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vendredi 15 novembre 2019

BLACK HAMMER / JUSTICE LEAGUE : HAMMER OF JUSTICE ! #5, de Jeff Lemire et Michael Walsh


Hammer of Justice ! s'achève avec ce cinquième épisode. Quoiqu'il soit permis d'en douter car Jeff Lemire laisse la porte ouverte à une suite, très accrocheuse. Espérons donc que DC et Dark Horse s'entendront pour laisser le scénariste réaliser cela. Avec Michael Walsh toujours au dessin, ce qui ne gâcherait rien...


Mr. Mxyzptlk a promis à Green Lantern, Flash et au colonel Weird de renvoyer tout le monde dans sa dimension d'origine à une condition : que les membres du Black Hammer gang soient tous d'accord pour rentrer à la ferme de Rockwood !


Tout repose donc sur la décision de Gail car, depuis que, grâce à Zatanna, elle est redevenue adulte, elle ne souhaite évidemment plus revenir en arrière. Pourtant, en observant la situation critique de Batman, Superman, Cyborg et Wonder Woman, elle cède.


Abe, Barbalien, Gail, Mme Dragonfly retournent donc à Rockwood où ils prêtent main forte avec Flash à la Justice League contre les monstres échappées de la cabane de Dragonfly. Mr. Mxyzptlk glisse à Dragonfly la solution pour renvoyer à Metropolis les héros de la Terre, une fois le combat fini.
  

La Justice League et le Black Hammer gang partagent un bon repas pour fêter l'heureuse issue de cette aventure. Batman promet de tout faire pour permettre aux membres de Black Hammer de quitter la Ferme. Le colonel Weird disparaît pendant ces échanges.


Il reparaît dans la Para-Zone où se trouve Mr. Mxyzptlk, qui avoue avoir provoqué toute cette intrigue dans l'unique but d'accéder à cet endroit. Il s'éclipse, laissant Weird inquiet à la perspective de ce que pourrait faire le lutin dans cette dimension à l'avenir...

Lorsqu'on compare le dénouement de Hammer of Justice ! à celui de Event Leviathan, il faut bien admettre que Jeff Lemire donne une leçon de narration à Bendis. Son crossover est mieux bâti, développé, plus drôle et inventif que le thriller publié par DC. La différence majeure : la liberté certes, mais surtout l'imagination au pouvoir, l'imagination affranchie des contraintes des events habituels.

Bien entendu, comparaison n'est pas raison et je mesure bien la futilité de confronter Event Leviathan à Hammer of Justice !. Mais, en termes de plaisir de lecture, il n'y a pas photo. En cinq épisodes, Lemire arrive à faire vivre, co-exister plus d'une douzaine de personnages, dans une histoire à la fois délirante et captivante, sans jamais se prendre les pieds dans le tapis, en parvenant à établir un vrai suspense.

La rencontre entre Justice League et Black Hammer ne laissera aucune trace dans leurs continuités respectives, c'est un récit type "Elseworlds", détaché de tout, qui n'existe (et n'a été possible) que grâce à cela. A la fin, les jouets ont été rangés et personne ne se plaint, ni les fans de la série de Dark Horse ou de celle de DC. Mais néanmoins, Lemire a été assez fort et malin pour jouer sur des ressorts dramatiques, des éléments de caractérisations, qui ont animé son récit et pourraient inspiré les futurs auteurs de la Ligue de Justice (car Scott Snyder va bientôt quitter le titre - en espérant que son successeur produira des épisodes plus digestes).

Ces qualités s'expriment entre autres via les dialogues, brillants et ironiques, comme lorsque Gail fiche une raclée à Aquaman, qui est ensuite convoité par Barbalien lors d'un repas de fête ; ou quand Dragonfly se moque du goût du secret de Batman (qui venait de reprocher à la sorcière ses cachotteries). Et la fin, entre Weird (dont le nom inspire également un mot d'esprit savoureux) et Mr. Mxyzptlk, est épatante car elle donne un relief particulier au chaos provoqué par le farfadet (tous ces héros n'ont pas changé de place pour son seul divertissement, il voulait surtout découvrir comment entrer dans la Para-Zone).

Michael Walsh se déchaîne dans cet ultime épisode, très rythmé et dense. Les rebondissements se succèdent et grâce à son découpage simple, on ne perd jamais le fil. C'est l'oeuvre d'un narrateur efficace qui a compris que pour ne pas égarer le lecteur, il fallait raconter sobrement et directement ce que le scénariste avait écrit.

Pour autant, le talent de Walsh ne se limite pas à de la sagesse illustrative : quand il a l'occasion de se fendre d'une double-page pour représenter la bataille de Rockwood assaillie par les monstres de la cabane des horreurs de Mme Dragonfly, il le fait avec brio, toujours avec ce souci de lisibilité dans les enchaînements de plans. Et, là encore, les dernières pages, dans la Para-Zone, sont impeccables, traduisant parfaitement le malaise du colonel Weird...

On se dit que si, chez Marvel comme chez DC, on avait laissé Jeff Lemire aux commandes d'un event, les mains libres, cela aurait été grand. Mais Hammer of Justice ! est un très beau lot de consolation. 

vendredi 18 octobre 2019

BLACK HAMMER / JUSTICE LEAGUE : HAMMER OF JUSTICE ! #4, de Jeff Lemire et Michael Walsh


Le crossover entre Black Hammer et Justice League touche à sa fin et Jeff Lemire mène son affaire avec son habituelle maestria, suivant plusieurs lignes narratives parallèles puis dévoilant enfin leur point commun. Très divertissante, l'histoire est aussi captivante et Michael Walsh la sert avec efficacité visuellement.


Mme Dragonfly, Barbalien et Abraham Slam s'évadent à leur tour du Hall de Justice et retrouvent Gail que Zatanna a rendue à son âge adulte. Mais ce faisant, la magicienne a provoqué l'ire du Spectre pour avoir perturbé l'ordre interdimensionnel.


Pendant ce temps, à la Ferme de Rockwood, Cyborg s'emploie à redémarrer Talky Walky que lui et Batman ont trouvé dans la grange. Le robot leur parle de ses amis et Bruce Wayne comprend qu'ils ont échangé leur situation. Dans la remise, ils trouvent leurs costumes et, grâce au lasso de Wonder Woman, la mémoire.


Perdus hors de la Para-Zone, Green Lantern, Flash et le Colonel Weird tentent de se repérer et découvrent l'antre de l'individu qui a déplacé leurs deux équipes. Il s'agit de Mr. Mxyzptlk qui s'est amusé à créer ce chaos pour tester les héros.


Batman, Superman, Wonder Woman, Cyborg et Talky Walky inspectent les environs de la Ferme de Rockwood. Ils trouvent sur la tombe de Flash le marteau de Black Hammer puis remarquent la cabane des horreurs de Mme Dragonfly. En l'ouvrant, ils sont attaqués par les monstres qu'elles abritent.



Mr. Mxyzptlk explique alors à Green Lantern, Flash et surtout Weird la condition à laquelle il acceptera de renvoyer chacun dans sa dimension : pour cela, tous devront être d'accord - y compris Gail, qui pourtant a, grâce à Zatanna, obtenu ce qu'elle désirait le plus...

En compagnie de Tom King et Jonathan Hickman, Jeff Lemire est certainement le scénariste qui me séduit le plus actuellement. Son inventivité et sa maîtrise sont impressionnante, il traverse un réel état de grâce. Il ne s'agit pas de prétendre que tout ce qu'il fait est réussi (il a échoué à donner à Sentry, chez Marvel, un second souffle), mais indéniablement, il se détache du lot.

L'exercice du crossover tel qu'il le pratique ici avec sa création, Black Hammer, et Justice League prouve une fois encore que, si on lui laisse carte blanche, Lemire transforme le plomb en or. Pourquoi donc les "Big Two" ne confient-ils pas à cet auteur si brillant une franchise avec la liberté de raconter ce qu'il souhaite ? On se souvient qu'il avait eu la charge des Extraordinary X-Men, personnages taillés pour lui, mais le projet avait été ruiné par des editors trop interventionnistes : qui sait ce qu'il serait advenu des mutants sans cela ?

Hammer of Justice ! montre bien que Lemire, sans entraves, rend une copie très plaisante et palpitante à partir d'éléments connus. Cette mini-série profite à fond de l'aspect ludique provoqué par la rencontre entre des personnages célèbres et d'autres dont ils s'inspirent car la bande de Black Hammer est un dérivé de celle de Justice League. Il est réjouissant de lire des dialogue où Barbalien soupire en niant que Martian Manhunter soit un authentique martien, tout comme il est jubilatoire d'assister à l'apparition du Spectre (absent de "DC Rebirth") ou du rôle endossé par Mr. Mxyzptlk (finalement assez évident).

Michael Walsh est un choix intelligent pour dessiner ce récit car ce n'est pas un artiste qui risque de tirer la couverture à lui : il a l'humilité de servir le script et c'est très bien ainsi. Bien entendu, un dessinateur plus technique, plus audacieux aurait imprimé au projet une plus-valu esthétique, aurait produit des planches plus belles et spectaculaires (même si cet épisode n'est pas avare de pleines pages efficaces). Mais Hammer of Justice ! en avait-il besoin ? Non, parce que la narration de Lemire et Walsh suffit.

Je ne veux pas donner l'impression que Walsh est juste passable. Simplement, il fait bien ce qu'il a à faire, et c'est très appréciable qu'un artiste sache rester à sa place. Il devient alors en quelque sorte le garant de la tenue du projet. Imaginez ce crossover illustré par une vedette, il aurait bénéficié de plus d'exposition sans doute, mais peut-être pas de plus de cohérence (et de régularité). En fait, pas sûr qu'une pointure de DC ou Dark Horse aurait été un atout. Walsh sait que Lemire est la vedette du spectacle et que l'histoire n'a pas besoin de fantaisie supplémentaire, au risque d'être trop chargée, trop appuyée (et donc d'étouffer le charme).

Le cliffhanger présente le tour de force d'être à la fois prévisible dans son issue (tout le monde va rentrer chez lui) mais sans l'être trop (comment convaincre Gail d'abandonner son état pour retourner à la Ferme dans son corps d'enfant ?). De quoi assurer un cinquième et dernier numéro à la hauteur. 

dimanche 15 septembre 2019

BLACK HAMMER / JUSTICE LEAGUE : HAMMER OF JUSTICE ! #3, de Jeff Lemire et Michael Walsh


Hammer of Justice ! arrive à mi-chemin de son intrigue et Jeff Lemire épate toujours par son sens du récit. Pas à dire, ce diable de scénariste sait mener son affaire et il est actuellement bien le narrateur le plus excitant à suivre. Michael Walsh sait se hisser au niveau de son partenaire en livrant un épisode efficace et dense. Pour une histoire qui en a encore beaucoup sous le pied...


Arrêtés par les membres restants de la Justice League, l'équipe du Black Hammer clame son innocence dans la disparition de Superman, Batman, Wonder Woman, Cyborg et Flash. Frustrés, Aquaman, Martian Manhunter et Hawkgirl les enferment dans une cellule du Hall de Justice.


Aussitôt, Gail veut s'évader mais Abe tente de l'en dissuader car une telle initiative convaincrait leurs geôliers de leur culpabilité. Barbalien note aussi que le colonel Weird et Talky Walky n'ont pas été déplacés comme eux dans cette dimension. Gail, excédée, file.


Dans la ferme de Rockwood, Cyborg rejoint Bruce Wayne dans la grange où il bricole de quoi partir de là. En fouillant dans les affaires entreposées, Vic Stone découvre la carcasse de Talky Walky. Il ne rallume et le robot demande qui ils sont et ce qu'ils font là.


Dans la Para-Zone, le colonel Weird et John Stewart localisent le moment où l'étranger s'est manifesté simultanément à Rockwood et Metropolis. Mais c'est en voyant Flash tenter de quitter le ferme et risquer sa vie que tout déraille car Green Lantern le sauve... Et les expédie, lui, Flash et Weird dans une dimension inconnue du colonel.


Cependant, à Metropolis, Gail est surprise par Zatanna. La magicienne détecte que la fillette ne vient pas de cette dimension et lance un sortilège pour percer son secret. La formule qui transforme Gail aboutit à un résultat inédit : elle devient adulte !

L'habileté avec laquelle un scénariste réussit à remplir un épisode avec autant de péripéties sans étouffer le lecteur prouve sa maîtrise. Sur ce plan, Jeff Lemire est certainement l'auteur actuel le plus talentueux, surtout quand il déploie son talent dans l'univers qu'il a lui-même créé.

Alors, évidemment, on peut dire : c'est facile, il joue à domicile. Et c'est vrai. N'empêche, comment ne pas être épaté, par ailleurs, par l'originalité de ce crossover, qui évolue bien au-dessus de toutes les productions de ce genre. Lemire n'a pas besoin de convoquer les clichés, le folklore habituels pour nous distraire, nous captiver, nous surprendre : il nous emmène ailleurs, et ses personnages avec. C'est bien mieux.

Et il le fait avec style, le bougre ! L'épisode démarre par des pages découpées en "gaufriers" de neuf cases... Comme du Tom King ! Lemire, qui n'est pas du genre provocateur ni moqueur, rend un hommage très amusant à son confrère, surtout quand on lit les dialogues qu'il donne aux héros de Black Hammer, qui font tourner en bourrique les Justice Leaguers (mentions spéciales : la drague embarrassante de Gail avec Aquaman et le dépit de Barbalien devant le cliché du martien vert représenté par Martian Manhunter).

La partie à Rockwood avec Bruce Wayne et Cyborg a moins de relief mais elle aboutit à un twist comme Lemire en a le secret car on découvre avec eux que Talky Walky a échappé à la téléportation de l'étranger. Cette piste vient compléter le mystère du récit et, alors qu'il ne reste tout compte fait que deux épisodes avant le dénouement, montre que Lemire ne va pas se contenter de dérouler sa pelote tranquillement.

Direction : la Para-Zone. Et là encore, un coup de théâtre remet tout en jeu. Le scénariste n'a vraiment peur de rien en multipliant les décors, les subplots, et en les développant dans le cadre d'une histoire de seulement cinq épisodes. En tout cas, tous les protagonistes sont bien occupés. Et ce n'est pas l'apparition de Zatanna à la fin et le sort réservé à Gail qui contredira cela...

Michael Walsh a du travail pour illustrer une telle matière. De fait, c'est très dense, mais jamais étouffant. Au contraire, l'artiste fluidifie au maximum la narration en n'en rajoutant jamais graphiquement. Un peu trop sage ? Plutôt intelligemment sobre.

Walsh, comme Dean Ormston, ne cherche pas spécialement à faire joli, mais il sert le scénario, ne se met jamais en avant. Et c'est cette humilité qui paie. Là encore, c'est ce qui manque souvent aux crossovers, qui ressemblent trop à des pièces montées indigestes où le dessinateur semble chercher à en rajouter alors que le bon sens est de se laisser porter par les événements pour ne pas assommer le lecteur.

Pour le talent à l'oeuvre, Hammer of Justice ! mérite toutes ces louanges : Lemire et Walsh transcendent l'exercice de style tout en offrant un divertissement imprévisible et consistant.   

vendredi 23 août 2019

BLACK HAMMER / JUSTICE LEAGUE : HAMMER OF JUSTICE ! #2, de Jeff Lemire et Michael Walsh


Le crossover entre Black Hammer et Justice League se poursuit et il est toujours aussi divertissant. Jeff Lemire a l'art et la manière pour conter une histoire à la fois simple et nébuleuse, que le dessin de Michael Walsh sert parfaitement. Si les deux équipes interagissent peu, les situations s'enchaînent et captivent.


Rockwood. Bruce Wayne se fait arrêter par le shérif Trueheart, las qu'il patrouille à sa place. Lorsqu'il rentre à la ferme, Clark Kent l'attend. Mais, contrairement à ce que lui reproche son ami, il ne s'est pas résigné à son sort.


Metropolis. Le gang Back Hammer affronte Starro le conquérant de manière désordonnée. Gail s'énerve après Mme Dragonfly et Abe après Barbalien. Visiblement, les héros manquent d'exercice.


Mais des renforts arrivent en la personne du Martian Manhunter, Hawkgirl et Aquaman. La crise s'apaise mais les membres restants de la Justice League exigent au gang du Black Hammer des explications sur la disparition de leurs partenaires.


Le seul qui pourrait les éclairer est loin de là : le colonel Weird est appréhendé par le Green Lantern Corps. Mais il convainc John Stewart de le suivre dans la Para-Zone  et de remonter le temps à la recherche du mystérieux individu qui a déplacé leurs équipes.


Retour à Rockwood. Diana Prince trouve Vic Stone/Cyborg seul dans une pièce plongée dans le noir de la ferme. Il refuse de sortir pour ne pas effrayer les locaux. Diana lui répond qu'il doit réagir, en hommage au sacrifice de Flash...

Jeff Lemire ne fait rien comme les autres et logiquement son crossover ne ressemble pas à une de ces sagas spectaculaires comme en produisent les "Big Two". Il a su ne pas se troubler en animant la Justice League et imposer l'esprit qui domine dans la série Black Hammer.

La preuve la plus flagrante se situe dans le dernier quart de l'épisode, à l'écart de ce qui se joue avec les membres du Black Hammer gang et de la Justice League. La clé de l'intrigue passe par le colonel Weird, ce qui garantit un développement et un dénouement échappant à toutes les conventions - vu le désordre mental du personnage.

Appréhendé par le Green Lantern John Stewart, il lui fausse facilement compagnie, le temps d'un détour très drôle dans le monde de Bizarro (où il découvre des répliques dégénèrés de ses amis). Puis il convainc ensuite Stewart de le suivre dans la Para-Zone, ce nexus familier aux fans de Black Hammer. Dans cette dimension parallèle, on voit le passé, le présent, le futur, et donc comment toute cette étrange histoire a débuté.

Dans ces scènes, tout l'art du décalage, du démarquage de Lemire fait merveille : Stewart dépend de ce cinglé de Weird qui, pourtant, détient la solution de l'énigme. C'est drôle, curieux, exquis. Parce que ça ne ressemble à rien de ce qu'on pourrait attendre d'une telle production.

Avant et après cette espèce de parenthèse, le scénariste réussit à saisir de façon rapide et précise la frustration des membres de la Ligue coincés à Rockwood (Bruce Wayne qui patrouille, Clark Kent qui ne se résigne pas, Diana Prince qui bouillonne, Cyborg qui se cache), avec en prime une dernière page glaçante concernant le sort de Flash (un clin d'oeil évident au fait que le speedster est souvent sacrifié dans les Crisis). Plus convenu, ce qui arrive aux membres du Black Hammer gang compense par la tonicité des échanges entre les personnages (impayables répliques de Gail et Barbalien - notamment quand il indique au Martian Manhunter que tout le monde sait que les vrais martiens sont rouges).

Si on s'emballait, on pourrait dire que Michael Walsh n'a pas grand-chose à faire car le script est brillant et n'a guère besoin d'un dessin flamboyant. Mais justement l'humilité de l'artiste est ce qui donne sa valeur à sa contribution.

Effectivement, les situations s'enchaînent, dynamiques, pleines de relief, mais Walsh tient le rythme et les met en valeur sans se mettre en avant. Dans ce switch imposé par l'intrigue, lui aussi a choisi de privilégier l'ambiance de Black Hammer - qu'on pourrait appeler fantastique tranquille. Pas question de défigurer le propos avec des doubles pages qui claquent (même si celle qui voit John Stewart et Weird dans la Para-Zone est superbe). Walsh reste la plupart du temps au niveau des personnages, de leurs réactions, de leurs expressions.

L'intimisme prévaut, les interactions entre les héros dominent. Mais ce n'est pas austère, juste sobre.

Peut-être manque-t-il encore un peu plus de folie à tout cela pour réellement transcender l'exercice de style. Mais ses fans le savent, Lemire avance sans se presser pour mieux les cueillir. Hammer of Justice ! a encore bien des surprises en réserve. 

jeudi 18 juillet 2019

BLACK HAMMER / JUSTICE LEAGUE : HAMMER OF JUSTICE ! #1, de Jeff Lemire et Michael Walsh


Le succès de Black Hammer a permis à son créateur Jeff Lemire de développer son univers en de multiples spin-off. Ce n'était qu'un question de temps (et d'opportunité) pour qu'on ait droit à un crossover et comme le scénariste a souvent travaillé avec DC, c'est donc la Justice League qui croise la route des héros de Dark Horse Comics. Un switch aussi simple qu'ingénieux pour ce projet immédiatement accrocheur fournit l'hameçon parfait.


Dans leur ferme de Rockwood, Abe, Barbalien, Gail, et Mme Dragonfly sont visités par un agent immobilier qui convoite la propriété bien que ses habitants ne soient pas disposer à vendre.


A Metropolis, la Justice League affronte une énième tentative de conquête de Starro lorsque Wonder Woman pressent que la vraie menace est ailleurs. Un agent de voyage s'approche de l'équipe.


L'agent immobilier à Rockwood et l'agent de voyage à Metropolis savent tous deux les secrets de leurs interlocuteurs. Ils leur offrent donc un congé pour les récompenser des services rendus à la communauté ou pour leur permettre de quitter leur prison.


Aucun des deux groupes n'a le temps de réagir qu'ils sont téléportés ailleurs. La Justice League - Superman, Batman, Wonder Woman, Cyborg, Flash - atterrit à Rockwood. Abe, Barbalien, Gail et Dragonfly surgissent à Metropolis.


Tandis que les membres de la Ligue se sont presque résignés à leur sort à la ferme, Abe et ses partenaires doivent affronter Starro. Pendant ce temps, le colonel Weird flotte dans l'espace à proximité d'une brigade du Green Lantern Corps...

Il flotte dans cet épisode un doux parfum de crossover à l'ancienne, comme lorsque, par exemple, la Justice League partageait le temps d'un Annual une aventure avec la Justice Society. Pourtant, cette fois, les personnages ne sont pas édités par la même maison.

L'initiative de Hammer of Justice ! revient à Jeff Lemire qui n'a jamais coupé les ponts avec DC Comics malgré son succès chez Dark Horse avec Black Hammer (et tous ses dérivés). Son pitch est si simple et efficace qu'il profite à tout le monde sans embarrasser ceux qui ne lisent que l'une ou l'autre des séries. Les fans de Black Hammer seront juste plus informés car le récit se situe lorsque les héros sont encore prisonniers dans la ferme de Rockwood.

Plutôt cependant que d'organiser une rencontre entre ses personnages et ceux de la Ligue de Justice pour affronter un ennemi commun, Lemire a une l'idée lumineuse de switcher leurs situations. Ainsi Superman et compagnie sont coincés à la ferme depuis aussi longtemps que Abe et ses acolytes qui, eux, sont téléportés à Metropolis envahie par Starro le conquérant.

Le scénario s'amuse de ce gag sur des légendes ayant échangé leur malédiction (sauver le monde, être coincé au milieu de nulle part) et respecte ce que Leire raconte dans Black Hammer : Age of Doom, avec ces deux agents (de voyage et immobilier) qui écrivent l'histoire de manière méta-textuelle.

Il y a donc quelque chose de ludique et d'épique à la fois, mais qui respecte les codes inhérents à chaque titre. La monotonie de la vie à la ferme contre les batailles à grand spectacle à Metropolis, la résignation contre la détermination à s'en sortir... Surtout on mesure ce que Lemire a réinventé de son côté, même s'il n'a pas joué à fond le jeu des ressemblances (par exemple en mettant en scène et Barbalien et le Martian Manhunter, son modèle évident).

Pour illustrer cela, Michael Walsh est impeccable : ce dessinateur qui a roulé sa bosse un peu partout (Marvel, IDW...), sur des franchises (X-Files), a un style suffisamment proche de Dean Ormston pour ne pas déroûter les fans de Black Hammer et assez solide pour supporter le défi de représenter la Justice League.

Walsh est une sorte de couteau suisse : souvent remplaçant chez les "Big Two" (comme par exemple sur le Hawkeye de Kelly Thompson), il est cependant assez souple pour servir au mieux des personnages très connus comme d'autres qui le sont moins (ou du moins pour un lectorat moins important). Il est familier des deux mondes et d'une certaine manière, l'histoire de Hammer of Justice !, c'est aussi la sienne puisqu'il a goûté aux comics indés et mainstream.

C'est la magie Lemire à l'oeuvre : ce premier numéro vous embarque tout de suite, on est déjà impatient de connaître la suite, et ce diable de scénariste arrive toujours à surprendre même avec une entreprise aussi formaté qu'un crossover. Jubilatoire.  

lundi 20 novembre 2017

HAWKEYE #12, de Kelly Thompson et Michael Walsh


Dans le précédent numéro, les aventures de Kate Bishop comme détective privée à Los Angeles ont pris un tour nettement plus personnel, avec la culmination de révélations sur Madame Masque, son père et sa mère. Ce 12ème épisode marque donc le début d'une sorte de troisième acte pour la série Hawkeye qui fête donc sa première année d'existence dans cette version.


Lorsqu'elle s'est échappée du repaire de Mme Masque, Kate Bishop a dérobé une liste des clients de son ennemie et elle va l'exploiter pour retrouver la criminelle qui, espère-t-elle, la mènera à sa mère - même si son père, Derek, a avoué l'avoir tuée. 

Kate se rend donc pour commencer dans un bar dont l'adresse figure sur la liste et où elle trouve Laura Kinney/Wolverine et sa jeune partenaire Gabby en découdre avec une bande de malfrats. Elle les aide à les neutraliser puis les conduit à son agence avant l'arrivée de la police.


Laura et Gabby sont à Los Angeles pour y arrêter un certain Jacob Damon qui conçoit des clones à partir de leur ADN. Kate les convainc de faire équipe avec elle, étant donné que leurs objectifs sont similaires et qu'elle dispose d'informations pouvant les aider.


Elles se rendent toutes les trois chez Jacob Damon qui les piège grâce à gaz soporifique. Lorsque les trois filles reviennent à elles, elles sont enchaînées et pendues par les pieds mais Kate réussit à les libérer au moment où un régiment de clones de Damon surgit pour les éliminer. Elles les neutralisent facilement et Kate laisse une lettre à l'intention de la police révélant les activités du savant.


Laura et Gabby quittent Kate qui rentre à son agence, consciente qu'elle a besoin de renforts pour progresser plus vite. Comme elle s'apprête à appeler Clint Barton, celui-ci se présente car il a également besoin d'elle...

Comme pour les #5-6, la scénariste Kelly Thompson orchestre une team-up - l'alliance de deux héros - savoureuse et retrouve, pour l'occasion, le dessinateur Michael Walsh avec qui elle avait déjà raconté le partenariat de Kate Bishop et Jessica Jones.

L'épisode se lit très rapidement, mais ce n'est pas un défaut : cela prouve que l'auteur conduit son récit avec un rythme soutenu, une narration très fluide, où le prétexte de la réunion de Laura Kinney (ex-X-23, maintenant détentrice du pseudonyme et du costume de Wolverine... Reste à savoir pour combien de temps maintenant que Logan est revenu d'entre les morts depuis Marvel Legacy #1) et Hawkeye passe comme une lettre à la Poste.

Bien sûr, la ficelle est un peu grosse (encore une histoire autour des clones et de leur trafic mené par Mme Masque et, cette fois, un savant qui reproduit des Armes X), mais la scénariste en a visiblement conscience et préfère s'en amuser, comptant sur la complicité (l'indulgence ?) des lecteurs. Comme depuis le début de cette version de la série, une certaine légèreté est de mise, on accepte que deux héroïnes, n'évoluant pas dans la même sphère, se retrouvent aussi opportunément sur le même dossier. Et puis ça fait plaisir, pour une fois, d'observer une mutante qui évolue en dehors de ses semblables (alors que tous les X-Men semblent ne côtoyer que les leurs et ne combattre que des menaces pour leur communauté).

Walsh supplée Leonardo Romero (avant son retour le mois prochain) sans que le résultat en pâtisse. Certes, le dessinateur américain a un trait moins élégant et travaillé que son collègue italien, mais il respecte la charte graphique de la série, notamment en ce qui concerne les gimmicks visuels propres à Kate, ou l'emploi de belles doubles pages très bien découpées (pour une scène d'explication amusante ou une baston contre un régiment de clones bien chorégraphiée). La coloriste Jordie Bellaire, toujours au top, fait le reste, sa palette contribuant aussi beaucoup à la cohérence esthétique de la série, même quand son artiste régulier est absent.

La fin de l'épisode fait particulièrement plaisir à ceux qui (comme moi) se lamentaient de revoir ce bon vieux Clint Barton et la réunion des Hawkeye : la suite s'annonce très prometteuse et permet au titre de conserver sa place de choix dans les lectures attendues produites par Marvel (dans une période où l'éditeur fait face à une transition - départ de Bendis, démission de l'editor-in-chief, baisse des ventes...).

mardi 25 juillet 2017

HAWKEYE, VOLUME 1, de Kelly Thompson, Leonardo Romero et Michael Walsh


J'aimerai attirer votre attention sur une série qui la mérite : c'est, comme on pourrait le dire, un petit titre, qui a donc besoin d'une base de lecteurs fidèles pour exister. C'est aussi la "suite" d'un titre déjà existant qui a connu deux fameux runs ces dernières années, et qui tient bien le coup niveau qualité. Enfin, c'est une production pleine de fraîcheur, drôle, mouvementée, très bien écrite et dessinée, intelligemment éditée : Hawkeye par Kelly Thompson, Leonardo Romero et Michael Walsh.

Le premier recueil propose déjà deux arches narratives à picorer.

Dans la première histoire, Kate Bishop/Hawkeye s'est de nouveau établie en Californie en qualité de détective privée. Le business est ingrat et lorsqu'elle se fait remarquer en faisant échouer un braquage (voir ci-dessus), sa contribution est mal vue par la police locale. Malgré tout, elle accepte d'ouvrir un dossier quand Mikka N'Guyen vient lui parler du harcèlement dont elle est victime par un étudiant de son campus. 
Sans s'en douter, Kate a mis le doigt dans un engrenage : Mikka est l'ex-petite amie de sa voisine, Ramone ; le suspect, Larry Gort, n'est pas le bon coupable ; la policière Rivera rechigne à s'en mêler, et quand la vérité éclate, elle aboutit à un affrontement délirant et une arrestation suivie d'un interrogatoire... Explosif !

Si l'on peut reprocher un dénouement un peu WTF à ce premier récit, il faut être indulgent et nuancé car l'essentiel n'est pas là. Kelly Thompson s'inscrit dans la veine de Matt Fraction quand il narrait les exploits de Clint Barton tout en voulant conserver l'étrangeté des épisodes de Jeff Lemire. 

La scénariste le fait avec humilité et surtout beaucoup de distance, s'amusant à bien caractériser Kate Bishop comme une fille de la haute qui repart de zéro, galère, s'obstine, compose avec une galerie de seconds rôles hostiles (mais qui, le méchant excepté, deviennent sa bande de "sidekicks"). C'est enlevé et réjouissant.

Leonardo Romero, qui jusqu'à présent n'avait fait que de brèves apparitions ici et là (notamment dans les pages du Squadron Supreme de Robinson), s'affirme comme une vraie révélation : son trait est simple, dépouillé, d'une grande élégance. On pense à Paul Smith ou Philippe Berthet.

Mais derrière ça, il y a un artiste inventif dans ses découpages, particulièrement brillants lorsqu'il signe des doubles-pages (là encore, voir ci-dessus). Comme sa partenaire, il use de gimmicks visuels distrayants (Kate identifie chaque individu dans une foule ou chaque élément dans un décor en les nommant de manière ironique mais précise - mais sans qu'on sache s'il s'agit d'une sorte de pouvoir ou d'une acuité relative à sa pratique de l'archerie). Il ne l'a pas conçu (Aja l'utilisait déjà en poussant ce procédé de manière poussée dans la conceptualisation), mais c'est une bonne reprise.

En quatre épisodes, tout est bien posé : une héroïne définie, des seconds rôles mémorables et attachants, un ton léger et vif, et un subplot accrocheur. 

L'arc suivant est plus bref avec seulement deux épisodes et, pour permettre à Romero de souffler, Marvel a confié le dessin à Michael Walsh (Secret Avengers, Rocket & Groot) : une bonne idée car il a un style similaire à celui de Romero - quoique un peu moins appliqué, un encrage moins fin, et un découpage moins singulier.

Kate reçoit la visite de Jessica Jones (une façon discrète d'inscrire la série dans une gamme familière de Marvel, les street-level heroes, une signature un peu indé) qui est à la recherche d'une certaine Rebecca Brown. Les deux enquêtrices la pistent et la trouvent, très changée, devenue une actrice de cinéma méconnaissable... Et plus encore quand son boyfriend du moment la contrarie parce qu'il refuse de rompre !

Une nouvelle fois, Kelly Thompson part sur une base classique (retrouver une personne disparue) pour aboutir à un dénouement farfelu. La fantaisie passe cependant mieux car elle semble mieux assumée, ne concluant pas l'affaire dramatiquement. Les dialogues sont piquants, les situations divertissantes, le rythme soutenu.

Mais plus encore la complicité entre Jessica Jones, expérimentée, forte en gueule, limite arrogante dans son rôle de "grande soeur", et Kate Bishop, en mode groupie, cédant volontiers au show-off, fonctionne superbement et donne tout son sel à ces deux épisodes.

Tout ça pourrait paraître un peu superficiel, mais, bonne nouvelle, l'épisode 7 lance Kate Bishop dans une nouvelle affaire plus personnelle et intense (qui développe le subplot deviné dans la première histoire). 
C'est prometteur - et, qui sait, avec Clint Barton sur la route de son côté (dans Occupy Avengers, mais ce titre va s'arrêter), peut-être que les deux "Oeil-de-faucon" ne retrouveront sous le soleil californien à l'Automne...