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mardi 31 octobre 2023

X-MEN : BATTLE OF THE ATOM, de Jason Aaron, Brian Michael Bendis, Brian Wood, Frank Cho, Stuart Immonen, David Lopez, Chris Bachalo, Esad Ribic, Guiseppe Camuncoli


X-Men : Battle of the Atom est un crossover impliquant quatre séries mutantes. L'histoire est encadrée par un prologue, dessiné par Frank Cho (et Stuart Immonen sur les dernières pages), et un épilogue, dessiné par Esad Ribic (avec l'aide de Guiseppe Camuncoli et Stuart Immonen). Le scénario est co-écrit par Jason Aaron, Brian Michael Bendis et Brian Wood. Les autres artistes sont David Lopez et Chris Bachalo.

N.B. : Pour simplifier le résumé, j'ai décidé d'utiliser l'abréviation O5 (Original 5 : Young Cyclops, Marvel Girl, Young Iceberg, Young Angel, Young Beast) pour désigner les cinq premiers X-Men déplacés du passé au présent par le Fauve (dans sa version moderne).


Cerebro, à l'école Jean Grey, a détecté l'émergence d'un nouveau mutant et Kitty décide d'intervenir en emmenant les O5. Mais une fois sur place, après avoir raisonné la mutante, ils sont attaqués par des Sentinelles. Heureusement l'équipe des Uncanny X-Men intervient. Mais Young Cyclops est gravement blessé et Cyclope adulte disparaît alors comme s'il cessait d'exister. Triage guérit Young Cyclops et Cyclope adulte réapparaît. Cet incident convainc Kitty qu'il est temps que les O5 retournent dans le passé. C'est alors que surgissent des X-Men du futur menés par le fils de Charles Xavier.


Les X-Men du futur veulent également que les O5 repartent. Mais Marvel Girl et Young Cyclops flairent une embrouille et prennent la fuite pour trouver refuge et demander de l'aide auprès des Uncanny X-Men. Magik se téléporte sans dire où elle se rend.
 

Les X-Men du futur et l'équipe de Wolverine remontent la trace des deux fugitifs et tentent de les soustraire aux Uncanny X-Men. Une bagarre éclate et s'achève avec la défaite de l'équipe de Cyclope. Magik, elle, surgit à l'école Jean Grey et embarque Young Iceberg et Young Beast.



Magik transporte Young Iceberg et Young Beast dans le futur d'où viennent les X-Men menés par le fils du Pr. Xavier. Ils apprennent que ce groupe est en fait la dernière émanation de la Confrérie des Mauvais Mutants qui désirent renvoyer chez eux les O5 pour éviter un drame dans le futur.


La Confrérie et l'équipe de Wolverine rentrent à l'école Jean Grey pour renvoyer Young Cyclops et Marvel Girl dans le passé, mais Jubilé leur apprend que Magik a disparu avec Young Iceberg et Young Beast. La Confrérie neutralisent alors l'équipe de Wolverine à l'exception de Psylocke qui prend la fuite.


Revenus auprès des Uncanny X-Men avec Young Iceberg, Young Beast et les vrais X-Men du futur, Magik résume la situation et il est décidé de neutraliser la Confrérie. L'attaque qui est menée oblige la Confrérie à battre en retraite en prenant les O5 en otage. Ils filent direction de Cape Citadel mais leur fuite attire l'attention du SHIELD.


Les Uncanny X-Men, la bande à Wolverine et les X-Men du futur suivent la Confrérie et une nouvelle bataille éclate pour libérer les O5. Depuis l'héliporteur du SHIELD, Maria Hill observe la situation dégénérer et décide de prendre des mesures radicales.


La directrice du SHIELD lâche des Sentinelles en espérant faire cesser les hostilités. Mais la Confrérie, acculée, se déchaîne de plus belle. Xorn, sous le masque duquel se cachait la Jean Grey du futur, provoque une gigantesque explosion dans laquelle elle meurt mais détruit les Sentinelles. Une fois le calme revenu, la Confrérie a filé. Les Uncanny X-Men fuient pour ne pas être arrêtés. Mais de retour à l'école Jean Grey, Kitty Pryde exprime sa déception contre l'attitude de ses amis, qui n'ont pas su protéger les O5. Elle décide alors de rejoindre les Uncanny X-Men avec les O5 et Magik les téléporte.

X-Men : Battle of the Atom a dix ans (sa parution a débuté en Octobre 2013). Et dix ans après, je n'ai pas changé d'avis à son sujet : c'est un crossover pénible à lire et encore plus à résumer. Mais commençons par le commencement.

S'il est vrai que l'histoire a surtout impacté les deux séries pilotées par Brian Michael Bendis, avec le choix de Kitty Pryde et des O5 de changer de domicile, passant de l'école Jean Grey dirigée par Wolverine à l'école Charles Xavier refondée par Cyclope, l'idée de ce crossover vient pourtant de Jason Aaron.

Quelle était l'idée de Aaron ? Ce n'est que ma version, je peux donc me tromper, mais je pense que le scénariste de Wolverine and the X-Men n'appréciait pas le fait que les O5 soient dans l'école Jean Grey. Si j'avance cette hypothèse, c'est en m'appuyant sur un fait simple : Aaron n'a jamais montré les O5 dans Wolverine and the X-Man, hormis une très courte scène dans l'épisode 24 quand Quentin Quire surprend la jeune Jean Grey un soir dans la cour de l'école alors que les professeurs sont sortis se détendre. 

C'est la seule et unique fois où il mentionne leurs présences dans les murs de l'établissement et par extension dans la série. Il ne fera pas non plus allusion au fait que Kitty Pryde, pourtant directrice de l'école et engagée dans une relation romantique avec Bobby Drake/Iceberg.

Il faut aussi rappeler une chose : l'écriture collégiale de l'event Avengers vs. X-Men a motivé les auteurs à exprimer leurs difficultés à se partager ce travail. Il est clair qu'à l'époque certains occupaient une position dominante et que les autres devaient se contenter de suivre les plans des premiers (Ed Brubaker expliqua qu'il devait rédiger le script d'un épisode puis on lui en confia un autre à la dernière minute). Et, là encore, je pense que Brian Michael Bendis et Jason Aaron se sont disputés implicitement la place du chef d'orchestre (à l'époque ni Jonathan Hickman, ni Matt Fraction, ni Ed Brubaker ne pouvaient prétendre avoir autant d'influence).

Bref, quand Battle of the Atom a été programmé éditorialement, Marvel a compris qu'il fallait changer de méthode et revenir à une écriture plus traditionnelle. Autrement dit, Aaron et Bendis se mettraient d'accord sur les termes mais ensuite chacun écrirait les épisodes correspondant à ses séries. On imagine que Brian Wood dans tout ça n'a pas eu son mot à dire.

D'ailleurs, le premier problème à la lecture de Battle of the Atom provient de l'implication de la série X-Men écrite par Wood. Lancée quatre mois auparavant, elle était fondée sur une idée gadget au possible, c'est-à-dire une formation exclusivement féminine des X-Men, prolongement du précédent volume du titre déjà écrit par Wood (mais qui comportait des personnages différents comme Domino, Pixie et Colossus en plus de Tornade). Marvel semblait pourtant y croire assez fort puisque Olivier Coipel accompagna Wood sur le premier arc de la série avant d'être remplacé par David Lopez (qui malgré tout son talent n'avait pas la popularité de son confrère français).

Objectivement, vous enlevez les deux chapitres de X-Men à Battle of the Atom et vous ne perdez rien. L'action qui s'y déroule aurait très pu être intégrée dans les pages de All-New X-Men et Uncanny X-Men de Bendis sans problème.

Ensuite, il y a ce qui se joue dans les pages de Wolverine and the X-Men. Les épisodes concernés sont les n° 36 et 37, on est donc à la fin du run de Aaron (qui s'est achevé au n° 42), et pour souligner à quel point Aaron s'est fichu de cet crossover, c'est qu'en lisant l'omnibus de Wolverine and the X-Men (ou la vf en Marvel Deluxe), ces épisodes n'y figurent pas. Et ça passe crème.

En réalité, Battle of the Atom est une initiative comme Marvel en raffole mais qui désole bien des fans : il s'agit de raconter en beaucoup (trop) d'épisodes une histoire qui n'en exigeait pas tant mais qui permet à l'éditeur d'obliger les lecteurs à se procurer trois séries et dix épisodes au total. Pour le coup, ça revient vraiment à prendre les fans pour des vaches à lait.

Logiquement, donc, c'est Bendis qui profite le plus de l'issue de cette intrigue puisqu'il procède au déménagement des O5 et de Kitty Pryde. Mais le procédé est grossier car il donne le sentiment que les O5 sont des personnages qu'on trimballe de série en série, des sortes de mutants S.D.F.. Ils continueront leurs aventures dans leur titre dédié, All-New X-Men, mais demeureront singulièrement absents des pages de Uncanny X-Men comme ils l'étaient de celles de Wolverine and the X-Men. Tout ça pour ça en somme.

A part la Confrérie des Mauvais Mutants du futur, qu'on reverra ensuite, tout le reste ne laissera guère de traces, si ce n'est le fait que le SHIELD possède des Sentinelles prêtes à l'emploi, qui préoccuperont aussi bien Cyclope que Wolverine.

Visuellement, c'est aussi très inégal. Frank Cho dessine le prologue mais, comme souvent, il a pris du retard et c'est Stuart Immonen qui jouera les pompiers de secours en le terminant. Immonen est celui qui va produire les épisodes les plus aboutis du crossover : le canadien est dans une forme olympique et ne ménage pas sa peine en animant un casting très fourni, des scènes d'action en pagaille, dans des décors très soignés.

Chris Bachalo tire un peu plus la langue sur Uncanny X-Men mais en grand professionnel s'acquitte de sa tâche bravement (même si on devine que tout cela ne l'inspire pas beaucoup). En revanche, Guiseppe Camuncoli, appelé pour s'occuper des épisodes de Wolverine and the X-Men, livre une copie médiocre, avec des pages mal fichues, souvent bâclées, où on sent qu'il n'a pas eu assez de temps. Et que dire de Esad Ribic sur l'épilogue où il doit recevoir le renfort de Camuncoli et (encore !) Immonen (qui paraît vraiment fatigué).

Bref, c'est pas bon. Mais heureusement, Wolverine and the X-Men enchaînera brillamment. Et All-New X-Men et Uncanny X-Men rebondiront efficacement. X-Men retrouvera sa routine, sans jamais décoller.

mardi 23 janvier 2018

MOON KNIGHT, VOLUME 2 : DEAD WILL RISE, de Brian Wood et Greg Smallwood


Passer après Warren Ellis, voilà la tâche ingrate qui échut à Brian Wood quand il accepta d'écrire les six épisodes suivant ceux de son célèbre confrère. Pourtant, il s'en tire mieux que bien et ce volume 2, intitulé Dead Will Rise, dessiné par l'excellent Greg Smallwood, réussit à exploiter des éléments du premier tome tout en développant une intrigue au traitement original.


- Blackout. La veille de l'allocution aux Nations-Unies du général Aliman Lor, leader de l'Akima, pays africain où il est soupçonné d'avoir commis des crimes de guerre, un tueur à gages équipé d'une armure perfectionnée tente de l'assassiner au milieu du convoi qui le protège. Moon Knight l'en empêche mais son adversaire provoque alors une panne d'électricité géante pour se replier et remplir sa mission. Le justicier le poursuit et parvient à le maîtriser. En dérobant son téléphone portable, il entre en contact avec le commanditaire du tueur : la propre psychothérapeute de Marc Spector !


- Live. Une prise d'otages à lieu à la Freedom Tower, assiégée par la police et les médias. Malgré cela, Moon Knight, en liaison direct avec le détective Flint sur les lieux, s'introduit dans le building et localise les prisonniers tenus en respect par un forcené portant sur lui une bombe. La charge est, d'après lui, suffisante pour raser tout le quartier. Mais son manque de vigilance l'empêche de remarquer la présence du vigilant qui n'hésite pas pour le neutraliser à lui trancher la main dans laquelle il tenait le détonateur. L'intervention de Moon Knight filmée par les caméras de sécurité et diffusée ensuite à la télé provoque une vive polémique.


- Doctor. Marc Spector décide de confronter sa psychothérapeute pour savoir pourquoi elle a engagé un tueur chargé d'assassiner le général Aliman Lor (cf. #1 : Blackout). Elle accepte à condition de l'hypnotiser pour apprendre l'origine de son trouble de la personnalité. Les voici transportés au sommet de la pyramide Gizeh en Egypte où Spector fut sauvé par le dieu Khonshu qui en fit son agent. Puis ils assistent au massacre commis en Akima par les troupes du général Lor il y a vingt ans, quand la psy perdit sa famille. Evoquant d'autres purges (en Syrie, en Amérique du Sud, en Crimée, au Mexique), elle demande à Moon Knight de l'aider à se venger mais il refuse. Elle invoque alors Khonshu qui juge sa requête justifiée et entreprend de chercher un autre agent. Spector se réveille peu avant que la maison de sa psy explose.


- HQ. Gloria Roza est agent de sécurité au siège des Nations-Unies et elle est choisie par Khonshu pour devenir son nouveau bras armé, sans quoi elle n'a plus que 36 heures à vivre. Il la convainc patiemment de tuer Lor. Mais Spector, qui a survécu à l'explosion de la maison de sa psy l'en empêche in extremis lorsque le dirigeant africain arrive à l'O.N.U.. Il est arrêté par les forces de l'ordre, qui connaissent sa double identité, et le tabassent à l'abri des regards.


- Rendered. Détenu dans un lieu secret et médicamenté pour le mater, Marc Spector est à nouveau contacté par Khonshu à qui il essaie d'expliquer que sa psy le manipule alors que la divinité l'estime en droit de réclamer réparation par des moyens radicaux. Agressé par un autre prisonnier, Spector est conduit à l'infirmerie mais il assomme la nurse et s'échappe en subtilisant son passe-partout. Il découvre, sidéré, qu'il est en vérité à bord d'un avion. N'ayant pas d'autre choix, il saute dans le vide, sans parachute.


- Diaspora. Aliman Lor a été enlevé par des mercenaires payés par la psy et séquestré dans une chambre d'hôtel. Il la reconnaît comme étant Elisa, la fille du gouverneur Adrian Warsame qu'il a renversé en 1968, alors que l'Akima était une colonie danoise. Elle avoue alors son véritable mobile : mettre la main sur l'argent qu'il a dissimulé afin de prendre sa place à la tête du pays après l'avoir exécuté. Marc Spector, indemne grâce à l'intervention de Khonshu, a la confirmation de tout cela grâce à une journaliste qui vérifie le passé de la psy pour lui. Moon Knight la neutralise avant que le détective Flint, prévenu par la journaliste, ne vienne arrêter Elisa Warsame.

La construction de l'arc narratif de Brian Wood est plus sophistiquée qu'elle n'en a l'air puisque le scénariste enchaîne les chapitres lisibles comme autant d'aventure autonome tout en les reliant grâce au personnage pivot de la psychothérapeute Elisa Warsame. Elle était apparue brièvement dans le premier épisode de Warren Ellis et Declan Shalvey, comme une figure déjà équivoque, annonçant avec un curieux sourire à Marc Spector qu'il ne souffrait pas de désordre de la personnalité mais d'une invasion psychique par une entité étrangère - le dieu Khonshu.

Wood en fait l'élément-clé de son dispositif en révélant à la fin de l'épisode Blackout qu'elle a loué les services du tueur à gages que vient d'affronter Moon Knight (ou plutôt Mr. Knight, comme il se fait appeler lorsqu'il intervient habillé en costume trois-pièces blanc - et j'en profite aussi au passage pour corriger une erreur rédigée dans ma critique du précédent volume : ce look n'est pas l'oeuvre de Declan Shalvey mais de Michael Lark, lors de l'épisode 19 de Secret Avengers, déjà écrit par Ellis).

Dès lors va s'engager un duel entre Moon Knight/Marc Spector et sa thérapeute pour connaître la raison qui la pousse à vouloir supprimer le général Aliman Lor, un dictateur africain à la tête d'une nation fictive mais où il a pris le pouvoir par la force il y a plus de vingt ans. Les agendas du justicier et de la femme médecin sont confrontés de manière subtile car Moon Knight représente le dieu de la vengeance et devrait donc aider sa psy. Mais on sait aussi qu'il a décidé d'appliquer la justice en disposant de son libre arbitre, quitte à déplaire à Khonshu. Et cela va faire basculer le récit.

Exactement à mi-parcours, dans l'épisode 8, lors d'une séance d'hypnose où Elisa Warsame tente de rallier Marc Spector à sa cause, le jugement de ce dernier est éprouvé par les souvenirs d'enfance de son interlocutrice. Persistant malgré tout à ne pas tuer pour elle et pensant lui avoir prouvé qu'elle ne l'instrumentaliserait pas, il subit un revers inattendu (pour lui comme pour le lecteur) quand elle en appelle alors à Khonshu lui-même... Qui estime légitime une intervention contre Aliman Lor !

Spector n'est plus l'agent du dieu égyptien et on le suit durant les deux épisodes suivants en train d'empêcher une autre élue de la divinité de commettre l'assassinat du dirigeant politique puis être incarcéré dans une prison dont la nature aboutit là encore à une surprise spectaculaire, impossible à deviner avant la fin de l'épisode 11 (Rendered).

Brian Wood a opéré une bascule narrative formidable, imprévisible, et d'une efficacité redoutable, qui fait vibrer le lecteur pour le héros engagé dans un combat moral, physique mais aussi politique. On aurait pu craindre que cette dernière dimension n'alourdisse le propos maladroitement dans ce qui se veut d'abord une oeuvre de divertissement au format réduit à six chapitres, mais le scénariste introduit cela avec habileté. Citer ainsi le conflit syrien, les coups tordus sud-américains, le putsch en Crimée, la criminalité des cartels mexicains, et les dictatures africaines est audacieux et délicat, mais Wood l'accomplit remarquablement.

Graphiquement, Greg Smallwood n'est pas encore parvenu à la maturité qu'il affichera lors de son retour à la série quand elle sera écrite par Jeff Lemire en 2016-2017. Mais il affiche déjà des dispositions prometteuses et pose les bases visuelles qu'il peaufinera ensuite. La continuité esthétique est assurée par la présence de la coloriste Jordie Bellaire qui conserve à Moon Knight le traitement mis au point avec Declan Shalvey, avec son aspect immaculé quand il est en costume civil.

Smallwood n'emploie la tenue super-héroïque du personnage que dans un épisode, Live : c'est d'ailleurs un tour de force puisque toute l'histoire est vue par le biais de caméras de surveillance dans un gratte-ciel. Ce qui pourrait n'être qu'un procédé un peu artificiel s'avère au bout du compte étonnamment immersif et donne à voir Moon Knight dans sa formation militaire (comme il le fut en tant que Marc Spector), efficace, précis, méticuleux, mais aussi cruel, sanguinaire (il tranche la main du terroriste qu'il doit maîtriser pour qu'il n'active pas le détonateur de sa bombe).

Le découpage de Smallwood est encore sage par rapport à son run avec Lemire, où il s'amusera avec la forme des cases et leur disposition dans la planche entière puis l'enchaînement des pages et leur sens de lecture, mais il joue déjà avec le blanc même de la case, aussi virginal que le costume de Moon Knight, et la multiplication des vignettes de taille réduite pour monter l'action de manière hyper-ciblée (voir l'épisode Blackout pour découvrir comment, ainsi, l'artiste met en scène la panique liée à la panne d'électricité sans recourir à un plan d'ensemble avec une foule de figurants désordonnée). La valeur de chaque plan est un souci constant chez ce dessinateur qui le rapproche d'un autre maniaque dans ce domaine, David Aja (avec lequel il partage aussi, dans ce volume, une simplicité du trait, un encrage un peu gras - auxquels il donnera plus de réalisme et de texture par la suite).

Il était difficile de passer après Ellis et Shalvey, mais Wood et Smallwood ont fait feu de tout bois (jeu de mots facile, mais trop tentant...) et leur bref passage sur le titre est une authentique réussite. Après cela, mieux vaut s'abstenir de lire ce qu'ont commis Cullen Bunn et Ron Ackins et passer directement au relaunch magistral dirigé par Lemire et Smallwood (dont je vous ai déjà parlé il y a quelques mois).   

samedi 4 mai 2013

Critique 393 : THE MASSIVE, VOLUME 1 - BLACK PACIFIC, de Brian Wood, Kristian Donaldson et Garry Brown


The Massive, Volume 1 : Black Pacific rassemble les épisodes 1 à 6 de la série créée et écrite par Brian Wood, publiée par Dark Horse Comics en 2012-2013. Les dessins sont signés Kristian Donaldson (#1-3) et Garry Brown (#4-6). Le sommaire est complété par trois histoires de 8 pages chacune, extraites de la revue anthologique Dark Horse Presents (#8-10), également dessinées Donaldson.
 *




 Un bâteau à la poursuite d'un autre,
tous deux au service d'une même organisation,
dans un monde post-apocalyptique.

- Landfall (The Massive #1-3). Dessins de Kristian Donaldson. Le navire Kapital est à la recherche du vaisseau The Massive, appartenant comme lui à l'organisation environnementaliste Ninth Wave. Alors qu'il évolue dans les eaux sibériennes, l'équipage doit à la fois semer des pirates et récupérer une de ses membres partie faire diversion et ayant rompu tout contact.
On apprend, parallèlement, que la Terre a été victime d'une série de catastrophes naturelles inexpliquées ces dernières années (surnommée le "Crash"), qui a bouleversé l'équilibre écologique, l'économie mondiale, l'ordre géo-politique et les rapports internationaux. 

- Black Pacific (The Massive #4-6). Dessins de Garry Brown. Après une escale en Somalie pour s'approvisionner en fuel et nourriture, le Kapital se dirige ensuite vers l'Antarctique pour trouver de l'eau potable dans une base scientifique abandonnée. Puis, au large de la Micronésie, le navire croise un vaisseau transportant des containers et prend la décision de l'aborder, convaincu qu'il n'y a personne à bord.
On continue, parallèlement, à en savoir plus sur les membres éminents du Kapital comme son capitaine Callum Israel (un ancien mercenaire devenu militant écolo), sa compagne Mary Dob (rencontrée lors d'une mission sur une plateforme pétrolière), et son bras droit Mag Nangendra (ancien enfant soldat).
*
Brian Wood s'empare du thème éculé des survivants d'un monde dévasté après une grande et mystérieuse catastrophe planétaire, mais il le fait de manière singulièrement originale et puissante. 
En vérité, une question sous-tend tout son projet : comment continuer à vivre et agir, lorsqu'on est un activiste de l'environnement, quand le Terre a déjà été ravagée, qui plus est par une suite d'évènements inexpliqués ?
Cette question, c'est celle que pose Brian Wood à travers les membres d'un navire, le Kapital, qui parcourt les océans pour retrouver un autre bâteau, The Massive, appartenant à la même organisation que lui, Ninth Wave (inspirée par Greenpeace). Sa série s'intéresse plus spécialement à trois équipiers : le capitaine Callum Israel, sa compagne Mary Dob, et leur bras-droitMag Nagendra.
Comme toujours avec Wood, ses personnages sont très bien caractérisés et sortent de l'ordinaire grâce à des parcours personnels et des tempéraments à la fois réalistes et hors normes. 
Callum est un ancien militaire devenu mercenaire puis militant écologiste pacifiste : il a abandonné les armes, dégoûté par les théâtres de guerre puis après avoir assisté à une manifestation spectaculaire du "Crash" (une gigantesque vague ayant emporté une plateforme pétrolière où il avait été envoyé pour déloger des activistes, parmi lesquels se trouvait Mary). Avec ses cheveux longs et sa barbe, et cette "révélation" quasi-mystique, ce leader atypique pourrait évoquer une figure religieuse, mais Wood en fait plutôt un pragmatique romantique, dont chaque action est mesurée mais qui a trouvé l'amour et ne cesse de chercher la rédemption. Mary Dob est un personnage beaucoup plus nébuleux et on sent que le scénariste soigne ses zones d'ombre pour alimenter une partie de la série. Séduisante, déterminée, efficace, elle en impose naturellement, et en même temps elle semble dotée de caractéristiques quasi-surhumaines (comme en témoigne l'épisode 5, en Antarctique), ce qui donne à l'histoire un zeste de fantastique discret et accrocheur. Sa liaison avec Callum est  traitée également avec subtilité, sans effusion, mais l'on sent l'intensité de leurs sentiments.
Mag Nagendra est un ancien enfant soldat africain, il a gardé de son passé militaire un tempérament pro-actif. Ainsi, il est encore ce que Callum n'est plus, un homme d'armes, prêt à se défendre ou à attaquer, ce qui rompt avec la charte pacifiste de l'organisation Ninth Wave. Il incarne l'action, entre l'expérience assagie de Callum et la présence intrigante de Mary.
Quelque seconds rôles complètent ce casting - et nul doute, que dans les prochains épisodes, d'autres seront mis en avant ponctuellement - comme le responsable des communications (Lars), l'assistant de Mag (Georg) ou la partenaire de Mary (Ryan). On devine déjà, à la fin du 2ème arc, que cet équipage se cache des choses, ce qui constitue une réserve pour de futurs rebondissements.
La mission du Kapital est une référence directe à Moby Dick d'Herman Melville : the Massive, ce vaisseau disparu, est semblable à la baleine blanche traquée par le capitaine Achab, sauf qu'ici il ne s'agit pas d'une chasse mais d'une quête pour retrouver des compagnons, des amis, des camarades. Tout comme les causes du "Crash", la raison pour laquelle the Massive est introuvable est un autre ressort dramatique qui va nourrir la série, même si elle se lit avec intérêt au-delà de ça car Brian Wood joue avec maîtrise sur le suspense (quand Mary ne donne plus signe de vie alors que les pirates rôdent) et des ambiances contrastées dans des décors inquiétants (Mogadiscio et ses trafiquants ou les anciennes relations de Callum, la base polaire avec ses voleurs, le porteur de containers et ses snipers).
C'est une vraie et grande réussite car on est aussi captivé par la catastrophe environnementale que par les périples ponctuels des héros que par la vie à bord du Kapital et la recherche du Massive. Il y a vraiment de quoi faire avec tout ce que ces six épisodes (et les trois courts récits antérieurs) proposent.
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 Planches extraites du #3, dessinées par 
Kristian Donaldson.

Présentée d'abord dans la revue anthologique Dark Horse Presents, la série a débuté avec la dessinatrice Kristian Donaldson, avec qui Brian Wood avait déjà signée Supermarket. Elle signe ici les illustrations des trois premiers épisodes, format un arc complet.
Son trait est fin, précis, ses compositions sont élaborées, aérées, dynamiques. Elle dessine les personnages et les insère dans des décors générés et encrés par ordinateur, ce qui peut produire un résultat un peu froid, désincarné, mais qui est compensé par la colorisation virtuose de Dave Stewart - celui-ci n'hésite pas à traiter des scènes entières avec une seule gamme de couleurs (comme du jaune ou du bleu) pour souligner l'atmosphère, le climat ou encore l'époque.
Ce mix est très intéressant, mais il semble que l'artiste ait jeté l'éponge à cause de la charge de travail que nécessitait la documentation pour les bateaux et les décors très divers d'une telle série. C'est dommage (quoique compréhensible) car Donaldson a un talent particulier, notamment pour représenter les personnages et mettre en scène les scènes d'action.


Planches extraites du #4, dessinées par
Garry Brown.
 
Puis, à partir du deuxième arc (épisodes 4 à 6), c'est Garry Brown qui prend en charge la partie graphique. Son style diffère totalement de celui de Donaldson et évoque des artistes comme Tommy Lee Edwards ou, surtout, John Paul Leon. Le trait est plus gras, mais plus chaleureux, incarné, vivant.
De manière assez troublante, c'est avec Brown que la série décolle vraiment et gagne en vivacité, car Wood compose alors chaque épisode avec un décor différent et des actions plus variées : le dessinateur est toujours à l'aise, qu'il s'agisse de représenter Mogadiscio, l'Antarctique ou l'abordage du porte-container. Ses découpages sont entraînants, avec un usage de l'espace négatif (dans l'épisode polaire) remarquable (voir ci-dessous).


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Avec ce premier recueil, vous découvrirez une des meilleures séries indés récentes, au pitch original, à l'écriture brillante et aux dessins magnifiques. Ne passez pas à côté !

jeudi 7 mars 2013

Critique 381 : X-MEN - BLANK GENERATION, de Brian Wood, David Lopez et Roland Boschi


X-Men : Blank Generation rassemble les épisodes 30 à 35 du volume 3 de la série X-Men, écrits par Brian Wood et dessinés par David Lopez (#30-33) et Roland Boschi (#34-35), publiés en 2012 par Marvel Comics.
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 La composition de l'équipe :
Storm, Psylocke, Pixie, Colossus et Domino.


Qui sont ces "monstres" surgis de nulle part ?
Des "proto-mutants", dont l'existence même bouleverse
celle des X-Men...

Suite au schisme entre Wolverine et Cyclops, Storm a pris le parti de ce dernier en restant basée sur l'île d'Utopia (au large de San Francisco). Scott Summers a confié à son amie la direction d'une équipe de "sécurité", chargée de repérer d'éventuels problèmes liés aux mutants et de les résoudre rapidement et discrètement. 
Néanmoins, les prises de position de plus en plus radicales de Cyclops commencent à agacer Storm, qui entend utiliser son groupe de manière plus autonome. Et justement, elle va avoir l'occasion d'affirmer ce choix avec sa nouvelle mission, où elle est accompagnée par Psylocke (elle aussi perplexe vis-à-vis de Cyclops), Colossus (davantage enclin à suivre la voie tracée par Scott Summers), Domino (qui est plus irrésolue) et la jeune Pixie (que ces problèmes de leadership concernent moins).

Un savant terroriste, cherchant à reproduire le virus de la peste noire, découvre accidentellement des souches d'adn provenant d'une très ancienne race de mutants, peut-être les premiers mutants de l'histoire. Il les développe et des monstres commencent alors à surgir aux quatre coins du globe.
Storm et ses co-équipiers sont envoyés sur place et découvrent que ces créatures sont littéralement dégénérées, corrompues scientifiquement. Pour résoudre cette énigme et remonter jusqu'à celui qui a réveillé ces "proto-mutants", Storm choisit non pas de s'en remettre à l'expertise du Dr Nemesis sur Utopia mais à de jeunes scientifiques indépendants, ce qui provoque de premières tensions au sein du groupe (Colossus lui reproche ouvertement de défier l'autorité de Cyclops, elle lui répond qu'elle sert la cause mutante et pas leur actuel leader).
Les X-Men localisent, grâce à un des proto-mutants qu'a intercepté Psylocke, David Michael Gray, le savant terroriste. Mais celui-ci a déjà préparé sa sortie et délivré un échantillon au chef de la secte de la Voie Céleste, qui veut utiliser la souche mutante à des fins eugénistes.
L'équipe doit donc infiltrer le paquebot où sont réunis les adeptes de la secte et récupérer le dernier prélèvement, avant que le navire ne soit coulé par les autorités américaines au courant de que veut faire l'illuminé...
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L'arrivée de Brian Wood, surtout connu pour ses creator-owned (les séries DMZ, Northlanders, Demo...), est une bouffée d'air frais pour cette série estampillée "X" et qui a eu du mal à trouver sa place dans une franchise très fournie (où l'on trouve Uncanny X-Men, X-Men Legacy, New Mutants, Astonishing X-Men, Uncanny X-Force, Wolverine & the X-Men, X-Men, X-Factor, Wolverine...). Après les sagas de Victor Gishler, peuplées de vampires (opportun après les succès cinéma de Twilight) et des team-ups avec d'autres personnages, il était temps de redéfinir la ligne de ce titre.
Cela passe d'abord par un casting rafraîchissant, d'où sont exclus les mâles alpha comme Cyclops ou Wolverine (enfin une série sans le griffu !). Avec quatre femmes, le propos de Wood est cependant moins de différencier le genre des personnages que de mettre en scène des héroïnes mutantes dont les relations avec Scott Summers et Logan rebattent les cartes après le schisme mutant et avant Avengers vs x-Men. A cet égard, Storm est définie non plus comme la partisane de l'un ou l'autre mais comme celle qui veut ouvrir une troisième voie (ni isolationniste comme Cyclops, ni traditionaliste domme Wolverine), et ce choix engendre des tensions très intéressantes au sein de son unité d'intervention, en particulier entre Colossus (fidèle à Cyclops) et Psylocke (proche de Wolverine) mais aussi Domino (dont l'évolution au cours des deux histoires de ce tome sert à mesurer le fossé qui se creuse entre les membres). La dynamique du groupe est très efficace et suffirait presqu'à assurer la réussite de l'entreprise de Wood.
Mais le scénariste n'en reste pas là et, avec son intrigue articulée autour de la découverte d'une race primordiale de mutants, il donne une profondeur inattendue à l'ensemble. Il s'agit bien alors de savoir pourquoi il est important de sauver ce qui peut l'être et ce qui va être fait avec ce qui sera sauvé. Ce qui réunit fondamentalement ces X-Men, c'est la conviction que les humains ne doivent pas disposer d'éléments aussi précieux sur les origines de la race mutante. Mais ce qui les distingue, c'est ce que les mutants modernes feraient de tels documents, et qui pourraient ne pas être plus noble que ce que les humains en feraient.
Pour Colossus, la question ne se pose pas en ces termes : il agit en bon soldat, aux ordres de Cyclops. Pour Storm (et Psylocke), l'enjeu dépasse les personnes, elle concerne la cause mutante. Est-il finalement bon d'exploiter ce qui reste des ancêtres des mutants ? Cela ne risque-t-il pas de creuser encore leurs relations avec les humains ? Mine de rien, Wood inscrit ces deux arcs, brefs, concis, denses, comme des pièces importantes pour ce que la saga Avengers vs X-Men va déterminer (la radicalisation politique de Cyclops, l'ivresse du pouvoir, le choc inévitable avec les héros - les Vengeurs - , la scission encore plus profonde entre les mutants).
La première histoire (Blank Generation, traduite en vf par "Génération Brute", mais qu'il aurait plus juste de renommer simplement "Première Génération") est admirablement menée : les personnages sont bien campées, leurs rapports bien cernés, l'apparition des "proto-mutants" spectaculaire, le dénouement habile. En quatre épisodes, Wood pose chaque élément narratif avec simplicité et intelligence, rien n'est tout blanc ou noir, il y a du rythme, de l'action et des séquences dialoguées intenses.
La seconde partie (Subterraneans) est un petit bijou de suspense, avec une course contre la montre, plus classique, et donnant le beau rôle au duo Psylocke-Domino, qui prolonge efficacement ce qui a précédé et offre une fin sur la forme mais pas dans le fond - il reste encore deux épisodes à Wood avant la fin de son run, où il est clair que le différend entre Storm et Colossus (et par ricochet avec Cyclops) va éclater.

Le troisième volume de X-Men s'achève au #40 (avec Seth Peck au scénario)... Avant un relaunch au mois de Mai, avec à nouveau Brian Wood (et Olivier Coipel au dessin, pour un casting 100% féminin !). 
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L'autre question posée par l'apparition 
de ces "proto-mutants" est : qui est responsable
de leur retour ?

Le tandem David et Alvaro Lopez (Fallen Angel, Catwoman, Hawkeye and Mockingbird, New Mutants) se chargent des dessins des épisodes 30 à 33. Les deux espagnols oeuvrent avec des personnages féminins qu'ils excellent à représenter, mais aussi avec un découpage très dynamique. Leur complicité avec Brian Wood est évidente (et le scénariste a d'ailleurs déclaré qu'il souhaiterait retravailler avec eux dans le futur).
Puis c'est le français Roland Boschi qui signe les épisodes 34 et 35. Là, le résultat est beaucoup plus faible, à tel point qu'on a même du mal à reconnaître le style de cet artiste. Boschi n'a certes jamais été un dessinateur très élégant, son trait n'est pas joli, mais il compensait par un vrai savoir-faire pour le cadrage. Ici, rien de tel, ce qui donne la désagréable sensation d'un travail de commande bâclé, et qui gâche la fête après les belles pages des Lopez. Dommage (mais les ibères reviennent pour la suite).
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Six épisodes très plaisants, qui sont de très bon augure pour le volume 4, avec un auteur qui a visiblement des plans intéressants pour Storm et Psylocke, en marge des locomotives mutantes du relaunch "Marvel Now !". 2013 s'annonce passionnant pour les amateurs de mutants, qui n'auront pas été aussi gâtés depuis longtemps.

X-Men : Human Being rassemble les épisodes 36 et 37 du volume 3 de la série X-Men, écrits par Brian Wood et dessinés par David Lopez, publiés en Novembre et Décembre 2012 par Marvel Comics.
Ces deux épisodes, formant un arc complet, concluent le run du scénariste sur ce volume de la série.
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Avec la complicité de la mutante israélienne Sabra, l'équipe de X-Men menée par Storm met la main sur Gabriel Sheperd, le dernier des proto-mutants en liberté. Les pouvoirs de cet homme multi-centenaire sont notamment mentaux et il manipule les héros alors qu'ils l'interrogeaient puis leur échappe. Pixie parvient à le rattraper et, tandis que la tension entre Colossus et Storm monte après l'échec de la mission, Sheperd fait entendre son point de vue à la jeune mutante...
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Le départ de Brian Wood après seulement huit épisodes de la série X-Men a fait jaser, bien que l'auteur ait expliqué qu'il ne s'était engagé que pour cette durée. La rumeur prétendait que lui et Marvel ne s'étaient pas accordés sur la direction de l'histoire. Aujourd'hui, alors que le titre va être relaunché dès le mois prochain, avec Olivier Coipel aux dessins, la vérité est tout autre : Wood préparait la refonte de l'équipe (qui sera entièrement féminine) et l'orientation des nouvelles intrigues (demeurée secrète - un exploit à l'heure où tout fuite des mois à l'avance).
Wood conclut donc son premier run avec cet arc en deux épisodes, qui développe l'histoire des proto-mutants sans vraiment lui donner une résolution claire (en vue de la reprendre plus tard ?). Quand on examine la totalité de ses huit épisodes, plus que l'intrigue en fait, ce sont les personnages - et leur relation de groupe - que le scénariste a redéfinis. Chacun a eu son moment et leurs rapports reflétaient l'impact des sagas comme Schism (de Jason Aaron - la scission entre Cyclops et Wolverine) puis Avengers vs X-Men (par Bendis, Fraction, Aaron, Hickman et Brubaker - le retour du Phénix et la corruption criminelle de Cyclops).
L'opposition entre Storm et Colossus éclate dans ces deux derniers épisodes, les anciens partenaires en venant carrément à l'affrontement physique. En contrepartie, les liens entre Storm et Psylocke se soudent. Domino  se distingue comme l'électron libre de l'équipe. Reste Pixie.
La benjamine du groupe est au coeur de cette histoire : face à Gabriel Sheperd, le dernier des proto-mutants qui ne désire que vivre tranquille, surtout après avoir découvert que ses semblables sont morts récemment, la jeunesse de Pixie est mise à l'épreuve. D'abord naïve, puis interrogative, elle va comprendre que la "mutanité" est plus que jamais au bord de l'implosion et regrettera presque de ne pas avoir pu suivre Sheperd, qui lui apparaît alors à la fois comme un ancêtre et un guide. Lorsqu'il lui demande de veiller à ce plus personne n'utilise son peuple à des fins immorales, cela peut être interprété à la fois comme une adresse aux individus comme David Michael Gray (qui avait redécouvert et réveillé les proto-mutants) mais aussi aux mutants eux-mêmes, tentés par une action plus radicale (comme Cyclops donc, dans la saga AvX).
D'un personnage plutôt nunuche (créé pour remplacer Nightcrawler, dont elle a les pouvoirs mais pas le charme), Wood fait soudain de Pixie une jeune fille touchante, dont le désarroi préfigure celui de nombreux personnages dans l'event AvX. C'est brillant - et on espère que le scénariste sera aussi inspiré pour son relaunch.
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David et Alvaro Lopez reviennent épauler l'auteur pour la fin de son run et rendent une très belle copie. Le découpage est aéré, fluide, le trait élégant, les personnages expressifs, les décors simples mais suggestifs. Le tout est rehaussé par les magnifiques couleurs de Rachelle Rosenberg.
Wood a apprécié sa collaboration avec les espagnols et on espère qu'ils se retrouveront (peut-être pour dessiner, en alternance avec Coipel, les épisodes du relaunch - la série aurait fière allure avec des artistes pareils en rotation).
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Un peu frustrant, donc. Mais aussi, surtout même, très alléchant pour la suite.