute, Selina Kyle affrontait le Père Vallée (et on a entraperçu qu'il avait survécu), le détective Hadley est mort en sauvant Maggie Kyle d'une balle que lui destinait le Père Vallée, et Catwoman était sur le point de règner sur Alleytown.

Tout ça a été balayé par Fear State : Alleytown a vu débarquer les soldats du Magistrat et le GCPD sur ordre de Simon Saint et du maire Nakano, Catwoman a vu son royaume flamber tout en étant embarqué dans une quête pour sauver Poison Ivy et alors que le Sphinx et le Pingouin préparaient leur revanche.

Le fait même que Catwoman #37 sorte une semaine après Batman #117 et Nightwing #86 montre bien à quel point DC a mal édité ce crossover puisqu'on se trouve à lire la conclusion du récit impliquant Catwoman alors que l'on sait déjà que Saint a été arrêté et son programme Magistrat annulé. C'est absurde.

Si Fear State s'était contenté d'être le dernier arc narratif du run de Tynion sur Batman, cela aurait amplement suffi. Mais DC a voulu que tous les Bat-titles soient impactés sans même se demander si c'était légitime et nécessaire. Pour Nightwing, on a eu droit à trois épisodes dispensables et pour Catwoman pas mieux. Surtout il était évident que Tom Taylor (pour Nightwing) et Ram V (pour Catwoman) ont été obligés de trouver quelque chose à raconter pendant trois épisodes sans que, visiblement, Tynion ait préparé quoi que ce soit pour leurs séries et leurs personnages. Du grand WTF.

Cela gâche complètement ce qu'a bâti Ram V : le départ du dessinateur Fernando Blanco a déjà nui à la série, mais ces épisodes tie-in ont été pénibles à lire parce qu'on s'y emmerdait franchement. Le scénariste, contrairement à Taylor, n'a rien fait pour dissimuler qu'il s'agissait d'une corvée pour lui, torchant son affaire en comptant ostensiblement les jours avant de quitter le titre. 

Et, à ce sujet, en l'absence de toute nouvelle annonce, j'en viens de plus en plus à douter qu'il fasse de vieux os chez DC : il l'a encore répété récemment en interview, il souhaite consacrer plus de temps à ses creator-owned, et se partage l'écriture de Venom avec Al Ewing (de façon très compartimenté : Ewing écrit les parties dans l'espace avec Eddie Brock devenu le nouveau roi des symbiotes, Ram V écrit les parties avec Dylan, le fils d'Eddie, sur Terre, en possession du symbiote autrefois lié à son père).

Pour ne rien arranger, cet épisode est un vrai fourre-tout graphique puisqu'il a fallu trois dessinateurs pour le compléter. Nina Vakueva en réalise la moitié ce qui va jusqu'au moment où le Sphinx avoue à Catwoman qu'il l'a trahie avec le Pingouin), dans un style efficace mais un peu frustre, avec des scènes d'action aux compositions maladroites. Puis Laura Braga vient prêter un coup de main pour un quart (l'entrée en scène grotesque du Ghost-Maker), sans relief. Et enfin Geraldo Borges signe le dernier quart de l'épisode avec de meilleures pages que ses consoeurs, sobres et élégantes (en glissant même au passage un hommage discret au regretté John Paul Leon). Jordie Bellaire tente de coloriser tout ça en donnant une unité esthétique, mais c'est mission impossible.

Pour ses adieux à la féline fatale, Ram V sera associé à Felipe Andrade (avec qui il vient de publier The Many Deaths of Laila Starr, une mini chez Boom ! Studios - succès critique et public). On va voir comment il gère ça. Après, ce sera à Tini Howard et Nico Leon de redresser la barre et, comme ils ont décidé de partir dans une nouvelle direction, ça pique mon intérêt plus que je ne l'aurai pensé.

jeudi 21 octobre 2021

CATWOMAN #36, de Ram V, Nina Vakueva et Laura Braga - FEAR STATE


Et encore du Fear State au programme ! Cette fois, dans les pages de Catwoman, sans doute la série attachée à cette saga la plus convaincante. Il faut dire que Ram V, lui, prend grand soin de construire une histoire digne de ce nom pour son héroïne, quelque chose qui ne ressemble pas trop à un exercice imposé (mais si c'en est un). Dommage que graphiquement ce ne soit pas aussi solide puisque Nina Vakueva a besoin du renfort de Laura Braga pour boucler son épisode.


Catwoman a compris qu'assainir Alleytwon n'était plus la priorité de Simon Saint : il veut capturer Poison Ivy. En revanche, elle ignore que c'est aussi l'objectif du Sphinx, qui pourtant travaille de son côté, et du Pingouin, pour reprendre le contrôle du quartier.


Tandis que la bande rassemblée par Gueule d'argile tente de freiner la progression des Gardiens de la Paix dans Alleytown, Catwoman, Harley Quinn et la Jardinière les rejoignent. Afin d'empêcher que Ivy tombe entre de mauvaises mains, il faut qu'ils coordonnent leurs efforts.


Gueule d'argile et son gang devront divertir les Gardiens de la Paix pendant que le Sphinx exfiltre Ivy et que Catwoman, Harley et la Jardinière affrontent une colonne armée menée par la Sorcière Blanche. Le Pingouin, en contact permanent avec le Sphinx, s'assure que celui-ci ne le double pas.


Catwoman, Harley et la Jardinière neutralisent la Sorcière Blanche. Les Gardiens de la Paix essuient les attaques de la bande de Gueule d'argile. Et le Sphinx dirige le convoi évacuant Ivy vers les docks. Mais Simon Saint a préparé une surprise contre ses ennemis...

Si James Tynion IV s'est rêvé en grand architecte de Fear State, il a visiblement "oublié" de communiquer des détails de sa grande intrigue à ses petits camarades scénaristes contraints d'aligner leurs séries sur les événements qui se déroulent dans Batman. Du coup, la saga donne l'impression que ses tie-in composent plus qu'elles ne complètent la trame principale.

C'est flagrant avec Nightwing où Tom Taylor s'occupe de Batgirl aux prises avec un hacker (la Voyante) dans des épisodes dispensables. Ram V s'en sort mieux avec Catwoman parce qu'il l'entraîne dans une confrontation directe avec les forces du Magistrat alors qu'elle vient juste de sortir d'un combat éprouvant et dramatique avec le Père Vallée : Selina Kyle y est décrite comme une femme aux abois qui voit son royaume, le quartier d'Alleytown, s'effondrer.

En fait, Ram V appuie là où ça fait mal : Catwoman s'est vue trop belle, elle a réussi à écarter des rivaux mineurs, mais une fois face aux Gardiens de la Paix de Simon Saint, ce n'est pas avec sa bande de gamins des rues qu'elle allait faire le poids. Surtout qu'elle avait sur le dos un tueur professionnel, le Pingouin (qu'elle a doublé) et, ce qu'elle ignore, le Sphinx, qui complote contre elle avec Oswald Cobblepot.

Blessée, dépassée, traquée, elle ne sait plus trop quoi faire. A l'évidence, elle a perdu et cherche surtout à sauver ce qui peut l'être, à limiter la casse. Mais il ne fait aucun doute qu'à la fin de Fear State, et juste ensuite, quand Ram V quittera la série, qu'elle ne sera plus la reine d'Alleytown.

Dans ce chaos, désespéré, elle s'appuie sur des renforts de fortune, comme Gueule d'argile qui a formé une équipe impropable, davantage motivée par le fait de se battre contre des super-flics que pour protéger un quartier de Gotham. Catwoman a surtout compris que la cible s'était déplacée d'elle à Poison Ivy que Simon Saint veut capturer. Elle ignore que c'est aussi le plan du Sphinx et du Pingouin.

Pour bien comprendre cela, il faut rappeler que Ivy existe sous deux formes désormais : d'un côté Poison Ivy, qui a été détenue pour créer une drogue à partir de son ADN et qui ne semble plus avoir toute sa tête (ce qui est compréhensible), et de l'autre Queen Ivy, qui s'est installée dans les sous-sols de Gotham, où elle tolère les membres du Collectif Insensé, tout en menaçant de provoquer l'effondrement de Gotham si quelqu'un vient la déranger. On devine (on espère) qu'au terme de Fear State, ces deux parties d'Ivy seront réunies, qu'Ivy sera reconstituée, en ayant échappé l'une comme l'autre à Simon Saint, le Sphinx et le Pingouin. Si l'une ou l'autre devait tomber entre de mauvaises mains, ce serait un désastre annoncé.

L'heure est donc à l'union sacrée mais aussi au baroud d'honneur. Ram V souligne cet aspect quand il fait dire à Catwoman qu'elle est prête à se sacrifier pour sauver Ivy, qu'elle offira à Gueule d'argile, à Harley, à la Jardinière une issue de secours au péril de sa propre vie. Ram V fait de Catwoman une authentique héroïne et imprime à ses épisodes une dimension au potentiel tragique très efficace. C'est autrement plus puissant et troublant que tout ce que produisent Taylor dans Nightwing et Tynion dans Batman, où l'action prime sur tout le reste, et où ne subsiste qu'un sentiment d'agitation vaine, de gesticulation fatiguante. C'est aussi pour ça, sans présager de ce que fera Tini Howard sur la série l'an prochain, qu'on regrette déjà Ram V : parce qu'il avait su donner un vrai souffle et une vraie sensibilité à Catwoman.

Hélas ! La qualité de l'épisode est ternie par son graphisme : Nina Vakueva a fait ce qu'elle a pu pour que l'absence de Fernando Blanco ne soit pas trop cruelle, et dans le précédent numéro, elle s'en sortait bien. Mais cette fois, elle n'arrive même pas à boucler les vingt pages du script et doit passer le relais dans le dernier tiers à Laura Braga.

Globalement, ce n'est pas vilain ni mauvais, mais Braga a un style trop propre, trop quelconque pour la transition avec Vakueva soit harmonieuse. Cela se produit en plus en pleine scène d'action, au pire moment, et du coup, on sort du récit, trop frappé par la différence esthétique entre les deux artistes.

Vakueva, de toute façon, affichait déjà dans la partie qu'elle a eu le temps de dessiner des faiblesses, avec des décors représentés par intermittence, des personnages parfois trop esquissés. Braga est plus soigneuse, mais elle a aussi moins de pages à sa charge, donc plus eu de temps. On peut tourner ça dans tous les sens, de toute manière ça ne prend pas : lorsqu'un épisode est illustré par deux personnes, la lecture est brouillée.

Décidément, ces tie-in auront été bien dommageables aux séries concernées, et dans le cas de Catwoman, j'ai l'impression tenace que cela a précipité la décision de Ram V d'écourter son run.

vendredi 24 septembre 2021

CATWOMAN #35, de Ram V et Nina Vakueva - FEAR STATE


Catwoman était déjà impacté par Fear State depuis quelques épisodes, mais avec ce numéro Selina Kyke affronte la crise qui s'empare de Gotham directement. Ram V met en scène l'héroïne comme un animal blessé, mais qui doit puiser dans ses ressources pour ne pas s'effondrer. Au dessin, c'est Nina Vakueva qui a la lourde tâche de succéder à Fernando Blanco.


De retour au Nid, Catwoman trouve James Briggs, le collègue du détective Hadley, tué par le Père Vallée. Leo Carreras soutient Selina Kyle alors qu'elle vient d'évacuer sa soeur, Maggie, qui ne compte pas revenir à Gotham. Pour ne rien arranger, elle apprend par l'Anti-Oracle la mort de Batman.


Cependant, Gueule d'argile convainc quelques super-vilains de résister aux forces du Magistrat en défendant Alleytown où Catwoman les a accueillis. Cheshire, Killer Croc, Firefly se joignent à lui pour affronter les Gardiens de la Paix.


De leur côté, le Sphinx et le Pingouin renouent le contact. Oswald Cobblepot veut profiter du chaos pour reprendre le contrôle de Alleytown et il a un objectif encore plus précis : mettre la main sur Poison Ivy afin de commercialiser à nouveau la drogue de synthèse produite à partir de son ADN.
 

Catwoman repart dans Alleytown pour tenter d'en savoir plus sur la mort de Batman. Mais elle est rapidement encerclée par les Gardiens de la Paix. Elle réussit à les semer en abandonnant sa moto puis est rejointe par Shoes qui l'informe qu'on a piraté les communications d'Oracle pour semer la confusion...

Ce mois-ci et les deux suivants, Catwoman va donc se poursuivre au rythme de Fear State. Ce n'est pas une surprise car Ram V avait déjà introduit la menace dans les précédents épisodes. Alleytown est déjà depuis quelque temps sous la coupe du programme Magistrat et les Gardiens de la Paix de Simon Saint avec le GCPD font règner la terreur dans le secteur que le milliardaire allié à l'Epouvantail considère comme une zone de non-droit à purger.

On retrouve donc Catwoman après son combat contre le Père Vallée et Ram V nous montre que ce derneir n'a pas péri dans l'explosion qu'il a lui-même déclenchée dans le dernier numéro. Mais son sort attendra car, pour l'instant, Selina Kyle a d'autres chats à fouetter (pardon...).

Le scénariste dépeint l'héroïne comme un animal blessé, aux abois, et il appuie là où ça fait mal. Le détective Hadley est mort en prenant la balle que le Père Vallée destinait à Maggie Kyle. James Briggs, son collègue, tient Selina pour responsable. Elle l'admet : elle n'a pas su protéger Alleytown de ses prédateurs ni du danger que représente Simon Saint, ses "Strays" (la bande de gamins qu'elle a pris sous son aile) errent à nouveau dans les rues et sont persécutés par les forces de l'ordre.

Pire : alors qu'elle a évacué Maggie, Selina s'est vue expliquer par celle-ci qu'elle ne reviendrait pas à Gotham. Leo Carreras essaie de réconforter sa patronne - en vain. Enfin, elle apprend que Batman est mort, comme l'Anti-Oracle le prétend. 

Ram V multiplie les points de vue pour bien montrer à quel point le quartier est en feu : Gueule d'argile convainc des vilains de se rebeller contre le programme Magistrat, comme s'ils pouvaient se racheter en affrontant cet oppresseur. Puis le Pingouin et le Sphinx conspirent pour trouver Poison Ivy et profiter du chaos ambiant. Tout cela permet au lecteur d'appréhender comment chacun s'accommode (ou non) d'une crise profonde : en se battant ou en tentant d'en tirer bénéfice. C'est malin et efficace.

Le seul reproche qu'on peut formuler ici, c'est que finalement on voit assez peu Catwoman dans sa propre série et quand c'est le cas, elle est trop diminuée physiquement et moralement pour nous convaincre qu'elle peut renverser la situation. C'est un peu le même problème qu'avec Nightwing où rien ne peut persuader le lecteur que Dick Grayson contribuera de manière décisive à la résolution de la crise. James Tynion IV ne semble pas avoir fourni à ses camarades scénaristes un plan sur lequel s'aligner pour que son crossover ait une unité, une cohésion : c'est dommage. Catwoman est livrée à elle-même alors qu'elle aurait pu assister Batman (mais personne ne semble se rappeler ou vouloir se souvenir que Tom King avait construit tout son run sur la formation du couple Batman-Catwoman).

Ce n'est nénamoins pas désagréable à lire : Nina Vakueva au dessin se défend pourtant bien, elle a changé son style (qui, auparavant, ressemblait beaucoup à celui d'un Takeshi Miyazawa) pour une approche plus charbonneuse, plus brute.

Le résultat est plus convaincant que je le pensais et surtout convient bien à l'ambiance désespérée de l'épisode, de l'histoire. Ce n'est pas parfait, mais avec les couleurs de Jordie Bellaire, fidèle au poste, on conserve un esthétisme soigné. La vision de Alleytown en flammes est saisissante par exemple. C'est une des rares fois où Vakueva met le paquet sur les décors, alors qu'elle a tendance à les expédier par ailleurs. Un autre beau moment est celui des adieux entre Selina et Maggie, simple, poignant. Catwoman, héroïne superbe et orgueilleuse, est souvent plus humaine quand elle est confrontée à des épreuves qui l'engagent directement et ici, elle perd tout - son amour, sa soeur, son quartier.

Bon, il faut quand même avoir le moral pour lire ce crossover. Je regrette surtout qu'éditorialement un effort n'air pas été franchement produit pour que la saga de James Tynion IV n'ait pas été conçue de manière visiblement plus concertée car Ram V comme Tom Taylor semble plus subir qu'accompagner le mouvement. 

vendredi 20 août 2021

CATWOMAN #34, de Ram V et Fernando Blanco


Ce trente-quatrième épisode de Catwoman marque une étape dans la série écrite par Ram V puisque le scénariste perd son dessinateur, Fernando Blanco (appelé sur un autre projet pour l'instant secret). Mais aussi parce que le mois prochain, Catwoman est embarquée dans le crossover Fear State. Il s'agit donc de conclure en beauté, ce que ne manquent pas de faire Ram V et Fernando Blanco.


Blessée par le Père Vallée, Catwoman a été sauvée de la noyade par Batman. Il a pu la retrouver à temps grâce au détective Hadley du GCPD qui l'a prévenu qu'un tueur était aux trousses de Catwoman. Batman remet à sa partenaire des infos sur Vallée qui devrait lui permettre de le vaincre.


Cependant, Hadley se rend dans les ruines de l'église St-Thomas, détruite par Vallée et y trouve un plan calciné à partir duquel il déduit que l'assassin a une autre cible que Catwoman. Cette dernière fonce dans le repaire de son adversaire et découvre qu'il tient sa soeur Maggie dans sa ligne de tir.


Catwoman engage le combat mais le Père Vallée la domine car il a l'avantage d'avoir étudié ses techniques de combat. Mais Catwoman a des ressources et réussit à se reprendre. Cependant, Hadley calcule d'après les positions du plan laissé par Vallée ce qu'il vise.


Catwoman réussit à blesser mortellement Vallée mais celui-ci a encore un tour dans son sac : il actionne le tir de son fusil pour abattre Maggie. Hadley surgit sur la terrasse de cette dernière. Une détonation éclate en même temps que Vallée se jette dans le vide et se fait exploser...

Voilà une nouvelle leçon de narration prodiguée par Ram V et Fernando Blanco. J'espère vraiment que le dessinateur laisse tomber Catwoman pour un projet qui vaut le coup car il manquera cruellement à la série sur laquelle il accomplissait un magnifique travail et affichait une complicité épatante avec son scénariste.

Car, ou, le moment est venu pour Fernando Blanco de faire ses adieux à Catwoman. Depuis 2018, où il a régulièrement oeuvré comme fill-in artist sur le run de Joelle Jones jusqu'à 2021 où il est devenu titulaire du poste, le dessinateur espagnol a bien servi les aventures de la féline fatale. Son trait charbonneux, ses compositions inventives et magnifiquement équilibrées, son sens du découpage souvent prodigieux, ont permis au titre d'avoir une stabilité graphique qui lui manquait auparavant (Jones ayant connu des difficultés récurrentes à cumuler scénario et dessin).

Encore une fois, Blanco livre des planches superbes où son talent éblouit. Ce numéro est riche en action et alimenté par un suspense crescendo jusqu'à la toute dernière image. Il sert intelligemment le script en sachant mettre en valeur les points forts de l'histoire, qui file sur un rythme soutenu, implacable.

On retiendra bien entendu principalement l'affrontement entre Catwoman et le Père Vallée qui tient toutes ses promesses : brutal, impitoyable, intense, il est mis en image avec un savoir-faire indéniable. Blanco ne sacrifie rien : ni les décors, ni les jeux d'ombres et de lumière, les angles de vue dynamique, l'expressivité des personnages. On vibre durant ce combat où il est clair dès le début qu'un des deux ne survivra pas. La personnalité malade du Père Vallée transforme l'issue de cette bagarre non pas en règlement de comptes ni en application d'une justice expéditive, mais bien comme la traduction d'un comportement radicalisé face à une Catwoman qui, elle, lutte pour sa survie et celle de sa soeur.

Avant cela, Ram V nous éblouit encore par l'assurance de son écriture. On a là un auteur qui sait exactement où il va et ce qu'il ambitionne, qui entraîne le lecteur où il l'a décidé. Ce n'est pas étonnant qu'on se l'arrache et on peut s'étonner que DC ne lui ait pas fait signer un contrat d'exclusivité (mais l'éditeur est désormais dans une politique incongrue qui consiste à ne pas s'attacher les services de ses scénaristes pour ne pas avoir à supporter des salaires trop élevés, quitte ensuite à assister à une fuite des talents).

Ram V a en tout cas prouvé qu'il était à la hauteur non seulement du job mais surtout de ses références. Quand on prend pour maîtres-étalons quelqu'un comme Ed Brubaker, mieux vaut être sûr de son affaire car ce dernier avait totalement révolutionné Catwoman en son temps (avec l'aide non négligeable de Darwyn Cooke).

Mais Ram V n'est pas qu'un bon élève appliqué : son style existe et se traduit par une maîtrise du tempo, des temps forts et des temps calmes, vraiment bluffante. Lorsqu'il accélère, impossible de ne pas être emporté par son swing, et cet épisode est une démonstration. Passées les premières pages qui voit la réunion de Batman et Catwoman sur un mode mi-romantique mi-taquin, une fois que le Père Vallée défie son ennemie, c'est un défilé de pages sensationnelles, qui vous prend à la gorge et vous laisse sidéré à la toute fin. La dernière image encore une fois vous cueille complètement.

Même si je doute que ce soit la solution choisie par DC en Décembre, si Ram V succédait à Tynion IV pour prendre la direction de Batman, mais sans lâcher Catwoman, on pourrait alors avoir une parfaite synthèse entre l'option action de ces derniers mois et celle plus psychologico-sentimentale de Tom King (car j'aimerai vraiment que le couple BatCat se reforme tout en leur conservant leurs séries propres).

Espérons surtout que Catwoman maintienne cette qualité dans les prochains mois et que Nina Vakueva, qui remplacera Blanco au dessin, soit digne d'un niveau comparable. Ce sera difficile mais je croise les doigts car j'aime cette série et je déplorerai de la lâcher à cause de mauvais dessins. 

samedi 14 août 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES : SPECIALE SUBSTACK

J'avais initialement prévu de parler de Substack Lundi prochain, mais l'ampleur qu'ont prise les annonces de ce nouvel acteur de l'industrie des comics m'a incité à lui consacrer une entrée à part. Car c'est bel et bien une petite révolution à laquelle on est en train d'assister depuis quelques jours. Et comme chaque révolution, elle pose des questions : bouleversement visionnaire ? Ou miroir aux alouettes ?


Substack, c'est quoi d'abord ? Il s'agit d'une plateforme qui permet à des auteurs de publier leurs newsletters. C'est gratuit, mais on peut payer pour accèder à des contenus spéciaux. Cette semaine, Substack a fait beaucoup parler de lui en attirant plusieurs grands noms des comics dans un projet d'envergure.


Tout a en fait débuté lors du premier confinement consécutif à la pandémie du COVID-19 en 2020. A l'époque, les éditeurs paniquent : la crise sanitaire provoque un arrêt de la distribution des comics, le principal distributeur, Diamond Comics, cesse même son activité, tout comme certains imprimeurs. Chez certains éditeurs, on commande même aux artistes de poser leurs crayons le temps que la situation revienne à la normale. Durant cette période, le seul moyen de lire encore des comics consiste à utiliser les plateformes numériques, comme Comixology.
Mais les auteurs gambergent pour ne pas complètement perdre le contact avec leurs lecteurs, notamment quand ils produisent des titres en creator-owned. Nick Spencer (ci-dessus), le scénariste de The Amazing Spider-Man, pense déjà à l'après-COVID et discute avec Substack qui publie sa newsletter. 


Des échanges précis entre Spencer et Substack, on ne sait rien. Mais cette semaine, tout s'est brusquement accéléré. D'abord quand James Tynion IV (ci-dessus) annonce qu'il quitte DC et donc abandonne la série Batman, pour laquelle DC était prêt à lui donner carte blanche pour les trois prochaines années, afin de se consacrer exclusivement à ses propres créations. Il quittera Batman en Novembre prochain et The Joker en Avril 2022, terminera The Nice House on the Lake en 2022 (le titre fera un break de Novembre 2021 à Mars 2022). Mais Tynion ne veut plus écrire de comics de super-héros, conforté par le succès de Something is killing the Children.


Tynion annonce dans la foulée qu'il a signé un deal avec Substack, pour une collection de comics, dont le premier sera une série antholgique, Blue Book (ci-dessous), co-créée et dessinée par Mike Avon Oeming (ci(dessus). Cinq autres titres sont en prévision.


Nick Spencer, James Tynion IV, Mike Avon Oeming : c'est déjà pas mal. Mais ce n'est que le début d'une exode massive et spectaculaire. Car Substack a frappé très fort. Vraiment très fort.


Le prochain sur la liste n'est en effet nul autre que Jonathan Hickman, l'architecte du renouveau des X-Men chez Marvel depuis deux ans. Une sacrée prise, car le bonhomme n'arrive pas seul et pas pour n'importe quel projet. Il lance même ce qu'il appelle "une expérience inédite", intitulée 3W. 3M., soit 3 Worlds. 3 Moons. (ci-dessous)


Pour l'accompagner, il y a Mike Huddleston (ci-dessous), avec qui il signe Decorum (toujours pas fini au demeurant), chez Image Comics. Un artiste au style fou, qui colle donc bien à la démesure des ambitions de Hickman.


Si Hickman écrita le scénario et le script de 3W. 3M., il a confié à des complices le soin de compléter son projet :


- Tini Howard (scénariste de Excalibur et X-Corp) doit imaginer le système magique de cet univers.


- Ram V (Catwoman, Justice League Dark, Swamp Thing, Venom) se charge de l'économie.


- Al Ewing (S.W.O.R.D., Guardians of the Galaxy, Immortal Hulk, Defenders) réfléchit à la religion.


- Gerry Duggan (X-Men, Marauders) conçoit le modèle technologique et scientifique.


Que racontera exactement 3 Worlds. 3 Moons. ? On l'ignore encore, mais cela s'annonce hors normes. Un autre artiste a été réquisitionné pour la peine : Mike Del Mundo (ci-dessus) a posté les premiers characters designs de la série et c'est magnifique.




Mais la razzia n'est pas terminée ! Substack a dû lever des fonds énormes pour sa campagne de recrutement et le financement de ses futures publications. Car c'est une nouvelle manière de faire : en effet, Substack, pendant la première année de production, prend tout à sa charge. Puis la deuxième, il prélévera une commision de 10% sur les bénéfices générées par les oeuvres produites.


Saladin Ahmed (Miles Morales : Spider-Man, The Magnificent Ms. Marvel) sortira chez Substack Copper Bottle.


Molly Knox Ostertag (Strong Female Protagonist, Tales of the Night Watchman, The Girl from the Sea) livrera In The Telling.


Chip Zdarsky (Daredevil, Sex Criminals) est le dernier à avoir cédé aux sirènes de Substack, mais pas encore de tprojet précis communiqué.


Substack devient aussi le nouveau foyer de Skottie Young qui plante Image Comics pour relancer sa série déjantée I Hate Fairyland (ci-dessous).


Mais alors, au fond, qu'est-ce qui motive cet exode ?

Hé bien, en fait, c'est assez simple : Les auteurs vont pouvoir développer leur propre gamme de comics chez Substack. Ils en auront la propriété intellectuelle et les droits de publications, autrement dits si dans un premier temps Substack aura l'exclusivité de leurs productions en ligne, en format numérique, les auteurs pourront ensuite faire publier en format physique leurs histoires chez l'éditeur de leur choix (Image, Dark Horse, IDW, Boom !). Ils deviennent de fait des publishers, et surtout, ça ne signifie pas la mort des comics en dur - d'ailleurs la majorité des auteurs ayant signé avec Substack restent attachés aux albums (les TPB), et même les floppies (les fascicules).

Comment lira-t-on ces comics ?

Comme c'est d'abord, dans un premeir temps, une offre numérique, c'est un système de suscription, d'abonnement. Le prix de base a été (jusqu'à nouvel ordre) fixé à 5 $, ce qui revient au prix d'un floppie chez Marvel ou DC. Mais ensuite il y a une échelle de tarifs supérieurs pour accéder à des bonus (scripts, croquis, etc). Il n'est pas exclu aussi, d'après ce que j'ai compris, que certains auteurs appliquent un procédé semblable à celui de PanelSyndicate (la plateforme créée par Brian K. Vaughan et Marcos Martin, le "pay what you want", donc virtuellement une offre gratuite.

Que penser finalement de tout cela ?

Il est indéniable que Substack a redistribué les cartes. Chez Marvel et, dans une moindre mesure chez DC, ça doit être un peu la panique. 

Le cas de Jonathan Hickman est particulièrement intéressant : cela signifie-t-il qu'il va totalement quitter Marvel et donc plaquer la franchise X qu'il revitalisée ? Ou va-t-il vouloir conserver au moins une place de showrunner ? On sait que Tomm Coker dessine actuellement le vol. 3 de Black Monday Murders, la série qu'il écrit pour Image Comics, donc ce n'est pas impossible que Hickman ait le temps et l'énergie de continuer à produire pour Marvel. On en saura certainement plus à la fin de la publication d'Inferno, car le scénariste a maintes fois expliqué qu'il s'agissait d'une histoire aussi importante que House of X - Powers of X, et à la lumière de ces derniers jours, on peut interpréter cela de deux façons : soit il entend par là que Inferno peut être la conclusion de son projet sur la franchise mutante et que les autres scénaristes se chargeront de la suite sans lui ; soit Inferno conduira au lancement d'un nouveau titre écrit par Hickman (puisqu'il a légué X-Men à Gerry Duggan).

D'autres auteurs, comme Ram V, Gerry Duggan ou Tini Howard, ont déjà prévenu qu'ils ne délaissaient pas les Big Two : Ram V continuera à écrire Catwoman et Justice League Dark (et finira Swamp Thing) pour DC, co-signera Venom avec Al Ewing pour Marvel ; Gerry Duggan ne lâche pas X-Men ; et Tini Howard - je reparlerai d'elle Lundi dans mon autre entrée consacrée aux nouvelles de la semaine.

Substack et son offre ont-ils un avenir ? 

Ou est-ce un coup d'éclat qui risque d'aboutir à une énorme désillusion ? Il est impossible de le dire. Mais on peut raisonnablement penser que si des auteurs comme Tynion, Hickman, Skottie Young se sont engagés, ils ont bien dû peser le pour et le contre, et les avantages ont dû l'emporter sur les désagréments. Substack a aussi l'assurance avec des auteurs de ce calibre que leurs fans les suivront dans cette aventure. 

Financièrement, Substack donne des conditions de travail qui feraient rêver n'importe qui (c'est même mieux que Image Comics où les auteurs ne reçoivent aucun argent avant la publication). Et puis il y a le précédent PanelSyndicate, cette initiative improbable et pourtant couronnée de succès, où Brian K. Vaughan et Marcos Martin avaient lancé The Private Eye en laissant le choix aux lecteurs de payer ce qu'ils veulent. David Lopez, Albert Monteys les ont rejoints, avec bonheur. Les fans comprennent que tout travail mérite salaire et pour ceux qui préférent lire de vrais livres, physiques, les récits de Vaughan et Martin ont été ensuite publiés en hardcover par Image puis Urban Comics, Black Hand & Iron Head de Lopez idem, Universe de Monteys pareil.

Si on considère que pour produire des oeuvres originales et de qualité, il faut qu'ils soient dans de bonnes dispositions, alors réjouissons-nous de l'offre de Substack. Ensuite, le temps fera son oeuvre et nous verrons bien l'ampleur du succès (ou du bide) de cette entreprise.

mercredi 21 juillet 2021

CATWOMAN #33, de Ram V et Fernando Blanco


La couverture de ce trente-troisième numéro de Catwoman ne ment pas : l'affrontement tant attendu et redouté entre la féline fatale et le Père Vallée a bien lieu ce mois-ci et l'épisode est orchestré comme un crescendo oppressant. Ram V est décidément en feu et rejoint par Fernando Blanco, pour l'avant-dernière fois, il livre un chapitre magistral.


Le chaos s'est emparé de Alleytown. Déjà sous la coupe du GCPD et des agents du programme Magistrat déployés par le maire Nakano et Simon Saint, les habitants du quartier défendu par Catwoman sont soupçonnés d'avoir fait sauter l'église abandonnée St-Thomas.


De retour de l'hôpital où est soigné Léo, Catwoman découvre que son allié n'est autre que Geule d'argile qui la convainc de se laisser aider par de vieux amis - Cheshire, Knockout, Firefly et Killer Croc - mais aussi de renouer avec ses rivaux dans Alleytown.


C'est ainsi que, accompagnée par Killer Croc et Gueule d'argile, Catwoman rencontre Pit Rollins pour contrer les forces de police et protéger les habitants du quartier. Rollins ne manque pas l'occasion pour dire à Selina Kyle que si la situation a dégénèré, c'est à cause de son manque d'nnticipation.


La réunion terminée, Catwoman et ses deux lieutenants d'un soir sont attaqués par le Père Vallée. Il la blesse gravement et éloigne Gueule d'argile. La police arrive sur place. Catwoman coule dans la baie de Gotham en se vidant de son sang...

C'est dans une position curieuse que je critique cet épisode que j'ai trouvé, une fois encore, excellent, mais qui est assombri par l'annonce du départ prochain de son dessinateur. Fernando Blanco signe son avant-dernier numéro, appelé sur un autre projet (encore inconnu mais assez excitant selon ses dires pour ne pas pouvoir le refuser). Même s'il n'a été l'artiste régulier de Catwoman que depuis l'Automne 2020, il achève un passage sur le titre qui remonte à 2018, lorsqu'il intervenait en qualité de suppléant à Joelle Jones (alors scénariste et artiste de la série).

Blanco tient visiblement à partir en beauté car ses planches sont superbes. Son découpage est plus sage qu'auparavant, mais il réalise des plans ébouriffants, auxquels la colorisation experte et nuancée de Jordie Bellaire ajoute une plus-value indéniable. Lorsqu'on suit Catwoman sauter de toit en toit dans Alleytown la nuit tout en évitant d'être repérée par les hélicos du GCPD ou qu'on la voit en train d'affronter le Père Vallée sur les docks en flammes, la fluidité des chorégraphies est magnifique.

Quand Blanco doit découper une scène de dialogue tendue, comme quand Catwoman parlemente avec Pit Rollins, il réussit à restituer l'intensité des échanges de manière sobre et efficace tout en variant les angles de vue. C'est un artiste complet, un narrateur achevé, et sa prestation sera regrettée, d'autant que sa remplaçante, Nina Vakueva, même si je ne veux pas la disqualifier d'office, ne me semble vraiment pas du même calibre. J'ignore quel est ce projet immanquable qu'a accepté Blanco, mais vraiment c'est un coup dur pour Catwoman et ses fans, d'autant que sa complicité avec Ram V faisait des étincelles.

Le scénariste a patiemment mais avec beaucoup de maîtrise mené son recit jusqu'à l'implosion. L'Annual, sorti récemment, est indispensable à la bonne compréhension des événements, donc assurez-vous de le lire avant de vous plonger dans cet épisode. Il permet surtout d'apprécier les qualités de combattant du Père Vallée qui domine largement Catwoman dans un final douloureux. Mais il explicite aussi comment cet assassin professionnel est repéré par le détective Hadley et surtout comment il agit en marge du chaos qui règne déjà dans Alleytown.

Ram V écrit la situation de façon vibrante : le quartier est maintenant sous la coupe du programme Magistrat autorisé par le maire Nakano. Peuplé de gens modestes, et d'une délinquance nombreuse, c'est la cible parfaite pour tester cette milice conçue par le milliardaire Simon Saint, véritable fil rouge des Bat-séries (puisqu'il est à l'oeuvre, à différents niveaux dans Batman, Detective Comics, Harley Quinn et Catwoman).

Cette réussite est celle d'un staff éditorial, qui malgré les crises qui agitent DC depuis des mois (à cause de plans sociaux successifs) mérité le respect. Je ne suis pas toujours tendre avec DC, qui avance parfois comme un poulet sans tête et dont le meilleur de la production semble se concentrer dans le Black Label, un espace de liberté créative semblable à feu le label Vertigo. Mais il faut reconnaître que, sous le patronage de James Tynion IV, auteur désormais établi sur Batman, les scénaristes des Bat-séries se sont bien coordonnés pour que l'ennemi des héros soit commun, que la menace se propage de manière structurée. C'est, à bien des égards, exemplaire, et plus électrique que pour un crossover classique - et donc il sera intéressant de vérifier si la formule fonctionnera aussi bien quand l'intrigue impactera tous les titres lors de Fear State cet Automne. Si oui, alors, ce sera un feu d'artifice.

Pour l'heure et dans le cas qui nous intéresse ici, Ram V fait un usage épatant de cette matière sans avoir à sacrifier ce qu'il a lui-même bâti. Comme Batman actuellement, Catwoman est acculée et doit renouer avec des partenaires dont elle s'était désolidarisée (des criminels avérés comme Killer Croc, Firefly, Cheshire, Gueule d'argile - même si ce dernier s'est racheté au sein des Gotham Knights dans Detective Comics période Tynion). Elle n'a plus le choix car non seulement Alleytown est en train de tomber mais surtout parce que ses protégées (les Strays, ces gamins qu'elle a recueillis dans son Nid) sont en danger. On constate bien à quel point renégocier avec Pit Rollins la contrarie - mais aussi à quel point ce que lui dit Rollins est juste (elle a été trop soft pour une reine auto-proclamée).

En doublant le divertissement d'une réflexion sur le pouvoir, les compromissions qu'il exige et les faiblesses qu'il expose, Ram V et Fernando Blanco ont fait de Catwoman une série prodigieuse. Espérons que cela dure, malgré les changements à venir.