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mercredi 20 mai 2015

Critique 621 : MYTHOS - X-MEN #1 / SPIDER-MAN #1 / CAPTAIN AMERICA #1, de Paul Jenkins et Paolo Rivera

 
 (Ci-dessus : couverture et extrait de
Mythos : X-Men #1.
Textes de Paul Jenkins, peintures de Paolo Rivera.)
 
 (Ci-dessus : couverture et extrait de
Mythos : Spider-Man #1.
Textes de Paul Jenkins, peintures de Paolo Rivera.)
 
(Ci-dessus : couverture et extrait de 
Mythos : Captain America #1.
Textes de Paul Jenkins, peintures de Paolo Rivera.)

MYTHOS est une collection de six récits complets écrits par Paul Jenkins et peints par Paolo Rivera, publiés en 2006 (X-MEN), 2007 (SPIDER-MAN) et 2008 (CAPTAIN AMERICA) par Marvel Comics (les autres numéros sont consacrés aux Fantastic Four, à Hulk et au Ghost Rider : la série complète a fait l'objet d'un recueil).
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- Mythos : X-Men #1. Erik Lehnsherr alias Magneto, le mutant maître du magnétisme, s'en prend à trois hommes coupables d'avoir tué une jeune fille mutante de 12 ans. De son côté, Charles Xavier, professeur principal et fondateur de l'école qui porte son nom, entraîne ses cinq élèves (Scott Summers/Cyclops, Jean Grey/Marvel Girl, Bobby Drake/Iceman, Hank McCoy/Beast et Warren Worthington III/Angel) dans la salle des dangers lorsqu'il détecte télépathiquement une attaque de Magneto contre une base de l'armée américaine. Toute l'équipe se rend sur place pour empêcher les civils de se faire massacrer et connaître l'objectif de leur adversaire... 

- Mythos : Spider-Man #1. Peter Parker est un adolescent complexé qui, en visite scolaire à une exposition scientifique, se fait mordre par une araignée génétiquement modifiée. Pourvu de pouvoirs, il s'entraîne pour les mieux les maîtriser puis, sous le masque et le costume de Spider-Man, se produit dans un talk-show à la télévision afin de gagner de l'argent. En refusant d'arrêter un voleur dans le parking du studio de tournage, il va se rendre responsable d'un drame familial...

- Mythos : Captain America #1. Steve Rogers est un jeune homme chétif, qui perd ses parents prématurément dans les années 30. Lorsque la guerre éclate en Europe et que les nazis menacent les Etats-unis, il tente, en vain, d'intégrer l'armée. Mais, repéré par un officier, il accepte d'être le cobaye d'une expérience scientifique qui va le transformer en super-soldat...

Parfois, quand on traîne dans un hard-discount (comme un hangar de la marque Noz), on peut tomber sur de belles occasions, et c'est ainsi que je me suis procuré ces trois numéros de la mini-série Mythos écrite par Paul Jenkins et illustrée par Paolo Rivera (en attendant, peut-être, un jour prochain, de trouver les trois épisodes restants). J'en avais souvent entendu parler et pu en en voir quelques pages sur le Net, et si je connais très peu l'oeuvre de Paul Jenkins, je suis un fan de ce que produit Paolo Rivera depuis son passage sur Daredevil (au début du run de Mark Waid).

Mythos a été conçu par son scénariste et son éditeur comme une collection de récits complets d'une vingtaine de pages permettant d'apprendre aux lecteurs les origines de certains héros emblématiques de Marvel tout en les réactualisant et en établissant une passerelle avec leurs adaptations au cinéma.

Pour le néophyte, il s'agit donc d'un point d'entrée intéressant, car c'est rapidement lu et magnifiquement mis en images. Pour le connaisseur, c'est une nouvelle version qui présente l'avantage de respecter les fondamentaux de chaque personnage avec toujours un graphisme sublime.

Jenkins se montre très habile dans chacune de ses approches : par exemple, pour Spider-Man, il expédie la séquence de la morsure de l'araignée pour mettre en scène l'entraînement qu'accomplit Peter Parker une fois qu'il a ses pouvoirs puis modifie subtilement le moment où sa vie va basculer quand il laisse filer le voleur qui tuera ensuite son oncle Ben. 
Le scénario introduit des éléments modernes sans dénaturer l'esprit du personnage : on a ainsi droit à un caméo de l'animateur de late show Conan O'Brien où se produit Spider-Man pour gagner de l'argent - alors que dans le récit originel de Stan Lee et Steve Ditko, il se livre à des combats de catch. 
De même, quand le Tisseur retrouve l'assassin de son oncle et se venge en menaçant de le tuer, tout est visualisé d'une manière qui évoque le premier film réalisé par Sam Raimi. 
Mais Jenkins joue beaucoup sur la connaissance qu'a le public, amateur ou expert du super-héros, en encadrant son histoire par des formules complices comme "L'histoire ? Vous la connaissez." ou "La suite ? Vous la connaissez." C'est une façon ludique d'aborder Spider-Man comme un icone populaire dont la célébrité dépasse le cadre des comics et donc d'un lectorat averti (une licence qu'on ne peut se permettre qu'avec Batman ou Superman). 

En ce qui concerne les X-Men, la tâche est plus ardue car il faut présenter plusieurs personnages et deux parties opposées, dont les divergences philosophiques sont une métaphore du combat pour les droits civiques, une évocation de la persécution des juifs par les nazis, tout en aboutissant à un combat physique.
Le choix de Jenkins se porte évidemment sur la toute première génération des X-Men, avec Cyclops, Marvel Girl, Beast, Iceman et Angel, dirigée par le Pr Charles Xavier, et en face Magneto. Pourtant, encore une fois, l'auteur réussit brillamment à distribuer les cartes dans un espace restreint, en soignant la caractérisation et en proposant de l'action.
Le récit s'ouvre par une scène très forte, violente, et se clôt par un paysage désolé, qui synthétise très bien toutes les dimensions symbolique et mélodramatique du titre. Les pouvoirs des uns et des autres sont bien exposés et exploités. Le tout donne un sentiment de grande densité.

Enfin, avec Captain America, Jenkins semble avoir eu à coeur de valoriser le personnage, tout ce qu'il symbolise, sans sombrer dans un hommage trop patriotique. Ainsi sera-t-on étonné de lire des réflexions positives concernant les communistes !
L'histoire est riche en émotion, même si on a un peur du pathos des premières pages (quand Steve Rogers se trouve orphelin). Mais la suite balaie ces réserves et les séquences s'enchaînent sur un rythme très soutenu, où Captain America est mis en scène sous beaucoup d'aspects (en représentation pour convaincre les américains à s'engager, sur le front - en Tunisie, en France, en Allemagne). 
Jenkins trouve aussi une belle astuce narrative quand il doit montrer le héros à son réveil dans les années 60 puis aux côtés des Vengeurs, et enfin, comme pour boucler la boucle, à nouveau avec ses vrais camarades, devenus des vétérans de l'armée.
C'est fin, touchant, efficace.

Visuellement, Mythos rappelle qu'avant d'adapter son style (en étant encré par son propre père, Joe) à l'art séquentiel classique, Paolo Rivera est un peintre. Difficile d'échapper à la comparaison avec le maître en la matière qu'est Alex Ross, mais l'espagnol évolue dans un registre sensiblement différent. 
Sa palette et sa façon d'appliquer la couleur (de l'acrylique et de l'huile) sont moins marquées, son coup de pinceau a une délicatesse dont le rendu évoque l'impressionnisme, on pense à Edgar Degas. Il y a un effort singulier pour soigner les ambiances qui flirte avec l'abstraction parfois (notamment dans le final de l'épisode avec les X-Men).
Mais, comme Ross, Rivera est un artiste très méticuleux et, comme on peut le découvrir en consultant son blog, il s'inspire de photos pour reproduire les attitudes et les effets d'ombre et de lumière (en se prenant souvent pour modèle). L'épisode avec Spider-Man restitue avec génie les acrobaties du Tisseur, et celui avec Captain America propose des plans larges impressionnants (la double-page avec les Vengeurs est vraiment saisissante : une composition virtuose).

Pour les lecteurs de v.f., le recueil des épisodes de Mythos a été traduit par Panini, qui en avait d'abord publié des chapitres en compléments de la collection d'albums cartonnés Spider-Man et les héros Marvel

dimanche 5 août 2012

Critique 341 : DAREDEVIL, VOL. 2, de Mark Waid et Paolo Rivera, Emma Rios, Kano, Koi Pham

Daredevil, Volume 2 rassemble les épisodes 7 à 10 et 10.1 de la série et l'épisode 677 d'Amazing Spider-Man écrits par Mark Waid, publiés par Marvel Comics en 2011-2012. Les dessins sont signés Paolo Rivera (#7, 9 et 10), Emma Rios (Amazing Spider-Man #677), Kano (#8) et Koi Pham (#10.1). 
*
L'homme sans peur va vivre trois nouvelles aventures dans ce 2ème album :
Quelles informations précises contient l'Omega Drive
convoîté par les 5 plus puissantes organisations criminelles ?


On fête Noël chez Nelson & Murdock, et
Matt et Kirsten McDuffie flirtent...

Tout d'abord, Matt Murdock est obligé de reporter un rendez-vous galant avec l'assistante du procureur, Kirsten McDuffie, car il accompagne une classe d'enfants non-voyants pour une sortie à Noël. Un accident de la route va les obliger à défier une nature hostile pour s'en sortir : une épreuve aussi bien pour Daredevil, dans un environnement qu'il ne connaît pas, que pour ses protégés...
Daredevil et Spider-Man font équipe 
pour aider Black Cat... 

Puis, Spider-Man demande de l'aide à Daredevil car Black Cat est accusée d'un cambriolage chez Horizon Labs (où travaille Peter Parker). Cependant, l'affaire se révèle vite plus complexe qu'il n'y paraît - d'ailleurs l'illusion est au centre de l'intrigue puisque l'objet volé est un créateur d'hologrammes...
... Mais la Chatte Noire est-elle vraiment
innocente ? Ou manipule-t-elle Daredevil ?

En tout cas, la situation prend une tournure
déplaisante pour le Tisseur...

En effet, ce cambriolage est une ruse pour permettre à Black Cat, recrutée par l'organisation Black Spectre, de séduire Daredevil et de tenter de lui dérober l'Omega Drive, ce disque dur contenant des informations secrètes et convoîté aussi par l'A.I.M., l'Hydra, l'Empire Secret et l'Agence Byzantine.   


Daredevil va défier l'Homme-Taupe sur son terrain :
une aventure aux tréfonds de la terre et de l'âme...

Black Cat libre, Daredevil est prévenu par Foggy Nelson qu'un glissement de terrain a englouti tous les cercueils, y compris celui de son père "Battlin' Jack" Murdock, dans le cimetière où il reposait. Le héros est obligé, à nouveau, d'explorer une zone qu'il ne connaît pas : les entraîlles de la ville, là où l'Homme-Taupe, responsable de cette profanation, règne avec ses moloïdes. Ce voyage prend alors un double sens car il s'agit à la fois de descendre dans les profondeurs terrestres mais aussi pour celles de l'âme, en s'interrogeant pour les deux adversaires sur la notion de deuil.
Black Cat va-t-elle trahir Daredevil ?

En l'absence de Daredevil, Black Cat peut inspecter le domicile de Matt Murdock où elle trouve l'Omega Drive. Achèvera-t-elle sa mission en trompant le justicier qu'elle a charmé ?

La somptueuse dernière couverture
signée Marcos Martin.

Réponse dans le dernier volet de ce 2ème acte où Matt Murdock, après une visite à un détenu qui a attaqué son cabinet, découvre qu'il a agi pour un contrat lancé par le Black Spectre. De quoi fournir à Daredevil le moyen de mettre une nouvelle fois en garde les cinq organisations criminelles contre toute tentative de s'en prendre à lui ou ses proches...
*
Après un premier tome exaltant où il a réussi à relancer la série en lui donnant une autre tonalité, ce deuxième volume du Daredevil écrit par Mark Waid était attendu au tournant. Allait-il transformer l'essai ? Et si, oui dans quelle direction ?
Le scénariste marque d'abord une pause dans l'intrigue initiée au 4ème épisode (l'affaire de l'Omega Drive) avec un one-shot magnifique où il envoie Murdock et une classe d'enfants aveugles à l'extérieur de la ville à l'occasion de Noël. La sortie va connaître une péripétie qui éprouve tout le monde et soudera finalement le groupe. Cet épisode (le #7), récompensé récemment aux Eisner Awards, est un parfait concentré de ce qu'a entrepris Waid en reprenant la série : il envoie son héros dans un environnement qu'il connaît peu ou pas, où ses capacités surhumaines ne lui sont pas d'une grande aide, et où il doit aussi sauver d'autres personnes, aussi handicapés que lui. L'histoire a l'efficacité et la beauté d'une fable, avec sa morale sur la solidarité et le courage.

Ensuite, à l'occasion d'un crossover avec la série Amazing Spider-Man (pour lequel Dan Slott s'est temporairement éclipsé), Waid réunit deux justiciers habitués à collaborer puisque DD retrouve Spider-Man. Black Cat est accusée d'un vol, dont elle est d'ailleurs coupable. L'objet du délit est symbolique puisqu'il s'agit d'un générateur d'hologrammes, un engin à même de troubler l'homme sans peur comme le tisseur, mais qui est aussi là pour nous prévenir que rien, dans cette histoire, n'est ce qu'il paraît être.
En effet, l'affaire se révèle rapidement plus complexe et perverse, et la duplicité de Black Cat encore plus grande : elle a accepté de voler le créateur d'hologrammes et d'être arrêtée pour mieux approcher Daredevil et découvrir où il cache l'Omega Drive. Un agent du Black Spectre l'a recruté, et l'on comprend qu'après l'union des organisations criminelles (AIM, Hydra, Empire Secret, Agence Byzantine) dans l'arc précédent, une faille apparaît.
Waid traîte ce récit dans les règles de l'art, avec de l'action, une enquête, et des surprises, mais surtout beaucoup d'humour - voir la réaction de l'homme-araignée quand il surprend, à leur insu, DD et Black Cat s'embrasser langoureusement ("Je crois que c'est mon origine de super-vilain", réplique irrésistible).

Puis une nouvelle aventure appelle Daredevil et va le conduire encore une fois en terrain peu familier, très hostile, face à un adversaire inattendu et retors : l'Homme-Taupe. La volonté de Waid d'opposer le diable rouge à des ennemis inédits se confirme (après Klaw dans le vol. 1). Mais ce n'est pas pour le simple plaisir d'étonner : il s'agit aussi de trouver des vilains dont les capacités et les tourments correspondent à ceux de Daredevil. Le mobile de l'Homme-Taupe pour profaner un cimetière entier est certes glauque mais aussi d'un romantisme morbide et conduira le méchant et le bon à accepter, dans la douleur, de faire le deuil de très proches.
L'intelligence avec laquelle Waid manie ces concepts tout en les intégrant à des aventures rythmées, épiques, surprenantes, est un modèle du genre et confirme à quel point, en une poignée d'épisodes il a su redynamiser la série, son héros, son univers.
Il n'oublie pas de clore, en chemin, la mission de Black Cat, de façon tout aussi adroite.

Enfin, en guise d'épilogue, nous avons droit à un épisode ".1", initiative lancée par Marvel pour permettre à de potentiels nouveaux lecteurs de prendre le train en route sans être perdu. Le scénariste s'acquitte honorablement de cette tâche (qui n'était cependant pas bien utile : après seulement dix épisodes, n'importe qui aurait été capable de comprendre où on en était).
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Le premier volume tirait aussi parti de sa cohérence graphique, avec seulement deux dessinateurs réalisant chacun trois épisodes d'affilée. Le départ soudain de Marcos Martin (qui aurait un projet en creator-owned chez Image, écrit par Brian K. Vaughan - même si, depuis, rien n'a filtré) a rebattu les cartes et visiblement obligé l'équipe éditoriale à improviser.
Paolo Rivera (toujours encré par son père Joe) dessine trois épisodes et autant de (magnifiques) couvertures. Son travail, notamment, sur le dyptique impliquant l'Homme-Taupe, est extraordinaire : il s'est inspiré de Gustave Doré et représente les catacombes de manière saisissante, mais réussit aussi une fabuleuse bagarre entre DD et son adversaire dans une vallée de diamants. Magistral.

Puis Emma Rios illustre l'épisode de Spider-Man : son style vif est très original et pourra dérouter certains, mais elle utilise des effets d'encrage incroyables qui donnent un vrai mouvement aux scènes d'acrobaties de deux justiciers.

Kano, artiste espagnol trop rare et trop souvent cantonné à des intérims, lui succède à l'épisode #8. Ses planches, élégantes, au découpage à la fois simple et inventif, évoquent la période où John Romita Jr dessinait les aventures de DD, encré par l'immense Al Williamson. On aurait pu penser que Marvel tenait là le nouveau suppléant à Rivera, mais non (en fait, c'est le non moins excellent Chris Samnee qui remplira ce rôle et deviendra même l'artiste à temps plein de la série)...

La présence de Koi Pham pour l'épisode #10.1 n'est pas une bonne nouvelle, c'est même une faute de goût tant il n'est pas au niveau des autres. Sa copie est tout juste passable, voire bâclée par endroits (lui, reviendra pour un prochain épisode, mais heureusement Marvel s'est rendu compte que c'est une erreur de casting). Regrettable méprise, surtout que la couverture de cet épisode, splendide, est un montage de teasers réalisé par Marcos Martin.
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Malgré quelques inégalités visuelles, ce deuxième tome confirme quand même tout le bien qu'on peut penser du relaunch dirigé par Mark Waid, très inspiré. Le fil rouge de l'Omega Drive n'a pas fini d'animer la série, qui s'impose vraiment comme une grande réussite récente de Marvel.   

mercredi 29 février 2012

Critique 312 : DAREDEVIL, VOL. 1, de Mark Waid, Paolo Rivera et Marcos Martin


Daredevil, Volume 1 rassemble les épisodes 1 à 6 de la nouvelle série écrite par Mark Waid et dessinée par Paolo Rivera (#1-3) et Marcos Martin (#4-6 + la back-up du #1), publiée en 2011 par Marvel Comics.
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Rappel des faits : Devenu maître de l'organisation criminelle de la Main, Matt Murdock a, en nettoyant son quartier natal de Hell's Kitchen avec son armée de ninjas, affronté certains de ennemis (tuant même Bullseye) et quelques héros. Mais il était alors sous l'emprise d'un démon et, revenu à lui, a choisi de prendre le large (confiant son territoire à Black Panther).
De retour à New York après un passage au Nouveau-Mexique, il convainc son ami Foggy Nelson de rouvrir un cabinet d'avocats. L'objectif pour Murdock est double : renouer avec son métier de conseil juridique et restaurer son image de justicier...

Fred Van Lente (texte) et Marcos Martin (dessin)
résument les origines de Daredevil.

- Épisodes 1 à 3. Dessinés par Paolo RiveraDaredevil surgit lors d'une cérémonie de mariage dont les époux font partie de deux familles mafieuses de New York et empêche l'enlèvement d'un des invités en affrontant the Spot, un mercenaire.
En tant que Matt Murdock, il accepte ensuite de plaider la cause d'un certain M. Jobrani dans une affaire de violence policière et d'expropriation. La séance au tribunal se passe mal car l'avocat de la partie adverse insiste sur la partialité de Murdock et sa double vie de justicier. Foggy Nelson finit par lâcher le dossier mais Murdock sous le masque de Daredevil mène l'enquête et découvre que l'épicerie de son client abrite les machinations d'un super-vilain...
Entretemps, DD doit également faire face à Captain America, bien résolu à lui réclamer des comptes à propos de ses agissements passés.



4 planches de Daredevil # 1 dessinées par Paolo Rivera.

- Épisodes 4 à 6. Dessinés par Marcos Martin. Matt Murdock et Foggy Nelson se reconvertissent en conseillers juridiques pour coacher leur clients afin qu'ils puissent se défendre seuls, et donc éviter à la partie adverse de mentionner Daredevil. Plusieurs clients se succèdent, jusqu'à ce qu' Austin Cao, un jeune interprète aveugle, brutalement renvoyé de son entreprise après avoir surpris accidentellement une conversation entre clients, retienne l'attention de Murdock. 
En investigant, Daredevil découvre que plusieurs organisations terroristes sont en affaire avec l'ex-employeur de son client. Surpris, il doit affronter the Bruiser, mais il va mettre la main sur un précieux document...

2 planches de Daredevil #4 dessinées par Marcos Martin.
*
Après le départ d'Ed Brubaker et Michael Lark et le run controversé d'Andy Diggle et Roberto de la Torre, Marvel choisit de suspendre la publication de Daredevil. Il ne s'agit pas seulement de préparer un relaunch (qui s'inscrira dans le cadre de l'opération "Big Shots" avec les relances de Moon Knight, par Brian Bendis et Alex Maleev, et du Punisher, par Greg Rucka et Marco Checchetto) mais aussi d'un aboutissement logique, qui a vu la série sombrer dans des lignes narratives de plus en plus sombres et extravagantes (surtout avec Diggle et son crossover Shadowland).
Parti de chez DC, Mark Waid accepte de reprendre les commandes du titre mais  en lui insufflant un nouveau souffle, une direction inattendue : il faut sortir Daredevil de cette spirale infernale et en (re)faire une bande dessinée d'action, bref rompre avec "l'école" Frank Miller (perpétuée avec Bendis et Brubaker) et renouer d'une certaine façon  avec l'époque Ann Nocenti. Plus encore, c'est aux origines historiques de la série que Waid veut faire référence, à l'époque où Stan Lee avec Bill Everett et Wallace Wood pilotaient l'Homme sans peur.
Il ne s'agit pas de transformer Daredevil en comédie super-héroïque ou en pseudo-Spider-Man, mais d'y réinjecter de la légèreté. Ainsi, après tous les coups durs qu'il a endurés, Matt Murdock change d'état d'esprit : plutôt que subir, il redevient pro-actif et optimiste (quand bien même il accepte que Foggy Nelson considère cette attitude comme du déni), et il se sert de Daredevil pour mener l'enquête sur les clients de Murdock, qui décide de devenir un conseiller juridique parce qu'il ne peut plus plaider sereinement. C'est très habile. Mais ce n'est pas tout.
En effet, Waid n'a pas effacé les évènements relatés par Bendis, Brubaker et Diggle : il y fait des allusions discrètes mais claires, comme lorsque Daredevil est appréhendé par Captain America - leur face-à-face laisse la situation en suspens, l'avenir nous dira si Waid y reviendra (Bendis a, lui, déjà décidé d'intégrer DD aux Nouveaux Vengeurs, dans la tourmente de Fear Itself - Waid avait d'ailleurs exprimé que si son héros devenait un Vengeur, sa réhabilitation serait plus rapide).
Ensuite, le scénariste renouvelle la galerie des ennemis de l'homme sans peur : il a décidé d'écarter (pour longtemps à l'en croire) les ninjas et le Caïd. Dans la première histoire, c'est Klaw, le maître du son, qui est opposé à DD ; dans la seconde, c'est un catcheur colossal à la solde de plusieurs organisations criminelles : dans les deux cas, ces adversaires permettent à Waid d'exploiter les super-sens de son héros, en particulier son radar (très ingénieusement quand il est jeté dans l'eau, par exemple, ou face à the Spot). En tout cas, on a affaire à des ennemis atypiques mais retors, qui démontrent que, même si la série est plus bondissante, elle ne ménage pas sa vedette.
Waid insiste beaucoup, mais toujours intelligemment, sur le fonctionnement des pouvoirs de Daredevil et ses relations avec son entourage "normal", introduisant même un nouveau personnage avec l'assistante Kirsten McDuffie et sa colocataire (dont on devine qu'elles vont accompagner sentimentalement Murdock et Nelson). Ces directions trouvent un écho remarquable dans leur représentation visuelle, mais ont d'abord pour qualités de redonner de l'air frais à la série, où alternent, à parts égales, les combats traditionnels et les rapports humains (sans qu'ils soient forcèment dramatiques).
L'auteur prouve que, lorsqu'il est vraiment inspiré, il n'a guère de rivaux pour régénèrer un titre, comme à la glorieuse époque où (avec Mike Wieringo) il avait écrit Fantastic Four.
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Visuellement donc, cette nouvelle version est un régal, même si elle tranche radicalement avec ce à quoi Maleev ou Lark nous avaient habitués.
Paolo Rivera et Marcos Martin ont des styles distincts, mais complémentaires (hélas ! Martin a quitté la série après ses trois épisodes). Paolo Rivera (qui est encré par son père, Joe) a un trait appliqué, à la ligne claire, où on retrouve son souci du détail, de la justesse et de la lisibilité : à la fin du recueil, une interview de l'artiste et une de ses planches permet d'apprécier la méticulosité dont il fait preuve (et par conséquent pourquoi il ne peut pas enchaîner plus de trois épisodes d'affilée). On pense à Everett et Wood, et ce n'est pas un petit compliment.
Marcos Martin se montre peut-être moins étincelant que dans ses épisodes de Spider-Man, même s'il propose quelques trouvailles épatantes. Néanmoins, l'expressivité de ses personnages, la souplesse de ses découpages et l'élégance de son trait font merveille. Plus encore, il joue énormèment sur la représentation du son et parvient ainsi à traduire avec force le script de Waid.


trois planches de Marcos Martin (Daredevil #3). 
Les couleurs de Javier Rodriguez et Muntsa Vicente sont très vives, confirmant la luminosité nouvelle, l'entrain et le plaisir contagieux du héros. C'est audacieux mais parfaitement accompli.

Un choix de couleurs volontairement plus "flashy" (Daredevil #6.)
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Le pari de Mark Waid était risqué, sa réussite n'en est que plus éclatante. A la fin de ces six premières issues, la situation de Daredevil est redéfinie et promet des développements accrocheurs. Par conséquent, ne manquez pas ce relaunch qui s'impose déjà comme une des meilleures productions Marvel du moment.

samedi 8 octobre 2011

Critique 270 : SPIDER-MAN - ONE MOMENT IN TIME, de Joe Quesada et Paolo Rivera



The Amazing Spider-Man : One Moment In Time rassemble les épisodes 638 à 641 de la série, écrits par Joe Quesada et dessinés par Joe Quesada et Paolo Rivera, publiés par Marvel Comics en 2010. L'épisode 638 contient des extraits d'Amazing Spider-Man Annual 21, écrit par Jim Shooter et David Michelinie et dessiné par Paul Ryan, publié en 1987.
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Au lendemain de Civil War, après qu'il se soit démasqué publiquement, suivant le conseil de Tony Stark/Iron Man (prônant à l'époque un recensement de tous les individus masqués), Peter Parker/Spider-Man prend parti pour le camp des résistants au "registration act", mené par Captain America. La défaite de ce dernier et son arrestation oblige le Tisseur à vivre dans la clandestinité. Malheureusement, le Caïd sait maintenant qui il est et engage un tueur pour l'assassiner. Mais c'est sa tante May qui est gravement blessée. Désespéré, Parker demande son aide à Stark (qui la lui refuse puisqu'il ne veut plus se faire recenser) puis au Dr Strange (qui, lui aussi contraint à la clandestinité, ne pense pas pouvoir secourir May Parker). Méphisto apparaît alors et propose à Spidey de tout arranger. Mais en échange, Peter doit sacrifier son mariage... Mary-Jane Watson marchande avec le diable les finalités de ce pacte : elle consent à "vendre" son mariage mais Méphisto promet de ne plus importuner Peter.

Aujourd'hui, les anciens époux, les seuls à ne rien avoir oublié de ce qui s'est passé avant leur négociation avec Méphisto, font le point, et Peter révèle à MJ comment il a réussi à faire oublier à tous les autres qu'il était Spider-Man, tandis que la jeune femme avoue pourquoi elle ne peut plus vivre avec lui comme épouse...
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En 2007, l'éditeur Joe Quesada commande au scénariste J. Michael Straczynski, en charge de la série Amazing Spider-Man, d'effacer le mariage de Peter Parker et MJ Watson. JMS, qui pilote (avec de moins en moins de liberté - à cause du succès du comic-book et de ses adaptations cinématographiques) la série depuis six ans, n'apprécie pas mais obtempère tout en le faisant savoir publiquement : cette histoire sera la dernière qu'il signera tout en reniant le dénouement, et peu après, au bout d'une quinzaine d'épisodes de Thor (qu'il a relancé avec la même réussite), il finira par claquer la porte de chez Marvel, excédé par le dirigisme de Quesada et ses plans pour le dieu du tonnerre (amené à être au coeur de la saga Siege).

Spider-Man sort de l'arc One more day profondèment changé : le mariage est effectivement effacé, Parker à nouveau célibataire et tirant le diable par la queue, collectionnant les aventures sentimentales. Editorialement aussi, le titre est métamorphosé sous l'impulsion de Steve Wacker (débauché de chez DC où il avait orchestré le feuilleton hebdomadaire 52) : désormais trois épisodes sortent par mois avec des scénaristes et des dessinateurs qui se relaient (en moyenne) tous les trois épisodes (la quatrième semaine du mois est dévolue à des épisodes bouche-trou). Commercialement, c'est un succès. Artistiquement, c'est plus mitigé : la qualité des intrigues est très variable, graphiquement c'est très inégal, de nouveaux personnages (bons ou méchants apparaissent), la plupart sans s'imposer, puis des vilains classiques resurgissent, parfois revampés (souvent plus violents)... Une centaine d'épisodes sont proposés ainsi en trois ans.

Mais les lecteurs ne savent toujours pas comment le monde a oublié que Parker était Spidey (entre autres surprises délivrées par un Méphisto apparemment facétieux). L'initiative narrative de Quesada a d'ailleurs dès le début suscité une féroce controverse et déclenché un schisme parmi les fans : pour les uns, il s'agissait d'un affront supprimant vingt ans de continuité (le mariage avait eu lieu dans le 21ème Annual de la série, en 1987) ; pour les autres, c'était un moyen de renouer avec un héros devenu trop adulte, avec des ajouts à sa mythologie (le lien totémique de ses pouvoirs, imaginé par JMS).

Joe Quesada a donc pris sur lui de nous révèler enfin la clé du mystère, espérant sans doute calmer tout le monde avant de relancer une nouvelle fois la série (qui paraîtra désormais à un rythme bimensuel - deux fois par mois donc - avec un seul scénariste - Dan Slott - et un artiste régulier - Humberto Ramos, plus quelques renforts occasionnels).

Le résultat est, disons-le tout net, poussif et échoue lamentablement à apaiser la situation. Certes, quatre épisodes, ce n'est pas beaucoup, sauf qu'il s'agit de quatre chapitres volumineux (44, 30, 26 et 44 planches) pour nous expliquer comment Parker a failli faire capoter son mariage la première fois (à cause d'un complice d'Electro, qui reviendra par la suite l'embêter régulièrement à des instants cruciaux), puis revient sur le quasi-trépas de tante May, révèle comment MJ a obtenu que Méphisto lâche Spidey et, enfin, comment le Tisseur a convaincu le Dr Strange (soudain beaucoup moins scrupuleux que lorsqu'il s'agissait d'aider May...) d'effacer de la mémoire de tous sa double identité (avec l'aide de Tony Stark et Red Richards - qui ont oublié pour la peine leurs différents avec l'ex-sorcier suprême...).

A aucun moment Quesada ne parvient à nous émouvoir ou nous captiver en nous dévoilant ces coulisses si décisives dans le destin de Spider-Man : c'est raconté avec un cruel manque de rythme, des justifications alambiquées, des rebondissements grotesques (ah, le complice à deux balles qui réapparaît providentiellement pour emmerder ou valoriser le héros). Bien entendu, à la fin, MJ et Peter se sont tout dit et embrassés une dernière fois, se jurant de rester amis, mais l'insistance avec laquelle Quesada refuse leur union ne fait que souligner le pathétique avec lequel il tente de nous convaincre que c'est mieux ainsi.
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Graphiquement, ces épisodes sont également inégaux en qualité. Le dialogue entre MJ et Peter est illustré par Joe Quesada (encré par Danny Miki et mis en couleurs par Richard Isanove) : les gros plans sont très beaux, très expressifs, mais dès que le cadre s'élargit, des erreurs de proportions étonnantes apparaissent, typiques d'un dessinateur qui ne pratique plus régulièrement.
Les scènes issues de l'Annual 21 font lourdement leur âge (on se demande d'ailleurs pourquoi ce n'est pas John Romita Jr qui l'a réalisé à l'époque) : le trait de Paul Ryan et l'encrage de Vince Colleta sont, à l'image du scénario de Jim Shooter (scripté par David Michelinie), datés.
Il reste les séquences intermédiaires mais finalement les plus abondantes dessinées, encrées et mises en couleurs par Paolo Rivera, qui sont un vrai bonheur pour les yeux et témoignent d'un souci remarquable dans leur élaboration (Rivera travaille d'après photo et accumule les croquis avant de finaliser ses planches). Son style évoque à la fois John Romita Sr et Mike Zeck, une belle ligne claire (un peu livrée à elle-même hélas ! dans la dernière partie se déroulant dans le plan astral, dénué de décors).
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Parfois joli mais très creux et artificiel, OMIT est bien la preuve qu'un caprice d'éditeur peut endommager profondèment une série, quand bien même le responsable s'évertue à colmater les brêches par la suite : c'est une saga qui ne résout rien, ou en tout cas pas de manière satisfaisante. Dommage.