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vendredi 2 septembre 2022

MOON KNIGHT : BLACK, WHITE & BLOOD #4, de Christopher Cantwell et Alex Lins, Nadia Shammas et Dante Bastianoni, Paul Azaceta


C'est pas très gentil de dire ça mais il était temps que ça se finisse (même avec une couverture fabuleuse de Rod Reis). En effet ce quatrième et dernier numéro de Moon Knight : Black, White & Blood n'est pas fameux. Et en définitive, cette collection de récits sur le Chevalier de la Lune aura déçu, après celle, un peu meilleure, sur Elektra (je n'ai pas lu celles sur Wolverine et Deadpool). Peut-être bien que Marvel (et DC) devraient arrêter avec ces expériences.


- Good Morning. (Ecrit par Christopher Cantwell, dessiné par Alex Lins.) - Je ne vais tenter de vous résumer ce segment, bien qu'il soit le meilleur des trois compilés dans ce numéro. Je ne saurai pas mettre les mots justes pour raconter ce qu'a voulu dire Christopher Cantwell.

Ce qui ne signifie pas que ce soit mauvais. C'est un récit onirique et violent, avec une ambiance intense. Cantwell est un scénariste intéressant, actuellement à l'oeuvre sur Iron Man (mais qui va bientôt achever son run), qui apporte une sensibilité indé à ses comics mainstream (The Blue Flame pouvant être considéré comme la synthèse). Et s'il fallait retenir quelque chose de ces anthologies Black, White & Blood, c'est qu'on y trouve des auteurs qu'il serait passionnant de voir animer tel personnage. C'est le cas de Cantwell avec Moon Knight.

Au dessin, c'est Alex Lins. Je me souviens l'avoir vu comme fill-in artist sur New Mutants lors du premier Hellfire Gala. Ici, il livre des planches tout à fait exceptionnelles, avec un découpage incroyable (jusqu'à vingt-cinq plans par page, en "gaufrier"). J'aime sa manière de croquer MK et son usage minimaliste du rouge mais aussi de trames grises.
 

- The Scent of Blood. (Ecrit par Nadia Shammas, dessiné par Dante Bastianoni.) - Là encore, je ne vais pas rédiger de résumé. Mais cette fois, je m'en dispense parce que c'est vraiment le pire truc que j'ai lu dans cette collection. Une énième histoire de culte, de possession, avec Marc Spector dans le rôle de la marionnette qui se rebiffe et fait couler le sang.

Que c'est mauvais ! Parfois, vraiment, on se demande qui valide les scénarios chez Marvel et qu'est-ce qui peut convaincre une editor qu'un tel script vaut la peine. Par-dessus le marché, Nadia Shammas n'est pas aidée par un dessinateur abominable, Dante Bastianoni, qui représente un Marc Spector/Moon Knight bodybuildé dans des décors aseptisés, et des compositions maladroites au possible.


- Born to Be. (Ecrit et dessiné par Paul Azaceta.) - Pour la troisième et dernière fois, pas de résumé. Paul Azaceta n'est guère inspiré et se contente surtout de se faire plaisir graphiquement. Il lui sera beaucoup pardonné pour les planches sublimes dont il nous gratifie. Moins pour son récit sans originalité aucune, avec un énième culte maléfique, d'énièmes références égyptiennes : le lot de clichés associés au personnage, mais qui ne sont plus acceptables que s'ils sont transcendés.

Azaceta est un très grand dessinateur, qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite, et qui actuellement officie sur des moitiés d'épisodes du Punisher de Jason Aaron (avec Jesus Saiz comme co-artiste). Adepte du "less is more" de Alex Toth, évoluant dans le registre du regretté John Paul Leon, avec des à-plats noirs fascinants et des contrastes saisissants, ses planches sont magnifiques et il est certain que si Marvel avait un Black Label, le rêve serait de le voir produire un récit complet ou une mini-série, qu'il écrirait et dessinerait.

Moon Knight lui va comme un gant, mais sans doute sa prestation aurait-elle été encore plus appréciable avec une histoire plus fournie, moins rabachée.

Panini va sûrement traduire ça prochainement et le vendre à un prix exorbitant. Je ne le conseillerai qu'aux mordus de MK et si vous avez évidemment de l'argent en trop.

jeudi 24 mars 2022

ELEKTRA : BLACK, WHITE & BLOOD #3, de Ann Nocenti et Federico Sabbatini, Paul Azaceta, David Pepose et Danilo Beyruth


Les numéros de l'anthologie Elektra : Black, White & Blood se suivent et se ressemblent de manière confondante. Déjà dans les deux précédents exemplaires, j'avais noté qu'une histoire surnageait nettement sur ls trois que comptait chaque fascicule. C'est encore le cas ce mois-ci, avec un casting des plus divers, mais où domine le segment écrit et dessiné par Paul Azaceta.


- Split (Ecrit par Ann Nocenti, dessiné par Federico Sabbatini) - Enfermée dans la cellule d'un asile, Elektra, qui feint de prendre les médicaments qu'on lui prescrit, organise son évasion. Elle entraîne dans ce projet Mary, co-détenue avec elle, et qui entend des voix...


- With a Passion (Ecrit et dessiné par Paul Azaceta) - Daredevil surprend Elektra alors qu'elle va tuer une femme. Ils s'affrontent. Auc coups succède une etreinte passionnée. Daredevil endormi, Elektra file pour remplir son contrat mais sa conscience la rattrape...


- Weapons of Choice (Ecrit par David Pepose, dessiné par Danilo Beyruth) - Elektra s'introduit dans la "Chambre Rouge" où sont formées les Black Widows. Elle affronte Natasha Romanoff avant d'être maîtrisée par les autres élèves. Mais elle a réussi à s'approcher ainsi d'une machine qui contrôle l'esprit des espionnes...

Jusqu'à présent, chaque numéro de Elektra : Black, White & Blood m'a intéressé pour un artiste en particulier, qui, en outre, écrivait l'histoire qu'il illustrait. D'abord, ce fut Leonardo Romero, puis ensuite Greg Smallwood. A chaque fois, je ne fus pas déçu, car ils dominaient les débats, réussissant à raconter quelque chose d'efficace avec des images splendides.

L'histoire se répéte de façon troublante puisque c'est encore ce qui se passe dans ce troisième numéro de l'anthologie consacrée à Elektra Natchios. Trois nouvelles plaisantes, mais très inégales, où seul un artiste sort du lot, par le brio de sa narration et la magie de ses visuels.

Je vais donc d'abord parler du premier et troisième segments, avant de finir par le deuxième, qui est le plus abouti.

D'Ann Nocenti, on sait que c'est une scénariste qui a connu son heure de gloire grâce à un des meilleurs runs sur Daredevil (en compagnie de John Romita et Al Williamson). Egalement journaliste et militante, elle n'a jamais renoué avec ce succès, même si son nom suffit à allumer une lumière toujours intriguée dans les yeux des fans de comics, comme si on attendait toujours qu'elle renouvelle le miracle.

Hélas ! Ce n'est pas ce Split qui nous réconcielera avec les heures glorieuses de Nocenti tant la scénariste semble à la peine. Son histoire, nous indique-t-on, se déroule après les événements d'un flashback survenu dans le 168ème épisode de Daredevil. Bigre ! Faut-il l'avoir déjà lu et s'en souvenir, ce qui n'est pas mon cas (ou alors j'ai totalement oublié). Je n'ai pas cherché à récupérer cet épisode pour savoir si cela apportait une plus-value car l'effort me semblait disproportionné par rapport à l'objectif.

Cette évasion est en tout cas poussive, bavarde et ses dessins, de Federico Sabbatini, s'inscrivent dans un style manga qui me déplait. J'ai trouvé ça affreusement brouillon, pénible, et pas très beau. Ce n'est pas fait pour moi. Allez, on zappe.

Pour boucler ce numéro, on a droit à mieux avec Weapons of Choice écrit par David Pepose, un auteur sur lequel Marvel semble décidé à miser (même si sa mini-série Secret Invasion vient d'être reportée sine die...). Ce scénariste propose en tout cas un duel prometteur : Elektra vs. Black Widow.

Ce n'est pas la première fois que les deux femmes s'affrontent (je me rappelle d'une formidable baston dans la mini-série de Marjorie Liu et Daniel Acuna, Black Widow : The Name of the Rose). L'action se situe dans le passé, quand Natacha est encore élève de la "Red Room" en Union Soviétique. Mais Elektra a un autre objectif.

C'est fort bien mené, sur un tempo vif, avec donc une prime à l'action. Danilo Beyruth (qui a récemment suppléé Rod Reis sur un épisode de New Mutants) dessine cette partie avec son style un peu épais mais alerte. Il y met du coeur en tout cas, on sent qu'il s'amuse et veut rendre justice au script, ce qui mérite toujours d'être loué. Pour un peu, ça ressemblerait presque au prologue d'une histoire à développer (et peut-être que Kelly Thompson, actuelle scribe des aventures de Black Widow, serait inspirée de s'en inspirer).

Mais, donc, le clou du spectacle, c'est bien la partie écrite et dessinée par Paul Azaceta. Après plusieurs années à collaborer avec Robert Kirkman sur la série Outcast (publié sur le label Skybound, au sein d'Image Comics), Azaceta est de retour chez Marvel où il illustre des flashbacks dans la mini-série The Punisher de Jason Aaron et Jesus Saiz, dont la parution a débuté ce mois-ci.

C'est une véritable expérience visuelle et narrative à laquelle nous convie Azaceta, immense graphiste méconnu. Il réunit Elektra et Daredevil dans leur romance épique de la grande époque de Frank Miller, quand elle était une tueuse et lui un justicier aux motivations incompatibles malgré une formation commune.

La manière dont Azaceta transforme leur affrontement en scène d'amour est magnifique. Il joue avec le rouge sang de façon extraordinaire, comme aucun autre, et c'est justement que son histoire s'intitule With a Passion. Il y a un côté "opératique" sensationnel. Une fièvre parcourt ses planches que peut ressentir le lecteur, jusqu'au dénouement vertigineux où Elektra ne peut tuer la femme qu'elle devait éliminer, littéralement rattrapée par sa conscience et les convictions de Daredevil. Sublime.

Evidemment, d'un point de vue strictement comptable, statistique, le compte n'y est pas, avec à chaque fois seulement une partie sur trois qui domine. Mais on oublie volontiers ces inégalités pour n'en retenir que les coups d'éclats de grands artistes comme Romero, Smallwood et Azaceta : en misant sur eux, Marvel est certain de ne pas publier une anthologie de plus (à condition toutefois de respecter leur travail...). A voir si cela se vérifie encore le mois prochain (avec notamment Peach Momoko au générique).

dimanche 20 décembre 2009

Critique 120 : DAREDEVIL par ED BRUBAKER et MICHAEL LARK (5/7)


DAREDEVIL : CRUEL AND UNUSUAL ;
(vol.2, #106-110) ;
(Mai-Août 2008).

Examinons donc ce que nous réserve ce tpb contenant les épisodes 106 à 110 de Daredevil et formant l'arc intitulé Cruel and Unusual.

Première bonne nouvelle : cette histoire est signée par l'équipe acclamée par la critique depuis Gotham Central et composée d'Ed Brubaker, Greg Rucka et Michael Lark. Paul Azaceta a dessiné (et encré - ce qui est notable quand on se souvient comment Tom Palmer était complètement repassé sur les crayonnés de l'artiste dans l'histoire précédente...) le premier épisode de l'album.

Seconde bonne nouvelle : le trio a tricoté une intrigue qui replace Matt Murdock dans son rôle d'avocat au premier plan. Réduire ses apparitions comme Daredevil est judicieux après le traumatisme qu'il vient de vivre (Milla Donovan étant internée dans une clinique psychiatrique à cause de Mr Fear), tout en préparant un rapprochement entre le héros et la détective Dakota North, qui est mise en avant - c'est d'ailleurs pour traiter plus particulièrement d'elle que Rucka, toujours inspiré par les femmes fortes, a été convié à participer au scénario.
*

L'histoire suit donc Matt et Dakota qui vont s'occuper d'un dossier délicat, celui du nommé "Big" Ben Donovan condamné à mort pour le meurtre de trois enfants. Problèmes : il a avoué le triple homicide et le F.B.I. semble déterminé à ce qu'il soit exécuté. Les investigations de Murdock et North vont révèler un complot entre l'agence fédérale et la pègre contrôlant les docks de New York.

La complicité entre Brubaker et Rucka fait merveille, leurs dialogues claquent, la caractérisation des personnages est exemplaire, les relations entre les protagonistes possèdent un relief et une subtilité rares, et ils savent comment construire une intrigue solide et prenante.

C'est vraiment un boulot de grands professionnels, aguerris : en apparence, cette histoire semble plus modeste que celles auxquelles Brubaker seul nous a habitués depuis le début de son run, mais cela fait quand même du bien après les moments de tension relatés dans l'incarcération puis la fuite de Murdock ou son duel contre Mr Fear. Et mine de rien, on est accroché par ce récit qui dévoile ses mystères progressivement, en dosant ses effets.

Tous les comics super-héroïques n'ont pas cette finesse et tous les auteurs n'ont pas cette souplesse pour articuler ce qu'ils proposent aux lecteurs.

Le plus frappant dans cet arc, mais c'est déjà notable dans les épisodes de Brubaker depuis son arrivée sur Daredevil, est la manière dont il réussit à donner une place de premier rang aux seconds rôles gravitant autour de son héros (parfois en leur ayant consacré un épisode particulier, comme Foggy Nelson, Milla Donovan, et ici Ben Urich et Dakota North). Il leur donne de la chair et de vraies et distinctes personnalités en nous montrant comment ils travaillent tous ensemble, comment fonctionne le cabinet juridique Murdock and Nelson. Ce souci pour le groupe rend tout ce monde plus réel et plus attachant.

Michael Lark, toujours secondé par Stefano Gaudiano (qui, davantage qu'un simple encreur, est de l'aveu même du dessinateur un vrai finisseur-embellisseur), accomplit encore une fois un excellent travail ici.

Une des raisons pour lesquelles j'aime Lark réside dans le fait que son dessin participe au réalisme des livres - ses personnages ressemblent à de vraies personnes, ce n'est pas juste un de ces artistes à l'aise avec des héros en spandex. Même Dakota North, un ancien mannequin, n'est pas juste représentée comme une très belle femme : on devine aussi son caractère dans les attitudes et les expressions que restitue parfaitement Lark.

Et bien entendu, comme toujours (et c'est particulièrement important sur une série telle que Daredevil), les scènes d'action chorégraphiées sont magnifiquement illustrées, avec un découpage extraordinaire de rythme et de fluidité.

Un exemple de ce brio graphique se situe dans le dernier épisode de cet arc où sont représentées en narration parallèle une séquence de combat entre DD et des agents fédéraux sur les docks et une autre montrant des secouristes tentant de sauver la vie de quelqu'un (je ne vous dis pas qui pour vous laisser la surprise).

On suit chacune de ces scènes très aisément et, mieux même, leur montage alterné procure suspense et excitation. Ces pages nous montrent comment une équipe créative rodée et intelligente peut tirer le maximum de deux actions et produire un comic-book de qualité simplement en exploitant au mieux les codes du genre.

Le seul bémol qu'on émettra concerne le dénouement, un peu abrupt. Après l'excellent développement de l'intrigue - le secret de "Big" Ben Donovan, l'opération impliquant les agents fédéraux - , Brubaker et Rucka clôturent leur affaire à la va-vite, sans convaincre : on était en droit d'attendre un vrai "grand final" compte tenu des forces en présence, mais le feu d'artifices n'a pas lieu et finit un peu en feu de paille. Dommage.

Ce n'est pas suffisant pour gâcher le plaisir pris jusqu'alors, mais décevant au regard du talent des deux scénaristes. Greg Rucka a depuis exprimé son sentiment sur cette expérience en déclarant que le personnage de DD ne l'avait finalement guère passionné : peut-être est-ce en partie pour cela qu'on n'est pas comblé comme attendu...

Mais cette réserve exceptée, ce nouveau tome demeure quand même une lecture recommandable et recommandée, ne serait-ce que pour mieux apprécier l'évolution des rapports que va connaître certains des personnages avant la saga ultime concoctée par Ed Brubaker.

vendredi 6 novembre 2009

Critique 111 : TALENT - UNIQUE SURVIVANT, de Christopher Golden, Tom Sniegoski et Paul Azaceta

Talent : Unique Survivant rassemble les épisodes 1 à 4 de la série écrite par Christopher Golden et Tom Sniegoski et dessinée par Paul Azaceta, publiée par Boom ! Studios, en 2006-2007.
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Un avion de ligne explose en plein vol juste avant son atterrissage à New York. Seul un passager survit au crash, un véritable miracle puisqu'il est repêché par les secours après douze heures passées sous l'eau !
Cet homme s'appelle Nicholas Dane, c'est un banal professeur, mais très vite son cas va susciter l'intérêt au point que les autorités gouvernementales ouvrent une enquête à son sujet. Et s'il avait provoqué le crash ?
L'agent chargé des investigations travaille aussi pour le compte d'une mystérieuse organisation pour qui l'existence de Dane est gênante et aux trousses duquel sont envoyés deux tueurs.
Comment le miraculé va-t-il pouvoir faire face ? En découvrant qu'il a hérité des dons particuliers de tous les passagers morts ! Mais aussi en devenant, malgré lui, l'élu d'une force mystique luttant contre l'organisation qui le veut mort...
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Cette production indépendante évoque bien sûr la série télé Lost, les disparus, avec son crash d'avion, son traitement fantastique, sa conspiration... Pourtant, Talent a sa propre identité et une efficacité redoutable.
Le pitch est développé avec intelligence et inventivité : Golden et Sniegoski ont injecté à leur récit le meilleur de la narration des séries télé. Ce n'est guère étonnant puisqu'ils ont rédigé des scripts pour Buffy ou Smallville.
Loin d'être décompressée, ladîte narration est au contraire d'une admirable densité, utilisant les ressorts de l'intrigue avec un brio éprouvé : la prise de conscience du personnage principal est subtilement amenée, tout comme sont révèlées les coulisses de l'affaire (sans por autant que tous les mystères soient résolus).
Nicholas Dane n'est d'ailleurs pas un héros franchement sympathique : il fait preuve d'un sens de la répartie cinglant, se montre insolent, entraîne dans son sillage des amis innocents (qui le paieront cher). Il reçoit ses dons sans plaisir et riposte plus par volonté de se débarrasser de cette malédiction que pour rétablir la justice ou l'équilibre de forces énigmatiques comme le lui explique l'étrange jeune femme qui lui apparaît fréquemment pour le guider.
La partie parallèle consacrée au complot est en comparaison moins réussie, sans doute parce qu'elle mérite de plus amples développements (j'ignore si la série se poursuit en vo et quand et par qui elle sera traduite en vf, la collection Angle Comics n'existant plus). C'est assez frustrant car on devine un potentiel très séduisant : compte tenu du nombre de passagers, Dane a dû hériter de biens des talents, qui pourraient le mener loin - et donc révèler une conspiration d'envergure.
Les dialogues sont également très bien sentis : pas de bla-bla inutile mais un style sec, rythmé, au diapason de l'histoire.
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Visuellement, c'est à l'excellent Paul Azaceta qu'est revenu le soin d'illustrer le titre : il s'en acquitte avec maîtrise d'un trait dépouillé, anguleux, où le jeu sur les lumières produit une ambiance de série noire palpitante.
Le découpage est sobre mais vif, ce qui rend la lecture très agréable.
Seule la mise en couleurs est un peu fade et l'on peut même se demander si l'oeuvre n'aurait pas gagné en force en restant en noir et blanc. Mais c'est un petit bémol.
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Acquis lors d'une braderie, ce livre est une révèlation : si vous mettez la main dessus, faîtes-en l'achat sans hésiter. C'est une pépite à côté de laquelle il serait ballot de passer !

lundi 24 août 2009

Critique 99 : DAREDEVIL par ED BRUBAKER et MICHAEL LARK (4/7)


DAREDEVIL : WITHOUT FEAR ;
(vol.2, #100-105) ;
(Octobre 2007-Avril 2008).

Piègé par son adversaire qui, grâce à un gaz faisant perdre la raison à qui l'inhale, Daredevil doit faire face à ses démons dans le 100ème épisode spécial qui ouvre ce volume. Des pans de son passé tourmenté et des figures connues viennent alors le hanter, ne lui permettant provisoirement plus la possibilité d'arrêter Lamont Cranston/Mr Fear.
La situation est d'autant plus dramatique que son épouse, Pour Milla, son épouse, a elle aussi été exposée au poison et a perdu la raison, tentant même d'assassiner, dans une crise de jalousie, Lily de Lucca.
Le plat n'est pas encore assez corsé pour vous ? Qu'à cela ne tienne ! Dans la coulisse, the Hood guette les agissements de Mr Fear et s'interroge sur ses ambitions alors qu'il fédére autour de lui les super-vilains de la ville.
Pour Matt Murdock/DD, le défi est double : en tant qu'avocat, avec l'aide de Foggy Nelson, il va devoir éviter la prison à sa femme ; en tant que justicier, il doit retrouver la trace de Fear et faire cesser ses exactions. Notre héros sent la peur l'assaillir, une peur familière - celle de voir mourir, encore une fois, un être cher (Milla aujourd'hui, comme Karen Page hier). Et celle de perdre le contrôle de lui-même.
Tout cela ne peut que mal finir - et effectivement, le dénouement sera effroyable car l'ennemi cherche moins à supprimer Daredevil qu'à le briser et casser un héros, c'est souvent d'abord s'en prendre aux êtres qui lui sont chers...

Depuis qu'il a succédé - et avec quel brio ! - à Bendis sur le titre, Ed Brubaker développe des intrigues non pas en arcs classiques de 6 épisodes, mais bien en 12 chapitres : c'est la marque d'un feuilletonniste aguerri soucieux de traiter en profondeur à la fois les tenants et aboutissants d'une histoire et le comportement de ses acteurs. C'est encore une fois le cas ici pour une saga qui atteint des sommets de crispation pour le lecteur et de tension dramatique pour le héros et son entourage.

Chaque grand auteur qui a écrit Daredevil a souligné le chemin de croix du personnage : le diable rouge d'Hell's Kitchen est un justicier marqué par la religion - sa mère est d'ailleurs apparue dans la robe d'une nonne (dans Born again) - et les épreuves - l'abandon par sa mère, la mort de son père, sa cécité, ses amours malheureuses, etc. Tout le destin de DD est contenu dans ces éléments-là : il est fait pour souffrir, chaque victoire s'accompagne d'une douleur, chaque avancée d'un sacrifice. Il est littéralement un damné.

Mais cette damnation s'accompagne d'un altruisme incroyable qui lui donne une noblesse : il s'est donné pour mission, lui, l'homme sans vue, le solitaire, celui qui a tant subi, de protéger les autres, son quartier, sa ville. Il le fait avec gravité : Daredevil, c'est l'anti-Spider-Man. Là où le Tisseur repart au combat en dissimulant ses doutes et ses peines derrière l'humour, voire l'insouciance de sa jeunesse, DD lutte sans plaisir mais avec acharnement, prêt à tout perdre si cela permet de gagner. Il a souvent gagné, mais beaucoup perdu.

La question que pose Brubaker dans ces deux arcs consécutifs que sont To the devil his due et Without fear, c'est : Daredevil peut-il se relever s'il risque de perdre ce qui forme sa devise, c'est-à-dire le fait qu'il n'a peur de rien ? Autrement dit, si l'homme sans peur connaît la peur, peut-il encore se battre et vaincre ?

Quoi de plus évident alors que de lui opposer un adversaire portant le nom de... Mister Fear - soit un ennemi dont l'arme est justement d'inoculer la peur. Affronter un parti comme celui-ci, c'est peut-être l'épreuve ultime, décisive, pour Daredevil. L'occasion de faire face à ce qu'il dit ignorer, dépasser même.

Dans Born again, Frank Miller faisait dire au Caïd, après qu'il eut brisé l'existence de Matt Murdock, que c'était une erreur de s'en prendre à lui ainsi car "un homme sans espoir est un homme sans peur".

Dans Sans peur, Ed Brubaker aborde le problème autrement : si Daredevil fait l'expérience de la peur - la peur de ne plus se maîtriser et la peur que ceux qu'il aime le plus souffrent par sa faute en étant visés par celui qu'il affronte - , peut-il surmonter cela, riposter et l'emporter malgré tout ? L'homme derrière le masque est-il assez ou plus fort que Daredevil ?

La "solution" que délivre le scénariste est terrible à plus d'un point : non seulement le héros va se trouver face à un ennemi qui n'a effectivement plus peur de rien, mais qui va le terrasser en le frappant de manière détournée, intime et durable (voire définitive). Sans déflorer l'issue du combat, c'est un échec cinglant qui attend notre justicier, qui, pardon pour le jeu de mots, n'a rien venir.

La grande qualité d'un auteur, et celle-ci rejaillit sur la BD qu'il écrit, est de savoir profiter de ce que l'artiste avec lequel il travaille peut apporter de plus à son script. En l'occurrence, Brubaker devait, en plus de mener cet arc à son terme, s'acquitter d'une tâche périlleuse sans qu'elle ait l'air d'un gadget commémoratif : faire du 100ème épisode du volume 2 du titre à la fois un évènement en soi et une étape mémorable de son histoire. Et il a profité de l'occasion pour se et nous faire plaisir tout en servant le récit.

Conviés pour l'occasion, quelques grands noms comme John Romita Sr, Alex Maleev, Lee Bermejo, Gene Colan ou encore Bill Sienkiewicz ont donc signé quelques pages de ce n° 100, plus long que d'habitude. Mais leur participation n'est pas qu'une fanfreluche tape-à-l'oeil : en effet, à ce moment-là, Daredevil, exposé au gaz anxiogène de Mr Fear, est pris d'hallucinations en relation avec son passé. Il revit alors des moments avec son père, la Veuve Noire, Elektra, Karen Page, à chaque fois illustrés par un des artistes précités : idée à la fois simple et ingénieuse qui nous donne des pages magnifiques.

Le reste du récit est dessiné par deux tandems : les "titulaires" Michael Lark et Stefano Gaudiano nous gratifient encore une fois de passages magnifiques, de véritables leçons de découpage et d'ambiance, qui se fondent admirablement avec ceux mis en images par la paire Paul Azaceta-Tom Palmer. C'est un exemple bluffant de collaboration entre deux équipes artistiques pour maintenir une unité esthétique à une série d'épisodes.

Enfin, un dernier point est à noter. D'habitude plutôt déconnectée du reste du Marvelverse, la série avec la présence de the Hood reprend contact avec la continuité récente puisque ce criminel est devenu une des Némésis des Nouveaux Vengeurs (auxquels DD refusa de s'intégrer) et rappelle quelle place il occupe dans la hiérarchie du banditisme que côtoie fréquemment le héros. Cela annonce-t-il une implication prochaine plus conséquente de Daredevil dans les évènements post-Secret Invasion ? Pas impossible - même si cela ne se traduira peut-être pas directement dans le titre régulier...

En tout cas, ce nouveau tome confirme tout le bien qu'on peut penser des arrivées de Brubaker et Lark sur la série : c'est noir, très noir, mais tellement bien fait. Comment peut-on faire la fine bouche devant ça ?