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jeudi 24 mars 2022

ELEKTRA : BLACK, WHITE & BLOOD #3, de Ann Nocenti et Federico Sabbatini, Paul Azaceta, David Pepose et Danilo Beyruth


Les numéros de l'anthologie Elektra : Black, White & Blood se suivent et se ressemblent de manière confondante. Déjà dans les deux précédents exemplaires, j'avais noté qu'une histoire surnageait nettement sur ls trois que comptait chaque fascicule. C'est encore le cas ce mois-ci, avec un casting des plus divers, mais où domine le segment écrit et dessiné par Paul Azaceta.


- Split (Ecrit par Ann Nocenti, dessiné par Federico Sabbatini) - Enfermée dans la cellule d'un asile, Elektra, qui feint de prendre les médicaments qu'on lui prescrit, organise son évasion. Elle entraîne dans ce projet Mary, co-détenue avec elle, et qui entend des voix...


- With a Passion (Ecrit et dessiné par Paul Azaceta) - Daredevil surprend Elektra alors qu'elle va tuer une femme. Ils s'affrontent. Auc coups succède une etreinte passionnée. Daredevil endormi, Elektra file pour remplir son contrat mais sa conscience la rattrape...


- Weapons of Choice (Ecrit par David Pepose, dessiné par Danilo Beyruth) - Elektra s'introduit dans la "Chambre Rouge" où sont formées les Black Widows. Elle affronte Natasha Romanoff avant d'être maîtrisée par les autres élèves. Mais elle a réussi à s'approcher ainsi d'une machine qui contrôle l'esprit des espionnes...

Jusqu'à présent, chaque numéro de Elektra : Black, White & Blood m'a intéressé pour un artiste en particulier, qui, en outre, écrivait l'histoire qu'il illustrait. D'abord, ce fut Leonardo Romero, puis ensuite Greg Smallwood. A chaque fois, je ne fus pas déçu, car ils dominaient les débats, réussissant à raconter quelque chose d'efficace avec des images splendides.

L'histoire se répéte de façon troublante puisque c'est encore ce qui se passe dans ce troisième numéro de l'anthologie consacrée à Elektra Natchios. Trois nouvelles plaisantes, mais très inégales, où seul un artiste sort du lot, par le brio de sa narration et la magie de ses visuels.

Je vais donc d'abord parler du premier et troisième segments, avant de finir par le deuxième, qui est le plus abouti.

D'Ann Nocenti, on sait que c'est une scénariste qui a connu son heure de gloire grâce à un des meilleurs runs sur Daredevil (en compagnie de John Romita et Al Williamson). Egalement journaliste et militante, elle n'a jamais renoué avec ce succès, même si son nom suffit à allumer une lumière toujours intriguée dans les yeux des fans de comics, comme si on attendait toujours qu'elle renouvelle le miracle.

Hélas ! Ce n'est pas ce Split qui nous réconcielera avec les heures glorieuses de Nocenti tant la scénariste semble à la peine. Son histoire, nous indique-t-on, se déroule après les événements d'un flashback survenu dans le 168ème épisode de Daredevil. Bigre ! Faut-il l'avoir déjà lu et s'en souvenir, ce qui n'est pas mon cas (ou alors j'ai totalement oublié). Je n'ai pas cherché à récupérer cet épisode pour savoir si cela apportait une plus-value car l'effort me semblait disproportionné par rapport à l'objectif.

Cette évasion est en tout cas poussive, bavarde et ses dessins, de Federico Sabbatini, s'inscrivent dans un style manga qui me déplait. J'ai trouvé ça affreusement brouillon, pénible, et pas très beau. Ce n'est pas fait pour moi. Allez, on zappe.

Pour boucler ce numéro, on a droit à mieux avec Weapons of Choice écrit par David Pepose, un auteur sur lequel Marvel semble décidé à miser (même si sa mini-série Secret Invasion vient d'être reportée sine die...). Ce scénariste propose en tout cas un duel prometteur : Elektra vs. Black Widow.

Ce n'est pas la première fois que les deux femmes s'affrontent (je me rappelle d'une formidable baston dans la mini-série de Marjorie Liu et Daniel Acuna, Black Widow : The Name of the Rose). L'action se situe dans le passé, quand Natacha est encore élève de la "Red Room" en Union Soviétique. Mais Elektra a un autre objectif.

C'est fort bien mené, sur un tempo vif, avec donc une prime à l'action. Danilo Beyruth (qui a récemment suppléé Rod Reis sur un épisode de New Mutants) dessine cette partie avec son style un peu épais mais alerte. Il y met du coeur en tout cas, on sent qu'il s'amuse et veut rendre justice au script, ce qui mérite toujours d'être loué. Pour un peu, ça ressemblerait presque au prologue d'une histoire à développer (et peut-être que Kelly Thompson, actuelle scribe des aventures de Black Widow, serait inspirée de s'en inspirer).

Mais, donc, le clou du spectacle, c'est bien la partie écrite et dessinée par Paul Azaceta. Après plusieurs années à collaborer avec Robert Kirkman sur la série Outcast (publié sur le label Skybound, au sein d'Image Comics), Azaceta est de retour chez Marvel où il illustre des flashbacks dans la mini-série The Punisher de Jason Aaron et Jesus Saiz, dont la parution a débuté ce mois-ci.

C'est une véritable expérience visuelle et narrative à laquelle nous convie Azaceta, immense graphiste méconnu. Il réunit Elektra et Daredevil dans leur romance épique de la grande époque de Frank Miller, quand elle était une tueuse et lui un justicier aux motivations incompatibles malgré une formation commune.

La manière dont Azaceta transforme leur affrontement en scène d'amour est magnifique. Il joue avec le rouge sang de façon extraordinaire, comme aucun autre, et c'est justement que son histoire s'intitule With a Passion. Il y a un côté "opératique" sensationnel. Une fièvre parcourt ses planches que peut ressentir le lecteur, jusqu'au dénouement vertigineux où Elektra ne peut tuer la femme qu'elle devait éliminer, littéralement rattrapée par sa conscience et les convictions de Daredevil. Sublime.

Evidemment, d'un point de vue strictement comptable, statistique, le compte n'y est pas, avec à chaque fois seulement une partie sur trois qui domine. Mais on oublie volontiers ces inégalités pour n'en retenir que les coups d'éclats de grands artistes comme Romero, Smallwood et Azaceta : en misant sur eux, Marvel est certain de ne pas publier une anthologie de plus (à condition toutefois de respecter leur travail...). A voir si cela se vérifie encore le mois prochain (avec notamment Peach Momoko au générique).

samedi 12 février 2022

NEW MUTANTS #24, de Vita Ayala et Danilo Beyruth


Ce vingt-quatrième épisode de New Mutants clôt en quelque sorte l'Acte I du run de Vita Ayala. La scénariste tire le bilan de la saga du Roi d'Ombre qu'elle a racontée depuis sa reprise du titre et, à la toute fin du numéro, amorce sa prochaine histoire. Pour l'accompagner au dessin, c'est Danilo Beyruth qui s'y colle, avec un style très expressif.


L'affrontement contre le Roi d'Ombre a dépassé tous ceux qui ont été impliqués. L'occasion pour chacun de tirer les leçons de ses échecs récents, à commencer par Mirage qui s'excuse de ses absences auprès de Felina qui, elle, s'interroge sur son caractère influençable et impulsif.


Après un détour par l'hôpital public Moira MacTaggert de Madripoor où Cosmar a accepté d'être prise en charge, James Proudstar/Warpath accueille son frère aîné John/l'Epervier. Ce dernier soulage son cadet qui regrette de ne pas l'avoir vengé.


No-Girl acquiert enfin un corps. Lors de la fête qui suit, Daken et Wolverine (Laura Kinney) se réconcilient avec Scout, qu'ils avaient délaissée. Puis les Nouveaux Mutants accompagnent Amahl Farouk jusqu'au portail krakoan qui mène à Arakko où il va s'exiler pour s'excuser du mal qu'il a fait.
 

Pendant tout ce temps, Magik discute avec Rictor d'une meilleure manière de communiquer entre mutants de toutes les générations. Elle veut pour sa part utiliser sa magie autrement. Et pour cela, elle a une offre à faire à Madelyne Pryor.

Et si Vita Ayala était la scénariste qui avait le mieux compris le projet de Hickman avec l'univers des X-Men ? De toutes les séries que la franchise a relancées ou créées depuis HoX/PoX, la reprise de New Mutants par la scénariste est indiscutablement, à mes yeux, la plus aboutie, celle qui a le mieux intégré le nouveau paradigme mutant, a le mieux revitalisé les héros de sa série. De quoi nourrir des regrets car Vita Ayala aurait été idéale pour écrire X-Men à la suite de Hickman (même si elle aurait du coup certainement dû abandonner New Mutants).

Avant HoX/PoX, New Mutants était depuis des lustres une série à la dérive, passant de main en main sans jamais retrouver la magie de ses glorieux débuts, notamment quand Chris Claremont et Bill Sienkiewicz l'animaient. Pour Jonathan Hickman pourtant, ces membres étaient le futur de la franchise, les successeurs naturels des X-Men historiques (un peu comme il fut longtemps question que les New Teen Titans deviennent la nouvelle Justice League).

Pourtant après avoir écrit le premier arc de la série post-Hox/PoX, Hickman a laissé le titre dans un drôle d'état, amputant l'équipe de deux de ses membres les plus populaires (Sunspot et Cannonball) tandis que Magik occupait un rôle de capitaine de Krakoa qui semblait la détacher de sa formation d'origine. Ed Brisson a renoncé à animer la série, peu inspiré et/ou embarrassé par le nouveau statu quo (lui qui, juste avant, s'occupait avec bonheur d'une incarnation tonique de X-Force).

Vita Ayala n'avait donc pas partie gagnée en débarquant, surtout qu'elle a pris ses fonctions après le crossover X of Swords. Elle a osé pourtant reconfigurer l'équipe des Nouveaux Mutants et écrire la série en considérant les jeunes mutants de Krakoa au sens large (et pas seulement les vedettes de l'équipe). Comme elle l'a expliqué en interview récemment, Ayala a injecté dans le titre ses motifs favoris : la famille (l'esprit de famille), la transmission, l'horreur, la représentativité (sexuelle, raciale, sociale...). Et elle s'est tellement bien débrouillée que c'est comme si New Mutants démarrait vraiment après des années d'hibernation.

Au terme de sa saga du Roi d'Ombre, qui a pris fin au numéro précédent, la scénariste annonçait que la série allait s'interrompre jusqu'en Avril, lorsque débuterait un nouvel arc narratif (centré sur Magik et Madelyne Pryor/Goblin Queen). Ce 24ème épisode marque donc la fin de l'Acte I de l'ère Ayala et en tire un bilan mélancolique et plein de promesses.

Il est principalement question d'échecs et de rebonds, de rachats. Vita Ayala passe en revue les relations de personnages qui ont souffert durant la saga du Roi d'Ombre, victimes ou adversaires de ce méchant qui les a éprouvés. Dani Moonstar s'excuse auprès de Rhane Sinclair d'avoir négligé leur relation alors que le seconde s'est laissée influencée par Amahl Farouk qui avait senti sa détresse existentielle de mère. Les frères Proudstar se retrouvent (l'Epervier a ressucité durant la mini The Trial of Magneto). Xi'an Coy Manh escorte Farouk jusqu'au portail qui le conduit sur Arakko où il a consenti à s'exiler pour se repentir. Mais on suit aussi Cosmar, cette jeune mutante aux pouvoirs et à l'aspect effrayants qui est admise à l'hôpital pour y recevoir ses soins esthétiques et psychologiques, puis No-Girl qui hérite enfin d'un corps et d'un nouveau nom (Cerebella) - qui la fait ressembler étrangement à Cylobel, la chimère vue dans Powers of X...

A travers cette succession de scènes, il est donc beaucoup question de communication, de verbalisation : par la parole, on se rabiboche, on s'explique, on se dit qu'on s'aime, mais on s'interroge encore sur une meilleure manière de vivre ensemble, de mieux se servir de ses pouvoirs, d'inventer une vie autre que celles des aînés. Magik, en particulier, va décider d'utiliser ses capacités autrement et faire une offre à Madelyne Pryor, après en avoir débattu avec Rictor, toujours en plein doute depuis le départ d'Apocalypse. C'est brillant, subtil, la marque d'une grande scénariste, qui aime ses personnages mais surtout sait comment les animer, les faire interagir, les entraîner sur des voies insoupçonnées. Ah oui, vraiment, si Vita Ayala écrivait X-Men, ça aurait une autre gueule que la production bancale de Gerry Duggan.... Mais je suis content qu'elle reste sur New Mutants, hein !

Rod Reis occupé à dessiner ses épisodes du prochain arc avec de l'avance, c'est à Danilo Beyruth qu'ont été confiés les dessins de cet épisode. On est dans un tout autre style, mais le résultat n'est vraiment pas déplaisant.

C'est parfois un peu frustre, pas super fin, mais il y a là une expressivité très plaisante, et surtout très raccord avec les émotions brassées. Beyruth traduit à merveille les moments pleins de sensibilité partagés entre les protagonistes : on est touché par le rapprochement de Rhane et Dani, par la détresse de Cosmar, par la surprise des Proudstar, par la fébrilité de Xi'an, et la maturité de Illyana.

Globalement, Beyruth soigne ses décors, chaque scène est bien situé et le découpage se permet même quelques audaces bienvenues (notamment quand Cosmar déchaîne ses pouvoirs). L'encrage est un peu gras et le trait parfois un peu maladroit, mais l'ensemble se tient bien et sert bien le script.

Attendre le mois d'Avril pour retrouver New Mutants peut sembler long mais c'est une pause qui permetra de mieux savourer ces retrouvailles et d'être prêts pour une nouvelle histoire qui promet beaucoup.