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samedi 31 décembre 2022

EMILY IN PARIS (Saison 3) (Netflix)


Opportunément mise en ligne avant Noël, la troisième saison de Emily in Paris sur Netflix a, comme les précédentes, fait un carton, séduisant même des critiques qui, jusque-là, n'appréciaient pas la série créée par Darren Starr.  Même si ces dix nouveaux épisodes jouent (un peu) moins avec les clichés de la vie dans la capitale française au profit de personnages plus creusés, j'ai trouvé le résultat pourtant moins efficace.


Sylvie Grateau renvoyée l'agence Savoir par Madeline, Emily ne sait qui suivre, entre rester fidèle à sa mentor américaine ou son ex-chef française. Si bien qu'elle se trouve à travailler pour les deux jusqu'à ce que Luc révèle la vérité à Sylvie qui la renvoie après un dîner à la Tour Eiffel où elle négociait avec un client d'Emily et où Madeline les a surprises. Alfie, lui, est obligé de rentrer à Londres.


Désireuse de se racheter auprès de Madeline qui vient d'accoucher, Emily doit la soutenir lorsqu'elle menace Sylvie d'un procès si elle cherche à récupérer des clients de l'agence Savoir en vertu d'une clause de non-concurrence dans son contrat. Emily découvre ensuite que Alfie est devenu le directeur financier de Maison Lavaus tandis que Pierre Cadault quitte Sylvie pour vendre sa marque au groupe de luxe JVMA.


Sylvie veut reprendre les locaux de l'agence et, avec la complicité du concierge de l'immeuble qui les abrite, rend la vie insupportable à Madeline. Mindy décroche un contrat au cabaret La Trompette Bleue, mais sans Benoît. Alors que Emily a profité de la Fête de la Musique pour déclarer sa flamme en public à Alfie, Madeline lui annonce que le groupe Gilbert ferme leur antenne à Paris et qu'elles rentrent donc à Chicago. Mais la jeune femme démissionne pour pouvoir rester.


Sans emploi, Emily tient un vlog sur Paris qui devient très suivi. Gabriel, lâché par un de ses serveurs, la recrute provisoirement, mais doit la remercier aussi vite suite à un incident en salle avec un client. Grâce au soutien de Luc et Julien, Emily est embauchée par Sylvie qui la veut pour s'occuper de la prochaine campagne du champagne produit par la famille de Camille. Cette dernière expose une artiste grecque, Sofia, qui la drague ouvertement.


Alfie loue un appartement à Paris et lors de la pendaison de crémaillère Emily surprend sur le toit-terrasse Sofia et Camille échangeant un baiser langoureux. Au même moment, à cette fête, Mindy croise une vieille connaissance, Nicolas de Leon, fils du patron du groupe JVMA, ce qui rend jaloux Benoît. Celui-ci ne tarde pas à rompre. Emily s'emploie à faire la promo de l'agence de Sylvie pour une liste de personnalités dans Le Monde, mais c'est elle que la journaliste met en couverture.


Emily et Gabriel accompagnent Alfie en provence où Antoine Lavaux s'apprête à commercialiser sa nouvelle fragrance. Mais le parfum s'avère invendable car le mélange des senteurs a tourné. Gabriel emmène Emily dîner dans un restaurant étoilé où le chef les prend pour un couple. De retour auprès d'Antoine, Emily lui suggère une solution pour son parfum avant la réception qu'il donne pour le présenter. Ce jour-là, Erik quitte Sylvie après l'arrivée inattendue de Laurent, son mari. En Grèce, Camille et Sofia entament une liaison.


Camille absente, Alfie reparti à Londres (pour voir sa mère), Alfie passe la soirée avec Gabriel et accompagne Mindy qui a rendez-vous avec Nicolas de Leon. Celui-ci confie à l'américaine qu'il est excédé par les caprices de Pierre Cadault qu'il songe à licencier pour le remplacer par un autre styliste. Emily promet de parler au couturier, puis s'éclipse avec Gabriel. Il lui confie que son couple bat de l'aîle et soupçonne que Camille fréquente quelqu'un d'autre. Le lendemain, Emily convie Cadault à un lunch avec Nicolas et Sylvie mais il se fait renverser par une voiture en traversant pour les rejoindre.


Cadault se rétablit dans une clinique privée où Sylvie et Emily lui apprennent que Nicolas va le remplacer par son rival, Gregory Dupree. Une présentation publique va avoir lieu le soir-même pour officialiser cela. Jugeant cela injuste, Sylvie et Emily font croire que Cadault est mort, ce qui gâche l'évenement avant que le couturier ne surgisse pour révéler aux invités la manière dont le groupe JVMA l'a traité. Nicolas est humilié devant son père et Mindy. Emily, de retour chez elle, croise Gabriel très heureux et qui lui annonce avoir parlé avec Camille qu'il a l'intention d'épouser !


Alfie est de retour mais Emily apprend qu'il n'a pas parlé d'elle à sa mère, ce qui la trouble. Julien présente son projet à un client et Emily propose sans l'avoir averti d'y impliquer Gabriel et Camille. Julien pense alors à démissionner, excédé par sa collègue. Finalement, faute d'obtenir la participation de Gabriel et Camille, qui continue de voir Sofia en cachette, Emily convainc Alfie de devenir avec elle les visages de la pub de ce client. Mindy tente de réconcilier Nicolas avec Emily, sans succès, juste avant que Benoît lui annonce qu'ils sont sélectionnés pour représenter la France à l'Eurovision.


Gabriel impose à Antoine un nouveau partenariat pour leur restaurant car le jeune chef veut gagner une étoile au guide Michelin. Luc contacte une de ses ex, Marianne, critique gastronomique, pour l'aider. Sylvie apprend que Laurent va ouvrir un club à Paris, financé avec JVMA. Gabriel propose à Camille de l'épouser lors d'un week-end chez ses parents à l'occasion de la présentation de leur nouveau cru de champagne. Mais Camille décline en expliquant qu'elle sait que Emily et Gabriel s'aiment toujours. Alfie se retire. Gabriel et Emily sont désemparés, mais lui encore plus qu'elle car il a appris que Camille était enceinte.

Emily in Paris est un guilty pleasure, un plaisir coupable : j'aime regarder cette série tout en ne l'assumant pas complètement. Les deux premières saisons de la création de Darren Starr étaient une friandise acidulée jonglant avec les clichés de la vie parisienne à travers les yeux d'une jeune et jolie américaine. On pouvait accepter la caricature avec le sourire, ou lever les yeux au ciel devant un spectacle aussi sucré.

Ce qui faisait pencher la balance en faveur de la série, pour moi en tout cas, c'était le ton employé. Car si le téléspectateur pouvait ressentir une certaine honte à dire qu'il regarder Emily in Paris, les auteurs eux faisaient feu de tout bois et proposaient un divertissement coloré et léger où le réalisme n'avait rien à faire. Autant reprocher à une comédie musicale ses numéros chantés ou son idéalisation des situations !

En mettant en ligne la quatrième saison juste avant Noël, Netflix visait un public déjà gavé de bluettes hivernales tout en promettant que ces dix nouveaux épisodes seraient un peu moins too much, que les personnages y traverseraient de épreuves plus intimes - bref, que Emily in Paris serait plus mature.

Il faut tout de suite dissiper ce malentendu : ce n'est pas absolument pas le cas. Emily in Paris reste invraisemblable au possible et pour s'en convaincre, il suffit de voir les looks arborés par les personnages défilant dans les rues (impeccables) de Paris, tous beaux, chics, glamours. La capitale n'est filmé que son meilleur jour, il ne pleut jamais, on ne voit aucun chantier, les clients comme les serveurs sont souriants et aimables, et nos héros continuent à s'aimer sans se le dire comme si toute leur vie ne tournait qu'autour des affaires de coeur sans aucun souci d'ordre matériel.

On cherche en vain un antagoniste de taille qui viendrait faire dérailler ce manège et on croit le tenir avec l'horripilante Madeline en début de saison, campée par une Kate Walsh parfaitement insupportable. Mais elle quitte vite la scène à la fin du troisième épisode, fermant l'agence Savoir et rentrant à Chicago. 

Plus coriace, le personnage de Nicolas de Leon, père d'un milliardaire qui s'inspire ouvertement de Bernard Arnault, va jouer les trouble-fête entre Mindy et Emily, mettant sur la touche Pierre Cadault, et dans le pétrin Sylvie Grateau à au moins deux reprises (à cause de Cadault justement, puis quand il s'avère être le partenaire financier du projet de club de Laurent). Mais là encore, tout est bien qui finit bien puisque, à la fin de la saison, il se réconcilie avec Emily. Il faudra attendre la saison 4 (d'ores et déjà commandée) pour savoir si ce rabibochage durera car Mindy est sur le point de suivre Benoît dans une histoire croquignolesque (chanter à l'Eurovision - moment culte en perspective) et que Laurent ignore tout de la bisbille entre Sylvie et JVMA.

C'est un peu le problème de cette saison que de tenter des choses supposées bousculer l'ordre établi sans oser aller jusqu'au bout. On a le sentiment d'épisodes de transition, qui préparent le terrain pour la suite. Exemple flagrant avec la liaison entre Camille et Sofia qui déjà est maladroitement amenée et surtout ne semble avoir été imaginée que pour justifier la rupture entre Camille et Gabriel dans un dénouement trop fourni et qui, à force de vouloir précipiter les choses, les noie (entre les fiançailles plantées, la possibiltié de ganger une étoile Michelin, la grossese de Camille, le départ de Alfie, c'est trop).

Emily in Paris a perdu beaucoup de ce qui faisait son charme dans ces dix épisodes, comme si en voulant convaincre les critiques acides, la série avait perdu ses fondamentaux. On ne gagne jamais rien à vouloir conquérir les railleurs ni à donner aux fans ce qu'ils exigent. Il faut qu'une série existe et avance comme elle l'entend, en suivant sa musique et pas en lisant une autre partition qui ne satisfait ni les analystes ni les fans. D'ailleurs, on a plus d'une fois l'impression que Emily n'est plus là que pour faire briller les autres et, alors excentrée, la jeune et jolie américaine subit trop et n'amuse plsu autant. Dommage.

Le vrai bonheur est donc à trouver au second plan, avec des personnages comme Julien (qui évolue bien sur la fin), Luc (toujours très drôle) et surtout Sylvie à qui Philippine Leroy-Baulieu donne toute sa classe naturelle. C'est elle, la reine du show, celle autour de qui le plus intéressant gravite. L'actrice resplendit et réussit à concilier dérision et présence. Lucien Laviscourt incarne aussi Alfie avec subtilité, d'abord agaçant et puis plus fin, attachant, complexe qu'il n'y paraît. Camille Razat gagnerait à ce que les scénaristes creusent davantage son rôle car elle devient aussi plus troublante.

Et Lily Collins ? Hé bien, elle est égale à elle-même. La comédienne porte la série avec enthousiasme mais c'est plutôt ce que les auteurs lui écrivent qui frustrent car elle paraît réduite, sinon condamnée à être en permanence ramené à son attirance avec Gabriel. Lucas Bravo qui le joue a d'ailleurs osé exprimé en interview qu'il préférait pourtant la #teamalfie pour dire que la série fonctionnait mieux en ne misant pas tout sur la romance entre Emily et Gabriel mais davantage sur la tension et l'incertitude entre eux.

En conclusion, j'ai donc été partagé sur cette saison 3. Emily in Paris est une série fraîche et amusante, mais que je préfére quand elle assume sa nature enjôleuse plus que quand elle ambitionne d'être moins caricaturale et à l'eau de rose. Maintenant, les cartes étant tellement rabattues au terme de ces dix épisodes, tout est possible pour la saison 4.

mardi 4 octobre 2022

EMILY IN PARIS (Saison 2) (Netflix)


Cette deuxième saison conclut en quelque sorte l'Acte I de la série puisque Emily voit arriver le terme de son année à Paris. Les scénaristes ont donc veillé à animer ces derniers mois dans la capitale en multipliant les conflits pour la jeune américaine, aussi tracassée dans sa vie sentimentale que professionnelle. Le résultat est pimenté mais toujours aussi pétillant, porté par le charme fou de Lily Collins et la classe de Philippine Leroy-Beaulieu.


Encore sous le coup de l'émotion après sa nuit avec Gabriel et la décision de ce dernier de rester à Paris, Emily accepte l'invitation de Matthieu Cadault de passer un week-end en amoureux à Saint-Tropez. Mindy est abordée dans le cabaret où elle fait dame pipi par deux musiciens qui lui proposent de devenir la chanteuse de leur groupe. Alors qu'ils s'installent dans le train de nuit pour la Côte d'Azur, Matthieu surprend un échange téléphonique entre Emily et Gabriel qui veut la revoir. Matthieu abandonne Emily dans leur couchette et le train part sans lui.


Emily descend dans un hôtel de luxe réservé par Matthieu et croise Gregory Dupree, un styliste, qui remarque sa valise à l'effigie de Pierre Cadault et lui demande de le prendre en photo avec. Aussitôt après, elle poste le cliché sur se sréseaux sociaux. Puis elle téléphone à Mindy et Camille pour qu'elles la rejoignent. Emily fréquente le restaurant sur la plage de Laura G. et remarque que le Champère ne figure pas sur la carte. Sylvie intercède en expliquant à Emily que Laurent est son mari et surtout que la photo de Gregory avec la valise de Pierre Cadault a provoqué la colère de ce dernier car les deux stylistes sont de vieux rivaux. Mindy et Camille arivent et font la fête pour oublier leurs déboires amoureux et professionels.


De retour à Paris, Mindy s'occupe d'organiser un dîner pour l'anniversaire d'Emily. Elle y invite Camille, Gabriel, Sylvie, Luc, Julien. Mais la soirée va prendre un tour inattendu et désagréable lorsque Camille, partie chercher le champagne dans le frigo d'Emily, remarque dans eon évier une poële appartenant à Gabriel : elle en déduit aussitôt qu'ils ont une liaison et s'en va après les avoir publiquement démasqués. Sylvie dit à Emily qu'elle est devenue une vraie parisienne mais aussi qu'elle va devoir assumer la situation.


Sylvie, estimant que Emily doit alléger son planning, lui retire Pierre Cadault de ses clients. Antoine Lambert la veut pour préparer l'ouverture du restaurant qu'il va ouvrir avec Gabriel. Luc emmène Emily au cinéma voir Jules et Jim, dont l'histoire la renvoie à ses propres intrigues amoureuses mais lui enseigne surtout que toutes les romances ne finissent pas bien. Elle écrit alors une lettre d'excuses à Camille mais celle-ci l'ignore tout comme elle refuse de pardonner à Gabriel. Mindy, elle, fait un tabac avec les deux musiciens avec lesquels elle se produit dans la rue.


POur améliorer son français, Emily suit depuis plusieurs mois des cours de français. Elle est obligée de travailler avec un binôme et tombe sur Alfie, un banquier anglais, qui se fiche de cet enseignement, ne le suivant que parce que son employeur français le force. De plus il se moque d'Emily qui se laisse séduire par les artifices de la capitale et qui est incapable de penser à autre chose qu'à son travail. Sylvie lui confie d'ailleurs l'organisation d'une prestigieuse soirée pour le bijoutier Chopard.
 

L'ouverture du restaurant de Gabriel est un franc succès. A cette occasion, Camille, sur les conseils de sa mère, décide de reconquérir son ex en lui offrant des caisses de champagne pour l'occasion et enterre la hâche de guerre avec Emily, qui a invité de son côté Mindy. Celle-ci est draguée par Antoine Lambert sans donner suite. Alfie donne rendez-vous à Emily dans un bar mais elle décline et il plaisante à nouveau sur le fait qu'elle ne sait pas s'amuser et ne pense qu'à travailler.


Lors de la soirée Chopard, Emily invite Alfie et le convainc qu'elle sait s'amuser tout en travaillant. Sylvie, elle, se laisse charmer par Erik, un jeune phtographe qui couvre l'événement. Mais le lendemain de ce franc succès pour l'agence, l'ambiance retombe quand Madeline Wheeler du groupe Gilbert à qui appartient l'agence Savoir annonce qu'elle vient à Paris pour faire le point sur la clientièle, les contrats et les campagnes. Syvlie et sontrariée même si Emily est contente de retrouver sa patronne et cherche à rassurer tout le monde.


En attendant l'arrivée de Madeline, Emily est invitée par Camille chez ses parents pour le lancement d'une campagne sur les réseaux sociaux pour le Champère. Un shooting photo et vidéo est organisé avec le père de Camille qui fait la démonstration d'ouverture d'une bouteille au sabre. Mais il se blesse et Gabriel l'apprend en consultant le compte d'Emily. Il se rend sur place pour prendre des nouvelles et renoue avec Camille. Confuse, Emily abrège son séjour et apprend à son retour dans la capitale que Madeline est arrivée plus tôt que prévu.


L'interventionnisme de Madeline tape vite sur les nerfs de tout le monde, même si Emily tente de calmer les deux camps. Mais rien n'y fait - pire : en apprenant que Gregory Dupree a viré ses publicistes, Madeline iniste pour que Savoir le représente, même si cela risque de froisser Pierre Cadault. Mindy et ses musiciens décrochent un concert dans un restaurant et Emily, Alfie et Gabriel viennent la supporter. Cependant, alors que se prépare une soirée pour le lancement du Laboratoire Lavaux d'Antoine Lambert, Madeline a découvert en épluchant les comptes de l'agence que celui-ci bénéficie de tarifs préférentiels et elle explique à Emily son intention d'avertir la direction de Chicago pour, à terme, limoger Sylvie dont elle a appris qu'elle a été la maîtresse du parfumeur.


Gregory Dupree confie l'organisation de son défilé au château de Versailles à Savoir qui doit convaincre Pierre Cadault d'y participer et de se réconcilier avec son ancien élève et rival. Sylvie, avertie des plans de Madeline par Emily, contacte son mari pour l'aider. Le défilé est un succès mais, ensuite, Cadault annonce à Madeline qu'il ne souhaite plus être représenté par Savoir, préférant confier ses intérêts à une structure plus modeste et uniquement française. Madeline le reproche à Sylvie qui lui présente sa démission et le départ de ses proches collaborateurs, Luc et Julien. Mindy réconforte Emily en lui conseiillant d'aller là où son coeur la guide. Pensant toujours à Gabriel malgré l'amour sincère que lui porte Alfie, elle va lui déclarer ses sentiments avant de découvrir que Camille s'est installée chez lui. Puis, comme Sylvie lui offre d'intégrer sa nouvelle agence, avec les clients qui acceptent de lui rester fidèle, Emily doit faire un choix professionnel entre cette nouvelle aventure et rester auprès de Madeline.

Une bonne série repose sur les conflits auxquels doit faire face son héros/ïne. Sans conflit, pas de développement, pas d'évolution intéressants. La gentille Emily qu'on a appris à aimer durant les dix premiers épisodes de la série n'avait jusqu'à présent dû faire face qu'à des atermoiements amoureux ert professionnels, dont elle se sortait par son sens de la débrouille.

Mais dans la saison 2 de Emily in Paris, les choses vont se corser pour la jolie américaine. Et ce dès le début de ces dix nouveau épisodes, mis en ligne en Décembre 2021. On l'avait quittée après sa nuit passionnée dans les bras du beau cuistot Gabriel alors même qu'elle fréquentait le tout aussi séduisant Matthieu Cadault, fils et directeur commercial d'un des plus gros clients de l'agence Savoir. Lorsque ce dernier découvre l'infidélité de sa belle, il rompt immédiatement alors que le train qui devait les emmener à Saint-Tropez pour un week-end romantique à Saint-Tropez démarre.

Mais ce n'est que le début des ennuis pour Emily Cooper car à partir de là, pendant le premier tiers de cette saison 2, son aventure d'une nuit va la poursuivre et finir par lui éclater au visage. Dans un premier temps, dévorée par la culpabilité mais toujours convaincue qu'elle peut tout arranger (son mantra n'est-il pas : "I'm gonna fix that !"), elle tente de persuader Camille et Gabriel de se rabibocher, d'autant que ce dernier a donc finalement décidé de rester à Paris, aidé financièrement par Antoine Lambert pour ouvrir son restaurant. Sauf que Camille préfère oublier son ex dans des aventures sans lendemain sur la Côte d'Azur.

On va apprendre au passage que Sylvie est mariée à Laurent, un restaurateur lui aussi, même si tous deux mènent leurs vies séparèment, acceptant les liaisons de l'autre. Mais ce personnage aura une importance stratégique à la fin de la saison, quand les ennuis rattraperont Sylvie...

L'inspiration manque davantage aux auteurs de la série quand il faut donner plus de substance à Mindy, la meilleure amie de Emily. Engagée dans un cabaret, mais sans permis de travail, elle doit s'occuper des clients qui se rendent aux toilettes, puis elle accepte de chanter pour deux musiciens... Qui se produisent dans la rue. Son amourette avec le guitariste du groupe et les numéros musicaus offerts à Ashley Park deviennent vite horripilants, et à plusieurs reprises, on a l'impression que les scénaristes casent Mindy dans les intrigues de Emily pour montrer qu'elle n'est pas oubliée, mais sans convaincre.

Le deuxième tiers de la saison s'ouvre avec l'introduction de Alfie. Ce banquier anglais, qui travaille en France pour négocier des accords après le Brexit, est d'abord dépeint comme un yuppie arrogant et désagréable au possible. Mais c'est un bon calcul narratif dans la mesure où, pour la première fois, un bel homme ne semble pas tomber immédiatement sous le charme de l'héroïne, se moquant ouvertement de sa fascination pour la capitale et son côté piège à touristes, les clichés qui l'entourent. Finalement, pour tous les fans provinciaux de la série, Alfie incarne un double avantageux qui n'est pas ébahi pas Paris, les parisiens et leurs atours exagérèment mis en scène par le show.

Bien entendu, cela ne durera pas car si Alfie ne sera jamais un fan de la ville-lumière, il tombe amoureux de l'irrésistible Emily. Leur histoire est assez piquante, surtout parce qu'elle s'épanouit après une crise profonde entre Emily, Camille (qui a découvert l'infdélité de Gabriel et la trahision de l'américaine) et Gabriel (qui tente de ménager la chèvre et le chou, désirant se réconcilier avec Camille sans oublier Emily). Cette partie de la saison est un régal et l'alchimie entre Lucas Laviscount (Alfie) et Lily Collins fonctionne superbement. 

Mais le meilleur reste à venir dans le dernier tiers, avec le retour dans la partie de Madeline, la patronne d'Emily (jouée par Kate Walsh, parfaite). Elle représente l'américaine qu'on adore détester par excellence, parlant fort, intervenant tout le temps, imposant ses méthodes contre toute logique, et déclarant a guerre à tous ceux qui n'obéissent pas aux règles. Bien entendu, le clash avec Sylvie est inévitable puisque cette dernière est son opposée absolue : couchant avec des clients, arrivant en retard au travail, privilégiant le contact humain à la course au profit.

Emily, au milieu, est au comble du malaise. Déjà déchirée par les hommes qu'elle aime (elle non plus n'a pas oublié Gabriel), les amies à soutenir, les clients à chouchouter, la voilà coincée entre deux femmes de pouvoir aux ambitions contraires et aux exigences divergentes. C'est un conflit d'antichambres, les coups portés ne sont jamais donnés en public (ça ferait désordre, ce serait d'un mauvais goût intolérable), mais alors que la saison 1 montrait Sylvie comme l'adversaire d'Emily, cette fois on a envie qu'elle gagne la partie. 

La série joue habilement sur notre chauvinisme et c'est retors car il s'agit d'une production américaine, donc soutenir Sylvie, c'est ne pas être impartial et donc supporter son management axé sur un favoritisme évident et l'apprécier après tout ce qu'elle a fait endurer à Emily. D'un autre côté, Madeline est certes insupportable, mais elle est pro et honnête, ne mélangeant pas le plaisir et les affaires, et sa présence nous rappelle que, si elle n'avait pas été enceinte, Emily ne serait jamais venue à Paris.

Le climax de la saison est à la mesure de ce duel avec le défilé de Gregory Dupree, dont la rivalité avec Pierre Cadault est un reflet de celle entre Madeline et Sylvie, les Etats-Unis et la France. Emily, aussi, au terme de la bataille, est face à elle-même : malgré son affection pour Alfie (et l'amour sincère qu'il lui porte), elle ne réussit pas à chasser Gabriel de son esprit, et sur un plan professionnel, elle va devoir choisir entre Madeline, son mentor, ses origines en somme, et Sylvie, qui rebondit très vite et la veut dans son nouveau projet. Ce qui augure d'une saison 3 relevée avec la coincurrence entre Savoir et la futur agence Grateau. Le dernier épisode s'achève sur un cliffhanger, facile, mais prometteur.

Philippine Leroy-Beaulieu règne sur la série avec une classe folle et permet aux auteurs de traiter de sujets pas si fréquents, comme lorsqu'elle devient l'amante d'Erik, plus jeune qu'elle, ce qui suscite la jalousie d'Antoine, mais aussi des réflexions déplacées d'une serveuse ou, plus pragmatiquement, affirment le jugement de Madeline à son égard. Camille Razat et Lucas Bravo ont surtout pour eux la première partie de la saison pour exister, car ensuite, une fois Alfie  et Madeline dans la série, ils sont moins présents. Ashley Park, donc, reste attachante, tant qu'on n'est pas obligé de l'entendre chanter. Et Lily Collins profite de scripts plus fouillés, avec des intrigues plus nombreuses et délicates pour Emily, pour composer son personnage avec plus de nuances. En se reposant moins sur le charme renversant de son interprète, malgré des looks toujours aussi ahurissants et ce décalage comique so cute, Emily in Paris gagne en consistance.

Me voilà jour pour la saison 3 qui sera mise en ligne fin Décembre.

samedi 1 octobre 2022

EMILY IN PARIS (Saison 1) (Netflix)


Le succès d'une série (ou d'un film) suscite toujours la curiosité, surtout quand on esstime ne pas en être la cible. Pourquoi ça marche en somme ? Qu'est-ce qui plait tant ? Le cas d'Emily in Paris est intéressant car la dernière création de Darren Star a provoqué bien des commentaires moqueurs. De quoi me donner envie de vérifier s'ils sont fondées, ou du moins si je les partage.


Emily Cooper est l'assitante d'une publiciste de Chicago qui doit renoncer à aller à Paris après avoir découvert qu'elle est enceinte. C'est ainsi qu'elle débarque à l'agence Savoir, sans parler un mot de français et avec des méthodes de travail qui rencontrent l'hostilité des employés et de leur directrice, Sylvie Grateau. Emily change le nom de son compte Instagram en @emilyinparis en espérant séduire de nouveaux followers. Logée dans une chambre de bonne, elle fait la connaissance de son séduisant voisin, Gabriel, chef cuisinier.
 

Après s'être attirée les foudres de Sylvie parce qu'Antoine Lambert, un parfurmeur, et amant de sa patronne a tenté de la séduire, Emily rencontre Mindy Chen, la nounou de deux enfants, avec laquelle elle noue une amitié immédiate et durable. Pour se venger, Sylvie confie à Emily le marketing d'un lubrifiant pour femmes ménopausées. Mais elle réussit à changer l'image du produit avec un slogant accrocheur, qui est même félicitée par la première dame, Brigitte Macron. 


Le fiancé d'Emily, resté à Chicago, l'appelle pour la prévenir qu'il annule sa visite à Paris et lui demande de rentrer en Amérique. Ne voulant pas quitter son job et Paris, Emily préfère rompre. Elle se rend ensuite sur le tournage de la pub pour le nouveau parfum d'Antoine mais lui reproche le sexisme du scénario. Antoine accepte la suggestion d'Emily qui veut interroger ses followers à ce sujet, et, finalement, il se range à leur avis.


Emily fait connaissance avec Camille, une jeune galériste, qui l'invite à un vernissage. Sur place, elle découvre que Gabriel est le fiancé de Camille. Pour fêter le succès de la publicité de son nouveau parfum, Antoine veut inviter l'équipe de Savoir au restaurant et Emily a l'idée de les emmener dans l'établissement de Gabriel. Les convives sont comblés et, pour remercier le chef, Emily l'embrasse sur la bouche maladroitement.


Forte de ses 20 000 followers, Emily est invitée avec d'autres influenceuses chez Durée Cosmétiques. Elle tente de convaincre Olivia Thompson, la patronne, d'être représentée par Savoir mais apprend qu'elle et Sylvie se détestent. Camille invite Emily à sortir avec elle et Gabriel, ce qui les embarrasse à cause du baiser qu'ils ont échangé. Sylvie apprend que Emily a parlé à Olivia et exige qu'elle ferme son compte Instagram. Mais elle se ravise quand elle se rend compte qu'elle est encore plus suivie depuis qu'elle a été vue chez Durée Cosmétiques et que cela profite à Savoir.


Sylvie se rend avec Emily chez le grand couturier Pierre Cadault que Savoir représente. Au Céfé de Flore, Emily est abordée apr Thomas, un jeune professeur de philosophie avec lequel elle entame une liaison passionnée. Mais lorsqu'elle le présente à Camille et Gabriel, elle se rend compte qu'il est affreusement snob et condescendant et préfère rompre. Elle en profite pour retrouver Pierre Cadault et lui soumettre une idée afin de rajeunir l'image de sa marque.


Camille invite Emily chez ses parents, producteurs de champagne à la recherche d'un publiciste. Durant le week-end, Emily évite Gabriel et tombe dans les bras du frère cadet de Camille, Thimothée, qui lui fait croire qu'il so'ccupe de la gestion du domaine. Le malentendu éclate au grand jour le lendemain matin, après qu'ils ont passé la nuit ensemble, où Emily est présentée au frère aîné de Camille, le vrai commercial de la famille. Toutefois, elle réussit à persuader la mère de son amie qu'elle parlera du domaine à Savoir.
 

Peu intéressée par la publicité du champagne, Sylvie charge, en son absence, Emily de chaperonner Brooklyn, une actrice américaine égérie de la marque Foutier. Pierre Cadault accepte d'habiller la starlette et un joaillier de lui prêter une montre de luxe pour laquelle Emily se porte garante auprès des assureurs. Mais Brooklyn s'échappe de la soirée de Foutier pour aller en boîte. Gabriel aide Emily à la retrouver et à récupérer la montre et la robe qu'on lui a prêtées. Ce scandale évité de justesse attire l'attention de nouveaux followers sur le compte Instagram d'Emily et les créations couture de Cadault.


Emily est approchée par Judith Robertson, une compatriote, présidente d'honneur des Amis du Louvre, qui veut lever des fonds pour de bonnes causes et souhaiterait que Pierre Cadault accepte de mettre une de ses robes aux enchères. Réticent, le couturier cède quand son fils, Matthieu, commercial de sa marque, plaide en faveur d'Emily pour mieux la charmer. Mais lors de la vente, des créateurs situationnistes vandalisent la robe pour créer le buzz. Les Cadault sont effondrés mais Emily leur donne une idée pour se venger en organisant leur défilé là où Grey Space, les vandales, font le leur. C'est un triomphe.
 

Emily passe la journée suivante avec Matthieu et tombe sous le charme. En revanche, entre Camille et Gabriel, rien ne va plus : voulant ouvrir son propre restaurant sans demander d'argent aux parents de sa fiancée, le jeune chef décide de rentrer en Normandie où il a une opportunité. Emily passe la soirée et la nuit avec Gabriel avec lequel elle couche et tous deux conviennent que leur histoire est sans avenir. Mais le lendemain, surprise : Gabriel annonce à Emily qu'il reste à Paris car Antoine Lambert va l'aider financièrement. Au même moment, Camille envoie un texto à Emily pour qu'elles se voient afin de parler du changement décidé par Gabriel...

A quel point accorder du crédit à un succès populaire ? Ou, autrement dit, quand quelque chose (un livre, un disque, un film) marche commercialement mais qu'on n'a pas l'impression d'être le public visé, risque-t-on de louper une production qui vaut le coup ? Je ne sais pas pour vous, mais ces questions me travaillent souvent quand j'observe ce phénomène.

Deux possibilités se présentent alors : soit ignorer l'oeuvre, soit prendre le temps de la découvrir et de vérifier si, oui ou non, ça mérite l'attention. C'est ce qui m'est arrivé avec Emily in Paris, un succès sur Netflix, mais aussi l'objet de railleries critiques, principalement à cause de clichés véhiculés sur la France par cette série et son ton fleur bleue.

Il n'y a pas grand-chose à perdre à regarder les dix épisodes de la saison 1 de Emily in Paris qui dure chacun une demi-heure. Si c'est vraiment mauvais, vous pouvez vous arrêter rapidement ou aller jusqu'au bout sans soupirer. En revanche, si c'est bon, alors c'est une heureuse surprise.

Il se trouve que j'ai regardé ces dix premiers épisodes (puisqu'une saison 2 est aussi disponible et que la 3 arrivera en Décembre prochain) en attendant la mise en ligne de Blonde, le film d'Andrew Dominik adapté du roman de Joyce Carol Oates, sur Marilyn Monroe. Comme je savais que ce serait une expérience spéciale, j'avais envie d'un truc léger avant de me plonger dans les 2h 47 du faux biopic tant attendu.

Et en fait, c'est exactement ce fournit Emily in Paris : de la légéreté, un divertissement pétillant, et qui ne me semble mériter toutes les moqueries que cette série a essuyées. Car, en vérité, lui reprocher d'être fleur bleue et pas réaliste, c'est comme se plaindre qu'une comédie musicale est chantée, colorée et fantaisiste. Là n'est pas le propos, ni même l'intention.

Evidemment que rien, dans Emily in Paris, n'est réaliste. Effectivement que c'est bourré de clichés, de facilités. Mais ce n'est pas méchant, jamais condescendant. On y voit des français(es), parisiens de surcroît, habillé(e)s comme des gravures de mode, beaux/belles comme des mannequins, dans une métropole comme doit en rêver la maire de la Capitale, propre (à quelques exceptions près, car une scène montre Emily marchant dans une déjection caninie). Les employés de l'agence Savoir commencent leur journée de travail à 10h 30 et sont plus souvent occupés à flâner dans les rues de la cité en dégustant des crêpes ou à visiter de riches clients tout aussi oisifs, quand ils ne fréquentent pas des soirées chics dans des appartements avec vue imprenable sur les monuments emblématiquess de la ville-lumière.

C'est un Paris idéalisé, irréaliste au possible, mais pas davantage que celle qu'on voit dans Un Américain à Paris (Vincente Minelli, 1951), Drôle de frimousse (Stanley Donen, 1957) ou Ariane (Billy Wilder, 1957). D'ailleurs, Emily ressemble à une actrice américaine des 50's, comme Leslie Caron ou Audrey Hepburn, avec sa silhouette fine, son joli minois et son élégance impeccable. Elle est healthy en diable car elle fait son jogging sur les quais de Seine et ne se laisse jamais abattre, malgré une patronne qui lui en fait voir de toutes les couleurs, un fiancé qui la quitte prématurèment, des collègues couards ou grossiers, des clients trop entreprenants, etc.

Au fond, il est difficle, et même impossible de ne pas éprouver de la sympathie pour Emily, dont la bonne humeur, l'opiniâtreté et la malice sont irrésistibles. Elle n'arrive pas, loin s'en faut, en terrain conquis, elle ne parle pas français, elle tombe amoureuse du seul garçon qui n'est pas libre, doit composer avec des individus peu aimables, mais ne renonce jamais. Elle apprend, compose, s'arrange, et cette détermination force le respect. Sa bienveillance n'a rien de fleur bleue, elle est exemplaire.

Et, au fil de ses aventures, parfois cocasses, parfois superficielles, on la voit apprécier la ville, ses nouvelles habitudes, s'ouvrir à une autre culture. Mieux : d'abord vue comme une "plouc" "ringarde" trop prude et trop work alcoholic, elle devient un peu plus trouble et troublante. Ce n'est pas une oie blanche. Elle aime se donner, quitte à se tromper, à s'emballer. On en vient à se demander si derrière son grand dourire désarmant et bien blanc, Emily n'aime pas Paris surtout pour les occasions, les opportunités sentimentales et sexuelles qu'elle lui offre, alors qu'à Chicago, elle était programmée pour être une sage assistante marié à un ambitieux macho.

La série doit beaucoup à son casting, dominé par Philippine Leroy-Beaulieu, impériale en patronne insupportable, cassante. Camille Razat et Lucas Bravo mais aussi Ashley Park forment le cercle amical d'Emily avec du charme à revendre. Dans des seconds rôles Samuel Arnold, Bruno Gouery, William Labadie, et surtout Jean-Christophe Bouvet (dans le rôle de Pierre Cadault) cabotinent à loisir.

Et bien entendu, il y a Lily Collins. La fille de Phil Collins a 29 ans mais en paraît dix de moins et a une vraie grace. C'est une jeune première à l'ancienne, avec un charme fou, qui fait qu'on n'imagine personne d'autre qu'elle dans le rôle. Elle a un vrai talent comique et une présence indéniable en plus d'une élégance impeccable. Autant d'atouts qui suffisent à ne pas la limiter à une simple potiche.

J'ai donc du coup bien l'intention de continuer à suivre Emily in Paris : c'est sucré, certes, mais on ne dit pas non à une si bonne friandise. Et tant pis pour les railleurs et les cyniques.

samedi 2 octobre 2021

MANK, de David Fincher (Netflix)


L'an dernier, après six ans sans avoir tourné de nouveau film, David Fincher délivrait son dixième long métrage sur Netflix. Les critiques ont vu dans Mank son oeuvre la plus personnelle car il s'agissait d'un film sur le cinéma, sur un chef d'oeuvre du Neuvième Art, et surtout parce que le script était écrit par Jack Fincher, son propre père. Ce n'est pas faux, mais c'est ce n'est pas que ça car Mank est un véritable ovni, qui, n'en déplaise aux grincheux, ne pouvait exister que grâce à Netflix. 
 

1940. Orson Welles obtient du studio RKO carte blanche pour tourner son premier film, Citizen Kane. Il embauche Herman Mankiewicz pour rédiger le script alors qu'il se remet d'un accident de la route à Victorville. Cloué au lit, une jambe dans le plâtre, alcoolique, "Mank" dicte son texte à Rita Alexander qui relève rapidement des similitudes entre le personnage fictif de Charles Foster Kane et William Randolph Hearst, magnat de la presse. Le producteur du film, John Houseman, s'en inquiète d'autant que le script est complexe narrativement tandis que Joseph, le frère de "Mank", se soucie des représailles de Hearst.


1930. Mank visite le tournage d'un film où il reconnaît Marion Davies. Elle lui présente Hearst, son protecteur et amant, qui apprécie le scénariste pour son franc-parler et son intelligence alors que ce dernier se méfie du milliardaire. 1933 : Mank et sa femme, Sara, assistent à l'anniversaire de Louis B. Mayer au château de Hearst en compagnie de plusieurs invités prestigieux. Upton Sinclair, écrivain de gauche qui brigue le poste de gouverneur de Californie, est au centre des conversations, haï de tous ici, sauf de Mank qui défend ses idées égalitaires.


1940. Houseman s'impatiente car le script n'avance pas assez vite à son goût. Rita s'en formalise aussi car Mank s'est remis à boire. Mais le scénariste promet qu'il rendra sa copie à temps et qu'il s'agira de son meilleur travail, même si, comme Houseman le lui rappelle, il ne sera pas crédité au générique.


1934. Herman et Joseph L. Mankiewicz commencent à travailler au sein de la M.G.M.. Le second de Louis B. Mayer, Irvin Thalberg, oeuvre activement pour discréditer Upton Sinclair en produisant de faux films d'actualité avec de soi-disant témoins qui conspuent ce communiste dangereux pour la région. Mank découvre que c'est Hearst qui finance cette campagne de dénigrement et il tente de convaincre Marion Davies de l'en dissuader. Mais celle-ci quitte le studio pour signer chez Warner Bros. et pense sincèrement que Hearst est un homme bon. Mank et Sara assistent au résultat de l'élection au Trocadero Club et le républicain Frank Merriam remporte la victoire. Dégoûté d'avoir aidé le studio, le monteur et ami de Mank, Shelly Metcalf, se suicide.


1940. Charles Lederer, que Mank avait introduit au sein de la MGM comme scénariste, découvre le script achevé de Citizen Kane et en donne une copie à Mayer. Joseph rend visite à son frère pour l'avertir que Hearst va lire son scénario, ce qui risque de le griller à Hollywood et de faire du mal à Sara. Marion Davies tente aussi de convaincre Mank de revoir sa copie pour l'adoucir. En vain.


1937. Ivre mort, Mank fait irruption chez Hearst lors d'un dîner auquel assiste Mayer et Marion. Il déonce les manoeuvres des deux hommes pour avoir empêcher Sinclair de gagner les éléctions trois ans plus tôt et avoir renoncé à toute intégrité. Mayer réplique que Hearst signe le chèque de paie de Mank. Sidéré, celui-ci se fait reconduire par le magnat qu'il a éreinté devant ses invités.


1940. Malgré la pression exercée par Hearst sur la RKO, Orson Welles reste déterminé à tourner Citizen Kane en adaptant fidèlement le script de Mank, qui s'est ravisé et exige d'être crédité au générique. Il recevra l'Oscar du meilleur scénario original en 1942, fâché avec Welles, et mourra 11 ans plus tard à 55 ans.  

L'économie du cinéma a considérablement changé ces dernières années, mais en vérité l'industrie n'a jamais cessé de muter. La différence, notable, c'est qu'aujourd'hui les cinéphiles les plus intégristes réagissent à ces changements comme ceux qui, dans les années 1950-60, accusaient la télévision de tous les maux en ciblant dorénavant les plateformes de streaming.

Pourtant, les salles de cinéma se remplissent à nouveau, les spectateurs étant comme toujours motivés par les grosses affiches et, malgré la pandémie, préférant avoir un pass sanitaire pour s'asseoir devant un écran géant. Donc, il est faux de prétendre que le streaming tue le cinéma au cinéma.

Pourquoi tant de haine ? Netflix, comme Amazon, Apple et d'autres, sont des studios équivalents à Sony, Disney, Paramount, Warner, qui ont d'ailleurs eu aussi leurs services de streaming. Et Netflix, puisque c'est celui dont il s'agit aussi, finance des projets dans lesquels aucune autre major n'investirait un dollar. C'est à cet égard que Mank est un exemple, un symbole même.

En effet, d'un point de vue purement cosmétique, nous avons là un film de 2h 15 en noir et blanc sur l'histoire du scénariste d'un chef d'oeuvre du 9ème Art tourné en 1940. Autant d'éléments qui rebutent n'importe quel producteur. Alors que faut-il mieux ? Que Netflix signe un chèque à David Fincher pour lui permettre de réaliser ce film ? Ou que Mank devienne le énième projet avorté du cinéaste ?

Pour moi, qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse et je remercie Netflix (même si, par ailleurs, il m'arrive de maudire l'entreprise de Ted Sarandos et Reed Hastings sur d'autres choix) d'avoir soutenu Fincher après six ans loin des plateaux de cinéma. Bien entendu, sans les succès de House of Cards et Mindhunter, deux séries Netflix portées par le cinéaste, sans doute que la plateforme de streaming n'aurait pas "greenlighté" Mank - et d'ailleurs le réalisateur en est conscient, comme il convient que les résultats de Mank décideront de la suite de sa collaboration avec Netflix. Mais Mank existe et c'est un film extraordinaire.

Qu'il s'agisse d'un projet personnel, très spécial pour Fincher, cela ne fait guère de doute. D'abord parce qu'il porte à l'écran un script de son père, Jack Fincher, un ancien journaliste qui, une fois à la retraite, a jeté toutes ses forces dans ce texte, maintes fois remanié ensuite. Jack Fincher n'aura pas vu le résultat, il est mort en 2003, et Mank est donc aussi une oeuvre testamentaire poignante et engagée.

Car, même si le fils a obtenu de son père de revoir sa copie pour ne pas en faire un manifeste de la Writers Guild, Mank est d'abord un scénario sur un scénariste, qui réhabilite Herman Mankiewicz et tous ses pairs face aux producteurs, aux réalisateurs, aux acteurs. A priori, tout sauf un matériau cinématographique car Mank est cloué au lit, une jambe dans le plâtre, la plupart du temps, en train de dicter à sa dactylo ou de cuver son whisky. Mais après tout, personne ne s'ennuie en regardant Fenêtre sur Cour où James Stewart passe son temps à épier ses voisins, une jambe dans le plâtre, cloué à sa chaise.

Il y a un côté exercice de style dans Mank et on sent la jubilation de Fincher à trouver un moyen de filmer cette histoire de manière excitante. Le cinéaste s'est fait une spécialité de ce genre de défi filmique comme en témoignent Panic Room (avec une mère et sa fille coincées dans une pièce), Zodiac (avec ces journalistes traquant un tueur en série insaisissable), The Social Network (sur la naissance de Facebook et son créateur Mark Zuckerberg). Ce n'est pas Wes Anderson et son obsession des "maisons de poupées", mais Fincher adore visiblement filmer ce qui semble infilmable.

L'autre marotte de Fincher, ce sont les figures autoritaires et les forteresses. Le Xanadu de Citizen Kane est décliné dans quasi toute l'oeuvre du cinéaste, depuis le clip de Oh, Father de Madonna en passant par la maison de Panic Room, le bâteau (de Robert Downey Jr.) dans Zodiac, la baraque (de Brad Pitt) dans Fight Club, le palais de Millenium, etc. Les personnages olympiens fascinent aussi Fincher comme Welles et Mankiewicz l'étaient avec Kane/Hearst : Mark Zuckerberg, le personnage de Michael Douglas dans The Game, Tyler Durden (Fight Club). Ils lui fournissent la matière pour des enquêtes, des portraits, des dossiers dignes des investigations menées par les protagonistes de Zodiac : qui sont Tyler Durden, Mark Zuckerberg, Benjamin Button, le mari dans Gone Girl, le tueur du Zodiaque, celui de Se7en ? Bref, l'intérêt de Jack Fincher pour Mank égale celle de David pour tous ses héros.

Pour dresser le portrait de ces héros, le cinéaste sait qu'il doit faire des choix, se résigner à n'en capter que certains aspects, c'est le principe même du cinéma (contrairement au format de la série qui permet de creuser sur la longueur le parcours d'un personnage). Ainsi, dans Mank, de manière très mécanique, au son d'une machine à écrire qui nous indique sur la date de chaque scène, on va et vient entre 1940 (la rédaction du script) et les années 30 (une suite d'événements déterminants qui inspireront Mank dans la cosntruction de son scénario sur Kane/Hearst). Mank devient à la fois quelqu'un qui écrit sur quelqu'un en même temps que le film écrit sur Mank.

Mank était-il un génie éclipsé par Welles (pour qui Fincher a des sentiments partagés, reconnaissant son talent immense mais aussi son immaturité crasse, qui lui a coûté une carrière extraordinaire et dont ne subsiste que la légende et des oeuvres bricolées) ? Ou une sorte de bouffon du roi (Mayer, Hearst) ? Etait-il un auteur intègre au risque de tout perdre ? Ou un imbécile qui en refusant le compromis s'est grillé à Hollywood ? Un idéaliste ? Ou un suicidaire ? Le film ne tranche pas et c'est son autre qualité : Fincher sait bien que le scénariste est un pièce importante dans la fabrication du film mais qu'un réalisateur en bave aussi, attendu sur le plateau comme le messie et recevant tous les lauriers comme toutes les critiques.

Superbement photographié dans un noir et blanc qu'on croirait d'époque (jusqu'aux traces de collage de montage alors que Fincher a tourné en numérique), le film bénéficie d'un casting fabuleux : les seconds rôles campés par Lily Collins (Rita Alexander), Charles Dance (Hearst), Arliss Howard (Mayer), Tom Pelphrey (Joseph Mankiewicz), Tuppence Middleton (Sara), Ferdinand Wingsley (Thalberg), Tom Burke (Welles) sont tous impeccables, dirigés de main de maître (et avec l'exigence redoutable qu'on connaît à Fincher).

Dans le rôle titre, Gary Oldman est magistral, à la fois cabot et nuancé, pathétique et chevaleresque. Il n'aurait pas volé un Oscar pour sa prestation. Face à lui, Amanda Seyfried hérite du rôle de sa vie en campant Marion Davies avec une ambivalence épatante, le spectateur ne sachant jamais si elle est dupe ou non vis-à-vis de Hearst, mais reconnaissant son amitié sincère pour Mank.

Espérons désormais que Fincher n'attendra pas à nouveau six ans pour nous gratifer de son onzième long métrage - à moins qu'il ne nous fasse le cadeau d'une troisième saison de Mindhunter.