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mercredi 28 octobre 2015

Critique 737 : THORGAL, TOMES 28 & 29 - KRISS DE VALNOR & LE SACRIFICE, de Jean Van Hamme et Grzegor Rosinski


THORGAL : KRISS DE VALNOR est le vingt-huitième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 2004 par les Editions du Lombard.
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Aaricia, bien que sous la bienveillante protection d'un prince romain, n'a pas renoncé à s'échapper avec ses enfants pour retrouver Thorgal. Reprise, elle est envoyée, avec sa progéniture, dans les mines d'argent.
Sur place, les conditions de travail sont inhumaines et rendues encore plus insupportables par la présence de Kriss de Valnor, qui a échoué ici après avoir dû quitter le repaire de Shaïgan-sans-merci, été capturée par une galère de l'empire, et s'être refusée au capitaine du navire.
Avec Aaricia et surtout Jolan, dont elle connaît les pouvoirs, Kriss s'évade et libère Louve, séparée de sa mère. Ensemble, le groupe ainsi formé fait route jusqu'à Ravinum, le dernier comptoir au Nord. C'est là que Jolan retrouve Thorgal, recueilli par un médecin après qu'il ait pu quitter l'île de Syrénia.
Il est temps de quitter la ville mais des hommes qui en veulent à Thorgal s'interposent. Kriss se sacrifiera pour permettre à ses compagnons de se sauver, confiant à Aaricia Aniel, le fils qu'elle a eu avec Thorgal quand il avait perdu la mémoire.
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THORGAL : LE SACRIFICE est le vingt-neuvième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et peint par Grzegor Rosinski, publié en 2006 par les Editions du Lombard.
Il s'agit du dernier épisode écrit par le créateur de la série, Jean Van Hamme.

Remontant jusqu'au Northland, Aaricia est désespérée : son mari agonise et un seigneur, à qui elle a demandé asile mais qui le lui a refusée et contre que Jolan a ridiculisé, veut se venger. La famille Aergisson ne devra son salut qu'à l'intervention de Vigrid (voir tome 14, Aaricia).
Le dieu d'Asgard rend provisoirement sa santé à Thorgal en lui remettant les larmes de Tjahzi, mais ce geste provoque la colère d'Odin qui envoie le fils des étoiles, et Jolan qui s'est accroché à son père, dans les cieux.
Le viking et son fils retrouvent la gardienne des clés qui leur explique qu'un seul homme peut aider Thorgal à se rétablir : il s'agit du fils d'une déesse et d'un mortel, Manthor, vivant dans l'Entremonde, à l'abri du père des dieux.
Manthor guérit Thorgal mais réclame en échange à Jolan qu'il devienne son disciple pour apprendre à maîtriser ses pouvoirs.
La famille Aergisson obtient du roi Gunnar de pouvoir se réinstaller au Northland, mais Jolan quitte les siens après un dernier échange avec son père, qui accepte son sacrifice.

Avec ces deux épisodes, Jean Van Hamme tire donc sa révérence à la série qu'il créa en 1977 : presque trente ans et autant d'albums plus tard, et malgré quelques chapitres moins bons, il s'acquitte de cet exercice avec style, tout en laissant la porte ouverte à la reprise de l'écriture des scénarios par Yves Sente (Rosinski demeurant l'artiste du titre).

D'une manière assez légitime, Van Hamme consacre le tome 28 à Kriss de Valnor, une de ses plus charismatiques créatures depuis son apparition dans le tome 9 (Les Archers). Il est évident que l'auteur a toujours conservé un faible pour cette superbe méchante dont la beauté physique et le tempérament machiavélique ont toujours été supérieurs à celui de Aaricia et de toutes les autres femmes de la série. Bien entendu, on pourra sourire de la retrouver une fois encore sur le chemin des Aergisson, alors qu'on l'avait quittée à la tête de pirates (dans le tome 22, Géants), mais une partie du charme de Kriss réside dans ce cliché dramatique.

Par ailleurs, si Van Hamme ne résiste pas à quelques facilités (un zeste de saphisme dans la scène des bains entre Kriss et Aaricia), il sait être réaliste (Kriss a eu un enfant de Thorgal, ce qui est logique vu le temps qu'ils ont passé ensemble quand il était, amnésique, sous sa coupe : difficile d'imaginer que pendant tout ce temps le fils des étoiles n'ait pas couché avec elle et donc qu'elle ne soit pas tombée enceinte). Enfin, le scénariste lui offre une belle sortie : même si, encore une fois, il s'agit d'un sacrifice (un motif récurrent dans la série), cela donne une certaine noblesse, qui rachète la cruauté affichée par Kriss en bien des occasions.

A la fin du tome 28, comme du précédent déjà, Thorgal est à l'article de la mort. Une nouvelle fois, Van Hamme recourt à une astuce narrative déjà vue à maintes reprises chez lui mais au suspense efficace : le fils des étoiles repart faire un tour dans une dimension parallèle, menacé par Odin. La gardienne des clés est au rendez-vous de cette aventure, mais c'est surtout la façon dont le scénariste se sert de Jolan dans l'intrigue qui va lui conférer une certaine émotion.

Admettons-le : on n'est pas aussi bouleversé qu'on aimerait dans cette histoire de sacrifice (encore, toujours), mais la transition qui s'opère, le passage de relais de Thorgal à son fils, tout cela est malin. Ainsi la série change subtilement de héros, le départ de Jolan faisant contrepoint au retour de sa famille au Northland. En vérité, la série est toute entière construite autour de ces notions d'exil, de retour, de succession, de famille (composée, séparée, recomposée, augmentée) : ces motifs lui donnent sa force et sa particularité en même temps, qu'au fil des épisodes, elle a fini par en révéler ses faiblesses (car utilisées trop répétitivement).

Si Kriss de Valnor est dessiné de manière classique par Rosinski, qui produit ses planches les plus abouties depuis longtemps (spécialement la séquence d'évasion en pleine nuit, où on retrouve son brio pour le clair-obscur, les jeux d'ombres et lumières), l'artiste polonais change complètement de technique pour Le Sacrifice en l'illustrant en couleurs directes.

On savait que Rosinski était un peintre de talent en admirant ses couvertures, mais sa prestation pour ces pages intérieures le confirme : le résultat est magnifique - et il a poursuivi cette expérience pour les épisodes suivants (et d'autres projets). La simplicité de son découpage sert à merveille ses peintures, avec une palette flamboyante (la représentation des décors extérieurs, avec une nature sauvage et différents climats traversés, est extraordinaire). Le seul élément perturbant qui en découle est que Thorgal, barbu, vieilli, ressemble étrangement à l'ex-rugbyman Sébastien Chabal...

Comme je l'ai dit précédemment, j'arrête avec cette entrée mes critiques de la série Thorgal : je voulais aller jusqu'au bout du run  de Van Hamme, mais après vingt-neuf épisodes, je ne peux cacher une certaine lassitude (et un manque d'envie de lire les albums écrits par Yves Sente). J'espère que je vous aurai motivés pour (re)découvrir ce titre qui, malgré un classicisme et des répétitions, est un divertissement de belle facture, réservant même dans sa première moitié des tomes émérites.   

mardi 27 octobre 2015

Critique 736 : THORGAL, TOMES 26 & 27 - LE ROYAUME SOUS LE SABLE & LE BARBARE, de Jean Van Hamme et Grzegor Rosinski


THORGAL : LE ROYAUME SOUS LE SABLE est le vingt-sixième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 2001 par les Editions du Lombard.
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Deux années se sont écoulées pour la famille Aergisson depuis son départ du Northland. Thorgal, sa femme et leurs enfants sont à présent sur les côtes africaines et Aaricia est lassée de cette fuite en avant interminable, elle souhaite rentrer chez elle, ce qui est désormais possible, comme le rappelle Jolan à son père, depuis que Gunnar a annulé leur bannissement. Mais pour le père de famille subsiste un doute : il craint de ne jamais être accepté parmi les vikings.
Leur rencontre avec deux hommes venus du désert va précipiter les choses. Durant la nuit, leur embarcation brûle et les Aergisson n'ont d'autre choix que de suivre leurs visiteurs jusqu'à leur village.
Sargon, leur chef, dévoile rapidement sa mauvaise nature et révèle à Thorgal le secret de ses origines : comme lui, il est un rescapé du peuple des étoiles qui avait quitté la Terre il y a 120 siècles avant d'y revenir, dans leur royaume originel - l'Atlantide. Aujourd'hui, projetant de conjuguer sa science aux forces vikings, Sargon veut dominer le monde.
Thorgal n'entend évidemment pas aider cette entreprise mais devra avant cela libérer sa femme et ses enfants mais aussi des opposants à Sargon - Tiago, Ileniya sa soeur et leur ami Chrysios - dans un labyrinthe.
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THORGAL : LE BARBARE est le vingt-septième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 2002 par les Editions du Lombard.
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Thorgal, sa femme et leurs enfants, Ileniya et Tiago ont été capturés par le marchand d'esclaves Jaffar, qui les revend à l'intendant du gouverneur du royaume romain d'Orient du Ponant.
Livrés au gouverneur et à son fils, le cruel Heraclius, Thorgal se fait vite remarquer par ses talents d'archer lors de jeux organisés pour la cour avec les esclaves. Mais Tiago se fait tuer par Heraclius quand celui-ci châtie Ileniya en l'humiliant.
Le gouverneur envoie Aaricia, Jolan et Louve chez l'empereur pour obliger Thorgal à participer avec Heraclius au tournoi qui se déroule tous les cinq ans sur l'île de Syrenia et dont le royaume vainqueur est exempté d'impôts pour un an.
L'issue de la compétition sera dramatique : Ileniya se suicidera après avoir vengé son frère et Thorgal sera laissé pour mort, empoisonné par Heraclius.

Il est toujours délicat, aussi bien pour des auteurs que pour des lecteurs, d'estimer quand une série, qui a su conserver pendant une durée conséquente, une qualité indéniable, commence à régresser, sans espoir de redressement. 

Jean Van Hamme a dû y réfléchir quand, après avoir mené de front plusieurs titres pendant une carrière bien fournie et couronnée de succès, il a décidé d'abandonner ses best sellers comme XIII (en 2007) et Thorgal (en 2006) - même s'il continue à écrire Largo Winch. Il n'a pas pour autant décidé que ses séries s'arrêteraient à son départ, passant le flambeau à Yves Sente dans les deux cas précités.

La volonté de boucler son époque sur ces titres est néanmoins manifeste, et, dans le cas de Thorgal, les quatre derniers tomes (26 à 29) en témoignent. Aurait-il été plus judicieux de tout cesser, et si oui, avant ? Pas évident quand les albums se vendent aussi bien déjà. Mais l'intérêt des histoires est devenu variable, c'est certain, au moins depuis une dizaine d'épisodes (soit depuis Louve), ce qui a suivi reposait sur des ressorts un peu forcés (l'amnésie de Thorgal, ses retrouvailles avec Aaricia en passant par les voyages temporels de Jolan et de Jaax le veilleur).

Mais on ne peut enlever à Van Hamme une vraie habileté pour livrer des intrigues efficaces, divertissantes, et la série est restée agréable à lire, sinon à suivre. Ce savoir-faire, on le retrouve dans ces tomes 26 (surtout) et 27, dans lesquels encore une fois les personnages sont entraînés dans des aventures exotiques, aux rebondissements multiples.

Le Royaume sous le sable est très réussi, au moins en ce qui concerne les révélations sur les origines du peuple des étoiles, que Van Hamme relie au mythe de l'Atlantide : cette "île d'Atlas", royaume appartenant à la protohistoire grecque et de l'Est de L'Europe, a inspiré nombre de récits depuis Platon jusqu'au Moyen-Âge, enrichis par l'ésotérisme. C'était donc un terrain de jeux opportun pour Thorgal qui se nourrit aussi de fantasy et d'Histoire. On peut regretter que le scénariste ait préféré une énième fois organiser une lutte entre l'ombrageux idéaliste qu'est Thorgal et Sargon, qui fut ami de son père (Varth), archétype vu et revu du mégalomane, et d'ailleurs le dénouement de l'épisode est expédié avec force clichés (sacrifice d'un personnage, addition de nouveaux personnages secondaires sans grand charisme). Le passé de Thorgal aura régulièrement été abordé et exploité (soit directement pour le héros, soit indirectement via les pouvoirs de Jolan et de Louve) mais jamais vraiment développé, comme si ce que cette piste narrative offrait intéressait moins Van Hamme que de revenir à l'aventure. Dommage.

Le Barbare met en scène les personnages à nouveau dans une situation très compromise : la régularité avec laquelle Thorgal (et ceux qui l'accompagnent) se trouve dans la panade est tout bonnement hallucinante, c'est un véritable aimant à emmerdements ! Quand il ne s'attire pas des ennuis à cause de ses principes, il croise avec un systématisme infernal de mauvais bougres qui semblent n'attendre que lui (et les siens) pour commettre les pires horreurs. Il y a comme une tentation permanente de Van Hamme à tuer son héros avant de se raviser, en le sauvant de manière aussi spectaculaire que de plus en plus capillotractée. Et, fatalement, il finit aussi par radoter comme le souligne la longue séquence du tournoi sur l'île de Syrénia avec un concours... D'archers (loin d'être aussi intense que celui du tome 9).

Rosinski assure le job, c'est indéniable, mais comme on ne peut que constater qu'il n'a plus la virtuosité de la grande époque de la série (quand son dessin s'inspirait de la gravure, avec un extraordinaire encrage, et une colorisation plus somptueuse que celle de Graza), la magie opère moins.

Lorsqu'il a l'occasion de mettre en images des éléments encore inhabituels, peu exploités, l'artiste polonais produit des planches très efficaces, et même un authentique morceau de bravoure (comme la double-page, pages 21-22, du tome 26, où on revoit tous les grands moments de la série), et il se dégage des passages concernant le peuple des étoiles, avec son décorum (vaisseaux spatiaux, ruines de l'Atlantide...), une authentique poésie.

Mais quand il doit retourner à l'illustration classique des aventures dans un énième royaume avec sa galerie de méchants et sa cascade de péripéties réglées comme du papier à musique (Van Hamme ayant expliqué qu'il laissait à ses artistes la liberté de redécouper ses scripts à condition qu'ils conservent les chutes de chaque page), un ennui certain étreint à la fois Rosinski et le lecteur - qui ont tous deux l'impression d'avoir déjà fait/vu/lu tout ça.

C'est à cause de ce sentiment d'usure, que je devine chez les auteurs mais aussi de mon côté, comme lecteur et critique, que j'ai donc décidé d'arrêter Thorgal après les deux prochains tomes, les derniers écrits par Van Hamme.

jeudi 22 octobre 2015

Critique 733 : THORGAL, TOMES 24 & 25 - ARACHNEA & LE MAL BLEU, de Jean Van Hamme et Grzegor Rosinski


THORGAL : ARACHNEA est le vingt-quatrième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 1999 par les Editions du Lombard.
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Alors qu'ils étaient mer, une tempête sépare Aaricia, Jolan, Darek et Lehla de Thorgal et Louve, les deux groupes étant dans des barques.
Le père et sa fille échouent sur les récifs d'une plage où ils découvrent le cadavre d'un jeune homme. Epuisés, ils s'endorment mais sont réveillés par une multitude d'araignées, à laquelle ils échappent en se réfugiant dans une grotte en hauteur. Mais Louve s'y aventure et Thorgal ne peut la récupérer.
Le viking gagne le sommet de la falaise où il croise bientôt un jeune vigneron qui le prend pour un démon mais accepte de le conduire jusqu'à sa ville, Arachnapolis. Là, Thorgal est livré au prêtre-roi Dracon qui ne tarde pas à le sacrifier à la déesse Arachnea en le jettant dans une fosse.
Pendant ce temps, Louve a rencontré une vieille femme qui lui raconte comment elle a aussi été envoyé dans ce royaume inférieur, parce que son père a refusé sa liaison avec un jeune paysan, Eliocle.
Thorgal lui trouve dans les profondeurs Maïka, fiancée du jeune homme dont le cadavre se trouvait sur la plage. Avec elle, il aboutit jusqu'au repaire d'Arachnea où Louve libère d'une urne funéraire l'esprit d'Eliocle, permettant ainsi sa réunion avec Serena, la fille de Dracon, mais aussi la fin de la malédiction sur le royaume de ce dernier.
Aaricia et les enfants abordent alors sur cette île où Thorgal et Louve les accueillent.
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THORGAL : LE MAL BLEU est le vingt-cinquième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 1999 par les Editions du Lombard.
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Thorgal, Aaricia et leurs enfants quittent le royaume de Notre Terre en laissant derrière eux Darek et sa soeur Lehla, à laquelle Jolan confie son chien Muff.
La famille aborde de nouveaux rivages quand elle découvre dans une barque le cadavre d'un homme. Jolan est mordu par un rat avant que des pirates nains ne surgissent et attaquent. Thorgal mène sa barque dans un passage où il croise bientôt le navire du prince Zarkaj qui les secoure et les conduit jusqu'à son palais.
Zarkaj s'éprend d'Aaricia qui le repousse avant qu'il ne découvre qu'elle est atteinte du mal bleu. Le prince envoie aussitôt tous ses invités dans le labyrinthe, une carrière où agonisent tous les indigènes malades. L'état de Jolan s'aggrave mais Thorgal ne s'y résigne pas et décide de partir chercher le mage Armenos dont lui a parlé un des bannis.
Durant son périple, le viking fait la connaissance de Zajkar, frère jumeau de Zarkaj, et ami des pirates nains, qui accepte de le conduire jusque chez Armenos. Mais ce dernier a été capturé par le prince.
Thorgal réussit avec son allié à le libérer et ramène un antidote au mal bleu. Les deux frères acceptent de régner ensemble tandis que Jolan, Aaricia et les bannis se rétablissent.

Sur ces deux nouveaux épisodes, l'un est aussi dispensable que l'autre est réussi, mais il faut admettre que l'essoufflement de la série est de plus en plus évident. Jean Van Hamme est un conteur efficace mais qui montre ses limites en recyclant des motifs sans aboutir à un résultat aussi puissant qu'auparavant.

Arachnea n'est pas seulement un récit faible, c'est une aventure médiocre, qui mélange des éléments fantastiques et épiques en échouant à les rendre intenses ou suffisamment amples. Le décor évoque la Grèce Antique, en particulier l'île de Crète, ce qui signifie que Thorgal et sa famille ont quand même fait un sacré chemin depuis leur exil du Northland, sans qu'on ait pourtant pu apprécier leurs escales intermédiaires : ce flou géographique, qui conférait un mystère envoûtant à la série, a fini par se retourner contre elle à mesure que son héros avec femme et enfants se sont éloignés de chez eux, après en avoir été bannis ou entraînés au gré de multiples péripéties. 

Mais, même sans pouvoir situer précisément l'histoire, cela pourrait rester agréable. Or, cette intrigue basée sur un culte dont l'origine évoque tout à la fois le destin de Pompéi et une énième malédiction totémique (en l'occurrence l'araignée, insecte répugnant à souhait) est une vraie bouillie, menée sur un rythme mollasson, avec des rebondissements téléphonés, une caractérisation bâclée. Encore une fois, Thorgal est séparé de sa femme et de son fils, et Louve n'est pas traitée avec autant de soin que son frère (bien que Van Hamme ait insisté auparavant sur le fait qu'elle soit également doté d'un pouvoir surprenant - communiquer avec animaux).

Tous les (mauvais) clichés de la série défilent dans cet album : rivage hostile, fanatisme religieux, complot, entrailles souterraines dangereuses, grottes menaçantes, méchant roi, princesse maudite, monstre... C'est probablement le pire des tomes depuis le début de la série.

Le Mal bleu n'est, convenons-en, pas d'une qualité extraordinaire non plus, mais il est tout de même bien mieux construit, à défaut d'être plus inspiré. Van Hamme opte pour une construction atypique - Jolan est le narrateur et une bonne partie de l'action s'inscrit dans un flash-back - et multiple encore une fois les obstacles comme autant de moyens pour souligner (comme si c'était encore nécessaire) la bravoure et la pugnacité de Thorgal. 

Le scénariste retrouve sa verve dans ce récit de pure aventure, dans un cadre exotique aux ambiances variées, peuplé de figures archétypales (le prince fourbe et peureux, son frère jumeau et sympathique, le mage qui est un providentiel deus ex machina), et on déplore qu'il n'ait pas préféré développer cette histoire sur deux tomes car cela aurait fluidifié quelques péripéties et évité un dénouement un peu expéditif. Mais au moins observe-t-on un retour aux basiques bienvenu.

Comme souvent en bande dessinée, quand les scripts sont inégaux, le dessin semble contaminé et la prestation de Rosinski est elle-même en deçà de ce à quoi il nous a souvent habitué. 

Pour le tome 24, ses planches sont banales, son découpage sans imagination : les effets (notamment dans les jeux d'ombres et de lumière) dans lesquels il excelle sont absents ou trop rares. On ne le sent pas très concerné, guère passionné par ce qu'il doit mettre en image.

En revanche, il renoue avec sa forme pour le tome 25 car il a davantage de "biscuit" : disposant de décors riches (le palais, le labyrinthe, la jungle, la montagne), il en donne des représentations spectaculaires. Mieux même : il ose des effets de découpage ingénieux et élégants (comme à la page 25), qui rappellent ses efforts antérieurs (voir le tome 6, La Chute de Brek Zarith, ou 9, Les Archers, avec des cascades de cases accompagnant le mouvement périlleux du héros).

Décevants, même si Le Mal bleu est convaincant, cette paire d'albums ne figurent pas dans le top de la série. Début du déclin ? Ou passage à vide provisoire ? 

mercredi 21 octobre 2015

Critique 732 : THORGAL, TOMES 22 & 23 - GEANTS & LA CAGE, de Jean Van Hamme et Grzegor Rosinski


THORGAL : GEANTS est le vingt-deuxième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 1996 par les Editions du Lombard.
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Les hommes de Kriss de Valnor et Shaîgan-sans-merci ont capturé le prince de Brek Zarith, Galathorn (voir tome 6, La Chute de Brek Zarith), qui reconnaît Thorgal quand il est face à lui.
Cette scène trouble Shaîgan qui s'entretient en privé avec son prisonnier, lequel lui rappelle sa véritable identité et son passé. Ils s'évadent ensemble alors qu'un orage éclate et que la foudre frappe Thorgal.
Ce dernier se réveille dans le jardin de Frigg en Asgard, qui lui offre de recouvrer la mémoire et sa vie en récupérant chez le roi des géants l'anneau Draupnir qui appartient à Odin.
Thorgal remplit cette mission et, comme promis, retrouve ses esprits - même si le souvenir de son séjour chez les dieux a été effacé. Il rejoint alors Galathorn avec le projet de se racheter auprès de sa femme et ses enfants.
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THORGAL : LA CAGE est le vingt-troisième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 1997 par les Editions du Lombard.
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Thorgal décline l'offre de Galathorn de rester à Brek Zarith et repousse les avances de la soeur de celui-ci, Syrane, pour pouvoir partir en direction de l'île où doivent encore vivre Aaricia, Jolan et Louve.
Une fois sur place, il est fait prisonnier par Darek, Lehla et Louve en attendant le retour d'Aaricia et Jolan qui sont allés proposer à Sardal-l'écorché d'attaquer la forteresse de Kriss de Valnor et Shaîgan-sans-merci pour la piller.
Mais Sardal se méfie et Aaricia et Jolan préfèrent s'enfuir. De retour sur l'île, la mère de famille refuse de libérer Thorgal de la cage dans laquelle il a été enfermé car elle n'est pas prête à lui pardonner tout ce qu'elle a enduré après qu'il l'ait abandonnée.
Mais quand Sardal et quelques-uns de ses sbires débarquent sur l'île, Thorgal va avoir l'occasion de se racheter.

Jean Van Hamme choisit de réunir Thorgal et Aaricia (et leurs enfants) : il aura réussi à les tenir éloignés l'un de l'autre depuis le tome 17 (La Gardienne des clés), ce qui représente une séparation conséquente, riches en rebondissements.

Mais comment le scénariste allait-il s'y prendre, à la fois pour rendre sa mémoire à son héros et rétablir son couple ? Tout cela ne se joue pas sans quelques ficelles un peu grosses et on mesure bien alors que la série a perdu de sa subtilité : la foudre qui tombe sur celui qui a été prénommé en hommage au dieu du tonnerre (Thor), un nouveau détour par le royaume des dieux, l'indulgence de Frigg (même si elle jure que c'est la dernière fois qu'elle protège le héros), tout cela est fort providentiel. Selon son humeur, on lira ces nouvelles péripéties et la résolution de cet arc narratif avec plus ou moins de clémence, même si le résultat reste divertissant et référencé (le rôle de Galathorn renvoie loin en arrière, au tome 6, et d'autres éléments citent les tomes 19 et 21).

Plus intéressantes sont les retrouvailles effectives de Thorgal et Aaricia, dans lesquelles les enfants prennent une part non négligeable. Van Hamme y aborde de thèmes plus profonds comme le pardon, les épreuves infligées au couple, la rédemption, le rachat, et il le fait avec sobriété, inscrivant son histoire dans un bon dosage d'action (superbe séquence de traque dans la forêt sous la pluie) et d'intimisme (le récit du calvaire d'Aaricia face à son mari dans la cage - la situation de ce dernier renvoie d'ailleurs à une scène du tome 22 où il est déjà dans une cage lorsqu'il est offert à la fille du roi des géants).

Au terme de cette aventure, on pourrait presque estimer que la série est terminée, mais Van Hamme renvoie ses personnages vers de nouveaux horizons, qui s'annoncent exotiques. Gageons que le voyage sera encore mouvementé, et peut-être source de nouveaux bouleversements (il paraît par exemple évident que Kriss de Valnor refera parler d'elle car elle n'a pas apprécié la façon dont Thorgal l'a quittée).

Rosinski livre de nouvelles pages superbes, même si je trouve que son niveau a parfois baissé : ses personnages n'ont plus cette noblesse d'autrefois, son trait est moins ouvragé (même s'il a de beaux restes quand il dessine des scènes nocturnes, où son art du clair-obscur est fabuleux). En revanche, ses décors sont toujours excellemment traités, il s'en sert pour poser des ambiances immédiatement intenses (comme dans la cale du navire de Sardal).

La colorisation a aussi évoluée, c'est Graza qui s'en occupe : née en Pologne comme Rosinski, Grazyna Foltyn-Kasprzak a suivi des cours de dessin et peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie. Elle est l'épouse de Kas (de son vrai nom Zbigniew Kasprzak, futur dessinateur de la série Hans). Sa palette est moins contrastée que celle de Rosinski mais la série conserve toutefois sa cohérence esthétique.

Ces deux nouveaux épisodes marquent une transition et rétablissent le statu quo de la série. Il faut à présent souhaiter que Van Hamme continue de développer sa création de manière inspirée alors qu'il approche de la fin de son run (au tome 29).

mercredi 14 octobre 2015

Critique 726 : THORGAL, TOMES 20 & 21 - LA MARQUE DES BANNIS & LA COURONNE D'OGOTAÏ, de Jean Van Hamme et Grzegor Rosinski


THORGAL : LA MARQUE DES BANNIS est le vingtième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 1995 par les Editions du Lombard.
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Voilà maintenant trois ans que Aaricia est sans nouvelles de Thorgal.
Aussi, lorsqu'un viking, Erik, blessé, rentre seul d'une expédition, l'émoi gagne tout le village quand il raconte être le seul survivant d'une attaque menée par Shaïgan-sans-merci et Kriss de Valnor. Mais c'est quand il jure que ce pirate n'est autre que Thorgal que les choses se gâtent pour Aaricia : elle est bannie, marquée au fer rouge au visage, et doit partir avec ses deux enfants.
Ensemble, ils traversent l'hiver rigoureux pour aller se réfugie sur l'île où ils vécurent autrefois (voir tome 8, Alinoë). Avant d'y arriver, Aaricia et Louve sont capturées par des sbires du byzantin, marchand d'esclaves en affaires avec Kriss de Valnor.
Jolan et Darek, fils d'un banni, s'allient et entreprennent de les sauver en libérant les détenus, mais Kriss embarque sa mère et sa soeur malgré tout.
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THORGAL : LA COURONNE D'OGOTAÏ est le vingt-et-unième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 1996 par les Editions du Lombard.
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Jolan, Darek et sa soeur Lehla gagnent l'île mais une terrible tempête provoque le naufrage de leur barque.
Unique survivant, Jolan rencontre celui qui l'a secouru, Jaax le veilleur, qui lui explique venir de 30 000 ans dans le futur. Il se déplace dans l'espace-temps grâce à un bâton électronique, le voyageur, afin de corriger des anomalies historiques sans que quiconque le remarque.
Son objectif est de récupérer la couronne d'Ogotaï dans trente ans afin que le prétendant au trône des Xinjins (voir tomes 10 à 13 du Cycle Qâ) ne règne en tyran.
Cette mission accomplie, Jolan s'empare du voyageur pour sauver Aaricia et Louve des griffes de Kriss de Valnor. Pour ce faire, il entre en contact avec lui-même adulte quinze ans plus tard. Jolan adulte empêche in extremis le meurtre de Thorgal/Shaîgan par ses propres lieutenants, puis évacue sa mère et sa soeur qu'il met à l'abri sur l'île. 
Les deux Jolan sont attendus par le Grand Veilleur, qui emmène l'adulte dans le futur, et renvoie l'enfant juste avant son naufrage. Mais, cette fois, il l'évite de justesse et peut, avec Darek et Lehla, retrouver Aaricia et Louve, qu'il avait laissées sur l'île.

Dans une série où le passage du temps est sensible mais rarement précisé, ces deux tomes sont importants pour les informations que consent enfin à donner Jean Van Hamme au lecteur. 

On apprend d'abord, au début du tome 20, que trois ans ont passé depuis que Thorgal a quitté femme et enfants : c'est une durée conséquente qui permet de voir que Jolan et Louve ont grandi - dans le cas du premier, cette évolution sera déterminante pour la suite des aventures narrées dans ces deux épisodes. La situation de Aaricia est rapidement compliquée et le scénariste ne l'épargne pas en la chassant de son village natal, en lui infligeant un châtiment corporel cruel, puis en en faisant une esclave de sa pire ennemie, Kriss de Valnor. 

Le lecteur ne peut que compatir pour elle et l'auteur prépare visiblement le terrain pour les retrouvailles avec Thorgal, qui s'annoncent délicates car, même si le héros devenu amnésique n'a pas conscience du monstre qu'il est devenu, il est impensable que son épouse lui pardonne facilement.

Bien entendu, le fait que Thorgal ne se souvienne plus de qui il était, soit manipulé par Kriss de Valnor, et devra payer pour les fautes commises en sa compagnie, renvoie à une autre série de Van Hamme qui exploite des ressorts dramatiques similaires, XIII. Mais, même si le déroulement des événements est extravagant, l'ensemble est traité avec un peu plus de finesse dans Thorgal - tout du moins parce qu'il s'agit là d'une péripétie et pas d'un argument exploité depuis le début et prétexte à un feuilleton indigeste.

Pourtant, on s'aperçoit bien vite que le premier rôle de La Marque des bannis et plus encore de La Couronne d'Ogotaï est moins Aaricia que Jolan, ce qui suggère qu'il deviendrait à terme le héros de la série. Van Hamme anime le garçon de dix ans avec énergie, le dotant d'une force de caractère exceptionnel : ce n'est pas surprenant de la part du fils d'un homme comme Thorgal, même s'il ne faut pas être trop exigeant pour le réalisme des situations (entre l'usage bien pratique des pouvoirs du garçon - même si ce n'est pas trop fréquent - , ses acrobaties et les combats physiques qu'il mène, l'indulgence est de rigueur pour admettre tout ça).

Dans le tome 21, le scénariste entraîne le lecteur dans une cascade de sauts spatio-temporels qui rende récit très dense et complexe : comme à chaque fois que ce procédé est utilisé, l'exercice produit un résultat inégal où, à la fin, on ne sait plus trop où on en est. Le lecteur ne peut s'empêcher d'éprouver un sentiment mitigé : d'un côté, il a conscience que c'est une sorte de convention narrative bien pratique pour régler quelques noeuds dramatiques ; de l'autre, le principe du voyage dans le temps qui est toujours accompagné  d'une mise en garde de celui qui en a le pouvoir (ne pas se faire remarquer, n'intervenir que de manière très ciblée pour ne pas bouleverser tout le continuum) est systématiquement piétiné (et aboutit dans l'histoire en question par une solution capillotractée quand le Grand Veilleur décide d'emmener le Jolan de 25 ans dans le futur).

Il faudra surveiller, dans les prochains épisodes, comment Van Hamme emploiera ces artifices fantastiques en souhaitant qu'il n'en abuse pas pour solutionner ces intrigues...

Rosinski a en tout cas l'occasion de prouver que, grâce à la simplicité de son découpage, la lecture demeure fluide. De ce point de vue, on a l'occasion de l'apprécier dans deux types de récit bien différents : La Marque des bannis permet à l'artiste de donner libre cours à son plaisir de dessiner des situations dynamiques en décors extérieurs superbement traités. Le rythme qu'il imprime par ses images est très efficace et esthétiquement toujours aussi fabuleux - les scènes avec les loups (qui suggère que Louve peut communiquer avec eux) sont particulièrement remarquables.

Avec les événements de La Couronne d'Ogotaï, Rosinski a encore quelques pages sensationnelles pour représenter les forces de la nature, comme lors de la scène de la tempête, ou traiter des séquences nocturnes, comme lorsque le Jolan de 25 ans fait s'évader sa mère et sa soeur de la forteresse de Shaîgan et Kriss. Mais le dessinateur est aussi habile quand il doit passer d'une époque à l'autre, animer le même personnage à des âges différents : grâce à lui, on ne perd pas le fil.

L'aventure rebondit spectaculairement et, malgré quelques abus narratifs, l'intérêt pour connaître la suite est intact. 

mardi 13 octobre 2015

Critique 725 : THORGAL, TOMES 18 & 19 - L'EPEE-SOLEIL & LA FORTERESSE INVISIBLE, de Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski


THORGAL : L'EPEE-SOLEIL est le dix-huitième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegorz Rosinski, publié en 1993 par les Editions du Lombard.
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Après avoir quitté femme et enfants, craignant pour leurs vies, Thorgal voyage seul. Il vient en secours à une fillette dans une forêt alors qu'un ours la menace. Mais elle a disparu durant son intervention.
Il s'arrête dans la ferme d'une famille de paysans dont le père lui explique que toute la région est tenue d'une main de fer par Orgoff-l'invincible, qui possède une arme redoutable, l'épée-soleil, et qui persécute les insoumis, cachés dans les marais voisins.
Au matin, dénoncé par son hôte, Thorgal est fait prisonnier par les hommes de Orgoff et devient un esclave pour bâtir avec d'autres hommes la forteresse du seigneur. Quand celui-ci vient sur le chantier, Thorgal le défie, réussit à le dominer et s'enfuit avec un de ses compagnons de misère qui le conduit jusqu'aux insoumis dont le chef n'est autre que... Kriss de Valnor (voir tomes 9 à 13) !
La jeune femme veut reprendre à Orgoff l'arme qu'elle avait volée à Ogotaï et piège Thorgal pour qu'il l'aide. Entraînant son ennemi dans les marais, Kriss récupère l'objet de sa convoitise mais, déchargé, le pistolet est hors d'usage.
Elle préfère quitter les insoumis et suivre Thorgal, que cette compagnie ne ravit guère.
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THORGAL : LA FORTERESSE INVISIBLE est le dix-neuvième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegorz Rosinski, publié en 1993 par les Editions du Lombard.
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Après avoir campé près d'un lac, Thorgal et Kriss sont attaqués par deux hommes au matin. Elle en tue un mais l'autre réussit à fuir.
Excédé par Kriss, Thorgal poursuit sa route sans elle mais elle se venge en tuant son cheval. Il marche jusqu'à la nuit tombée où il rencontre une vieille femme, Alayin, qui semble très bien le connaître. Elle lui raconte qu'il pourrait lever la malédiction qui le poursuit en pénétrant dans la forteresse invisible de la valkyrie Taïmyr, mais Thorgal est perplexe.
Alayin disparaît et les hommes de la tribu qui ont attaqué Thorgal le capturent ensuite puis le torture. Alayin reparaît alors et lui permet de s'évader. Il retrouve Kriss, blessée, et échappe à ses poursuivants en entrant dans une grotte.
Il s'agit en vérité de l'entrée de la forteresse de Taïmyr où Thorgal va affronter une série d'épreuves et croiser de vieilles connaissances - de la magicienne Silve à Vlana en passant par Saxegaard, Shardar, Gandalf, Ewing, Shaniah, la gardienne des clés, le serpent Nidhogg, Tjall et son oncle Argunn. Lorsqu'il croit retrouver Aaricia, Jolan et Louve, il les perd à nouveau.
Derrière tous ces mirages, encore et toujours Alayin qui n'est autre que la valkyrie Taïmyr : elle lui permet, comme promis, d'effacer son nom de la pierre de granit sacrée où est gravée la mémoire des dieux d'Asgard.
Thorgal revient à lui totalement amnésique, veillé par Kriss, qui en profite alors pour l'entraîner dans ses projets de conquêtes.

Deux ans après avoir séparé Thorgal de sa femme et de ses enfants, Jean Van Hamme narre donc les nouvelles aventures de son héros sur lequel le sort ne cesse pourtant pas de s'acharner. Ces deux nouveaux tomes le confrontent à une série d'épreuves particulièrement violentes et cruelles, au terme de laquelle son destin est profondément bouleversé. 

Même si on devine que la situation de Thorgal à la fin du tome 19 ne saurait être définitive, le scénario demeure suffisamment efficace pour que le lecteur ne sache pas combien de temps cela va durer ni comment le héros s'en sortira et quelles en seront les conséquences. Van Hamme n'écrira plus "que" dix autres tomes (Yves Sente héritera de la série au tome 31), de quoi envisager ces épisodes à venir comme un nouveau cycle.

L'Epée-soleil est un récit mouvementé et prenant bien que d'une facture classique : la narration est linéaire et les rebondissements s'enchaînent sans temps morts ni grande surprise. Le vrai plus de cette histoire, c'est bien entendu le retour de Kriss de Valnor, cette magnifique garce qui a marqué toute une génération de lecteurs dans son rôle d'intrigante aussi amorale que séduisante dans le Cycle Qâ (les tomes 9 à 13). On comprend que le scénariste ait voulu réintroduire un personnage aussi charismatique et il le fait habilement : elle n'a rien perdu de sa superbe morgue et Thorgal en fera les frais jusqu'à en devenir son jouet grâce au twist final de La Forteresse invisible.

Le tome 19 est plus intéressant mais c'est aussi l'album le plus référencé de toute la série : l'apparition d'une multitude de personnages secondaires rend l'intrigue incompréhensible à celui qui découvrirait le titre ici. Mais pour celui qui a suivi toutes les aventures de Thorgal depuis le début, c'est un plaisir particulier bien sûr. Van Hamme injecte une dose conséquente de fantastique à ce récit avec une fluidité remarquable et, donc, le dénouement est un coup de théâtre à la fois énorme et jubilatoire.

Le dessin de Grzegorz Rosinski a subtilement évolué : même si, lors des scènes nocturnes, toujours aussi splendides (même si sur la dernière case de la page 13 du tome 18, le ciel est à l'évidence un collage photographique), sa griffe est intacte, sa manière de représenter les personnages s'est un peu simplifiée, se détachant des références aux gravures, avec un encrage plus modelé et épuré. C'est loin d'être déplaisant, mais notable.

En revanche, le soin apporté aux décors, pour une très large part (pour ne pas dire exclusivement) en extérieur, reste exceptionnellement détaillé : qu'il s'agisse de représenter une forêt, une plaine, le chantier de la forteresse, les marais, le degré de réalisme est incroyablement évocateur. Et quand, dans le tome 19, les éléments fantastiques de l'environnement traversé par Thorgal dominent, Rosinski est encore à son avantage, restituant à la perfection des cadres déjà vus dans des albums antérieurs.

Cette nouvelle époque de la série s'ouvre donc de façon très accrocheuse.  

vendredi 9 octobre 2015

Critique 723 : THORGAL, TOMES 16 & 17 - LOUVE & LA GARDIENNE DES CLES, de Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski


THORGAL : LOUVE est le seizième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegorz Rosinski, publié en 1990 par les Editions du Lombard.
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En route pour le Northland où Aaricia désire accoucher, Thorgal croise Wor-le-magnifique, prétendant au trône de nouveau roi des vikings. Il souhaite enrôler de force Thorgal pour une nouvelle expédition mais celui-ci refuse et obtient, après un brève altercation entre les deux hommes, d'accoster.
Laissant Aaricia et Jolan dans le camp improvisé dressé dans la forêt, Thorgal gagne le village le plus proche pour y trouver un chariot. 
Il apprend par Solveig et Hiérulf que Wor est en fait un viking dissident qui veut prendre le pouvoir par la force et assassiner les héritiers de Leif Haraldson et Gandalf-le-fou, donc Thorgal, Aaricia et Jolan.
Les hommes de Wor capturent Jolan et traquent Aaricia, sur le point d'accoucher, dans les bois. Elle se réfugie dans un terrier où une louve s'apprête à mettre bas tandis que dehors un bossu, auquel Wor s'en est pris auparavant, se venge en tuant ses hommes.
Thorgal délivre son fils et retrouve Aaricia qui a mis au monde une fille qu'elle a prénommée Louve.

THORGAL : LA GARDIENNE DES CLES est le dix-septième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegorz Rosinski, publié en 1991 par les Editions du Lombard.
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Volsung de Nichor (voir tome 3, Les Trois Vieillards du pays d'Aran) est fait prisonnier par le serpent Nidhogg (voir tome 7, L'Enfant des étoiles) qui le charge de voler la ceinture de la gardienne des clés (voir tome 5, Au-delà des ombres). Pour ce faire, il lui donne l'apparence de Thorgal, le seul humain à qui elle a accordé sa confiance.
Volsung prend soin, après avoir réussi sa mission, de neutraliser Thorgal. Immortel et unvulnérable grâce à la ceinture, qu'il ne ramène pas à Nidhogg, il veut s'emparer du trône du roi des vikings, Olaf Einarson, qu'il tue après l'avoir provoqué. Nul n'ose le contrarier et il enferme Aaricia avec Louve, puis viole la femme d'Olaf. Jolan réussit à fuir.
Thorgal retrouve son fils et, avec l'aide du nain Tjahzi, élabore un plan pour venir en secours à la gardienne des clés. Il démasque Volsung et part défier Nidhogg.
Mais, au terme de cette aventure, Thorgal prend une décision radicale : pour protéger les siens du sort qui s'acharne sur lui, il va s'en éloigner jusqu'à ce que les dieux l'oublient.

Comme on le note avec ces résumés, Thorgal appartient désormais davantage à la catégorie des feuilletons, avec des renvois fréquents à des histoires antérieures, qu'à une simple série, dont chaque épisode peut se lire et se comprendre sans connaître ceux qui l'ont précédé. Treize ans et 17 tomes ont passé, avec différents cycles (plus implicites que réellement désignés) et à la fin de l'histoire de La Gardienne des clés, le choix du héros de se séparer de sa femme et de ses enfants marque une étape importante, presque la fin d'une époque.

Louve est un album palpitant qui met en parallèle l'accouchement de Aaricia et le combat que mène Thorgal contre Wor, un viking aussi ambitieux que brutal. Dans le tome suivant, il sera aussi question de prendre le pouvoir des vikings, dans une configuration différente, mais qui souligne que, depuis les règnes successifs de Leif Haraldson (qui adopta Thorgal) et Gandalf (le père de Aaricia, qui rabaissa constamment Thorgal au rang de bâtard), le problème n'est pas réglé. Le lecteur peut croire que Van Hamme prépare alors le couronnement de son héros, dont la valeur n'est plus à prouver, ce qui aurait imprimé une direction aussi intéressante au titre. Il n'en est rien.

Le tome 16 agrandit donc la famille de Thorgal, qui devient à nouveau père, d'une fille cette fois. Discrètement, la notion de temps a infiltré la série en passant des aventures d'un héros solitaire, à celle d'un couple, puis de parents, et cela a été souligné par le fait que Jolan grandisse. Les années qui défilent, la famille qui se constitue, permettent aussi de donner encore plus de relief au caractère de Thorgal, qui fuit la violence (ou en tout cas n'y a recours que pour rendre la justice et protéger les siens) et pour ce faire, fuit aussi les hommes. On le voit à présent expliquer, presque faire la morale, à Jolan quand celui l'interroge sur le moment où il faut se défendre, tuer même et donc manier les armes : le père dit à son fils qu'il utilise ainsi son arc pour chasser mais reporte à plus tard l'enseignement du tir à l'arc.

Pourtant, quand il y est obligé, Thorgal se révèle être un guerrier impitoyable, résolu, et les hommes de Wor en feront les frais. Pourtant, l'originalité fondamentale de ce héros reste qu'il n'aime pas se battre, et ce pacifisme est une signature mésestimée du titre - en tout cas, je l'ai vraiment découverte en relisant ces histoires. Même si l'écriture de Van Hamme demeure classique, avec une narration souvent linéaire, des protagonistes archétypaux, des rebondissements conformes au genre exploré, et l'usage de clichés (le héros séduisant, les belles femmes, les vilains vraiment repoussants), il est arrivé à animer avec Thorgal un individu attachant, singulier.

L'intrigue de La Gardienne des clés fait également référence à d'autres épisodes, emploie à nouveau des seconds rôles déjà vus auparavant (Volsung, Nidhogg, Tjahzi, la gardienne). Le déroulement de l'action suit une progression classique avec le héros dont l'image est dévoyée puis réhabilité, une succession de péripéties spectaculaires, un affrontement final, l'érotisme et le fantastique y sont convoqués. Mais le résultat demeure très accrocheur, divertissant. Et, donc, l'issue du récit aboutit à une vraie surprise (même si on peut s'étonner que Aaricia ne cherche pas davantage à retenir son mari : on l'a connue moins résignée).

Rosinski est toujours en état de grâce sur ces deux épisodes, une nouvelle fois présentés par de splendides couvertures (la composition incroyable de Louve, la palette écarlate de La Gardienne des clés).

On peut remarquer que l'artiste utilise des trames pour certains plans afin de jouer sur les effets de volume mais aussi nuancer encore plus les contrastes des scènes nocturnes, dans le tome 16 : comme il en use avec mesure, c'est subtil et très réussi, à l'instar d'une colorisation extraordinaire bien pensée.

Derrière la simplicité du découpage, Rosinski, qui préfère servir le récit que le surcharger par des cadrages inutilement tarabiscotés, se concentre sur ce qu'il doit exprimer dans chaque image : ses décors sont toujours aussi soignés, avec évidemment des extérieurs somptueux, et ses personnages conservent intacts leur allure mémorable dès le premier regard posé sur eux. 

Les femmes du dessinateur polonais sont un régal pour les yeux, surtout parce qu'il sait toujours les animer de manière très naturelle, en leur donnant une anatomie bien proportionnée, une gestuelle crédible (voir une case, ordinaire mais magistrale justement par ce qu'elle montre sobrement, comme à la dernière page de Louve où Aaricia donne le sein à sa fille tout juste née).

Semblablement, avec la gardienne des clés, bien qu'elle soit nue en permanence (ses seins et son sexe à peine dissimulés par sa longue chevelure noire), aucune vulgarité ni racolage : elle inspire au contraire une beauté élégante, un charme fascinant, loin d'une créature tracée pour que le lecteur se rince l'oeil.

C'est indéniable, une page se tourne avec ces deux tomes. La série emprunte une voie imprévisible, même si on sait intuitivement que Thorgal n'abandonne pas sa femme et leur progéniture définitivement.

jeudi 8 octobre 2015

Critique 722 : THORGAL, TOMES 14 & 15 - AARICIA & LE MAÎTRE DES MONTAGNES, de Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski


THORGAL : AARICIA est le quatorzième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegorz Rosinski, publié en 1989 par les Editions du Lombard.
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Cet album se compose de quatre histoires :

- La Montagne d'Odin (10 pages) - Refusant d'admettre la mort de sa mère, Aaricia fugue et rencontre deux faux elfes qui l'entraînent au sommet d'une montagne magique. Mais Thorgal, parti avec d'autres hommes du village à sa recherche, la retrouve et la sauve.

- Première Neige (10 pages) - A la mort de Leif Haraldson, Thorgal, encore adolescent, décide de quitter le village car il sait que Gandalf-le-fou va s'approprier tous les biens du défunt roi et le chasser. Aaricia, pour le sauver, raconte à son père que Thorgal connaît l'endroit où Lief aurait caché un trésor.

- Holmganga (10 pages) - Hiérulf, le sage, qui protége Thorgal, arbitre un combat singulier entre ce dernier et le fils de Gandalf-le-fou, Bjorn. La soeur de celui-ci, Aaricia, réussit, par la ruse, à sauver Thorgal du traquenard que lui ont tendu ses adversaires.

- Les Larmes de Tjahzi (20 pages) - Aaricia rencontre Vigrid, dieu poète et rêveur, descendu sur Terre pour y accomplir un exploit qui lui assurerait la gloire. Mais après avoir été aveuglé, il est escorté par la fillette jusqu'au bifrost qui lui permet de regagner Asgard.
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THORGAL : LE MAÎTRE DES MONTAGNES est le quinzième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegorz Rosinski, publié en 1989 par les Editions du Lombard.
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Parce que Aaricia veut accoucher de leur nouvel enfant dans son Northland natal, Thorgal traverse seul une région montagneuse pour rejoindre un port où il trouvera un drakkar.
Evitant de peu une avalanche, il rencontre un esclave en fuite, Torric, puis, ensemble, ils trouvent refuge chez la belle Vlana. C'est alors que se succèdent des paradoxes temporels qui voit Thorgal aller et venir du passé au présent, pour essayer de démêler une intrigue tortueuse impliquant le maître des montagnes, le cruel Saxegaard... Qui n'est autre que Torric plus vieux de 37 ans !
Pour résoudre cette affaire, l'anneau d'Orobouros que Vlana a reçu de son grand-père, un savant crétois passionné par les boucles du temps sera nécessaire, précipitant la fin de Torric, bouleversant le destin de la jeune femme et rendant à Thorgal sa liberté...

Ces deux nouveaux tomes se situent après ceux du Cycle Qâ (tomes 9 à 13). Il y a toujours une appréhension à découvrir des épisodes après une saga aussi réussie, et d'ailleurs je ne m'en souvenais plus - les avais-je seulement déjà lus ? C'est en tout cas chose faite désormais et je ne le regrette pas : en fin de compte, je ré-estime cette série, qui me paraît être la production la plus aboutie de son scénariste.

Aaricia est une réponse directe au tome 7 (L'Enfant des étoiles), paru cinq ans auparavant (en 1984), qui dévoilait le passé de Thorgal depuis le jour où il fut trouvé et recueilli par Leif Haraldson jusqu'à la révélation de ses origines par son grand-père Xargos (même s'il n'en conservera aucun souvenir). Van Hamme a sans doute considéré que, comme il l'avait déjà fait pour le tome 8 (Alinoë), il lui fallait revenir sur la jeunesse de Aaricia pour qu'elle nous soit encore plus familière, plus consistante, au-delà de la compagne du héros, bien qu'elle ait eu un rôle actif durant le Cycle Qâ.

L'initiative est un succès et confirme que le scénariste est très à son aise dans le format court puisque l'album se compose de quatre récits brefs, d'une dizaine à une vingtaine de pages. On voit Aaricia enfant confrontée au deuil (de sa mère), à la naissance de son amour pour Thorgal, contre les manoeuvres de son père et de son frère aîné (Gandalf et Bjorn) et impliquée dans une intrigue liée à un dieu d'Asgard (Vigrid).

Les ambiances sont donc variées et prenantes, et Van Hamme anime son héroïne avec subtilité, la décrivant comme une fillette rusée, aimante, intrépide, juste. Cela éclaire rétrospectivement sa première apparition (dès le tome 1, La magicienne trahie) quand Gandalf cherchera - déjà - à se débarrasser du bâtard Thorgal qu'il refuse de voir marié à sa fille unique. Incidemment, ces épisodes confirment, avec une insistance plus dispensable, la méchanceté du père d'Aaricia, et, avec plus d'à-propos, la rivalité entre Bjorn et Thorgal. Van Hamme utilise aussi avec adresse le collier offert par la déesse Frigg à Aaricia avec les larmes de Tjahzi, qui donnent leur titre au récit et dont on découvre l'usage (une belle séquence).

La forme peut sembler plus classique avec Le Maître des montagnes où Thorgal est entraîné dans une périlleuse aventure en territoire hostile au début. Puis Van Hamme surprend en livrant un récit sur les méandres du temps, dans une succession grisante de scènes où le héros comme le lecteur ne savent plus où donner de la tête. On peut lire cela de deux manières : comme une métaphore un peu tarabiscotée sur le déterminisme ou comme un nouveau chapitre fantastique dans une série où son auteur aime jouer avec les codes de l'heroic fantasy.

Van Hamme, à mon sens, ne s'en sort pas mal, mais rallonge un peu artificiellement la sauce, surtout sur la fin, avec des rebondissements de plus en plus rapides. Néanmoins, la dernière page ménage un twist troublant. Et, avant cela, le scénariste s'amuse avec un trio de personnages bien campés : Torric/Saxegaarde, Thorgal et Vlana - un des plus émouvantes et sensuelles figure féminine de la série.

Visuellement, comme toujours, Rosinski signe d'abord deux splendides couvertures (avec une mention spéciale à celle du tome 15, Le Maître des montagnes) peintes.

Ensuite, ce qui frappe, c'est la magnificence des décors naturels en extérieurs : l'artiste fait jeu égal avec ce qu'accomplit Hermann dans Les Tours de Bois-Maury. Il ne s'agit pas seulement d'offrir un cadre dépaysant au lecteur mais de lui proposer une véritable immersion : on est entraîné dans les bois aux couleurs automnales, sur la montagne des démons, sur un rocher perdu en pleine mer, dans la ballade de Vigrid sur Midgard, puis dans les sommets enneigés ou printaniers environnant la maison de Valna. Sublime.

Les personnages sont représentés avec un égal talent : Rosinski sait aussi bien donner corps aux corps frustres des vikings qu'à celui de la pulpeuse Valna en passant par l'innoncence de Aaricia. Son encrage est une merveille, avec ce traitement des ombres et lumières, ce trait si fin rehaussé par des à-plats noirs profonds, intenses, et une colorisation extraordinaire.

En remarquant que ces deux albums ont été produits la même année, on mesure à quel point leurs auteurs étaient au sommet de leur art.

mardi 6 octobre 2015

Critique 720 : THORGAL, TOMES 7 & 8 - L'ENFANT DES ETOILES & ALINOË, de Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski


THORGAL : L'ENFANT DES ETOILES est le septième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegorz Rosinski, publié en 1984 par les Editions du Lombard.
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Cet album se compose de trois histoires :

- Le Drakkar perdu (10 pages) - Parti en expédition, les hommes du roi Leif Haraldson doivent affronter des conditions maritimes difficiles. La tension monte à bord de leur drakkar au point que Gandalf-le-fou provoque une mutinerie et est prêt à sacrifier son chef. La météo devient plus clémente alors et les vikings trouvent sur une plage une étrange capsule dans laquelle pleure un nourrisson qu'adopte Leif : il le baptise Thorgal Aergisson.

- Le Métal qui n'existait pas (20 pages) - Enfant, Thorgal est solitaire. Il rencontre ainsi, alors qu'il rêvasse devant la mer, un nain, Tjahzi, qui convoite son pendentif car il est fait d'un métal inconnu. Offert en présent au serpent Nidhogg, il permettrait à tous les nains de conserver leur nom.

- Le Talisman (15 pages) - Adolescent, Thorgal, moqué par les autres jeunes vikings parce qu'il est considéré comme un bâtard, veut en savoir plus ses origines. Il se rend au grand escalier de pierre où il espère rencontrer un dieu capable de répondre à ses questions. Le garçon rencontre Xargos, son grand-père, et apprend qu'il descend du peuple des étoiles, parti autrefois de la Terre puis revenu y dérober des sources d'énergie. Mais Thorgal ne conservera aucun souvenir de ces révélations, son ancêtre estimant qu'il ne doit pas être tenté de répéter les erreurs de son père, Varth.
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THORGAL : ALINOË est le huitième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegorz Rosinski, publié en 1985 par les Editions du Lombard.
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Thorgal parti sur le continent pour y acheter des provisions et des vêtements en prévision de l'hiver qui s'approche, Aaricia reste seule sur l'île où ils ont élu domicile avec leur fils Jolan. Celui-ci se lamente d'être seul, sans frère, soeur ou ami.
Le lendemain, Aaricia remarque un étrange bracelet au poignet de son fils qu'il dit avoir reçu de son ami Alinoë, un inquiétant albinos muet aux cheveux verts qui pourrait bien être l'incarnation des rêves de Jolan et qui n'hésitera pas à vouloir supprimer la mère et l'enfant quand ils se dresseront contre lui.

Avec ces deux tomes, Van Hamme marque une sorte de pause dans la série, après avoir conclu un premier cycle et avant d'en entamer un nouveau (le Cycle Qâ, qui courra des tomes 9 à 13). Mais cela ne signifie pas que ces deux albums sont négligeables : au contraire, dans un premier temps, le lecteur aura droit à un lot de révélations concernant le passé de Thorgal, confirmant et précisant des éléments jusqu'à présent suggérés, puis, dans un second temps, offrant à Aaricia et Jolan la vedette d'une aventure.

L'Enfant des étoiles rompt avec la forme de la série telle qu'on la connaissait jusqu'ici puisque le tome comprend trois courts récits, de 10 à 20 pages : on y découvre Thorgal à trois âges différents, bébé, enfant et adolescent, et ses origines. 

Après ce que lui avait raconté la magicienne Silve dans le tome 2 (L'île des mers gelées), nous savions que Thorgal n'était pas un viking : il est le dernier d'un peuple qui a autrefois habité sur Terre avant de la quitter, grâce à une technologie très avancée, pour se réfugier sur une autre planète. Quand ce monde d'adoption a eu besoin de nouvelles ressources énergétiques, ses occupants sont revenus sur Terre pour s'approvisionner et cela a provoqué un affrontement entre le père et le grand-père de Thorgal.  

Trouvé et adopté par Leif Haraldson, le roi ayant précédé Gandalf-le-fou, Thorgal Aergisson doit son prénom au dieu du tonnerre Thor et son nom au dieu des océans Aegir. Son caractère pacifiste et mélancolique ainsi que sa chevelure noire l'ont désigné comme un bâtard, et on a vu que, lorsque lui et Aaricia ont voulu s'unir, Gandalf, le père de la jeune femme, s'y est opposé à cause de cela.

En creux, via les origines de Thorgal, on apprend que Gandalf a toujours été un sinistre personnage, au point d'avoir voulu se débarrasser de Leif Haraldson : cette figure antipathique contraste avec la la douceur et la beauté d'Aaricia.

Enfant sans racines, Thorgal a souffert dans sa jeunesse du mépris des autres jeunes vikings tout en appréhendant très vite sa nature extraordinaire lorsqu'il fera la connaissance du nain Tjahzi, au coeur d'un conflit avec le serpent Nidhogg, puis avec son propre grand-père, Xargos (qui préférera toutefois effacer de la mémoire de son petit-fils la vérité sur leurs origines après les lui avoir révélé). L'histoire familiale de Thorgal alimentera encore la série par la suite, aboutissant à de nouvelles et tragiques issues dans la dernière partie du Cycle Qâ (avec les liens l'unissant aux destins d'Ogotaï et Tanatloc), mais surtout trouvera un prolongement sur le long terme avec Jolan, son propre fils, qui, comme on l'a vu dans le tome 6, La chute de Brek Zarith, est investi de pouvoirs paranormaux provenant du peuple des étoiles.

Après avoir donc considérablement éclairci le passé de son héros, Van Hamme choisit de l'écarter le temps d'une histoire. Jusqu'à présent Aaricia était cantonné au rôle de l'épouse et mère, jolie fille dans l'ombre de Thorgal. Sans doute le scénariste a-t-il estimé qu'il était temps d'étoffer ce personnage, et cette initiative sera positive, là encore comme le Cycle Qâ le prouvera. Jolan a aussi grandi (on peut supposer qu'il a alors l'âge de Thorgal dans Le métal qui n'existait pas, la deuxième histoire du tome 7) et il faut aussi affirmer son identité, assumer sa présence.

Alinoë réussit, au-delà de toute espérance, à remplir ces objectifs tout en citant comme référence le film Le Village des damnés de Wolf Rilla (1960). C'est un pur récit d'angoisse écrit avec une maîtrise exemplaire par Van Hamme, dans une forme comme on l'a rarement connu. Le climat anxiogène à souhait, la montée progressive de la tension dramatique, l'intrusion du fantastique, et surtout le fait que l'apparition d'Alinoë ne soit jamais franchement expliquée (est-ce la matérialisation des rêves de Jolan ? Une créature de l'île ? Un mirage ?) rendent tout cela haletant, très intense.

Aaricia est écrite avec beaucoup de subtilité et le lecteur, comme elle, traverse les épreuves avec tour à tour résolution, agacement, peur, terreur. Jolan est également traité avec finesse, manifestant des réactions très naturelles pour un enfant de son âge, souffrant de la situation isolée de sa famille, de sa propre solitude, dissimulant des choses à sa mère, se ravisant, avant d'être gagné par la frayeur.

Visuellement aussi, ces deux tomes sont sensationnels, à commencer, encore une fois, par les magnifiques couvertures peintes de Rosinski, l'une soulignant l'aspect éthérée et mélancolique de l'enfance de Thorgal, l'autre imposant très efficacement l'épouvante au coeur du duo formé par Aaricia et Jolan contre Alinoë (représenté très habilement de dos pour laisser au lecteur le loisir d'imaginer son rôle).

Le dessinateur se montre virtuose pour figurer les éléments déchaînés comme la tempête qu'affrontent les vikings, mais aussi les mondes fantastiques des nains et de leur ennemi reptilien. Quand il est temps d'introduire des motifs directement issus de la science fiction, Rosinski le fait aussi avec brio, et même si ses designs de vaisseaux spatiaux peuvent aujourd'hui paraître rétro, démodés même, ils demeurent superbes.

Animer des enfants dans une bande dessinée au style très réaliste est toujours un défi, mais le polonais le relève avec maestria, parvenant à camper de manière très crédible Thorgal (puis Jolan) enfant et adolescent. De même quand il met en scène Aaricia, il la montre sans exagérer sa féminité dans des postures sobres, crédibles, et joue sur des effets d'ombres et de lumières souvent très ouvragés (sa signature), d'un trait de plume fin, élégant.

La position et la tonalité de ces deux tomes les situent un peu à part dans la série, mais sont d'incontestables réussites narratives et graphiques. Thorgal y gagne en profondeur, le lecteur a droit à un divertissement racé, inspiré, et la suite, avec les cinq épisodes du Cycle Qâ, ne fera que confirmer cette excellente impression.   

mercredi 30 septembre 2015

Critique 717 : THORGAL, TOMES 5 & 6 - AU-DELA DES OMBRES & LA CHUTE DE BREK ZARITH, de Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski


THORGAL : AU-DELA DES OMBRES est le cinquième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegorz Rosinski, publié en 1983 par les Editions du Lombard.
Cette histoire fait directement suite à celle racontée dans le tome 4 (La Galère noire).
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Durement éprouvé par la perte de son épouse Aaricia, Thorgal, un an après, est devenu une loque même si la jeune et belle Shaniah, qui l'aime toujours, l'accompagne encore. 
Un homme les aborde et, avec un complice, les conduit jusqu'à un site de monuments mégalithiques, point de départ pour accéder au delà du deuxième monde où Thorgal pourrait sauver Aaricia, prisonnière du roi de Brek Zarith, Shadar. Le prince Galathorn compte sur le viking fils des étoiles pour renverser ce monarque vieillissant et tyrannique.
Shaniah suit, contre ses ordres, Thorgal dans son périple qui traverse l'espace et remonte le temps et au cours duquel il croise à nouveau la gardienne des clés (rencontrée dans le tome 3, Les trois vieillards du pays d'Aran) puis la Mort elle-même.
Pour épargner Aaricia, Thorgal doit sacrifier la vie d'un inconnu. Il ne peut s'y résoudre et Shaniah le fait à sa place, ignorant qu'elle va payer très cher son geste, mais permettant à celui qu'elle aimait de recouvrer la liberté et de poursuivre sa quête.

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THORGAL : LA CHUTE DE BREK ZARITH est le sixième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegorz Rosinski, publié en 1984 par les Editions du Lombard.
Cet album conclut l'histoire débutée dans le tome 4 (La Galère noire) et poursuivie dans le tome 5 (Au-delà des ombres). C'est la fin du premier cycle de la série.
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Aaricia est donc la captive du roi de Brek Zarith, Shadar, dont la cour dépravée complote contre lui. Grâce aux incantations de son prêtre Helgith mais aussi grâce au pouvoir de Jolan, l'enfant d'Aaricia et Thorgal, le monarque n'ignore rien de ses sujets ni de la progression des vikings de Jorund (voir les tomes 1 et 2, La Magicienne trahie et L'Île des mers gelées) et de l'armée levée par Galathorn (voir les tomes 4, La Galère Noire, et 5, Au-delà des ombres) vers son château. Pourtant, les prophéties l'incitent davantage à se méfier d'un homme seul : Thorgal.
Dans un premier temps, Shadar repousse les drakkars de Jorund puis semble se résigner à la défaite quand il apprend que Thorgal s'est introduit dans sa forteresse. Il empoisonne alors tous ses sujets et gardes pour s'enfuir avec Aaricia et Jolan.
Thorgal le poursuit, laissant Jorund et Galathorn se partager l'or et le trône de Brek Zarith. Au terme de cette aventure, le couple et leur enfant refusent de rester dans ce domaine plus longtemps, préférant profiter de leur liberté, loin de la folie des hommes.

Même si ce n'est pas formulé explicitement, ces deux tomes concluent le premier cycle des aventures de Thorgal en dénouant les intrigues débutées dès le tome 1 et surtout développées depuis le tome 4. Jean Van Hamme boucle ce premier acte en beauté, donnant à la série une dimension épique plus ambitieuse qu'on ne l'aurait présumé.

Encore une fois, je commencerai par parler des dessins de Rosinski qui sont sensationnels. Il suffit pour s'en convaincre d'admirer les couvertures, sublimes, de ces épisodes (et de la série en général). 

Les pages intérieures sont désormais le produit d'un artiste en pleine possession de ses moyens, maîtrisant parfaitement sa discipline : le découpage ne souffre plus d'aucune faiblesse, Rosinski dispose ses cases de manière simple et en nombre limité (cinq ou sept en moyenne), ce qui aboutit à une narration aérée, fluide, mais où chaque plan est très élaboré. Les jeux d'ombre et de lumière sont splendides, soutenus par une colorisation qui ose des contrastes audacieux (même si une édition de la série en noir et blanc serait l'occasion d'apprécier encore mieux le dessin de Rosinski).

Le degré de détail de chaque décor, aussi bien en intérieur qu'en extérieur, est poussé, et le trait ouvragé évoque les gravures de Gustave Doré ou Albrecht Dürer, avec des effets de texture saisissants quand il s'agit de représenter la crasse d'un village, d'une taverne, l'usure des pierres de monuments mégalithiques, la luxuriance de la végétation, la taille imposante d'un château au sommet d'une falaise. Rosinski soigne ses images et on est d'autant plus épaté par ses efforts qu'il obtient ce résultat en maintenant un rythme soutenu dans la réalisation des albums.

Les personnages sont également superbement campés et l'artiste est autant à son avantage quand il s'agit d'animer le héros qui renaît (Thorgal) que le régent déchu (Shadar). Ses femmes sont toutes d'une beauté ensorcelante (Aaricia, la gardienne des clés), sans se résumer à cela (ainsi le destin de Shaniah dégage une intensité poignante).

Avec un partenaire aussi solide, Jean Van Hamme pourrait se reposer et dérouler des histoires moins puissantes que leurs illustrations. Mais le scénariste sait proposer des récits (encore) très originaux et efficaces : Au-delà des ombres se distingue par son mysticisme envoûtant, son ambiance prenante, son issue tragique, tandis que La chute de Brek Zarith est un pur divertissement, riche en rebondissements, avec une utilisation habile des clichés propres au genre de l'heroïc fantasy (forteresse isolée, courtisans décadents, passages secrets, souterrains dangereux) .

La façon dont Van Hamme emploie des éléments fantastiques est bien dosé, ce qui ajoute à l'étrange beauté de la série. Par la suite, l'auteur soulignera cela, avec encore beaucoup d'à-propos (l'addition de Jolan au couple de Thorgal et Aaricia sera déterminant à cet égard), aboutissant même à un mix étonnant d'aventures historiques et de pure science-fiction.

Dans les prochains tomes, la série connaît une brève phase de transition, avec deux histoires atypiques (dont l'une qui précisera les origines du héros), avant de s'engager dans une nouvelle saga (le cycle Qâ).