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dimanche 21 novembre 2021

LAST NIGHT IN SOHO, de Edgar Wright (critique avec spoilers !)


Trois and après son enthousiasmant Baby Driver, Edgar Wright est de retour avec Last Night in Soho. Et le cinéaste signe là son oeuvre la plus noire, mais avec la même virtuosité. On peut s'étonner que le film n'ait pas rencontré son public, tout en nuançant cet échec par la situation actuelle de crise sanitaire (qui ne motive pas les spectateurs à retourner dans les salles de cinéma). Mais on peut facilement parier que cette pépite gagnera un statut d'oeuvre culte avec le temps.


Eloise "Ellie" Turner vit en Cournouialles et adore la pop culture des années 60. Elle rêve de devenir styliste comme a failli l'être sa mère, qui, sujette à des troubles mentaux, s'est suicidée quand Ellie était enfant. Lorsqu'elle est admise dans une école de monde, elle part pour la capitale. Mais sur place, elle doit subir les railleries de ses camarades de classe, en particulier Jocasta, avec qui elle partage une chambre à la cité universitaire. Seul John est sympathique avec elle.


Ellie décide de louer une chambre de bonne louée par Mlle Collins dans les quartier de Soho. La nuit venue, elle rêve qu'elle est projetée dans les années 60 et entre dans le "Café de Paris" où elle remarque une belle jeune femme blonde, Sandie, qui aborde Jack, un dénicheur de talents, pour décrocher une audition. C'est le coup de foudre et ils entament aussitôt une liaison passionnée, finissant la nuit dans la chambre qu'occupe aujourd'hui Ellie.


Le lendemain, en classe, Ellie dessine la robe que portait Sandie dans son rêve. Pour payer son loyer, elle postule comme serveuse dans un bar de Soho et est engagée. Elle remarque un vieil homme qui la dévisage et que le barman surnomme "la sangsue" à cause de sa réputation de séducteur passé. Ellie, le soir, se couche et retourne dans les années 60. Elle suit Sandie et Jack dans un cabaret, le "Rialto", où la jeune femme passe une audition avec succès. Inspirée par ces visions, Ellie, le lendemain, va chez le coiffeur et se fait teindre en blonde comme Sandie puis adopte un look rétro. "La sangsue" tente de l'aborder mais elle l'ignore, apeurée.
 

Lors d'un nouveau rêve, Ellie découvre que les ambitions de Sandie se brisent. Jack l'incite à coucher avec un producteur puis d'autres hommes. Elle s'y soumet en espérant que cela lui permettra de décrocher un contrat de chanteuse - en vain. Bouleversée, Ellie est en proie à des hallucinations dans la journée où elle croit voir les clients de sandie. Remarquant sa détresse, John invite Ellie à une fête pour Halloween mais Jocasta drogue sa boisson. Croyant voir Jack et Sandie, elle panqiue. John se propose de la reconduire chez elle. Elle l'invite dans sa chambre et se donne à lui mais dans un miroir, elle voit Jack tuer sauvagement Sandie. Ses cris alertent Mlle Collins et force John à se carapater.


Convaincue que "la sangsue" est Jack, Ellie le dénonce à la police mais on ne la prend pas au sérieux. Elle se rend aux archives d'une médiathèque pour consulter des articles de presse dans l'espoir d'en trouver un sur la mort de Sandie. A la place, elle découvre une série de crimes irrésolus sur des hommes dans le quartier de Soho. A nouveau, Ellie croit voir les fantômes de clients de Sandie et panique, elle dégaine une paire de ciseaux pour se défendre et manque de peu de blesser Jocasta.


Pour confondre "la sangsue", elle essaie de le piéger au bar en l'assaillant de questions sur son passé et celui de Sandie.  Agacé, il s'en va mais un taxi le percute. Une ambulance arrive et la propriétaire du bar révèle à Ellie qu'il s'appelait Lindsay et qu'il était policier autrefois, amoureux de Sandie qu'il avait tenté de sauver de la prostitution comme d'autres filles perdues. Horrifiée par sa méprise, elle part en courant et tombe sur Jack qui, passant par là, a cru que l'ambulance était là pour elle.


John raccompagne Ellie chez elle. Elle veut quitter Londres sans délai et va chercher ses affaires dans sa chambre. Elle frappe à la porte de Mlle Collins pour la prévenir et la vieille dame l'invite à boire un thès en lui expliquant avoir reçu la visite de la police. Elle s'allume une cigarette puis révèle à Ellie être Sandie. Elle a tué Jack et les clients auxquels il la vendait, refusant la main tendue de Lindsay, préférant se venger pour ses rêves brisés. John, inquiet, frappe à la porte de Mlle Collins. Ellie le met en garde mais il se fait poignarder. La cigarette de Mlle Collins tombe parterre. Un incendie se déclare. Ellie monte à l'étage, poursuivie par sa logeuse qui, quand elle arrive dans la chambre de sa locataire, fait face aux spectres de ses victimes. Ellie s'éclipse, laissant Mlle Collins périr dans les flammes alors que les pompiers arrivent.


Quelque temps plus tard, Ellie est acclamée après avoir présenté ses créations lors d'un défilé organisé par son école. Félicitée par sa grand-mère, venue des Cornouailles, et John, elle aperçoit sa mère dans un miroir puis Sandie qui lui envoie un baiser.

Sans Quentin Tarantino, peut-être que Edgar Wright n'aurait pas réalisé Last Night in Soho : les deux cinéastes sont amis de longue date et partage le même goût pour la pop culture et le premier a soufflé au second le titre de son nouvel opus. Wright travaillait sur cette histoire depuis des années, en butant sur le nom qu'il allait lui donner.

L'autre déclic a eu lieu, pour Wright, quand il a vu Once Upon a Time... In Hollywood : bluffé par la reconstitution de la Californie de la fin des années 60 dans le chef d'oeuvre de Tarantino, il a alors su qu'il pourrait faire de même avec le Swinging London. Mais, contrairement à son confrère, l'anglais n'entendait pas réécrire l'histoire pour lui donner une happy end. Au contraire.

Bien qu'il adore la pop culture et les 60's, Edgar Wright avec sa co-scénariste Kristy Wilson-Cairns a voulu en montrer la face cachée. Pour tout le monde, c'est une époque d'insouciance, mais en vérité elle a été traversée par des événements dramatiques partout dans le monde. La légéreté ambiante n'était qu'une façon de supporter de nombreuses horreurs et, à cet égard, les témoignages de ses acteurs, Diana Rigg (dont ce fut le dernier rôle et à qui le film est dédié) et Terence Stamp, n'ont fait que confirmer le sentiment du cinéaste.

Comme pour Baby Driver, Wright a choisi un personnage juvénile, innocent. Mais surtout vulnérable. Dès la première scène, Héloise "Ellie" voit de drôles de choses dans les miroirs, ce qui introduit un élément subtilement fantastique. Par la suite, cela va aller crescendo. On suit donc cette jeune fille à Londres où elle fait des études de stylisme : elle est à part, ses références s'inspirent des années 60, elle écoute les Kinks et idolâtre Audrey Hepburn, ce qui lui vaut les quolibets de ses camarades, mais l'intérêt de ses professeurs et d'un gentil garçon, John.

Ellie loue une chambre chez une vieille dame et là, le film opère une première bascule. Lorsqu'elle rêve, la jeune fille est propulsée dans le Londres de la fin des années 60 où elle marche dans les pas d'une starlette aspirante chanteuse, Sandie, que va prendre sous son aile Jack, un séduisant rabatteur. Très vite, le cauchemar éclipse la fantaisie : Sandie est forcée de se prostituer. Ellie est bouleversée et va tenter de savoir ce qui s'est passé quand elle voit le meurtre de la starlette par son amant.

Wright ne cache pas ses références : on pense à Répulsion, de Roman Polanski (1965), puis les giallos, les polars d'épouvante italiens populaires dans les années 70. Il reproduit de façon incroyable, bluffante, les mises en scène de Polanski et Dario Argento dans des scènes marquantes, mais jamais gratuitement. Le cinéaste joue avec l'exercice de style mais, certainement grâce à la contribution de sa co-scénariste Kristy Wilson-Cairns, il le double d'un commentaire remarquable post-#MeToo, enregistrant les violences subies par les femmes, les coulisses glauques de l'industrie du spectacle, la figure prédatrice des hommes de pouvoir (de ce point de vue, Jack est un méchant aussi séduisant qu'abject). Mais il traite tout ça avec recul et même une pointe d'humour grotesque bienvenue (le rôle de Mlle Collins et la révélation concernant son identité).

Dans sa première partie, il me semble aussi que le film rend hommage à Little Nemo de Winsor McCay que j'ai toujours considéré comme une BD non seulement fondatrice mais cauchemardesque (avec les rêves psychédéliques avant l'heure de son héros et ses aventures délirantes). Plus généralement, dans sa deuxième partie, l'histoire prend la forme du conte, avec sa jeune héroïne assaillie par des fantômes, sa structure spiralique, sa descente aux enfers. Enfin, le troisième acte ne recule pas devant un certain grand-guignol, que vient à peine modérer la fin (comme un écho du Once Upon a Time... In Hollywood de Tarantino, plus sentimental sur ce coup que Wright). C'est donc étourdissant (pour reprendre le mot que la grand-mère d'Ellie à propos de la découverte de Londres) mais plus amer qu'acidulé.

Plongés dans cette critique du romantisme de l'époque, les acteurs contribuent décisivement à la réussite du projet. J'ai déjà cité Diana Rigg et Terence Stamp, témoins de ce temps passé, sans illusions, mais qui par leurs seules présences permettent de crédibiliser le propos. Matt Smith est fascinant en amant diabolique (aux antipodes de son rôle de Dr. Who). Mais bien sûr, ce sont les deux comédiennes principales qui concentrent tout l'intérêt.

On a beaucoup mis en avant, durant la promo du film, Anya Taylor Joy : l'actrice a changé de statut depuis le carton sur Netflix de la série Le Jeu de la Dame (The Queen's Gambit) et elle est absolument parfaite ici encore. Blonde, coiffée d'une choucroute typique des chanteuses de pop 60's, dans sa robe rose vaporeuse, elle personnifie le glam et la déchéance avec une intensité peu commune. Pourtant, en étant tout à fait franc, il me semble que Thomasin McKenzie lui vole la vedette. Révélée en 2018 (dans Leave no Trace, de Debra Zanick ) elle a bien grandi pour devenir une ravissante jeune femme. Son visage angélique fascine, mais surtout la maturité de son jeu, pour elle qui est de toutes les scènes et passe dans par tous les états, bluffe. Réussir à éclipser Taylor Joy est une sacrée performance, mais elle tient aussi tête à Stamp et Rigg sans problème. J'espère vraiment que, malgré l'échec commercial du film, sa prestation lui assurera de futures grands rôles.

Et puis bien sûr, il y a la photo, magnifique de Chung-hoon Chung, la musique rassemblée par Steven Price et Wright (la bande originale est juste insensée). Last Night in Soho est un putain de bon film, peut-être le meilleur de son auteur (en tout cas avec Scott Pilgrim). Si vous l'avez raté ou s'il n'est pas arrivé jusqu'au cinéma près de chez vous, sautez sur le DVD dès qu'il sera dispo (c'est pour bientôt) !  

*
Le film a inspiré plusieurs superbes fan-arts à des spectateurs. J'ai trouvé cette affiche alternative sur Twitter, mais j'ai oublié de noter le nom de son auteur. Et encore une fois, je regrette que les distributeurs et les producteurs ne choisissent plus de promouvoir les films avec des posters comme ça.

dimanche 17 septembre 2017

BABY DRIVER, d'Edgar Wright


Baby Driver est le "dream movie" de son réalisateur-scénariste, Edgar Wright, un projet qu'il avait en tête depuis une vingtaine d'années, mais qu'il a longtemps reporté avant d'en tirer un script convenable et de convaincre ses producteurs.

Griff, Darling, Baby et Buddy (Jon Bernthal, Eiza Gonzalez, Ansel Elgort et Jon Hamm)

Baby a été piégé il y a quelques années en volant la voiture d'un caïd d'Atlanta, Doc, qui, pour lui faire payer son geste, en a fait le chauffeur des casses qu'il organise. Prodige du volant, le jeune homme a un secret pour semer les flics : il cale sa conduite automobile sur des morceaux de musique qu'il écoute en roulant - ce qui lui permet aussi de couvrir les acouphènes dont il souffre depuis l'enfance.

Debora et Baby (Lily James et Ansel Elgort)

Baby sera  délivré de son engagement auprès de Doc au prochain braquage. Que compte-t-il faire ensuite ? S'occuper de son père adoptif, sourd-muet et paraplégique, avec lequel il habite dans un petit appartement, à qui il compte offrir de meilleures conditions de vie. Et vivre sa romance naissante avec Debora, une ravissante serveuse, qui rêve de quitter Atlanta et cajoler Baby, qui lui a confié avoir perdu ses parents dans un accident de la route.

Baby et Doc (Ansel Elgort et Kevin Spacey)

Après un nouveau coup, qui a réussi de justesse à cause de Bats, un voleur assassin, Baby se croit enfin libre. Mais Doc le rappelle vite, le considérant comme son porte-bonheur, pour un braquage audacieux qui les rendra tous riches. Pour cette occasion, Baby refait équipe avec Buddy et sa fiancée, Darling, et, hélas ! l'incontrôlable Bats.  

Buddy, Darling, Baby et Bats (Jamie Foxx)

Les vies de Joe, son père adoptif, et de Debora menacées par le gang, Baby accepte de rempiler une dernière fois tout en étant déterminé à filer une fois sa part du butin en poche et en s'employant à ce que le sang d'aucun innocent ne soit versé.

Baby

Mais la situation dégénère et Baby essaie de décamper en catastrophe, mettant Joe à l'abri, et venant chercher Debora, tout en réclamant la protection de Doc. C'est sans compter sur un membre du gang résolu à contrarier ses projets et la police prête à tout pour l'épingler...

Baby Driver

Baby réussira-t-il quand même, une fois encore, à s'en sortir ?

Cette histoire de braqueurs, dont le vrai héros est un gateway driver (le chauffeur d'un gang de voleurs qui attend au volant d'une voiture que ses complices le rejoignent, leur méfait commis, pour prendre la fuite en semant la police lancée à leurs trousses), s'est doublée d'une forme de retour quasi-nécessaire, de rebond presque thérapeutique pour le cinéaste qui, en 2014, après huit ans à développer Ant-Man pour Marvel Studios a abandonné l'affaire suite à des désaccords créatifs. Or, le long métrage sur l'Homme-Fourmi était déjà conçu comme un film de braqueurs (le résultat final, signé Peyton Reed, en a conservé le concept). L'éternel "film d'après" de Wright est devenu sa revanche, avec un succès critique et (surtout) public en prime.

La presse a été divisé au sujet de ce Baby Driver, dont le titre renvoie évidemment à la chanson de Simon & Garfunkel (qu'on entend à la fin du film), et les journalistes n'ont pas fait dans la demi-mesure, entre délire extatique et accablement sévère. Sommet du film cool pour les uns, divertissement sans fond pour les autres, le cinquième opus d'Edgar Wright ne mérite ni la foudre ni une hola : c'est simplement un faux blockbuster, une série B estival, fun, décomplexé et très distrayante, s'articulant autour d'un dispositif original et habilement exploité.

On a rapproché ce film au La La Land, authentiquement magistral lui, de Damien Chazelle, sorti au Printemps dernier, parce qu'à sa manière Baby Driver est aussi une espèce de musical où les numéros chantés-dansés sont remplacés par des courses-poursuites et des fusillades avec la musique comme colonne vertébrale narrative. Ce cousinage est plus juste que la référence aux films de Tarantino chez qui l'utilisation de la musique ressemble plus à une playlist qui se superpose à l'action, de manière ironique (voire cynique), et parce que Wright visualise la violence de façon beaucoup plus cartoony que QT (c'était déjà le cas, encore plus nettement, dans son adaptation géniale de Scott Pilgrim, son chef d'oeuvre).

Pourtant, ce drôle de polar romantique dévoile des subtilités plus intéressantes que son concept. Ainsi, dans le premier acte, Baby est représenté moitié comme un autiste virtuose, moitié comme un frimeur agaçant (toute cette ambiguïté est résumée dans le magnifique plan-séquence où il quitte le repaire de Doc, va chercher quatre cafés pour le gang, remarque Debora, la suit, la perd de vue, revient au QG). Puis, lors du (normalement) dernier coup auquel il participe pour son patron, de petits bugs commencent à se manifester (Baby tombe amoureux de Debora, s'attachant à une jeune fille qu'il transforme en fait, sans se méfier, en cible vivante et moyen de pression sur lui ; et sa route croise celle de Bats, un psychopathe qui justifie de ne laisser aucun témoin derrière lui par la conviction qu'il vole ceux qui dépouillent d'abord des gens comme lui). Enfin, le dernier casse tourne à la catastrophe totale avec la mort de plusieurs membres du gang, la vengeance déchaînée d'un des survivants, la fuite désespérée). Il devient facile d'interpréter le récit de cette chute inexorable comme la métaphore de ce qu'a vécu Wright avec les studios Marvel : un indépendant super-doué rattrapé par le système, ses contraintes, le destin peut-être, et qui doit vraiment se rendre pour se sauver.

Formellement, la mise en scène est épatante, moins ébouriffante que celle de Scott Pilgrim (où le cinéaste faisait feu de tout bois), mais avec des morceaux de bravoure jubilatoires (les courses-poursuites sont effectivement superbes, même si celle qui ouvre le film est inégalée ensuite). On peut en revanche déplorer une fin assez ratée, trop morale et sucrée à la fois : quand on raconte une histoire de voyous, dont le héros, malgré ses activités illégales, est sympathique, soit on lui offre une issue positive (au mépris du châtiment), soit on lui donne une dimension romantique, plus fatale mais aussi plus légendaire. En tout cas, on ne cherche pas à ménager la chèvre et le chou.

Le casting mélange des seconds rôles mémorables, très bien dirigés (Jon Hamm et la bomba Eiza Gonzalez, Jamie Foxx très bon, Kevin Spacey royal), et jeunes pousses prometteuses (Ansel Elgort, impeccable en driver taiseux et sentimental, Lily James aussi acidulée qu'un bonbon). Il s'agit moins pour ces acteurs de composer des personnages que d'incarner des archétypes, comme leurs "noms" l'indiquent (Baby, Bats, Buddy, Darling, Doc ne sont que des pseudos iconiques, et même Debora est un clin d'oeil à un morceau de Marc Bolan).

C'est lorsqu'il est à fond dans le symbole, le respect des codes, quand il colle le plus à son concept, que Baby Driver est le plus jouissif et le plus expérimental aussi, comme une version gracieuse de Fast and Furious ou bubble-gum de Drive