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mardi 24 octobre 2023

WOLVERINE AND THE X-MEN, TOME 4 : LA SAGA DES DAMNES, de Jason Aaron, Nick Bradshaw, Pasqual Ferry, Pepe Larraz, Todd Nauck, Salva Espin, Steven Sanders, Ramon K. Pérez, Shawn Crystal et Chris Bachalo


Et c'est la fin de cette rétrospective sur Wolverine and the X-Men avec ce tome 4. Jason Aaron boucle son run en bonne compagnie : Nick Bradshaw dessine les épisodes 31 à 35 et l'Annual plus quelques pages du 42, Pasqual Ferry l'épisode 30 avec l'aide de Pepe Larraz et Salva Espin, Pepe Larraz les épisodes 38 à 41 plus quelques pages du 42, Todd Nauck finit l'épiode 41, et enfin Steven Sanders, Shawn Crystal et Chris Bachalo ferment le ban sur l'épisode 42.
(Les plus attentifs noteront que je ne mentionne pas les épisodes 36 et 37, qui font partie du crossover Battle of the Atom, qui ne figurent pas dans cet album ni l'omnibus de la série et qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu.

Wolverine et Rachel Summers tentent de localiser le repaire des Damnés, sans succès. Le Fauve se rend sur la station orbitale du Peak pour tenter de convaincre le Dr. Xanto Starblood de l'aider à guérir Broo. Mais le Philistin aide le zoologiste alien à s'évader. Quentin Quire sonde mentalement un Bamf et découvre que Oya a intégré l'académie des damnés pour trouver qui a tenté de tuer Broo. Il décide de la rejoindre avec la complicité du Crapaud qui veut, lui, renouer avec Husk.
 

Kade Kilgore a fondé une académie pour concurrencer l'école Jean Grey et il a réussi à y attirer des élèves comme Glob Herman, Broo, Oya. Pour les éduquer, il les a confiés à des professeurs comme Mystique, Maître Pandémonium, Madame Mondo, le Philistin et Sauron. Un élève, Snot, est victime de harcèlement et Quire mène l'enquête au risque d'être démasqué.
 

Cependant, Wolverine utilise les Bamfs pour remonter la trace des élèves disparus et il trouve enfin où opère le club des damnés. Les autres X-Men et Krakoa le rejoignent et engagent la bataille contre les professeurs de l'académie. Le Crapaud, Oya et Quire leur prêtent main forte mais ne peuvent empêcher Mystique et Dents-de-sabre de fuir ni Wilhemina Kensingtonde franchir un portail dimensionnel avec le Philistin.
  

Quant à Xanto Starbllod, il file avec Broo mais quand celui-ci est surpris par un Bamf, il le mord et recouvre ses esprits puis attaque son ravisseur dont la navette s'écrase au pied de Krakoa. Tornade, Iceberg, Kitty Pryde, Rachel Summers, le Fauve craignent qu'après tout ça Wolverine veuille fermer l'école, mais il tient à continuer et même à accueillir les élèves qui avaient fuir ainsi que Max Frankenstein et Manuel Enduque, les deux derniers membres du club des damnés.
 

Qu'est-il arrivé à Kid Gladiator depuis que son père l'a retiré de l'école Jean Grey ? Contre toute attente, il ne se plait pas à l'académie de la garde impériale Shi'ar et regrette la compagnie de ses anciens professeurs et camarades. Il désobéit à son père quand les Avengers affrontent les Bâtisseurs en aidant les héros de la Terre. Gladiator consent alors à renvoyer son fils auprès de Wolverine.


Les X-Men ont découvert que le S.H.I.E.L.D. possédaient ses propres Sentinelles. Wolverine avec l'aide Quentin Quire localise l'endroit où elles sont entreposés et s'y rend avec le projet de les détruire. Cependant, l'école Jean Grey accueille deux nouveaux élèves, Tri-Joey et Squidface, qui sont en réalité des espions à la solde du SHIELD et de Mystique qui a usurpé l'identité de Dazzler.


Tandis que Wolverine trouve Cyclope dans la base où sont les Sentinelles et accepte qu'ils les mettent hors service ensemble, à l'école Quire, Kid Gladiator, Shark Girl, Eye Boy, Genesis, Oya, Broo, et Sprite démasquent Tri-Joey et Squidface. Ceux-ci, leurs souvenirs des installations effacés, quittent l'établissement. Wolverine et Cyclope règlent leurs comptes au sujet de la mort du Professeur X et de la révolution mutante initiée par les Uncanny X-Men.


C'est le jour de la remise des diplômes pour les élèves de l'école Jean Grey. Quentin Quire espère ne pas subir l'humiliation d'être promu... Et dans le futur, Wolverine s'apprête à fermer son établissement quand il reçoit la visite de son élève le plus ingérable, venu lui faire une ultime surprise...

Ce n'est pas sans mélancolie qu'on achève la lecture de Wolverine and the X-Men. La série aura bien eu droit à un deuxième volume, écrit par Jason latour (et dessinée au début par Mahmud Asrar), mais mieux vaut ne pas se gâcher la vie à la lire (c'est médiocre au-delà du possible et ça témoigne de la manie de Marvel à donner des suites inutiles à des runs quasi-parfaits).

42 épisodes donc au final, écrits par Jason Aaron : ce n'est pas mal, mais pas tant que ça et on aurait aimé que ça se prolonge. Il y avait encore bien des histoires à raconter et je suis sûr que le scénariste y avait pensé. D'ailleurs quand il lancera ensuite Amazing X-Men, ce sera dans l'esprit d'une suite, avec des personnages familiers comme Tornade, le Fauve, Wolverine, Iceberg, et d'autres entr'aperçus ici comme Firestar, avec à la clé le retour de Diablo. Mais Aaron (et Ed McGuinness et Cameron Stewart) ne livrera que six maigres épisodes avant de jeter l'éponge, prétextant un manque de temps (il écrivait alors Thor en parallèle). Dommage.

Est-ce que cette dernière ligne est à la hauteur de ce qui a précédé ? La réponse est : oui. D'abord parce que ce dernier tome est découpé en trois parties d'égale qualité. Le premier arc est une sorte de climax à lui tout seul (et on imagine fort bien qu'il aurait suffi à conclure la série) en mettant en scène l'académie des damnés fondée par Kade Kilgore, Wilhemina Kensington, Max Frankenstein et Manuel Enduque pour pervertir les élèves mécontents de l'enseignement prodigué par l'école Jean Grey.

Cette histoire est folle mais Aaron l'avait en quelque sorte initiée dès le début de son run en soulignant l'obsession de Kade Kilgore pour ruiner l'initiative de Wolverine. Ce développement tardif ne déçoit pas avec Quentin Quire en faux traître, Oya en justicière et le Crapaud en amoureux transi désireux de récupérer Husk. 

Les enseignants de cette académie sont haut en couleur avec Mystique et Dents-de-sabre (qui seront pleinement exploités par Brian Michael Bendis dans All-New X-Men et Uncanny X-Men), mais aussi Mâitre Pandémonium, le Philistin, Sauron, Madame Mondo, Wendigo et Dog Logan (qui se rachète bravement ici des méfaits qu'il a commis dans le tome 3). Aaron se lâche complètement, notamment quand il donne à Nick Bradshaw, lui aussi survolté, la possibilité de représenter Krakoa en action aux côtés de Iceberg qui se transforme en un Transformer glacé géant (il faut le voir, ça ne peut pas se résumer).

Certes, le scénariste règle vite le retour à la normale de Broo (en évoquant déjà ce qui formera le postulat de Amazing X-Men), mais on est surtout content de retrouver ce dernier en bonne santé. Et puis cette formation de X-Men a quand même belle allure avec Wolverine, Tornade, Rachel Summers, Iceberg, Kitty Pryde, le Fauve. Nick Bradshaw signe son dernier arc complet sur la série dans une forme éclatante, avec des planches comme d'habitude d'un luxe de détails ahurissant, et il restera ensuite sur le titre comme cover-artist.

Pendant les épisodes 36-37, la série suit les événements du crossover Battle of the Atom (avec All-New X-Men, Uncanny X-Men et X-Men). Cette intrigue n'a aucune incidence sur la suite et il n'est donc pas nécessaire de la lire pour comprendre ce qui va se passer, mais toutefois on observera que Kitty quitte l'école Jean Grey pour rejoindre la bande de Cyclope avec les cinq premiers X-Men que le Fauve a déplacés pour tenter de raisonner Scott Summers. Jason Aaron ne reviendra jamais sur cela, comme s'il était en vérité soulagé (il n'a jamais exploité les cinq premiers X-Men). Par contre, c'est dommage qu'il n'ait pas traité la rupture entre Kitty et Bobby Drake.

L'Annual est encore dessiné par Nick Bradshaw et il n'a pas bâclé son ouvrage : il y a là des doubles pages totalement stupéfiantes et une énergie folle. Le récit quand à lui revient sur ce qu'il est advenu de Kid Gladiator depuis que son père l'a retiré de l'école Jean Grey. 

Bien que cet Annual s'inscrive dans l'event Infinity (de Jonathan Hickman), Aaron réussit à en faire quelque chose d'indépendant, où le lecteur n'est jamais perdu, n'a nul besoin d'avoir lu l'histoire de Hickman pour tout comprendre. En vérité, il s'agit d'un portrait touchant d'un gamin fort en gueule mais seul, écrasé par la figure paternelle, les codes de l'empire Shi'ar, et à qui ses profs et ses copains manquent.

Enfin, la fin de la série propose un récit en narration parallèle : d'un côté Wolverine et Cyclope unissent leurs forces et mettent leurs ressentiments de côté pour une mission commune, et de l'autre deux élèves infiltrent l'école Jean Grey pour le compte du SHIELD.

Aaron s'est montré plus investi et inspiré, mais on sent qu'il a surtout à coeur de réunir Wolverine et Cyclope pour une explication franche au sujet de la mort de leur mentor, le professeur Charles Xavier, et de la révolution mutante initiée par Scott Summers. Ce dialogue est bien senti, juste, nuancé. L'intrigue avec les deux espions est efficace aussi mais moins percutante et en réalité vite expédié.

Le dernier épisode est comme l'arc qui l'a précédé dessiné par Pepe Larraz, qui n'était pas encore la star qu'il est devenu mais qui affichait déjà un fort potentiel (même s'il a du mal à représenter les élèves avec la physionomie correspondant à l'âge qu'on leur soupçonne depuis le début, en particulier pour Quentin Quire). L'espagnol est rejoint pour ces adieux par Ramon K. Pérez, en grande forme, Shawn Crystal, très mauvais, Steven Sanders, toujours aussi piteux, et surtout, pour quelques pages par Nick Bradshaw et surtout Chris Bachalo. Ce dernier signe les ultimes planches et c'est très sympa de revoir l'artiste qui avait ouvert le bal sur la série.

Le propos est drôle et mélancolique à la fois, donc irrésistible. Bien joué.

Voilà : c'est fini. Wolverine and the X-Men est une série à part, encore aujourd'hui. Comme le dit Jason Aaron dans sa postface dans l'omnibus, il n'avait jamais écrit quelque chose comme ça et n'en écrira certainement pas de semblable ensuite. C'est aussi ce qui en fait la singularité et le prix. A l'heure où Marvel semble annoncer un retour des X-Men dans leur manoir de Westchester, on aimerait presque croire qu'à nouveau quelqu'un osera imaginer des histoires aussi fun avec nos mutants favoris....

WOLVERINE AND THE X-MEN, TOME 3 : RENTREE DES CLASSES, de Jason Aaron, Nick Bradshaw, Steven Sanders, David Lopez, et Ramon K. Pérez


On reprend aujourd'hui cette rétrospective sur la série Wolverine and the X-Men écrite par Jason Aaron avec le troisième tome. Au menu deux arcs narratifs et trois épisodes stand-alone, servis par des dessinateurs de choix : Nick Bradshaw pour les #19, 21 à 23, Steven Sanders pour le #20, David Lopez pour le #24, et enfin Ramon K. Pérez pour les #25 à 29. Attachez vos ceintures, ça va secouer !


Après le départ de Husk, Kitty Pryde est chargée de recruter un remplaçant. Les candidats les plus improbables se succèdent jusqu'à ce que Tornade apparaisse. Cependant, Wolverine et Rachel Summers traquent les responsables de la tentative de meurtre sur Broo. Iceberg embarque quelques élèves pour porter assistance à des extraterrestres dont les planètes ont été détruites par le Phénix. Et Angel récupère le contrôle de sa société grâce à Matt Murdock.


Mais un matin Quentin Quire se réveille et s'aperçoit que tous les professeurs ont disparu. Il les recherche avec Shark Girl, une nouvelle élève (trouvée par Angel), Genesis, Rockslide, Eye Boy, mais Oya reste au chevet de Broo. Max von Katzenelnbogen du Club des Damnés est également dans les parages et y découvrent un étrange cirque.


Ce cirque est tenu par le monstre de Frankenstein et il a fait des profs de l'école Jean Grey des monstres de foire grâce à l'emprise magique de la sorcière Calcabrina. Quire et ses amis tentent en vain de les libérer tandis que le monstre veut tuer Max qu'il reconnaît comme le descendant de son créateur. Oya l'en empêche tandis que Max blesse Calcabrina, qui relâche son emprise sur les X-Men.


Les X-Men se rebellent alors contre les zombies à la solde du monstre et de la sorcière, qui s'éloigne avec son complice en se téléportant. Max rejoint le Club des Damnés en exigeant désormais qu'on l'appelle Dr. Frankenstein comme son ancêtre.


Wolverine décide de tester l'esprit de groupe de ses élèves les plus difficiles et les emmène en Terre Sauvage. Livrés à eux-mêmes mais incapables de rester solidaires, Quire, Genesis, Glob Herman, Sprite, Broo (revenu à lui mais à l'état sauvage), Eye Boy, Shark Girl, et Oya se dispersent dans cet environnement dangereux. Quant à Wolverine, il est blessé par Dog  Logan, son demi-frère !


Dog Logan se remémore son enfance difficile auprès d'un père alcoolique, violent et coureur de jupons. Quand il découvre que James Howlett est son demi-frère et un mutant, la jalousie le ronge et il va passer des dizaines d'années à le traquer sans succès. Aujourd'hui, il compte bien lui prouver qu'il est le meilleur des deux fils Logan en devenant le nouveau mentor de ses élèves.


Mais les choses ne vont pas tourner comme il l'entend car les élèves n'apprécient pas son enseignement brutal et le traitement qu'il a infligé à Wolverine. Détenteur de diamants temporels, Dog finit par s'éclipser en se téléportant. Gloh Herman a également fui pour accepter d'intégrer l'académie des Damnés où Sauron lui a assuré qu'il a sa place.


A son retour de Terre Sauvage, Wolverine prononce un discours devant les profs et les élèves pour exprimer sa fierté de diriger l'école qu'il entend sanctuariser. 25 ans dans le futur, Wolverine, désormais un vieillard entouré par ses Bamfs, retrouve dans le parc de l'école un coffre qu'il avait enterré avec les élèves et il demande à Eye Boy d'envoyer un message dans le passé pour prévenir les profs de catastrophes à venir. Mais n'est-ce pas déjà trop tard alors que Oya décide à son tour de rejoindre l'académie des Damnés ?

Comme je l'avais suggéré, le tome 2 de la série me paraissait être la fin de l'Acte I de Wolverine and the X-Men. Cette impression se confirme avec le 19ème épisode qui ouvre ce tome 3 dans lequel on voit d'une part Kitty Pryde chercher qui remplacera Husk, et d'autre part Wolverine et Rachel Summers traquer celui qui a tenté de tuer Broo.

Jason Aaron s'amuse et en même temps exploite une situation mise en place à la toute fin du 18ème épisode, dans le tome précédent. Le défilé des candidats nous vaut de savoureux moments avec des postulants très improbables, comme Blade ou Deadpool, le Loup-Garou de la Nuit ou Firestar (on devine que Aaron a commencé à penser à elle pour Amazing X-Men, la série qu'il a lancée après Wolverine and the X-Men) et bien d'autres. L'enquête de Wolverine et Rachel aboutit à un cul-de-sac mais le lecteur ne peut s'empêcher d'éprouver de la peine pour le pauvre Broo, personnage attachant, naïf et symbolique de la démarche du scénariste.

On a ensuite droit à un épisode dispensable : dessiné moyennement par Steven Sanders, il sert surtout à introduire une nouvelle élève, Shark Girl, qui va prendre de l'importance par la suite, et à évoquer la condition de Angel depuis les transformations qu'il a subies dans Uncanny X-Force de Rick Remender (à commencer par le fait que son pouvoir le consume, même si Aaron n'exploitera plus le sujet ensuite : c'est là la limite d'un univers partagé où un auteur n'a pas forcément envie de développer les idées d'un confrère).

Puis on enchaîne avec un arc de trois épisodes, entièrement dessiné par Nick Bradshaw. L'artiste fait feu de tout bois et on ne peut qu'admirer sa productivité en admirant ses planches incroyablement fournies, détaillées. Il faut s'arrêter sur les cases remplies à ras-bord et se rendre compte qu'il a dessiné tout ça en un mois à chaque fois ! Stupéfiant !

L'intrigue évoque un classique de l'ère Claremont/Byrne, Uncanny X-Men #111, où Mesmero avait fait de l'équipe des monstres de foire. Ici, Aaron utilise un duo composé par le monstre de Frankenstein et une sorcière pour justifier la situation. Et c'est donc à un groupe d'élèves de l'école Jean Grey qu'échoit la délicate mission de sauver leurs profs. En parallèle, on apprend qu'un des membres du nouveau club des damnés est un descendant du Dr. Frankenstein.

Même si le dénouement de cet arc est un peu abrupt, avec la fuite du monstre et de la sorcière (qu'on ne reverra plus ensuite), le divertissement est efficace. Aaron qui fait de Wolverine un clown est en soi un gag très drôle tandis que Quentin Quire fait à la fois preuve d'un esprit d'initiative qu'on ne soupçonnait pas sans se départir de son goût pour le sarcasme (quand il voit avec jubilation à quoi est réduit Wolverine).

Aaron aime bien laisser ses héros et le lecteur respirer entre deux aventures et donc l'épisode 24 offre un répit aux mutants, très joliment mis en images par l'excellent David Lopez. C'est l'occasion notamment pour Kitty Pryde et Bobby Drake de se poser pour parler de leur relation ou pour Tornade, qui a intégré le corps professoral, de se donner à Wolverine. Hélas ! le scénariste manque, comme beaucoup d'auteurs actuels, de souplesse : ces parenthèses n'occupent qu'un épisode comme des entractes et il ne revient pas dessus ensuite, trop accaparé par l'écriture d'arcs narratifs où l'action domine.

Ce côté soap opera est, à mes yeux, ce qui manque le plus aux X-Men depuis longtemps. Claremont était maître en la matière, ce qui ne l'empêchait pas de développer des histoires spectaculaires. Mais il ne négligeait jamais les relations, souvent sentimentales, entre ses héros. Aujourd'hui, on a le sentiment que les scénaristes ne savent pas/plus comment faire : c'est soit l'histoire, soit les personnages, mais ils échouent à écrire les deux en même temps. Et c'est pour cela que Wolverine and the X-Men, comme d'autres titres, est frustrant : Aaron suggère des éléments mais il les laisse ensuite en plan, comme si ça ne devait pas occulter le reste, ce qu'il a planifié. Dommage.

Toutefois, il convient de rester mesuré et d'apprécier l'excellence de ce qui suit avec un des meilleurs arcs (si ce n'est le meilleur) de la série. la séance de training en Terre Sauvage permet au lecteur de savourer une histoire sur deux niveaux. D'un côté, on suit un groupe d'élèves totalement incapables de travailler en équipe malgré un danger permanent, et de l'autre, on assiste aux retrouvailles musclées entre Wolverine et son demi-frère, Dog Logan.

Jason Aaron se montre très inspiré dans les deux lignes narratives. Il montre bien comment par un enchaînement de circonstances, des fortes têtes comme Quentin Quire convainc ses camarades de faire corps contre quelqu'un qui ne pense pas à leur bien, comme il le prétend, mais veut surtout prouver à son adversaire ses mérites. Le portrait, en creux, qu'il dresse de Wolverine le rend plus touchant que jamais car il révèle ses origines de manière succincte et poignante, mais aussi parce que, de façon forte, il devient le prof qu'il a, sans trop y croire, entrepris d'être - et cela ne passe pas par sortir les griffes dès qu'un obstacle se dresse entre lui et ses protégés.

C'est tellement juste que l'épisode 29, qui ferme l'album, complète cet arc très élégamment. Logan faisant un speech devant ses amis et ses élèves, c'est un grand moment, mais quand, par la grâce d'un flashforward, le scénariste nous transporte 25 ans dans le futur et que Logan a l'opportunité de changer ce qui va se passer à notre époque, on a la confirmation que Wolverine n'est pas condamné à rester ce type bourru, brutal, mais bien l'héritier de Charles Xavier, prêt à tout pour "ses" enfants.

Ces cinq derniers épisodes sont en plus dessinés par Ramon K. Pérez et c'est splendide. Je pèse mes mots car vraiment, c'est exceptionnel. Pérez est un artiste formidable (tous ceux qui ont lu son Tale of Sand, d'après Jim Henson, le savent), avec une technique impeccable. Il produit des planches d'une beauté saisissante, avec un découpage virtuose. Mais quand en plus il passe en mode couleurs directes et emploie l'aquarelle pour les flashbacks, là, on passe dans une autre dimension qui donne à l'histoire une valeur esthétique ajoutée.

Le programme reste copieux donc et très abouti, même si quelques bémols peuvent être émis. Wolverine and the X-Men est toutefois proche de la fin mais ce sera pour une prochaine entrée. 

Stay tuned !

mercredi 18 octobre 2023

WOLVERINE AND THE X-MEN, TOME 2 : AVENGERS VS. X-MEN, de Jason Aaron, Chris Bachalo, Nick Bradshaw, Jorge Molina et Mike Allred


Suite de cette rétrospective Wolverine and the X-Men avec ce deuxième tome intitulé Avengers vs. X-Men. Vous l'avez donc deviné : la série est alors impactée par l'event en douze parties écrit par Jason Aaron, Brian Michael Bendis, Matt Fraction, Ed Brubaker et Jonathan Hickman. Aaron joue le jeu à fond en consacrant les épisodes 9 à 18 de ce recueil aux retombées de cette saga sur l'école Jean Grey. 


Le Phénix se dirige sur la Terre après avoir détruit plusieurs planètes et enrichi ou ruiné les parieurs de la planète Sin. Captain America vient demander à Wolverine de l'aider à raisonner Cyclope et ses fidèles sur l'île d'Utopia où réside Hope Summers dont il est convaincu qu'elle est le prochain hôte de cette entité.


Wolverine veut réfléchir avant de s'engager dans un conflit contre ses semblables. Et justement Cyclope se présente devant l'école Jean Grey, en compagnie d'Emma Frost et Magik, pour tenter de le convaincre de le soutenir face aux Avengers. Rachel Summers, Iceberg et Angel décident, eux, de gagner Utopia.


Mais l'inévitable se produit et c'est la guerre. Wolverine persuade Hope de ne pas se sacrifier pour la cause de Cyclope et l'emmène en lieu sûr. Jusqu'à ce que leur route croise celle de tueurs envoyés par les Shi'ar.


Iron Man commet une grave erreur de calcul en voulant éloigner le Phénix et la puissance de l'entité cosmique se divise en cinq, choisissant Cyclope, Emma Frost, Magik, Colossus et Namor comme hôtes. Rachel Summers retrouve Wolverine et lui réclame Hope mais les Avengers ripostent. Hope file et Rachel la laisse faire.


Les Cinq Phénix surgissent dans le nouveau Club des Damnés et en découvrant qui ils sont, les expédient en prison. Le monde est refaçonné par les cinq mutants surpuissants. Mais Kade Kilgore, le Roi Noir du Club des Damnés, retournent ses co-détenus pour provoquer une mutinerie et s'évader avec ses complices. Ils décident de changer de tactique pour détruire l'école Jean Grey si le monde survit aux Cinq Phénix.


Deathlock interroge Wolverine sur les raisons qui l'ont conduit à recruter Doop pour l'école et si Logan reste évasif sur le sujet, il sait qu'il peut compter sur cette étrange créature pour que l'établissement soit bien protégé, surtout quand il n'est pas là pour y veiller lui-même comme en ce moment avec la crise due aux Cinq Phénix.
 

Cyclope devient le seul détenteur du pouvoir du Phénix et cette puissance le rend fou. Le professeur Charles Xavier se sacrifie pour tenter de le raisonner. Doutant d'une issue positive à cet affrontement, Kitty Pryde organise un bal pour les élèves pour leur changer les idées. Mais en coulisses, le Club des Damnés piègent Broo et Oya, celle qu'il aime...

C'est un programme copieux que propose ce deuxième tome de Wolverine and the X-Men avec pas mois de 10 épisodes. On peut légitimement trouver que c'est même un peu bourratif quand on constate que tous ces chapitres sont en fait attachés à l'event Avengers vs. X-Men (qui lui comptait déjà douze épisodes).

Néanmoins comme Jason Aaron faisait partie des cinq auteurs écrivant AvX, il a joué le jeu et pas qu'un peu, acceptant de soumettre son titre aux aléas de l'event. Bien entendu, il est préférable d'avoir lu AvX pour bien goûter à ce qui se passe alors dans les pages de Wolverine and the X-Men, même si tout est à peu près accessible.

Par exemple, dès l'épisode 9, la situation est clairement exposée : le Phénix revient sur Terre et trois camps se forment. Le premier concerne les X-Men d'Utopia sous les ordres de Cyclope et qui compte dans ses rangs la jeune Hope Summers, désignée comme le messie mutant, future hôte de la puissance du Phénix. Du moins en théorie.

Le deuxième camp est bien sûr celui de Wolverine et de l'école Jean Grey. Logan ne croit pas à cette histoire de messie mutant et quand bien même, il estime que Hope n'a pas à se sacrifier pour le devenir. Pour lui, il s'agit d'une sinistre répétition de la saga du Phénix Noir qui a coûté la vie à Jean Grey.

Enfin, le troisième camp est celui des Avengers qui considère aussi le Phénix comme une menace trop grande pour parier sur une adolescente capable de le contenir. Pourtant, la suite va faire des Avengers les déclencheurs de la catastrophe quand Iron Man conçoit un dispositif censé écarter l'entité cosmique et qui aura pour résultat d'en disperser la puissance non pas dans un hôte mais dans cinq. Et pas plus que Jean Grey autrefois, ni Emma Frost, ni Colossus, ni Magik, ni Namor, ni Cyclope ne seront capables de maîtriser cette force quasi-divine.

Jason Aaron souligne surtout le dilemme qui étreint Wolverine et ses amis dans cette affaire. En se dressant contre Cyclope, ils affrontent leurs semblables. Mais en le suivant, ils risquent la vie de toute l'humanité sur un coup de dé. Dans ces conditions, il est normal que Wolverine voit quelques-uns de ses enseignants changer de camp et, logiquement, il s'agira de Iceberg et Angel, deux des fondateurs des X-Men (avec Cyclope, le Fauve et Marvel Girl), plus Rachel Summers, la fille de Cyclope venue d'une réalité parallèle.

A partir de là, Aaron choisit d'articuler ses épisodes en se concentrant sur un personnage durement impacté par les événements, comme Rachel qui doit reprendre son rôle de limier (au service de Cyclope pour traquer Hope), Warbird (la garde du corps de Kid Gladiator, dont on apprend le passé douloureux), Kitty Pryde (qui accepte de dîner avec un Colossus complètement corrompu par la puissance du Phénix et qui veut renouer sentimentalement avec elle), Kade Kilgore (le Roi Noir du nouveau Club des Damnés dont le caractère psychopathe est expliqué et les nouveaux plans mentionnés).

Le volume connaît un dénouement particulièrement dramatique. Bien entendu, on se souvient que Cyclope finit par tuer le professeur X avant que Hope ne disperse la force du Phénix. Entre temps, les professeurs ayant déserté reviennent à l'école en admettant leur erreur. Mais surtout les manoeuvres du Club des Damnés portent leurs premiers fruits et deux élèves en font les frais, dont l'un de façon tragique. (Je ne spoile pas au cas où certains d'entre vous n'auraient pas encore lu ces épisodes.)

Chris Bachalo signe les dessins des épisodes 9-10, 12 et 16 : hélas ! il quitte la série ensuite (pour continuer à animer les mutants dans Uncanny X-Men relancée par Brian Michael Bendis à l'issue de AvX). Toutefois, on ne peut rien lui reprocher : ses planches sont exceptionnelles et exigeantes compte tenu du nombre important de personnages à mettre en scène et de l'aspect spectaculaire de beaucoup de scènes.

Nick Bradshaw assure les dessins des épisodes 11 et 13 : c'est peu mais là encore l'artiste a fort à faire avec des pages bien fournies en figurants, en décors et en batailles d'envergure. Par la suite cepandant, il va devenir le dessinateur le plus productif de la série.

Jorge Molina a en charge les épisodes 14-15 et 18 : on sent encore des maladresses, un manque d'assurance et c'est sans doute pour cela qu'on lui a adjoint un encreur, Norman Lee, qui, hélas ! n'est vraiment pas très bon. Il n'y a donc pas grand-chose à voir avec ce qu'a produit par la suite cet artiste qui a récemment annoncé renoncer à produire des pages intérieurs pour se consacrer au dessin de couvertures et au character's design.

Enfin, pour l'épisode 17, centré sur Doop, quel bonheur que Mike Allred, co-créateur de l'étrange créature, ait accepté de collaborer avec Aaron. C'est fabuleusement drôle, loufoque, bizarre, une vraie bouffée d'air frais dans une collection de chapitres tendus.

On peut considérer qu'avec ces épisodes se clôt l'Acte I de la série. Mais la suite réserve encore des morceaux de choix et prouve que le projet de Jason Aaron et ses partenaires demeurent dix ans après un titre complètement à part.

lundi 16 octobre 2023

WOLVERINE AND THE X-MEN , TOME 1 : BEINVENUE CHEZ LES X-MEN !, de Jason Aaron, Chris Bachalo et Nick Bradshaw


Le hasard produit parfois de drôles de croisements : aujourd'hui, dans toutes les écoles de France, à 14 h., sera respectée une minute de silence en mémoire de Samuel Paty et Dominique Bernard, tous deux victimes de terroristes islamistes. Et de mon côté, sans l'avoir prémédité, je vais vous parler aussi d'enseignants avec Wolverine and the X-Men. L'occasion de revenir, en plusieurs articles, sur l'intégralité du run de Jason Aaron sur cette série qui a débuté sa parution il y a un peu plus de dix ans et qui reste son travail que je préfère. J'ai l'omnibus en vo mais je vais découper mes entrées au rythme des quatre albums parus dans la collection Marvel Deluxe chez Panini Comics. Le premier tome regroupe les épisodes 1 à 8 dessinés par Chris Bachalo et Nick Bradshaw.


- Welcome to the X-Men ! Now Die ! (#1-3) - Suite au schisme entre Cyclope, qui, sur l'île d'Utopia au large de San Francisco, veut apprendre aux mutants à être plus pro-actifs face aux menaces qui pèsent sur eux, et Wolverine, qui, lui, veut renouer avec le rêve de Charles Xavier, plus pacifiste, Logan ouvre l'école Jean Grey. Kitty Pryde est son bras-droit, et les professeurs sont le Fauve, Iceberg, Rachel Summers. Deux inspecteurs académiques arrivent pour vérifier que l'établissement est aux normes...


Mais, non loin de là, quatre adolescents comptent profiter de al situation pour ruiner le projet de Wolverine : ils forment le nouveau Club des Damnés et lancent une attaque massive sur le campus. Les X-Men sont débordés, d'autant qu'ils s'aperçoivent que le bâtiment a été construit sur une partie de l'île de Krakoa !


Cloîtré dans une pièce, Quentin Quire/Kid Oméga observe le chaos ambiant avec jubilation. Mais il se résout à agir en calmant Krakoa tandis que les X-Men en profitent pour vaincre leurs adversaires. Wolverine engage Matt Murdock pour poursuivre en justice le Club des Damnés...


- Mutatis Mutandis (#4-7) - Le conseil d'administration des entreprises Worthington démet de sa fonction de président Warren/Angel. Wolverine ne peut plus compter sur la fortune de ce dernier pour financer l'école et file avec Quentin Quire sur la planète Sin se refaire au casino.


Peu après leur départ, Kitty Pryde révèle à Rachel Summers qu'elle est enceinte. Le Fauve l'examine et découvre qu'elle porte plusieurs bébés Broods. Celui qui a provoqué cela est un zoologiste extraterrestre, Xanto Starblood, qui veut éliminer tous les Broods.


Cependant sur la planète Sin, la fortune de Wolverine et Quentin Quire finit par tourner et ils doivent filer en vitesse...


- A little impossible (#8) - Le Club des Damnés décide de frapper l'école Jean Grey en plein coeur et engage Dents-de-Sabre pour tuer Abigail Brand, la chef du S.W.O.R.D., maîtresse du Fauve. Angel entraîne Quire, Kid Gladiator, Broo, Genesis et Oya sur la planète Sin pour régler leurs comptes aux propriétaires du casino qui ont blessé Wolverine... 

Dans la postface de l'omnibus, Jason Aaron explique succinctement son intention lorsqu'il a commencé à écrire Wolverine and the X-Men : il voulait en faire une série "fun", considérant que cela n'était pas un gros mot. On devine qu'il voulait surtout rompre avec la tonalité dramatique qui a souvent animé la franchise X tout en revenant aux fondamentaux. Aussi commença-t-il par établir deux points essentiels à son plan : l'action se déroulerait dans une école et son principal serait Wolverine.

Qu'un héros comme Logan devienne à son tour enseignant et responsable d'un établissement scolaire avait tout d'un gag incongru. Pourtant Aaron avait préparé le terrain juste avant avec le mini-event Schism où il actait la rupture entre le griffu canadien et Cyclope. Le leader historique des mutants, fils spirituel de Charles Xavier, avait établi ses fidèles sur l'île d'Utopia au large de San Francisco et, las de subir la persécution des humains, souhaitait former les plus jeunes comme une véritable armée.

Je me rappelle d'un article paru dans "Comic Box" où Xavier Fournier définissait Cyclope et Wolverine : le premier était un homme de l'intérieur, il avait été recueilli par Xavier, était devenu son premier élève et avait grandi entre les quatre murs de son école, tandis que le second était un élément venu de l'extérieur de l'école, ancien membre des services secrets canadiens, cobaye du projet Arme X, destiné à diriger l'Alpha Flight et récupéré par Xavier. Tout les opposait en fait dès le départ. Et cela a fini par éclater au moment de Schism.

Cyclope allait dériver de plus en plus en plus pour devenir une sorte de fanatique révolutionnaire (dans les pages de Uncanny X-Men de Brian Michael Bendis) tandis que Wolverine allait perpétuer l'utopie de Charles Xavier en apprenant à de jeunes mutants non pas à devenir des soldats mais à cohabiter avec l'humanité, même si celle-ci les craignait et les persécutait.

La première scène de Wolverine and the X-Men montre d'ailleurs Logan et Xavier déambulant sur le chantier de l'école Jean Grey, le premier demandant des conseils au second et l'invitant même à reprendre son rôle de professeur. Autour de Logan, on trouvera des X-Men correspondant à l'idéal du griffu et du mentor originel : Kitty Pryde, Bobby Drake, Hank McCoy, Rachel Summers (et plus tard dans la série Tornade). L'organigramme de l'école révèle aussi les présences de Sam et Paige Guthrie (Husk et Cannonball), Rémy LeBeau (Gambit), Anne-Marie (Malicia)... Tandis que Doop est le concierge et le Crapaud l'homme de ménage !

Logiquement, le premier arc met en scène l'inspection académique de l'école, qui va, évidemment, mal se passer. Les deux fonctionnaires observent les curiosités inquiétantes de l'endroit, les enseignements très spéciaux dispensés, avant qu'un tremblement de terre ne surviennent et qu'une série d'attaques ne se produisent. C'est le fait d'une bande d'adolescents fortunés et détestables qui ont formé un nouveau Club des Damnés pour ruiner l'entreprise de Logan et compagnie.

Pendant deux épisodes, on va assister à une bataille complètement délirante auxquels les X-Men ne se sont pas préparés. Même les deux inspecteurs sont changés en monstres et les prennent à parti. Et surtout le terrain sur lequel a été construit l'école est un morceau de Krakoa ! Après beaucoup de dégâts matériels, et quelques autres surprises savoureuses (comme le baiser fougueux donné à Kitty Pryde par Iceberg en plein combat), tout finira par s'arranger, y compris pour les deux fonctionnaires rendus à leur état normal.

Vous croyez que ça va se calmer ensuite ? Pas du tout ! Le deuxième arc explore toujours avec la même fantaisie exubérante des problèmes très concrets visant l'école et des menaces plus directes et conventionnelles contre ceux qui la peuplent. Par exemple : que faire quand celui sur lequel Logan comptait pour financer l'établissement est dépossédé de sa fortune par un conseil d'administration corrompu ? Hé bien, on part avec un élève télépathe de niveau oméga sur une planète entièrement dévolue au jeu de hasard pour décrocher le jackpot !

Mais pendant ce temps, la pauvre Kitty tombe enceinte.... D'une flopée de Broods ! Qui a fait ça et pourquoi ? Demandez à Xanto Starblood, un zoologiste fou, et Broo, un élève Brood, le seul de sa race à éprouver de la compassion ! Et pour ne rien arranger Kid Gladiator, le fils de Gladiator, régent de l'empire Shi'ar, inscrit dans l'école, décide de décimer les parasites dans le ventre de sa professeur...

Jason Aaron ne fait pas que s'amuser et nous avec : il convoque les grands classiques de l'histoire des X-Men. Après avoir créé un nouveau Club des Damnés, il revisite la saga des Broods sur un mode foutraque. Il est certain que le scénariste a grandi en lisant Chris Claremont... Et certainement Justice League International pour le ton comique à base dialogues ciselés et de situations tordantes (et tordues). Mais le fan ne s'ennuie pas et apprécie ce vent de fraîcheur.

Le dernier épisode oppose le Fauve au terrible Dents-de-sabre, engagé par le Club des Damnés, pendant que Angel et quelques élèves mènent une expédition punitive dans l'espace. Aaron compose avec ce que Rick Remender a fait subir à Warren Worthington III dans Uncanny X-Force : désormais amnésique et développant de nouveaux pouvoirs, il se prend littéralement pour un ange et cherche à le prouver aux autres comme à lui-même, tout en assistant aux cours comme élève. Et le doute est savamment entretenu sur la condition réelle du mutant. Quant à la cible de Dents-de-sabre, il s'agit d'Abigail Brand, chef du S.W.O.R.D., créée par Joss Whedon et John Cassaday dans Astonishing X-Men et avec laquelle Hank McCoy a développé une relation romantique. Tout est parfaitement imbriqué.

Pour ne rien gâcher, la série accueillera, tout au long de ses 42 épisodes et un Annual, une flopée d'excellents artistes, confirmés ou débutants. Ce premier tome permet à la fois d'apprécier l'expérience de Chris Bachalo, grand habitué des mutants, qui ouvre le bal avec une énergie folle sur les trois premiers numéros. C'est lui aussi qui designera les costumes des personnages, établira le look de l'école. Son trait qui n'hésite pas à s'engager dans une exagération stylistique prononcée convient parfaitement à l'ambiance décapante voulue par Aaron et anime un casting bigarré face à des dangers grotesques.

Puis Nick Bradshaw prend la relève sur les quatre épisodes suivants. L'influence d'Art Adams est manifeste : le degré de détails est affolant dans chaque plan et l'aspect des personnages devient plus juvénile. On peut passer de longues minutes à scruter chaque case pour y trouver des clins d'oeil. Pourtant, Bradshaw impressionne au-delà des références évidents et même s'il diffère radicalement de Bachalo, on trouve dans ses pages la même jubilation, la même exigence, le même amour pour ces personnages, leur environnement, leurs ennemis.

Ce premier tome est donc une tornade. Et la série va ouvrir une nouvelle ère pour les mutants, quand, un an plus tard, Bendis va débarquer et investir à sa manière ce qu'a posé Aaron. A bientôt pour évoquer la suite !