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mercredi 11 mai 2016

Critique 883 : BRUNO BRAZIL, TOMES 8 & 9 - ORAGE AUX ALEOUTIENNES & QUITTE OU DOUBLE POUR ALAK 6, de Greg et William Vance


BRUNO BRAZIL : ORAGE AUX ALEOUTIENNES est le huitième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert) et dessiné par William Vance, publié en 1976 par les Editions du Lombard.
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Le colonel "L" apprend par le général Ryan que le commando "caïman" est déclassé suite à la mort en mission d'un de ses membres (voir tome 7 : Des caïmans dans la rizière), au profit de l'équipe des "Congo Williams" du colonel "4".
Néanmoins, Bruno Brazil, qui vit désormais en couple avec Gina Loudéac et leur fils adoptif Maï, a une nouvelle mission : appréhender "Chop Suez" Dillon, trafiquant d'êtres humains dans la région des Aléoutiennes (chaînes d'îles volcaniques au Sud de la mer de Béring reliant la presqu'île de l'Alaska et du Kamtchaka).
Sur place, se trouvent déjà, infiltrés dans la bande du malfrat, Tony "Nomade" (une nouvelle recrue du commando) et "Whip" Rafale, que viennent rejoindre "Gaucho" Moralés et Bruno. Ces deux derniers découvrent à bord d'un cargo transportant des immigrés asiatiques la véritable nature des exactions de Dillon : les passagers sont destinés à y être exécutés et leurs cadavres à servir à cacher de la drogue...
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BRUNO BRAZIL : QUITTE OU DOUBLE POUR ALAK 6 est le neuvième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert) et dessiné par William Vance, publié en 1977 par les Editions du Lombard.
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Trois savants à la tête du service "Amarante" sont tués : ils étaient responsables du projet "Myxine", concernant un nouveau modèle de missile. Mais pour assurer leurs arrières, les autorités ont eu l'idée d'implanter, à son insu, dans le cerveau d'un certain John Saxon des données relatives à cette arme avant de le relâcher dans la nature.
A présent, il faut lui remettre la main dessus avant ceux qui ont tué les savants et le colonel "L" confie cette mission au commando "caïman" qui part à Madagascar. Sur place, les agents de choc sont pourtant déjà attendus par leurs ennemis qui kidnappent "Texas" Bronco et Saxon quand celui-ci est localisé.
Bruno et Billy Brazil, "Gaucho" Moralés, "Whip" Rafale et Tony "Nomade" partent à la poursuite des ravisseurs et de leurs otages, précipitant la mission dans une terrible issue qui, si elle permet la sauvegarde du projet "Myxine", aura de lourdes conséquences pour l'équipe...

Il s'agit là des deux derniers longs récits complets de 48 pages de la série : les tomes 10 (Dossier Bruno Brazil et La Fin ?...) ne contiendront que des histoires courtes, antérieurs au tome 1, et les premières planches de ce qui devait constituer le véritable dixième épisode, jamais achevé.

Fidèle à son inspiration, Greg raconte deux aventures très noires s'inscrivant à la fois dans le registre de l'aventure et de l'espionnage : Orage aux Aléoutiennes aborde la traite d'êtres humains et expose une affaire particulièrement sordide à laquelle est jointe du trafic de drogue. Cela s'inspire pourtant de faits réels mais le scénariste, comme toujours dans cette série, n'a pas su s'en contenter et gâche un peu cette idée forte, mais sans doute trop noire pour une publication dans le journal de "Tintin".

Ce qui m'a frappé en relisant Bruno Brazil, c'est la mauvaise gestion de l'équipe : Greg sait inventer et camper des caractères mémorables et pittoresques mais peine à tous bien les exploiter. Ici, Billy Brazil et "Texas" Bronco sont inutiles et d'ailleurs inutilisés alors qu'une nouvelle recrue intègre les commando "caïman". Ce nouveau membre est d'ailleurs passablement grotesque : son nom est ridicule (Tony "Nomade", son look caricatural et invraisemblable au possible (un hippie aux cheveux longs qui trimballe une guitare partout, instrument qui lui sert à jouer de la musique mais aussi de mitraillette et de chargée de fumigènes !). Pourquoi créer cet agent quand deux autres dans la bande sont déjà disponibles ?

Par ailleurs, le méchant "Chop-Suez" Dillon ne convainc pas longtemps en chef de trafiquants, manquant de charisme... Et Bruno Brazil, désormais marié et père de famille, reprend du service sans que son rôle de leader soit bien évident. Seul "Gaucho" Moralés, mémorable grande gueule latino, reste sympathique, avec des réactions touchantes, alors que "Whip" Rafale fait de la figuration dans une intrigue au rythme paresseux.

En revanche, Quitte ou double pour Alak 6 (où vous apprendrez la signification authentique de ce curieux mot "Alak") se distingue par son dénouement très radical et noir. Le plot est totalement loufoque, avec ce John Saxon qui s'enivre en détenant sans le savoir des secrets d'Etat décisifs, mais le prologue est vraiment explosif, intense et, si entretemps, les rebondissements sont encore une fois abracadabrantesques (le commando prenant comme couverture l'identité d'un groupe de pop !... Très discret et crédible...), le dénouement est saisissant avec le sort tragique de plusieurs héros. Ce fut un grand choc lorsque je lus cette aventure pour la première fois dans ma jeunesse et il faut reconnaître que ça fonctionne encore.

Par contre, ce qui ne fonctionne pas/plus pour moi, ce sont le dessins de Vance qui, mises à part ses superbes couvertures (auxquelles les rééditions ne rendent pas justice) et quelques planches au découpage assez audacieux (dans lesquelles l'artiste prouve qu'il est plus doué et minutieux pour représenter les buildings et les voitures que les personnages), livre une mise en images médiocres.

On voit déjà que le dessinateur abuse de vues de profil, ses héros masculins se ressemblent tous (au point parfois d'être difficilement identifiables), les angles de vue manquent de dynamisme, et la colorisation très psychédélique de Petra a très mal vieilli. 

Je ne suis pas très motivé pour lire les deux albums restants, donc je pense m'en tenir là avec cette série, dont j'avais un souvenir trop flatteur alors qu'elle est très inégale. 

lundi 2 mai 2016

Critique 879 : BRUNO BRAZIL, TOMES 6 & 7 - SARABANDE A SACRAMENTO & DES CAÏMANS DANS LA RIZIERE, de Greg et Vance


BRUNO BRAZIL : SARABANDE A SACRAMENTO est le sixième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert) et dessiné par William Vance, publié en 1974 par les Editions du Lombard.
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La ville de Sacramento est gangrenée par la mafia tenue par les deux parrains, Don Leone Adosimo et Pascale Scampa. Bruno Brazil leur déclare la guerre en direct à la télé et son plan est simple : faire croire à Scampa que le commando "caïman" a conclu une alliance avec Adosimo.
La riposte de Scampa est immédiate : il fait brûler les écuries puis la villa de Adosimo. Mais ces règlements de comptes déplaisent à l'inspecteur Quincannon, ami de "Gaucho" Moralés à qui il révèle que sa soeur, Concepcion, a été enlevée. Elle est la prisonnière, comme le lui apprend le patron du "Tropico" où elle travaille, de Sardano, l'avocat véreux d'Adosimo, qui veut évincer le parrain.
Le commando libère la jeune femme. Les deux bandes rivales de la mafia s'entre-tuent, Quincannon n'a plus qu'à arrêter les survivants tandis que Brazil laisse Adosimo et Scampa filer afin que leur défaite instruise tous les autres barons de la pègre qui voudraient défier ses agents.
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BRUNO BRAZIL : DES CAÏMANS DANS LA RIZIERE est le septième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert) et dessiné par William Vance, publié en 1975 par les Editions du Lombard.
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Gina Loudéac, touriste en Thaïlande, est témoin d'une fusillade sur un port de pêche. Une des victimes, Walter Aldorf, lui remet un briquet à donner à Bruno Brazil. Or le guide de la jeune femme, Maï, connaît bien l'espion qui est d'ailleurs descendu dans le même hôtel qu'elle.
Bruno visionne les microfilms cachés dans le briquet : ce sont des clichés datant de 1942 sur un missile japonais désormais en possession d'Iko Mitsushido qui veut le vendre au plus offrant. D'autres images montrent une rizière, certainement là où il se cache.
Bruno, Gina et Maï s'enfoncent dans la jungle pour gagner la planque de Mitsushido tandis que le commando "caïman", divisé en deux groupes ("Texas" Bronco et "Big Boy" Lafayette d'un côté, "Whip" Rafale", Billy Brazil et "Gaucho" Moralés de l'autre), sont en aussi en route.
La mission se termine sur une demi-victoire : si Mitsushido et arrêté et le missile mis hors d'état de nuire, un des membres de l'équipe meurt...

N'ayant pu me procurer le tome 5, je passe donc donc directement aux 6ème et 7ème épisodes de la série : on peut d'ailleurs noter qu'ils présentent respectivement le meilleur et le pire de la production écrite par Greg.

Sarabande à Sacramento délaisse le récit d'espionnage, genre dans lequel s'inscrivait le titre, pour un registre plus proche du polar avec une spectaculaire histoire de règlements de comptes entre le commando "caïman" et deux factions mafieuses. L'intrigue est articulée sur une manipulation habile de Bruno Brazil pour que deux parrains alliés deviennent rivaux en croyant que l'un trahit l'autre : cette trame évoque La moisson rouge de Dashiell Hammett (1929), qui inspira le film d'Akira Kurosawa Yojimbo/Le garde du corps (1961) dont Sergio Leone tira une version western avec Pour une poignée de dollars (1964). Un procédé courant chez Greg...

Il n'empêche, ce tome est redoutablement efficace et s'impose comme le meilleur depuis le début de la série : le scénario est riche, épique, plein de rebondissements, abondant en scènes d'action. La dynamique du commando est aussi plus tonique et l'usage de gadgets ajoute au divertissement (le yo-yo métallique de "Big Boy" Lafayette, les colts de "Texas" Bronco ou les escarpins aux talons lacrymogènes de "Whip" Rafale).

Hélas ! Des caïmans dans la rizière ne confirme pas cette embellie et se distingue, lui, comme un sommet de n'importe quoi : Greg a fait fort en accumulant des situations invraisemblables dont on ne peut que rire. Les personnages secondaires sont grotesques : de Gina Loudéac (rien que le nom...), touriste prise dans une affaire qui la dépasse et successivement prête à tout pour s'en mêler avant de s'indigner des méthodes de Bruno Brazil, jusqu'au jeune guide Maï qui semble connaître toute la Thaïlande comme sa poche au point de localiser une rizière entre milles sur une simple photo, en passant par Mitsushido qui a caché un énorme missile dans un éléphant de pierre mais sans se soucier de l'entretenir !

Le périple à bicyclette (!) de Bruno, Gina, et Maï à travers les chemins thaïlandais, est aussi passablement ridicule mais surtout interminable : pourquoi donc Brazil, d'une part, s'encombre-t-il de cette femme et du garçon et, d'autre part, ne part-il pas soit avec "Big Boy" et "Texas", soit avec "Whip", Billy et "Gaucho" ? Il faut aussi dire que, encore une fois, plusieurs membres du commando ne servent ici à rien (Billy comme d'habitude surtout).

Graphiquement en revanche, Vance est plus inspiré : son découpage s'affranchit nettement pour proposer des compositions percutantes, aux perspectives profondes. Le nombre de cases par page diminue au profit de plans plus larges, voire de pleines pages, avec des décors très fouillés (le "Blue casino" de Sacramento par exemple). Il semble évident que l'artiste a intégré l'émancipation visuelle que la BD franco-belge connaissait à cette époque sous l'impulsion, notamment, de Druillet et Moebius.

Sa représentation des personnages ne bénéficie pas de la même audace et leur expressivité est toujours limité ainsi que leur gestuelle. Mais tout de même, Vance, chez qui l'influence de Jim Holdaway (Modesty Blaise) est notable, sait dessiner les femmes en leur donnant une sacrée allure ("Whip" Rafale en est le meilleur exemple), ce qui compense légèrement la raideur et la ressemblance de ses héros masculins.

A la fin du tome 7, on pourrait facilement penser que la série est terminée (Bruno s'est marié et a adopté Maï, le commando a perdu un de ses membres), mais les aventures des "caïmans" ont encore quelques chapitres à vivre...       

vendredi 29 avril 2016

Critique 876 : BRUNO BRAZIL, TOMES 3 & 4 - LES YEUX SANS VISAGE & LA CITE PETRIFIEE, de Greg et William Vance


BRUNO BRAZIL : LES YEUX SANS VISAGE est le troisième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert dans la première édition) et dessiné par William Vance, publié en 1970 par les Editions du Lombard.
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Encore convalescent (après les blessures subies lors de sa précédente mission - voir tome 2 : Commando Caïman), "Texas" Bronco braque une banque et abat plusieurs personnes.
Placé en détention et sujet à des crises de nerfs, il reçoit la visite de son chef, le commandant Bruno Brazil, tandis que ses autres partenaires s'interrogent sur son geste et ce qui a pu le provoquer.
Cependant, "Whip" Rafale est enlevée et soumise à un lavage de cerveau. Libérée, elle manque de tuer William "Billy" Brazil mais "Big Boy" Lafayette et Bruno réussissent à l'appréhender.
Les hommes de main de l'ennemi du commando enlèvent "Gaucho" Moralés, resté seul à leur QG. Jouant la comédie, il permet à Bruno Brazil, "Whip", "Big Boy" et Billy de le suivre jusqu'au repaire de leur adversaire. Ainsi découvrent-ils qu'il s'agit de Rebelle, l'ex-partenaire de Madison Ottoman (voir tome 2), et son complice, un savant fou...
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BRUNO BRAZIL : LA CITE PETRIFIEE est le quatrième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert) et dessiné par William Vance, publié en 1971 par les Editions du Lombard.
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Le commando caïman au complet est affecté à une inspection du silo "Pyramide", un complexe militaire de 60 kilomètres de profondeur. Mais durant la manoeuvre, une attaque ultra-sonique manque de terrasser tous les membres de l'équipe.
Remontant à la surface, Bruno Brazil et ses partenaires découvrent un spectacle stupéfiant : militaires et civils dans un large périmètre autour du silo sont k.o..
Les membres du commando gagnent la ville la plus proche, déduisant que les malfaiteurs à l'origine de cette situation vont braquer la banque fédérale. Tandis que Billy, "Big Boy" et "Texas" traversent la ville fantôme d'un côté, Bruno, "Whip" et "Gaucho" infiltrent la troupe des bandits de l'autre.
Ils découvrent ainsi qu'à la tête des voleurs se trouve leur pire ennemie, Rebelle...

Devenu un des titres les plus populaires du journal de "Tintin", Bruno Brazil poursuit donc ses aventures avec ces deux nouveaux épisodes qu'il faut aborder en ayant lu Commando Caïman, le deuxième tome, paru en 1969 : la série feuilletonne en effet en réutilisant à deux reprises, consécutivement, la même méchante.

C'est d'ailleurs une des originalités que d'avoir fait de Rebelle, d'abord simple-valoir de Madison Ottoman, le vilain mégalomane du Matto Grosso, l'ennemi de Bruno Brazil et sa bande : à une époque où les personnages féminins n'étaient guère nombreux dans les parutions destinées à la jeunesse, à cause de la censure, l'adversité incarnée par cette femme fatale détone.

L'intrigue des Yeux sans visage exploite un vieux cliché du récit d'espionnage, le lavage de cerveau, qui transforme les acolytes du héros en pantins dangereux. Toutefois, il est difficile de relire l'histoire de Greg sans sourire : avec son savant fou qui manipule les méninges des agents du commando, l'intrigue peine à tenir la distance et souffre de sévères chutes de rythme. Par ailleurs le suspense autour de l'identité de la méchante fait long feu puisqu'on reconnaît sa silhouette et sa chevelure dorée très vite, sans compter qu'on devinait que Rebelle reviendrait vite après avoir réussi à s'échapper à la fin du tome 2 en jurant de se venger.

Plus invraisemblable encore : Rebelle s'en tire miraculeusement à la fin de cette aventure, plus revancharde que jamais car elle est défigurée (mais sans que cela soit montré : là encore, il ne s'agissait pas de choquer les enfants)... Mais dans le dénouement de La cité pétrifiée, elle se présente avec un visage absolument intact ! Soit elle a trouvé un chirurgien esthétique diablement doué, soit elle n'était pas si mutilée que ça auparavant, mais quelle que soit la réponse à ce rétablissement, Greg ne s'est guère embarrassé de vraisemblance.

Toutefois, ne soyons pas trop sévère et sarcastique car ce tome 4 est très bon : l'originalité de l'attaque menée par les malfrats, leur audacieux braquage, la résistance qu'oppose le commando caïman (quand bien même le scénario sacrifie, comme d'habitude, un membre en route - ici, Billy Brazil) sont captivantes. On pense d'ailleurs à une version à peine déguisé des Pirates du silence (le tome 10 de Spirou et Fantasio par Rosy et Franquin, avec Will, publié en 1958).

Visuellement, les deux albums sont toujours aussi inégaux et moyens : Vance est très brouillon dans le troisième épisode, et la colorisation de Petra ne vaut pas mieux, alors que dans le chapitre suivant, la série apparaît nettement plus soignée, avec des idées de découpage ingénieuse (simulant par exemple des déclinaisons de mouvements dans un seul plan).

La cité pétrifiée offre même des références esthétiques au pop-art, culminant dans la plus belle scène de l'histoire (quand "Whip" Rafale neutralise avec son fouet Rebelle dominant Bruno Brazil sur le toit de la banque fédérale). Néanmoins, Vance a quand même un trait très peu mobile, ses personnages se ressemblent tous et sont peu expressifs, et ses compositions sont souvent maladroites : autant de faiblesses qui plombent le résultat.

Le titre balbutie donc encore, même s'il s'améliore, au moins au niveau narratif, avec des intrigues plus solides. 

vendredi 22 avril 2016

Critique 871 : BRUNO BRAZIL, TOMES 1 & 2 - LE REQUIN QUI MOURUT DEUX FOIS & COMMANDO CAÏMAN, de Greg et William Vance


BRUNO BRAZIL : LE REQUIN QUI MOURUT DEUX FOIS est le premier tome de la série, écrit par Greg et dessiné par William Vance, publié en 1968 par les Editions du Lombard.
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Un accident de la route permet aux "Services", l'organisation de défense internationale, d'apprendre l'hospitalisation de Kurt Schellenburg, officier nazi du IIIème Reich, porté disparu depuis la fin de la guerre. Le colonel Lazarus D. Walsh alias "L" met sur l'affaire son meilleur agent : Bruno Brazil.
Avec le policier Hawks, Brazil est envoyé au Caraguay, en Amérique du Sud, au large des côtes duquel le sous-marin allemand U-733 aurait coulé avec le magot de Schellenburg estimé à quinze milliards de dollars. 
Sous les identités de Elmer Puddle pour Hawks et Roger Blake, les deux agents doivent, une fois sur place, affronter un accueil hostile et prennent le maquis avec leur contact, Helen Cordoba. Grâce aussi au concours d'Oscar Caucci, Brazil va retrouver Schellenburg aux abois car son butin n'est qu'une légende et que l'inspecteur Rafaël avec lequel il a négocié le tuera en l'apprenant...
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BRUNO BRAZIL : COMMANDO CAÏMAN est le deuxième tome de la série, écrit par Greg et dessiné par William Vance, publié en 1969 par les Editions du Lombard.
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Une organisation criminelle secrète a trouvé le moyen de pirater les transmissions audiovisuelles d'un satellite américain au moyen duquel elle diffuse des images subliminales potentiellement dangereuses. Le signal des saboteurs a été localisé dans la jungle du Matto-Grosso.
Bruno Brazil, chargé de neutraliser les malfrats, rassemble un commando composé de "Big Boy" Lafayette, un jockey ; "Gaucho" Moralés, une canaille ; "Whip" Rafale", experte dans le maniement du fouet dans un cirque ; William Brazil, son frère cadet ; et "Texas" Bronco, un cowboy.
Le "commando caïman" est attaqué par des indiens au coeur de la jungle et ses membres sont dispersés. Lafayette et Bronco sont blessés lors de leur parachutage. "Gaucho", écarté du groupe avant son départ, a quand même suivi Brazil qui taille sa route avec "Whip".
William est capturé par les hommes de Madison Ottoman, le chef de l'organisation, qui lui montre sa base et lui offre de rejoindre ses troupes. Bruno passe à l'action mais ne peut empêcher la fuite de la complice d'Ottoman.

Ces temps-ci, je lis moins de bandes dessinées, hormis celles pré-publiées dans le journal de "Spirou", car les romans et quelques films me procurent des sensations plus fortes et me motivent donc plus au moment de rédiger des critiques. Dans ce cas de figure, revenir à des albums lus il y a longtemps et dont on a gardé des souvenirs positifs est un moyen susceptible de se réconcilier avec le 9ème Art. Ainsi me suis-je replongé dans les aventures de Bruno Brazil, qui firent mon bonheur lorsque j'étais encore un simple et très jeune amateur de BD.

Un peu d'Histoire : Bruno Brazil est d'abord apparu dans des récits complets publiés dans le nournal de "Tintin" à partir de 1967. L'agent de choc est une création de Michel Greg, qui signe pour l'occasion Louis Albert (les rééditions rétabliront son identité la plus populaire). Dès 1968, de grandes aventures paraissent, coïncidant avec la formation du Commando "Caïman".

Le titre va exister une quinzaine d'années avant que ses ventes ne déclinent, au terme de dix albums correspondant à neuf histoires et quelques récits complets plus courts. L'inspiration de Bruno Brazil est évidente : c'est une version en bande dessinée de James Bond, dont les films connaissent un énorme succès populaire à la fin des années 60. Mais si la série en adopte le ton, elle se distingue par plus d'humanité.

Pourtant, le premier tome n'est guère original : le héros est présenté et mis en scène comme un super-espion dont la liberté d'action, la débrouillardise et les capacités physiques sont sans limites. Il ne fait aucun doute qu'il viendra à bout de l'adversité, ce qui ôte tout suspense et suscite même le sarcasme du lecteur devant cet homme impeccable en toutes circonstances, se permettant même de faire de l'esprit dans les situations critiques, et toisant ses ennemis avec suffisance. Pour tout dire, Bruno Brazil n'a rien d'intéressant et l'écriture très premier degré qu'applique Greg (qu'on a connu plus faisant preuve de plus de distanciation) n'arrange rien. L'intrigue du Requin qui mourut deux fois est aussi palpitante que les OSS 117 incarnés par Frederic Stafford, l'ersatz du 007 joué par Sean Connery.

Il faut donc persévérer et attendre Commando Caïma pour découvrir une production qui deviendra à juste titre un objet de culte : Greg a l'idée, basique mais habile, de transformer sa série en un team-book et adjoindre à Bruno Brazil cinq acolytes hauts en couleurs, immédiatement mémorables.

Rencontrer "Big Boy" Lafayette, "Whip" Rafale, "Gaucho" Moralés, "Texas" Bronco et William Brazil revient à faire la connaissance d'une équipe de quasi-super héros franco-belges. Qu'importe qu'ils ne soient guère crédibles comme recrues d'élite d'une agence de contre-espionnage, le folklore dont ils sont issus et les talents qu'ils affichent les rendent irrésistibles. Greg les écrit d'une manière très vivante, avec des interactions très dynamiques, une caractérisation réjouissante (Moralés la forte tête, les chamailleries entre Lafayette et Bronco, les relations fraternelles de Bruno et William, le charme tranquille de Rafale... Sans oublier la figure du patron avec le colonel "L").

Par ailleurs, l'affaire même développée dans ce deuxième tome est menée sur un rythme soutenu et évoque de manière amusante le plan de Zorglub dans L'ombre du Z des aventures de Spirou et Fantasio, justement écrit par Greg. La jungle du Matto Grosso, le délire mégalo de Madison Ottoman (quel nom !), sa partenaire (qui réussit à fuir in fine, suggérant qu'on va la revoir) rappellent respectivement la Palombie, le rival du comte de Champignac et Zantafio.

Visuellement, le dessin de Vance est à la fois réaliste dans la représentation des décors et plus sommaire (déjà, car il n'évoluera jamais) avec les personnages, peu expressifs, à la mobilité minimum, dans des pages au découpage classique (la seule différence entre les tomes 1 et 2 réside dans le passage de quatre à trois bandes par planche). 

C'est surtout le charme rétro et pop qui fait son petit effet, sinon je dois dire, au risque de froisser ses fans, que Vance m'a toujours semblé un artiste très surestimé, surtout chanceux dans le choix de ses séries (il a dessiné de nombreux best sellers, en particulier XIII). Je le préfère nettement comme cover artist où son talent de peintre est incontestable.

Qui sait ? Un de ces jours, Bruno Brazil sera peut-être relancé, comme récemment Bob Morane : l'espion à la chevelure blanche mériterait une seconde vie à l'heure où son modèle James Bond ne s'est jamais aussi bien porté (y compris en bande dessinée)...