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mercredi 29 septembre 2021

SEX EDUCATION (Saison 3) (Netflix)


La troisième saison de Sex Education est celle de tous les risques pour la série produite et diffusée par Netflix. C'est sans doute pour cela que Laurie Nunn, sa créatrice et showrunner, après s'être faite désirer, a mis le paquet. Quitte à  en faire trop ? Il y a en tout cas à boire et à manger dans ces huit nouveaux épisodes où le meilleur côtoie le pire (surtout à la fin...)
 

Les vacances estivales touchent à leur fin. Sans nouvelles de Maeve à qui il avait envoyé un message d'excuses, Otis Milburn s'est consolé dans les bras de Ruby, la fille la plus populaire de Moordale, mais qui tient à ce que leur liaison reste secrète. Ensemble, en tout cas, ils découvrent Hope Haddon, qui remplace à la tête du lycée Mr. Groff, chargée par les investisseurs de restaurer la réputation du lieu. Otis n'hésite ainsi pas longtemps à dénoncer Kyle qui dispense de nouvelles consultations clandestines en y racontant n'importe quoi. De leur côté, Adam s'affiche désormais publiquement avec Eric.


Pour mettre fin aux consultations clandestines, Hope fait raser les anciennes toilettes du lycée et impose à l'intérieur de Moordale de nouvelles règles plus strictes. Jackson Marchetti et Viv représentent les élèves mais Jackson s'oppose à Hope quand elle oblige Cal, une nouvelle élève non-binaire à se changer dans les vestiaires des filles. Jean Milburn révèle enfin à Jakob qu'elle est enceinte de lui et Maeve demande à Otis que sa mère reçoive Aimee en thérapie (suite à l'agression sexuelle qu'elle a subie l'an dernier dans le bus). Isaac avoue à Maeve avoir effacé le message d'excuses que lui avait envoyé Otis.


Jakob et sa fille Ola s'installent chez les Milburn, à l'invitation de Jean, qui reçoit Aimee en consultation. Le port de l'uniforme devient obligatoire à Moordale et les cours d'éducation sexuelle sont supprimées : Hope préfère inciter les élèves à l'abstinence, ce qui créé des remous - et provoque une vraie fièvre hormonale auprès des lycéees et de leurs profs. Otis et Ruby dînent avec Adam et Eric et sympathisent. Ruby s'attache à Otis au point d'accepter, quoique à contrecoeur, de l'inviter chez elle : sa maison est modeste et son père paralytique. Touchée par la tolérance d'Otis, Ruby lui dit qu'elle aime et le laisse sans voix.


Jakob accompagne Jean à une échographie mais avoue avoir des doutes sur sa paternité, sachant qu'à l'époque de leur relation, elle avait recouché avec Remi, son ex-mari. Il demande un test. Ruby boude Otis, vexée par son manque de réaction après qu'elle lui ait ouvert son coeur. Rahim demande à Eric qu'il lui restitue des livres et des poèmes qu'il lui avait remis, ce qui provoque la jalousie d'Adam, par ailleurs inquiet à la perspective du voyage que Eric va faire au Nigeria (où l'homosexualité est désapprouvée) avec sa famille. Lorsqu'elles se croisent en allant voir Elsie, Maeve et sa mère, Erin, ne se parlent toujours plus depuis que la première a dénoncé la seconde à la police et bien que Erin ait suivi une cure de désintoxication.


Eric part au Nigeria avec sa famille assister au mariage d'un cousin. Sur place, il est attiré par le photographe de la cérémonie, homosexuel comme lui, et qui le traîne dans un club gay à l'abri des regards. Ils échangent un baiser sur la piste de danse. Pendant ce temps, les élèves de Moordale font un voyage éducatif dans la Somme, sur le théâtre des combats menés par l'armée britannique durant la première guerre mondiale. Otis s'excuse auprès de Ruby. Adam sympathise avec Rahim. Cal et Jackson se rapprochent. Mais Maeve et Otis, lors d'une halte dans une statio-service, sont oubliés par leurs accompagnateurs : ils profitent de l'occasion pour s'expliquer sur ce qui s'est passé avant les vacances et échangent un baiser - avant d'être récupérés par leurs encadrants.


Après avoir postulé à un concours pour un programme aux Etats-Unis sur l'idée de Hope, Maeve apprend qu'elle est acceptée - hélas ! Hope n'a pu lui décrocher une bourse. Aimee offre de lui payer cet enseignement mais Maeve refuse par fierté. Une nouvelle écrite par Lily et publié dans la gazette locale oblige Hope à infliger de nouvelles sanctions et elle humilie cette dernière ainsi que Cal et Jackson devant les autres élèves. Erin kidnappe Elsie mais Maeve rejette l'aide d'Isaac comme celle d'Otis qui cherchent surtout à s'attirer ses faveurs. Mr. Groff se rend chez Jean à qui il rend son carnet de notes et demande de l'aide pour reconquérir sa femme. Alors que Viv négocie plus de clémence envers les élèves auprès de Hope, elle découvre que celle-ci se sert d'elle pour réhabiliter l'image de Moordale au mépris de ceux qui y suivent des cours et de leurs problèmes d'adolescents. Viv conspire alors avec Jackson et Cal pour organiser le renvoi de Hope.


Le théâtre de cette vengeance a pour cadre une journée portes ouvertes à laquelle Hope et son mari, banquier, ont invité les investisseurs qui financent l'établissement et de futurs parents d'élèves. Après une visite des lieux, tout ce beau monde est attiré dans la salle des fêtes où les lycées de Moordale donnent un spectacle célébrant la liberté sexuelle et d'expression. Hope est atterrée et impuissante. Cependant, alors qu'elle donne une interview à la télé pour promouvoir son livre sur son expérience avec les élèves de Moordale, Jean perd les eaux et est conduite à l'hôpital pour accoucher. Maeve retrouve avec l'aide d'Aimee Erin et Elsie, sur le point de prendre un ferry pour la France, et elles récupèrent la fillette. Otis, mis au courant, rejoint Maeve et ils s'embrassent. Jean donne naissance à une fille mais des complications surviennent...


Otis, soutenu par Eric, et Jakob avec Ola veillent Jean puis font connaissance avec le bébé. Eric rejoint Adam au lycée après une nuit blanche passée à l'hôpital et le mari de Hope réunit les élèves pour les informer que tous les investisseurs se retirent par leur faute : Moordale est condamné à la fermeture et ils devront achever leur année scolaire dans un autre établissement. Jean sort du coma et découvre son enfant qu'elle et Jakob sur l'idée de Ola baptisent Joy. Otis croise dans les couloirs de l'hôpital Hope, qui entreprend des démarches pour une F.I.V., et apprend son renvoi et le sort du lycée. Aimee aide Maeve à s'installer chez la mère adoptive de Elsie puis la convainc d'aller suivre ce programme en Amérique qu'elle veut lui payer. Maeve rejoint Otis chez lui et lui annonce la nouvelle de son départ.

Presque deux ans se sont écoulés entre la diffusion de la saison 2 et celle-ci. La production a bien sûr été troublée par la crise sanitaire. Mais il est aussi vraisemblable que Laurie Nunn a cherché à se renouveler et que l'écriture de ces huit nouveaux épisodes a dû être plus difficile.

La créatrice et showrunner de Sex Education a du coup mis les bouchées doubles et assumé complètement le côté feuilletonnesque de son projet, multipliant les subplots, ne se refusant aucun coup de théâtre, et intégrant ce qui manquait depuis le début : un vrai antagoniste, un vrai méchant, pour dynamiser l'ensemble.

D'emblée, donc, nosu faisons connaissance avec le personnage que tout le monde va adorer détester : la nouvelle directrice de Moordale, Hope Haddon (Jemima Kirke, extraordinaire). Sous une apparence jeune et cool, il s'agit d'une femme qui, pour avoir suivi ses études dans ce lycée, et constaté le parfum de scandale qui l'entoure désormais, est résolue à rétablir l'ordre, par les grands moyens. En quelques épisodes, qui vont crescendo, les élèves doivent maintenant se déplacer en respectant chacun une moitié de chaque couloir, puis revêtir un uniforme strict, ne plus parler de sexe (et encore moins le pratiquer dans l'enceinte du lycée) - d'ailleurs les cours d'éducation sexuelle sont supprimés au profit de discours édifiants sur l'abstinence et de vidéos dégoûtantes sur l'accouchement.

Cette crise remet tout en cause car les lycéens ne peuvent rien faire contre la directrice, au risque d'être renvoyés. Quand bien même de fortes têtes persistent à se dresser contre ce nouveau régime, Hope Haddon n'hésite pas à mettre en scène des sanctions de manière théâtrale et humiliantes dans la grande salle de réunion où elle convoque tous les élèves pour des speechs édifiants. 

Mine de rien, Laurie Nunn révèle un visage du système éducatif anglais méconnu puisque Moordale est financé par des investisseurs privés qui réclament que l'établissement ait une réputation impeccable. Dans ces conditions, Hope Haddon se comporte comme un bon soldat, veillant aux bons comptes mais aussi à un retour d'un ordre moral qui ne dit pas son nom. Impensable en France ? Pas si sûr quand des sondages fréquents expriment le souhait de parents qui aimeraient le retour de l'uniforme et plus de fermeté disciplinaire. Sans parler des profs régulièrement pris à parti par des parents mécontents ou carrément menacés pour leurs enseignements.

Tous les personnages voient leurs situations remises en question, parfois de manière cruelle (le calvaire de Lily serre le coeur). Mais en préférant le plan d'ensemble à l'auscultation de ses personnages principaux, Laurie Nunn choisit aussi de prêter moins d'attention aux vedettes de sa série, Otis et Maeve. Eric en profite le plus avec Adam, dont la romance va connaître une issue poignante. D'autres, comme Ruby, jusqu'ici caractérisée comme une pimbêche, gagne en épaisseur dès lors qu'on découvre sa vie privée. La nouvelle venue, Cal, permet d'évoquer la non-binarité et par extension la question du genre dans un cadre désormais corseté par des règles qui refusent de distinguer les individus. En revanche, je suis plus réservé sur le temps occupé par les atermoiements sentimentaux de quelques profs, et même par le parcours de Mr. Groff qui se découvre une passion pour la cuisine, ose dire à son frère qu'il l'a harcelé pendant toute leur enfance, et veut reconquérir sa femme.

C'est que la série se heurte aussi à des intrigues qui se prennent inutilement les pieds dans le tapis : toutes les simagrées du couple Jean-Jakob par exemple lassent vite (entre elle qui cache un temps sa grossesse, puis lui qui doute d'être le père de l'enfant à venir, puis les complications mélodramatiques de la fin, et la jalousie déplacée de Ola). Pire : les chassés-croisés entre Maeve et Oris aboutissent à une conclusion complètement grotesque - comment croire que Maeve parte de si bon coeur étudier en Amérique alors qu'elle vient juste de retrouver Elsie et de renouer avec Otis ? La servilité de Viv est aussi maladroite et du coup sa rebellion (et la manière dont elle découvre avoir été utilisée par Hope) est mal mise en scène.

La distribution est quand même excellente : Asa Butterfield, Emma Mackey, Ncuta Gatwa et surtout Aimee Lou Wood et Connor Swindells (de loin celui dont le personnage, Adam, a connu la plus belle progression en trois saisons) sont épatants, d'autant qu'ils doivent se dépatouiller parfois avec des péripéties pas très subtiles. Gillian Anderson est un peu plus en retrait mais reste irrésistible, règnant sur le show avec une classe et un humour imparables (même si, du coup, le suspense final sur sa possible mort devient caduque : impossible d'imaginer Sex Education sans elle !).

C'est donc une saison inégale, aussi jouissive par moments que too much par d'autres. Netflix a officialisé la production d'une saison 4, qui promet beaucoup mais gagnerait à être recentré. En tout cas, il sera intéressant de découvrir comment Laurie Nunn rebondira après avoir autant secoué sa série.   

mardi 28 septembre 2021

SEX EDUCATION (Saison 2) (Netflix)


Alors que je viens de regarder la saison 3, je me suis rendu compte que je n'avais pas rédigé de critique de la saison 2 de Sex Education, diffusée en Janvier 2020. Aussi vais-je m'employer à rattraper ce retard car cette série mérite toujours d'être suivie. C'est une réussite de Netflix, plateforme de streaming par ailleurs cible de reproches pour ses productions souvent trop standardisées.


Après s'être privé des plaisirs solitaires, Otis Milburn ne peut désormais sans passer et c'est fort logiquement qu'il est surpris par sa mère, la psychothérapeute Jill. Victime d'une MST, Fiona demande l'aide de Otis qui comprend qu'elle est la risée de ses camarades et que ceux-ci ignorent tout de l'hygiène sexuelle. Maeve Wiley, l'ex-partenaire d'Otis dans ses consultations clandestines sur le lycée de Moordale, a fort à faire avec sa mère, Erin, toxicomane. Un nouvel étudiant, Rahim, attire l'attention d'Eric. Ola et Otis surprennent leurs parents en pleins ébats sexuels ce qui les forcent à admettre leur liaison. Mr. Groff, le directeur de Moordale, se tourne vers Jean Milburn pour enseigner l'éducation sexuelle aux élèves.


Adam Groff se fait renvoyer de l'école militaire où son père l'a inscrit après qu'il ait surpris deux de ses camarades en train de se masturber mutuellement et qu'ils se soient vengés en dissimulant de la drogue sous son lit. Otis convainc Maeve de reprendre leurs consultations clandestines alors que Jill débute ses cours d'éducation sexuelle à Moordale.. A cette occasion, Maeve se rend compte qu'elle a toujours des sentiments pour Otis en le voyant au bras de Ola. Jackson Marchetti se mutile pour ne pas reprendre la compétition de natation comme le pressent de le faire ses mères et obtient de Viv qu'elle soit sa tutrice au lycée.


Dans le bus qui la conduit à Moordale, Aimee est victime d'un passager pervers qui se frotte contre elle. Maeve la pousse à porter plainte et l'accompagne au commissariat. Jackson s'essaie au théâtre mais est victime de crises d'angoisse sévères. A la rue après une énième rupture avec son amant, Erin demande à Maeve de s'occuper de sa petite soeur Elsie. Adam, qui a trouvé un job dans une épicerie en-dessous du logement de Rahim, surprend ce dernier qui embrasse Eric.


Alors que Ola est prête à coucher avec lui, Otis fait part de son angoisse auprès de Eric. Mr. Groff surprend sa femme qui va consulter Jean Milburn et enrage de ne pas savoir ce qu'elle peut dire sur leur couple en crise. Le père de Otis, Remi, refait surface et Jean succombe à ses charmes en recouchant avec lui. Maeve trouve enfin le courage de aprler à Otis mais celui-ci la repousse car il veut donner une chance à son couple avec Ola. Malheureusement, celle-ci préfère rompre avec lui car elle deviné qu'il était toujours amoureux de Maeve.


Eric se confie à Otis à propos de Adam et il est rappelé à l'ordre car ce dernier l'a longtemps maltraité auparavant. Mais Eric s'insurge contre le manque d'indulgence d'Otis et fustige son hypocrisie vis-à-vis de Maeve. Cette dernière accompagne sa mère chez les Narcotiques Anonymes tout en continuant à se méfier. Jean avoue à Jakob avoir recouché avec Remi et il met fin à leur relation. Mrs Groff demande le divorce à son époux qui pense que Jean est responsable de ce choix.


Maeve sympathise depuis plusieurs semaines avec Isaac, un de ses voisins, atteint de myopathie et qui espère bien se faire aimer d'elle tout en craignant qu'elle ne retourne auprès de Otis. Ola et Lily deviennent amies puis amantes, ce qui les épanouit toutes les deux. Pour tenter de restaurer son image, Otis décide d'organiser une fête chez sa mère et invite tous ses camarades de Moordale. Encore trauamtisée par son agression dans le bus, Aimee est incapable de supporter une relation sexuelle avec Steve. Tandis que Mr. Groff dérobe le carnet dans lequel Jean note ses rapports de séances avec ses patients, la fête d'Otis dégénère quand, ivre mort et jaloux de voir Maeve avec Isaac, il les humilie publiquement.


Mr. Groff imprime les compte-rendu de Jill et les affiche sur les murs de Moordale, ce qui provoque un scandale. Première conséquence : Jill est renvoyée et ses cours supprimés. Mais elle est par ailleurs occupée à regagner la confiance de Jakob - sans succès. Maeve découvre que sa mère a replongé dans la drogue mais soutient Aimee avec d'autres filles du lycée pour qu'elle reprennen le bus sans crainte d'être agressée. Otis tente de faire profil bas en comptant sur le soutien de Eric pour trouver un moyen de se racheter auprès de Maeve.


Jean découvre qu'elle est enceinte de Jakob. Maeve, inspirée par Isaac, décide pour le bien de Elsie de dénoncer leur mère à la police et de confier sa petite soeur aux services sociaux. Adam avoue son amour à Eric qui accepte de lui accorder sa chance et de rompre avec Rahim. Mr. Groff est renvoyé à son tour. Otis appelle Maeve mais tombe sur sa messagerie : il s'excuse et lui dit qu'il l'aime toujours. Mais Isaac efface le message avant que Maeve ne l'écoute.

Normalement, je n'ai plus l'âge pour apprécier ce genre de série, je ne suis pas le "coeur de cible" car Sex Education vise un public plus jeune que le quadragénaire que je suis. Pourtant la série écrite et pilotée par Laurie Nunn est un plaisir qui ne se refuse pas et offre de quoi satisfaire aussi bien les "djeun'ss" que les "vieux" comme moi par son casting abondant et varié, ses intrigues à la fois légères et émouvantes, et sa production soignée.

Nous vivons une drôle d'époque : Netflix, qui a longtemps profité d'un état de grâce en finançant des séries audacieuses comme House of Cards, The Crown, Mindhunter ou The OA (pour n'en citer que quelques-unes), est aujourd'hui sous le feu des critiques pour la standardisation de son offre, alignée sur les algorithmes qui proposent du contenu à ses abonnés. Victime de son succès en quelque sorte, la plateforme de streaming doit à présent contenter un public toujours plus vaste, en adoptant une stratégie mondialisée, donc en évitant de froisser quelques sensibilités. 

Il est évident que Netflix  ne fait pas tout bien, mais ses concurrents (à qui certains prêtent désormais toutes les vertus) non plus. Cela force du coup le téléspectateur à être plus vigilant, plus sélectif, peut-être aussi plus routinier en allant plus directement vers ce qu'il est sûr d'aimer au lieu de tenter l'aventure.

Dans ce cadre-là, Sex Education est à la fois une série "doudou", confortable, qu'on a plaisir à suivre, à retrouver, dont on attend chaque saison avec impatience, et en même temps elle reste une sorte d'ovni, avec son mélange de comédie pour ados, de franchise, de moments d'émotions, de diversité dans la caractérisation. C'est un petit phénomène avec ses fans irréductibles et fidèles et même pour les autres, ce titre reste une curiosité dans le paysage formaté de Netflix.

Cette deuxième saison date de Janvier 2020 et je ne sais pourquoi, à l'époque, j'avais complètement oublié d'en parler ici, alors que j'avais beaucoup aimé la première saison. Peut-être avais-je la tête ailleurs, trop occupé à écrire sur d'autres choses, ou alors j'ai jugé qu'elle ne proposait pas suffisamment de nouveauté pour m'y attarder. Je l'ai donc revue avant de découvrir la saison 3, récemment mise en ligne, et j'ai voulu rattraper mon retard avec cette critique (la critique de la saison 3 ne tardera pas).

On renoue donc avec l'univers de Moordale, ce lycée britannique dirigé par Mr. Groff, dépassé par la sexualité débridée des adolescents qui y suivent leurs études, ignorant que l'un d'eux, Otis Milburn, fils d'une sexothérapeute réputée, dispense ses conseils en toute clandestinité dans le bâtiment des anciennes toilettes de l'établissement. Otis est aidé par Maeve Wiley, qui se charge de diriger vers lui des "patients" contre rémunération. Otis est ami avec Eric, un jeune garçon d'origine nigérianne et homosexuel, qui a longtemps été la tête de turc d'Adam Groff (le fils du directeur) avant que celui-ci ne soit inscrit dans une école militaire. Une romance est née entre Otis et Maeve, qui a échoué, puis le jeune homme s'est épris de Ola, la fille de Jakob, le nouvel amant de sa mère.

Durant ces huit nouveaux épisodes, personne n'est oublié et c'est une des forces de la série : Laurie Nunn réussit à s'occuper de tout ce monde avec une attention égale, se servant des problèmes sexuels rencontrés par les ados et les adultes pour alimenter le quotidien de Otis, Maeve, Eric et compagnie, souvent en écho à leurs propres tourments existentiels. On rit beaucoup, on est aussi étonnamment émus, souvent surpris. Les nombreux rebondissements assurent à Sex Education un rythme soutenu mais la narration est maîtrisée et on ne s'égare jamais.

Surtout rien n'est tabou et tout est abordé avec intelligence : nous sommes ici à des lieues des pantalonnades navrantes du genre American Pie et autres comédies débiles sur les ados. Laurie Nunn traite de l'homosexualité, de l'hétérosexualité, de l'âge, des agressions sexuelles et de bien d'autres choses encore avec tact, distance et pertinence. Jamais on ne sent que tel sujet est abordé pour satisfaire à un quota, la représentation d'un milieu, une mode. Il y a un mélange détonant entre l'aspect "maison de poupées", que symbolise Moordale, et la vie qui déborde une fois sorti de ce lycée. Les sentiments y sont complexes, les situations franches, les solutions difficiles. Rien n'est manichéen dans Sex Education et de vraies conséquences apparaissent au terme des confrontations (la fin de la saison bouleverse nombre de ses protagonistes).

Surtout on s'attache aux personnages, qu'il s'agisse d'Aimee (Aimee Lou Wood) dont le traumatisme fournit un arc narratif particulièrement poignant, ou Jackson (Kedar Williams-Stirling) qui subit de plein fouet la pression de sa famille et s'en délivre au prix fort. Adam (Connor Swindells) bénéficie d'une évolution épatante. Le trio formé par Otis (Asa Butterfield), Eric (Ncuta Gatwa) et Maeve (Emma Mackey) procure à la série un coeur vibrant. Mais encore une fois, c'est la prestation fabuleuse de Gillian Anderson qui créé la sensation : l'actrice est formidable en psy et mère de famille-amante qui veut tout maîtriser et se laisse déborder de toutes parts. Sans elle le show ne serait pas aussi jubilatoire : elle rayonne et fait rayonner ses partenaires.

La troisième saison monte encore d'un cran, en offrant à la série ce qui lui manquait, un véritable antagoniste, qui renouvelle profondément les enjeux du récit. Il a fallu attendre pour la découvrir mais c'est bien la preuve que Sex Education en a sous le pied et existe à part dans le catalogue pléthorique de Netflix.

mardi 22 janvier 2019

SEX EDUCATION (Saison 1) (Netflix)


Véritable phénomène de ce début d'année, Sex Education est le nouveau carton produit et diffusé par Netflix. Cette création anglaise de Laurie Nunn s'aventure sur le terrain toujours glissant de la teen comedy, pas spécialement propice à la subtilité - et d'ailleurs les premiers épisodes laissent craindre le pire. Avant un remarquable redressement, à la fois drôle, touchant et plein de potentiel.

 Otis Milburn (Asa Butterfield)

Otis Milburn a seize ans et il est le fils de deux psychothérapeutes réputés mais divorcés, après les infidélités répétées du père avec ses patientes, surprises par le garçon. Depuis, Otis vit mal sa sexualité, entre Jean, sa mère sexologue très curieuse et séductrice ; Eric Effiong, son meilleur ami gay extraverti ; et Maeve Wiley, qui le convainc d'utiliser ce qu'il a appris durant les séances de sa mère pour monnayer ses services auprès de leurs camarades du lycée.

 Otis et Maeve Wiley (Asa Butterfield et Emma Mackey)

Le cabinet clandestin de sexothérapie ouvert par Maeve et Otis a besoin de clients (pour elle, qui s'occupe de faire payer les élèves) et de patients (pour lui, qui s'efforce de bien les conseiller). La solution leur est soufflée par Eric : Aimee Gibbs, la meilleure amie de Maeve, donne une fête chez elle. La soirée permet aux deux associés de prospecter et de vérifier l'efficacité de leur combine, Aimee en profitant pour rompre avec le fils du proviseur, Adam Groff - lequel promet de se venger, arbitrairement, contre Eric.

 Eric Effiong et Otis (Ncuta Gatwa et Asa Butterfield)

Alors que leur affaire prospère, la relation entre Maeve et Otis prend un tour inattendu pour lui, qui est tombé amoureux de son associée, quand elle lui donne un mystérieux rendez-vous. Eric, lui, doit composer avec l'appréhension de son père qui redoute que son homosexualité ne lui cause du tort. En vérité, Otis découvre que Maeve s'est faite avorter, après avoir couché avec Jackson Marchietti, le nageur vedette du lycée de Moordale, et que la clinique lui imposait d'être raccompagnée après l'opération.

 Maeve et Aimee Gibbs (Emma Mackey et Aimee Lou Wood)

Eric remarque que Otis est amoureux de Maeve, mais la situation va singulièrement se compliquer lorsque Jackson vient lui demander conseil pour séduire la jeune femme. Jean, la mère d'Otis, fait la connaissance de Jakob Nyman, un plombier au charme rustre qui la trouble. Prodiguant de mauvaises idées à Jackson, Otis constate, hélas ! qu'elle permette à son rival d'emporter le coeur de Maeve.

 Jackson Marchietti et Maeve (Kedar Williams-Stirling et Emma Mackey)

Une amie d'Aimee subit un chantage quand quelqu'un menace de communiquer son nom après avoir diffusé une photo de son intimité. Otis et Maeve acceptent d'enquêter. Mais l'affaire empêche Otis d'accompagner Eric au cinéma pour son anniversaire et, sur le chemin du retour, il subit une agresssion homophobe. Lorsque Otis rentre chez lui, l'investigation résolue, il trouve Eric choqué, veillé par sa mère, avant que les deux amis ait une dispute.

 Otis et Adam Groff (Asa Butterfield et Connor Swindells)

Les conséquences sont terribles : Eric refuse de fréquenter à nouveau Otis et décide de dissimuler son homosexualité. Maeve accepte contre de l'argent d'écrire une dissertation pour Adam Groff - et cela lui vaut un prix. Lily, une musicienne excentrique, après avoir tenté sa chance avec Eric, propose à Otis de perdre leur virginité ensemble mais l'expérience est un fiasco total. Jean et Jakob deviennent amants. 

 Otis et sa mère, Jean Milburn (Asa Butterfield et Gillian Anderson)

Le bal de de fin d'année va procurer l'occasion à tout le monde de se projeter dans l'avenir. Otis invite la fille de Jakob, Ola, à être sa cavalière. Maeve avoue à Jackson qu'elle ne l'aime pas. Eric se réconcilie avec Otis. Jakob explique à Jean qu'il est veuf et souhaite une relation sérieuse avec elle, qui hésite à s'engager. Le proviseur apprend par la professeur de Lettres que son fils n'est pas l'auteur de sa dissertation et décide de sévir durement.

Otis et Ola Nyman (Asa Butterfield et Patricia Allison)

Puni avec Eric, qui a frappé un élève homophobe, Adam dévoile son attirance pour lui. Maeve accepte d'intégrer un programme spécial pour obtenir une bourse d'études grâce à sa professeur de Lettres. Le proviseur inscrit son fils dans un pensionnat militaire. Jean accepte de s'investir dans une relation avec Jakob, même si cela embarrasse leurs enfants. Otis sort avec Ola et Maeve le surprend alors qu'elle venait lui déclarer sa flamme.

Jusqu'à présent, en dehors du phénomène Stranger Things, les séries sur la jeunesses n'ont pas porté chance à Netflix. Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler du bide total, artistique et commercial, de Everything sucks l'an dernier. C'est dire que Sex Education n'était pas un pari gagné d'avance pour sa créatrice Laurie Nunn.

Et le téléspectateur doit s'accrocher durant les deux premiers épisodes pour ne pas abréger l'expérience. On est en effet plus proche d'American Pie pour l'humour que des comédies de John Hughes (La folle journée de Ferris Bueller, Breakfast Club - qui partagent avec cette série de se dérouler dans les années 80). Entre la phobie développée par Otis (il répugne à se masturber et est sûr de ne pas pouvoir assurer avec les filles), l'homosexualité caricaturalement décrite d'Eric (plus proche de l'hystérie que du réalisme de la situation vécue par un ado noir), et tout le reste alentour (une mère envahissante et croqueuse d'hommes, le fils du proviseur brute épaisse, etc.), le trait est épais et les allusions bien grasses.

Et puis, alors qu'on n'attendait plus rien mais qu'on était prêt à continuer quand même (la saison ne dure que huit épisodes de 45 minutes), miracle ! Le troisième chapitre corrige ce départ calamiteux et donne le vrai la à la suite.

En résumant précipitamment l'intrigue au cabinet clandestin ouvert par Maeve, une fille rebelle mais au passé familial douloureux, et Otis, qui en pince pour elle tout en sachant qu'elle est inabordable pour lui, Sex Education serait injustement mésestimé. La série aborde, sans détour mais avec sensibilité, des thèmes plus graves, évitant de sombrer dans le pathos grâce à un humour qui se raffine dans les situations.

De l'avortement à l'homophobie, de la perte de la virginité pour "être comme les autres" à la nécessité d'écouter son corps et son coeur, de la relation mère-fils aux complications amicales et amoureuses, de l'homoparentalité à l'amour multi-racial, le script brasse, de manière dense et fluide à la fois, beaucoup de motifs en y apportant des réponses sensés, ni faciles, ni mièvres, ni vulgaires. Les personnages gagnent en épaisseur, leurs rapports en émotion, et tout se noue avec brio, parfois cruellement. On en vient même à avoir de la peine pour Adam, à être divisé sur le choix de Otis, et à tolérer Jean.

La réalisation a le bon goût d'éviter tout réalisme documentaire pour laisser la fiction s'épanouir, mais sans tomber dans un esthétisme trop joli. Ce n'est ni du Ken Loach, ni du Ridley Scott. La caméra se tient toujours à bonne distance des événements, laisse de la place aux acteurs, et l'image est agréable sans chercher à être ni trop flatteuse, ni  trop terre-à-terre.

Pour ce genre, peut-être plus que pour tout autre, le casting a une importance décisive et la production a eu la main heureuse. Asa Butterfield, autrefois si falot chez Tim Burton (dans Mrs Peregrine et les enfants particuliers) livre une composition difficile mais très maîtrisée d'ado mal dans sa peau mais pourtant expert pour apaiser ses contemporains dans leurs déboires sexuels. Emma Mackey est une révélation éclantante dans le rôle de Maeve : avec son faux airs de Margot Robbie, elle affiche une séduction un peu revêche qui électrifie l'histoire. 

Ncuta Gatwa, passés les deux premiers épisodes à se dépatouiller d'une caractérisation impossible, s'approprie le personnage d'Eric avec force et lui donne gravité et panache. Connor Swindells, en abruti parfait, est épatant, surtout lorsqu'Adam, son personnage, révèle sa vraie nature. Et Patricia Allison est une radieuse Ola.

Mais, et c'est d'autant plus fort qu'elle ne dispose finalement pas de tant de présence à l'écran (ce qui, je l'espère, sera corrigé lors de la prochaine saison), celle qui emporte vraiment le morceau, c'est Gillian Anderson. A 50 ans, affichant une chevelure blanche, l'ex-Scully d'X-Files n'a jamais été aussi belle (une MILF absolue) et impériale : insupportable mère-thérapeute, séductrice et hypocrite, elle est surtout irrésistiblement drôle, gaffeuse, trop curieuse, trop sûre d'elle, et dépassée par son attirance pour un plombier moins rustre que vraiment épris.

Ne vous découragez donc pas au début, Sex Education se rattrape complètement son premier quart passé. C'est une série divertissante et instructive pour le jeunes, instructive et divertissante pour les parents, et ce sens de la synthèse est en fin de compte exceptionnel.