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mercredi 15 avril 2015

Critique 606 : ASTERIX, TOMES 23 & 24 - OBELIX ET COMPAGNIE & ASTERIX CHEZ LES BELGES, de René Goscinny et Albert Uderzo


ASTERIX : OBELIX ET COMPAGNIE est le 23ème tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, publié en 1976 par Dargaud.
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César est excédé et cherche une solution pour définitivement faire plier les irréductibles gaulois, pour cela il demande conseil à ses sénateurs. Mais c'est d'un jeune diplômé qu'il reçoit une idée.
Saugrenus est donc envoyé au camp de Babaorum et il convainc Obélix, qu'il rencontre dans la forêt, de lui livrer des menhirs contre rétribution, lui promettant d'en faire l'homme le plus important de son village grâce à ce contrat.
La réussite d'Obélix, qui emploie à tour de bras des assistants dans sa carrière et pour chasser des sangliers à sa place, aiguise les ambitions de ses voisins, qui se lancent à leur tour dans ce commerce, mais précipite aussi sa brouille avec Astérix et même son petit chien Idéfix.
Toutefois, le plan de Saugrenus montre vite ses limites : le stock de menhirs achetés à prix d'or ruine César et l'encombre, puis provoque une révolte des tailleurs de pierre romains.
Astérix, avec l'aide de Panoramix, va alors s'employer à raisonner tout le monde car Saugrenus refuse désormais tout nouvel achat...
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ASTERIX CHEZ LES BELGES est le 24ème tome de la série, écrit (pour la dernière fois) par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, publié en 1979 par Dargaud.
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La relève de légionnaires arrive au camp de Laudanum, mais les nouveaux soldats désarçonnent Astérix et Obélix quand ils en rencontrent un dans la forêt : en effet, celui-ci est content d'être affecté dans la région après une campagne douloureuse en Belgique dont les guerriers ont été qualifiés de plus braves des résistants par César !
En apprenant cela, le sang du chef Abraracourcix ne fait qu'un tour et décide, contre l'avis du conseil du village, de partir vérifier si ces belges font de si bons adversaires. Astérix et Obélix le suivent et font ainsi la connaissance de Gueuselambix et ses troupes.
Pour départager les deux peuples, il est convenu de détruire un maximum de camps romains dans le plat pays afin que César révise ou non son jugement. Mais la compétition aboutit à un match nul. Néanmoins, les dégâts sont assez considérables pour le légat Volfgangamadéus prévienne César de la situation et que celui décide d'aller raisonner tous ces barbares, belges et celtes : des romain revanchards, voilà de quoi réconcilier les rivaux !

Ainsi donc, avec ces deux tomes, prenait fin l'ère Goscinny : le décès, aussi absurde (dans ces circonstances) que triste (pour la bande dessinée, et en particulier les séries qu'il écrivait), du scénariste allait porter un coup particulièrement rude à Astérix, peut-être son titre favori, en tout cas le plus populaire, et à son partenaire Uderzo, qui restera inconsolable et hésitera longtemps à entretenir la flamme.

Que reste-t-il du chant du cygne de Goscinny sur Astérix ?

A dire vrai, au risque de paraître sévère, pas grand-chose de bon. Pour un peu, on pourrait croire que l'auteur, même s'il avait vécu plus longtemps, avait fait le tour de la question ; on voit en tout cas mal ce qu'il aurait pu raconter de plus, et surtout de meilleur. Et le meilleur était déjà derrière lui avec Astérix.

Ni Obélix et compagnie ni Astérix et les belges n'ajoutent quoi que ce soit à la légende de la série ni au prestige de son scénariste : les deux histoires sont moyennes, pour ne pas dire médiocres. La magie n'opère plus, la mécanique tourne dans le vide, ne subsiste que des formules répétitives, un humour de moins en moins opérant. Déjà, à cette époque, on remarque à quel point le titre est devenu moins une BD qu'un concept, une machine à cash qui se contente du minimum pour exister, forte d'un lectorat plus que conséquent et acquis à sa cause au point d'acheter chaque nouvel album sans plus regarder ce qu'il propose. C'est assez triste en vérité.

Prenons Obélix et compagnie : l'argument est minimaliste mais prometteur. Un jeune ambitieux propose à César un plan délirant pour (encore) monter les irréductibles gaulois les uns contre les autres et, ce faisant, précipiter leur chute face à l'empire romain. On a déjà vu ça à de nombreuse s reprises dans la série et le burlesque assumé de la situation de départ suscite un sourire aimable, bienveillant : c'est tellement absurde que c'est rigolo.

Mais Goscinny n'en fait rien : cette idée n'est pas développée sinon pour finir par admettre qu'elle est effectivement bête, vouée à l'échec, et se résoudra dans une énième séance de bourre-pifs contre une garnison de romains, après le désaveu de César. Encore une fois, les jalousies créées dans le camp gaulois sont aussi vite expédiées qu'elles sont nées : qu'importe, à la fin, nos héros auront une nouvelle fois corrigé les légionnaires et se goinfreront au clair de lune, avec leur barde écrasé sous un menhir. D'une certaine manière, toute l'inertie qui a rongé la série est alors résumée : ce que provoquent ou subissent les irréductibles ne durent que le temps d'un album, les personnages n'évoluent pas d'un iota. 

Astérix ou le refus de grandir, d'évoluer : on comprend là l'une des raisons de son succès puisqu'en lisant un titre qui ne bouge jamais vraiment, qui revient toujours à sa base (à l'image des voyages de son héros), ses fans n'ont pas non plus l'impression de vieillir, d'être dérangé dans leur confort. La paresse de l'écriture de la série rejoint en quelque sorte la paresse de beaucoup de lecteurs de BD, catégorie tellement conservatrice (et ne croyez pas que je m'épargne en disant cela : le fait d'avoir relu ces albums m'a fait mesurer à quel point, par fainéantise, je préfère parfois revenir à des classiques que tenter des découvertes).

Pour Astérix chez les belges, la logique est encore plus poussée : ce stupide concours de dévastation de camps romains en Belgique est motivé par les plus bas instincts, les plus grotesques mobiles - l'orgueil d'Abraracourcix ne vaut pas mieux que la mauvaise foi de Gueuselambix. D'ailleurs Goscinny excuse tout à ces deux chefs bouffis de vanité et aussi gras du bide que niveau humour : où sont passés les gags sur les pays visités par Astérix et Obélix, le malicieux contraste entre les caractères gaulois et étrangers ? On n'en trouve plus trace dans ce tome-là, quelques allusions rapides et sans génie sur Jacques Brel, les pommes frites, les moules rappellent à peine que l'action se déroule ailleurs qu'en Gaule - un comble !

La série n'est plus que le fantôme de ce qu'elle a été au niveau narratif, son insolence, sa drôlerie se sont évaporées au même rythme que Goscinny a réduit ses histoires à de vagues trames tellement grossièrement tissées qu'on sait dès les premières pages où cela va et comment.

Le plus dramatique dans ces échecs, c'est que, parallèlement à ce naufrage scénaristique, la partie visuelle est de plus en plus agréable. Le modelé du trait de Uderzo a atteint une authentique perfection, la capacité de l'artiste à tout dessiner, sa maîtrise technique sont éblouissantes.

Mais ce talent ne servant plus que de pseudo-récits se gâche aussi terriblement : avec l'âge, on le sait, le grand Uderzo fera appel à un véritable petit studio pour l'assister, créditant discrètement ses collaborateurs (qui ne feront jamais plus que peaufiner les crayonnés du patron, sans apporter de plus value réelle - à des lieues de ce qu'accomplirent les adjoints occasionnels ou durables comme Will ou Jidéhem chez Franquin ou même Edgar P. Jacobs et Bob De Moor avec Hergé). Pourtant, dans Obélix et compagnie comme dans Astérix chez les belges, on déjà ce sentiment de lire des albums réalisés avec le renfort de petites mains, ou alors d'un dessinateur se contentant parfois du strict minimum (comme lorsqu'il représente les décors belges - ou plutôt l'absence de décors...).

L'avant-dernière planche du tome 24 prouve pourtant la virtuosité fulgurante de Uderzo quand il signe une splendide pleine page entièrement peinte, inspirée par Bruegel l'ancien, pour une scène de banquet entre belges et celtes réconciliés. Mais comme ce morceau de bravoure paraît bien isolé, esseulé...

On ne saura jamais si Goscinny, et dans une moindre mesure Uderzo, auraient rebondi positivement après deux opus aussi décevants. En avaient-ils seulement envie avec une machine aussi bien huilée, déjà enrichie par moults produits dérivés (en premier lieu des dessins animés, eux-même peu fôlichons, puis plus tard des films live très inégaux) ? 
Astérix n'était déjà plus une simple BD depuis longtemps : elle était (et est restée) quelque chose de pire - un phénomène (de société, d'édition) : ce genre de monstres de librairie qui endort tout (ses auteurs, son public). S'il ne faut jamais condamner une BD parce qu'elle est un succès, il faut au moins des créateurs solides et audacieux pour que ce succès ne transforme pas des idées en formules et tue un titre.

mardi 14 avril 2015

Critique 605 : ASTERIX, TOMES 16 & 19 - ASTERIX CHEZ LES HELVETES & LE DEVIN, de René Goscinny et Albert Uderzo


ASTERIX CHEZ LES HELVETES est le 16ème tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, publié en 1970 par Dargaud.
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Le gouverneur romain de Rennes, Gracchus Garovirus, détourne massivement l'argent des impôts en attendant de partir loin et pour, entretemps, payer ses orgies.
Tout se complique lorsqu'il reçoit la visite du questeur Claudius Malosinus qui vient procéder à une enquête sur les finances de la ville. Garovirus, pour s'en débarrasser, l'empoisonne mais le percepteur entend parler par un légionnaire de Panoramix, un druide qui pourrait le soigner.
Au chevet du malade, Panoramix affirme être en mesure de préparer un antidote mais il a besoin pour cela d'un edelweiss et envoie Astérix et Obélix en cueillir dans les montagnes suisses. C'est le début d'une folle course-poursuite : les deux gaulois partent en Helvétie, Malosinus est transporté pour sa sécurité au village du druide et Garovirus fait prévenir son ami le gouverneur Diplodocus qu'il faut supprimer les deux hommes chargés de trouver l'étoile d'argent...
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ASTERIX : LE DEVIN est le 19ème tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, publié en 1972 par Dargaud.
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Une nuit d'orage (signe que le ciel va leur tomber sur la tête car les dieux sont en colère ?), les irréductibles gaulois, tous réfugiés dans la maison de leur chef, reçoivent la visite d'un devin Prolix. Celui-ci les baratine pour les abuser, à l'exception d'Astérix qui le considère comme un charlatan.
Au matin, le beau temps revenu, le devin repart mais Bonemine, la femme d'Abraracourcix, le rattrape dans la forêt, convaincu qu'il peut lui révéler son avenir. Prolix en profite pour abuser de ses largesses et répète la manoeuvre avec d'autres habitants qui viennent le consulter en secret.
Lorsqu'il est arrêté par les légionnaires du camp de Petibonum, Prolix doit composer avec son centurion, le sceptique et manipulateur Faipalgugus, qui veut se servir de lui pour se débarrasser des gaulois.
Effrayés par une nouvelle prédiction du devin, les villageois quittent leurs domiciles... sauf Astérix et Obélix qui sont rejoints par Panoramix, de retour d'une réunion de druides et qui apprend la situation. A eux trois, ils vont donner une bonne leçon à la fois aux faux oracle, aux romains et à leurs amis en mystifiant les uns et en rassurant les autres...

Voilà deux excellents crus ! Réalisés à deux ans d'écart, ils témoignent de la meilleure inspiration de leurs auteurs, qui s'appuient sur ce qu'ils savent le mieux faire dans les deux registres de prédilection de la série : d'un côté, on a une aventure fondée sur un voyage ; de l'autre, un récit qui se déroule dans le village.

Le périple qui entraîne Astérix et Obélix en Suisse est motivé par un argument simple mais ingénieux puisque c'est un romain qui, sollicitant l'aide de Panoramix, est à l'origine de leur mission (ramener un edelweiss, l'étoile d'argent, une fleur rare et délicate qu'on trouve en altitude - et nécessaire pour un antidote du druide). Voir les gaulois sauver la mise d'un romain (le questeur Malosinus) mais qui va permettre quand même d'en punir un autre (le gouverneur Garovirus) n'est pas banal et efficace.

Goscinny est étonnamment sobre et subtil quand il aborde les suisses et ne s'en moque que gentiment avec des gags sur la fondue, les coffres de leurs banques, et le yodel. C'est néanmoins drôle, même si l'histoire en elle-même est assez fournie pour presque s'en passer car les rebondissements sont nombreux. 
Cela se corse un peu quand Obélix s'enrhume durant le séjour puis se goinfre d'un chaudron entier de fondue avant de vider un tonneau complet de vin : il est alors tellement repu et ivre qu'il perd connaissance ! Astérix et ses complices helvètes doivent alors grimper une montagne en rappel tout en tirant Obélix avant qu'au sommet ils trouvent la fleur puis que le petit gaulois effectue la descente sur le ventre de son ami, toujours inconscient, comme sur une luge : une séquence mémorable et visiblement directement inspirée par les cartoons américains qu'adoraient Goscinny et Uderzo.

Le devin est encore un meilleur album : il exploite l'idée de l'élément perturbateur, un classique de la série (voir Le cadeau de César, tome 21, ou La Zizanie, tome 15), avec l'apparition d'un étranger dans le microcosme que symbolise le village gaulois, semeur de troubles. 

Son efficacité est d'autant plus redoutable, pour les héros, et jubilatoire, pour le lecteur, que Prolix n'apparaît même comme un agent de César, c'est un profiteur de passage qui saisit l'opportunité de manipuler une foule superstitieuse et susceptible. 
Il est remarquable de constater avec le recul à combien de reprises le scénariste est revenu sur ce postulat de la discorde sans jamais en avoir exploité durablement les effets : à chaque fois, Goscinny s'est contenté, de manière frustrante, de tirer cette ficelle, talentueusement, sur une histoire mais jamais plus, comme s'il ne fallait pas trop la creuser, comme s'il ne fallait pas bouleverser le ronron de la série. 
Dommage car on voit, à chaque fois, que tout n'est pas si paisible dans le village - en vérité, ils sont nombreux à ne pas s'aimer, voire à se vouer une profonde détestation (le vieillard Agecanonix et le forgeron Cétautomatix, Cétautomatix et le poissonnier Ordralfabétix, sans compter les ressentiments éprouvés et/ou subis par le barde Assurancetourix, Bonemine, etc.). Si les auteurs avaient eu plus de courage, Astérix n'aurait pas été simplement une série souvent efficace, aux ventes prodigieuses, mais une saga remuante dépassant le divertissement routinier.

Visuellement, ces deux tomes sont aussi des réussites, chacun dans leur domaine. Uderzo ne force pas son talent pour l'aventure helvétique mais réussit quelques séquences remarquables, comme la représentation répugnante des orgies de Garovirus, ou, donc, l'escalade de la montagne et sa descente, en passant par la longue scène des coffres (une merveille comique, avec un découpage très fluide).

En revanche, pour Le devin, l'artiste produit des planches souvent exceptionnelles, à commencer par l'ouverture de l'album : l'orage dans toute sa fureur, l'arrivée de Prolix - avec des jeux d'ombres très élaborés (assez rares pour être notés dans une BD humoristique où l'éclairage n'est pas forcément l'objet d'une attention spéciale), la forêt, et encore la vie dans le camp romain. 

Uderzo prouve, si besoin était, qu'il composait des plans avec un soin étudié, avec des angles de vue inattendus (par exemple, des plans généraux en légère plongée, ou des ruptures dans les enchaînements très énergiques, quand il passe de plans généraux ou d'ensemble à des gros plans - des ponctuations visuelles qui répondent parfaitement aux gags les plus basés sur l'expressivité). La physionomie des personnages est toujours très variée et précise, ce qui économise au scénario des suppléments explicatifs sur la moralité des acteurs : Uderzo sait toujours incarner un vilain impeccable, qu'il soit bête ou méchant, en le dotant d'un look bien senti, d'une gueule bien taillée.

Avec ces deux histoires, parues en peu de temps, on est vraiment au coeur des meilleurs épisodes de la série.

lundi 13 avril 2015

Critique 604 : ASTERIX, TOMES 12 & 15 - ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES & LA ZIZANIE, de René Goscinny et Albert Uderzo


ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES est le 12ème tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, publié en 1968 par Dargaud.
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En surprenant le légionnaire Cornedurus à l'entraînement dans la forêt voisine de leur village, Astérix et Obélix apprennent qu'il se prépare pour les jeux olympiques.
Panoramix apprend aux gaulois en quoi consistent ces jeux et à quelle fréquence ils ont lieu après que le centurion Tullius Mordicus soit venu demander à Abraracourcix que ses hommes ne perturbent pas son champion (grâce aux performances duquel il espère obtenir une promotion).
Mais le chef du village décide de participer aux jeux. Le souci, c'est que seuls les romains et les grecs y sont admis, mais Astérix fait remarquer que la Gaule étant envahie par César ils peuvent s'y présenter comme romains.
Une fois à Olympie, les villageois visitent les monuments grecs, s'entraînent (à leur manière), mais un magistrat olympique les informe d'un point crucial du règlement : il leur est interdit de consommer leur potion magique dans le cadre des compétitions !
Astérix s'aligne donc seul à la course et Panoramix élabore un stratagème pour piéger les romains afin de les vaincre dans cette épreuve...
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ASTERIX : LA ZIZANIE est le 15ème tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, publié en 1970 par Dargaud.
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Furieux que le village des gaulois lui résiste toujours et contrarié par les sénateurs qui refusent de le soutenir dans de nouvelles campagnes de conquêtes tant qu'il ne fait pas régner l'ordre dans tout le pays occupé, César accepte de suivre la proposition d'un de ses conseillers en semant la zizanie dans le camp ennemi.
Son arme secrète : Tullius Detritus, spécialiste pour monter n'importe qui contre les siens. Il est envoyé au camp d'Aquarium, dirigé par Caius Aérobus, et ne tarde pas à se présenter au village où il offre un présent à Astérix en s'adressant à lui comme au chef de l'endroit.
La jalousie gagne toute la population, mais Detritus n'en a pas terminé avec sa guerre psychologique puisqu'il réussit à faire croire que les romains possèdent la recette de la potion magique. Astérix, Obélix et Panoramix usent alors de la même fourberie pour retourner l'opinion de leurs amis et instiller le doute dans le camp romain...

Faute de disposer à la bibliothèque municipale du tome 13 (Astérix et le chaudron), je serai donc dans l'impossibilité de le critiquer. J'ai pu cependant mettre la main sur les tomes 12 et 15 (après vous avoir parlé du 14, Astérix en Hispanie, récemment), et je vais relire les 16, 19, 23 et 24 pour lesquels j'écrirai deux futurs articles groupés (je ne prévois pas de lire les albums écrits et dessinés par Uderzo seul, ni les tomes précédents le 12 - que j'ai toujours trouvés moins aboutis, au moins visuellement).

Voilà pour le programme. Maintenant, passons aux albums Astérix aux Jeux Olympiques et La Zizanie

Tout d'abord, c'est à partir des J.O. que, à mes yeux, le graphisme d'Uderzo sur la série commence à arriver à maturité : les personnages trouvent leurs formes définitives (c'est particulièrement notable avec Obélix, qui sans perdre sa silhouette "enveloppée" a gagné en longitude), et surtout le trait du dessinateur a atteint une fluidité remarquable, avec cet encrage au pinceau si reconnaissable, qui ne peut que susciter l'admiration. Bien des dessinateurs, y compris n'évoluant pas dans des BD du même registre humoristique qu'Astérix, s'en inspireront (je pense par exemple à Denis Bodart, qui avait expliqué dans le journal "Spirou" qu'il avait trouvé avec Uderzo son premier maître avant de découvrir Jordi - Torpedo - Bernet).

Le cadre choisi par Goscinny pour l'histoire permet à l'artiste de montrer toute l'étendue de son talent : la suggestion du mouvement y est prédominante, dès les premières pages, quand Cornedurus s'entraîne et tombe sur Astérix et Obélix. La série a fait et fera encore son sel de l'exploitation des exploits physiques, exagérés par les effets de la potion magique (le deus ex machina de bien des intrigues), et durant tout ce récit, on assiste à une sorte de succession de performances corporelles puisque cela aboutit aux jeux olympiques.

Cette dimension permet aux auteurs de distinguer avec malice deux modèles d'athlètes : d'un côté, il y a les gaulois, qui boivent, s'empiffrent, bref ignorent toute diététique avant les épreuves sportives ; et de l'autre, les romains et les grecs, présentés comme des individus aux muscles saillants, à la discipline absolue, mais qui se mettent à douter (de manière différente) face à cet adversaire inattendu (les romains redoutent évidemment la potion magique ; les grecs, plus orgueilleux, déplorent le mauvais exemple donné par les gaulois, la décadence qu'ils incarnent - ce qui inspire à Goscinny plusieurs calembours, toujours aussi peu drôles).

Ce traitement, même s'il est écrit dans le but de faire rire, n'en reste pas moins légèrement douteux et rappelle une certaine tendance de l'humour français à moquer d'autres cultures en les décrivant plus rigides alors que, nous, nous serions de sympathiques hédonistes, servis par la chance, et dotés d'une solide prétention, d'une suffisance certaine. Lorsque les hommes du village partent pour Olympie, bien entendu leurs femmes ne les accompagnent pas, et Goscinny n'est pas inspiré en faisant dire à Bonemine (l'épouse d'Abraracourcix) qu'elles vont en profiter pour.. Faire du ménage ! Personnellement, c'est ce genre de passages consternants qui m'a de tout temps déplu dans Astérix : quand l'ironie devient sarcasme (Hugo Pratt avait une jolie formule pour comparer ces deux tournures d'esprit en disant que "le sarcasme est à l'ironie ce que le pet est à la bulle de champagne") et qu'un machisme primaire s'y révèle.

Ce tome 12 est de toute façon assez faible narrativement : il faut attendre la moitié de l'album pour arriver en Grèce et les jeux ne démarrent qu'à la 35ème (sur 44) planche ! Tout cela met un temps fou à se mettre en place et Goscinny n'utilise finalement que très peu les épreuves sportives pour fournir des gags dans un récit que le titre met pourtant en avant. La couverture de l'album spoile d'ailleurs le dénouement !

Comment s'étonner alors que le film qui en a été adapté soit lui-même mauvais (une énorme production mal réalisée, avec pléthore de guest-stars, tout ça pour plaire à Uderzo qui n'avait pas apprécié les libertés prises par Alain Chabat dans Astérix : Mission Cléopâtre) ?

Heureusement, La Zizanie est d'une bien meilleure qualité. Goscinny part en effet d'une situation très simple, comme il savait si bien les imaginer, un énième plan tordu de César (même s'il le met en oeuvre après qu'un de ses conseillers lui a inspiré) pour des conséquences maximales sur les irréductibles gaulois. On retrouvera d'ailleurs un motif similaire dans Le cadeau de César (tome 21).

Detritus, est resté, à juste raison, comme un des meilleurs vilains de la série, car sa capacité de nuisance n'a d'égale que l'efficacité de sa méthode, et le scénario réussit excellemment à mettre en scène ses manoeuvres, de façon rapide et imparable : on souffre de voir les héros ainsi manipulés, tombant dans le piège tendu, se divisant. La menace fonctionne à plein régime.

Les gags sont très drôles, d'une méchanceté surprenante qui souligne les rapports tendus de la communauté des héros : c'est un des rares (sinon le seul) albums où on a le sentiment que ce chacun exprime révèle la vérité de ce qu'il pense - jalousie, brutalité, orgueil, bêtise. Le tableau n'est vraiment pas flatteur et le seul regret qu'on peut nourrir au terme de cette intrigue est que Goscinny n'ait pas exploré plus longtemps ce que cette histoire avait dévoilé entre les habitants du village : le fait que tout le monde se réconcilie, comme si finalement rien de grave ne s'était passé, trahit une certaine frilosité éditoriale, comme s'il ne fallait absolument pas faire évoluer ce microcosme - cette inertie narrative qui frappe bien des séries pour n'en faire que des produits, parfois certes bien faits, mais sans aspérités.

Mais ne boudons pas trop notre plaisir car, en prime, Uderzo est en grande forme : la majorité des scènes se déroulant dans le village, il choisit une option visuelle étonnante en préférant non pas détailler plus franchement le décor (en montrant par exemple les différentes maisons, rues) mais consacrer ses efforts à découper le plus efficacement possible l'action. 

On assiste à un défilé de portes qui claquent, de chutes (Abraracourcix et ses porteurs), de revirements (Obélix ne supportant pas de se fâcher avec Astérix), mais aussi à un véritable concours de mimiques très expressives (la face éternellement sournoise de Detritus, la bonhomie roublarde de Panoramix, la lassitude exaspérée d'Abraracourcix, l'incompréhension débonnaire d'Obélix, la complicité entendue d'Astérix). Et les femmes du village ont aussi de grands moments de crèpage de chignons, qui en disent aussi long sur leur caractère envieux les unes envers les autres que sur les sentiments qu'elles éprouvent pour leurs compagnons (dont elles déplorent et encouragent tour à tour la situation sociale).

On notera par ailleurs que Uderzo, qui, comme beaucoup de ses collègues de l'époque (Franquin, Morris, Tibet...), était à l'occasion un caricaturiste-portraitiste fameux, a donné au centurion Caius Aérobus les traits de Lino Ventura.

Deux tomes encore une fois très partagés qui soulignent l'inégalité de la série, capable de sombrer dans une production peu inspirée comme d'atteindre une force comique épatante.

vendredi 10 avril 2015

Critique 602 : ASTERIX, TOMES 14 & 20 - ASTERIX EN HISPANIE & ASTERIX EN CORSE, René Goscinny et Albert Uderzo


ASTERIX EN HISPANIE est le 14ème tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, publié en 1969 par Dargaud.
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César est en Espagne avec son armée et rencontre de la résistance dans la région d'Hispalis. Il capture opportunément le fils du chef Soupalognon Y Crouton et s'en sert pour tenter de faire plier le fier ibère.
En attendant que son adversaire soit plus raisonnable, l'empereur envoie le gamin au camp de Babaorum, dans les environs du village des gaulois, mais Pépé (abréviation de Périclès, car il a des origines grecques...) réussit à fausser compagnie à ses gardiens.
Retrouvé par les gaulois, Abraracourcix lui offre sa protection et confie à Astérix et Obélix le soin de le ramener auprès de son père. Le voyage est animé : Pépé et Idéfix deviennent inséparables, ce qui rend jaloux Obélix, ils croisent en mer les pirates (pour le malheur de ceux-ci), puis doivent payer les services d'un passeur une fois en Espagne.
Lorsque le légionnaire à qui César avait confié Pépé découvre par hasard que celui-ci est sur le point de retrouver son père, il fait tout pour le capturer à nouveau... 
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ASTERIX EN CORSE est le 20ème tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, publié en 1973 par Dargaud.
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Pour fêter leur résistance à l'envahisseur romain, Abraracourcix convie à une fête tous ses amis résidant en Gaule et ailleurs. Au programme : un banquet et l'attaque des camps encerclant le village. Mais les légionnaires, prévenus, désertent leurs bases, à l'exception de Babaorum au chef duquel on confie un prisonnier corse.
Lorsque les gaulois et leurs alliés donnent l'assaut, Obélacatérinatchitchix est libéré et explique sa situation à Abraracourcix qui, après avoir salué ses invités, charge Astérix et Obélix de le raccompagner jusque chez lui.
Une nouvelle fois, le périple est agité et les pirates en font les frais. Puis c'est la découverte de l'île de beauté et du mode de vie de ses habitants par les deux gaulois. Enfin sonne l'heure de la riposte contre le prêteur Suelburnus, qui dépouille les corses pour remplir les caisses de César...

Comme j'emprunte ces albums d'Astérix à la bibliothèque municipale, il est compliqué de les lire dans l'ordre chronologique de leur parution et c'est donc la raison pour laquelle je critique ici les tomes 14 et 20. Mais cela n'affecte pas vraiment leur lecture puisque chaque aventure est indépendante. Il n'y a guère que dans Astérix en Corse qu'on trouve des personnages étant apparus dans des épisodes antérieurs, mais sans que cela nuise à la compréhension de l'intrigue principale.

La série de Goscinny et Uderzo se partage en deux catégories d'histoires : il y a, d'un côté, celles qui opposent plus ou moins directement les irréductibles gaulois à César et/ou ses légionnaires ; et, d'un autre côté, celles qui entraînent Astérix et Obélix en voyage (parfois dans des régions gauloises, parfois dans d'autres pays).

Les périples en Espagne (Hispanie) et en Corse sont parmi les meilleurs de la série, et ce pour des raisons au demeurant très simples : Goscinny peut s'y livrer à son exercice préféré, celui où il est le plus doué, c'est-à-dire épingler de manière ironique mais jamais méchante les travers à la fois des gaulois et ceux qu'ils sont amenés à visiter. Le décalage induit par le déplacement d'Astérix et Obélix aboutit à des situations comiques faciles où les caractères des deux héros sont en constant décalage avec les gens qu'ils rencontrent, mais aussi parce que les hôtes du récit sont décrits d'une façon gentiment caricaturale.

La configuration narrative de ces tomes est rigoureusement identique, malgré les 4 ans qui les séparent dans leur réalisation, signe de l'aspect routinier, mécanique, de la série : il ne fait plus de doute que les auteurs avaient trouvé une formule et qu'ils l'ont employée paresseusement, elle les rassurait certainement autant que leurs nombreux lecteurs qui savaient ce qu'ils savaient lire. C'est à la fois la force de la série, car le procédé est efficace, le fait même de l'avoir trouvé et appliqué est ingénieux, mais aussi sa faiblesse, car dénuée de surprise, d'une roublardise indigne du talent de ses créateurs. Astérix est, à cet égard, une sorte de modèle pour beaucoup car c'est une série qui est parvenu à se définir solidement et durablement avec un succès considérable, mais c'est aussi une sorte de production industrielle, où Goscinny et Uderzo ont cessé de prendre des risques, de faire grandir leur projet, préférant le profit de leurs ventes que le risque d'étonner leur lectorat et de faire évoluer leur oeuvre.

Dans les deux cas, on a donc un prisonnier (Pépé, le fils de Soupalognon Y Crouton ; Obélacatérinabellatchitichix, le rebelle corse), récupéré par hasard par les irréductibles gaulois et confié par le chef Abraracourcix à Astérix et Obélix pour l'escorter jusque chez lui et lui prêter assistance contre l'envahisseur et oppresseur romain (en la personne de César ou d'un de ses subalternes). Goscinny va même jusqu'à répéter des motifs à l'intérieur de ses gags comme le fait qu'Idéfix soit utilisé comme une espèce de relais entre les deux héros gaulois et celui qu'ils raccompagnent (le toutou devient l'ami de Pépé, puis Obélix l' "offre" au corse pour qu'Astérix accepte qu'il soit du voyage). A ce niveau de ressemblance dans le récit, on pourrait presque penser que le scénariste radote...

Néanmoins, les deux aventures ont en commun d'être divertissantes, et c'est bien là la grande qualité de la série : même quand elle est agitée par des ficelles aussi grossières sur le plan narratif, elle se lit facilement et assure un agréable moment de lecture. Astérix me fait rarement rire ni vibrer, mais en revanche ce n'est jamais ennuyeux (bon, il faut dire qu'avec des albums de 44 planches, ce serait le comble !).

Et puis l'autre atout de ce titre, c'est de disposer d'un dessinateur exceptionnel en la personne d'Uderzo : lorsqu'on examine d'ailleurs les artistes aux commandes des séries emblématiques de cette époque, qu'elles aient été publiés par l'un ou l'autre des "big two" de la BD franco-belge (Dargaud ou Dupuis), on voit au travail une génération exceptionnelle (qui comptait des talents comme Franquin, Uderzo, Morris, Peyo, Roba, Tillieux).

Dans ce lot, Uderzo a été celui a décroché la timbale avec Astérix, mais son triomphe n'est pas immérité : cet artiste prodigieux avait une productivité folle (dont ce titre n'est que la partie la plus visible) et une technique extraordinaire. Goscinny pouvait s'appuyer sur son partenaire en étant sûr de qu'il ne serait jamais pris en défaut.

Qu'il s'agisse dès lors de croquer des trognes mémorables pour des seconds rôles très divers, des légionnaires aux guest-stars (ici le jeune Pépé, la perfection pour un gamin capricieux, et Obélacatérinabellatchitchix, avec son physique en lame de couteau impayable), ou de les représenter dans des décors immédiatement crédibles (l'Espagne des montagnes ou des plaines, ou la Corse majestueuse), Uderzo est toujours formidable. Et lorsque les fameuses bagarres éclatent, il s'en donne à coeur joie, avec parfois des idées de découpage très rusées (comme à la fin d'Astérix en Corse où, plutôt que de montrer le champ de bataille, il cadre quatre pépés en train de commenter ce qui se déroule hors champ).

On retiendra enfin que Astérix en Hispanie aurait dû être la troisième adaptation au cinéma en "live" (réalisé par Gérard Jugnot, le projet capota inexplicablement, après les cartons des deux premiers films) et, bien entendu, tout le monde se souvient du savoureux avant-propos de Goscinny sur la Corse et la susceptibilité de ses habitants - ils n'avaient pourtant rien à reprocher à cette histoire qui est une des meilleures de la série et a contribué, à sa manière, au prestige de l'île.

mercredi 8 avril 2015

Critique 601 : ASTERIX, TOMES 21 & 22 - LE CADEAU DE CESAR & LA GRANDE TRAVERSEE, de René Goscinny et Albert Uderzo


ASTERIX : LE CADEAU DE CESAR est le 21ème tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, publié en 1974 par Dargaud.
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Le légionnaire Roméomontaigus a terminé son service dans l'armée romaine mais il est arrêté en état d'ivresse la veille de son départ en congé. Apprenant cela, César, contre toute attente, ne le sanctionne pas. Quoique... Il lui fait cadeau d'une terre prétendument conquise en Gaule : le village des irréductibles gaulois !
Contre un peu de vin en plus, l'ex-légionnaire donne son titre de propriété à un aubergiste, Orthopédix, qui convainc sa femme, Angine, et sa fille, Coriza, de le suivre en Armorique.
Evidemment, une fois sur place, Abraracourcix n'accepte pas de céder la place ni le contrôle du village. Sauf que Angine se dispute avec Bonemine. La guerre est déclarée et Orthopédix se présente pour devenir le nouveau leader de l'endroit pendant que son épouse sème la discorde entre les habitants. Sans compter sur le retour imprévu de Roméomontaigus qui vient reprendre son bien...
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ASTERIX : LA GRANDE TRAVERSEE est le 22ème tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, publié en 1975 par Dargaud.
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Une énième bagarre a lieu dans le village à cause du poisson pas frais d'Ordralfabétix, qui décide alors de fermer provisoirement boutique, refusant d'aller pêcher alors que l'océan est pourtant tout proche.
Pourtant Panoramix a besoin de poisson pour préparer sa potion magique. Astérix et Obélix se dévouent pour aller à la pêche. 
Pris dans une tempête la nuit, ils dérivent considérablement et échouent sur le Nouveau Monde, sans connaître les indigènes. Ni se douter que des vikings sont dans les parages, en quête de nouveaux territoires à explorer et conquérir...

Réunis dans un album double édité par France Loisirs, ces deux histoires, qui ont déjà une quarantaine d'années, proposent, en somme, le pire (ou en tout cas le moins bon) et le meilleur de la série. Encore deux tomes et Goscinny ne sera d'ailleurs plus là (il mourra dans des circonstances ahurissantes, victime d'une crise cardiaque alors même qu'il passait un test d'effort chez un médecin !) : après, plus rien ne sera jamais pareil - Uderzo hésitera plusieurs années avant de continuer l'aventure seul, et ses albums seront souvent fraîchement reçus par la critique, malgré un accueil public toujours aussi favorable. Mais la magie ne sera plus au rendez-vous (c'est aussi ce qui frappera Lucky Luke, même si Morris aura la sagesse de poursuivre avec des auteurs, parfois inspirés)...

Le cadeau de César est un bon exemple de ce que Astérix pouvait donner quand son scénariste était en verve : la situation initiale est à la fois simple et efficace, développée avec beaucoup d'adresse et utilisant des ingrédients familiers - une manigance de César, un élément perturbateur introduit dans le village des gaulois, l'incapacité des légionnaires romains voisins à en tirer profit, une résolution rapide et habile, le tout avec un dosage parfait d'humour et d'action.

Les dialogues sont particulièrement drôles et les scènes s'enchaînent en réservant des moments percutants : la crise qui touche les gaulois est originale puisqu'elle est provoquée par un autre gaulois, et le confort de personnages importants est bousculé - qu'il s'agisse de l'amitié entre Astérix et Obélix, de celle entre Obélix et Idéfix, de l'autorité d'Abraracourcix, de l'infléxibilité de Panoramix. Le vieillard Agecanonix est employé comme un second rôle particulièrement valorisé, à l'origine là aussi de rebondissements savoureux.

A bien des égards, c'est un des récits qui met le plus et le mieux en scène la dynamique du village, agitant des acteurs qui faisaient partie du décor sans qu'on imagine les voir sortir de leurs rôles de figurants (comme les porteurs d'Abraracourix), de faire-valoir (comme Bonemine) ou d'instruments comiques (comme Assurantourix). En insistant ainsi sur les rapports humains au moins autant, si ce n'est davantage, que l'action, au moyen d'une intrigue diabolique, on apprécie mieux ce qui lie ou peut distendre le duo Astérix et Obélix (d'ailleurs je n'ai jamais compris pourquoi la série ne s'était jamais appelé "Astérix et Obélix" : c'est dans sa logique. Imaginerait-on parler d'une série "Spirou" sans adjoindre dans le titre "et Fantasio" ?) lorsque "Zaza", la fille d'Orthopédix se met à courtiser l'un puis l'autre pour suivre les plans de sa mère.

En revanche, relire La grande traversée fait mesurer sa faiblesse. C'est pourtant un épisode pour lequel j'ai une certaine tendresse, sans grand rapport avec sa qualité narrative : en effet, deux pages m'ont toujours spécialement plu - la première, page 26, montre Astérix et Obélix tentant d'expliquer par le mime aux indiens qui ils sont ("Nous sommes courageux... Nous n'avons peur que d'une chose : que le ciel nous tombe sur la tête... Nous aimons rigoler ! Nous aimons bien manger et bien boire... Nous sommes râleurs... Nous sommes indisciplinés et bagarreurs... Mais nous aimons les copains ! Bref, nous sommes des gaulois !" et le chef indien les prend pour des fous) ; la seconde est la dernière vignette de la page 33 montrant un superbe drakkar la nuit et cette image, je l'avais dessinée quand j'étais en CM2 sur un panneau en bois puis pyrogravée (je l'ai hélas ! ensuite perdue).

Mais, au-delà de ces souvenirs sentimentaux, il faut bien admettre que c'est un album très faible, avec un argument qui tient sur un timbre poste, juste un argument justement. Un prétexte pour entraîner les deux héros dans un voyage (un procédé maintes fois pratiqué dans la série) en terre inconnue. Sauf que Goscinny n'y va pas avec le dos de la cuillère cette fois puisqu'il les expédie en Amérique du Nord à la suite d'une tempête (sacré grain pour que les deux gaulois aient traversé tout l'océan Atlantique !) !

A partir de là, le récit traîne et ne décolle jamais : la rencontre avec les indiens, puis les vikings, n'aboutissent qu'à des scènes peu drôles, sans rythme, avec des clins d'oeil peu inspirés (encore une fois le célibat d'Obélix est en jeu, et comme toujours, hors de question d'explorer la question, l'ami d'Astérix sur-réagit comme si on le privait de sanglier et alors l'enjeu se déplace vers la fuite des deux égarés gaulois). Quant aux vikings, leur potentiel est très mal exploité et n'aboutit qu'à une bagarre, par ailleurs vite expédiée. A la fin, tout le monde rentre chez soi (un autre naufragé vient même s'ajouter aux habitants du village) et voilà !

Heureusement, visuellement, Uderzo est plus inspiré et produit des planches de très belle facture, de ce trait rond et énergique, encré au pinceau, admirable. Il n'a pas à se forcer pour illustrer les séquences mais tire son épingle du jeu grâce au découpage.

Si l'artiste n'a jamais été adepte d'expériences pour mettre en scène les aventures d'Astérix, ne s'autorisant qu'exceptionnellement quelques fantaisies (comme des pleines pages, des doubles pages, ou des vignettes aux dimensions inhabituelles), cette retenue sert ici intelligemment le propos en en soulignant le ressort séquentiel : par exemple, dans Le cadeau de César, page 39, la bande 2 est composée de trois cases verticales sans changement d'angle de vue, ce qui donne une fluidité brillante à la scène (Astérix est en haut d'une tour d'un camp romain, sommé d'en descendre par le chef des légionnaires il s'exécute, les romains s'effraient en le reconnaissant car ils craignent qu'il ait bu de la potion magique et ne flanque une dérouillée, et quand le gaulois est enfin en bas de la tour la voie est libre pour qu'il s'échappe - car il n'a pas bu de potion).

De même dans La grande traversée, pages 26 et 38, Uderzo répète la même séquence de cases sur trois des quatre bandes en utilisant un gaufrier, lorsque Astérix, Obélix et Idéfix miment qui ils sont aux indiens puis aux vikings. Le dessinateur, qui n'a donné aucun décor à ces plans, produit encore un bel enchaînement, où il se sert d'effets qu'il maîtrise parfaitement (les mouvements décomposés, l'expressivité des personnages, les attitudes bien campées).

Son génie pour les tronches reste éclatant, et dans La grande traversée, il s'amuse (et nous amuse) avec les indiens et les vikings. C'est aussi dans ces cas-là qu'on regrette qu'Uderzo n'ait pas tenté autre chose quand il pensait arrêter Astérix après le décès de Goscinny : en préférant demeurer dans le confort de cet univers, avec ces héros, il s'est privé (et nous avec) de dessiner d'autres genres de récits où son talent aurait fait merveille.

Ces deux tomes sont donc inégaux : faciles à lire, mais un peu trop facilement écrits, ils valent surtout pour la qualité graphique, et annoncent, sans le savoir, la fin de l'âge d'or créatif de la série.

lundi 6 avril 2015

Critique 599 : ASTERIX, TOMES 17 & 18 - LE DOMAINE DES DIEUX & LES LAURIERS DE CESAR, de René Goscinny et Albert Uderzo

(Ci-dessus : la couverture du double album
édité par France Loisirs, regroupant ces deux histoires.)

ASTERIX : LE DOMAINE DES DIEUX est le 17ème tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, publié en 1971 par Dargaud.
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Toujours à la recherche d'un moyen de vaincre le village des irréductibles gaulois, César a l'idée de faire bâtir une cité touristique tout autour et confie le projet à l'architecte Anglaicus.
Après qu'Astérix et Obélix aient découvert que les romains prenaient des mesures dans la forêt, le druide Panoramix convainc le chef Abraracourcix de laisser leurs ennemis s'activer chaque nuit, d'abord pour mieux reboiser la forêt après leur passage (grâce à des graines modifiées), et ensuite en incitant les esclaves puis les légionnaires à réclamer de meilleures conditions de travail. Cela devrait vite les décourager de continuer.
Mais le chantier progresse malgré tout et aboutit à la construction d'un hôtel où viennent se détendre des touristes romains.
Assurancetourix, le barde, est alors envoyé sur place et ses chants font déguerpir les résidents. Puis les gaulois finissent de déloger les légionnaires qui les remplacent dans l'établissement.
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ASTERIX : LES LAURIERS DE CESAR est le 18ème tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, publié en 1972 par Dargaud.
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Invité chez son beau-frère, Abraracourcix supporte mal son arrogance citadine et, pour reprendre l'avantage, l'invite à dîner dans son village en lui promettant un plat assaisonné avec les propres lauriers de César.
Astérix et Obélix sont chargés de voler la couronne à l'empereur romain et, pour cela, se font engager comme esclaves pour tenter de l'approcher. Ils sont achetés d'abord par un notable mais un serviteur déjà bien établi les jalouse et contrarie leur projet en les accusant de fomenter un assassinat contre César, sans se rendre compte du service qu'il leur rend.
En effet, enfermés dans une cellule du palais, ils en profitent pour poursuivre leurs investigations, sans succès. Condamnés à mourir dans l'arène des gladiateurs, ils espèrent que César assistera au spectacle mais ce n'est pas le cas.
Jetés dehors, ils apprennent que celui qui les avait dénoncés a été choisi pour porter les lauriers au-dessus de la tête de l'empereur lors de son retour d'une campagne contre les pirates. Les deux gaulois n'ont alors plus de mal à le convaincre de substituer la couronne par une autre faite de fenouil. Abraracourcix tient sa revanche.

Alors que ma 600ème critique approche et qu'elle sera consacrée à une sortie récente et volumineuse, j'ai lu entretemps ce double album d'Astérix que j'avais emprunté récemment à la bibliothèque municipale en traînant un peu pour le commencer (je voulais d'abord terminer Les Tours de Bois-Maury et découvrir le n° 4016 de Spirou).

Comme, en outre, je l'avais dit lorsque j'avais parlé d'Astérix chez les pictes (le dernier épisode en date de la série, et le premier réalisé par les successeurs d'Uderzo, Ferri et Conrad), je n'ai jamais été un grand fan du titre, même si je lui reconnais une efficacité certaine. Je n'ai tout simplement pas grandi avec Astérix, préférant dans mes premières années de fan de BD les westerns (sérieux comme Blueberry et Comanche, ou légers comme Lucky Luke et Chick Bill). Du duo Goscinny-Uderzo, je préférer Oumpah-Pah, mais hélas ! j'ai perdu mes albums et la bibliothèque municipale ne les a plus (certainement vendus lors d'un "désherbage" ou volés par un indélicat) : peut-être qu'un jour je me paierai l'intégrale qu'on trouve pour pas cher en occasion sur des sites de vente en ligne. Mais c'est une autre histoire.

Donc, je suis tombé sur ce double album, et en le feuilletant, j'ai trouvé le dessin bien joli. A partir d'Asterix en Hispanie (tome 14), Albert Uderzo est parvenu à un résultat graphique qui me séduit plus que dans ses albums précédents de la série : Obélix résume bien cette évolution subtile en restant enveloppé mais en gagnant en hauteur. Le trait de l'artiste a alors un modelé incroyablement souple, remarquable quand on sait qu'il s'encrait au pinceau (ce qui signifie une dextérité redoutable) à partir de crayonnés plus ou moins poussés (plutôt plus que moins quand même, car Uderzo esquissait plus nettement que Morris, par exemple, qui, lui, partait avec des layouts souvent très vagues sur des planches de très grand format mais qu'il peaufinait à la plume ensuite - Franquin admirait le créateur de Lucky Luke pour cette aisance à se lancer ainsi, pratiquement sans filet).

Cette excellence visuelle, ces deux aventures d'Astérix du début des années 70 en portent la marque : Uderzo livre des planches extraordinaires de vitalité et de précision, qu'il s'agisse d'animer un récit dans les environs du village ou à Rome (donc un cadre plus urbain), avec des décors campés avec un soin époustouflant (qu'il s'agisse de l'hôtel d'Anglaicus ou des palais et de l'arène Maximus de la capitale italienne).

Les personnages ont acquis leur définition esthétique parfaite et le génie, osons le dire, avec lequel Uderzo croque sa distribution est remarquable, s'amusant même à caricaturer (comme il le fit souvent) des célébrités de l'époque dans des rôles secondaires ou de figuration (Guy Lux prête ainsi ses traits à un animateur de loterie dans Le domaine des dieux). Il y a un dynamisme irrésistible dans la représentation de l'action, avec des effets empruntés au cinéma d'animation (une référence partagée par beaucoup d'artistes franco-belges de cette génération), en particulier les fameux moulinets stroboscopiques pour les séances de bourre-pifs entre gaulois et légionnaires, mais aussi des effets de mise en scène épatants comme lorsque Panoramix reboise la forêt grâce à ses graines génétiquement modifiées avant l'heure.

Ces astuces visuels, associées à un découpage classique mais très vif (une moyenne de 8 plans par page, et quelques extras comme la double-page de l' "impliable" dans Le domaine des dieux), sont pour beaucoup, si ce n'est l'essentiel, dans le charme de ces récits complets.

Toutefois, le talent consommé de conteur de René Goscinny est aussi éclatant dans ces deux tomes. Certes, le dénouement des Lauriers de César est un peu expédié (du fait d'un grand nombre de péripéties, on sent que le scénariste a dû conclure précipitamment), mais le rythme est très soutenu tout en ménageant de la place pour des gags (majoritairement visuels, comme l'arbre qu'Obélix fait, par mégarde, pousser dans la maison d'Astérix).

Les dialogues ne sont pas avares en calembours et chacun y goûtera selon qu'il en est friand ou pas. Pour ma part, ce n'est pas ce que je préfère, ça ne vole pas toujours très haut, c'est facile, trop chansonnier. Mais parfois, quand même, reconnaissons que ça fait sourire. Goscinny est plus fort pour le comique de situations et ironiser sur les caractères, ce qui fait qu'Astérix est une série à la fois si populaire parce qu'elle est efficacement drôle et doté d'un second degré qui moque les particularismes français. Quand l'histoire appuie sur ces ressorts-là (ce mix délicat entre l'action et le sarcasme), Astérix est savoureux, son succès compréhensible et légitime. Sinon il est simple de n'y voir qu'une succession de saynètes écrites par un Goscinny en mode pilotage automatique (un réflexe sans doute inévitable vu sa production pléthorique).

On ne saurait nier avoir passé un agréable moment de lecture après avoir fermé ce double album. Et c'est aussi la grande force d'Astérix : on y entre sans effort, on en ressort de bonne humeur.

dimanche 6 juillet 2014

Critique 476 : ASTERIX, TOME 35 - ASTERIX CHEZ LES PICTES, de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad



ASTERIX CHEZ LES PICTES est le 35ème tome de la série, écrit par Jean-Yves Ferri et dessiné par Didier Conrad, d'après les personnages créés par René Goscinny et Albert Uderzo, publié en 2013 aux Editions Albert René.
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Nous sommes en 50 avant Jésus Christ et toute la Gaule est occupée par les romains. Toute, sauf un petit village breton encerclé par quatre camps de légionnaires. C'est le village d'Astérix le gaulois !
Un froid matin d'hiver, Astérix et son ami Obélix vont se promener sur la plage où s'est échoué un énorme glaçon dans lequel se trouve un jeune homme. Dégelé grâce aux bons soins du druide Panoramix, l'étranger parvient petit à petit à se faire comprendre : c'est un picte nommé Mac Oloch qui a été jeté à la mer par son rival Mac Abbeh qui compte ainsi s'emparer du trône et épouser Camomilla, la fiancée du naufragé, en scellant une alliance avec les romains.
Astérix et Obélix décident de raccompagner Mc Oloch chez lui et de l'aider à rétablir son bon droit. Une fois sur place, ils vont découvrir cette contrée aux moeurs étranges, la créature fantastique qui vit dans ses eaux, et essayer d'empêcher l'accession au pouvoir de Mac Abbeh.

Cela faisait une éternité que je n'avais plus lu Astérix, mais en vérité, je n'en ai jamais été un grand fan. J'ai commencé à lire et aimer la bande dessinée avec Lucky Luke, une autre des séries à laquelle le scénariste René Goscinny a prêté sa plume (même s'il ne l'a pas créée). Puis plus tard, de la même manière, j'ai préféré Spirou et Fantasio à Tintin après avoir essayé les deux. La vie d'un lecteur est ponctuée de préférences comme celles-ci, entre plusieurs grands classiques du 9ème art, comme on peut être plus attiré par les Beatles que par les Rolling Stones.

La curiosité a motivé mon envie de découvrir ce nouveau tome d'Astérix : il y a toujours quelque chose de fascinant et d'irrationnel quand un album de bd atteint des scores de vente aussi vertigineux (plus de 2 millions d'exemplaires rien qu'en France), qu'une série connaît une telle longévité et s'est installé dans le patrimoine culturel. La méfiance que m'inspire ce genre de phénomène s'estompe parfois au fil du temps pour que je choisisse finalement de lire l'ouvrage si plébiscité.
Pourtant, malgré son succès hors normes, Astérix ne s'attire plus de commentaires flatteurs depuis longtemps. La série a connu un coup qui aurait pu lui être fatal quand Goscinny a disparu en 1979 après avoir terminé le script du 24ème tome (Astérix chez les belges), mais Albert Uderzo a préféré persévérer seul aux commandes de son best-seller que de prendre sa retraite ou se lancer dans un nouveau projet. Ce grand artiste n'a toutefois jamais vraiment convaincu comme auteur complet et d'ailleurs la vérité impose de dire qu'il ne dessinait plus que des crayonnés, entouré par plusieurs assistants.
La prolongation a ainsi tenu durant 12 albums (dont un "livre d'or", L'anniversaire d'Astérix et Obélix), confortant la fortune d'Uderzo mais aussi de la fille de Goscinny, Anne ; et la popularité de l'affaire a été confortée par des adaptations cinématographiques de qualité inégale mais remplissant les salles (atteignant des sommets avec le 2ème film, Astérix : Mission Cléopâtre, réalisé par Alain Chabat), des parcs d'attractions, une multitude de produits dérivés, etc.
Astérix a cessé d'être une simple bande dessinée à succès pour devenir une entreprise multimédia juteuse mais plus tellement créative. Quand cela se produit, est-ce qu'on peut encore lire sereinement un livre sans être parasité par tout ce qu'il génère à côté ? C'est aussi cela qui m'a éloigné d'Astérix, ce sentiment de ne plus avoir affaire à une bd mais une opération uniquement prolongée pour le commerce, et secouée par de sordides affaires familiales entre les Uderzo père et fille.

On imagine bien que passer la main pour Uderzo, à quand même 87 ans, et dans ces circonstances, n'est pas chose aisée. A-t-il songé à ce que personne ne le remplace, comme Hergé en son temps ? Le fait est que, donc, un 35ème tome a été mis en chantier et sa fabrication a été chaotique. 
Ce sont finalement Jean-Yves Ferri (remarqué pour son récit complet De Gaulle à la plage et les 5 tomes du Retour à la terre, dessinés par Manu Larcenet), pour son script, et Didier Conrad, aux dessins, qui ont été choisis par Uderzo - très présent tout au long de la réalisation puisqu'il a supervisé l'histoire, participé aux crayonnés et co-signé la couverture (où il a dessiné Obélix).
Ces conditions de travail m'embarrassent déjà : à quelle marge de manoeuvre peuvent prétendre les repreneurs ainsi surveillés ? Ce n'est même plus un travail de commande mais plutôt un emploi d'exécutants obligés de suivre la moindre directive d'Uderzo et d'Anne Goscinny.
En comparaison, Spirou et Fantasio (qui a aussi connu des périodes difficiles quand une équipe a remplacé l'autre) a toujours su profité de créateurs authentiques, même si diversement inspirés, capables de réinterpréter scénaristiquement et visuellement la série, et engendrant même des épisodes hors série avec une sensibilité particulière.
Mais pour un titre comme Spirou, combien de séries mythiques reprises ou relancées par des gens parfois talentueux mais sans audace, préférant produire des albums au plus prés de ce qu'attendent les fans plutôt que des versions susceptibles à la fois de respecter l'esprit tout en sachant faire évoluer les héros, progresser leurs aventures, oser une modernisation intelligente ? C'est ainsi que Lucky Luke a sombré, que Blake et Mortimer n'inventent plus rien, et qu'Astérix est devenu une bande dessinée bridée par son co-créateur et la fille de son scénariste.

Astérix chez les pictes n'a rien de bien fameux. Ce n'est pas honteux non plus mais cette aventure ne décolle jamais. Le scénario de Ferri est mou, ses gags sont poussifs et en fait rares : il aligne des jeux de mots sur les patronymes comme Goscinny mais avec infiniment moins d'esprit et d'imagination. Les situations se succèdent sans jamais soulever l'enthousiasme, et certains éléments sont écartés sans réelle justification (Idéfix est privé de voyage parce qu'il est "un peu petit" : le toutou qui a été jusqu'en Amérique ne pourrait pas aller en Ecosse ?!), mal exploités (un méchant sans relief et aux motivations éculées), quand ils ne sont pas simplement recyclés (la romance entre Mac Ooloch et Camomilla évoque celle du Grand fossé, tome 25).
Surtout, à aucun moment, on ne sent que Ferri s'approprie ces personnages, leur univers : il emploie le casting de la série sans inspiration, comme s'il devait composer avec des étapes imposées (les porteurs d'Abraracourcix, le radotage d'Agecanonix, les potions de Panoramix, les pirates, etc). Pire, Astérix et Obélix deviennent presque des seconds rôles une fois arrivés sur les terres de Mac Oloch et leurs disputes sont provoquées par des motifs superficiels, tout comme les émois d'Obélix sont suscités de manière trop systématique.
Il n'en faudrait pas beaucoup pour que cela vous tombe des mains tant ça manque de piment et d'humour. Peut-être qu'à l'avenir, si cette équipe créative est reconduite (c'est hautement possible vu le succès de l'album), saura-t-elle faire preuve de plus d'imagination (si tant est que Uderzo et Anne Goscinny consentent à plus de souplesse) mais là, ce n'est ni fait, ni à faire.

Passer après Uderzo, quand bien même cela fait longtemps qu'il ne dessinait plus seul la série, n'est pas un cadeau. Frédéric Mébarki, qui fut un des assistants de l'artiste, l'a appris à ses dépens puisqu'il avait réalisé l'intégralité des crayonnés de l'album avant que son mentor estime que ça ne convenait pas et se mette en quête d'un remplaçant.
Mais Didier Conrad, s'il a certainement gagné un bon chèque et une nouvelle exposition en étant élu, déçoit aussi. Il est très loin le temps où ce dessinateur, avec son compère le scénariste Yann, faisait feu de tout bois avec des séries comme Les innommables ou Bob Marone. Ici, il a dû s'ingénier à copier le style d'Uderzo, à refaire des pages selon ses consignes, et il ne reste plus grand-chose de Conrad dans le résultat final (même si un spécialiste de l'encrage, comme Philippe Cordier, sur son blog www.philcordier.blogspot.com , vous expliquera qu'un examen attentif des planches montre des différences).
Le pire est que Conrad rate des scènes dont Uderzo était un des maîtres, comme la bataille entre pictes, romains et nos deux gaulois (page 43), ou des idées de découpage déjà peu inspirées (le passage sous-marin page 34).
Sa représentation des personnages n'ajoute strictement rien (encore une fois, on en revient à ce que sont capables de faire les artistes de Spirou et ceux de Lucky Luke ou Blake et Mortimer), les décors sont souvent sommaires, et on peut s'étonner qu'il ait fallu trois coloristes pour achever ces 48 pages.

Alors, bien sûr, il est facile, voire coutumier, de critiquer négativement un tel hit. Pourtant, j'y suis allé avec bienveillance, mais le compte n'y est pas. C'est une déception, autant en ce qui concerne la manière que pour le résultat. Il faudra une sacrée dose de potion magique pour redonner tout son éclat et son pep's aux aventures du petit gaulois...