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dimanche 12 novembre 2023

La sison 2 de LOKI offre sa rédemption au dieu de la malice


Deux ans après une première saison très réussie, Loki revient pour six nouveaux -et sans doute derniers - épisodes. Le show créé par Michael Waldron confirme sa qualité et son audace, fournissant même au MCU une perspective nouvelle dont Kevin Feige devrait profiter pour avoir la solution à ses problèmes. En outre, on quitte le dieu de la malice dans une position vraiment nouvelle qui le rachète de tout ce qu'il a commis.


Victime d'errance temporelle depuis que son variant Sylvie a tué Celui Qui Demeure, Loki ne cesse d'apparaître dans le passé et le présent à l'intérieur de Time Variance Authority (TVA). Mobius consulte Ourboros (O.B.), le technicien qui a rédigé le guide de la TVA, pour remédier à ce problème. O.B. en déduit que le Coeur Temporel est en surcharge depuis que ses branches sont en expansion et il qu'il faut donc extraire Loki de ce chaos. Mobius branche un extracteur temporel sur le coeur et permet à Loki de se rematérialiser définitivement. Il leur faut ensuite partir trouver Sylvie qui a gagné Broxton dans l'Oklahoma en 1982.
 

Mais ignorant cela, Loki et Mobius capturent d'abord le chasseur de variant X-5 qui a déserté après avoir été menacé par Sylvie. Grâce à lui, ils la localisent et Loki tente de la convaincre de revenir à la TVA pour les aider à remédier au chaos temporel, mais elle refuse dans un premier temps, estimant qu'ainsi, désormais, chacun est libre de rentrer à l'époque d'où il a été extrait par l'organisation. Cependant, O.B. découvre que pour réparer durablement le Coeur, il lui faut accéder à l'aura temporel de Miss Minutes. En parallèle, la général Dox de la TVA décide d'envoyer ses chasseurs élaguer les branches temporelles pour stabiliser la situation. C'est ce qui décide Sylvie à changer d'avis car elle est directement menacée par cette manoeuvre.
  

Malgré l'arrestation de Dox, de nombreuses branches temporelles ont été élaguées et avec elles d'innombrables vies. En 1868, à Chicgo, Ravonna Renslayer et Miss Minutes déposent chez le jeune Victor Timely, variant de Celui Qui Demeure, un exemplaire du guide de la TVA. Même ville, en 1893, lors de l'exposition universelle, Timely dévoile son prototype de Coeur temporel au public, dans lequel se trouvent Ravonna mais aussi Loki et Mobius. Timely s'enfuit après avoir vendu sa machine. Sylvie le poursuit pour le tuer tandis que Loki tente de le sauver. Ravonna l'emmène avec elle et Miss Minutes à son laboratoire du Wisconsin. Sylvie les y retrouve mais épargne Timely en comprenant qu'il est différent de Celui Qui Demeure et laisse Loki et Mobius l'embarquer. Ravonna est renvoyée à la fin des temps où Miss Minutes lui avoue un secret.


Ce secret, c'est que Celui Qui Demeure était l'amant de Ravonna dont il a préféré effacer tous les souvenirs pour qu'elle reste à la tête de la TVA plutôt qu'à ses côtés. Cependant, O.B. et Timely construisent un nouveau Coeur qui pourra théoriquement réguler toutes les branches temporelles. Timely est désigner pour l'installer. Ravonna propose à Dox et ses chasseurs, incarcérés, de former son armée mais seul X-5 réponde présent. Timely échoue à installer le régulateur du Coeur qui entre en surchauffe et désintègre la TVA.


Loki a survécu à l'explosion mais tous les autres membres de l'équipe ont disparu et la TVA s'effondre. Son errance temporelle reprend alors et il trouve alors Sylvie, Mobius, puis la chasseuse B-15,  le technicien Casey et enfin O.B. chacun dans leur ligne temporelle. Expliquant la situation à O.B., Loki comprend qu'il lui faut réunir le groupe. Mais Sylvie refuse à nouveau de s'y joindre jusqu'à ce que sa temporalité s'efface. Mais il est trop tard : toutes les branches s'effilochent. Seul Loki, élément constant, subsiste. Il décide alors de se servir de cet avantage pour réécrire l'Histoire.


Les échecs se succèdent pour réparer le Coeur . Timely explique que l'expansion infinie des branches ne peut plus être contenue : c'est la fin des temps. Loki s'y déplace et débat avec Celui Qui Demeure sur le choix qui s'impose : le tuer lui et déclencher une guerre multiverselle condamnée à être perdue, ou tuer Sylvie avant qu'elle ne le tue pour préserver la Ligne Sacrée du Temps protégée par Celui Qui Demeure. Toutefois, Loki refuse ces deux options et se sacrifie pour contenir l'explosion du Coeur. Les branches se meurent mais il les revitalise avec la magie puis accède à la fin des temps pour prendre sur un trône et devenir le gardien du multivers dans une solitude éternelle. Cette action a plusieurs conséquences directes : Timely ne reçoit jamais le guide de la TVA en 1868, Mobius quitte la TVA tout comme Sylvie, Ouroboros en devient le technicien en chef, Ravonna atterrit dans Néant à la lmerci d'Alioth. Et les branches temporelles forment une nouvelle arborescence semblable à celle du défunt arbre-monde Yggdrasil dont Loki est le gardien.

Alors que le syndicat des comédiens à Hollywood, juste après celui des scénaristes, a conclu un accord avec les studios, Tom Hiddleston a eu le temps de promouvoir le dernier épisode de la saison 2 de Loki, mis en ligne ce vendredi 10 Novembre. Il confiait à Jimmy Fallon qu'il s'agissait pour lui de la fin d'un long voyage, suggérant ainsi qu'il en avait fini avec le dieu de la malice qu'il incarne depuis 13 ans et l'âge de 29 ans (il en a 42 aujourd'hui).

Et cela raisonne de manière encore plus troublante, comme en écho à ce qui a été l'âge d'or du MCU. Actuellement, le studio piloté par Kevin Feige est dans la tourmente : la révolte gronde chez les techniciens des effets spéciaux soumis à des cadences infernales pour des résultats qui ont laissé à désirer sur certaines productions récentes. Les films comme les séries Marvel ne rencontrent plus un succès imparable comme auparavant (c'est-à-dire jusqu'à Avengers : Endgame). Et tous ceux qui misaient gros sur les super-héros pour l'avenir retiennent à présent leur souffle. A titre d'exemple, et consécutivement à la grève, il n'y aura qu'un film Marvel sen salles l'an prochain (Deadpool 3). Les suivants ne sortiront qu'en 2025, année qui verra aussi revenir Superman (par James Gunn)...

Le temps a joué contre le MCU et pour ma part, il n'y a guère de doute que Kevin Feige (mais pas seulement lui, toutes les majors qui ont spéculé sur le genre comme une poule aux oeufs d'or inépuisable) s'est trompé de stratégie, d'abord en voulant que les séries Disney +-Marvel soient connectées et forment un grand tout, mais aussi en ne laissant pas aux fans le temps de reprendre leurs esprits et leur souffle après Avengers : Endgame, conclusion de plus de dix ans d'une collection de films à succès. En somme, le (télé)spectateur n'a pas eu le temps d'être en manque, mais au lieu d'avoir des films de la même qualité et envergure que Endgame, il a hérité de longs métrages souvent moyens, voire médiocres, bâclés, et de séries très inégales, refusant souvent de tout voir pour ne pas saturer.

Les Gardiens de la Galaxie, vol. 3 sorti il y a quelques mois, mettait déjà un point final à la Phase IV maudite du MCU tout en expliquant à tous pourquoi, lui, sortait du lot, grâce à la personnalité de son auteur (James Gunn), son amour du genre, son soin dans la réalisation et sa sincérité dans le propos. Loki fait de même avec les séries Disney + - Marvel.

Il est effectivement beaucoup question dans cette seconde saison de retour en arrière et de bond en avant et on peut y lire une métaphore des interrogations du MCU et de ses concepteurs, qui tentent de comprendre comment négocier l'avenir tout en se rappelant ce qui fonctionnait avant le crise post-Endgame. Peut-être cela passera-t-il, comme pour Loki, par un sacrifice, aussi bien symbolique qu'effectif.

Car en fondant la Phase IV et la prochaine sur Kang le conquérant temporel, Feige a fait une erreur sur l'attractivité de ce vilain et surtout dans la manière de l'introduire dans ce nouvel acte du MCU. A l'évidence, le présenter dans la première saison de Loki, dans une série télé, n'était pas le meilleur moyen quand on le compare aux apparitions progressives de Thanos qui, en plus, avait un plan plus clair et compréhensible. Kang devait incarné la notion du multivers qui s'est avéré une impasse car les (télé)spectateurs ont plus vite compris que Kevin Feige que les univers parallèles engendreraient de potentielles résurrections et donc désacraliserait ce qui avait contribué à la dimension la plus poignante de Infinity War/Endgame.

Et surtout Loki est apparu comme une sorte de dernière relique d'un temps passé, d'un temps glorieux, dont l'histoire et la rédemption bouclerait la boucle. Pourquoi, au fond, cette série n'a pas déçu et même entretenu l'espoir ? Parce qu'elle parlait moins de multivers que de Loki et de son salut. La leçon à en retirer est bien plus simple et abordable que les terres parallèles et les variants : négligez l'attachement aux personnages singuliers et vous perdrez ce à à quoi sont attachés les gens qui aiment ces personnages, leurs histoires, leur univers.

Tout n'est pas parfait dans cette saison 2, qu'on peut trouver en deçà de la précédente, notamment parce qu'elle nous fait moins voyager, qu'on n'y découvre plus de variants de Loki, que beaucoup de scènes se cantonnent à la salle du Coeur de la TVA, etc. Mais l'ensemble est supérieur à la somme de ses parties et c'est ce qu'on retient. Quand la dernière scène du dernier épisode est terminée, on a le sentiment du devoir accompli et d'un trip audacieux et abouti. Tout est à sa place, cela ne pouvait mieux se finir, même si on peut trouver triste le sort réservé à Loki, qu'une mélancolie sourde sous-tend tout le récit et sa conclusion. Mais cette mélancolie a quelque chose de poétique, et de plus beau que tout ce pudding multiversel qu'on a voulu nous faire avaler de force.

Au fond, tout le monde s'est foutu de Kang, Celui Qui Demeure, et compagnie, d'autant plus depuis que son interprète, Jonathan Majors, a été impliqué dans un fait divers sordide et des propos guère engageants sur sa personnalité et son passé. Mais en revanche, tout le monde a fini par adorer Loki, cette canaille, ce farceur, ce repenti et in fine ce héros, véritable. La série lui offre une dimension tragique, poignante, et si Kevin Feige est intelligent, il saura s'en servir pour changer ses plans et orienter différemment le MCU, quitte à justement, comme le dieu de la malice, faire le sacrifice de quelques projets dont on ne donne pas cher de leur peau (Kang Dynasty, Secret Wars) au profit d'autres qu'il n'est que temps de concrétiser (Fantastic Four, X-Men).

Tom Hiddleston est absolument remarquable dans ce rôle qu'il a su habiter sans qu'il lui colle à la peau, en conservant la bonne distance, de telle sorte que tout le monde l'a apprécié quelle que soit l'époque, le film, la série. Owen Wilson a formé avec lui un tandem jubilatoire et formidable à l'alchimie indéniable. L'intégration de Ke Huy Quan est parfaite et fournit un souffle nouveau à la partie. Sophia di Martino en fait un peu les frais d'ailleurs tout comme Gugu Mbatha Raw. Mais surtout tous ceux-là éclipsent le cabotinage grotesque de Majors.

Le souvenir de Loki veille sur le MCU désormais. Puisse son pilote tout-puissant s'en inspirer. Et finalement, peut-être qu'un seul nouveau film en 2024 donnera l'occasion, manquée jusqu'alors, de faire souffler cette franchise et son public et lui redonner l'envie.

vendredi 16 juillet 2021

LOKI (Saison 1) (Disney +)


Après vous avoir parlé, hier, de Black Widow, le retour du MCU dans les salles, il est temps de passer au nouveau chapitre du MCU sur Disney + avec Loki, dont la première saison s'est achevée ce Mercredi 14 Juillet. Et on peut dire, sans perdre de temps, que c'est une grande réussite, qu'il sera essentiel d'avoir suivie pour saisir les futurs mouvements de l'univers Marvel sur les écrans.


2012. Loki échappe aux Avengers en dérobant le Tesseract. Mais sa cavale tourne court quand il est arrêté par la Time Variance Authority (T.V.A.) et conduit devant la juge Ravonna Renslayer pour avoir enfreint au Temps Sacré. Loki se défend en rejettant la faute sur les Avengers qui ont remonté le temps. L'argument pousse l'agent Mobius a demander à la juge qu'elle lui confie Loki pour une affaire importnte. Pour qu'il collabore, Mobius montre à Loki comment il mourra des mains de Thanos puis lui explique qu'il peut l'aider à appréhender un de ses variants qui assassine des agents de la TVA.


1985. Mobius entraîne Loki sur les lieux d'une agresson du variant qui a tué plusieurs agents et en a enlevé un. De retour aux archives de la TVA, Loki et Mobius cherchent où peut se cacher le variant criminel pour échapper aux radars de l'organisation. Loki croit l'avoir deviné en lisant un rapport sur le Ragnarok d'Asgard. Pour vérifier sa théorie, Loki convainc Mobius de se déplacer à Pompéi en 75 av. J.C., une apocalypse où un variant est indétectable par la TVA. Suivant la déduction de Loki, Mobius et une brigade d'agents de la TVA se rendent en 2050 dans l'Alabama en proie à une tempête dévastatrice. Mais c'est un piège tendu par le variant que rencontre Loki et qui est une version féminine de lui, se présentant sous le prénom de Sylvie. Il la suit quand, grâce à un pas temporel, elle s'enfuit.
 

Sylvie veut détruire la TVA et se venger de Renslayer qui l'a arrachée à sa ligne temporelle quand elle était encore enfant. Loki, qui espère s'attirer les bonnes grâces de la juge, la sauve et dérobant le pad temporel de Sylvie, se téléporte avec elle loin des locaux de la TVA. Ils atterrissent sur Lamentis-1 en 2077, une lune qui est sur le point d'être détruite dans la collision avec la planète dont elle est le satellite. Mais le pad temporel a été endommagé dans le déplacement et Loki comme Sylvie sont coincés ici.


D'abord furieuse contre Loki, Sylvie se désole de ne pouvoir accomplir sa vengeance, ce qui émeut Loki au point qu'il créé une variation détectée par les radars de la TVA. Mobius et des agents arrivent pour les capturer. Renslayer sépare les prisonniers mais interdit Mobius d'appocher à nouveau Loki comme Sylvie, qui prétend pourtant que tous les agents de la TVA sont des variants arrachés à leur ligne temporelle. Ces mots troublenr suffisamment Mobius pour qu'il désobéisse à Renslayer et libère Loki, coincé dans une boucle temporelle. La juge, mécontente, châtie Mobius en le désintégrant, puis emmène Loki et Sylvie devant les Gardiens du Temps. Sylvie désarme Renslayer et décapite un des Gardiens qui n'est qu'un pantin robotique. Médusés, Sylvie ne peut éviter à Loki d'être à son tour désintégré par Renslayer qu'elle désarme et à qui elle réclame des explications.
 

Loki revient à lui dans le Néant, une dimension-dépotoir où échoue tous les variants, et où il est accueilli par quatre de ses versions d'âges et d'espèces différentes. Ils rejoignent un abri souterrain pour se protéger du monstre Alioth qui veille à ce qu'ils ne quittent pas ce monde. Pendant ce temps, Sylvie est acculée par Renslayer que des agents de la TVA sont venus sauver. Pour leur échapper, Sylvie se désintègre. Son plan est de retrouver Loki et il réussit, Mobius est là aussi. Ensemble, Loki et Sylvie vont affronter Alioth pour découvrir quel est son maître, qui doit être le chef de la TVA, tandis que Mobius retourne dans les locaux de l'organisation pour neutraliser Renslayer.
 

Une fois Alioth vaincu, Loki et Sylvie atteignent la Citadelle de la Fin des Temps où ils sont attendus par Celui qui demeure, le créateur de la TVA et protecteur du Multivers depuis une guerre l'ayant opposé à ses variants. Fatigué par sa tâche, il est disposé à passer le relais et Loki accepte. Mais Sylvie préfère se venger des souffrances qu'elle a subies et renvoie Loki à la TVA puis tue Celui demeure. Loki retrouve Mobius pour l'alerter de la nouvelle donne mais celui-ci ne le reconnaît pas. Loki comprend alors qu'il est dans une TVA d'une autre ligne temporelle et que le Multivers a renoué avec le chaos de ses origines.

Jusqu'à présent, Le MCU sur Disney +, c'était un peu du hit or miss. Pour une série WandaVision extraordinaire, on avait ensuite The Falcon et le Soldat de l'Hiver très décevant. Pourtant, je conservais la foi et ma confiance en Loki pour redresser la barre car une production avec le dieu asgardien de la malice promettait de ne pas être de tout repos.

Cette saison de six épisodes sera, on le sait à la toute fin du dernier épisode, dans une scène post-générique, prolongée par une nouvelle livraison, sans doute en 2022 ou 2023. C'est une excellente nouvelle car on nous laisse sur un cliffhanger terrible, mais qui va sans doute être exploité entretemps dans de futurs films (notamment Dr. Strange and the Multiverse of Madness, Spider-Man : No Way Home et Ant-Man and the Wasp : Quantumania).

Donc, ce qu'acte Loki en premier lieu, c'est que désormais la notion de Multivers est effective dans le MCU et va animer plusieurs intrigues. Ce qui signifie que Kang va remplacer Thanos dans le rôle du méchant pour la Phase 4. Même si le conquérant temporel n'est pas explicitement nommé dans la série, il ne fait aucun doute que c'est bien une de ses incarnations qu'interprète Jonathan Majors dans le sixième chapitre puisque l'acteur révélé par la série Lovecradft Country jouera ce personnage dans Ant-Man 3.

Mais avant cela, la saison offre un divertissement réjouissant et complexe. L'histoire démarre après que Loki ait échappé aux Avengers (dans Avengers : Endgame) en dérobant le Tesseract. Sa fuite est de courte durée puisqu'il est capturé par la TVA, une organisation chargée de réguler le cours du temps pour éviter la création de lignes narratives alternatives. Cette institution est décrite par le scénariste Michael Waldron comme une bureaucratie absurde qui rappelle beaucoup celle du film Brazil (Terry Gilliam, 1985 - d'ailleurs le récit fait une escale lors de cette année, et ce n'est certainement pas un hasard). A sa tête, on trouve l'implacable juge Ravonna Renslayer, que les fans de comics savent liée à Kang le conquérant de manière romantique.

Confié à l'agent Mobius, Loki accepte de l'aider à résoudre une sombre d'affaires sur un variant qui assassine des agents de la TVA. La première surprise viendra du fait que le tueur est une femme qui est une Loki (mais pas Lady Loki, telle qu'elle a été imaginée par J. Michael Straczynski dans son run sur Thor, et pas davantage l'Enchanteresse, connue aussi sous l'alias de Sylvie Lushton). Celle-ci veut détruire la TVA pour se venger de Renslayer qui l'a enlevée enfant de sa ligne temporelle. Loki tente d'abord de la neutraliser, comptant là-dessus pour que la juge lui accorde sa clémence, puis à la suite d'une manoeuvre maladroite, prend le parti de Sylvie en comprenant grâce à elle que tous les agents de la TVA sont des variants retirés de leur époque et mentalement conditionnés pour être des fonctionnaires servant une organisation aveuglément.

La série fait le portrait de (ces) Loki en cavale en insistant sur le fait que le dieu de la malice est une sorte d'anarchiste dangereux pour l'ordre du temps, le Multivers, contre la TVA qui est composée d'agents dociles, soumis. C'est astucieux. Et efficace. Mais surtout, la série se déploie de manière très intelligente et rigoureuse, en exploitant de manière toujours lisible le voyage dans le temps et ses conséquences alors qu'il s'agit d'un matériau casse-gueule. La meilleure illustration se trouve dans la façon dont le récit explique comment Sylvie parvient à rester indétectable puisqu'elle se cache dans des apocalypses, littéralement des fins des temps, où tout disparaît et donc est négligé par la TVA. 

C'est aussi dans une fin des temps que Loki et Sylvie, au terme de leur périple mouvementé, trouveront celui qui a les réponses à leurs questions, avec Celui qui demeure (qu'on peut identifier comme étant soit Kang soit Immortus, une version encore plus futuriste et plus sage de Kang - le scénario laisse un flou sur ce point, afin que cela soit tranché dans Ant-Man 3).

Loki a un autre héros avec le personnage de Mobius, qu'on devine amoureux de Ravonna Renslayer, mais que sa rencontre avec Loki puis Sylvie va bouleverser. Déjà traversé par des souvenirs de sa vie précédente (avant qu'il n'intègre la TVA) mais qu'il interprète comme des fictions sans fondement, il va comprendre que lui comme tous ses collègues sont des variants, arrachés à leur existence, à leur époque, pour servir la TVA. Le récit interroge alors le libre-arbitre d'individus conditionnés pour servir une cause plus grande qu'eux et donc la légitimité d'un tel conditionnement et par conséquent les conséquences de la révolte de ces individus quand ils découvrent ce qu'on leur a fait. A l'ébranlement éprouvé par Mobius répond le dévouement absolu de Ravonna Renslayer (même si, là aussi, le scénario ne l'explique pas, et sur ce point, c'est un peu plus frustrant car j'aurai aimé savoir si elle connaissait Kang/Immortus ou allait elle aussi à la fin chercher à le rencontrer).

Cette construction narrative en miroir évoque de manière troublante mais beaucoup plus aboutie le Taskmaster dans Black Widow, capable de reproduire à l'identique les mouvements d'attaque de ses adversaires après les avoir étudiés. Ici aussi, il est question de reflet, de doubles (et de triples, quadruples, etc, comme on le voit dans l'épisode 5 avec les versions Kid/Classic/Black et même Alligator de Loki dans le Néant), mais qui se définissent les uns par rapport aux autres et non en cherchant à se copier. Evidemment, le cas de Sylvie est le plus passionnant et il restera comme une des grandes réussites de la série.

En effet, dans une scène particulièrement vertigineuse de l'épisode 4, on assiste à l'émotion qui gagne Loki lorsqu'il apprend dans quelles circonstances son variant féminin a été arrachée à sa ligne temporelle par la TVA (à une époque où Renslayer n'était qu'un agent parmi d'autres). Touché par cette confession, Loki prend la main de Sylvie, de manière sincèrement compatissante. Mais on devine que ce geste en dit beaucoup plus car l'éclairage, le décor évoquent un moment romantique et désespéré. Loki et Sylvie tombent amoureux (ou du moins Loki tombe amoureux de Sylvie assurément, à cet instant). On peut voir cela comme du narcissisme à un degré absolu, ou comme l'illustration littérale, tragico-comique, de l'âme soeur. Toutefois, considérer la scène sous l'angle de l'ironie ou du sarcasme est annulé dans l'épisode 5 quand Sylvie embrasse Loki (confirmant qu'elle aussi a des sentiments pour son double). Mais c'est une romance dramatique comme le prouvera le dernier chapitre où Sylvie privilégie sa vengeance au pardon et au pouvoir offerts par Celui qui demeure et auquel Loki tente de la faire souscrire (pour leur bien à eux mais aussi pour celui du Multivers tout entier).

Merveilleusement bien écrite, la série est aussi superbement réalisée par Kate Herron, avec une photo magnifique, et une musique remarquable (de Natalie Holt). Et bien sûr les acteurs sont tous magistraux. Tom Hiddleston nous régale du début à la fin, avec un jeu à la fois subtil et cabotin, il n'est plus limité par la paire qu'il formait avec Chris Hemsworth dans Thor ou Avengers et habite son personnage, le dotant de nuances inédites. Owen Wilson campe un Mobius attachant dont le duo avec Loki fait des étincelles, grâce à lui la série se mue en une sorte de buddy movie étrange, amusant et savoureux. Sophia di Martino incarne Sylvie et lui donne à la fois du charme et de la détermination, élevant le personnage au-delà d'un simple variant du héros, une vraie révélation, et assurément une anti-héroïne qu'on reverra. Enfin Gugu M'Batha-Raw est impeccable dans la peau de la juge Renslayer, élégante et froide, pleine de mystère et peut-être dépassée in fine par la cause qu'elle sert avec zèle.

Pour la bonne bouche, je veux aussi mentionner le fabuleux Richard E. Grant qui compose un Old Loki irrésistible et flamboyant. Et citer aussi l'ahurissant Alligator Loki, géniale invention, source de gags hilarants dans l'épisode 5.

Loki se hisse au niveau de WandaVision (l'émotion brute en moins) et ouvre les portes aux futures grandes manoeuvres de la Phase 4 du MCU : soyez prévenus, si vous passez à côté, vous le regretterez.  

dimanche 28 octobre 2018

KONG : SKULL ISLAND, de Jordan Vogt-Roberts


L'affiche suggère, avec ambition, la rencontre, improbable, entre King Kong et Apocalypse Now, mais ne nous y trompons pas : Kong : Skull Island de Jordan Vogt-Roberts est d'abord une série B, un divertissement spectaculaire, sans véritable message. Le genre de film à voir pour le fun et les frissons qu'il promet... Même si c'est au prix de quelques faiblesses narratives. 

 Bill Randa et Houston Brooks (John Goodman et Corey Hawkins)

1944. Deux pilotes, l'américain Hank Marlow et le japonais Gunpei Ikari, s'affrontent dans le ciel au-dessus du Pacifique Sud. Leurs avions touchés, ils atterrissent en parachute sur une île où ils poursuivent leur combat au corps à corps... Jusqu'à ce qu'un singe géant les interrompe... 1973. La guerre du Vietnam s'achève et l'agent du gouvernement Bill Randa recrute le capitaine britannique James Conrad pour mener une expédition sur l'Île du Crâne (Skull Island) dans le Pacifique Sud. Ils seront escortés par le régiment du lieutenant-colonel Preston Packard et rejoint par une photographe pacifiste, Mason Weaver, qui devine que ce convoi cache quelque chose. 

Preston Packard (Samuel L. Jackson)

Sur place, Packard et ses hommes bombardent l'île avec des explosifs conçus par l'assistant de Randa, Houston Brooks. Mais rapidement les hélicoptères sont attaqués par un singe géant - le même que celui apparu en 1944. Les soldats et les civils sont dispersés aux quatre coins de l'île. Packard s'en sort avec Randa qui lui avoue alors son appartenance à l'organisation secrète Monarch, qui veut prouver l'existence de monstres ici.

Jan Lin, Mason Weaver, James Conrad et Reg Slivko (Jing Tian, Brie Larson,
Tom Hiddleston et Thomas Mann)

Packard et son groupe se mettent en marche pour retrouver celui du major Jack Chapman. Une troisième équipe, avec Conrad et Weaver, décide de consacrer trois jours pour retrouver les autres sinon elle quittera l'île. 

Hank Marlow (John C. Reilly)

Conrad, Weaver et les leurs rencontrent les indigènes Iwi avec lesquels vit Hank Marlow. Ce dernier leur apprend que le grand singe s'appelle Kong et qu'il est considéré comme un dieu car il les protège d'autres créatures géantes comme les "Skullcrawlers", des lézards démesurés. C'est parce que les bombardements les ont délogés que Kong a détruit les hélicos.

Packard, Marlow et Conrad 

Marlow accepte d'aider Conrad et Weaver à réparer une péniche pour quitter l'île. Pendant ce temps, Packard et Randa retrouve le groupe de Chapman dévoré par un "Skullcrawler", et le lieutenant-colonel jure alors de les venger. Marlow guide Conrad et Weaver à bord de la péniche en descendant une rivière jusqu'à une nécropole où ils rejoignent Packard. Le "Skullcrawler" resurgit pour tuer Randa. Weaver réussit à tuer le monstre grâce une diversion de Conrad. 

Kong contre les hommes de Packard

Packard refuse de quitter l'île avant d'avoir tuer Kong malgré ce que lui expliquent à son sujet Marlow et Conrad. Weaver s'éloignent avec ses compagnons à bord de la péniche pendant que les soldats préparent un piège contre le gorille géant. Conrad et Weaver traversent un bras du fleuve sinueux et s'avancent en éclaireurs pour tomber sur Kong. Mais le singe ne les agresse pas et poursuit son chemin, sans savoir qu'il se dirige vers Packard et ses hommes.

Kong contre un "Skullcrawler"

Embrasé par du napalm, le gorille vacille et un "Skullcrawler" en profite pour massacrer Packard et sa troupe. Kong se rétablit et tue son adversaire sous les yeux de Conrad, Weaver et Marlow venus à son secours.

A la moitié du générique du fin, deux scènes supplémentaires interviennent :

- Hank Marlow retrouve après plus de trente ans sa femme et leur fils, qu'il n'a jamais vu ;
- Mason Weaver et Joseph Conrad sont invités par l'organisation Monarch à participer à de nouvelles expéditions et ils examinent des photos d'autres monstres - Godzilla, Rodan, Motura et King Ghidorah.

Comme le résumé le suggère, Kong : Skull Island a clairement été conçu comme le premier volet d'une franchise destiné à exploiter les monstres mythiques du cinéma. A tout seigneur, tout honneur, commencer par King Kong était logique, même si le remake de Peter Jackson (pourtant déjà bien inférieur à l'original de de Merian Caldwell et Ernest B. Shoedsack) ne date que de 2005.

le long métrage de Jordan Vogt-Roberts offre cependant une version alternative ou intermédiaire puisque son prologue se situe en 1944, à la fin de la seconde guerre mondiale (et donc onze ans après le premier film), puis reprend en 1973, à la fin de la guerre du Vietnam. En se détachant des fondations pour s'inscrire dans une époque toujours passée mais toutefois dans toutes les mémoires (parce que le cinéma a abondamment le conflit en question), il permet une lecture et des libertés qui le distingue d'un simple remake.

Si des trois scénaristes (Max Borenstein et Derek Connelly), Tony Gilroy est le plus connu, c'est parce que lui-même est un cinéaste, un script-doctor et un auteur qu'on n'attendait pas dans ce registre (il a surtout travaillé avec George Clooney). J'ignore quels éléments il a apportés mais je suppose qu'on lui doit la caractérisation marquée des protagonistes, une galerie de personnages intéressants bien que sacrifiés au profit de séquences spectaculaires.

C'est le regret qu'on nourrit en voyant le résultat final car entre le séduisant capitaine anglais, Conrad ; la journaliste pacifiste, Weaver ; le militaire vengeur, Packard ; et le scientifique, Randa ; sans oublier le rescapé des origines, Marlow, le scénario proposait une belle brochettes de héros, apte à nourrir le récit en relations complexes. Or, tout cela, le réalisateur ne fait que le survoler, préférant ostensiblement les affrontements entre les "Skullcrawlers" et les humains ou contre Kong ou entre le gorille géant et les soldats.

On a alors droit à des moments vraiment flamboyants et impressionnants, mais où les explorateurs passent au second rang, avec une bonne partie du casting qui finit dévorée par ces affreux lézards géants. Vogt-Roberts sait filmer ça, mieux en tout cas que ses héros.

Pourtant le cinéaste a disposé d'une troupe d'acteurs de premier choix : Tom Hiddleston en capitaine britannique valeureux, Brie Larson en photographe risque-tout, John Goodman en chef d'expédition cachottier... Le seul à sortir son épingle du jeu, parce que sa composition est plus appuyée et que son personnage a le plus de profondeur, c'est John C. Reilly en rescapé de la seconde guerre devenu grand sage et vieux briscard. Dommage, il y avait vraiment de quoi mieux faire avec une pareille distribution que de les cantonner à des rôles de faire-valoir dans une grande bagarre gorille-lézard géants.

En fin de compte, Kong : Skull Island sonne un peu creux. Mais ses producteurs ont surtout dû entendre la douce musique du tiroir-caisse qui se remplissait puisque ce fut un énorme carton au box-office et qu'une suite opposant Kong à Godzilla est en chantier.  

vendredi 17 novembre 2017

THOR : RAGNAROK, de Taika Waititi


Le dieu du tonnerre a droit, comme Iron Man et Captain America, à son troisième film dédié avec ce Thor : Ragnarok, déjà fort d'un succès ayant dépassé ses deux premières aventures et de critiques favorables. Annoncé comme très différent de ses prédécesseurs, sous influence esthétique des Gardiens de la Galaxie (si on se fiait aux bandes annonces), qu'est-il ?

Thor vs. Surtur (Chris Hemsworth et Clancy Brown)

Après avoir retiré sa couronne de feu au démon Surtur (et l'avoir ainsi renvoyé au néant), Thor regagne Asgard où il surprend une représentation théâtrale donnée en hommage à son demi-frère Loki. Mais il devine la supercherie et oblige Loki à révéler qu'il a pris l'apparence de leur père, Odin.

 Thor et Loki (Chris Hemsworth et Tom Hiddleston)

Direction : Midgard (la Terre), où Loki a exilé Odin. Surpris par le Dr. Strange qui veille à toutes les intrusions mystiques, les deux asgardiens apprennent que leur père se trouve en Norvège et les y téléporte. Sur place, le père de toutes choses leur annonce qu'il est mourant mais aussi qu'il leur a caché l'existence de leur soeur aînée, Hela, déesse de la mort, sur le point de revenir après s'être échappée de sa prison, précédant le Ragnarok (la fin du monde des dieux). Odin se volatilise juste avant que sa fille n'apparaisse devant Loki et Thor dont elle brise le marteau Mjolnir. 

Hela et Scourge (Cate Blanchett et Karl Urban)

Evacués via le bifrost, les deux frères sont suivis par Hela qui les expulse du passage inter-dimensionnel entre la Terre et Asgard. Quand elle surgit sur son monde d'origine, elle tue sans sommation les guerriers Fandral et Volstagg mais se fait un allié de Scourge, puis elle part conquérir le trône vacant d'Odin et ses sujets, avec la ferme intention d'étendre son empire aux autres royaumes célestes, comme avant que son père ne la bannisse.

Topaz, le Grand Maître et Valkyrie (Rachel House, Jeff Goldblum et Tessa Thompson)

Thor s'est échoué sur la planète Sakar gouverné par l'excentrique mais puissant Grand Maître qui, pour divertir son peuple, entièrement composé d'égarés des quatre coins de l'espace, organise le tournoi des champions. Capturé par Valkyrie, Thor est livré au Grand Maître avec lequel il négocie sa liberté  contre une victoire sur le champion en titre. En revanche le dieu du tonnerre comprend que Loki, qui a gagné la confiance de son hôte, ne compte pas l'aider à fuir.

Thor contre Hulk (Chris Hemsworth vs. Mark Ruffalo

Une fois dans l'arène, Thor a toutefois la surprise de découvrir que le champion du Grand Maître n'est autre que Hulk, son collègue au sein des Avengers. Mais ce dernier ne retient pas ses coups et leur affrontement s'achève sur un match nul. Pendant ce temps, Hela extermine Hogun et la garde royale puis expose à Scourge son plan de conquête en ressuscitant des guerriers morts et son loup géant Fenris. A présent il lui faut la clé du bifrost pour se rendre sur d'autres mondes mais l'épée qui en fait office a été reprise par son possesseur, chassé précédemment par Loki, Heimdall.

Heimdall (Idris Elba)

Sur Sakar, Thor convainc, difficilement, Hulk et Valkyrie de l'aider à regagner Asgard pour vaincre Hela. Ils emmènent avec eux Loki qui, une fois la fuite de son champion avec les asgardiens, est considéré comme un traître par le Grand Maître - mais Thor, méfiant, l'abandonne après avoir trouvé un vaisseau que son frère comptait prendre seul. Les gladiateurs en profitent alors pour se révolter contre le tyran et ses sbires.

Thor et Hulk

Heimdall organise l'évacuation des asgardiens opprimés mais Hela et ses troupes leur barrent la route vers le bifrost. Ayant réussi à fuir Sakar via un passage dimensionnel, Thor, Valkyrie et Hulk arrivent juste à temps pour s'interposer.  

Le dieu du tonnerre

Le duel entre le dieu du tonnerre et sa soeur est terrible, coûtant même un oeil au premier (comme son père avant lui). Mais Thor libère toute sa puissance, autrefois régulée par son marteau, pour reprendre temporairement l'avantage. C'est alors que Loki surgit avec un gigantesque vaisseau véhiculant les révoltés de Sakar, dans lequel les asgardiens se réfugient. Le dieu de la malice reçoit l'ordre de son frère d'aller chercher la couronne de Surtur et de la replonger dans le feu pour ressusciter le démon.

Les "Revengers"

Scourge, pressentant la défaite de Hela, défend ses compatriotes contre l'armée de zombies soulevée par la déesse de la mort qui, en retour, le tue. Mais elle est ensuite surprise par l'apparition de Surtur qui provoque le Ragnarok, détruisant Asgard et la privant ainsi de la source de ses pouvoirs.

Hulk vs. Surtur

Ayant tout perdu, les asgardiens trouvent en Thor leur nouveau roi qui décide de les mener jusqu'à Midgard, avec à ses côtés Valkyrie, Hulk et Loki.

Deux scènes supplémentaires ponctuent le générique de fin :

- Loki interroge Thor sur l'accueil que vont lui réserver les terriens lorsque leur vaisseau en croise un autre, bien plus imposant et menaçant, celui de Thanos ;

- sur Sakar, après la révolte des gladiateurs, le Grand Maître est encerclé par des ferrailleurs dans la décharge de la planète et tente de les convaincre, alors qu'ils avancent d'un air peu amical vers lui, qu'une nouvelle ère s'ouvre pour eux.

Comme la trilogie consacrée à Iron Man, celle de Thor aura soufflé le chaud et le froid. Pourtant, comme l'a récemment rappelé Kenneth Branagh, si le premier film consacré au dieux du tonnerre avait été un échec, nul doute que la suite des plans cinématographiques des studios Marvel en aurait été fragilisé (quand bien même le premier Avengers fut tourné dans la foulée).

Entre temps, toutefois, le triomphe critique et commercial des deux opus dédiés aux Gardiens de la Galaxie a, de toute évidence, pesé sur la production de Thor : Ragnarok. D'abord dans le choix d'en confier la réalisation à Taika Waititi qui partage avec James Gunn la passion des fans de comics sans être un dévot, ensuite dans l'esthétique même du long métrage qui reprend les codes couleurs bigarrés des aventures des pirates de l'espace. Après le look un peu terne du premier film et celui trop sombre du deuxième, Thor 3 est nettement plus flashy.

Ce qui distingue aussi, plus généralement, les productions Marvel de celles de la Fox (avec la franchise X-Men) ou de Warner (les adaptations de DC Comics), c'est la volonté de traiter les histoires en réservant une place à l'humour. Parfois de manière efficace, parfois de façon plus balourde (pour ne pas dire déplacée). Et, là aussi, les scénaristes - le duo Chris Yost & Craig Kyle + Stephanie Folsom - ont pris le parti de rendre une copie franchement plus drôle.

A tel point, et c'est à la fois la force et la limite principale du film, qu'on a souvent l'impression que l'humour joue contre l'intrigue, que la comédie parasite l'action. A plusieurs reprises, les personnages sont dans une situation qui les ridiculise (pour les humaniser - ce qui est bien pratique quand on veut susciter de l'empathie pour des dieux ou des surhommes) ou s'échangent des dialogues ironiques (là aussi avec l'intention manifeste de rompre avec le côté un peu trop théâtral de dieux qui ne s'expriment pas naturellement). Mais l'instant d'avant ou d'après, voici les mêmes personnages aux prises avec des choix dramatiques, sujets à des émotions plus graves, et alors la blague désamorce maladroitement l'intensité invoquée pour la scène.

Waititi use (et abuse même) de ce procédé, si bien qu'on a l'impression que rien n'est jamais sérieux, compromis pour les héros. Une petite vanne et ça repart... Sauf qu'il est question d'une déesse de la mort, de la destruction du domaine des dieux, qu'on assiste à des scènes de tuerie massive. C'est tout de même assez dommage car, pour une fois, la méchante l'est vraiment, l'histoire ne lui cherche pas d'excuses, elle assume ses actes, ses méthodes (expéditives) et affiche ses ambitions (conquérantes). Le film donne d'ailleurs un coup de balai radical : plusieurs personnages secondaires apparus dans les deux premiers volets (les Trois Guerriers, Odin, sans compter les Valkyries dans un flash-back... Mais sans dire où est passée Sif, la grande absente de l'affaire) passent à la trappe, exécutés sans ménagement ni avoir eu le temps de briller une dernière fois.

L'ambition de Thor : Ragnarok s'affiche dans ses lignes narratives parallèles et simultanées, qui demeurent plutôt bien gérées entre ce qui se passe sur Asgard et Sakar (même si, là encore, on en est quitte pour savoir comment Hulk y a atterri depuis qu'il avait fui la Sokovie dans Avengers : l'ère d'Ultron). Le script opère des coupes drastiques sur certains plans (deux scènes sur Terre, mais qui suffisent avec la participation irrésistible de Benedict Cumberbatch en Dr. Strange et les adieux sobres d'Anthony Hopkins) mais, avec 130 minutes au compteur, le spectateur n'est pas volé.

Les prestations des comédiens - Chris Hemsworth très à son aise dans cette révision de son personnage, Tom Hiddleston qui se fait voler la vedette par la superbe Tessa Thompson, Mark Ruffalo épatant (le tournoi du Grand Maître est directement inspiré de la saga Planet Hulk et habilement intégré), et Cate Blanchett qui s'amuse comme une folle dans un registre inhabituel - y est pour beaucoup. La seule déception, d'autant plus grande que le comédien promettait beaucoup, provient de Jeff Goldblum, bizarrement un peu éteint (là où on attendait une composition survoltée).

Porté par la musique savamment décalée de Mark Mothersbaugh (compositeur habituel de Wes Anderson), Thor : Ragnarok est aussi divertissant que, parfois, creux et maniéré. Mais son réalisateur décape comme nul autre son héros, créant la surprise après le décevant Thor : les monde des ténèbres ou, cette année, Les Gardiens de la Galaxie 2. Prochains arrêts : au Printemps 2018 pour Black Panther, puis le gargantuesque Avengers : Infinity War l'été prochain, avant de découvrir Ant-Man & the Wasp dans un an environ. 

lundi 16 octobre 2017

THOR, de Kenneth Branagh


N'ayant pas écrit la critique de ce premier film sur Thor (sorti en 2011) et profitant de sa rediffusion hier soir (sur France 4), j'en ai profité pour réviser avant la sortie du troisième opus consacré au dieu du tonnerre, Thor : Ragnarok, en salles en France le 25 Octobre. Souvent mal-aimé, voire méprisé, que vaut vraiment le long métrage de Kenneth Branagh ? Ou, autrement dit, ai-je toujours raison de le défendre depuis que je l'ai vu il y a 6 ans ?
Rembobinons !

 Thor, Odin et Loki (Chris Hemsworth, Anthony Hopkins et Tom Hiddleston)

Odin est le père de toutes choses et roi d'Asgard, un des neuf royaumes de la galaxie. Alors qu'ils sont encore enfants, il fait visiter sa salle des trophées à ses deux fils, Thor et Loki, en leur annonçant que, dans le futur, l'un d'eux lui succédera sur le trône. Pour cela, il devra en être digne et donc se comporter avec autorité mais surtout sagesse. Parvenus à l'âge adulte, les deux frères sont devenus des hommes aux tempéraments opposés : Thor est fougueux et arrogant, Loki discret et prudent. C'est pourtant au premier qu'Odin décide de confier sa place. 

Thor et Odin

Mais le jour de l'intronisation, des géants des glaces du royaume de Jöthuneim s'infiltrent dans la salle des trophées pour s'emparer d'un cube d'énergie, réveillant ainsi sans le savoir le gardien de l'endroit, le terrible Destructeur qui les tue. Thor veut châtier Laufey, roi de Jöthuneim et, pour cela, désobéit à Odin. Accompagné par Loki (qui durant le combat découvre avec surprise que le froid mortel des géants ne le l'atteint pas), de Lady Sif et des trois guerriers (Hogun, Fandral, Volstagg), le dieu du tonnerre provoque ses ennemis avant qu'Odin n'intervienne. Furieux, le père de tout bannit son fils en l'expédiant sur Midgard, la Terre, et en enchantant son marteau, Mjolnir. 

Le Pr. Selvig, Jane Foster, Darcy et Thor (Stella Skarsgard, Natalie Portman
Kat Dennings et Chris Hemsworth)

Thor atterrit dans le désert du Nevada où il est trouvé par un groupe de scientifiques, le professeur d'astrophysique Henry Selvig, son élève Jane Foster et son assistante Darcy. Conduit à l'hôpital, Thor s'en échappe et trouve refuge auprès de Jane, intriguée par ce qu'il raconte sur sa provenance. En déjeunant dans un dinner d'une bourgade voisine, Thor entend parler de la chute d'un objet dans une zone proche, rapidement quadrillée par l'armée.  

Thor déchu

Jane accepte, contre l'avis de Selvig, de conduire Thor sur place pour qu'il récupère son marteau, Mjolnir. Déjouant la sécurité du site, affrontant ses gardes, il échoue cependant à brandir son arme. Arrêté puis interrogé par l'agent Coulson du SHIELD, Thor reçoit ensuite la visite de Loki qui prétend qu'Odin, terrassé par le chagrin qu'il lui a causé et son grand âge, est mort et que leur mère a confirmé son bannissement.

Jane Foster et Thor

Selvig intercède en faveur de Thor auprès de Coulson en le faisant passer pour un de ses amis scientifiques, sujet à une dépression. Libéré, Thor fait son examen de conscience et comprend que son orgueil lui a coûté ses pouvoirs et son père. Condamné à rester sur terre, devenu simple mortel, il ignore que Loki manigance avec Laufey pour envahir Asgard et se débarrasser d'Odin, qui a seulement sombré dans le coma. Avec l'aide de Heimdall, Sif et les trois guerriers descendent sur Midgard avertir Thor mais Loki découvre leur trahison et envoie le Destructeur les tuer tous.

Loki

En apprenant la félonie de Loki et pour protéger ses amis terriens et asgardiens, Thor se dresse contre le Destructeur. Son sacrifice lève l'enchantement d'Odin sur Mjolnir qui revient au dieu du tonnerre, ayant appris l'humilité. Après avoir neutralisé le Destructeur, il retourne à Asgard grâce à Heimdall, juste à temps pour déjouer l'invasion de Laufey et son armée mais aussi pour affronter Loki. Mais le prix de sa victoire sera élevé pour le dieu qui avait promis à Jane Foster de la rejoindre, une fois sa mission accomplie...

Hé bien ! J'aime toujours ce premier épisode de Thor. Certes ce n'est pas un film parfait, mais il est solide et offre une introduction bien pensée pour ce personnage, le tout en peu de temps (alors que la durée des films en général, et ceux de Marvel aussi, gonfle de plus en plus, ici l'affaire est pliée en moins de 110 minutes !).

Commençons par cibler ce qui ne fonctionne pas, ou pas suffisamment (par rapport aux réussites inaugurales comme Iron Man, Captain America : the first avenger puis Avengers). La déception porte principalement sur la réalisation de Kenneth Branagh : à l'époque, je m'en souviens bien, Kevin Feige, le grand manitou des studios Marvel, s'était réjoui d'avoir attiré le célèbre vulgarisateur de Shakespeare pour donner vie sur grand écran au dieu du tonnerre... En oubliant toutefois que le cinéaste avait depuis longtemps perdu de sa superbe : elle était loin l'époque où Branagh épatait la galerie avec ses adaptations de Henry V (1989) ou de Hamlet (1996) avec des mises en scène pleines de panache et d'énergie. Il faut bien admettre qu'il s'acquitte de cette commande sans retrouver le souffle de ses grandes oeuvres passées.

La direction artistique de Thor ne l'aide pas beaucoup : malgré un budget confortable, le compte n'y est pas toujours. Le plus flagrant de ces manques réside dans la représentation d'Asgard, qui ressemble à un royaume trop doré, là où on pouvait davantage attendre un monde plus médiéval et grandiose, à mi-chemin (comme l'avait imaginé Jack Kirby) entre le Moyen-Âge et le futur. Les costumes sont aussi moyens, notamment quand il s'agit d'éléments précis comme les casques ou armures qui font plus penser à des pièces plastifiées que métalliques (exception faîte du design très réussi de Thor lui-même).

Et, enfin, il y a le choix des interprètes : les comédiens sont très bons et même excellents pour certains - Chris Hemsworth semble tout droit sorti des pages d'Olivier Coipel (le français avait relancé avec succès le comic-book avec le scénariste J. Michael Straczynski, qui fait une apparition, comme Stan Lee, dans le film), Tom Hiddleston est parfait en frère jaloux et tragique, Anthony Hopkins a toute la majesté requise pour camper Odin, Natalie Portman est toujours aussi classe. 
Mais quelle drôle d'idée quand même de caster Idris Elba ou Tadanobu Asano, un black et un asiatique, pour incarner des dieux d'origine nordique !
Et, pire encore, pourquoi avoir glissé un second rôle aussi stupide et inutile que celui de Darcy, donné à une actrice aussi vulgaire que Kat Dennings...

Malgré ces ratés, le film avance quand même et procure du plaisir. Son scénario en trois actes bien nets permet d'apprécier le parcours du héros, insupportable va-t-en-guerre arrogant ensuite exilé impuissant qui recouvre son rang et ses pouvoirs en gagnant en humanité et en humilité. La partie centrale, où Thor, résigné, évolue dans ce bled perdu américain autorise des scènes subtilement comiques en soulignant le décalage entre ce dieu déchu au physique avantageux et les moeurs locales, ses relations avec le trio de scientifiques. Il aurait fallu insister là-dessus au moyen de dialogues plus appuyés sur la foi en des forces supérieures, des êtres divins, et l'incrédulité des humains confrontés aux phénomènes déclenchés par la seule présence de Thor. Le final file à toute allure et laisse deviner quelle envergure aurait pu avoir le film avec un réalisateur plus inspiré, lorsque Thor revient sur Asgard, affronte Loki (un duel fondé moins sur la haine que la jalousie, le mal d'amour), détruit le Bifrost (le pont arc-en-ciel qui mène au guet de Heimdall, permettant d'accéder aux huit autres royaumes) et, ce faisant, condamne (au moins provisoirement) son retour sur Terre (et vers Jane Foster).

Il subsiste un sentiment de frustration, renforcé par le fait que Thor semble plus avoir été pensé comme le tremplin menant à Avengers (avec la revanche de Loki, l'existence d'un super-héros qui est aussi un dieu - alors que tous les autres membres de l'équipe à venir sont des humains "améliorés", tels Iron Man et son armure ou Captain America, ou dotés d'un don particulier, comme Hawkeye qui apparaît ici pour la première fois) que comme un opus autonome. C'est aussi pour cela qu'il est mésestimé. 

On verra maintenant si Thor : Ragnarok est à la hauteur de la rumeur très flatteuse qui le précéde, réalisé par un cinéaste à l'esthétique plus audacieuse, avant que, l'an prochain, les Avengers reviennent pour la production la plus ambitieuse (et la plus coûteuse) des studios Marvel. 

dimanche 7 février 2016

Critique 811 : MINUIT A PARIS, de Woody Allen


MINUIT A PARIS (en version originale : Midnight in Paris) est le 42ème film écrit et réalisé par Woody Allen, sorti en 2011.
La photographie est signée Darius Khondji. Le film est produit par Letty Aronson, Jaume Roures, et Stephen Tenenbaum.
Dans les rôles principaux, on trouve : Owen Wilson (Gil Pender), Rachel McAdams (Inez), Marion Cotillard (Adriana), Léa Seydoux (Gabrielle), Kathy Bates (Gertrude Stein), Corey Stoll (Ernest Hemigway), Adrien Brody (Salvador Dali), Marcial Di Fonzo Bo (Pablo Picasso), Tom Hiddleston (Scott Fitzgerald), Alison Pill (Zelda Fitzgerald)...
 *

Gil Pender et Inez arrivent à Paris pour y préparer leur mariage, en compagnie des parents de la jeune femme (qui ne s'entendent pas avec leur futur gendre). Gil, qui veut se consacrer à l'écriture d'un roman, aimerait s'installer dans la capitale française mais ce projet ne séduit pas sa future épouse. 
Gil et Inez
(Owen Wilson et Rachel McAdams)

Il doit aussi supporter un autre couple américain dont le mari est un ancien prétendant d'Inez, un type imbuvable, suffisant et prétendant tout savoir sur Paris, sa culture, son passé.
Paul, son amie, Inez et Gil
(Michael Sheen, Rachel McAdams et Owen Wilson)

Un soir, alors qu'Inez va danser avec ses amis, Gil va se promener et s'égare. A minuit, une voiture s'arrête près de l'endroit où il cherche à se repérer et ses occupants l'invitent à une soirée. En route, Gil comprend que ses hôtes sont Scott et Zelda Fitzgerald et qu'il a remonté le temps jusque dans les années 1920. Il rencontre ensuite Ernest Hemingway, Gertrude Stein, Pablo Picasso et la nouvelle muse de ce dernier, la belle Adriana, dont il tombe amoureux au premier regard.
Adriana
(Marion Cotillard)

Pour s'assurer qu'il n'a pas rêvé cette nuit, Gil se rend au même endroit le lendemain, toujours à minuit. A nouveau, il est transporté dans le passé et croise de nouveaux artistes de l'époque : Salvador Dali, Cole Porter, Juan Belmonte, T. S. Eliot, Luis Buñuel, Man Ray...
 Zelda et Scott Fitzgerald
(Alison Pill et Tom Hiddleston)
 Gil, Ernest Hemignway et Gertrude Stein
(Owen Wilson, Corey Stoll et Kathy Bates)
 Pablo Picasso
(Marcial Di Fonzo Bo)
Salvador Dali
(Adrien Brody)
Man Ray et Luis Buñuel
(Tom Cordier et Adrien De Van)

Son beau-père le fait suivre les nuits suivantes mais le détective engagé est semé. L'amour que Gil éprouve pour Adriana fait voler son couple avec Inez en éclats mais aboutit à une impasse car la muse des peintres ne pense trouver le bonheur que dans des années encore antérieures.
Gil et Adriana
(Owen Wilson et Marion Cotillard)

Gil rebondit malgré tout en se posant à Paris, où il peut se consacrer à son roman, et en se liant avec Gabrielle, une jeune et jolie antiquaire, partageant ses goûts...
Gabrielle
(Léa Seydoux)

C'est, parmi les films récents de Woody Allen, un des plus joyeux, les plus drôles, tout en restant mélancolique - il faudra attendre Magic in the Moonlight (en 2014) pour qu'il renoue avec ces tonalités.

A l'époque de Midnight in Paris, Allen a repris son tour d'Europe, entamé avec Match Point, Scoop, Le Rêve de Cassandre, Vicky Cristina Barcelona, et plus tard par To Rome with Love. Ces voyages hors de Manhattan en particulier et de l'Amérique en général découlent de la recherche de financements mais aussi d'une volonté manifeste d'explorer d'autres horizons, de situer ses histoires dans d'autres cadres, même si c'est la première fois en près de quarante ans de carrière qu'il aligne des longs métrages à l'étranger aussi fréquemment.

Profitant d'un crédit d'impôts pour les tournages en France (et certainement en échange d'un petit rôle pour Carla Bruni, la femme du président de la république d'alors, Nicolas Sarkozy), Woody Allen pose donc sa caméra à Paris pour une comédie sentimentale délicieuse. Les premières images sont une succession de cartes postales de la capitale comme si le cinéaste avait voulu se débarrasser de l'hommage envers ses hôtes. Mais on peut aussi estimer qu'il s'agit de la manière dont n'importe quel touriste découvre la capitale et c'est alors une figure logique puisque le héros de l'histoire est un touriste idéalisant Paris.

Derrière quelques bonnes répliques et ce sentimentalisme assumé, Allen ne trompe personne très longtemps en brossant le portrait d'un couple qui, bien que sur le point de se marier, est composé de deux individualités contraires : le romantique démocrate Gil n'a rien à voir/à faire avec cette Inez bourgeoise républicaine, encore moins avec ses beaux-parents qui le méprisent ouvertement. Rarement le cinéaste aura d'ailleurs manifesté autant de critique avec ses concitoyens américains, comme le confirme ensuite le rôle joué par Paul et son amie : non seulement ceux-ci sont d'épouvantables snobs mais en plus ils prétendent mieux connaître la France et sa capitale que ses propres habitants et guides !

Puis le film bascule, à la fois dans la comédie romantique et le fantastique féerique, quand Gil remonte le temps lorsqu'un soir il s'égare en ville et que le douze coups de minuit sonnent. Allen met en scène alors les rencontres de son héros avec la fine fleur culturelle des années 20, une fabuleuse concentration d'expatriés s'illustrant dans la littérature, la peinture, le cinéma.

Le casting est particulièrement soigné et donne un relief à la fois drôle et troublant à cette idée puisque chaque acteur est à la fois très bon dans son rôle mais aussi très ressemblant avec la célébrité qu'il incarne : Tom Hiddleston et Alison Pill pour Scott et Zelda Fitzgerald, Corey Stoll pour Ernest Hemingway, Adrien Brody pour Salvador Dali (deux scènes hilarantes, ponctuées par une réplique culte : "I see... A Rhinoceros !"), Kathy Bates pour Gertrude Stein, Marcial Di Fonzo Bo pour Pablo Picasso... C'est par ce dernier qu'est introduit un personnage fictif mais crédible de muse qui va entraîner Gil et le film dans sa thématique profonde : Adriana ou l'insatisfaction.

Avec cette héroïne dont le protagoniste (comme le spectateur) tombe amoureux au premier regard, Woody Allen interroge l'interprétation de l'art (via un tableau la représentant peint par Picasso) : pour le pédant Paul, la toile raconte une histoire dont Gil connaît la vérité, ce qui est donc communément admis n'est pas toujours vrai.

A mesure que les connaissances qu'acquiert Gil contredisent ce que dit Paul et apprécie Inez, l'évidence que le couple de Gil et Inez ne tiendra pas (n'a jamais tenu) se fait plus évidente. Le film avance ainsi en même temps que l'histoire de Gil et Inez recule, régresse, se dissout. Cette mécanique est actionnée avec une fluidité remarquable.

Ce fossé est souligné aussi par les divergences sociales : Inez et ses parents sont plus soucieux des apparences que d'authenticité (ainsi, alors qu'ils sont chez un antiquaire et se voient proposer une chaise pour 18 000 $, Gil trouve le prix exorbitant mais sa belle-mère trouve ça "cheap" - un mot qu'i reviendra pour désigner en vérité autant les goûts que la personnalité de Gil). Ce sont des bourgeois mesquins et racistes, prêts à accuser sans preuves une femme de ménage (quand Inez perd une paire de boucles d'oreilles, que Gil lui a prise pour les offrir à Adriana) et à railler les français ou les opinions jugées communistes de Gil.

Néanmoins, ledit Gil a un rôle ambigu : il mène une double vie, courtisant sans scrupules Adriana, qu'il lâchera, plus sidéré que dépité, quand il constatera qu'elle aussi n'a pas les mêmes aspirations que lui, et tombant vite, à la fin, sous le charme de la jolie antiquaire, Gabrielle.

Gil n'est pas non plus un individu si détaché de la réalité qu'il trouve si pénible : son affection pour le passé a besoin de passer par des éléments concrets, physiques, ce n'est pas un doux rêveur nostalgique mais plutôt un fétichiste pour lequel divers objets font office de véhicules : des disques vinyles de Cole Porter, des livres dénichés chez des bouquinistes, les monuments historiques de la capitale - autant de passerelles bien matérielles entre le présent subi et le passé idéalisé. Il n'hésite pas non plus à user des avantages que lui procurent ses allers-retours entre aujourd'hui et hier, comme lorsqu'après avoir croisé Picasso avec Adriana, il fait à son tour la leçon à Paul, ou quand, s'étant fait traduire le journal intime d'Adriana, il sait pouvoir la séduire en lui offrant des boucles d'oreilles (qu'il enlève à la collection d'Inez).

Mais Woody Allen anime Gil de telle manière qu'il nous est toujours plus sympathique que lâche ou manipulateur. Et nous comprenons à la fois sa fascination pour les "Roaring twenties", qui voit défiler une galerie somptueuse d'artistes : comment ne pas l'envier quand il reçoit les conseils d'Hemingway ou Gertrude Stein, dialogue avec Dali, fait la fête avec les Fitzgerald ? La reconstitution est très soignée, et le budget relativement modeste est sur l'écran, dont les éléments sont magnifiés par la photo splendide de Darius Khondji. Allen fait aussi preuve d'une malice jubilatoire quand, au détour d'une scène, Gil glisse à un Buñuel perplexe l'idée du film L'ange exterminateur (qu'il ne réalisera qu'en 1962 !).

La romance avec Adriana introduit aussi une réflexion aigre-douce sur le rapport au temps : Gil fantasme les années 20 quand elle rêve, elle, de la Belle Époque, où elle finira par se rendre et rencontrer de charmeurs Paul Gauguin et Edgar Degas sous les yeux d'Henri de Toulouse Lautrec, qui, eux, auraient souhaité vivre lors de la Révolution française. Tous ont donc en commun de ne pas s'estimer heureux dans leur temps et d'idéaliser des périodes historiques antérieures.

Ces considérations nuanceront la nostalgie de Gil qui comprendra qu'il s'agit moins d'un problème avec le temps que de trouver la femme avec laquelle il se sentira bien au présent. Mais, là encore, Allen résout cela avec ironie puisque son héros trouvera la paix et l'amour avec une charmante antiquaire, donc avec quelqu'un qui, justement, fait commerce du passé. Cela lui permet de dépasser la conviction que c'était mieux avant et que se complaire dans le passé (ou la vénération du passé) revient à fuir le présent au lieu d'en savourer les plaisirs.

Dans un nouveau mouvement de balancier, Gil passe du statut d'homme coincé dans le passé à celui d'homme prêt à aller de l'avant, lorsqu'il abandonne Adriana et retrouve, providentiellement, Gabrielle, après avoir rompu avec Inez entretemps.

Le charme irrésistible du film passe grandement par ses interprètes : Owen Wilson imite un peu trop le phrasé et la gestuelle du cinéaste mais incarne très bien ce Gil tiraillé entre plusieurs femmes, plusieurs époques.
Marion Cotillard campe avec une séduction rare et une fragilité émouvante Adriana, ajoutant Woody Allen à son prestigieux tableau de chasse (avec ses rôles chez Christopher Nolan, James Gray, Ridley Scott, Michael Mann, Steven Soderbergh).
Rachel McAdams incarne à la perfection l'odieuse Inez, tandis que Léa Seydoux n'a besoin que de quelques scènes pour illuminer le film comme Gil.

Minuit à Paris est un film délicieux, d'une grande élégance visuelle (jusque dans son affiche dont le fond est celui de La nuit étoilée peinte par Vincent Van Gogh), drôlement poétique. Cette fantaisie romantique offre aussi son lot de réflexions (sur le temps, sur l'art, sur l'inspiration) avec cette touch si spirituelle qui fait tout le prix du cinéma de Woody Allen.