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mercredi 8 février 2023

JUPITER'S CIRCLE : BOOK 2, de Mark Milar, Wilfredo Torres, David Gianfelice, Chris Sprouse, Ty Templeton et Rich Burchett


La suite et fin de Jupiter's Circle compte encore six épisodes, tous écrits par Mark Millar, épaulé par pas moins de cinq dessinateurs : Wilfredo Torres, Chris Sprouse, David Gianfelice, Rich Burchett et Ty Templeton. Comme l'indique la couverture, Skyfox est au centre de l'intrigue, avec une conclusion satisfaisante pour aller jusqu'à Jupiter's Legacy.

 


The Uotpian trouve l'amour avec Jane, la fille dont il a toujours été épris, tandis que Lady Liberty se lamente de ne trouver aucun homme prêt à s'engager avec elle. Le temps passe et Skyfox refait parler de lui en soutenant les mouvements pour les droits civiques de noirs puis les critiques contre l'engagement américain au Vietnam.
 

Mais lorsque l'Union tombe dans le piège que lui tend un de ses ennemis, le Pr. Hobbs, qui les prive de leurs pouvoirs, Skyfox vole au secours de ses anciens partenaires. Son retour ne fait pas l'affaire de Brain Wave qui va précipiter la chute de Skyfox...


Si le premier tome de Jupiter's Circle séduisait par sa construction s'attachant dans des arcs narratifs brefs aux membre de l'équipe de l'Union, ce deuxième recueil de six épisodes se déroule différemment. la couverture ne ment pas en mettant en avant Skyfox dont les actions vont être fil rouge de la série.
 

Mark Millar fait également défiler les années : après l'année 1959 auscultée dans le tome 1, on passe ici en 1965, 1966 et 1967. C'est clairement la fin de l'innocence, de l'insouciance et les tensions de la société américaine vont aussi agiter l'Union. Les (super) héros sont fatigués, aspirent à une vie de couple, à côtoyer leurs amis. Mais est-ce seulement possible quand on a le pouvoir de changer l'Histoire ?


C'est ainsi que Millar questionne le statut de surhomme : revenus de l'île, les membres de l'Union s'étaient donnés pour mission d'aider les faibles et les opprimés sans toutefois s'engager politiquement, sans dépendre d'un gouvernement. Pourtant, parmi eux, Brain Wave aspirait déjà à conseiller les dirigeants, considérant qu'il pouvait les aider à faire prospérer le pays et à apaiser le monde. Une ambition vivement critiquée par son frère, the Utopian.
 

A la fin du sixième épisode du Livre Un, Skyfox quittait l'équipe et disparaîssait dans la nature en s'étant dépouillé de son immense fortune. The Utopian, qui avait également réussi comme entrepreneur, l'a remplacé pour financer l'équipe, mais dans un premier temps, on le voit filer le parfait amour avec Jane, la femme qu'il a toujours aimé. Leur romance est parfaite et Millar l'écrit avec un sentimentalisme dénué de tout cynisme, de toute ironie. Plus tard, on verra qu'il s'agit de la dernière période de bonheur simple vécu par le surhomme.

Au passage, dans ce premier épisode, Millar sème déjà un élément de l'intrigue qui va être développée plus tard dans la mini-série Jupiter's Legacy : Requiem, actuellement en cours de publication (six épisodes sont déjà parus, et le titre reviendra en Août prochain pour les six derniers). The Utopian découvre sur le satellite de Jupiter, Europe, où il a emmené Jane pour un pique-nique, un émetteur extra-terrestre très ancien qui le conduit jusqu'à une cité souterrainne.

Plus tard, il sera question d'autres aliens enlevant des humains dans leur sommeil et on devine que les deux affaires sont peut-être liées. Mais surtotu que ces créatures venues d'ailleurs ont éventuellement un lien avec celles qui avaient dôté les héros de super-pouvoirs... Mais Millar choisit de laisser cela en suspens. Quand j'aurai le temps, j'écrirai une critique des six premiers numéros de Jupiter's Legacy : Requiem (à moins que j'attende que la série soit complète).

Dès le deuxième épisode, on passe en 1965, soit six ans après les événements relatés dans le premier tome. Millar réussit à montrer en quelques scènes courtes et efficaces la dégradation du climat social et politique en Amérique où les noirs manifestent pour la reconnaissance de leurs droits civiques face à la répression policière. Le scénariste tire parfaitemetn profit de ces tensions pour amorcer un virage dans son histoire en revenant à Skyfox.

Devenu un beatnik, conversant avec Jack Kerouac et William Burroughs, il a perdu beaucoup de sa superbe en se droguant et en errant à travers les Etats-Unis. Pourtant son trip a exacerbé sa prise de conscience et lorsqu'il voit à la télé les forces de l'ordre tenter de disperser une foule de militants, il sait qu'il ne peut plus rester sans rien faire.

L'escalade va aller très vite : il prend en otage le vice-président Hubert Humprhrey pour réclamer le départ des troupes américaines du Vietnam et grâce à ses pouvoirs empêche l'Union de le localiseer. The Utopian, au même moment, rencontre John Rockfeller dans une soirée et le milliardaire lui fait une proposition incroyable en demandant au surhomme son sperme pour avoir un fils en échange du versement d'une somme astronomique d'argent avec laquelle il pourrait soulager la misère du monde.

Lors de cette réception, the Utopian et Lady Liberty échangent aussi avec la philosophe Ayn Rand, la théoricienne de l'objectivisme, anti-communiste absolue, qui voit dans les surhommes l'incarnation de sa vision du Bien et du Mal. Millar ne se contente pas de faire du name-dropping facile, il utilise ces personnalités ayant réellement existé pour illustrer l'évolution de ses personnages, la manière de les apprécier. Et d'ailleurs, à la même époque, des auteurs de comics comme Steve Ditko, avec The Question (qui inspirera plus tard Rorschach dans Watchmen de Moore et Gibbons), embrassent cette philosophie. Quant à Rockfeller (comme Edward Hughes) il a inspiré Tony Stark/Iron Man.

Le trouble devient encore plus grand avec les épisodes 3 et 4 où l'Union tombe contre le Pr. Hobbs, un de leurs anciens ennemis, qui a mis au point une arme les privant de leurs pouvoirs. Par un retournement de situation pervers, Skyfox est alors le seul à pouvoir sauver ceux qui l'ont chassé. Mais dans les deux derniers chapitres, la série connaît ses ultimes soubresauts tragiques.

Millar revient sur le soupçon de manipulation mentale exercée par Brain Wave sur Sunny, la fiancée de Skyfox, pour la séduire. On aboutit à un climax spectaculaire et cruel qui va envoyer, provisoirement Skyfox en prison, dans le Supermaxx qu'il a lui-même designé - et dont, donc, il ne tardera pas à s'échapper, justifiant ainsi sa situation dans Jupiter's Legacy, où il vit caché, sans avoir pu élever son fils et ayant renoncé à se mêler des affaires super-héroïques et politiques.

Au fil de ces six épisodes, on assiste donc à la déchéance de Skyfox et le lecteur n'a aucun mal à compatir car Millar en a fait un héros charmant, charmeur, engagé, trahi. L'Union devient alors le nom tristement ironique d'une équipe complètement désunie, au fond jamais vraiment composite, et ayant échoué à changer le monde comme elle en rêvait. Tout comme les Minutemen, ancêtres des Watchmen, l'Union n'a été qu'une légende, qu'une illusion, un échec, écrasée par ses propres ambitions, déchirée par ses multiples personnalités, tiraillé entre Brain Wave et Skyfox sans que, au milieu, the Utopian ait pu faire quoi que ce soit (son pseudonyme sonne alors, lui aussi, comme une blague)

Si la conduite du récit est souvent magistral, ne s'égarant jamais, caractérisant puissamment subtilement ses protagonistes, et entretenant une tension soutenue, visuellement il serait trompeur d'affirmer que c'est toujours agréable à suivre.

Il n'est pas question de remettre en question le talent des artistes impliqués, ni le soin mis à l'ouvrage, mais il est évident que le drame qui a frappé Wilfredo Torres a durement impacté la réalisation de la série et Mark Millar a tenté tant bien que mal de colmater les trous dans la coque de son navire sans réussir à livrer quelque chose de très cohérent esthétiquement.

Evidemment, il est facile de dire avec le recul que le scénariste aurait dû faire ceci ou cela, par exemple confier le dessin à un nouvel artiste (et on pense évidemment en premier lieu à David Gianfelice, puisqu'il avait été appelé déjà pour le premier recueil en renfort, et qu'il revient ici sur une partie de l'épisode 2). Mais c'est bien sûr délicat car Millar n'a pas voulu lâcher Wilfredo Torres qui lui-même a fait preuve d'un courage admirable pour se rasseoir à sa table à dessin en signant l'intégralité des épisodes 1 et 6 et une partie du 2.

L'épisode 2 voit défiler pas moins de trois artistes puisque, en plus de Torres et Gianfelice, Rich Burchett intervient. Le résultat est inégal pour le moins.

Ensuite, cela se redresse parce que Chris Sprouse entre dans la danse. Il va dessiner trois numéros consécutifs (du 3 au 5), même si en vérité il se contente la plupart du temps d'esquisses (breakdowns) achevées par les encreurs Karl Story et Walden Wong, qui ont assez d'expérience pour que le lecteur ne soit pas frustré. Le style de Sprouse est impeccable pour ce récit situé dans le passé, avec ce trait élégant qu'il réserve hélas ! désormais exclusivement pour des couvertures (pour les séries Star Wars chez Marvel).

L'épisode 5 voit Ty Templeton prêter main forte à Sprouse sur la fin et passer de l'un à l'autre n'est pas très agréable car, sans déprécier Templeton, le registre n'est vraiment pas le même, le trait est beaucoup plus épais.

C'est sans nul doute cette instabilité graphique qui empêche Jupiter's Circle d'égaler Jupiter's Legacy (qui, en plus, profitait du génie de Frank Quitely). Dommage car, pour le scénario, cette préquelle est d'un niveau égal.

Je conseille tout de même fortement de lire Jupiter's Circle si vous avez aimé Legacy (et que vous comptez investir dans Requiem). C'est du très bon Mark Millar, investi dans cette saga qui lui tient très à coeur et qu'il écrit avec brio (et qui, si je ne me trompe, est disponible en un seul volume en vf chez Panini Comics).

samedi 21 mars 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #3, de Al Ewing, Nina Vakueva, Chris Sprouse, Belén Ortega et Juann Cabal


Après un premier arc expédié en deux épisodes grisants, Al Ewing doit rebondir sur la mort de Peter Quill/Star-Lord (même si on sait que cette disparition ne saurait être que provisoire). Un défi qu'il relève néanmoins avec plus de roublardise qu'une réelle capacité à générer l'émotion. Ce troisième numéro de Guardians of the Galaxy pâtit en outre de son dispositif graphique, avec quatre dessinateurs très inégaux.


Moondragon, Hercule et Rocket Raccoon sont de retour sur le Halfworld après leur bataille contre les néo-dieux de l'Olympe, au cours de laquelle Star-Lord a trouvé la mort. Ils doivent désormais annoncer la nouvelle à Groot, Drax et surtout Gamora, sa compagne.


Celle-ci le prend évidemment très mal et frappe durement Rocket. Hercule les sépare. Mais la fille de Thanos refuse de revoir son ancien partenaire, rejetant la faute sur lui. Rocket, dévasté, s'éclipse avec Hercule.


Drax s'isole pour méditer et il est rejoint par sa fille, Moondragon, même si la présence de celle-ci est juste tolérée par Gamora. Ils échangent sur le sens de la vie, la mort qu'ils ont tous deux expérimentés, et la manière de composer avec leur existence altérée.


Gamora est dans la chambre qu'elle partageait avec Peter Quill/Star-Lord. Bien que n'étant pas croyante, elle s'interroge sur la fatalité qui semble les poursuivre. Mais quand Drax, Groot et Moondragon l'appellent pour une mission, elle répond présente.


Ailleurs, Black Jack O'Hara s'en remet à Mr. Gwanbarque pour lui trouver des ennemis à tuer, tout en refusant de croiser Rocket qui l'a battu par le passé. Coup du sort : il reçoit alors un appel et reçoit la mission de trouver et tuer Rocket.

On se rend compte, par ricochet, d'une série à l'autre à quel point Jonathan Hickman, depuis House of X-Powers of X a ringardisé des concepts, des astuces sur-exploités par ses collègues pour dynamiser leurs histoires. L'idée de tuer un personnage emblématique pour choquer le lectorat est au coeur de la révolution initiée par Hickman, qui a décidé de torpiller cette ruse en permettant aux mutants de ressusciter facilement.

Il s'avère que, ironiquement, Al Ewing a décidé d'éliminer Peter Quill/Star-Lord dans le précédent épisode de ses Guardians of the Galaxy. Comme l'a expliqué Hickman récemment en interview, ce n'est plus possible car le les lecteurs ne croient plus aux morts permanentes, ce n'est plus un ressort intelligent à utiliser pour pimenter des intrigues, cela joue contre les séries.

Par ailleurs, avec l'adaptation des comics au cinéma, on sait bien que le sort des personnages est intimement lié à leur destin sur grand écran. Avec un troisième film des Gardiens de la Galaxie en chantier, dont fera partie Quill/Star-Lord (et la participation des héros dans le quatrième Thor), il est évident que la manoeuvre de Ewing est devenue encore plus maladroite et artificielle : le personnage ne risque pas de disparaître.

Pourtant Ewing a défendu ce coup de poker en décrivant son Peter Quill, davantage comme un vétéran des guerres galactiques que comme un leader facétieux. Pourquoi pas. Mais cela ne saurait rattraper une erreur tactique dans la construction de son histoire.

Alors il restait au scénariste à écrire un épisode qui génère une vraie émotion. Mais il en est incapable. Ce constat d'échec est flagrant dès la première scène où Rocket et Hercule annoncent la triste nouvelle à Gamora. Ewing fait parler la fille de Thanos, mais aussi le dieu de l'Olympe, Rocket et Drax comme Groot autrefois (avec une phrase unique "je suis...Gamora/Rocket/Hercule/Drax") - Groot lui s'exprimant par des phrases complètes. Ce procédé trahit Ewing car elle désoriente plus qu'elle ne rend le dialogue poignant. On se demande bien ce qu'il comptait susciter ainsi, mais ça ne fonctionne pas.

En vérité, tout tombe à plat dans cet épisode, dont chaque segment est dessiné par un artiste différent. C'est Nina Vakueva qui ouvre le bal et son style est maladroit, échouant totalement à traduire les sentiments des personnages.

Quand Chris Sprouse prend le relais pour les pages mettant en scène Drax et Moondragon, le niveau n'a aucun mal à se redresser. Mais qu'il est frustrant de profiter si peu de cet excellent artiste, si mal utilisé par Marvel. Les interrogations de Drax et Moondragon sont parasitées par des flashs sur le passé du destructeur quand il était encore humain et saxophoniste ou les considérations de Heather Douglas sur son double parfait. Mais c'est très beau à regarder néanmoins.

Belén Ortega livre des planches honnêtes sur Gamora, même si là aussi c'est assez verbeux et creux (la fille de Thanos est en proie à des questionnements sur la fatalité et la représentation des croyances). C'est frustrant parce qu'on sent que Ewing pourrait dire des choses intéressantes mais il ne parvient pas à les formuler de manière claire et surtout on ne ressent jamais le chagrin de ses personnages.

Juann Cabal (qui a certainement eu besoin de souffler après ses deux premiers épisodes impressionnants) se contente d'illustrer les deux dernières pages, annonçant les prochains adversaires des Gardiens. Trop peu pour émettre un jugement qualitatif.

En soi, l'idée de découper l'épisode n'était pas idiote, elle permettait de marquer un temps après deux numéros très mouvementés. Mais hélas ! le résultat est complètement raté. En attendant le retour de Star-Lord, il faut surtout souhaiter que Al Ewing et Juann Cabal renouent avec ce qu'ils font le mieux, un comic-book d'action. C'est le véritable ADN de Guardians of the Galaxy, quels que soient leurs auteurs.

jeudi 27 septembre 2018

CAPTAIN AMERICA ANNUAL #1, de Tini Howard et Chris Sprouse avec Ron Lim


Je ne suis plus la série Captain America depuis la fin du run de Mark Waid, mais la parution de cet Annual #1 m'a convaincu de l'acquérir pour les dessins du trop rare Chris Sprouse. C'est l'occasion d'apprécier un récit détaché de l'intrigue en cours actuellement avec cette aventure qui replonge le lecteur dans la seconde guerre mondiale. Une époque chère à la scénariste Tini Howard.


Juillet 1944. Stutthof, Allemagne. Captain America et Bucky sont derrière les lignes ennemies et traversent de nuit une forêt. Des soldats les attaquent avec une grenade que Cap contre. Juste après son explosion, ils distinguent une femme décharnée, une mitraillette à la main. Mais elle s'enfuit quand elle voit qu'elle est repérée.


Captain America et Bucky la rattrapent et l'escortent jusqu'à une ferme en essuyant des tirs. A l'intérieur, ils sont présentés à celle qu'ils viennent de rencontrer, Marta Prybyzla, et ses deux compagnons d'infortune, Volya Sokolov et Iskra Czerniak. Volya a été persécuté pour son homosexualité et Marta a fait l'objet d'expérimentations dans le camp de concentration dont elle s'est échappée.


Captain America réfléchit à un moyen de les exfiltrer de cette zone dangereuse après qu'un sniper ait blessé Volya à la jambe. Il est décidé qu'ils partiront avant l'aube pour éviter les avions de la Luftwaffe. Iskra indique une tour d'où ils pourraient communiquer par radio avec les alliés pour des renforts.


Comme prévu, ils se mettent en route alors qu'il est encore nuit. Mais, dans la forêt, ils croisent une troupe de soldats allemands. Tandis que leurs trois compagnons vont se cacher, Bucky et Cap s'en débarrassent facilement. Puis ils gagnent la tour au sommet de laquelle ils grimpent et où Bucky active sa radio. Mais trois blindés les encerclent et le sturmhannführer Ernst Arbin pointent ses canons sur eux.
  

Heureusement, les renforts arrivent et anéantissent les tanks. D'un sous-marin sort "Dum-Dum" Duggan, membre des "Howling Commandos", qui prend en charge Volya, Iskra et Marta. Captain America et Bucky repartent eux en mission.

A la fin de cet épisode plus long qu'un numéro traditionnel (une trentaine de pages), la scénariste Tini Howard remercie Marvel de lui en avoir confié l'écriture (ne la connaissant pas, j'ignore son expérience dans ce domaine) et elle ajoute pourquoi cette histoire lui tenait à coeur.

Petite fille de déportés, elle tenait à rendre hommage à ceux qui périrent dans les camps en exaltant l'héroïsme des persécutés, juifs, homosexuels, etc. Dans ce cadre-là, Captain America était le véhicule idéale pour conjuguer le devoir de mémoire au divertissement.

Il est délicat alors de juger la valeur d'une telle production puisque critiquer la qualité du script pourrait sembler déplacé comparé au sujet. Pourtant, cela reste un travail de fiction, et il faut aller au-delà de ces pudeurs. Dès lors, sans manquer de respect à l'Histoire, on peut parler de l'histoire.

La rédaction d'un Annual autorise à se détacher de ce que la série consacrée au héros raconte au même moment. C'est une sorte d'exercice de style, même si parfois le scénariste peut l'associer à l'intrigue qu'il traite et en faire donc le prolongement exceptionnel. Ici, Howard a cependant choisi de se libérer et même de replonger dans le passé de Captain America, à son origine, avec un chapitre situé en 1944 en Allemagne.

Et il faut bien admettre que le résultat déçoit par son manque d'inventivité et d'émotion. Howard échoue à imaginer une histoire sortant des sentiers battus - Captain America et Bucky à la rescousse de trois échappés des camps de la mort - et suscitant notre empathie - les trois fugitifs sont des archétypes plus que des personnages (un homosexuel, une déportée ayant servi de cobaye). Ce qui suit leur rencontre n'est rien de plus qu'un périple nocturne, très bref, pour rallier une tour d'où ils pourront appeler des renforts, avec en route une brève bagarre contre des soldats et à la fin un sauvetage providentiel contre des tanks.

Tout cela manque de tension pour nous faire vibrer et tout parait trop artificiel pour réellement fonctionner. Il n'y a ni souffle ni personnalité dans ce récit, alors qu'il a quand même été voulu comme un témoignage. Ce n'est pas ennuyeux à lire, mais très quelconque. A vrai dire, les deux héros auraient pu se trouver à exfiltrer n'importe quel quidam dans cette région que ça n'aurait rien enlevé à la portée du message.

Quid du dessin ? Depuis son arrivée chez Marvel, Chris Sprouse a échoué à trouver vraiment sa place (ou l'éditeur à bien l'employer). Il a suppléé Brian Stelfreeze sur Black Panther, collaboré avec Jason Aaron sur une mini Thors durant Secret Wars (en étant à son tour aidé par Goran Sudzuka). Le co-créateur génial de Tom Strong (que DC n'a pas jugé utile de prévenir de son nouvel usage) n'a jamais eu droit à un titre régulier, il est un remplaçant de luxe.

La perspective de le voir dessiner Captain America était séduisante et il produit de belles planches, appuyé par son encreur attitré, Karl Story (et Scott Hanna). Mais Sprouse n'est visiblement pas inspiré par ce qu'on lui donne à illustrer. C'est un travail propre, sans bavures, soigné, mais qui ne lui permet pas de jouer avec le découpage, les enchaînements, les compositions (même s'il utilise les plongées/contre-plongées avec à propos). Dur de se passer d'un compère comme Alan Moore (ou même Peter Hogan) qui savait si bien exploiter les qualités de l'artiste.

Le temps de quelques pages (pour la scène où Cap et Bucky croisent une troupe de soldats dans la forêt en convoyant les trois fugitifs), Sprouse passe même la même à Ron Lim, dessinateur très moyen. Et la couverture, passable, semble témoigner du manque de motivation pour ce projet.

Les bonnes intentions ne suffisent pas à bien écrire, et un piètre script n'inspire jamais, même un excellent dessinateur. Cet Annual est une déception, une occasion manquée. Un gâchis. 

mardi 27 mars 2018

LUMIERE SUR... CHRIS SPROUSE

Une petite friandise spéciale aujourd'hui,
que je partage bien volontiers avec vous,
pour 45ème anniversaire (et mon 1410ème post !)

Un épisode de The Rocketeer Adventures,
écrit par David Lapham et dessiné par Chris Sprouse :
Coulda'been...








samedi 22 septembre 2012

Critique 349 : TOM STRONG AND THE ROBOTS OF DOOM, de Peter Hogan et Chris Sprouse



Tom Strong and The Robots of Doom rassemble les six épisodes de la mini-série écrite par Peter Hogan et dessinée par Chris Sprouse, publiée en 2010-2011 par DC Comics
*
Quand il a créé ce personnage, Alan Moore a voulu rendre hommage à sa manière à l'archétype du héros de l'âge d'or, un aventurier vertueux, un "héros de la science" comme il l'a défini : Tom Strong était la sytnhèse de Doc SavageTarzanSuperman, et ses histoires évoquaient les pulp-fictions américaines classiques, avec leur lot de clichés et de rebondissements, de créatures excentriques et de situations rocambolesques. Tom Strong, ce gaillard robuste, comptait plus sur son intellect pour résoudre divers conflits mais n'hésitait cependant pas à faire le coup de poing quand cela l'exigeait.

Quand il a quitté définitivement le giron de DC Comics, avec qui il était en conflit ouvert depuis les rééditions de Watchmen, mais qui devint ensuite propriétaire du label Wildstorm au sein duquel il avait développé la collection America's Best Comics (avec des titres comme Promethea, Tomorrow's Stories, Top Ten et Tom Strong donc), Alan Moore termina toutes les séries qu'il avait initiées lors d'un crossover qui mettait en scène la fin du monde tout en laissant quelques portes ouvertes.
C'est ainsi que Tom Strong revient avec cet album, qui s'inscrit dans la continuité de son 36ème et (croyait-on) dernier. Aux commandes, on trouve deux familiers de la série : son co-créateur et dessinateur, Chris Sprouse, et le scénariste de quelques épisodes, Peter Hogan (avec lequel Moore créa la mini-série dérivée, Terra Obscura).
*
Alors que sa fille, Tesla, est sur le point de se marier avec Val, régent des hommes de lave, et que la famille va célèbrer les noces à Attabar Teru, Tom Strong procède à un examen du chromium en compagnie du fantôme de Paul Saveen. Ce dernier disparaît subitement et Tom comprend que quelque chose cloche. Il se précipite dehors et découvre, horrifié, que son monde a totalement sombré dans le nazisme. Son fils, Albrecht (qu'il a eu avec Ingrid Weiss), est devenu le maître de cette nouvelle terre et le fait enfermer.
Tom, touché mais pas abattu, veut comprendre comment cela est devenu possible et Albrecht lui donne quelques explications : il s'est allié, en remontant dans le temps, avec les Deros, des robots abandonnés sur terre par des voyageurs spatiaux dans un passé très lointain. Désireux de se venger de la race humaine après que Tom les ait rencontrés et que l'armée ait préféré les engloutir alors qu'ils réclamaient un territoire, ils ont permis à Albrecht et aux nazis de conquérir le globe. Dans l'affaire, Tom a perdu tous les siens : sa femme, sa fille, Solomon...
Tous, vraiment ? Sauf Pneuman qui a feint d'obéir aux ordres d'Albrecht et permet à Tom de s'échapper en remontant lui aussi le cours du temps, avant que son fils, les nazis et les Deros ne liguent leurs forces.
Là, en Septembre 1939, Tom Strong va faire équipe avec lui-même, plus jeune, mais aussi les hommes de lave et son ennemi, Pluto Parulian alias Dr Permafrost, pour empêcher le pire de se produire...

*

Ce qui frappe d'abord à la lecture de cette histoire, c'est son nombre d'épisodes : Alan Moore (et tous les scénaristes à qui il a permis d'animer son héros dans sa première série) a toujours veillé à construire des récits de un à trois épisodes maximum, d'une densité extrème et pourtant remarquablement fluides. Peter Hogan procède d'une autre manière, en adoptant une narration décompressée, avec six épisodes : le déroulement de l'action est toujours aussi souple, mais souffre de quelques temps morts, et surtout a pour effet immédiat une mise en images faisant la part belle à des cases plus grandes, des splashs et des doubles-pages plus fréquentes (on ne s'en plaindra pas car le dessinateur nous gratifie de plans irréprochables).

Chris Sprouse, toujours encré par Karl Story, vole du coup la vedette à son scénariste en livrant des pages superbement ouvragées, aux décors fantastiques et variés, où les personnages possèdent toujours cette élégance remarquables, avec un soin particulier accordé à leur gestuelle.
On pourrait regretter qu'il ait fallu trois coloristes (Carrie Strachan, Darlene Royer et Jonny Rench) pour finaliser tout cela, mais ce serait un mauvais procés tant les transitions entre chacun sont imperceptibles.



Peter Hogan a élaboré un scénario qui reste cependant habile, en veillant avant toute chose à le garder compréhensible, ce qui est toujours ardu avec les histoires de voyage dans le temps et les paradoxes temporels que cela engendre.
Des idées comme celle du duo formé par le Tom Strong d'aujourd'hui et celui, plus jeune, de 1939, le fait que le premier soit obligé de cacher des évènements du futur pour ne pas altérer le comportement du second quand ils lui arriveront, mais aussi la nécessité pour Tom Strong de demander de l'aide au Dr Permafrost (en devant le faire évader du pénitencier où il l'a fait enfermé), la rencontre anticipée avec les hommes de lave et leur connection historique avec les Deros, sont toutes savoureuses, malines, efficaces.
Hogan n'hésite pas non plus à bousculer le statu quo de la série et de son héros : au début, Tesla est sur le point de se marier, et à la fin une révèlation sur sa condition suggère des répercussions sensibles sur la famille Strong. Plus trouble encore est la manière dont Tom va décider de punir son fils Albrecht, qu'on peut considérer à la fois juste et dérangeante...


Le petit reproche qu'on peut adresser à Peter Hogan reste que son histoire s'adresse d'abord à des familiers, sinon des initiés de la série, tant il convoque d'éléments uniquement identifiables si on a lu les précédents épisodes. Ce choix de jouer avec la mythologie même de Tom Strong plutôt que de proposer un récit accessible pour qui ne la connaît pas est un handicap pour le néophyte qui se demandera alors pourquoi le héros a si peu vieilli en depuis 1939, qui est cette fille de glace dans le coma dans le labo de Permafrost (pour rappel, il s'agit de Greta Gabriel, le premier amour de Tom), quelle est la nature du contentieux entre Tom et Permafrost. 
*
C'est toutefois une aventure divertissante, magnifiquement illustrée, et on peut remercier Alan Moore d'avoir donné son accord à Hogan et Sprouse pour continuer d'animer Tom Strong (tout le monde sait que c'est un privilège que Moore n'accorde pas facilement - cf. la polémique récente au sujet du prequel Before Watchmen).
Chris Sprouse a déjà annoncé que de nouveaux épisodes paraîtraient (prévus pour 2012, mais probablement publiés en 2013) : cela s'intitulera Tom Strong and The Planet of Peril (avec le retour des héros de Terra Obscura en guest-stars). 

jeudi 6 septembre 2012

LUMIERE SUR... CHRIS SPROUSE (2)

Chris Sprouse


























Dessinateur, cover-artist, designer.

Ces personnages figurent tous dans la mini-série Number of The Beast, écrite par Scott Beatty, publié par Wildstorm. On reconnaîtra des emprunts à des héros célèbres de DC Comics et Marvel Comics, Sprouse s'étant inspiré des Vengeurs ou de la JLA.
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Le (nouveau) site de l'artiste : www.sprousenet.wordpress.com