Affichage des articles dont le libellé est Pere Perez. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pere Perez. Afficher tous les articles

dimanche 13 mai 2018

ROGUE & GAMBIT #5, de Kelly Thompson et Pere Perez (FINALE)


Avec ce cinquième épisode, c'est la fin de la mini-série Rogue & Gambit écrite par Kelly Thompson et dessinée par Pere Perez. Une des productions les plus rafraîchissantes parmi la franchise mutante de Marvel, loin des poncifs et pleine de pep's jusqu'au bout.


Rogue et Gambit ont découvert que Lavish et le Dr. Grand ont créé une armée de facsimilés d'eux-mêmes à partir de leurs souvenirs recueillis lors de séances thérapeutiques dans la clinique de Paraiso où le duo enquêtait sur la disparition d'autres mutants.


Ils doivent à présent, pour récupérer leurs souvenirs et leurs pouvoirs, combattre leurs doubles et les détruire. Conséquence : à chaque clone tué, ils se remémorent des moments de leur passé plus ou moins agréables. Pour accélérer la manoeuvre, Rogue a une idée pour laquelle elle demande à Gambit de lui gagner du temps.


Rogue s'en prend au Dr. Grand en a la confirmation qu'elle est une créature, un golem modelé par Lavish, conçu pour supporter les pouvoirs qu'il absorbe. Détruite, le Dr. Grand oblige Lavish à lancer ses troupes dans un ultime assaut que ne peut contenir seul Gambit.


Rogue absorbe tous les pouvoirs des soldats de Lavish, ce qui pulvérise Lavish en cendres, mais laisse la mutante en proie à la confusion à cause des énergies qu'elle doit contenir. Soutenue par Gambit, Rogue se rend à l'hôpital de Paraiso où elle rend leurs pouvoirs aux patients qui y avaient échoué dans un état apathique.
  

Leur mission accomplie, Rogue présente ses excuses à Gambit pour avoir pensé qu'il ne voulait être avec qu'elle que pour la séduire à nouveau. En même temps, la solidarité dont il a fait preuve a réveillé les sentiments de Rogue pour son partenaire qui l'invite à reprendre leur vie ensemble.

Ce qui frappe dans cet épisode, comme dans les précédents, et qui signe la manière d'écrire de Kelly Thompson, c'est la profonde affection qu'elle éprouve pour ses personnages principaux. Cette rédaction qu'on pourrait qualifier de sentimentale lui permet de trouver un ton juste et bienveillant, de nous rendre les héros attachants tout en nous les montrant à un tournant de leur relation.

Au commencement de la mini-série, Rogue n'est pas ravie de devoir faire équipe avec Gambit qu'elle a aimé et qui l'a plusieurs fois délaissée, tandis que Gambit pense une fois de plus profiter de la situation pour la courtiser, de manière légère, sans intention de s'engager. Progressivement, pourtant, à la faveur de la comédie qu'ils doivent jouer pour mener leur enquête dans une clinique sur des couples à problèmes, ils livrent leurs ressentiments l'un envers l'autre et, subséquemment, se rappellent aussi les bons moments qu'ils partagèrent depuis leur rencontre.

De manière subtile et malicieuse, Rogue admet que Gambit n'a pas toujours mal agi, et Gambit reconnaît ses fautes mais aussi son affection sincère pour Rogue. Thompson met cela en parallèle avec leurs recherches sur la clinique où on conçoit des clones à partir des souvenirs des patients qui, une fois répliqués, disparaissent mystérieusement tandis qu'à l'hôpital voisin des malades hagards débarquent sans que les médecins comprennent de quel mal ils souffrent.

Le procédé est habile qui voit des êtres dépossédés de leur personnalité quand les deux héros, en confiant à une psy - par ailleurs complice d'un mutant créateur de golems pour partager les pouvoirs qu'ils volent à ses semblables - leurs aventures communes, prennent connaissance de leurs caractères et de leur complicité. La scénariste fait passer tout cela dans des dialogues ciselés, ponctués de flash-backs, et assaisonnés de scènes d'action explosifs, dans une construction narrative qui fait référence à Un Jour sans fin (puisque Rogue et Gambit sont manipulés mentalement pour oublier ce qu'ils ont fait la veille).

Le final est plus classique, avec une grande baston où le couple doit abattre les golems façonnés à leur image, à partir de leurs souvenirs - une autre forme de thérapie où chacun casse la figure du clone de l'autre pour se défouler et apprécier leur complémentarité. La solution trouvée par Rogue aboutit à un happy end où les victimes de Lavish récupèrent leurs pouvoirs après la mort du méchant et, surtout, où Gambit regagne l'amour de sa chère en reconnaissant lui-même qu'il l'aime vraiment.

J'ai pu paraître sévère ou insatisfait par la partie graphique assurée par Pere Perez, dont je trouve le style un peu trop lisse. Mais, sans me dédire, je lui reconnais des qualités indéniables : d'abord, il est très régulier dans la qualité, assurant les cinq épisodes sans faillir, osant même quelques découpages très soignés, faisant de beaux efforts sur l'expressivité, toujours au service du script si enchanteur de Thompson. Ensuite, lui aussi semble sincèrement apprécier les deux héros et s'être solidement documentés pour les représenter à la fois dans les flash-backs (qui renvoient tous à des périodes précises) et les scènes de foule (dans les combats contre les clones).

Son traitement des décors est plus impersonnel car il fait appel massivement à l'infographie sans ajouter des effets de textures ou d'ombres et lumières qui atténueraient le rendu un peu froid. Mais sans doute faut-il y voir un sacrifice nécessaire pour tenir les délais. Et, une fois n'est pas coutume, la colorisation de Frank d'Armata n'est pas trop sombre, ce qui contribue à la lisibilité de l'ensemble (le décor exotique obligeant à cela aussi).

Clos sur une note très drôle (où on apprend pourquoi Rogue aime les chats, qui lui ont permis d'éviter le courroux du Pr. Xavier...), Rogue & Gambit donne surtout l'envie que Kelly Thompson, comme la rumeur le laisse croire, hérite d'un titre mutant plus exposé et plus long car elle a prouvé le tonus et la singularité avec lesquels elle pouvait animer ces personnages trop souvent abordés à travers des thèmes vus et revus. 

lundi 9 avril 2018

ROGUE & GAMBIT #4, de Kelly Thompson et Pere Perez


Pénultième épisode de cette mini-série, Rogue & Gambit #4 maintient ferme son cap et progresse vers un dénouement qui promet d'être explosif. De quoi donner un avant-goût des prochains projets (mutants ?) de Kelly Thompson ?


Alors qu'ils sont attachés à des tables d'opération, Rogue et Gambit distraient Lavish, qui s'apprêtent à siphonner leurs pouvoirs, et le Dr. Grand. Mais l'opération connaît un rebondissement car Gambit réussit à se détacher. Résultat : le voici avec les pouvoirs de Rogue qui, elle, hérite de ses pouvoirs à lui !


Investis également des souvenirs de l'autre, Gambit se souvient du mariage de Scott Summers et Jean Grey où il récupéra la jarretière de cette dernière pour l'enfiler à la jambe de Rogue et lui déclarer sa flamme, amoureux insouciants et confiants en l'avenir.


Rogue, elle, se rappelle de la réaction déçue et revêche de Gambit lorsqu'il fut recalé pour intégrer les Avengers parce qu'elle avait eu la franchise (le devoir aussi) de les instruire sur son passé de malfrat.


En s'habituant progressivement aux aptitudes l'un de l'autre, Rogue et Gambit affrontent leurs clones dans le labo du Dr. Grand. Mais la bataille est rude et ils doivent provisoirement battre en retraite dans une pièce voisine en y entraînant le Dr. Grand, inconsciente.


Lavish organise un assaut tandis que Rogue et Gambit échangent un dernier baiser avant d'y faire face, reconnaissant ainsi que ce séjour ensemble à Paraiso a restauré la confiance (l'amour ?) entre eux.

Etant abonné à son blog (Kelly Thompson Tumblr), je peux suivre régulièrement les déclarations et réactions de la scénariste de cette mini-série et, bien que je ne sache pas si elle se vend bien, il est évident qu'elle est soutenue par une base de fans fidèles et enthousiastes, qui réclament déjà une suite, louant la justesse avec laquelle l'auteur a su saisir la personnalité des deux héros.

La rumeur court aussi, surtout depuis que Kelly Thompson a signé un contrat d'exclusivité chez Marvel, qu'elle va être très active dans les prochains mois. Elle-même a confirmé travailler sur (au moins) trois projets (deux certains, le dernier encore en chantier, l'un d'eux impliquant Kate Bishop/Hawkeye). Et comme il semble que l'éditeur veuille avant la fin de l'année recomposer sa franchise mutante, probablement en restaurant le titre emblématique Uncanny X-Men, on peut imaginer que Kelly Thompson soit celle qui l'écrira, avec parmi les membres de l'équipe le couple Rogue et Gambit...

Tout cela donne à notre lecture actuelle une perspective particulière, comme s'il s'agissait d'un tour de chauffe. Depuis quatre épisodes, on a pu vérifier que Thompson connaissait bien l'histoire des X-Men via le couple Remy Lebeau-Anna Marie. Elle sait aussi construire des intrigues qui montent en puissance (comme ce fut déjà le cas durant son run sur Hawkeye), et son talent de dialoguiste parachève le tableau, avec un ton très alerte, malicieux et une pointe de sentimentalisme.

Dans ce quatrième chapitre, c'est comme si toutes ces qualités étaient réunies et soulignées par la situation même : l'action se déroule sur quelques minutes à peine, à toute allure, avec un twist au début qui place les deux héros dans une position complexe, et une chute haletante (qui promet une bataille finale spectaculaire). On a droit à des flash-backs ponctuant avec à-propos le récit échevelé, et éclairant encore une fois la relation chaotique de Rogue et Gambit. C'est un vrai régal. Tout pour espérer que la rumeur se vérifie : Kelly Thompson donnerait un sacré coup de frais aux mutants si elle s'en occupait tout en respectant leur passé et en combinant l'aspect soap opera et l'action.

Il faudrait quand même, pour que cela ait une allure jubilatoire, qu'on lui adjoigne un dessinateur plus affirmé que Pere Perez : non pas qu'il se débrouille mal, il réussit même quelques jolis enchaînements, s'enhardissant d'épisode en épisode, avec même une double page de baston très aboutie. Mais le hic, c'est qu'il a un trait quelconque qui gâche un peu tout : c'est appliqué, soigné, mais sans identité, typiquement l'oeuvre d'un artiste qui a souvent joué les doublures (et pour des dessinateurs pas forcément plus audacieux que lui, comme Clayton Henry).

C'est sans doute sévère, voire injuste, mais imaginons qu'un Chris Bachalo (habitué des mutants, familier de Rogue) ait eu la charge de ces épisodes, cette mini-série aurait gagné en puissance et en originalité (malheureusement, l'artiste a été placé sur un titre Spider-Man/Deadpool avant de devoir abréger sa prestation car sa femme vient de mourir).

Quoiqu'il en soit, la fin de Rogue & Gambit ne risque guère de décevoir, et l'avenir s'annonce radieux pour sa scénariste, qui aura été la grande révélation des auteurs Marvel ces derniers mois.  

dimanche 11 mars 2018

ROGUE & GAMBIT #3, de Kelly Thompson et Pere Perez


Avec ce troisième épisode, nous dépassons la moitié de la mini-série Rogue & Gambit (qui, c'est acté, en restera là - Gambit va venir grossir les rangs de la série X-Men : Red). Ce cap autorise le lecteur à attendre que le voile du mystère se lève notablement sur l'intrigue... Tout en conservant au récit encore quelques surprises d'ici à son dénouement.


Malgré leurs récentes découvertes dérangeantes dans une aile du centre thérapeutique de Paraiso Island, Rogue et Gambit poursuivent, comme s'ils n'en conservaient aucun souvenir, leurs séances en compagnie du Dr. Grand. Ils évoquent ainsi la fin de leur première liaison et les raisons de son échec.

Troublés par ce qu'ils ont livré, bien qu'ayant été jugés en progrès, Rogue et Gambit sont troublés par ces confidences mais aussi par l'absence prolongée de leurs voisins de bungalows, Joanne et Theo. Ils n'ont guère le temps de se tourmenter car Kitty Pryde les envoie inspecter un nouvel endroit en relation avec la disparition de mutants. Ils visitent ainsi un hôpital où ont été admis récemment plusieurs patients souffrant d'amnésie ou de démence.


Cela les renvoie à la perte de leurs propres souvenirs et à la faiblesse de leurs pouvoirs depuis le début de leur traitement. Ils retournent fouiner dans l'aile du centre de soins et découvrent cette fois des clones d'eux-mêmes, inspirés de leurs confessions au Dr. Grand.


Mais leurs doubles se réveillent et les attaquent. Dépassés par leur nombre, Rogue et Gambit doivent lutter en s'appuyant sur leur complicité naturelle. La lutte est très disputée mais ils arrivent à prendre l'avantage.


Mais alors qu'ils ont gagné, Lavish apparaît, prêt à les terrasser pour drainer leur puissance...

Kelly Thompson répond bien à quelques questions dans cet épisode, et c'est heureux car, discrètement, une certaine confusion menaçait de gagner le lecteur. Que se passait-il réellement dans ce centre de Paraiso Island ? Pourquoi Rogue et Gambit semblaient-ils, à chaque fois que leur enquête progressait, avoir tout oublier l'épisode suivant ? 

La scénariste a fait le pari, risqué mais payant, de semer le doute dans l'esprit du lecteur comme dans celui de ses deux héros : en nous privant d'informations, elle nous obligeait à aller au même rythme que les mutants en mission, se doutant bien que d'étranges faits se produisaient sur cette île sans arriver à mettre un nom dessus.

Il apparaît donc que le Dr. Grand est à la tête de la réalisation de clones et de vols de pouvoirs, en s'inspirant pour cela des confidences que lui communiquent ses patients. Mais il semble aussi qu'il ne s'agisse que de la surface visible d'un plan plus retors dont Lavish, son chasseur, est le une pièce essentielle puisque c'est grâce à sa capacité à dérober les pouvoirs d'autrui qu'il est si puissant et peut alimenter les clones. Il s'agirait donc de concevoir une armée de doubles dans une entreprise conquérante et d'usurpation - une variation mutante de l'invasion secrète des Skrulls ?

Si, jusqu'à présent, Kelly Thompson animait son récit sur le ton endiablé d'une screwball comedy avec les chamailleries entre Rogue et Gambit, forcés de travailler ensemble alors qu'elle ne voulait surtout pas renouer sentimentalement avec lui (mais que lui n'attendait que ça), cette fois, le ton se fait plus sérieux. Une inquiétude sourde envahit l'histoire, comme en témoigne la scène, perturbante mais décisive, dans l'hôpital saturé d'amnésiques et de déments récemment admis. C'est finement joué et amené.

Visuellement, Pere Perez sait se hisser au niveau de cette évolution narrative subtile en étant plus audacieux. Plus qu'un "ass-shot" racoleur sur Rogue, on retiendra plutôt la superbe double page illustrant les souvenirs de l'héroïne et son ex-amant, avec un découpage stylisé.

Plus loin, dans le dernier tiers de l'épisode, le dessinateur a l'occasion de se lâcher avec une séquence d'action très réussie également. L'humour de Thompson refait surface dans des dialogues savoureux (Gambit admettant que cela lui a fait un bien fou de coller une raclée aux clones de Rogue et de lui-même - ce qu'elle approuve). L'assaut de ces doubles est mis en scène avec variété, d'abord avec une vue frontale des adversaires, puis une page découpée en quatre cases qui occupent toute la largeur de la page (habile pour suggérer l'impression de submersion), et enfin par des vignettes horizontales montrant la riposte de Rogue et Gambit repoussant et assommant leurs ennemis. Lorsque Lavish apparaît, alors que les deux mutants reprennent leur souffle, le résultat est parfait pour traduire leur appréhension face à cette nouvelle menace.

En somme, la forme du récit emprunte celle de la courbe : plus d'action, des révélations, de la tension, de l'incertitude. C'est donc bien un tournant dans la mini-série et avec lui, la promesse d'un final, sur les deux épisodes restants, mouvementé. 

vendredi 9 février 2018

ROGUE & GAMBIT #2, de Kelly Thompson et Pere Perez


Après un premier épisode prometteur, Ring of Fire, la suite de l'aventure de Rogue & Gambit se poursuit ce mois-ci. Sorti, par un heureux hasard du calendrier le même jour que Hawkeye #15, cette série permet surtout une nouvelle fois de constater le brio de la scénariste Kelly Thompson dont le style est vivifiant.


Paraison Island. Le Dr. Grand reçoit pour leur première séance de thérapie conjugale Rogue et Gambit qu'elle invite à exprimer leurs frustrations dans leur couple. Aussitôt ils se bombardent de reproches - dont un en particulier fait débat : les circonstances exacts de leur première rencontre.


Pour Rogue, cela s'est déroulé après une bataille contre le Roi d'Ombre au cours de laquelle ils furent manipulés mentalement. Gambit aurait alors cherché à profiter du trouble de sa partenaire pour la séduire avant que celle-ci, vexée, le repousse.


Après cette séance, les deux X-Men reprennent leurs investigations pour localiser l'endroit où seraient retenus les jeunes mutants repérés par Cerebra. En se glissant dans un conduit d'aération, ils parviennent juste au-dessus d'un curieux laboratoire. Rogue en profite pour s'excuser d'avoir rudoyé Gambit qui présente sa version des faits au sujet de leur première rencontre.


Cela se passait également sur Muir Island après l'attaque contre le Roi d'Ombre mais, selon lui, l'attirance était réciproque et ne devait rien à la manipulation psychique qu'ils avaient subie de la part de leur ennemi. Gambit ajoute être d'ailleurs tombé amoureux de sa partenaire au premier regard.


Alors qu'ils inspectent le labo, ils sont surpris par les jeunes mutants mais ceux-ci sont comme possédés et les malmènent. Projetés contre un mur qu'ils défoncent, Rogue et Gambit découvrent alors une pièce remplie de patients inconscients et perfusés - mais ils ignorent qu'ils sont surveillés par des caméras et que leurs faits et gestes sont observés par le Dr. Grand et le chasseur de mutants, Lavish...

L'art du pas de côté, savoir se démarquer pour briller et faire vivre une histoire : c'est ainsi qu'on pourrait présenter la manière Kelly Thompson. C'est d'autant plus remarquable ici que, contrairement à son run sur Hawkeye, elle ne peut s'appuyer sur un dessinateur aussi talentueux que Leonardo Romero : Pere Perez n'est pas le plus mauvais des artistes mais le manque criant de personnalité de son style empêche Rogue & Gambit de s'élever au-dessus d'une simple production courante.

Visuellement, en effet, on devine facilement que les meilleures idées sont directement issues du script et non du graphiste qui doit les traduire. L'ensemble est désespérément moyen, rien ne vient faire pétiller le regard du lecteur dans ces pages au découpage bien trop standardisé et aux personnages représentés sans une once de singularité. A l'heure où on voit des robots diriger des orchestres, ce que fait Pere Perez pourrait tout aussi bien avoir été programmé pour une machine.

Pour trouver de quoi se réjouir dans cet épisode, c'est donc bien dans la façon dont elle est écrite qu'il faut se tourner. Et Kelly Thompson excelle à transformer ce qui serait du plomb en or : la scénariste garde au chaud le coeur de son intrigue, on n'est guère plus avancé sur le mystère de l'île Paraiso dans ce chapitre - et à vrai dire on se fiche un peu de ce que cache tout ça. La mission des deux X-Men apparaît clairement comme un prétexte pour autre chose. Mais quoi ?

En étant forcé de collaborer Rogue et Gambit doivent jouer cartes sur table : parfois ils y sont poussés, comme lorsque le Dr. Grand leur demande de dialoguer et que l'idée dégénère en une pluie de récriminations. Au lieu de passer par un échange verbal, Thompson remplace le contenu des phylactères par des images issues des précédentes aventures communes du couple, mélange de bonheurs et de drames, qui font office de résumé de la vie de ce couple malgré lui. Parfois aussi ils se livrent l'un à l'autre dans l'exiguïté d'un conduit d'aération où l'intimité devient un jeu mais aussi un lieu de confession plus apaisée.

Quand on examine comment Thompson dispose ses scènes et construit son épisode, où les flash-backs prennent plus de place que la progression de l'enquête (c'est là qu'on voit que cette dernière est un prétexte : la véritable mission pour Rogue et Gambit est de savoir pourquoi ça ne fonctionne plus entre eux, et même si ça a jamais marché), on assiste à une suite de prises de bec, d'excuses, de différences de points de vue, de manoeuvres de séduction, d'esquives : on est dans une pure screwball comedy, ces comédies de l'âge d'or du cinéma américain où un homme et une femme se chamaillaient pour éviter de s'avouer leur amour.

Ainsi redistribué en romance comique, le récit mutant gagne en fraîcheur : pas de discours redondant sur la persécution d'une communauté, pas de métaphore lourdingue sur la différence, mais l'examen de deux individus dont leur spécificité épice la liaison et souligne, chez Rogue, le fatalisme et la méfiance, et chez Gambit, la malice et l'envie d'y goûter encore.

Soudain, la série retrouve ses couleurs : celle d'un bon vieux soap avec des amants dotés de super-pouvoirs. Morale : pour bien parler des super-héros, il faut d'abord bien parler des hommes et des femmes qui se cachent derrière leurs costumes et se distinguent par leurs pouvoirs.   

mardi 9 janvier 2018

ROGUE & GAMBIT #1, de Kelly Thompson et Pere Perez


Marvel deviendrait-il plus prudent en lançant à nouveau des mini-séries qui, si elles rencontrent le succès, deviendront des mensuels réguliers (alors que, jusqu'à présent, des titres étaient produits et parfois vite annulés) ? Rogue & Gambit est un de ces projets testés dans ce sens et confié à une scénariste sur laquelle semble compter l'éditeur, la brillante Kelly Thompson, en misant sur deux X-Men qui formèrent pendant longtemps un des couples les plus populaires chez les mutants.


Paraiso. Trois jeunes mutants sont poursuivis par un mystérieux agresseur qui les coince dans une impasse et les neutralise : ils vont désormais compléter un mystérieux programme...


Institut Xavier, Central Park, New York. Gambit s'invite à une séance d'entraînement dans la salle des dangers après que Storm lui ait dit que Rogue y participait en compagnie de Psylocke, Pixie et Armor. Rapidement, il se met à la draguer mais elle le repousse car elle a de nouveau perdu le contrôle de ses pouvoirs et ne veut pas à nouveau entamer une liaison avec lui.


Convoquée par Kitty Pryde, la nouvelle directrice de l'école, Rogue reçoit pour mission de localiser des mutants détectés par Cerebra mais depuis subitement disparus. Pour cela, elle devra faire équipe avec Gambit afin d'infiltrer un centre qui servirait de couverture à un trafic en promettant d'aider des couples en crise.


Sur place, à Paraiso, ils sont reçus par le Dr. Grant qui leur indique le bungalow où ils logent puis ils font connaissance avec leurs voisins, également mutants, Janine et Leo, dont le comportement prévenant suscite la méfiance de Rogue alors que Gambit tente de la modérer en l'invitant à profiter du cadre. Hélas ! Ils sont vite capturés et se retrouvent ligotés à des tables d'opération...

Les aventures de Rogue & Gambit permettront-elles à Kelly Thompson de rebondir durablement après l'annulation annoncée (et fort regrettable) de sa série Hawkeye (à partir de Mars prochain) ? On veut l'espérer, même si la rumeur court qu'elle a été choisie par Brian Michael Bendis pour reprendre la série Jessica Jones (ce qui ne serait pas un mince honneur).

Venant s'ajouter à une collection pourtant déjà abondante de titres mutants, mais qui va probablement être réformée dans les prochains mois, ce nouveau projet est pour l'instant prévu comme une publication à court terme. Marvel mise sur la popularité de Rogue (qui fut longtemps une de ses héroïnes les populaires, toutes franchises confondues) et la nostalgie que provoque chez les fans des années 90 son couple avec Gambit (même si le cajun a depuis perdu beaucoup de son lustre).

Thompson s'empare du duo avec beaucoup d'aisance : on retrouve ce goût pour la comédie légère et l'action trépidante, qui rend immédiatement la lecture plaisante et dynamique. L'enjeu de la mission est vite posé, le mystère est accrocheur, la relation entre les deux héros rappelle le meilleur des romances contrariées avec une tension sentimentale bien exploitée. Les dialogues sont enlevés, on ne s'ennuie pas, et l'ambiance est prenante dès le prologue puis à l'arrivée du tandem sur l'île de Paraiso. La chute de ce premier épisode, après une ellipse audacieuse, est irrésistible : on a envie de lire la suite.

Au dessin, on peut déplorer que Marvel n'ait pas confié la tâche à un artiste moins passe-partout que Pere Perez, qui a souvent servi de doublure à Clayton Henry (notamment depuis que celui-ci travaille chez Valiant). Néanmoins, le résultat est propre, les personnages expressifs, mais tout ça manque de relief, de personnalité : le découpage est très classique (malgré une scène, dans l'avion, bien mise en scène avec quatre cases occupant toute la largeur de la bande, dont la valeur de plan ne varie pas), l'encrage lisse. Même la colorisation, d'habitude sombre de Frank d'Armata, se fait plus nuancée.

Sans prétention, mais excellemment écrit et inspiré, ce numéro inaugural de Rogue & Gambit est très agréable, malgré un graphisme trop sage : sa fraîcheur est son meilleur atout. Pas sûr que ça suffise pour en faire un hit, mais cette modestie sympathique est préférable à une ambition déplacée.  

mercredi 16 novembre 2011

Critique 281 : BATMAN - THE RETURN OF BRUCE WAYNE, de Grant Morrison, Chris Sprouse, Frazer Irving, Yanick Paquette, Georges Jeanty, Ryan Sook, Lee Garbett et Pere Pérez


Batman : the return of Bruce Wayne #1
(couverture et dessins de Chris Sprouse)

Batman : the return of Bruce Wayne #2
(couverture et dessins de Frazer Irving)

Batman : the return of Bruce Wayne #3
(couverture et dessins de Yanick Paquette)

Batman : the return of Bruce Wayne #4
(couverture de Cameron Stewart, dessins de Georges Jeanty)

Batman : the return of Bruce Wayne #5
(couverture de Ryan Sook, dessins de Ryan Sook et Pere  Pérez)

Batman : the return of Bruce Wayne #6
(couverture de Bill Sienkewicz, dessins de Lee Garbett et Pere Pérez)

Batman : The Return of Bruce Wayne est une mini-série en 6 épisodes écrite par Grant Morrison, publiée en 2010 par DC Comics. Chaque épisode est dessiné par un (voire deux) artiste(s) différent(s) (successivement Chris Sprouse, Frazer Irving, Yanick Paquette, Georges Jeanty, Ryan Sook, Pere Pérez, et Lee Garbett).
*
Durant la saga Final Crisis (déjà écrite par Grant Morrison), Darkseid, blessé par Batman, le frappe à son tour avec ses rayons Omega. Pour tous les héros du Dark Knight, le justicier est mort, mais en vérité, il a été projeté dans le passé, à l'époque Néanderthalienne.
Le corps de Wayne est chargé de particules Omega, le transformant, à son insu, en une bombe vivante à retardement. Lors d'éclipses solaires, il est expédié au XVème siècle, puis au XIXème, au XXème siècle et de nos jours.
Bruce Wayne recouvre progressivement la mémoire tout en devant surmonter des épreuves propres à chaque époque où il atterrit : ainsi, il se bat contre une tribu menée par Vandal Savage durant son séjour dans la préhistoire ; contre un monstre au temps de pélerins en pleine chasse aux sorcières ; doit affronter Barbe-Noire le pirate ; à nouveau contre Savage et aussi Jonah Hex en plein western ; le Dr Hurt dans les années 40, et la JLA de nos jours.
En même temps, qu'à travers les âges on découvre la mythologie totémique de l'homme chauve-souris, se pose la question pour les acolytes du héros, qui comprennent qu'il a survécu mais représente un danger pour lui-même et eux, de savoir comment négocier le retour de Bruce Wayne : pourront-ils le sauver ou non ?
*
Grant Morrison a, quoi qu'on pense de son style (et de l'évolution de celui-ci), marqué de son empreinte le personnage de Batman en réinjectant dans ses aventures des éléments de son passé, issus des origines les plus obscures du titre. Il y a ajouté des ingrédients de son invention et a donc considérablement enrichi la mythologie de cette production.
Un tournant a eu lieu avec un projet qui pourtant n'avait aucun lien avec Batman : la maxi-série Seven Soldiers of Victory, où Morrison a abondamment puisé dans le terreau de Jack Kirby (lorsque le "King" officia chez DC dans les années 70). Des idées déjà explorés quand il écrivait la JLA ont servi alors à bâtir une oeuvre atypique, complexe mais passionnante.
Logiquement, l'étape suivante a été la rédaction d'une saga évènementielle où Morrison pourrait utiliser des personnages-phares de DC dans une trame qui bouleverserait profondèment sa chronologie : ce fut Final Crisis, un des crossovers les plus fumeux qu'ait produit l'éditeur, à l'histoire hermétique, truffée de références que même des initiés eurent du mal à décrypter. Résultat : un échec commercial, fraîchement accueilli par la critique, et finalement peu considéré par la suite (Geoff Johns devenant, via la série Green Lantern, le nouvel architecte en chef de DC).
Néanmoins, Final Crisis, malgré son côté indigeste, réserva deux moments forts, qui impactèrent à la fois le travail de Morrison - la disparition de Bruce Wayne - et celui de Johns - le retour de Flash version Barry Allen. 
Comme à chaque fois qu'un personnage aussi emblématique que Batman meurt, il est convenu qu'il reviendra tôt ou tard : Dick Grayson, ancien Robin et Nightwing, allait hériter du pseudonyme et du costume. Mais quid de Bruce Wayne ? Comme Steve Rogers chez Marvel, il n'était pas vraiment mort, mais ailleurs, et cette mini-série, comme Captain America : Reborn, allait expliquer comment il revenait parmi les siens.   

Cette histoire nous informe très vite sur le Grant Morrison qui l'écrit, et hélas ! c'est celui de Final Crisis. En clair, cela signifie qu'il faut s'accrocher pour y comprendre quelque chose, même si ça démarre mieux que ça ne se termine.
Effectivement, au début, la série, même si elle souffre déjà de dialogues alambiqués, derrière lesquels on devine moults charades, est assez sympathique et dépaysante. On est transporté à l'époque néanderthalienne, en pleine guerre tribale, et l'ennemi est familier puisqu'il s'agit de l'immortel Vandal Savage (souvent vu dans la série JSA et son relaunch). Morrison semble s'amuser à faire le plus kitsch possible avec ces homo sapiens en peau de bête peu frileux et primaires.
Ensuite, on passe brutalement à la période de la chasse aux sorcières dans les environs de Gotham. Le récit devient déjà plus coriace, mais c'est assez rythmé pour qu'on ne s'ennuie pas et l'atmosphère fanatique des pélerins intégristes est prenante.
Le meilleur de la série arrive avec l'épisode mettant en scène la quête d'un trésor avec des pirates. Miraculeusement, Morrison fait simple et livre un chapitre palpitant, sobre. Miraculeusement, car après, c'est le drame...
On pouvait espérer beaucoup du segment se déroulant en plein farwest puisque n'importe quel lecteur de Batman sait que le justicier s'est d'abord inspiré de cette époque et du film Zorro avec Douglas Fairbanks quand il a décidé de faire le bien. Malheureusement, alors qu'un duel avec Jonah Hex était annoncé (avec le retour dans le jeu de Vandal Savage), et bien que la narration misait sur un Bruce Wayne muet, c'est un ratage total. Le décor, les personnages, la situation, rien n'est correctement exploité.
Prochain et avant dernier arrêt dans les années 40 : Morrison redresse un peu la barre, invoquant le Spirit de Will Eisner mais surtout revenant sur des points qu'il a creusés dans la série Batman, avec des personnages comme la référence à la société secrète du "Black Glove" et de son leader, le Dr Simon Hurt (au centre de l'arc Batman : R.I.P.). On se dit alors que le scénariste prépare un final prometteur où,en ramenant le héros de nos jours, il bouclera en fait tout son run, résolvant bien des énigmes, réglant son compte à bien des ennemis tout en sauvant et en resituant Batman... Mais non.
Au lieu d'un épilogue magistral, on a droit à une conclusion grotesquement bricolée, totalement incompréhensible, où ni le retour tant attendu ni les rôles de Red Robin, la JLA, Rip Hunter n'ont droit à un traitement à la hauteur. Bruce Wayne est effectivement ramené, reprend son alias et sa cape... Mais en gardant pour lui le sens des sauts dans le temps, des éclipses solaires, de sa guérison aux rayons Omega. Rarement aura-t-on assisté à un climax aussi piteux (certes Ed Brubaker avec Captain America : Reborn n'avait pas été très inspiré, mais au moins son dénouement était moins prétentieux).
Le véritable intérêt de cette saga est souterrain, au propre comme au figuré : on saisit bien l'importance des grottes du manoir Wayne, le culte de la chauve-souris dont Bruce est le dernier pratiquant, l'aspect totémique, l'intelligence supérieure du héros et sa détermination. C'est donc d'autant plus frustrant que ce ne soit pas sur ces points que Morrison ait choisi d'articuler son récit, se contentant d'allusions comme s'il ne s'adressait qu'à des habitués d'un club, et échouant lamentablement à donner un souffle vraiment épique à cette "résurrection".
*
Le scénario ne tenant pas ses engagements, au moins pouvait-on espérer que la partie graphique, sans sauver l'entreprise, lui confère un vrai cachet. Mais, là aussi, le bilan est mitigé.
La première moitié de l'aventure (préhistoire, chasse aux sorcières, pirates) est brillamment servie par trois artistes en grande forme : d'abord, Chris Sprouse et son style élégant, vif, même si on sent bien qu'il n'y a pas mis autant de coeur que pour ses Tom Strong ; ensuite les planches en couleur directe de Frazer Irving comme des tableaux baroques, hallucinés, et enfin Yanick Paquette très "Bryan Hitch-iesque", traduisant à merveille le périple dans les grottes et les trognes des pirates.
Après ça, la prestation de Georges Jeanty est vraiment affligeante et l'on rêve de ce qu'aurait pu faire Cameron Stewart, initialement prévu pour ce chapitre westernien. Ryan Sook relève le niveau sans problème avec des images souvent sublimes, mais il n'assure que la moitié de sa tâche, supplée par Pere Pérez qui imite son style avec habileté mais sans personnalité. On retrouve d'ailleurs Pérez dans ce rôle à l'ultime étape où, là encore, Lee Garbett, un clone d'Olivier Coipel (sans la puissance du français), n'est pas capable de réaliser ses trente pages.
Il est lamentable de constater encore une fois l'incapacité de DC de composer une équipe d'artistes respectant les délais (Blackest Night ayant été la récente exception) et cela mine cette série qui souffrait déjà d'une histoire difficile à appréhender telle qu'elle a été traitée. Marvel maintient ses dessinateurs sur chaque event, quitte à prendre du retard, et cela donne une bien meilleure facture à chaque projet. Relisez les différentes "Crisis" de DC, ce sont toujours des fresques boursouflées, parfois jubilatoires dans leurs excés, mais vieillissant plus mal visuellement que chez la distinguée concurrence.
*
Avant et pendant (avec la série Batman & Robin) et après (Batman Incorporated) cette série, Grant Morrison a continué à alimenter le Dark Knight, réussissant à corriger le tir. Mais, en l'état, The return of Bruce Wayne est quand même un gros ratage, une histoire absconse, et inégalement illustrée. C'est regrettable, mais cela signifie peut-être que le scénariste, qui s'est souvent mesuré, voire attaqué, à Alan Moore, n'a pas le génie de l'auteur d'un vrai grand classique de Batman, le mythique Killing Joke.