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vendredi 7 janvier 2022

INFERNO #4, de Jonathan Hickman, Valerio Schiti et Stefano Caselli (Critique avec spoilers !)

 

Je voulais d'abord écrire cette critique en contournant les spoilers, mais je me suis rendu compte de la difficulté de l'exercice. Aussi, je vais divulgâcher des éléments clés de l'intrigue pour parler librement de la fin de Inferno, qui est aussi la fin du run de Jonathan Hickman sur la franchise mutante. Une conclusion attendue, à la fois terrible et frustrante, superbement mise en image par Valerio Schiti et (un peu) Stefano Caselli.

Donc, attention, à partir de maintenant, soit vous continuez la lecture de cet article. Soit vous renoncez pour vous préserver.




Terra Verde. Charles Xavier Magneto font face aux hommes armés d'Orchis, la Sentinelle Oméga et Nimrod. Ces deux derniers exécutent froidement les hommes pour affronter les deux mutants dans un duel à mort. Xavier ouvre les hostilités en pensant que les adversaires détiennent Moira X.


Krakoa. Moira est privée de son pouvoir par Mystique grâce au pistolet autrefois mis au point par Forge. Elle explique ensuite quel était son plan depuis le début : supprimer le gène mutant dès la naissance de telle sorte qu'un mutant n'aurait jamais su de quoi il aurait été privé mais qui aurait survécu à la persécution. 


Cet aveu ne fait que renforcer le désir de Mystique de tuer Moira mais Cypher intervient alors pour l'en dissuader, en rappelant que les lois de Krakoa interdisent le meurtre d'un humain. Avec le renfort de Bei, Warlock et Krakoa, il convainc Destinée de laisser filer Moira, désormais bannie de l'île.
 

Tués par Nimrod et la Sentinelle Oméga, Xavier et Magneto sont ressucités une semaine après. Emma Frost leur explique en présence des membres du conseil de Krakoa qu'elle les a mis au courant de ce qu'ils avaient dissimulé. Plus de secrets mais un même fardeau à partager désormais.
 

Le Conseil se réunit, entre les fondateurs (Xavier, Magneto), les fidèles (Diablo, Tornade), le digne de confiance (Colossus), l'enfant innocent (Cypher), la gardienne trahie (Emma Frostà, les héros et vilains (Kitty Pryde, Sebastian Shaw), les tueurs (Mystique, Destinée), le menteur (Mr. Sinistre) et le vrai croyant (Exodus).

La question que tout le monde se posera après la lecture de ce dernier chapitre de Inferno, qui marque aussi la fin du run de Jonathan Hickman dans la franchise mutante, c'est : est-ce une fin à la hauteur des espérances placées en elle ?

Disons tout net que oui. Mais que ce terminus est ausi terriblement frustrant. Mais aussi prometteur, si les autres scénaristes désormais aux commandes exploitent les idées laissées en friche par Hickman. Car, en vérité, Inferno, c'est surtout ça : plus qu'une conclusion définitive, c'est un réservoir excitant pour le futur des mutants et de "l'âge de Krakoa".

A la fois lettre d'adieu, chant du cygne et legs, Inferno s'apprécie non pas comme un épisode terminal, mais une promesse. Si ceux qui succéderont à Hickman (du staff éditorial aux auteurs et aux artistes) savent exploiter ce qu'il laisse derrière lui, alors il y aura encore de quoi alimenter de longues heures de lecture jubilatoire. Sinon, tout ce qui a été entrepris par Hickman depuis House of X/Powers of X ne sera qu'une belle parenthèse inaboutie, un jardin mal entretenu.

Inferno #4 se divise en trois actes : le premier montre la confrontation terrifiante entre Xavier, Magneto et la Sentinelle Oméga et Nimrod ; le deuxième concerne le face-à-face entre Mystique, Destinée et Moira X ; et le troisième établit ne nouveau statu quo mutant, préface à Destiny of X. Détaillons ça.

Nous avions laissé Charles Xavier et Magneto face aux troupes armées de Orchis assistées de la Sentinelle Oméga et Nimrod dans une base dévastée en Terra Verde. Hickman nous fige sur place quand la Sentinelle Oméga et Nimrod commencent par exterminer les hommes de Orchis pour révéler que l'explication se jouera "entre titans", robots contre mutants. Cette idée a alimenté House of X et surtout Powers of X, quand dans la neuvième vie de Moira, ne restait plus qu'un bastion de mutants affrontant Nimrod et de la Sentinelle Oméga. Il était donc dit que tout finirait entre les machines et les homo superior dans un duel à mort, dont les machines sortiraient vainqueurs... Sauf dans la dixième vie de Moira où les mutants trouvaient la parade définitive contre les machines jusqu'aux Phalanx.

C'est, curieusement, la partie la plus frustrante et en même temps la plus spectaculaire. Valerio Schiti traduit en images toute la puissance et l'intensité de ce combat, avec des déchaînements de forces impressionnants comme lorsque Xavier démembre psychiquement Nimrod (qui se reconstitue vite) ou que Magneto manque de peu de pulvériser Nimrod et la Sentinelle Oméga. Le dessinateur italien déploie tout son talent dans des planches vraiment soufflantes, auxquelles les couleurs de David Curiel donne encore plus d'éclat en jouant sur des teintes opposées (bleu contre orange).

Mais le frisson que procure cette bataille épique, ce baroud plein de panache et de désespoir, ne comble pas complètement la frustration de la lecture. Parce qu'on devine bien que cette oppostion machine-mutant était une piste narrative que Hickman aurait voulu/pu/dû développer s'il avait prolongé son run. Là, il ne fait que la réitérer et nous laisse sur la promesse, par Magneto, d'un match retour. A voir donc si un scénariste l'écrira un jour, quand, comment. Mais le résultat est dramatique à souhait puisque Xavier et Magneto tombent sous les coups ennemis. 

Schiti dessine en particulier Nimrod avec une stature effrayante comme peu d'artistes l'ont fait avant et Hickman place dans la bouche de la Sentinelle Oméga exactement les mêmes mots que ceux que Cyclope adressait à Sue Storm dans House of X #1 ("Vous pensiez vraiment que nous allions rester éternellement sans rien faire, la tête baissée ?"). Pour la Sentinelle Oméga, qui auparavant a tué des humains, homo sapiens et superior sont identiques, des obstacles à éliminer pour assurer le règne des machines, de Nimrod.

Pris entre deux scènes de bataille, la confrontation tant attendue entre Mystique, Destinée et Moira est finalement beaucoup plus forte et accomplie. On sent que Hickman a, là, à coeur de terminer le travail pour clore son run. C'est comme si tout ce qu'il avait entrepris devait mener à ce moment. Et le résultat est époustouflant, même s'il clivera autant que la décision initiale, dans House of X #2, d'avoir fait de Moira une mutante.

Souvenez-vous du dialogue entre Emma Frost, Mystique et Destinée où la première révélait aux deux autres l'existence de Moira et sa condition. Il était ensuite question d'un cadeau, d'un présent offert par le Reine Blanche aux deux autres mutantes pour règler le problème Moira. Mais quel était-il ?

C'est le pistolet conçu par Forge autrefois (apparu dans Uncanny X-Men #184, par Chris Claremont et John Romita Jr, en 1984), le "neutraliseur", capable d'ôter son pouvoir à un mutant et qui priva Tornade des siens. Hickman connaît ses classiques et le lecteur, qui a lu cet épisode, est pétrifié en voyant réapparaître cette arme terrible.

Mystique tire sur Moira. Elle redevient une simple humaine - il n'y aura donc pas de onzième vie pour elle. Mais une vérité bien plus crue, dérangeante, va se faire jour et la séquence va complètement basculer. Pour Mystique et Destinée, Moira était l'ennemie parce que son pouvoir a influé sur le choix de Xavier et Magneto de ne pas ressuciter Destinée plus tôt. Pour Destinée, Moira constituait un trouble car elle l'empêchait de lire l'avenir, brouillant le futur. En la tuant, elles faisaient d'une pierre, deux coups : supprimer la responsable de leur séparation et redonner la vue à Destinée.

Pourtant, au moment de sa dernière heure, Moira ne tremble toujours pas, elle se moque même des deux mutantes qui lui en veulent. Une bravade ? Pire. Parce qu'elle a expérimenté toutes les issues possibles du devenir mutant et que toutes aboutissent à un échec, la tuer ne règlera rien. L'Histoire est écrite, la "mutanité" échouera, périra. Donc son plan, à travers Krakoa, était autre que celui que les deux tueuses et le lecteur pensaient.

Destinée en a l'intuition : il s'agissait toujours de trouver une cure pour les mutants. Moira le reconnaît mais nuance : elle voulait éliminer le gène mutant avant qu'il ne se manifeste (à l'adolescence donc). Ainsi un mutant aurait grandit sans savoir de quoi il avait été privé. Mais surtout elle a la conviction que c'était le seul moyen d'épargner aux mutants la persécution, l'extinction. Moira apparaît soudain non pas comme la sauveuse de la race mutante, mais comme une des (sinon la) plus grande méchante qu'aient connue les mutants. Un twist radicale et stupéfiant.

Qui va donc cliver, diviser autant (peut-être même plus) que lorsque Hickman a fait de Moira une mutante. Il n'empêche, pour ma part, je considère que Hickman a fait, durant les deux dernières années, de Moira un des personnages les plus passionnants qui soit. Auparavant, elle était l'alliée des mutants, la maîtresse de Xavier, la mère de Proteus (enfant né d'un viol), finalement pas grand-chose puisqu'elle n'existait que par rapport aux mutant qu'elle côtoyait. Si elle était restée telle quelle, elle n'aurait même pas eu droit de citer dans "l'âge de Krakoa" puisque les humains n'y ont pas accès (à part le mari de Vega). Mais en en faisant une mutante, s'étant réincarnée dix fois, et une des stratèges en coulisses de la révolution mutante, puis in fine une manipulatrice effrayante, Hickman lui a donné une épaisseur, une importance énormes. Et, même à nouveau humaine, dépossédée de son pouvoir (comme elle voulait que tous les mutants le soient finalement), elle reste un personnage déterminant.

Car que va-t-elle devenir ? Elle est en cavale, et ce qu'elle voulait faire ne restera pas un secret gardé par quelques krakoans. Elle sera traquée. Ou peut-être va-t-elle devenir une alliée d'Orchis, pour qui elle serait un atout considérable. Là encore, le destin de Moira appartient désomais aux scénaristes de la franchise et à celui (ceux) qui aura l'idée de son futur.

Cypher sera aussi un personnage à qui Hickman aura donné une dimension inédite. Il l'aimait beaucoup et a eu à coeur, jusqu'au bout, de le prouver. C'est grâce à lui que Moira s'en tire à bon compte en pouvant quitter Krakoa indemne (ou presque) car il dissuade, intelligemment, habilement, Mystique et Destinée de l'achever. Il a "sa" grande scène, après la révélation de son rôle dans l'épisode précédent. Le gentil blondinet, polyglotte, s'affirme comme un brillant joueur d'échecs, un marionnettiste très malin, avec des alliés peu nombreux mais efficaces (sa femme Bei, Warlock, et Krakoa elle-même). La manière dont Hickman, via Destinée, expose les trois choix qui s'offrent à elle et Mystique vis-à-vis de Moira et Doug est une démonstration de dialoguiste, (qui rappelle un moment similaire de Le Livre des Crânes de Robert Silverberg...). Rien que pour ces pages, la conclusion d'Inferno mérite des applaudissements tellement c'est implacable.

Enfin, et alors que Schiti signe ses dernières planches pour laisser à Stefano Caselli le soin de fermer le ban, en beauté, pour deux scènes (l'une une fois encore superbement dialoguée, l'autre muette), nous retrouvons Xavier et Magneto. Tout juste ressucités, Emma Frost, coiffée du casque Cérébro, leur rend leur âme. Une semaine s'est écoulée depuis leur mort et le départ de Moira. Une semaine où tout a changé.

Même si Hickman n'a, semble-t-il, pas voulu/osé complètement renverser la table (en faisant d'Emma la nouvelle présidente de Krakoa), il laisse le gouvernement mutant et le lecteur hébétés. Plus de secrets entre eux, mais un fardeau commun. Et des tensions vives, des fractures béantes, des cicatrices vives, et une bonne part d'incertitudes.

Deux points : le premier, c'est la qualité de chacun des treize membres du conseil, énumérée avec une sorte d'ironie mordante (les fondateurs, héros, vilains, tueurs, menteurs, croyants, fidèles, innocents...) ; et le second, encore plus lugubre. Les mutants ont bâti leur nation sur une île avec de hauts murs, comme une forteresse. Mais aujourd'hui, ces murs si hauts les protègent moins qu'ils ne les enferment. Et ils sont tous dans la même cellule. Comme le criait Rorschach aux détenus de la prison où il en avait envoyé beaucoup : "Je ne suis pas enfermé avec vous. Vous êtes enfermés avec moi.". C'est exactement ce à quoi j'ai pensé à la dernière image : les bons mutants sont enfermés avec les méchants, et les méchants avec les bons, ils sont tous prisonniers de ce qu'ils croyaient être leur refuge, leur terre promise. Inferno ressemble alors à un requiem, une marche funèbre, où il n'y a même plus besoin d'humains anti-mutant, de machines tueuses. Les dirigeants mutants se sont condamnés à cohabiter et à gouverner sans avoir plus aucune confiance les uns envers les autres.

Alors, oui, au moment de clore cette critique, de refermer la porte sur l'ère Hickman chez les mutants, je suis saisi par une certaine nostalgie. Ces deux années passées, sous la conduite du scénariste, la franchise a été exceptionnelle à lire, même si tout n'a pas été bon, que toutes les séries ne se valaient pas, que la pandémie a changé les plans, etc. Et aussi parce que, jusqu'à présent, les annonces concernant Destiny of X ne m'ont pas emballé. Mais si c'était à refaire, et s'il fallait en rester là, alors pas de regret. C'est ce que j'ai lu de meilleur pour les mutants depuis longtemps, c'était chouette d'en avoir profité en direct. Merci, M. Hickman.

jeudi 9 décembre 2021

INFERNO #3, de Jonathan Hickman et R.B. Silva avec Stefano Caselli et Valerio Schiti


Tous ceux qui, comme moi, auront apprécié la refonte de la franchise X par Jonathan Hickman adoreront Inferno tant le scénariste s'y livre à un exercice magistral qui fait reconsidérer tout son projet d'un oeil nouveau. Ce troisième épisode est à cet égard fascinant puisque, avec deux longs flashbacks, on porte un regard tout à fait bouleversé sur des événements majeurs. Au dessin, RB Silva livre une très bonne prestation, même s'il a dû être soutenu par Stefano Caselli et Valerio Schiti.


Le passé. Lorsque Cypher a dû devenir l'intermédiaire entre Krakoa et les mutants, il s'est méfié du projet de Xavier et, avec Warlock, il a piraté l'île pour en surveiller les représentants les plus importants, y compris Moira MacTaggert.


Aujourd'hui. Emma Frost convoque Mystique et Destinée pour leur révéler que Moira MacTaggert et vivante et mutante. Elles scellent une alliance contre Xavier et Magneto pour préserver leurs intérêts et ceux de leurs protégés.


Moira MacTaggert rejoint Paris et sa résidence secrète mais des agents d'Orchis la capturent et la téléportent dans une base en Terra Verde. Sur Krakoa, alors qu'il discute de la situation du Conseil, Xavier intercepte le cri de détresse de Moira et part à son secours avec Magneto.
 

Dans la Forge d'Orchis en orbite autour du soleil. La Sentinelle Oméga et Nimrod observent la fabrication d'une nouvelle Sentinelle-Mère. Karima Shapandar révèle à son acolyte comment, en venant du futur, elle a initié la création d'Orchis pour empêcher que les mutants ne gagnent définitivement.


Magneto remonte la piste de Moira grâce à un traceur implanté dans la prothèse de son bras gauche mais celle-ci a été retirée. Moira est aux mains de Mystique et Destinée. Nimrod et la Sentinelle Oméga débarquent dans la base de Terra Verde où se trouvent Xavier et Magneto.

Commençons, une fois n'est pas coutume, par parler des dessins de ce pénultième épisode d'Inferno. Initialement, dans les annonces de Marvel, la mini-série comptait un artiste différent pour chaque chapitre, à l'exception des premier et dernier (signés Valerio Schiti). Ce troisième numéro devait donc être intégralement complété par R.B. Silva qui faisait son retour après Powers of X et X-Men #5.

La couverture de Inferno #3 nous renseigne différemment en affichant les noms de Stefano Caselli (dessinateur du n°2) et de Valerio Schiti aux côtés de celui de Silva. C'est d'abord donc un peu décevant de constater que ce dernier n'a pas réussi à réaliser son épisode intégralement. 

Mais, ne faisons pas non plus la fine bouche car retrouver Caselli et Schiti est tout sauf pénible. Caselli dessine les pages 21 à 27 et Schiti les pages 39 à 47. Ils s'en acquittent très professionnellement et livrent des prestations conformes à leur (grand talent). C'est certes un tout autre style que celui de Silva, mais, pour ma part, j'aime ces trois artistes et lire un épisode illustré par eux est un régal, même si j'aurai bien aimé que Silva fasse tout.

Surtout que, sur ses planches, Silva affiche une grande forme. Il est encré par Andrea di Benedetto, son partenaire habituel. Ensemble, ils nous gratifient d'images mémorables, et de scènes superbement découpées. Quand il faut y aller à fond dans le grand spectacle, ces deux-là n'ont peur de rien et il y a notamment une splash-page avec les Phalanx géants qui est à couper le souffle, terrifiante et fascinante à la fois. Je pense aussi à cette autre vignette généreuse par son format où on découvre comment Cypher et Warlock ont parasité Krakoa (voir ci-dessus) et qui participe grandement à la substance même su scénario de Hickman.

Silva sait en tout cas s'adapter magnifiquement à la narration, puisqu'il est aussi capable de produire un gaufrier très efficace, avec des personnages expressifs, lors d'une autre scène-clé (voir ci-dessus), pleine de tension. L'artiste s'émancipe aussi de l'influence d'Immonen, très présente à ses débuts, et exploite à fond les effets numériques avec di Benedetto pour traduire l'aspect très s.-f. du récit.

Très beau, donc, l'épisode est surtout, une fois encore, une leçon d'écriture par Jonathan Hickman qui semble avoir conçu Inferno comme un fabuleux exercice de style dont une bonne partie consiste à obliger le lecteur à reconsidérer "l'âge de Krakoa" d'un oeil nouveau en en découvrant les coulisses, les secrets.

D'un côté, il y a les scènes au présent où il se passe déjà beaucoup de choses bouleversantes après celles racontées dans les deux numéros précédents. Emma Frost, on le sait, a très mal pris la découverte du rôle de Moira MacTaggert, ou plus exactement le fait que Xavier et Magneto le lui aient cachée. Elle poursuit désormais son propre agenda, mais qui peut assurer où cela ménera la communauté mutante. On peut spéculer à l'envi, en imaginant que la Reine Blanche devienne la nouvelle leader du Conseil (elle en a l'étoffe, le charisme et les compétences, et la couverture du précédent épisode le suggérait). Mais je me méfie de ce qui est trop évident avec Hickman.

Toutefois est-il qu'elle convoque Mystique et Destinée et passe un pacte avec elles. La fin de l'épisode montre Moira aux mains des deux dernières, dans une position qui renvoie au terme de la troisième vie de Moira  dans House of X #2 (mais sans Pyro cette fois), et dans la No-Place de Moira (son habitat secret sur Krakoa). Que vont-elles lui faire ? 

Surtout que, juste avant, on a suivi Magneto et Xavier en Terra Verde dans une base de Orchis, dont le personnel a été décimé. Comment interpréter ces images ? Selon mois, Mystique et Destinée (avec peut-être des complices) sont responsables de ce massacre pour avoir délivré Moira mais pour ensuite mieux la ramener dans sa No-Place sur Krakoa et la soumettre à quelque interrogatoire. En même temps, Mystique et Destinée ont pris soin de détacher la prothèse du bras gauche de Moira (à moins que les agents d'Orchis s'en soient chargés avant leur intervention), pour attirer Magneto et Xavier dans un guet-apens puisque Nimrod, la Sentinelle Oméga et des soldats débarquent à leur arrivée. 

Cette partie de l'épisode joue sciemment  sur une certaine confusion, un enchaînement rapide et sanglant, visant à déstabiliser autant Xavier et Magneto que le lecteur pour les laisser tous dans une situation préoccupante.

Mais, bien sûr, ce qu'il faut retenir avant tout de cet épisode, ce sont ses deux longs flashbacks, qui ne réécrivent pas l'histoire depuis HoX-PoX mais nous font reconsidérer des éléments cruciaux en dévoilant des faits jusqu'à présent non exposés. Et, là, Hickman m'a franchement sidéré.

Dans le premeir flashback, nous suivons Cypher depuis son arrivée sur Krakoa où le dépose Xavier. C'était dans Powers of X #4. Doug Ramsey avait pour mission de communiquer avec l'île, de créer une interface avec elle pour la préparer à l'arrivée massive de mutants, à l'édification d'habitats et à l'élaboration d'une bio-technologie.

Xavier avait montré télépathiquement à Cypher le but de tout cela et là on découvre en images tout ce que Doug a vu. Mais surtout on reste avec lui une fois Xavier parti. Cypher n'a pas débarqué sur Krakoa seul, il était avec Warlock et celui-ci l'a mis en garde contre Xavier et son projet. Cypher va alors, et ça on l'ignorait complètement depuis deux ans, complètement pirater le plan du professeur avec l'aide de Warlock. D'abord en parasitant l'île de façon à profiter de ses "yeux" et de ses "oreilles". Cypher devient alors, sous nos yeux, le mutant le plus puissant de Krakoa, celui qui a, dès le départ, espionné les fondateurs de la Nation X : Xavier, Magneto, le Fauve, etc. On comprend vraiment pourquoi Hickman a toujours dit que Doug Ramsey était son mutant favori puisqu'il lui a donné une position unique et insoupçonnée jusqu'à présent.

Mais comment Cypher a pu échapper à la vigilance de tous les télépathes ? Simple : il suffit de rappeler, comme le fait Hickman, que Krakoa se sustante avec l'énergie psychique des mutants et des cadavres. Dans ces conditions, et surtout étant donné que Cypher n'a jamais éveillé les soupçons, a agi discrètement, docilement, personne n'a pensé à le sonder, à le suspecter. On lui donnerait le Bon Dieu sans confessions, et Xavier lui a donné les clés du paradis mutant. Cypher a ainsi écouté aux portes et regardé dans les trous de serrure, jusqu'à découvrir le secret le mieux gardé de son mentor : l'existence et le rôle de Moira et surtout sa plus grande peur - Destinée.

J'adore, personnellement, ce genre de retournement de situation, mais je concède qu'il faut que ce soit parfaitement mené. Il ne faut se douter de rien et en faisant de Cypher son agent, Hickman nous a tous roulés dans la farine. Jusqu'à présent, Doug Ramsey n'était là que pour porter la voix de Krakoa lors des séances du Conseil. Quand il a dû s'engager dans le tournoi durant X of Swords, il ne s'est pas battu mais s'est marié avec une arakki. Absolument personne ne pouvait penser que Cypher savait tout sur tout le monde et, mieux encore, avait pris les dispositions nécessaires pour cela et certainement jouer le garde-fou de tout le projet de Xavier, Magneto et Moira. C'est époustouflant, quasi du même niveau que la révélation du rôle d'Ozymandias dans Watchmen. Le truc qu'on n'a pas vu venir et qui est tellement énorme qu'on est obligé de reconnaître la maestria de l'auteur.

L'autre flashback concerne Karima Shapandar, la Sentinelle Oméga. Cette fois, Hickman procède un peu différemment dans la mesure où il emprunte directement (comme c'est indiqué dans une phrase de dialogue) à l'arc Days of Future Past de Chris Claremont.

Karima est avec Nimrod dans la Forge d'Orchis en orbite autour du soleil. On découvre d'abord qu'une nouvelle Sentinelle-Mère est en cours de fabrication. Puis Nimrod exprime ses interrogations au sujet de sa partenaire. Elle lui raconte alors son secret qui, là aussi, modifie sensiblement notre perception sur son rôle.

Hickman alterne des pages illustrées et des data pages qui reviennent sur la dixième vie de Moira MacTaggert, c'est-à-dire celle qu'elle vit actuellement. Dans le futur de cette dixième vie, Moira et les mutants ont successivement vaincu tous leurs adversaires - humains, machines (jusqu'aux Phalanx). Dans cette ligne temporelle, il y a une variante, celle où a vécu la Sentinelle Oméga. Elle a remonté le temps pour rencontrer le Dr. Killian Devo et initier avec lui la création d'Orchis. 

Dans le futur d'où vient la Sentinelle Oméga, la défaite de Nimrod a été analysée. Avec Devo puis le Dr. Alia McGregor, elle va donc améliorer la conception de Nimrod pour éviter sa défaite. L'objectif est simple : il faut assurer la victoire de Nimrod et celle des machines parce que dans le futur de la Sentinelle Oméga, les mutants ont toujours gagné, quel que soit leur adversaire. Si les machines gagenent, alors les Phalanx domineront et la "mutanité" sera définitivement éradiquée (comme on l'a vu dans Powers of X).

Karima Shapandar a donc été l'hôte de la Sentinelle Oméga. Récupérée par les mutants, sa programmation a été modifiée et le danger qu'elle représentait annulé. Jusqu'à la dixième vie de Moira, l'histoire actuelle racontée où la Sentinelle Oméga a pu éviter sa reprogrammation et initier Orchis avec Devo.

Ce chapitre, ardu sur le papier, car appartenant à de la s.-f. pure et dure, avec voyages dans le temps, concepts démesurés, enjeux catastrophistes, vies multiples, s'avère étonnamment claire à la lecture, comme un cours magistral dispensé par un professeur pédagogue. Hickman établit une suite d'événements avec une logique imparable, ou du moins qu'on ne se sent pas de remettre en question car parfaitement agencée. 

C'est ça aussi, un grand scénariste : quelqu'un à même de vous faire avaler des faits improbables mais qui s'inscrivent implacablement dans une trame plus grande, un récit plus global. Surtout, l'histoire secrète de la Sentinelle Oméga apparaît comme le versant de celle de Cypher : Karima Shapandar est à Orchis ce que Doug Ramsey est à Krakoa, un agent de l'ombre, qui manoeuvre en coulisses, dont personne ne connaissait l'importance cruciale, l'influence.

Inferno est une conclusion décidément bluffante au run de Jonathan Hickman. Jusqu'au bout, il aura pesé sur le destin des mutants, dont il aura reconfiguré la position, l'action et le futur.  Il faut vraiment souhaiter que les scénaristes de la franchise sauront exploiter cet héritage merveilleux d'inventivité car, loin de tout boucler derrière lui, Hickman laisse l'univers mutant avec un réservoir d'histoires incroyable. Suite et fin en 2022 : ça promet !   

jeudi 28 octobre 2021

INFERNO #2, de Jonathan Hickman et Stefano Caselli


Je ne le dis pas souvent (pas assez ?) mais là, je dois vous prévenir d'emblée : si vous n'avez pas lu Inferno #1, de Jonathan Hickman et Valerio Schiti, et/ou si vous ne comptez lire Inferno qu'une fois la mini-série terminée, en vo ou en vf, passez votre chemin. Pourquoi ? Parce qu'après avoir lu Inferno #2, de Jonathan Hickman et Stefano Caselli, je n'ai d'autre choix pour en tirer une critique que de spoiler massivement ce qui se passe dans cet épisode. Pas moyen de faire autrement. Si vous avez choisi de rester et de lire la suite de cette entrée, alors ça va shaker sévère !



Sans que personne ne l'ait vu venir, Mystique a abattu sa carte maîtresse en faisant ressuciter Destinée afin qu'elle siège au conseil de Krakoa. Charles Xavier convoque un vote immédiatement pour évincer les deux femmes, sans se douter que Mystique a préparé son coup depuis des semaines.


Le résultat est sans appel : Xavier est mis en minorité. Destinée est élue au conseil. Mystique a su convaincre en coulisses assez de membres pour aller dans son sens. Moira MacTaggert apprend cela et tente aussitôt de convaincre Magneto de tuer Destinée. Mais il lrefuse.
 

Lors des semaines précédents le vote, Mystique a renoué avec Destinée mais celle-ci est incapable de lire dans l'avenir pourquoi Xavier et Magneto craignent sa présence. Mystique usurpe la place de Sage durant une de ses pauses et trouve les coordonnées d'une base d'Orchis à Paris.


Là-bas, des savants s'activent, en même temps que dans la station Orchis, pour diriger l'éergie solaire contre Krakoa. Pendant ce temps, au Louvre, Xavier et Magneto révèlent à Emma Frost, en présence de Moira, le secret de celle-ci. Furieuse qu'on le lui ait cachée, Emma tourne le dos aux deux hommes.


Xavier, Magneto et Moira doivent réagir en imposant un mutant au dernier siège vacant du conseil de Krakoa. Le vote est cette fois en leur faveur. Colossus est admis. Mais quelque chose cloche, qui a écahppé à tout le monde...

Pour ceux qui sont donc restés découvrir le résumé de cet épisode et ce qui va l'accompagner, vous pouvez constater que je n'ai pas menti en affirmant que ce numéro redistribue les cartes de manière spectaculaire. C'est une véritable note d'intention adressée par Jonathan Hickman, presque un manifeste : après Inferno, rien ne sera plus jamais pareil. Et il reste encore deux chapitres, cent pages, donc autant dire que ça risque d'encore pas mal secouer.

Tout ce chapitre est fondé sur la figure du masque, de la tromperie, de la magouille. C'est un vrai festival de coups fourrés, de coups de théâtre, de retournements de situation. Cela ressemble à un récit d'espionnage où chacun joue un rôle, la comédie, cache son jeu, abat ses cartes maîtresses, marque et perd des points. Même la fin de l'épisode cache une surprise terrible (mais j'y reviendrai).

Le premier acte d'Inferno se terminait sur la réapparition inattendue de Destinée, un personnage qui a hanté tout le run de Jonathan Hickman depuis House of X #2, dans lequel on voyait la confrérie des mauvais mutants attaquer Moira MacTaggert dans sa troisième vie, celle où elle se consacra à trouver un antidote pour éradiquer le gène mutant.

Irène Adler et Moira devenaient inextricablement liées. Son pouvoir de résurrection permettait à Moira d'être indétectable par Irène et celle-ci ne l'avait remarquée qu'à cause de la médiatisation de ses travaux scientifiques. Dans leur échange, qu'on a pu redécouvrir dans le précédent épisode d'Inferno, Destinée mettait en garde Moira X sur deux points : le premier, c'était qu'elle lui prédisait dix, peut-être onze vies maximum, mais que si elle mourrait avant que ses pouvoirs se manifestent, elle ne ressuciterait pas ; et le second, c'est que, désormais, Destinée la surveillerait dans sa prochaine vie pour s'assurer qu'elle ne reprenne pas ses recherches contre le gène mutant. Après quoi, Pyro incinéra Moira vive, pour qu'elle se souvienne dans ses vies suivantes de ce qui lui en coûterait.

Bien entendu, avec l'avènement de la nation X de Krakoa, Xavier et Magneto, ses pères fondateurs, veillèrent à ne jamais ressuciter de mutants avec des pouvoirs précognitifs. S'ils intégrèrent Mystique au conseil de Krakoa, c'était pour mieux avoir un oeil sur elle, tout en lui promettant que sa loyauté à la communauté et ses principes, serait récompensée, le moment venu, par ses retrouvailles avec Destinée. Mais ils ne tinrent jamais parole : au contraire, ils envoyèrent Mystique dans une série de mission-suicide, où elle ne pouvait qu'échouer, différant ainsi sans cesse la résurrection de sa femme. Ce que les deux hommes, et Moira, ignoraient, c'est qu'avant sa mort, Destinée avait eu une vision du futur, d'une île refuge pour les mutants et qu'elle avait fait promettre à Mystique de la brûler si elles ne pouvaient se retrouver.

Il n'est pas certain que Mystique, même en retrouvant, par une succession de ruses très habiles (détaillée dans un flashback au début de cet épisode, où on la voit prendre l'apparence de Magneto pour dérober un casque Cerebro dans son palais, puis prendre l'apparence de Xavier pour prendre chez M. Sinistre l'échantillon d'ADN de Destinée et ensuite convaincre les Cinq de la ressuciter, en abusant au passage Hope Summers pour qu'elle utilise le casque Cerebro et rendre son âme à Irene Adler), ait renoncé au projet de brûler Krakoa. C'est en tout cas suggéré quand, plus tard, elle se substitue à Sage pour infiltrer une base de Orchis où elle découvre des expériences pour utiliser une considérable décharge solaire en direction de l'île. Nous verrons dans les deux prochains épisodes où mène cette piste narrative, qui fournit un suspense efficace (à la fois du point de vue de Mystique mais aussi de l'organisation Orchis).

Bien entendu, la résurrection de Destinée et ses conséquences constituent le noyau dur de cet épisode. Hickman en tire des scènes redoutables, humiliant Xavier, Magneto, provoquant l'ire de Moira, et opposant le triumvirat de Krakoa sur le moyen de règler ce problème. Le scénariste fait preuve d'une logique imparable quand Magneto refuse de tuer Destinée : ses motifs sont valables. De même, malgré son attitude jusque-là discutable, Xavier affiche des doutes légitimes sur le pragmatisme glaçant de Moira. L'onde de choc est telle qu'on voit tout de suite à quel point elle a ébranlé ces trois personnages, leur union sacrée, comme jamais auparavant.

Mais Hickman montre aussi que le retour de Destinée a été à la fois plus ancien que ce qu'on peut croire (il se situe en vérité quatre semaines auparavant) et plus douloureux car Mystique a veillé à ce que Irene Adler revienne en ayant l'âge qu'elle avait lors de leur première rencontre. Cela aussi à des conséquences puisqu'elle était alors une mutante qui ne maîtrisait pas aussi bien ses pouvoirs, elle est donc assaillie par des visions multiples sans réussir à les maîtriser. Et surtout elle n'est pas (pas encore) en mesure de cerner pourquoi elle effraie Xavier et Magneto. De fait, elle est surtout incapable de détecter Moira. En revanche, elle peut très bien anticiper le résultat humiliant du vote que réclame Xavier en la voyant resurgir et en constatant le geste de Mystique.

Mais, même sans cela, à nouveau grâce à une succession de flashbacks, Mystique avait préparé son coup à la perfection en convaincant habilement Sinistre, Exodus, Shaw, Emma de voter pour que Destinée siège au conseil à la place de Apocalypse. Le vrai coup de poker de Mystique, ce sera d'avoir miser sur son propre fils, Diablo, pour faire pencher défintivement le vote en sa faveur : Kurt Wagner a aussi approuvé l'arrivée de Destinée pour faire plaisir à Raven, sans malice. Lorsqu'on lit la justification de Diablo, alors que le verdict n'est pas encore certain, on pressent avec quelle adresse Hickman via Mystique vient de renverser la table.

Le deuxième temps fort de l'épisode se situe lors de la scène dans le Louvre (un renvoi à une autre scène dans le musée parisien dans Powers of X #5, quand Xavier et Magneto convainquent Emma de participer à l'avènement de Krakoa). Xavier et Magneto doivent réagir après el revers subi devant le conseil et ils choisissent avec Moira de partager le secret de celle-ci avec un membre de l'assemblée digne de confiance. Sauf qu'ils vont commettre une terrible erreur, non pas sur la personne, mais dans le timing et la manière de présenter les choses.

Logiquement, puisque cette scène fonctionne en miroir à celle de PoX #5, c'est Emma Frost qui est choisie par Xavier, Moira et Magneto. Elle apprend donc que Moira est une mutante et sonde son esprit pour connaître son pouvoir et pourquoi celui-ci est si important. Le choc est rude bien sûr. Mais lorsque Emma demande depuis combien de temps Xavier et Magneto lui ont cachée Moira, elle s'estime trahie, abusée. Et leur signifie de ne pas/plus compter sur elle. Emma ne va probablement rien dévoiler aux autres membres du conseil, mais elle ne soutiendra plus Xavier et Magneto fidèlement, incondtionnellement lors de votes sur des questions cruciales pour la communauté (et son business).

De manière remarquable, sur le plan visuel, Stefano Caselli dessine à ce moment Emma qui se retire furieuse en prenant son apparence adamantine (qui, je crois, la rend imperméable sur le plan psychique mais aussi évidemment quasi-invulnérable physiquement). L'artiste succède donc à Valerio Schiti pour ce chapitre et renoue avec Hickman en compagnie duquel il débuta chez Marvel (avec la série Secret Warriors). Depuis, il a fait du chemin, sans toujours avoir de la part de Marvel la considération qu'on pouvait espérer pour lui. Il a collaboré à Avengers World, spin-off des Avengers de Hickman, signé des épisodes de Spider-Man, de Avengers Initiative, plus récemment il avait lancé (avec Kelly Thompson) les nouveaux West Coast Avengers, puis a brillé sur Marauders. Son transfert sur S.W.O.R.D. promettait beaucoup mais fut frustrant car alors Hickman l'a rappelé pour ce volet de Inferno.

Caselli est un dessinateur dont le point fort est l'expressivité. Son trait rond donne à ses personnages une densité et une plasticité épatantes, et il ne lésine pas sur les décors détaillés. Pourtant, malgré ces atouts indéniables et une belle régularité, il n'a jamais vraiment percé, en ayant la responsabilité d'une grande série. Inferno lui offira peut-être cette reconnaissance, quoique avec un seul épisode à illustrer, entre Schiti et RB Silva, sa prestation risque d'être noyée.

Pourtant, on ne peut qu'admettre la méticulosité dont il fait encore une fois preuve. Parce qu'il n'a pas souvent eu l'occasion d'animer la majorité des personnages ici présents (à l'exception de Emma et Kitty), son mérite n'en est que plus grand. Certes, à mon goût, il représente Xavier plutôt maladroitement, trop musclé, et le casque Cerebro a parfois une drôle d'allure, comme s'il avait perdu du volume et comprimait la tête du professeur X. Mais son Magneto a une belle présence, Moira affiche un tempérament virulent très bien rendu, et Mystique déborde de charisme malfaisant.

Par ailleurs, le découpage de Caselli, habitué à l'écriture de Hickman, retranscrit fidèlement le rythme et l'intensité des scènes. Il peut enchaîner des planches presque entièrement composées de "talking heads" sans qu'on se lasse, et réussir avec le même brio technique des cases généreuses dans leur format et leur contenu (comme lorsque Mystique investit la base de Orchis).

Tout cela trouve son point culminant avec le dernier tiers de l'épisode, qui contient le plus gros spoiler et révèle à quel point Hickman a dirigé l'orchestre des scénaristes de la franchise pour servir son intrigue. En effet, l'élection de Colossus pour occuper le dernier siège vacant du conseil de Krakoa (celui laissé par Marvel Girl donc) prend une toute autre saveur quand on connaît la situation de Piotr Rasputin actuellement.

Ne suivant plus la série X-Force, j'ai eu la chance de tomber sur un article du site d'infos Bleeding Cool pour m'éclairer à ce sujet. Depuis plusieurs épisodes, Mikhail, le frère de Piotr et Illyana, collabore avec l'organisation anti-mutante Xeno (apparue dès le début du run de Benjamin Percy). Grâce à ces complices, Mikhail a pu capturer Kid Omega en échange de quoi il a mis la main sur l'épée Cerebro, confectionné par Magneto à la suite de la tentative d'assassinat de Charles Xavier (là encore au tout début de la série X-Force). Puisque l'épée a été littéralement matérialisée à partir d'un casque Cerebro, Mikhail possède sous forme fragmentée de quoi, via un télépathe russe, Moniker, accéder aux pensées de son frère Piotr sur Krakoa.

Ces derniers temps, Piotr est donc manipulé à son insu (à l'insu de tous) et il peint Krakoa, fournissant ainsi des images de l'île, de ses installations, à son frère. Lorsqu'il est surpris par une mutante qu'il aime et qui l'aime, il la tue, toujours sous influence, pour qu'elle ne le dénonce pas. Sur ces entrefaîtes, le Pr. X frappe à sa porte pour lui soumettre une offre - celle d'entrer au conseil de Krakoa.

Vous allez me dire ? Mais comment, avec tous les télépathes qui résident sur l'île, personne n'a remarqué que Colossus était manipulé psychiquement à distance. Et je vous rappelerai que ce n'est pas si simple puisque Krakoa se sustante grâce à l'énergie des télépathes qui vivent chez elle (on se souvient des migraines que cela cause à Jean Grey comme à Emma Frost, on peut supposer que même coiffé du casque Cerebro Xavier n'est pas non plus insensible à ce parasitage de l'île).

Si on accepte cette explication (qui n'a sûrement rien d'imparable, mais qui est celle à laquelle j'ai choisi d'adhérer), alors l'arrivée de Colossus et le tout dernier plan de l'épisode (un gros plan sur son visage avec une brillance trouble dans son oeil droit) devient diabolique puisque Xavier croit avoir fait entrer au conseil de Krakoa un soutien fiable mais qui ne l'est pas du tout puisqu'il est sous l'emprise de son frère et qu'il espionne l'île pour son compte. Imaginez alors à quoi Mikhail va avoir accès maintenant que Colossus est carrément à la table des ministres de Krakoa.

Cette ultime note, cette dernière péripétie, ce rebondissement de dernière minute vient s'ajouter à une série de précédents qui rend Inferno palpitant, angoissant, jouissif. Hickman, avec Caselli, a une idée derrière la tête bien précise, c'est évident. On ne peut qu'être impatient d'apprendre où il va nous entraîner, et ses personnages avec, mais c'est avec un frisson exquis qu'on va suivre ça.      

vendredi 1 octobre 2021

INFERNO #1, de Jonathan Hickman et Valerio Schiti


Nous y voilà : ici débute Inferno, l'adieu de Jonathan Hickman aux X-Men, dont il aura révolutionné radicalement l'histoire depuis deux ans. Cette saga va s'achever au terme de quatre épisodes de 50 pages chacun, dont le premier (et le dernier) sera dessiné par Valerio Schiti. Et ce qui surprend d'abord, c'est à quel point Inferno semble le prolongement direct de House of X - Powers of X, comme si, effectivement, on assistait à la fin d'un cycle... 


Depuis leur premier assaut contre la station Orchis, les X-Men ont multiplié les tentatives de la détruire. Mais pourquoi, après une quinzaine de tentatives, échouent-ils encore ? C'est comme s'ils n'avaient aucun souvenir de leurs ratages, déduisent les Dr. Gregor et Devo...


Dans sa troisième vie, Moira MacTaggert avait découvert une cure contre les mutants. Mystique et la confrérie des mauvais mutants étaient intervenus violemment contre elle pour qu'elle se rappelle dans sa prochaine vie de ne pas renouveler cette expérience...
 

Aujourd'hui, Moira rejoint sa base secrète où elle est attendue par Charles Xavier et Magneto. Elle comprend qu'ils tracent ses déplacements et ils l'avouent. Mais il s'agit de la protéger car Orchis, ils l'ignorent tous les trois, sont sur ses traces sans l'avoir encore identifiée...


Magneto face aux échecs contre Orchis envisage une alliance avec les machines. Mais Moira est consultée et refuse cette option qui précipiterait leur perte. L'autre problème à traiter définitivement concerne Destinée qu'il faut effacer...


Toujours sur les suggestions de Moira, il s'agit d'évincer Mystique du conseil de Krakoa. A cette fin, Xavier propose un renouvellement de ses membres, avec des retraits et de nouvelles arrivées. Il invite son gouvernement à réfléchir à la question.
 

Mystique saisit l'occasion pour suggérer une candidate à la table du conseil. Elle la fait entrer et son apparition stupéfait l'assemblée...
 
Cette scène finale va faire parler et je me garderai donc de révéler l'identité de la candidate proposée par Mystique. Toutefois, ce n'est pas difficile à deviner. Mais en vérité la surprise vient moins de qui il s'agit que de comment peut-elle être là...

En fait, si on observe la construction de ce premier acte d'Inferno, le motif de la boucle et la notion d'échec sont au centre du récit de Jonathan Hickman. Ce sont des motifs logiques dans la mesure où Powers of X nous montrait la neuvième vie de Moira MacTaggert, celle située dans le futur le plus éloigné, où elle s'était alliée à Apocalypse pour combattre Nimrod et les machines - l'ultime échec. Mais tout projet pour préserver la race mutante n'était-il pas voué à l'échec ?

Avec un titre comme Inferno, on sent bien que la dernière histoire mutante écrite par Hickman n'est pas placée sous le sceau de l'optimisme. Inferno, l'Enfer, les flammes : c'est ce que Destinée demandait à Mystique dans un flash-back de X-Men #6, si elle n'était pas ressucitée. Détruire l'île de la nation X, Krakoa.

Les flammes, le feu, cela renvoie aussi à la troisième vie de Moira MacTaggert, dans laquelle elle parvenait à créer une cure pour les mutants. La confrérie des mauvais mutants tuait tous ses collaborateurs scientifiques et finissait par la brûler vive après que Destinée lui ait expliquée en quoi son remède était une mauvaise chose, qu'elle en faisait une criminelle génocidaire encore plus terrible que l'équipe de Mystique. Tuer aussi atrocement Moira MacTaggert, c'était alors un moyen pour qu'elle se rappelle dans ses vies suivantes la peur que lui inspirerait Destinée, seule à pouvoir anticiper ses mouvements, et donc à la dissuader de reprendre ses recherches pour éradiquer le génome mutant.

Le cercle, c'est aussi ce qui nous ramène à la station Orchis, théâtre d'une mission-suicide dans House of X #3-4, pour détruire la Sentinelle-Mère et empêcher la création de Nimrod. Cela n'a pas suffi car le robot exterminateur de mutants a finalement été achevé par le Dr. Gregor. Depuis X-Force, Magneto, Mystique ont tenté à plusieurs reprises (une quinzaine recensée sur une date page) de finir le travail. Sans succès. Entretemps, les chercheurs d'Orchis n'ont pas attendu : ils se sont penchés sur la résurrection inexpliquée des mutants (sans encore la résoudre) et ont réfléchi à ces échecs répétés de leurs puissants ennemis pour les supprimer. Comme s'ils ne gardaient aucun souvenir de leurs ratés, comme s'ils n'en retiraient aucun enseignement...

Vous le voyez, Hickman pose les questions qui fâchent, revient sur des épisodes douloureux, brandit des menaces au sein même de la communauté mutante et de son gouvernement. On se rend ainsi compte que, en parallèle, des succès des mutants, les soucis n'ont cessé de s'accumuler sans être résolus. Et surtout il revient au personnage central de son projet : Moira Mac Taggert.  

Pourtant, celle-ci a été la grande absente de Dawn of X et de Reign of X. On a pu le déplorer et accuser Hickman d'avoir complètement oublié Moira, incompréhensiblement. Mais on s'aperçoit désormais que c'était volontaire et non sans conséquences. Charles Xavier et Magneto ont porté son projet et l'ont réalisé, sans pour autant l'accomplir, l'achever. La communauté mutante est toujours en danger, malgré des succès éclatants. Et Moira va rappeler séchement aux deux hommes qu'ils ont gouverné sans elle, sûrs d'eux - trop sûrs. Aujourd'hui, ils constatent leurs échecs et la menace qu'ils font peser. Ils ont à nouveau besoin d'elle. Mais est-il encore temps ?

D'autant que, non contents d'avoir cru pouvoir réussir sans leur inspiratrice, ils l'ont tracé, suivi ses déplacements. Pour la protéger, certes, mais sans l'en avertir, en agissant en douce. Cette tactique est discutable et suscite, légitimement la colère de l'intéressée. Mais elle n'est pas injustifiée puisque Orchis, sans qu'ils le sachent, piste Moira sans l'avoir identifié mais en ayant remarqué qu'elle rusait pour pouvoir aller de Krakoa à l'île de Muir sans être prise.

Face aux choix qui s'imposent pour survivre, encore et toujours, comme une éventuelle alliance avec les machines, Moira répond à Xavier et Magneto qu'il faut règler définitivement un dossier plus brûlant, qu traîne depuis trop longtemps. Il s'agit bien sûr de Destinée et par ricochet de Mystique, dont l'admission au sein du conseil de Krakoa avait suscité la méfiance de Moira. Elle réclame que soit "effacée" Destinée, donc que soient détruits les échantillons de son ADN (collectés et conservés par Mr Sinistre) et les sauvegardes de son esprit (dans Cerebro). Plus moyen pour les Cinq et Xavier de la ressuciter ainsi. Quant à Mystique, il faut l'expulser du conseil, mais discrétement, subtilement. Et c'est là qu'on retombe sur la scène finale, signant un échec de plus (de trop ?) pour les deux chefs d'Etat que sont Xavier et Magneto.

C'est redoutablement bien construit. Les séquences s'enchaînent sans temps mort et se répondent, jusqu'au vertige. Certains se plaindront peut-être que ce soit un épisode sans action, reposant essentiellement sur des dialogues, revenant sur une scène entière de House of X #2 (au découpage près), comme si Hickman voulait nous rappeler avec insistance un moment-clé, et recontextualiser son intrigue pour mieux préparer sa conclusion. Mais je répliquerai en disant que ce n'est pas gratuit ni inutile car, comme le passé d'Arakko avait été raconté selon deux points de vue (celui de l'Invocateur et celui Genesis) pour en souligner les divergences et donc prouver que l'un mentait, alors revenir sur la troisième vie de Moira, la mise en garde de Destinée, les réflexions des savants de la station Orchis, les manigances de Mystique, c'est de la même manière nous prouver que nous avions deux versions de la même histoire - celle que nous avons lu et cru (celle des vainqueurs) et celle qui apparaît comme l'image sur une photo en développement (celle des possibles vaincus).

Valerio Schiti dessine donc ce premier chapitre. Il a quitté la série S.W.O.R.D. pour accepter le défi que lui proposait Hickman : un épisode de 50 pages, dense, intense, infernal. Et le dessinateur italien remplit sa mission avec brio. 

Sa force a toujours été de bien composer ses plans et ses planches, de façon dynamique et claire. Cela lui est utile pour passer d'une séquence à l'autre car le script est très balisé. Les ambiances, les décors, les personnages sont tous marqués, typés. Ce sont autant d'étapes à franchir, avec des cols et des descentes, mais toujours à fond, sans pouvoir s'économiser.

Le morceau de bravoure de l'épisode est bien entendu la reproduction de la scène de la troisième vie de Moira MacTaggert avec Mystique, Destinée et Pyro. Schiti s'astreint à reprendre exactement le découpage de Pepe Larraz, avec les mêmes valeurs de plan, les mêmes angles de vue, et David Curiel adopte la même palette de couleurs que Marte Gracia il y a deux ans. C'est bluffant et ça illustre parfaitement la démarche d'Inferno : redire, peu ou prou, des choses qu'on savait, les montrer à nouveau, tout en faisant comprendre de nouvelles nuances dans les propos, les expressions, la portée des événéments. Schiti n'imite pas Larraz, ils n'ont pas le même style, le même trait, il le convoque en se réappropriant ce moment-clé et effectivement, c'est comme si un même morceau était rejoué par un musicien différent, nous révélant des éléments, des notes, des intonations qu'on n'avait pas remarqués.

L'autre scène qui marque les esprits est la dernière. Le lecteur sait ce qui va se passer (Xavier et Magneto vont faire semblant de proposer au conseil de se renouveler mais c'est une manipulation, et en même temps on a anticipé que quelque chose allait ne pas se passer comme prévu). Effectivement, là encore, le manque de surprise fait partie de la surprise parce qu'on se dit que "non, ils ne vont pas oser". Mais ils osent, et en le faisant, vient le temps des questions : comment est-ce possible ? Comment ce personnage est-il là ? Un cliffhanger que Schiti met en images de façon très astucieuse, sans chercher à épater, en nous endormant presque, puis en alignant dans des planches en "gaufrier" des gros plans sur les visages médusés, ravis, décontenancés, accablés, etc. Soit toutes les émotions que le lecteur lui-même ressent.

Enfin, Hickman et Schiti soulignent bien à quel point finalement ce qui se joue dans le conseil, dans un titre qui n'a pas de mission d'action spectaculaire (comme X-Men version Duggan, X-Force...), est (était) la force du run du scénariste. Le socle de la franchise telle qu'il l'a redéfinie. Sa base. Privée d'un titre comme celui-ci (comme l'était X-Men version Hickman), il ne reste plus finalement que des satellites. Inferno comble peut-être pour la dernière fois ce vide car tout le concept mutant selon son scénariste-architecte reposait sur Krakoa, son gouvernment, ses dirigeants, avec leurs alliances improbables, sa configuration inattendue et précaire. Inferno brpulera-t-il cela ? Ou inspirera-t-il quelque chose d'équivalent mais différent aussi, mais à mon sens indispensable ?

Suite dans un mois avec, cette fois Stefano Caselli pour les dessins.

dimanche 6 juin 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES (TM Le Commis des Comics)

Aujourd'hui, je vais vous communiquer sur quelques news (ou "Nouvelles nouvelles toutes fraîches" comme les appelle le Commis des Comics, dont je vous recommande chaudement la chaîne du même nom sur YouTube). Car DC et Marvel ont annoncé plusieurs choses alléchantes ces dernières semaines, sans oublier Mark Millar qui a bien besoin de se refaire la cerise.

*

DC COMICS :


Véritable Arlésienne depuis les New 52 et plus encore depuis DC Rebirth, Geoff Johns vient de relancer la rumeur d'un retour de la JSA dans les dernières pages de Stargirl Springbreak Special #1, sorti il y a deux semaines.
Après avoir passé ces dernières années à courir après les classiques d'Alan Moore avec Doomsday Clock (suite soporifique de Watchmen) et Three Jokers (inspiré par The Killing Joke), et visé par l'ire du comédien Ray Fisher (Cyborg dans Justice League de Zack Snyder), qui l'accuse de l'avoir menacé et maltraité (avec Joss Whedon, qui avait remplacé Snyder quand il quitta le tournage suite au suicide de sa fille, et Walter Hamada, un cadre de Warner Bros), Geoff Johns a perdu beaucoup de sa superbe chez DC, laissant Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Williamson ou Brian Michael Bendis rebattre les cartes d'un univers dont il a longtemps été l'architecte (avec le soutien de Dan Didio, remercié l'an dernier).
Johns a même franchi le Rubicon cette année en produisant son premier creator-owned chez Image (Geiger, avec son acolyte Gary Frank au dessin). Mais voilà donc qu'il décide de revenir dans le game en annonçant le retour de la Justice Society, un titre qu'il a longtemps animé, avant les New 52.
L'image ci-dessus est la double page finale de Stargirl Springbreak Special #1, mais il faut s'en méfier. Si elle est dessinée par Bryan Hitch, ce ne sera pas l'artiste anglais qui collaborera avec le scénariste américain pour le retour de la JSA (voir plus loin pour savoir pourquoi). En outre, je dois dire que cette relance, que j'attendais avec impatience, m'a un peu refroidi quand j'ai examiné les costumes et le casting de cette Justice Society, qui semble beaucoup emprunter à celle qu'on a vu dans la série télé Stargirl (avec des versions féminines de Dr. Mid-Nite et Wildcat, et des designs parfois... Hasardeux, disons).
Pas encore de date prévue pour une nouvelle série Justice Society, donc wait and see.
 

En revanche, en Juillet prochain, The Authority revient chez DC. Mais pas seule puisque son leader ne sera autre que Superman ! Mais attention, il pourrait s'agir d'un Superman d'une Terre parallèle, vu qu'il a les tempes argentées (comme celui de Kingdom Come). Et The Authority voit sa composition très modifiée (seuls Apollo et Midnighter font partie de l'équipe d'origine).
Cette mini mini-série (2 épisodes seulement) sera écrite par Grant Morrison, qui avait pourtant affirmé qu'il en avait fini avec DC (mais ce n'est pas la première fois qu'il le dit), et dessinée par Mikel Janin, ce qui est une excellente nouvelle puisque cet excellent dessinateur n'était sur aucun projet fixe depuis ses épisodes de Batman écrits par Tom King et que ses fans n'avaient que ses couvertures pour Action Comics pour se consoler.
C'est très curieux mais excitant. Et qui sait, en cas de succès de ce diptyque, DC donnera peut-être à The Authority une nouvelle vie, avec ou sans Superman à sa tête.


Depuis le suppression du label Vertigo, DC a tenté plusieurs fois de créer un espace pour des projets plus adultes : Young Animals (sous la direction de Gerard Way), Jinx (pour Brian Michael Bendis et ses amis)... Et le Black Label, qui recueille des mini-séries signées par de grandes signatures (Tom King surtout).
En Août prochain, c'est un tandem très prometteur qui va livrer une mini en trois chapitres sur Suicide Squad, sous titrée Get Joker. Brian Azzarello (100 Bullets) fait équipe avec Alex Maleev (Daredevil) pour cette histoire qui se déroule hors continuité, avec Red Hood (Jason Todd) et un groupe de criminels en quête de rachat partent à la chasse au Joker.
Si vous en avez marre du Joker (comme moi), la perspective de lire ce récit reste quand même alléchante, vu son équipe artistique (à laquelle il faut ajouter Matt Hollingsworth aux couleurs. Et si, comme moi encore, vous êtes fan de Maleev, il sera aussi au dessin de Checkmate, la suite de Event Leviathan, écrite par Bendis, dès le mois prochain.


J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer Fear State dans mes critiques sur Batman et Catwoman, mais petite piqûre de rappel avec cette iamge promotionnelle diffusée par DC et dessinée par Jorge Molina. Ce crossover impliquera les séries Batman, Detective Comics, Catwoman et Harley Quinn pour une intrigue écrite par James Tynion IV, qui devrait faire converger tout ce qu'il met en place actuellement, avec le programme Magistrat de Simon Saint (destiné à éradiquer la criminalité et les justiciers de Gotham), le Gardien de la Paix 01, Poison Ivy, la Jardinière, Molly Miracle, Ghost-Maker et l'Epouvantail.
Je suis toujours prudent avec ce genre d'événement qui me satisfait rarement, mais Tynion a développé quelque chose de vraiment ambitieux et efficace, qui donne envie. Fingers crossed ! Et rendez-vous cet Automne.

*

MARVEL COMICS : 
 

Marvel n'est pas en reste, même si, encore une fois, c'est du côté des mutants que le meilleur semble à venir.
Confronté à la fin des runs de Donny Cates sur Venom et de Al Ewing sur Immortal Hulk, l'éditeur reprend son jeu favori : les chaises musicales. Traduction : Donny Cates relance Hulk au n°1 avec le dessinateur Ryan Ottley (discret depuis son départ d'Amazing Spider-Man). Un pari après le run d'Ewing et Joe Bennett sur Immortal Hulk, qui a rencontré un succès critique et public et redéfini le personnage du colosse de jade.


Et donc Al Ewing remplace Donny Cates sur Venom. Mais il n'est pas seul puisque Marvel a convaincu Ram V de co-écrire la série avec lui à partir de Novembre (comme Hulk) : un renfort de poids (qui, je l'espère, ne signifie pas que V quitte DC). Ils seront soutenus dans leurs efforts par Bryan Hitch, qui revient donc chez Marvel après plusieurs années chez DC, ce qui explique (voir plus haut) qu'il ne dessinera pas la Justice Society de Geoff Johns.
Bon, maintenant, soyons honnêtes, n'étant ni fan de Hulk ni de Venom, je ne vais pas suivre ces relaunchs. Mais après le buzz engendré par Cates, Ewing et V ces derniers jours sur Twitter pour prévenir les fans qu'ils préparaient quelque chose d'énorme pour Marvel, il fallait en parler maintenant que c'est officialisé.


Et on ouvre le dossier X avec une première bonne nouvelle : dans mes dernières critiques de New Mutants, je déplorai le départ du dessinateur Rod Reis de la série et son remplacement par Alex Lins (qui me semblait moins bon).
Mais l'artiste brésilien ne s'en va pas vraiment : il a juste eu besoin de souffler et a annoncé qu'il revient sur le titre au #21, donc en Août prochain. Et ça, franchement, ça fait plaisir parce que sans Reis, New Mutants, c'est plus pareil, et que sa complicité avec la scénariste Vita Ayala fait des étincelles.


Alors que l'event Hellfire Gala vient de débuter cette semaine, les lendemains de fête risquent d'être difficiles pour les mutants, à commencer par Magneto dont Marvel a annoncé le procès. La référence à Uncanny X-Men #200 (par Claremont et Romita Jr.) est sibylline. Leah Williams racontera ça dans une histoire en cinq épisodes (dont la périodicité reste floue, mais je vois mal cinq n° en cinq mois), dessinés par Lukas (ou Lucas) Werneck.
Qu'a fait Magneto pour être jugé ? Le pitch de la preview indique qu'il aurait tué quelqu'un lors du gala du Club des Damnés. La victime est-elle un mutant ? Ou, pire, un humain (ce qui contreviendrait à une des trois lois sacrées de Krakoa) ?
A moins que...


... La vraie victime ne s'appelle John Romita Jr., qui, lui aussi, comme Bryan Hitch, revient chez Marvel, et qui signe pour l'occasion cette image promotionnelle ci-dessus. Oui, je sais, c'est dramatiquement moche (et non, ce n'est pas que la faute de l'encreur, du coloriste de je-ne-sais-quoi) : non, c'est nul. Ce dessin est affreux, mais dans la lignée de ce que produit JR Jr. depuis des années, et qui rend incompréhensible que certains fans le défendent encore. Pour le coup, on peut se demander pourquoi Marvel l'a re-signé (et lui a confié une partie du prochain numéro anniversaire - 60 ans - de Fantastic Four)....


Heureusement, on aura pas les yeux qui piquent avec Inferno. Car, on en sait désormais un peu plus sur le prochain event mutant de la rentrée. Jonathan Hickman écrit bien sûr et le bougre a prévenu : ce sera aussi important que House of X - Powers of X !
Inferno comptera quatre épisodes de 40 pages et sera illustré par Valerio Schiti (pour le premier - et sans doute quatrième - chapitre), Stefano Caselli et R.B. Silva : ça promet d'être beau en plus !
Le récit concernera la vengeance de Mystique, résolue à accomplir ce que lui avait demandée Destinée si Charles Xavier et Magneto refusaient de la ressuciter : brûler Krakoa ! Mais le plan de Mystique risque d'être contrariée parce que Moira McTaggert détient les carnets de Destinée avec ses prédictions, dont sûrement ce projet.
Mark Brooks a signé cette image promotionnelle, qui rappelle celle qu'il avait peinte pour HoX - PoX., et le titre renvoie au crossover de 1989 (même si sans rapport, mais c'est une tendance actuelle chez Marvel qui publie actuellement un nouveau Heroes Reborn, par Jason Aaron).
Vivement Septembre ! 

MILLARWORLD : 

Illustration de Greg Tocchini

Illustration de Mark Chiarello

Bon, j'ai regardé l'adaptation de Jupiter's Legacy sur Netflix... Sans réussir à aller jusqu'au bout. C'est vous dire si c'est mauvais, épouvantablement lent, mal écrit, joué, réalisé ! (Re)lisez les comics !
Comment Mark Millar a-t-il pu laisser faire ça ? En tout cas, ça n'a pas été la seule déception récente qu'il a infligé aux fans de sa série puisque le troisième volume ne sera pas dessiné par Frank Quitely mais Tommy Lee Edwards, certes très bon dessinateur, mais quand même, j'aurai préféré (comme tout le monde) Quitely pour boucler la boucle. Du coup, je suis pas sûr de lire Requiem.
Millar annonce aussi pour bientôt l'adaptation de Super Crooks (toujours sur Netflix) en expliquant que ce sera conçu comme un spin-off de Jupiter's Legacy, ce qui, si c'est avéré, serait aussi absurde que malvenu.
Millar s'égarerait-il ? Pas complètement car le trublion écossais a sorti un joker irrésistible de sa manche : le retour de The Magic Order. Le scénariste a des plans à long terme pour sa saga magique (on parle de cinq volumes !). Mais ça sera sans son partenaire du vol. 1, Olivier Coipel. Dommage ?
Oui et non : oui, parce que Coipel a soufflé le chaud et le froid dans cette affaire, sans finalement expliquer pourquoi il ne rempilait pas. Et non, parce que on ne perd pas au change puisque c'est Stuart Immonen qui le remplace ! Evidemment, du coup, ça repousse le vol. 2 de Empress, mais Immonen, quoi ! Autant vous dire que je suis chaud patate de le voir dessiner la famille Moonstone (Cordelia en particulier) et leurs prochaines aventures.
Pour ne rien gâcher, on sait aussi que c'est Gigi Cavenaggo, un génial artiste italien (Googlisez, les amis, et vous allez découvrir ce tueur), qui s'occupera, dans la foulée du vol. 3 !

Voilà pour ce tour d'horizon des projets, sorties qui ont récemment retenu mon attention, et dont j'espère pouvoir reparler dans mon blog le moment venu. J'espère que vous aussi êtes intéressés par tout ça, et je vous dis à très vite pour de nouvelles entrées critiques.

RDB