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mercredi 26 décembre 2018

PEARL #5, de Brian Michael Bendis et Michael Gaydos


Ce pénultième épisode de Pearl ne présage pas de la fin de la série puisqu'on a appris que le titre se poursuivrait par un nouveau volume (mais sans renumérotation) en Février. Il semble que les creator-owned "Jinxworld" se vendent suffisamment pour que DC ait permis à leur scénariste Brian Michael Bendis, avec ici Michael Gaydos au dessin, de poursuivre.


Pearl Tanaka est prise en étau entre deux parties sur le pied de guerre : en n'ayant pas éliminé comme on le lui a ordonné Rick Araki, elle s'est attirée le courroux de Mr. Miike, mais aussi des jumeaux Endo, proche du garçon.


Aussi Pearl a-t-elle choisi de parler à Miike pour tenter de trouver un arrangement. Avant cela, elle met son amie Kimmy à l'abri - celle-là même qui découvrit la première l'incroyable tatouage sur tout le corps de Pearl et comment il apparaissait sous le coup d'une émotion vive.


L'heure de vérité approche et Pearl l'affronte en faisant bonne figure, à moins qu'elle ne cache sa peur. En tout cas, elle ne dissimule plus longtemps ses sentiments pour Rick qu'elle embrasse en contemplant avec lui le Golden gate bridge.


Les deux jeunes gens se rendent che Miike qui s'attendait à leur visite depuis la fusillade au night-club. Pearl lui tient tête pour négocier la vie sauve de Rick mais le chef yakusa estime qu'elle ne se rend pas compte de la situation.


Au moment où il s'apprête, pour la lui faire comprendre, à révéler un secret sur sa mère, les jumeaux Endo débarquent, armés, dans la résidence de Miike, prêts à en découdre...

C'est diablement intéressant d'avoir lu cet épisode après le dernier en date de Superman. Non pas que Pearl bascule dans le super-héroïsme et la baston cosmique, mais bien parce que Brian Michael Bendis s'amuse avec la narration d'une manière étonnamment similaire.

Pour ceux qui n'auraient pas lu Superman #6, l'épisode s'ouvrait sur plusieurs doubles pages où les dessins d'Ivan Reis étaient accompagnés d'un texte off (la voix intérieur du héros). Un procédé donc plus proche du récit illustré que de l'art séquentiel.

Bendis reconduit cette expérience ici en enchaînant plusieurs doubles pages qui reviennent sur le passé des jumeaux Endo : on apprend ainsi comment ils ont fait fortune et gagné le respect de leur clan yakusa, grâce au blanchiment d'argent via des night-clubs et la production de films pornos. On savait également qu'un de leurs locaux voisinait avec l'atelier de Rick Araki - raison pour laquelle le contrat sur le jeune tatoueur perturbait leur business et donc motivait leur ressentiment contre Pearl.

Cette partie est encore assez traditionnelle, avec des dialogues, mais elle permet à Michael Gaydos de briller dans cet exercice. Ses doubles pages, dominées par une couleur dominante (le rouge, le bleu...), sont superbes. Mais le meilleur reste à venir.

Car Bendis, une fois que Pearl écarte pour son bien Kimmy, met en scène un nouveau flash-back, antérieur à celui concernant les Endo : il s'agit du moment où Kimmy découvrit le tatouage intégral et fantastique de son amie après le décès de sa mère.

Comme dans Superman #6, le scénariste et son dessinateur ont recours à une forme de récit illustré puisque Gaydos représente Pearl et le texte de Bendis prend place à côté de l'image, avec une nouvelle police de caractère et une narration différente.

Graphiquement, c'est renversant de beauté, et à l'écrit, c'est une manière synthétique et très stylisée de revenir sur un fait sans toutefois dissiper son mystère. C'est un de ces moments où une BD bascule dans autre chose, une autre forme, une autre façon de raconter, qui dépasse le tout-venant.

Mais l'épisode ne vaut pas que pour ce morceau de bravoure. Il comprend aussi un passage troublant où Pearl et Rick, surplombant le Golden gate bridge, révélent leurs sentiments amoureux. Toutefois, on remarquera que le garçon voit la jeune femme autant comme telle que comme une oeuvre d'art : il est presque davantage fasciné par son tatouage que par sa beauté ou son amour. Rick est en un sens plus mystique alors que Pearl est pragmatique (elle cherche à le sauver et à se tirer d'un mauvais pas - mais c'est normal, logique : elle a intégré sa particularité depuis longtemps).

Reste à connaître le secret que Mr. Miike était sur le point de révéler au sujet de a mère de Pearl : ce sera sans doute le climax du prochain épisode, et la lampe de lancement du prochain arc (même si, pour être tout à fait honnête, je ne suis pas certain de prolonger l'aventure). 

jeudi 22 novembre 2018

PEARL #4, de Brian Michael Bendis et Michael Gaydos


La mini-série de Brian Michael Bendis et Michael Gaydos continue de dérouler son intrigue envoûtante. Mais l'épisode de ce mois-ci est un peu un chapitre de transition : Pearl se met comme en pause et laisse à ses personnages le temps de souffler, de faire le point, distillant leurs secrets au compte-gouttes. Loin d'être un numéro creux, il est comme une lampe de lancement pour la suite et fin.


Après la fusillade au night-club, Rick Araki entraîne Pearl Tanaka et son amie Kimmy sur les hauteurs de San Francisco, à l'abri, dans la luxueuse propriété de sa tante, en congé au Japon. Comme elle n'appartient à aucun clan mafieux, aucun danger que Miike ou les Endo ne sachent où ils sont.


Pour expliquer ses liens avec les Endo, Rick révèle à Pearl qu'il loue une partie de son atelier de tatouage en échange de leur protection. En revanche, il ignore pourquoi Miike le veut mort et la raison de l'intervention du tueur Shiba au club. S'il se savait menacé, il ne se montrerait évidemment pas en public.


Shiba, justement, fait irruption chez les jumelles Endo, furieux de la tournure des événements : il est convaincu qu'elles l'ont envoyé au club pour l'éliminer puisque Pearl Tanaka s'y trouvait et l'a blessé. Mais elles le tuent et font passer cela pour un geste de légitime défense auprès de l'agent de police présent sur place après des plaintes du voisinage à cause du grabuge.


Tandis que les Endo désignent Pearl comme le vrai danger à l'agent de police, la jeune femme explique à Rick comment elle a réalisé ce tatouage géant spécial qui apparaît sur son corps dans les moments de stress, en hommage à sa mère, et stimulé par son albinisme.


Rick lui demande ce qu'elle compte faire maintenant pour sortir de ce mauvais pas. Elle répond : parler à Miike - qui se trouve face à un choix, exposé par Kai : révéler ou non qui était la vraie mère de Pearl, et gérer sa réaction...

Tout d'abord, parce que, il faut être honnête, c'est ce qui s'impose, l'épisode est une nouvelle fois esthétiquement somptueux. Michael Gaydos aligne les épisodes, et pour chacun d'eux les planches les plus belles de sa carrière. Cet artiste, à qui j'ai souvent reproché, au point de zapper ses comics, les tics de mise en scène (avec l'usage outrancier de cases copiées/collées pour illustrer des dialogues abondants), est visiblement porté par cette histoire dont il a glissée l'idée à Brian Michael Bendis et pour laquelle il s'est notablement documenté, se faisant même tatouer.

La force picturale des pages de Gaydos tient notamment à son usage de la couleur : il a pour Pearl privilégier une palette réduite, comme pour souligner l'ambiance de chaque scène, et n'hésite donc pas à enchaîner plusieurs pages d'affilée avec la même gamme chromatique. Le bleu domine dans cet épisode où les dialogues entre l'héroïne et Rick Araki correspondent à une sorte de trêve narrative, dans laquelle chacun fait le point, expose des éléments de son passé et tente de se projeter dans l'avenir alors que la situation actuelle est très compromise.

Gaydos a recours à une modèle pour représenter Pearl et cela se sent dans le réalisme porté aux expressions : le découpage met en avant les gros plans sur les visages et un haussement de sourcils, un sourire, une moue prolongent merveilleusement les paroles exprimées. On n'est pas dans du photo-réalisme ou du calque photographique paresseux, mais dans un travail sur la base du réel et son traitement par le dessin, le trait, son encrage, sa colorisation. L'effet est saisissant.

Quand un scénariste, même avec l'expérience de Bendis et sa complicité avec Gaydos, peut compter sur un tel partenaire, on peut soit craindre qu'il se repose sur la virtuosité graphique, soit au contraire qu'il y trouve matière à a raffiner les ambiances, à moduler sa dramaturgie.

Ainsi, l'épisode s'autorise-t-il, comme déjà dit plus haut, à suspendre son action. D'une certaine manière, le lecteur comme les personnages en avaient besoin après trois chapitres intenses. On se tire beaucoup dessus, on se manipule, les enjeux dépassent les acteurs : un break s'impose. Et par ailleurs une note fantastique s'est faite jour récemment.

Dans le feu de l'action, Rick comme le lecteur a pu découvrir l'apparition d'un impressionnant tatouage sur Pearl sans en connaître la nature. Est-ce une manifestation surnaturelle ? Bendis répond à moitié en expliquant que ce dessin sur la peau de son héroïne surgit quand elle est soumise à une montée d'adrénaline. On apprend aussi qu'elle s'est tatouée elle-même, et cela en mémoire de sa mère - qu'elle a donc littéralement dans la peau (une idée étonnante, troublante).

Mais à la fin de l'épisode, Kai et Miike évoquent la "vraie" mère de Pearl avec une crainte tout aussi surprenante dans leur échange. Cela suggère évidemment un nouveau rebondissement à venir, mais aussi confère une dimension inédite à la jeune femme qui, quand elle apprendra la vérité, pourrait très bien tuer tous ceux qui la lui ont cachée. Bigre !

Sur cette note mystérieuse mais très accrocheuse, on a plus que hâte de découvrir le cinquième et pénultième volet de Pearl.

dimanche 21 octobre 2018

PEARL #3, de Brian Michael Bendis et Michael Gaydos


C'est le troisième numéro de Pearl et déjà nous atteignons la moitié de la série. Brian Michael Bendis et Michael Gaydos poursuivent leur polar romantique en l'enrichissant dramatiquement : de nouveaux personnages apparaissent, les enjeux grimpent, et une touche de fantastique s'invite dans le récit. C'est toujours aussi beau et curieux.


Les jumelles Endo sont aussi différentes dans leur caractère que complémentaires dans leur méthode. Lésées financièrement par l'issue de la fusillade interrompue par Pearl, elles doivent répliquer vite et fort. Leur cible identifiée, elles envoient à ses trousses un tueur, Shiba.


Pearl se trouve dans le club où Rick Araki, le jeune tatoueur, que Mr. Miike lui a commandée de tuer, se produit pour une exhibition. Mais au moment où elle le repère et le vise avec son pistolet automatique, la jeune femme est troublée par l'apparition de son amie Kimmy et celle de Shiba qui s'en prend à Rick.
   

Mr. Kai rapporte à Mr. Miike les faits et ce dernier s'interroge sur ses exigence envers Pearl, à qui il a commandée cette exécution. Peut-être l'a-t-il mal jaugée, comme cinq ans auparavant, lors des funérailles de sa mère, au cours desquelles il avait pour la première fois pris la mesure de son tempérament.
  

Comme le veut la tradition, Pearl Tanaka avait reçu des amis venus se recueillir l'odoken, de l'argent et des présents remis à l'enfant de la défunte. Elle venait d'apprendre que sa mère lui léguait son salon de tatouage et Miike voulait le lui acheter car il se situait sur son territoire. Pearl avait préféré le conserver en remettant son odoken à Miike pour cela.


Ce que n'a pas dit Mr. Kai à Mr. Miike, c'est que 33 minutes avant sa visite, au club, Pearl n'a pas abattu Rick Araki. Elle a blessé Shiba et pris la fuite avec le jeune homme et Kimmy...

Brian Michael Bendis brouille les pistes dans cet épisode en s'attaquant à la chronologie des faits et en multipliant les points de vue. Le lecteur comme certains personnages ne savent plus que penser, d'autant que, par-dessus le marché, le fantastique s'invite dans le récit.

Essayons donc de tout mettre à plat.

D'abord, on fait connaissance avec les jumelles Endo dont on découvre qu'elles sont à l'origine de la fusillade dans le premier épisode et au cours de laquelle, pour sauver Rick Araki qu'elle venait de rencontrer et d'apprendre qu'il appartenait à un quartier rival du sien, Pearl Tanaka avait ouvert le feu sur des motards en armes.

Les jumelles ordonnent à présent l'exécution de Pearl. Qui, elle-même, est en mission pour le parrain, Mr. Miike, pour tuer Rick Araki - une manière de corriger le désordre qu'elle a provoqué en intervenant lors de la fusillade. Alors qu'on l'avait quitté entrant dans un club où se trouvait sa cible et pointant une arme dans sa direction, Pearl avait sur son visage un tatouage qui apparaissait subitement...

Pearl est une série qui contient tous les ingrédients d'un polar classique - une jeune femme obligée de prendre les armes pour un contrat pour dédommager un caïd, une romance impossible avec un jeune homme du camp adverse, un tueur professionnel à leurs trousses. Mais Bendis et Michael Gaydos le transforment en un exercice de style fascinant, visuellement impressionnant : soudain, le récit de genre se métamorphose en expérience, en trip.

Ainsi Gaydos n'hésite-t-il pas, dans un moment crucial, à produire une splash-page dont la lecture est d'abord si déroutante qu'on hésite à la traduire. En fait, avec un peu de recul, il ose un plan insensé : un très gros plan sur la paume d'une main (celle de Shiba, le tueur à gages) perforée par la balle que vient de tirer Pearl dont on aperçoit le visage par le trou formé dans la chair. La main est colorisée en bleu. Le résultat flirte avec le psychédélisme pur.

D'ailleurs tout l'épisode (ou presque) semble habité par les effets d'un Jim Steranko possédant le dessin de Gaydos. On pense plus d'une fois aux influences du pop-art du dessinateur de Nick Fury, agent du SHIELD, dans ces pages où les décors sont remplacés par des déclinaisons de couleurs criardes et d'onomatopées, suggérant le vacarme de la musique électro dans un club bondé.

Ailleurs, plus loin, Gaydos aligne plusieurs planches en noir et blanc rehaussées de gris, comme du lavis, pour une scène dans le passé : un procédé plus convenu, mais qui renvoie aussi au film noir. L'ouverture de l'épisode est aussi très marquée esthétiquement, avec l'arrivée d'une des jumelles Endo chez sa soeur : elle traverse un couloir à l'éclairage vif avant de pénétrer dans un bureau bleuté et sombre pour planifier, lors d'une conversation tendue, l'exécution de Pearl.

Chaque moment fort du numéro est ainsi composé par une narration très forte, comme une succession de blocs avec une identité formelle et dialoguée très radicale. A chaque fois, deux personnages échangent sur le destin, les conséquences d'un geste, les raisons d'une décision. Dans le lot, Pearl semble à la fois improviser et savoir parfaitement ce qu'elle fait - ou du moins le faire avec détermination. Pour aller où ? Nul ne le sait, pas même elle sans doute - mais c'est aussi ce qui donne envie de suivre l'histoire.

Bendis tente, ose, essaie, avec la complicité d'un dessinateur lui aussi partant pour tous les tours possibles. Sur un fil, Pearl avance : entre les abysses et l'espoir, son destin se joue. C'est étonnant mais, il faut le reconnaître, sacrément stimulant à lire. 

lundi 24 septembre 2018

PEARL #2, de Brian Michael Bendis et Michael Gaydos


Le premier épisode de Pearl était très prometteur et prouvait que le duo Brian Michael Bendis-Michael Gaydos avait trouvé un moyen de ne pas se répéter après leur longue collaboration sur le titre Jessica Jones (quand bien même DC rappelle sur la couverture de ce numéro qu'il s'agit d'une série par les auteurs de JJ). Où vont-ils nous mener dans cette histoire de tatouage et de yakusa ?


Adolescente, Pearl Tanaka dessine dans un cahier. Sa mère demande à voir et, impressionnée, estime qu'elle est prête à être formée au métier de tatoueuse. Mais l'enthousiasme trop franc de la jeune fille oblige sa mère à réviser subitement son jugement.


Aujourd'hui. Pearl retrouve chez elle Rick Akari qu'elle a sauvé d'une fusillade entre deux gangs des triades. Il devine que son intervention lui a value des problèmes et se sent redevable à ce titre. Mais Pearl le congédie et lui demande de ne plus entrer en contact avec elle.


Autrefois. Pearl s'entraîne sur une banane à tatouer. Sa meilleure amie, Kimmy, est épatée et prête à se faire dessiner sur la peau. Mais encore une fois, la mère de Pearl s'y oppose, mettant en avant le trop jeune âge des intéressées.


Aujourd'hui. Mr. Kaï retrouve Pearl en compagnie de Kimmy et lui remet une liste. Il s'agit d'un moyen de payer ce qu'elle doit à Mr. Miike après avoir interféré lors de la fusillade l'autre soir. Kimmy pense d'abord que Kaï veut obliger Pearl à coucher avec des hommes avant de comprendre qu'elle doit tuer ceux dont le nom figure sur la liste.


Sa première cible n'est autre que Rick Akari. Il donne une fête à laquelle s'invite Pearl. Lorsqu'elle le repère dans la foule, elle dégaine un pistolet automatique et le vise...

Dans le premier épisode, Brian Michael Bendis nous plongeait dans un univers à la fois intense et suggéré, celui des triades chinoises de San Francisco. L'héroïne était rapidement impliquée dans un règlement de comptes, ce qui allait lui attirer des ennuis auprès d'un caïd : désormais, elle devrait s'acquitter d'une dette de sang et devenir un de ses bras armés.

Le scénariste donnait peu d'informations sur le passé des personnages, privilégiant une exposition rapide et percutante, à l'atmosphère inquiétante. L'originalité provenait du fait que Pearl et Rick, pris en tenaille dans cette fusillade, étaient des tatoueurs, et on pouvait deviner une romance inspirée de Roméo et Juilette.

Mais Bendis change de direction dans ce deuxième épisode. D'abord, il nous fournit beaucoup plus de détails sur la jeunesse de Pearl pour ensuite la confronter à son destin, de manière implacable. La jeune femme est ainsi décrite comme une artiste précoce mais dont la mère contrôle l'éducation avec beaucoup de sévérité. Plusieurs fois, elle loue les mérites de sa fille pour les freiner tout de suite après, ne la pensant pas prête à exercer le métier qu'elle-même pratique.

De façon allusive mais efficace, Pearl devient une figure réprimée, ce qui explique sa nature soumise et taciturne. Elle refuse ainsi la sollicitude affectueuse de Rick qui a compris qu'en le sauvant elle s'était attirée de graves ennuis. Il n'insiste d'ailleurs pas. Le père de Pearl apparaît comme une figure plus aimante et protectrice mais également bien impuissante : métisse, la jeune fille est à l'évidence plus bridée (sans jeu de mots) par sa mère. En revanche, Mr. Kaï apparaît comme un père de substitution pervers, félicitant la jeune fille pour son talent puis lui remettant une liste d'hommes à abattre avec le même sourire faussement bienveillant.

La douceur apparente, feutrée, qui régit les rapports entre les personnages est donc illusoire - d'ailleurs Kaï se charge de le rappeler à Pearl quand il lui explique que ses parents appartenaient à Mr. Miike avant même sa conception. Le dispositif est efficace.

Michael Gaydos expérimente beaucoup sur cette série : son trait se fait flottant, souple, fluide, dans les scènes en flash-backs, un beau trait de plume, expressif, aux couleurs délavées. Puis, au présent, ce sont des pages aux couleurs souvent monochromes, ou avec une teinte dominante (le bleu notamment). Le trait se fait plus net, acéré, le contour des cases est stricte (alors qu'il est tracé à main levée dans les flash-backs).

Pearl, adolescente, a un look décontracté qui marque son insouciance étouffée par sa mère : un bonnet informe, des cheveux décolorés. Jeune femme aujourd'hui, elle arbore une coupe au carré et son visage est plus impassible, fermé et mélancolique à la fois. L'image prolonge ce que le texte ne dit pas mais suggère. Les cheveux couleur platine de Pearl ressemble à un casque qui tranche dans les endroits où elle se trouve, dernière excentricité qu'elle s'autorise.

Lors de la dernière scène, quand elle s'incruste dans une fête chez Rick qu'elle a reçu pour ordre de tuer, Gaydos supprime les décors pour les remplacer par des onomatopées reproduites numériquement et signifiant la musique à un volume élevé qui règne dans l'endroit. Les couleurs du lettrage sont saturées (jaune, rouge, verte, bleue). Les cases isolent le visage de Pearl cherchant sa cible et on remarque alors que des tatoos apparaissent sur sa peau, comme une manifestation mystérieuse (de ses émotions ? d'un pouvoir caché ?). Ce détail (qu'on remarque aussi sur la couverture du numéro, et qui recouvre tout son corps) interroge et va certainement faire l'objet de développements futurs.

Pearl est donc un comic-book qui, malgré sa brièveté annoncée (six épisodes), n'a pas encore révélé tous ses charmes. Mais c'est déjà une BD envoûtante, superbement graphique, à l'écriture fortement ambiancée. 

vendredi 17 août 2018

PEARL #1, de Brian Michael Bendis et Michael Gaydos


En signant chez DC, Brian Michael Bendis n'a pas seulement vendu ses services de scénariste pour des séries populaires, il s'est vu offrir par Dan Didio (le publisher avec Jim Lee de la maison) l'opportunité de réécrire des titres en creator-owned (dont il aurait la propriété donc) au sein de son propre label (Jinxworld). Pearl inaugure cette collection (bientôt enrichie du retour de Scarlett avec Alex Maleev, Cover avec David Mack et United States vs. Murder Inc. avec Mike Avon Oeming) en collaboration avec Michael Gaydos, le co-créateur de Jessica Jones.


Pearl est une jeune femme chinoise qui vit à San Francisco et, ce soir, elle est sortie dîner dehors. Elle est abordée par un jeune homme, Rick, qui a remarqué qu'elle portait à l'intérieur de son poignet droit un tatouage rare, un Iriguci.


Fasciné, il l'interroge sur cette araignée dessinée sur sa peau puis s'éloigne pour en parler à des amis. Kim, l'amie de Pearl, la rejoint et ensemble elles s'approchent de ce groupe de garçons, découvrant que Rick est également artiste tatoueur lorsqu'il leur montre une de ses créations (un dragon) sur le dos d'un de ses amis.


Loin de plaire à Pearl, la découverte du métier de Rick l'incite à s'éloigner, comme s'il s'agissait d'une malédiction. C'est alors que le crissement de pneus et le vrombissement de motos se font entendre. Une fusillade éclate, les motards tuent les amis de Rick qui est la prochaine cible... Jusqu'à ce que Pearl dégaine un pistolet et abatte les tueurs.


Cette arme, elle la tient de son père. Aujourd'hui, Mr Kai l'examine en mentionnant la réaction de Mr Miike après cet échange de coups de feu qui pourrait déclencher une guerre des gangs. Pearl est sommée d'aller parler à Miike.


Ce dernier rassure cependant la jeune femme à qui il promet sa protection et que la situation ne s'envenimera pas. Si elle consent à tuer pour lui au besoin. De retour chez elle, Pearl est attendue par Rick qui veut la remercier de l'avoir sauvé et payer la dette qu'il a envers elle.

La (superbe) variant cover d'Alex Maleev.

Tout d'abord, je dois avouer n'avoir jamais suivi la série Jessica Jones de Brian Michael Bendis et Michael Gaydos, en grosse partie parce qu'elle m'a souvent semblé paresseusement mise en image (des pages entières de "talking heads"). Aussi Pearl n'était pas la nouveauté "Jinxworld" que j'attendais le plus impatiemment (me réservant pour Scarlet et Cover).

Mais la preview de ce premier numéro et une interview en forme de note d'intention du scénariste m'ont convaincu de tenter le coup. Et je ne suis pas déçu. L'aventure présente en outre l'avantage de ne pas s'engager pour trop longtemps puisqu'il s'agira d'une mini-série (comme les autres titres "Jinxworld") en six épisodes.

Dans l'interview précité, Bendis revenait sur la genèse de ce projet, durant son hospitalisation au début de l'année (où, victime d'une infection, il a failli perdre la vue et pire ensuite). S'étant vu offrir par le staff éditorial de DC la possibilité de produire des séries en creator-owned (alors que Marvel ne lui permettait pas d'en publier avec une structure dédiée - le label "Icon" a toujours manqué de suivi, et tous ceux qui y ont débuté quelque chose ont fini par rapatrier leurs travaux chez leur nouveau employeur, comme Millar et Brubaker chez Image par exemple), il a sauté sur l'occasion tout en réfléchissant quelque chose d'inédit (même si Scarlet et United States vs. Murder Inc. sont des suites).

Quelque chose qui motivait Bendis était de se frotter au genre romantique tout en revenant à la série noire, délaissée depuis ses débuts. Michael Gaydos a soufflé l'idée d'inscrire l'histoire dans le milieu des artistes tatoueurs et des yakusas. Le résultat a abouti à Pearl.

Ce premier épisode est une exposition classique mais efficace. On y fait connaissance avec les protagonistes et la situation est rapidement nouée. Les éléments en devenir sont habilement suggérés, même si le lecteur ne devine pas tout non plus. On pense à Roméo et Juliette avec le couple potentiel que formeraient Pearl et Rick, à Yakusa pour la guerre des gangs qui couve, et The Pillow Book pour l'art des tatoos. Un ensemble à la fois disparate et composite, qui s'avère remarquablement solide et accrocheur.

Bendis peut, dans ce cadre, développer son goût pour les parties dialoguées comme moteur des relations, mais il reste sobre, s'abstenant de relances, répétitions dans les échanges. Quand les mots sont plus présents et occupent une part non négligeable d'un plan, c'est pour mieux insister sur leur force menaçante (quand Miike torture Pearl) ou leur intensité émotionnelle (le flash-back avec le père de Pearl qui lui offre son pistolet et la met en garde contre les hommes).

Mais Pearl représente donc aussi un défi pour Gaydos qui s'emploie donc à renouveler sa mise en images, à dépasser ses fameuses pages pleines de "talking heads" dont je parlais plus tôt. L'artiste, qui assume dessin, encrage et colorisation, fait de la série un objet graphique surprenant, à la fois étrange et beau, mais pas joli.

Tout baigne dans une sorte de teinte jaunâtre à la fois esthétique et bizarrement inconfortable, comme une sorte de rêve délavée, un filtre décalée sur un dessin réaliste (à l'exception du trait flottant du flash-back). Puis, brutalement, comme pour mieux coller à la soudaineté de la scène, il opte pour du rouge sang, violent, lors de la fusillade. Plus tard, c'est un bleu clair puis foncé qui domine dans le face-à-face entre Pearl et Miike.

La couleur donne le ton et l'ambiance de chaque séquence, est associée au personnage principal, moteur du moment, de l'action. Gaydos alterne un découpage sage et des fulgurances (comme la double page de la tuerie). Lorsque les personnages parlent entre eux, c'est plan-plan, volontairement haché et frontal (la conversation entre Kai et Pearl). Sinon, la proximité, douce ou menaçante, entre deux individus modifie la valeur du plan (plans serrés et oppressants entre Pearl et Miike, plans moyens entre Pearl et Rick).

Gaydos a soigneusement étudié l'art du tatouage, ça va de soi, et il le prouve dans des images en couleurs directes, sans pour autant être démonstratif. Mais il est évident que cela ne sera pas seulement un gadget narratif, un truc exotique, tout comme le fait que Pearl soit albinos et ait des cheveux blancs. Cela participe de la singularité du récit et va trouver son sens au fur et à mesure.

Ce "pilote" est donc très engageant et montre une autre facette passionnante, mais négligée ces dernières années, de ce que peut produire Bendis. La renaissance du "Jinxworld" s'annonce bien.

samedi 8 juin 2013

Critique 399 : NEW AVENGERS (VOL. 2) #31-34 - END TIMES, de Brian Michael Bendis, Michael Gaydos, Carlos Pacheco, Mike Avon Oeming et Mike Deodato


New Avengers : End Times est le 7ème et dernierc arc du volume 2 de la série, rassemblant les épisodes 31 à 34, publiés en Décembre 2012 et Janvier 2013 par Marvel Comics, écrits par Brian Michael Bendis. Les dessins sont signés Michael Gaydos (#31), Carlos Pacheco (#32), Mike Avon Oeming (#33) et Mike Deodato (#34, auquel participent aussi, pour une page chacun Chuck BB, Farel Dalrymple, Ming Doyle, Lucy Knisley, Becky Cloonan et Yves Bigerel).
The New Avengers a toujours été une série à part. Il ne s'agit pas d'une série "Avengers" classique, traditionnelle, "old school". Bien sûr, il y a des membres historiques du titre, mais quand on y repense, l'avoir appelée "New" Avengers marquait une rupture avec les "Old" ou "Classic" Avengers.
Aujourd'hui, avec cet arc sobrement intitulé End times, un chapitre se clôt. C'est non seulement la fin du volume 2 de la série mais surtout la fin du run de son scénariste, Brian Michael Bendis, aux commandes depuis 2005.

Quand vous pensez aux Avengers, vous pensez à ses trois piliers : Captain America, Iron Man, Thor. Mais aucun d'eux ne se trouve dans cette série désormais (même s'ils font quand même une apparition dans le dernier épisode). Les New Avengers, c'étaient d'abord Luke Cage, Jessica Jones, Iron Fist, Dr Strange : des outsiders, promus au premier rang.

Au lendemain de la saga Avengers vs. X-Men, les New Avengers apprennent que leur leader, Luke Cage, quitte l'équipe pour protéger sa famille. Mais ces choses-là ne se déroulent jamais comme prévu dans un comic-book, et pour son chant du cygne, Brian Michael Bendis en profite pour conclure plusieurs intrigues en cours depuis longtemps.

Examiner la composition du groupe donne une indication claire de son aspect atypique, hors norme : il y a aussi bien Luke Cage et sa femme Jessica Jones, Captain Marvel (Carol Danvers), la Chose, Iron Fist, Spider-Man, Wolverine, Dr Strange, Mockingbird, Daredevil que Victoria Hand, sans compter la "nanny" de la fille de Cage et Jones, Squirrel Girl. Cela a toujours contribué à assimiler davantage cette équipe de Vengeurs à celle des Défenseurs, la "non-équipe" par excellence : il y a fort à penser d'ailleurs que si la série et l'équipe s'étaient appelées ainsi, les détracteurs de Bendis et autres gardiens du temple des Vengeurs classiques auraient été moins virulents, tous si appliqués à reprocher à l'auteur de ne pas raconter ce titre comme une pseudo-tradition l'imposait.
 

End Times revient sur les évènements du story-arc Possession (NA, vol. 2, #1-6, 2010).
Jericho Drumm alias Frère Voodoo était alors devenu le nouveau Sorcier Suprême, maître des arts mystiques, mais trouva la mort dans un combat contre Agamotto. Sob frère, le spectre Daniel Drumm, promit aux Nouveaux Vengeurs et au Dr Strange en particulier de revenir se venger.
C'est ainsi qu'il prend possession du corps et de l'esprit de Virginia Hand et s'en prend à Daimon Hellstrom, le Fils de Satan, allié de longue date de Strange et des Défenseurs (et ex-époux d'Hellcat, membre des Vengeurs), puis Jennifer Kale, autre magicienne, avec le projet de faire croire que Strange les a tués. Le SHIELD en la personne de sa directrice Maria Hill et le FBI s'en mêlent. Luke Cage et Jessica Jones prennent la fuite, sur le conseil de Captain Marvel...


Les Vengeurs arrivent au Manoir où tout se joue, après que Strange ait découvert que Daniel Drumm ait resurgi. Il prend successivement possession de plusieurs d'entre eux pour malmener Strange, après avoir tué Victoria Hand....


Strange défie Drumm tandis que Luke Cage, qui a assisté à la bataille en regardant la télé, a rejoint le champ ses amis. Qui va gagner ce face-à-face magique ? Notre dimension regagnera-t-elle un Sorcier Suprême ? Et Luke Cage survivra-t-il à l'épreuve ?
*
Plus qu'apprécier l'histoire et en analyser les défauts et les qualités, il faut d'abord en souligner la brièveté : Bendis termine son run en quatre épisodes (même si le dernier est plus long qu'à l'accoutumée). Celui à qui on a souvent reproché ses arcs trop longs, aux dénouements expéditifs, a bouclé la boucle de manière concise, efficace, en renouant avec sa passion pour la série noire (la première partie où Strange identifie le coupable, fuit, est accusé, revient se battre) et les codes élémentaires des récits super-héroïques (le combat final spectaculaire et décisif). 
Par ailleurs, chaque épisode est illustré par un artiste différent, chacun avec un style fort et original, et l'épisode 34 accueille même 6 invités, venant tous des comics indés, pour dessiner une page chacun. 
Michael Gaydos livre une copie un peu décevante, visiblement peu à l'aise. 
Carlos Pacheco n'est plus, depuis belle lurette, le grand dessinateur qu'il fut (qui plus est avec trois encreurs peu inspirés), mais il réussit quelques belles pages. 
Mike Avon Oeming détone lui aussi dans ce registre mais son énergie visuelle contrebalance et sa complicité avec le scénariste est palpable. 
Quand à Mike Deodato, le recordman d'épisodes dessinés pour ce titre, il signe un superbe dernier effort, très puissant. 
Les contributions de Chuck BB, Ming Doyle, Farel Dalrymple, Becky Cloonan, Yves Bigerel et Lucy Kinsley sont inégales mais utilisées de manière très astucieuse. C'est audacieux de laisser un espace à des styles si atypiques dans une série mainstream, qui plus est pour le finale de ce volume.

Tout cela contribue à rendre cette histoire tout à fait surprenante, comme si, une dernière fois, Bendis avait voulu montrer sa différence, surprendre son monde, bousculer aussi bien ses fans que dérouter les puristes.

Ce récit met l'accent sur la face mystique et même spirituelle de la série telle qu'écrite par Bendis : ce n'est pas un hasard si les deux vedettes ici sont Stephen Strange d'un côté et Luke Cage de l'autre. Le premier doit affronter celui qui a juré sa perte, lui imputant la mort de son frère, qui fut lui-même le successeur du Docteur comme Sorcier Suprême. Le second doit composer entre son choix de quitter sa vie de Vengeur et celui de les aider une dernière fois, éternellement tiraillé entre son devoir de héros et celui de mari-père de famille. 

Il y a manifestement chez Bendis, dans ce dernier arc (tout comme dans la fin de son run sur Avengers) une volonté à la fois de tourner la page tout en rangeant les jouets qu'il a utilisés. Il restaure un personnage important (Strange) dans son statut historique, il éloigne le personnage le plus emblématique de son run, l'âme, la conscience du groupe (Cage) en laissant ouverte la porte vers de nouvelles aventures, un nouveau projet (il a été question d'un relaunch de Heroes for Hire, avec Mike Deodato, mais rien n'a été communiqué officiellement depuis, et désormais Bendis est bien occupé avec deux séries mutantes tandis que Deodato alterne épisodes des Avengers et New Avengers écrits par Jonathan Hickman).

Comme toute fin, surtout après un run aussi long (le plus long effectué par un auteur avec un titre "Avengers"), il flotte sur ces épisodes et sur leur dénouement un parfum mélancolique, mais néanmoins serein. Le scénariste a eu ce privilège de choisir le moment de partir, privilège mérité (quoi qu'on en dise) car il a fait de ce titre un succès commercial et de la franchise "Avengers" une marque à la popularité telle qu'elle a permise d'aboutir au film sorti l'an dernier. Grâce à Bendis, les Nouveaux Vengeurs ont conquis quantité de lecteurs, et finalement suscité des réactions passionnées comme seuls les runs historiques en engendrent.

Pour ma part, je n'avais jamais porté un grand intérêt aux Vengeurs avant Bendis. Je n'ai pas non plus tout aimé dans ce qu'il y a apporté - j'ai vraiment commencé à adhérer qu'à partir des tie-in à Civil War. Mais il a su me parler de ces personnages, y injecter de l'humour, ce côté "soap" et "sitcom" attachants, avec le concours d'artistes parfois moyens, parfois exceptionnels. C'est devenu une des rares séries dont j'ai lu tous les épisodes, sans décrocher.

Comme je suis d'abord les auteurs, je ne poursuivrai pas la lecture des New Avengers (qui plus est maintenant qu'ils sont pilotés, dans une incarnation très différente, par Jonathan Hickman, un auteur qui m'insupporte). Par contre, j'ai hâte de découvrir comment Bendis va diriger ses séries mutantes (All-New X-Men et Uncanny X-Men), voire cosmique (Guardians of the Galaxy), où il est graphiquement très bien accompagné (Stuart Immonen, Chris Bachalo, Frazer Irving, Steve McNiven et Sara Pichelli).
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Qu'ajouter ?
Simplement : merci. Ce fut une belle aventure, un bon moment de lecture. Oui, merci.

lundi 12 octobre 2009

Critique 105 : NEW AVENGERS 40 à 47 - THE EMPIRE, de Brian Michael Bendis, Jim Cheung et Billy Tan












New Avengers : Secret Invasion - The Empire est le 11ème story arc de la série, comprenant les épisodes 40 à 47, publiés de Juin 2008 à Janvier 2009 par Marvel Comics, écrits par Brian Michael Bendis et dessinés par Jim Cheung (40-42-45), Billy Tan (41-43-44-46 et une partie du 47) et Michael Gaydos (l'autre partie du 47).
Ces chapitres décrivent des évènements concordant avec le crossover Secret Invasion (également écrit par Bendis) en en dévoilant les origines et les coulisses et des actions parallèles. Dans le dernier épisode, on assiste à la première rencontre entre Luke Cage et Jessica Jones alors qu'au terme de Secret Invasion leur bébé est enlevé par le Skrull Jarvis.
Pour plus de lisibilité, j'ai divisé en deux le récit de ces épisodes, alternativement raconté du point de vue de la reine Veranke, des super-héros et des super-vilains.
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Dans les épisodes 40-42-45 :

- Veranke est exilée après s'être opposé au souverain des Skrulls, Dorekk, suite à la capture des Illuminati (Iron Man, Mr Fantastic, Charles Xavier, Namor, Flêche Noire, Dr Strange). Dorekk commande à ses savants la création d'agents indétectables par les Terriens.
Galactus dévore le monde-trône des Skrulls et les survivants se retournent vers Veranke qui ordonne l'invasion de la Terre grâce aux agents indétectables mis au point par les savants de Dorekk. Elle-même usurpe l'identité de Spider-Woman tandis qu'Elektra a déjà été remplacée.
- Veranke devient à la fois l'agent de Nick Fury et de l'Hydra qui ignorent qu'elle s'est substituée à Jessica Drew. Puis elle commande à Electro l'attaque du Raft (épisodes 1-6, Breakout)et intègre les Nouveaux Vengeurs qui se forment à cette occasion. Alors que la reine Skrull peaufine l'invasion, notamment avec le Skrull Hank Pym, la Sorcière Ecarlate modifie la réalité...
- Lors des évènements d'House of M, Veranke et le faux Pym réfléchissent au sort des mutants qui, une fois la situation revenue à la normale, voient leur population décimée. C'est aussi le cas des Skrulls, victimes de la vague d'Annihilation à l'autre bout de l'Univers : l'invasion doit réussir car désormais les aliens n'ont plus de monde.

Dans les épisodes 41-43-44-46 et 47 :

- un vaisseau skrull crashé en terre-sauvage libèrent des clones de héros (morts, disparus ou vivants) face aux Nouveaux et Puissants Vengeurs. Un T-Rex disperse tout le monde et Spider-Man retrouve alors Ka-Zar, Shanna et les indigènes de la région qui lui confirment que des skrulls infiltrés parmi les agents du SHIELD ont exploité secrètement les gisements de vibranium des environs (comme l'avaient découvert les Nouveaux Vengeurs dans Breakout, épisodes 1-6).
- Sur ce surgit le skrull Pitto Nilli devenu mentalement et physiquement, grâce à un conditionnement poussé, le double de Captain America. Mais il est neutralisé par Ka-Zar.
- Précédemment, lors de leur capture, les Illuminati ont été manipulés par Dorekk et ses troupes de savants qui se sont servis des connaissances de Red Richards pour rendre leurs espions suur Terre indétectables.
- Les super-vilains, après que the Hood ait libéré Madame Masque des geôles du SHIELD et pris un skrull inflitré en otage pour le questionner, découvre l'ampleur de l'invasion. Parker Robbins s'isole pour réfléchir à une riposte en invoquant celui à qui il doit ses pouvoirs : Dormammu.
- Enfin, alors que leur bébé a été enlevé par le skrull-Jarvis pendant que les super-héros et vilains terrassaient les envahisseurs, Luke Cage et Jessica Jones se rappellent leur première rencontre quand le Vengeur avait demandé à la jeune femme de retrouver son père.
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Examinons les + et les - de cet arc foisonnant et inégal, qui souffre des défauts inhérents aux séries liées à une saga globale, tout en soulignant les qualités d'écriture de leur auteur commun.
La faiblesse majeure de ces épisodes, c'est leur nombre : pour coller au rythme de parution de Secret Invasion, Bendis a délayé la sauce sur 8 volets, ce qui est trop. Le rythme, déjà marqué par la narration décompressée, devient pesant, d'autant plus que ce qu'on nous relate ici n'est pas toujours passionnant.
Si découvrir les coulisses de l'invasion est assez prenant et resitue dans une perspective troublante des évènements antérieurs qui ont bouleversé le Marvelverse ces dernières années (comme par exemple House of M), la rencontre Spidey-Ka-Zar est vraiment dispensable tout comme le flash-back sur le couple Cage-Jones.
En revanche, l'invasion vue du côté des criminels donne lieu à un épisode plus abouti, avec une atmosphère tendue bien exprimée... Mais s'achevant sur un cliffhanger toujours pas développé depuis !
Dans ces conditions, difficile d'être indulgent avec Bendis et de relever des qualités à cet arc auquel une narration parallèle ne rend guère service. Il faut mieux pour apprécier le contenu de ces chapitres relire le tout une fois le cycle Secret Invasion terminé car, mensuellement, c'est à la fois frustrant et fastidieux.
On peut saluer l'audace d'une telle construction sur une durée aussi conséquente mais sans doute était-ce trop périlleux pour tenir, et malgré tout son savoir-faire, Bendis ne peut pas tout (bien) faire.
La leçon de The Empire tient-elle sans doute en ces termes : l'auteur a un talent indiscutable mais il gagnerait à se consacrer à moins de projets simultanèment. Secret Invasion a été un crossover à moitié réussi, et ces épisodes des NA sont à moitié ratés.
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Graphiquement, l'idée de confier à deux artistes, qui plus est aux styles très différents, le traitement des deux aspects du récit est ingénieux : chacun pourra y trouver son compte, qu'il soit fan de Cheung ou Tan (voire des deux).
Personnellement, je préfére Billy Tan (surtout quand il s'encre lui-même), mais le passage sur House of M par Jim Cheung est un des plus beaux que la série compte.
Par contre, je ne suis toujours pas convaincu par Michael Gaydos, dont le style ne convient pas à ce genre de titre qui plus est.
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Les Skrulls ont échoué et nous voilà désormais au coeur du Dark Reign : les ennuis sont donc loin d'être terminés pour nos héros, une nouvelle époque commence et les Nouveaux Vengeurs sont promis à de nouvelles (r)évolutions...

mardi 11 août 2009

Critique 93 : NEW AVENGERS 38 et 39 - THE BREAKUP et ECHO, de Brian Michael Bendis, Michael Gaydos et David Mack




The Breakup et Echo sont les 38 et 39èmes épisodes des Nouveaux Vengeurs et se situent après l'arc Trust et l'Annual 2 et juste avant les évènements de Secret Invasion. Publiés en Avril et Mai 2008 par Marvel Comics, ils sont respectivement illustrés par Michael Gaydos et David Mack mais toujours écrits par Brian Michael Bendis.
Il s'agit d'épisodes de "transition" avant la grande saga dévoilant la tentative des skrulls de contrôler la Terre.
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- Dans The breakup, on assiste aux conséquences immédiates de la décision de Jessica Jones de quitter son mari, Luke Cage, et les Nouveaux Vengeurs pour signer le "registration act", en échange duquel elle profitera de la protection de Tony Stark pour elle et son bébé.
Cage se présente devant la Stark Tower pour parler à sa femme : aussitôt les Puissants Vengeurs s'apprêtent à l'arrêter mais Ms. Marvel laisse le couple s'expliquer. Durant cette conversation, Cage révèle qu'il pense que Stark est un skrull - la Veuve Noire se tourn alors vers Spider-Woman qui botte en touche en répondant qu'il s'agit d'affaires concernant prioritairement le S.H.I.E.L.D. (dont Iron Man est, souvenez-vous, devenu le directeur).
Iron Fist loge les Nouveaux Vengeurs dans un grand appartement appartenant à sa société, mais loué officiellement à un certain Samuel Sterns : ce sera leur nouveau repaire après avoir habité chez le Dr Strange.

- Dans Echo, Maya Lopez s'entretient avec Wolverine au sujet de leur précédente rencontre, alors que chacun croyait que l'autre était un skrull. Alors qu'elle fait une ronde de surveillance, Echo est attaqué par un des aliens métamorphes ayant pris l'apparence de Daredevil et qui veut la remplacer. Wolverine (qui a suivi la jeune femme) le fait fuir.
De retour à leur planque, Echo a une discussion avec Clint Barton (qui lui a succédé sous le masque de Ronin), qui lui assure qu'être Vengeur, c'est surtout savoir attendre la bonne opportunité pour faire la différence. Comme elle l'invite à la suivre sous la douche, il ne résiste pas à l'envie de l'embrasser. Et ils finissent ensuite la nuit ensemble.
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Comme on le voit, ces deux nouveaux volets s'attachent surtout à deux personnages : d'un côté Luke Cage, désorienté par le choix de sa femme, ancré à ses convictions (Stark est l'ennemi, c'est un skrull), et de l'autre Maya Lopez, qui manque d'être piégée par un skrull et noue une relation intime avec celui qui a endossé sa précédente identité, Clint Barton/Ronin II.
Depuis la déflagration Civil War, Luke Cage est devenu le porte-voix de Bendis au sein des Nouveaux Vengeurs : le personnage a acquis une dimension inédite en poursuivant le combat de feu Captain America, en dirigeant l'équipe, mais aussi devenant un homme préoccupé, que seule sa conviction empêche d'être écrasé par la découverte de l'infiltration des skrulls et la responsabilité de manager un groupe de justiciers clandestins et sa vie de famille.
Avec le départ de sa femme et de leur enfant, ce surhomme indestructible est à nouveau fragilisé, vulnérable, même s'il refusera de se rendre pour rester aux côtés de son bébé et de celle qu'il aime.
Bendis propose un épisode sans action, uniquement bâti sur le dialogue (et ses limites), assez atypique, surtout après la furia à l'oeuvre lors du dénouement de The Trust. L'auteur confirme qu'il est très doué dans cet exercice mais aussi que le succès du titre lui permet ce type de pause.
Le cas d'Echo est moins passionnant : de tous les Nouveaux Vengeurs, c'est le personnage qui s'impose le moins - à tel point qu'on l'a découverte comme Ronin, rôle désormais tenu par Clint Barton. Comme pour installer, établir cette jeune héroïne dans sa nouvelle position, Bendis lui offre une romance avec, justement, l'ancien Hawkeye.
La manoeuvre est pour le moins maladroite et le résultat peu convaincant : Barton a retrouvé une de ses maîtresses (Wanda Maximoff/La sorcière rouge) au terme de Civil War mais a renoncé à le révèler et donc à la livrer à ceux (nombreux) qui la recherchent. Et le voilà qui tombe dans les bras d'une nouvelle amante ? On n'y croit tout simplement pas et, pire, l'image d'homme revenu d'entre les morts, hanté, du héros est gâché par ce choix scénaristique. Certes, Hawkeye a toujours été un séducteur, mais malheureux (il a perdu Mockingbird, la femme de sa vie, et a donc vécu une relation pour le moins tourmentée avec la fille de Magneto). Là, alors que rien (ou pas grand'chose) ne laisser présager un tel rapprochement, son flirt avec Echo est trop artificiel pour être crédible. Ce n'est pas ainsi que Maya Lopez gagnera ses galons...
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Visuellement, ces deux épisodes ne sont pas non plus des références. Je ne suis pas un amateur de Michael Gaydos, dont le style, sans être déplaisant ou laid, n'a rien de fabuleux. Quant à David Mack, c'est un cover-artist singulier et intéressant, mais ses planches m'ont laissé assez froid.
J'ignore si des dessinateurs plus "percutants" auraient mieux convenu, mais graphiquement, ces deux chapitres n'ont rien de mémorable.
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Tout est en place pour Secret Invasion : les skrulls ne vont plus tarder à coloniser et la Terre et une bonne partie de la production Marvel. Bendis avait, parait-il, tout prévu depuis le début : hé bien, nous y voilà !