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mardi 14 août 2018

TULLY, de Jason Reitman


Tully s'affiche d'abord comme un film de retrouvailles puisqu'il réunit pour la quatrième fois le réalisateur Jason Reitman et la scénariste-dialoguiste Diablo Cody (après Juno, Jennifer's Body et Young Adult), puis le cinéaste avec l'actrice (et ici co-productrice) Charlize Theron (après Young Adult). Mais ces retrouvailles constituent en quelque sorte le coeur du film puisque (attention spoilers dans ce qui suit) l'héroïne y renoue avec une partie de son passé...

 Marlo et son fils Jonah (Charlize Theron et Asher Miles Fallica)

Sans l'avoir planifié, Marlo Moreau, la quarantaine, attend son troisième enfant. Elle a pourtant déjà fort à faire avec une fille et un garçon, Jonah, à qui les psys ont diagnostiqué des troubles du comportement - ce pour quoi la directrice de son école souhaiterait son transfert dans un établissement spécialisé.

Marlo (Charlize Theron)

Invités à dîner chez le frère de Marlo, plus riche qu'elle, cette dernière et son mari, Drew, reçoivent comme cadeau un présent étonnant : les services d'une nounou de nuit, qui permettra à la future maman de se reposer. D'abord réticente à l'idée de confier son enfant à une inconnue qui viendra chez eux pendant leur sommeil, Marlo ne résiste pas à la contacter une fois qu'elle a mis Mia au monde et que le bébé ne lui laisse aucun répit.

Tully (Mackenzie Davis)

C'est ainsi que Tully, la vingtaine, fait son entrée dans la vie de la famille Moreau. Toujours méfiante au début, Marlo s'en remet vite complètement à elle, d'autant plus que la jeune femme est aux petits soins pour Mia et la maison qu'elle entretient à ses heures perdues. Ainsi, Marlo retrouve un semblant de vie sociale et de sérénité.

Tully et Marlo (Mackenzie Davis et Charlize Theron)

Une nuit, alors qu'elle allaite Mia, Marlo raconte à Tully la misère de sa vie sexuelle depuis ses maternités successives. Poussée à la confidence, elle sait pourtant que Drew fantasme en particulier sur les serveuses des années 50, avec leur uniforme - d'ailleurs elle s'en était acheté un pour un jeu érotique. Tully l'enfile et entraîne Marlo dans une partie à trois avec son mari. 

Marlo et son mari Drew (Charlize Theron et Ron Livingston)

Une autre nuit, Tully arrive visiblement contrariée, après s'être disputée avec sa co-locataire qui lui reproche ses nombreuses aventures sans lendemain avec des garçons. Tully convainc Marlo de sortir boire une verre en expliquant que Mia fait à présent bien ses nuits et que Drew peut bien s'en occuper pour une fois. Direction : Brooklyn.

Tully et Marlo (Mackenzie Davis et Charlize Theron)

C'est dans ce quartier de New York que Marlo a résidé durant ses études avec sa meilleure amie. Et là aussi que Tully lui annonce qu'elle va devoir la quitter, estimant qu'elle a rempli sa mission et que la mère de famille est prête à reprendre sa place. Sur la route de retour, Marlo s'assoupit au volant et sa voiture plonge dans la rivière. Groggy, elle croit voir une sirène venir la repêcher mais Tully a disparu.

Drew (Ron Livingston)

A l'hôpital, Drew apprend par une psy que sa femme souffre de surmenage puis interrogé sur la nounou de nuit, affirme ne l'avoir jamais vue. Quand on lui demande le nom de jeune fille de Marlo, il répond : "Tully". De retour chez elle, Marlo reçoit le soutien de son mari et Jonah est plus calme. La vie reprend.

Bien que je n'ai pas vu Jennifer's Body, j'ai toujours apprécié la collaboration entre Diablo Cody et Jason Reitman, cinéaste que je suis toujours avec beaucoup d'intérêt car il représente ce cinéma du "milieu" - dont beaucoup de critiques annoncent régulièrement la disparition mais qui survit tout de même entre les productions indés et les blockbusters. Un cinéma adulte, souvent intimiste, qui embrasse des sujets de société sans verser dans la thèse, privilégiant les personnages à l'intrigue sans négliger de raconter une histoire accrocheuse.

Dans Juno, les deux partenaires dressaient le portrait d'une ado qui tombait enceinte et refusait d'avorter pour confier son bébé à un couple qui ne pouvait pas en avoir - et accessoirement pour culpabiliser son copain qui l'avait mise dans cet état. Le ton malicieux et enjoué de ce petit chef d'oeuvre donnait le ton à la filmographie de Reitman où, partant d'une situation complexe, il déjouait les pièges et les attentes, avec une formidable révélation en la personne de Ellen Page.

Dans Young Adult, l'esprit se faisait plus mordant avec l'aventure d'une femme qui revenait dans son bled natal dans le but de reconquérir son amour d'enfance, même s'il était marié et père de famille désormais. Cette quête pathétique se nuançait pourtant d'une vraie tendresse pour l'héroïne, plus désespérée que convaincue de son projet. Charlize Theron y trouvait un rôle en or, sans doute son meilleur (bien meilleur que sa performance à Oscar de Monster).

A la perspective de découvrir le nouvel effort du trio Cody-Reitman-Theron, l'attente était forte. Tully ne la comble pas complètement mais s'avère tout de même très satisfaisant, avec cette fois un zeste de fantastique où chaque détail compte - un peu à la manière du Paranoïa de Soderbergh dont je parlais hier.  

Tully, cette nourrisse miraculeusement parfaite, est une fabrication de l'esprit de Marlo, elle avec vingt ans de moins, telle qu'elle fut étudiante, encore libre, indépendante, pleine de rêves et d'énergie, de charme solaire et d'insouciance. Elle la créé comme on appelle "au secours" en pleine crise car elle frôle le burn-out au moment de donner naissance à un troisième enfant non désiré.

Au-delà de ce twist qui se révèle subtilement à la fin du film et qu'on ne voit absolument pas venir sans être extrêmement attentif (l'indice qui m'a mis la puce à l'oreille se situe au moment où Tully se déguise en serveuse et entraîne Marlo et son mari dans une partie à trois : le costume qui sied parfaitement à la nounou et le jeu sexuel qui s'ensuit ne peuvent que questionner sur leur réalité), le récit se déploie tranquillement, comme pour mieux nous abuser. Et le procédé fonctionne parfaitement.

Dans une premier temps, avant l'apparition de Tully, Reitman met en scène la passe difficile que traverse Marlo, enceinte jusqu'aux yeux, devant s'occuper de sa maison, de son fils aîné en délicatesse avec son école, de sa petite soeur réclamant de l'attention, et lâchée par un mari qui préfère jouer aux jeux vidéos le soir au lit plutôt que de veiller sur son épouse, l'aider dans sa besogne quotidienne - quand il n'est pas en déplacement professionnel. Il faut saluer l'interprétation de Ron Livingston dans ce rôle ingrat qu'il parvient à ne pas rendre antipathique.

La répétition des gestes, la fatigue qui gagne, les nerfs qui lâchent (mémorable scène d'engueulade avec la directrice d'école), le refus de s'appuyer sur l'aide d'une inconnue (même louée pour la qualité de ses prestations et offerte en cadeau par un frère riche), tout ça, le film le montre d'une façon implacable, avec une franchise rare qui démonte l'idée que la maternité est un accomplissement.

Lorsque Tully surgit, tout s'illumine. La présence radieuse de Mackenzie Davis (héroïne de la série Halt and cath fire et surtout de l'épisode San Junipero dans Black Mirror) est exceptionnelle, à tel point que la jeune actrice vole la vedette à Charlize Theron, dont, une fois de plus, la volonté de réaliser une performance joue contre le film (avec ses kilos pris, son air dévasté, ses cheveux gras, sa fébrilité, elle en fait littéralement des tonnes - bien loin de sa composition irrésistible de Young Adult).La révélation finale est finement dévoilée et renvoie à ce que pouvait accomplir un Mankiewicz (dans L'Aventure de Mrs Muir), tandis que mea culpa de mari et le dénouement sont un peu trop beaux.

Il n'empêche, si Tully n'égale pas les réussites antérieures de Cody-Reitman, il y a dans ce cinéma une bienveillance mais aussi une honnêteté vis-à-vis des imperfections des personnages qui sont suffisamment rares pour inciter à l'indulgence et au soutien de tels films. 

vendredi 17 juin 2016

Critique 922 : YOUNG ADULT, de Jason Reitman / FRANCES HA, de Noel Baumbach


YOUNG ADULT est un film réalisé par Jason Reitman, sorti en salles en 2011.
Le scénario est écrit par Diablo Cody. La photographie est signée Eric Steelberg. La musique est composée par Rolfe Kent.
Dans les rôles principaux, on trouve : Charlize Theron (Mavis Gary), Patton Oswalt (Matt Freehauf), Patrick Wilson (Buddy Slade), Elizabeth Reaser (Beth Slade).
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Récemment divorcé, Mavis Gary rédige les textes de romans pour "jeunes adultes" signés par une romancière célèbre. Mais cette série d'histoires, dont le succès a beaucoup décliné au fil des ans, est sur le point d'être interrompue par son éditeur.
 Buddy Slade et Mavis Gary
(Patrick Wilson et Charlize Theron)

Pour Mavis, ces revers sentimentaux et professionnels lui envoient un signal : elle doit rebondir en se fixant de nouveaux objectifs. C'est ainsi qu'elle décide de revenir dans sa ville natale du Minnesota, qu'elle retrouve inchangée : l'endroit est aussi morose qu'elle.
 Matt Freehauf et Mavis Gary
(Patton Oswalt et Charlize Theron)

Mais la jeune femme, qui cache sa situation personnelle à toutes les vieilles connaissances qu'elle croise sur place, est là pour réaliser un projet insensé, révélant ses névroses : elle veut reconquérir son amour de jeunesse, Buddy Slade... Alors même que celui-ci est marié, heureux en couple, et vient d'être père !
 Mavis Gary, Buddy et Beth Slade
(Charlize Theron, Patrick Wilson et Elizabeth Reaser)

Témoin et confident de Mavis, Matt Freehauf, qui fut lors de leur scolarité commune victime d'une agression homophobe qui l'a laissé physiquement handicapé, tente de la raisonner avant qu'elle ne se rende compte de la folie de son objectif au prix d'une terrible mais étonnamment salvatrice humiliation...
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FRANCES HA est un film réalisé par Noel Baumbach, sorti en salles en 2012.
Le scénario est écrit par Noel Baumbach et Greta Gerwig. La photographie est signée Sam Levy. La musique est composée par Sam Matarazzo.
Dans les rôles principaux, on trouve : Greta Gerwig (Frances), Mickey Sumner (Sophie), Adam Driver (Lev), Patrick Hensinger (Patch).
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A 27 ans, Frances espère intégrer à titre permanent la compagnie de danse où elle figure à New York.
 Sophie et Frances
(Mickey Sumner et Greta Gerwig)

Au même moment, sa meilleure amie et co-locataire, Sophie, lui annonce qu'elle part s'installer avec Patch, son compagnon qui l'a demandée en mariage, mais avec lequel Frances ne s'est jamais entendu.
Lev et Frances
(Adam Driver et Greta Gerwig)

Frances doit trouver un nouveau domicile et partage un temps l'appartement de Lev, un sculpteur séducteur qui ne cherche pourtant pas à coucher avec elle. Fauchée, paumée, mais animée par une énergie débordante, la jeune femme doit faire de choix pour son avenir, qu'elle concevra après un week-end à Paris...

Les hasards de la programmation télé ont abouti à la diffusion, à quelques jours d'écart (Dimanche et Mercredi dernier), respectivement sur France 4 et Arte, à ces deux comédies incarnées par deux personnages féminins mémorables.

Les grincheux râlent volontiers contre une certaine uniformisation du cinéma américain en le réduisant aux blockbusters, ces films à grand spectacle qui attirent en masse le grand public. C'est un reproche doublement stupide : d'abord parce qu'il est réducteur - le cinéma américain, ce n'est pas que ça - et ensuite c'est snob - les blockbusters ne sont pas forcément des grosses productions abêtissantes.

Avec les deux longs métrages que je réunis, opportunément, dans cette entrée, on a la preuve que les Etats-Unis proposent encore, régulièrement et en nombre conséquent, des films intermédiaires, sans gros budget, sans effets spéciaux grandiloquents. Frances Ha est l'archétype du film indépendant, tourné avec peu de moyens, en noir et blanc, dont le pitch tient sur un post-it, avec des acteurs remarqués dans ce registre alternatif. Young Adult est l'avant-dernier opus en date d'un réalisateur dont la filmographie se distingue justement par ses histoires à contre-courant mais souvent interprétées par des stars confirmées à la recherche de rôles atypiques.

Jason Reitman est un cinéaste que je suis avec intérêt depuis son premier film, Juno, qui abordait le thème des grossesses précoces via une adolescente qui décidait, contre toute attente, de ne pas avorter mais de faire adopter son bébé - une pépite excentrique qui révéla Ellen Page. Il a ensuite dirigé George Clooney dans In the air, avant de filmer ici Charlize Theron dans un rôle tout à fait remarquable.

Mavis Gary entreprend donc de reconquérir son amour de jeunesse sans se soucier du fait qu'il est désormais marié, heureux et père de famille. Son projet loufoque et pathétique a été écrit par Diablo Cody, déjà auteur du script de Juno, et met en scène un personnage tout à fait désagréable et ridicule que Charlize Theron ne cherche jamais à rendre aimable. C'est une curieuse comédie qui ne fait pas vraiment rigoler mais sidère avec son argument initial, l'entêtement misérable de son héroïne, la révélation progressive de ses échecs...

On peut juste regretter que Cody et Reitman n'aient pas été plus audacieux dans leur dénouement : Mavis comprend finalement son erreur, et se reprend en main, tourne la page. Une happy end étrangement convenue après une série d'humiliations pour cette femme qui ne suscite guère de compassion. Mais le film est suffisamment déroutant et d'une concision bienvenue (85') pour mériter une bonne note : rarement la formule de François Truffaut (même si je ne sais pas s'il en est vraiment l'auteur), "pour être aimé il faut être aimable" aura été si bien développée...

La concision et la singularité, ce sont aussi deux qualités qui honorent Frances Ha : j'avais souvent entendu de ce film avant d'enfin le découvrir au milieu de la semaine, lu des articles unanimement élogieux à son sujet, soulignant par dessus tout la révélation de son actrice-co-scénariste - la lumineuse et très grande Greta Gerwig.

Tant de louanges produisent chez moi souvent une méfiance proportionnelle, qui peuvent même suffire à me faire éviter ledit long métrage, comme si tout ça était trop beau pour être vrai. J'aurai pourtant été bien bête de passer à côté, je l'admets.

Comme Young adult, l'affaire est vite pliée : 85' pour relater les désagréments subis par Frances, jeune danseuse, qui apprend successivement que sa meilleure amie part vivre avec un type qu'elle considère comme un con et perd la place qu'elle convoitait dans une compagnie de danse new yorkaise. 

Si Diablo Cody et Jason Reitman ont quelque peu manqué la conclusion de leur film, on peut reprocher à Noel Baumbach et Greta Gerwig d'avoir filmé une histoire bien maigre. Mais la construction de leur récit est habile : en le chapitrant suivant les adresses où habite l'héroïne, on a le sentiment que l'action est très mobile et plus dense qu'il n'y paraît, alors qu'en vérité on ne quitte pas New York (hormis une escapade à Paris, qui évite cependant les clichés, avec plans touristiques et ébahis sur la Tour Effeil de rigueur) et que l'intrigue se résume surtout à une collection de discussions comico-existentielles très influencées par Woody Allen (sans en avoir la dérision et la fraîcheur) - et accompagnée d'une bande-son où Georges Delerue est abondamment repris (ce qui renforce son aspect "Nouvelle Vague", en plus du noir et blanc).

Pourtant, comme Charlize Theron éclipse Patrick Wilson chez Reitman (où Patton Oswalt incarne un second rôle beaucoup plus attachant), ce qui emporte l'adhésion du (télé)spectateur dans Frances Ha, c'est Greta Gerwig, face à qui ni Mickey Sumner ou même Adam Driver ne font pas le poids. Avec son sourire désarmant, sa longue silhouette à la fois impressionnante et gracieuse, la comédienne, à l'origine du projet qu'elle a écrit avec Baumbach sans jamais être durant toute la pré-production dans la même pièce que lui (ils n'échangeait leurs avis que par mails ou coups de téléphone !), dégage un tel charisme, sa présence est tellement éclatante, sans pourtant jamais sombrer dans la préciosité ni le cabotinage, qu'elle emporte sur son passage. 

Finalement, donc, de Charlize Theron (l'icone super glamour de Dior "J'adore") à Greta Gerwig (néo-coqueluche indé), de Jason Reitman (brillant "fils de") à Noel Baumbach (énième porteur du flambeau du cinoche de Big Apple), le cinéma américain rappelle tout seul, sans la contribution de critiques professionnels jamais contents, qu'il a bien des visages. N'est-ce pas pour cela qu'on l'aime tant, toujours et encore, même quand on se plaint constamment de ce que ses grands studios nous proposent ?

dimanche 24 avril 2016

Critique 873 : BLANCHE NEIGE ET LE CHASSEUR, de Rupert Sanders / JANE EYRE, de Cary Fukunaga


BLANCHE NEIGE ET LE CHASSEUR (en v.o. : Snow White and the Hunstman) est un film réalisé par Rupert Sanders, sorti en salles en 2012.
Le scénario est écrit par Hossein Amini, Evan Dougherty, Evan Spiliotopoulos, d'après les contes de Jacob et Wilhelm Grimm. La photographie est signée Greig Fraser. La musique est composée par James Newton Howard.
Dans les rôles principaux, on trouve : Kristen Stewart (Blanche Neige), Chris Hemsworth (Eric, le Chasseur), Charlize Theron (Ravenna, la Reine), Sam Clafin (William, l'ami d'enfance de Blanche Neige), Sam Spruell (Finn, le frère de la Reine Ravenna).
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La Reine Ravenna
(Charlize Theron)

Ravenna, qui partage le lit du Roi depuis la mort de sa femme, s'empare de son trône avec la complicité de son frère, Finn, et de leur armée. Elle tue le Roi et jette dans un cachot la fille de celui-ci, Blanche-Neige, encore enfant.  Le meilleur ami de la fillette, William, réussit à fuir avec le Duc Hammond et quelques soldats et paysans. 
Blanche Neige
(Kristen Stewart)

Les années passent, et les ténèbres se sont abattus sur le royaume à cause des pouvoirs maléfiques de la Reine qui, pour conserver sa jeunesse, aspire par la magie la force vitale des plus jeunes femmes du pays. Pour s'assurer l'immortalité, elle doit désormais sacrifier Blanche Neige, devenue adulte et d'un charme sans égal. Finn va la chercher dans sa cellule mais elle réussit à s'en échapper et à fuir le château.  
Le chasseur
(Chris Hemsworth)

Blanche-Neige s'enfonce dans le forêt sombre, le seul endroit où la magie de la Ravenna est sans effet mais dont les bois sont remplis de pièges et pollués par une atmosphère vicié. La Reine recrute Eric, un chasseur, pour aller récupérer la fugitive, en lui promettant de rendre à la vie sa défunte épouse.
Le chasseur et les sept nains

Quand il comprend, une fois Blanche Neige retrouvée, que Ravenna ne tiendra pas parole car elle est incapable de ressusciter les morts, le chasseur aide la jeune femme à s'éloigner de Finn et ses sbires. Ils vont trouver sur leur route les septs nains (qu'a escroqué Eric), dont l'un d'eux reconnaît en Blanche Neige la future régente qui rendra au royaume sa prospérité et son éclat.
Le Prince William
(Sam Clafin)

William, qui avait infiltré la bande de Finn, raccompagne Blanche Neige, le chasseur et les nains jusqu'au Duc Hammond pour convaincre ses sujets de mener une dernière bataille contre le château de Ravenna. 
Blanche Neige
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JANE EYRE est un film réalisé par Cary Fukunaga, sorti en salles en 2011.
Le scénario est écrit par Moira Buffini, d'après le roman de Charlotte Brontë. La photographie est signée Adriano Goldman. La musique est composée par Dario Marianelli.
Dans les rôles principaux, on trouve : Mia Wasikowska (Jane Eyre), Michael Fassbender (Edward Rochester), Jamie Bell (St. John Rivers), Judi Dench (Mrs Fairfax).
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Jane Eyre
(Mia Wasikowska)

A bout de force dans la lande anglaise, une jeune femme est recueillie par St. John Rivers, un jeune pasteur, et ses deux soeurs. Elle dit s'appeler Jane Eliott, mais son hôte devine qu'elle ment tout en respectant son secret. Il lui trouve, une fois qu'elle est rétablie, un poste d'institutrice, certes mal payé, mais qui lui convient.
Jane Eyre et St. John Rivers
(Mia Wasikowska et Jamie Bell)

De son vrai nom, Jane Eyre a grandi dans l'internat de Lowood où elle a subi des punitions physiques et morales, rejetée par sa tante. Elle s'est liée d'amitié avec une autre fillette que la tuberculose emportera. A 19 ans, elle quitte enfin cette sinistre institution pour devenir la préceptrice de la petite Adèle à Thornfield Hall, dans un château ancien et isolé. 
Edward Rochester
(Michael Fassbender)

Jane remplit sa tâche avec efficacité, s'attirant la sympathie de la gouvernante, Mrs Fairfax. Le tempérament de la jeune femme, sa loyauté, sa discrétion, son intelligence, sa sensibilité, charment Rochester qui, bien que s'étant engagé à épouser la noble Blanche Ingram, avoue à Jane qu'il l'aime et désire qu'elle soit sa femme. Malgré les mises en garde de Mrs Fairfax et leurs différences de classe sociale, elle accepte. Mais le jour des noces, un homme s'oppose à leur union, obligeant Rochester à révéler son secret : il cache dans une cellule de son château sa première épouse, devenue folle.
Edward Rochester et Jane Eyre

Jane s'enfuit donc jusqu'à ce qu'elle soit hébergée par St. John Rivers et ses soeurs. La jeune femme apprend, entretemps, la mort de son père, qu'elle croyait disparu depuis toujours, et dont elle hérite la fortune. Elle partage son argent avec le pasteur et ses soeurs, mais refuse d'épouser Rivers car elle pense toujours à Rochester. Elle part le retrouver...

Evoquer dans une même critique deux héroïnes aussi différentes que Jane Eyre et Blanche Neige peut étonner, mais par un hasard de la programmation télé, deux films les ont mis en lumière et m'ont inspiré ce rapprochement. Mercredi dernier, Arte diffusait l'adaptation du roman de Charlotte Brontë par Cary Fukunaga et le lendemain, W9 proposait Blanche Neige et le chasseur de Rupert Sanders d'après le conte des frères Grimm : deux histoires de jeunes femmes dont l'émancipation allait être précipitée par leurs aventures.

Dans le film de Sanders, Blanche Neige est incarnée par Kristen Stewart : la jeune actrice, une des plus intéressantes du cinéma américain actuel, a connu la gloire avec la saga Twilight tout en s'illustrant dans des films d'auteurs (chez Walter Sallés, Olivier Assayas). Son interprétation, à la fois vibrante et marquée par son charme insolent, modernise le personnage dans des costumes sombres, taillés dans du cuir, jusqu'à la montrer en armure à la fin, telle Jeanne d'Arc. On ne peut être plus loin du cliché de la pauvre princesse tourmentée par la méchante reine et recueillie par les sept nains ainsi que l'immortalisa le dessin animé de Walt Disney en 1937.

Cette esthétique, dont on peut presque sourire tant elle fait ressembler les personnages à des punks à chien, avec les cheveux mouillés, la barbe de trois jours (mais bien taillée !) des garçons, le contraste entre la princesse guerrière et la reine hystérique - celle-ci jouée par une Charlize Theron déchaînée, s'amusant même le temps d'une scène à parodier la pub Dior ("J'adore") dont elle est l'égérie - , aboutit pourtant à un résultat efficace, malgré quelques longueurs (130 minutes quand même) et des éléments dispensables (le prince William, interprété par Sam Clafin, qui semble tour à tour être le grand frère de Blanche Neige et son amoureux). Le personnage du chasseur, auquel Chris Hemsworth donne une présence très physique (même si son look fait trop penser à Thor, qu'il personnifie dans les films Marvel), ou les sept nains, dans une version jubilatoire (avec des acteurs prestigieux comme Ian McShane, Bob Hoskins, Toby Jones, Ray Winstone, miniaturisés grâce à des effets spéciaux bluffants), sont plus convaincants.

En comparaison, la 18ème (!) adapatation de Jane Eyre que livre Cary Fukunaga est d'une facture beaucoup plus classique, mais aussi plus délicate et subtile. Cela tient aussi beaucoup à sa comédienne principale, la frémissante Mia Wasikowska, découverte dans Alice aux pays des merveilles de Tim Burton en 2010. Sa silhouette gracile, son jeu très sobre, tout en retenue, sont magnifiques : quasiment présente dans tous les plans, elle s'impose comme une interprète de première classe.

Sa romance sensible, sublimement filmée dans la campagne automnale d'Angleterre, avec Michael Fassbender, plus magnétique que jamais en Rochester ombrageux, dispense de très beaux moments, malgré là aussi des chutes de rythme dommageables (110 minutes). Le film souffre de seconds rôles moins forts que chez Sanders, avec des comédiens qui, très british, réussissent à cabotiner en n'en faisant pourtant pas assez : pourtant, Jamie Bell, Imogen Poots ou la vénérable doyenne Judi Dench ne sont pas des demi-portions, mais ils sont en vérité trop convenus par rapport au couple vedette, autrement plus intense.

Ce qui distingue Blanche Neige et le chasseur et Jane Eyre tient donc plus à la forme qu'au fond : dans les deux cas, il est question de jeunes femmes embarquées dans un récit initiatique et traversant donc leur lot d'épreuves (physiques et mentales) pour se dépasser et accéder à une nouvelle étape dans leur existence - trouver l'amour pour Jane Eyre, assumer son destin de reine pour Blanche Neige. Leur périple s'accomplit grâce à un homme - Edward Rochester, Eric le chasseur - et au détriment d'une autre femme - Blanche Ingram, Ravenna - et d'un autre homme - St. Johns Rivers, Finn. Le tout dans des tons gothiques assez semblables - avec la présence d'un château emblématique d'un malheur lié au passé.

Toutes ces caractéristiques stylistiques, jusqu'à leur diffusion à la télé très proches, contribuent à rendre ces deux productions, aux récits et aux époques pourtant distincts, pourtant étrangement similaires, comme si, des frères Grimm à Charlotte Brontë, de Kristen Stewart à Mia Wasikowska, de Chris Hemsworth à Michael Fassbender, de Blanche Neige à Jane Eyre, l'histoire des grandes héroïnes romantiques n'en finissaient pas de décliner les mêmes motifs mais subtilement modifiés par la perception que notre époque en a désormais : non plus telles des victimes mais comme des combattantes que rien ni personne ne sauraient priver de leur dû.