samedi 29 octobre 2022
CATWOMAN : LONELY CITY #4, de Cliff Chiang
mercredi 27 avril 2022
CATWOMAN : LONELY CITY #3, de Cliff Chiang
vendredi 24 décembre 2021
CATWOMAN : LONELY CITY #2, de Cliff Chiang
Pendant ce temps, Selina et ses acolytes arrivent au Brésil pour y rencontrer une vieille amie à qui elle a promis les échantillons d'Ace Chemicals en échange de son renfort pour visiter la Batcave et neutraliser la police de Dent...
Si on voulait faire un raccouric facile, on pourrait dire que le Black Label de DC Comics est un peu l'équivalent de feu le label Vertigo pour des histoires super-héroïques : des auteurs confirmés s'y expriment sans avoir à se soucier de la continuité, en proposant au lecteur des "What if...?", des "Elseworlds", mais qui peuvent aussi s'apprécier comme des histoires possibles du DCU classique.
On y aborde des thèmes divers et variés, souvent plus adultes, avec des personnages célèbres et d'autres moins, susceptibles d'être réinventés ou creusés plus profodément. Les intrigues sont limitées dans le temps avec des mini-séries de trois, six, huit, dix, douze épisodes, dont le format varie (jusqu'à une cinquantaine de pages), et une péridocité moins stricte.
Cette formule est un effort de DC qu'il faut non seulement féliciter mais encourager. Il n'y a pas d'équivalent chez Marvel et c'est bien dommage. Surtout le Black Label est désormais bien installé et alimenté, avec une politique éditoriale intelligente et des auteurs qui reviennent chez DC pour en profiter.
Cliff Chiang illustre parfaitement tout cela : ces dernières années, il a dessiné la série Paper Girls, écrite par Brian K. Vaughan, chez Image Comics, et rien ne l'obligeait à retourner chez son ancien éditeur pour qui il a été editor, dessinateur, cover-artist, scénariste. Sauf pour mener à bien une histoire qui lui tenait à coeur et qui ne pouvait exister qu'au sein du Black Label : Catwoman : Lonely City.
Ce deuxième chapitre est aussi réussi que le premier, sa lecture est un régal, son exécution impeccable. Comme je l'avais écrit pour le n°1, il est aisé de faire le rapprochement avec Batman/Catwoman de Tom King, Clay Mann et Liam Sharp puisqu'on suit aussi Selina Kyle dans ses vieux jours. Mais le résultat est autrement plus concluant ici, grâce à une écriture bien plus appliquée, une narration moins inutilement alambiquée, et un propos plus direct.
Dix ans après la Nuit des Fous, qui a coûté la vie à Batman, le Joker, le Pingouin, Harley Quinn et le commissaire James Gordon, et une peine de prison pour Catwoman, tenue pour resposable du massacre, Selina Kyle se souvient des derniers mots de Batman : Morpheus. Après avoir interrogé Barbara Gordon à ce sujet, sans succès, elle est convaincue que la réponse à cette énigme se trouve dans la Batcave. Problèmes : l'endroit est impénétrable et Harvey Dent/Double-Face, devenu maire de Gotham, espère se faire réélire en capturant Catwoman (qu'il a fait sortir de prison avant le terme de sa peine).
Dans cet épisode, Selina considère la difficulté de la tâche qui l'attend : elle a pour unique partenaire Killer Croc, qui a pris du ventre et ne fait plus peur à personne, et elle se doute que Dent lui réserve un mauvais tour. Auprès d'une amie, Rowena, elle gagne un soutien en la personne de Winston, un jeune hacker, qui va lui indiquer un moyen de pénétrer dans la Batcave. Mais c'est un échec.
Cliff Chiang va alors faire basculer son récit dans une véritable histoire de braquage, avec le renfort de complices mais aussi en arrière-plan la prochaine élection municipale qui voit s'opposer Dent et Barbara Gordon sur fond de réaménagement du quartier d'Alleytown à grands coups d'expropriations. L'intrigue devient une conquête de territoires : Dent avec Gotham et Alleytown, Selina avec la Batcave.
Le scénario nous entraîne dans des lieux familiers comme l'industrie Ace Chemicals (où le Joker a eu l'accident qui l'a transformé) avant de se déplacer au Brésil pour y retrouver un personnage rondement bien redéfini. C'est jubilatoire, captivant, drôle, mélancolique aussi (le dîner entre Edward Nygma et Selina est une merveille). De la belle ouvrage, menée sur un tempo soutenu.
Visuellement, Chiang tient la grande forme et s'en amuse : artiste expérimenté, il prend un plaisir évident à montrer que ses vieux héros (ou vilains repentis) ne sont pas en reste, suant dans une salle d'entraînement (tenue par Ted "Wildcat" Grant), tout en respectant un certain réalisme (les acrobaties à cinquante balais ne sont plus aussi simples, même avec de la volonté, et Chiang évoque même une possible passation de flambeau quand Edelia Nygma demande à Selina si, une fois l'affaire bouclée, elle pourra devenir sa coach).
Maître total de son projet, Chiang n'a laissé à personne le soin de la réaliser à sa place : il dessine, encre, colorise, lettre. Et il fait tout cela magistralement. On sent qu'il a muri son histoire, sa réalisation, notamment en ce qui concerne les designs (les tenues de Catwoman sont à la fois élégantes et pratiques, et il nous gratifie d'un délicieux flashback où la féline et Batman se couraient après).
C'est donc très beau, et même chic, car Chiang a du goût. Il ne s'agit pas pour lui d'ironiser sur ses personnages, de grossir le trait. Pas de cruauté. Il aime son casting, c'est évident, et sa manière de les dessiner, comme de représenter Gotham, traduit cette affection, ce qui confère une vraie tendresse à l'histoire. On est avec Catwoman et sa bande, qu'on suit comme de vieux amis, dans leur dernier gros coup, avec du panache et suffisamment de mystères pour rester à l'affût.
Catwoman : Lonely City est une production exquise, une lettre d'amour. La faire partager aux fans est un beau cadeau de la part de Chiang et DC.(Suggestion : et si DC inscrivait le retour de la JSA dans ce Black Label au lieu de nous faire lambiner avec une nouvelle ongoing ?)
jeudi 21 octobre 2021
CATWOMAN : LONELY CITY #1, de Cliff Chiang
N'y allons pas quatre chemins : Catwoman : Lonely City est le meilleur comic book que vous lirez cette semaine en provenance de DC (et sans doute tous éditeurs confondus). C'est l'oeuvre d'un seul homme, Cliff Chiang, qui revient à la maison, et qui a vraiment tout fait ici - scénario, dessin, encrage, couleurs, et même lettrage. Cet investissement total se sent aussi dans le récit, magistral, sensible. Déjà un classique cuvée 2021.
mercredi 25 février 2015
Critique 579 : WONDER WOMAN, VOLUME 5 - FLESH, de Brian Azzarello, Cliff Chiang et Goran Sudzuka
mardi 20 janvier 2015
Critique 560 : WONDER WOMAN, VOLUME 4 - WAR, de Brian Azzarello, Cliff Chiang, Goran Sudzuka et Tony Akins
Critique 559 : WONDER WOMAN, VOLUME 3 - IRON, de Brian Azzarello, Cliff Chiang, Tony Akins et Goran Sudzuka
Les dessins sont signés par Cliff Chiang (#0, 15-16 et 3 pages du # 18), Tony Akins (# 14, avec Rich Burchett ; # 17, avec Amilcar Pinna) et Goran Sudzuka (#18, avec 7 pages par Tony Akins).
Mais ce "gadget" ne dispense pas son auteur de raconter des choses importantes pour mieux appréhender l'héroïne, notamment la relation qui l'a uni à War, présenté comme son tuteur, son mentor - une relation conflictuelle, qui souligne déjà le caractère affirmé de la jeune femme (quand le Minotaure est à sa merci mais qu'elle refuse de le tuer).
Cela légitime surtout la formation de guerrière de Diana, mais révèle aussi son empathie, ce qui en fait une figure dotée d'un vrai relief. C'est la première fois que la part psychologique du personnage est abordée avec cette importance, au sein d'une série où l'action prime.
Cliff Chiang illustre cela parfaitement grâce à un trait épuré qui lui permet de représenter Diana de manière crédible dans ses jeunes années, dans un cadre à l'exotisme bien dosé, des ambiances fortes mais subtiles. Son encrage un peu épais, avec des zones noires profondes, donne une texture particulière à l'histoire qui ressemble à ce dont on peut se souvenir, sans être encombré de détails. Et encore une fois, le design des personnages est remarquablement original, évitant tous les clichés de l'imagerie du panthéon et des amazones.
Avoir réussi à donner un véritable nouvel élan à Wonder Woman, qui en impose à nouveau, en la débarrassant de tout ce qui en faisait une héroïne ayant moins d'aura que d'autres vedettes du DCU (comme Green Lantern, Batman), voilà assurément le meilleur de la série : on lit à présent les aventures d'une femme forte, charismatique, qui n'a pas peur de se battre, mais qui comporte une vraie noblesse (parce qu'elle ne tue pas sans raison en premier lieu). Elle a depuis le début été un soutien infaillible pour Zola et ses origines modifiées en font désormais l'égale des dieux qui se mettent parfois en travers de son chemin.
Brian Azzarello a atténué tout ce qui pouvait conférer trop de glamour au personnage, sa féminité n'est plus un élément déterminant (notamment en ayant écarté très vite la relation mère-fille entre Hyppolita et Diana).
En vérité, Wonder Woman est moins une série super-héroïque qu'une histoire avec des surhommes, des dieux, des monstres, ce qui la distingue du tout-venant par leur ambiguïté morale et physique. L'intrigue développée ne se révèle que progressivement, nourrissant un authentique suspense.
Mais cette charge de travail ajoutée à une capacité de production déjà moyenne a son revers : en ne dessinant pas tous les épisodes, parfois en se contentant juste d'en signer quelques planches, il doit céder la place à des collaborateurs occasionnels plus ou moins doués.
Dans le présent recueil, il n'intervient que sur trois épisodes sur sept : c'est frustrant quand on voit avec quel brio il représente un dieu comme War (avec ses membres continuellement ensanglantés comme stigmates de ses victimes de guerre - une idée simple mais intelligente et impressionnante). Son trait anguleux et un peu gras renforce cette apparence brute, conforme à l'ancienneté des divinités. Le Premier Né est également une réussite, qui est immédiatement mémorable.
Mais cela n'excuse pas d'autres éléments : par exemple, le costume de Diana possédait un raffinement séduisant au début mais qui, à la longue, est devenu un peu absurde pour la même raison (le collier ou le bandeau à son bras gauche en forme de WW tous les deux). Chiang pêche aussi par le manque de variété dans l'expressivité de ses personnages ou ses décors urbains.
Azzarello, avec la venue au monde du bâtard de Zeus, fruit de ses amours avec Zola et les diverses machinations du panthéon pour tirer profit de l'absence du père des dieux, a fort à faire pour animer tout cela et le rendre intéressant. L'apparition du Premier Né complexifie encore une fresque déjà fournie. Du coup, on a le sentiment que Diana se démène avec beaucoup trop de monde contre elle, elle paraît submergée comme l'est le lecteur.