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jeudi 3 août 2023

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #5, de Geoff Johns, Mikel Janin et Jerry Ordway


Trois mois après le précédent n°, Justice Society of America revient enfin. Pour ce cinquième épisode (rappelons qu'il en reste sept !), Geoff Johns est en grande forme, si grande qu'il devrait s'arrêter là (ou à la rigueur au prochain chapitre, histoire de régler le problème d'un personnage). Mikel Janin dessine cette fois la quasi-intégralité des planches, n'en laissant qu'une à Jerry Ordway, tous deux impeccables.
 

C'est l'heure du face-à-face entre la JSA et Per Degaton - ou plutôt Per Degaton et ses variants issus du passé, du présent, du futur. La clé pour les héros tient dans la boule à neige quantique de Huntress et une relique de leur ennemi. 


C'est, sans problème, le meilleur épisode qu'a écrit Geoff Johns pour ce retour de Justice Society of America. Il n'est d'ailleurs pas difficile de faire son choix puisque, jusqu'à présent, son retour sur le titre n'a guère été étincelant, tant le rythme manquait et l'inspiration patinait.


Bien des scénaristes n'aiment pas revenir sur des séries avec lesquelles ils ont connu la gloire, c'est un peu comme remettre les pieds sur le lieu du crime et s'exposer aux critiques qui ne manqueront pas d'épingler un défaut d'imagination. Geoff Johns, qui, à deux reprises, a écrit des runs consistants de Justice Society of America auraient dû se méfier.


Sauf que le scénariste, autrefois grand architecte en chef du DCU, a fait de ce troisième passage sur le titre une suite à d'autres projets comme Flashpoint et Flashpoint Beyond dont il reprend des éléments fétiches et qu'il vaut mieux avoir lu auparavant.

La boule à neige quantique est un de ces fétiches et devient la clé de ce cinquième épisode puisqu'elle représente une arme dans les mains de la JSA contre Per Degaton. On avait quitté les héros sur un cliffhanger puisque Huntress faussait compagnie à la Justice Society of America pour se rendre à Gotham voir son père, Batman.

L'épisode s'ouvre sur leurs retrouvailles et Geoff Johns utilise la voix-off de Huntress pour résumer leur échange dans lequel elle explique d'où elle vient, comment Batman va trouver la mort, comment Catwoman s'est sacrifiée pour elle. Toujours plus pragmatique que sentimental, Batman considère d'abord le paradoxe temporel créé par sa "fille" en lui racontant tout cela.

Sur ces entrefaites, la JSA débarque, accompagnée de Madame Xanadu, le Detective Chimp et Deadman. Puis c'est au tour de Per Degaton et ses variants d'entrer en scène pour affronter ses ennemis réunis au même endroit. La bataille qui suit tient toutes ses promesses.

En premier lieu parce que Mikel Janin la met en scène remarquablement. L'artiste, jusqu'ici un peu emprunté dans ce récit tortueux, donne tout ce qu'il a et se rappelle à notre bon souvenir quand il mettait en images Grayson puis Batman sous la direction de Tom King. Depuis son étoile a pali, errant de série en série sans jamais s'installer durablement, comme s'il peinait à trouver son second souffle ou que DC ne lui accordait plus sa confiance.

Geoff Johns, lui, remet au goût du jour un vieux projet abandonné en faisant apparaître au milieu du combat ce qu'on pourrait appeler la Justice Society Infinity. Recontextualisons : à la fin de son deuxième run sur Justice Society of America, Johns évoquait le projet d'une série très ambitieuse avec un casting digne de Avengers de Jonathan Hickman, affichant les membres des JSA d'hier, d'aujourd'hui et de demain, une sorte de culmination de la notion d'héritage au centre de ses histoires.

Finalement, cela ne verra jamais le jour et Johns passera le relais à Bill Willingham et Matthew Sturges pour deux titres (qui découlaient de son run), Justice Society of America et JSA All-Stars. Nul n'a jamais su pourquoi Johns, alors au sommet de sa gloire, abandonna sa grande idée et n'y revint jamais, s'en privant même complètement quand il lança les New 52 (où la JSA n'exista jamais avec une chronologie revisitée).

L'issue de la bataille entre la JSA et Per Degaton est plus que satisfaisante : elle est à la fois spectaculaire et maline. Janin déploie tout son talent pour l'illustrer et le lecteur jubile. Mission accomplie. Normalement, après ça, un auteur raisonnable et aussi expérimenté que Johns comprendrait qu'il faut mieux s'en tenir là.

Mais il reste un personnage dans une situation compliquée et on peut comprendre qu'un épisode supplémentaire soit nécessaire à régler ça. Justice Society of America #6 doit sortir début Septembre, mais qui est assez naïf pour croire qu'une série, qui connait des retards depuis le début de sa parution (sans qu'on sache si cela est imputable à son auteur ou ses artistes - sans doute les deux), respectera cette date. Pas moi.

Et surtout rien n'indique que Johns et DC ne raccourcissent la série de douze à six numéros. Pourtant, ce serait approprié parce que je ne vois vraiment pas ce qui va être raconté de passionnant pendant encore sept épisodes, et surtout combien de temps cela va prendre (à ce train-là, on y sera encore en 2025). J'hésite franchement à continuer et à le procurer le prochain n° (quand il sortira). J'ai déjà précédemment hésité à poursuivre tant je trouvais le déroulement laborieux et le projet incertain, mais si encore la qualité était au rendez-vous, je composerai avec cette attente.

Là, en l'état, je ne retire pas assez de plaisir, de satisfaction à lire cette histoire pour dépenser de l'argent à acheter chaque issue et me replonger dedans en devant me rappeler où ça en était plusieurs mois auparavant. Déjà Flashpoint Beyond ne m'avait pas franchement emballé et j'étais allé jusqu'au bout par curiosité. Mais ma patience est épuisée. Peut-être (je dis bien : peut-être, je ne promets rien) écrirai-je une critique sur les sept derniers épisodes quand la série sera achevée.

mercredi 24 mai 2023

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #4, de Geoff Johns, Mikel Janin et Jerry Ordway

 

Deux mois ont passé depuis la parution du précédent numéro de Justice Society of America, mais (normalement), on devrait lire le n°5 le mois prochain (et le 6 en Juillet). Il faut vraiment espérer que la périodicité de la série soit plus ponctuelle car cela rendrait sa lecture plus agréable. Geoff Johns réussit sans doute son meilleur épisode, même s'il est frustrant. Mikel Janin s'acquitte lui de (presque) toutes les planches, à l'exception de deux qui sont signées par Jerry Ordway, toujours irréprochables.
  


Le détective Chimp et Deadman ont abouti le globe quantique de Huntress à Madame Xanadu pour qu'elle tente d'y lire l'avenir. Cependant, au QG de la JSA, Per Degaton affronte l'équipe sans réussir à neutraliser Huntress et Doctor Fate. Mme Xanadu, Deadman et Chimp arrivent ensuite mais Power Girl interrompt la réunion de crise...


Je ne crois pas me mouiller beaucoup en annonçant, après avoir lu ce quatrième épisode de Justice Society of America, et donc avoir atteint le premier tiers de l'histoire, que Geoff Johns ne fera pas mieux que ses deux précédents passages sur le titre. Et les raisons ne manquent pas pour être aussi affirmatif.


Cela ne signifie pourtant pas que le scénariste, qui fut autrefois le grand architecte du DCU, fasse du mauvais boulot. Mais ça ne suffit pas non plus pour dire qu'il aboutit à quelque chose de concluant. En fait, le souci qu'on a avec ce projet ressemble à celui qu'on avait en lisant Flashpoint Beyond : où situer cette mini-série ? Comment l'appréhender ? Et la critiquer, justement ?


En parlant du dernier épisode de Batman - Superman : World's Finest, j'expliquai en quoi, selon moi, ce que Mark Waid et Dan Mora faisaient résumait ce que propose Dawn of DC, le nouveau statu quo mis en place après l'event Dark Crisis (on Infinite Earths) : cette volonté de l'éditeur de donner aux fans des héros plus positifs et surtout à nouveau accessibles, sans se débarrasser de la continuité mais sans non plus écraser quiconque avec.

Tout cela est contredit par Justice Society of America, pur produit "Johnesque" où l'intrigue repose sur un vilain qui se déplace dans le temps pour éliminer la première équipe de super-héros du DCU. Les épisodes sont traversés d'éclairs de violence, d'images brutales, en rupture avec la tonalité plus lumineuse de beaucoup de titres actuels chez DC. C'est comme si Geoff Johns écrivait à contre-courant, mais sans qu'on sache si c'est pour se distinguer ou par provocation ou par passéisme.

En tout cas, l'impression qui s'en dégage est suffisamment curieuse pour qu'elle interroge sur la situation de cette mini-série qui semble hors-continuité, tel un "elseworld" ou une production DC Black Label, tout en voulant malgré tout s'inscrire dans le grand tout du DCU. Ainsi Johns a ajouté des éléments divers (nouveaux personnages, rétro-continuité, voyages temporels) comme autant de façons d'imprimer encore sa marque sur un ensemble dont il n'est plus le chef d'orchestre.

On peut donc légitimement douter que quiconque prenne en compte ce qu'il ajoute. Mais on peut aussi se poser la question, plus importante, de savoir à qui Johns s'adresse. Mon sentiment, c'est que son destinataire est le fan de Geoff Johns plus que le lecteur lambda, car si vous n'avez pas lu Flashpoint, Flashpoint Beyond, Doomsday Clock (et moi-même je n'ai pas lu tout cela), alors plusieurs points vous laisseront sur le bas-côté. 

Dans ces conditions, ne serait-il pas plus avisé pour Johns de développer son propre pré carré, comme Sean Murphy avec ses titres estampillés White Knight, un bac à sable privé où il peut réécrire l'histoire, les personnages à sa guise, plutôt que d'enrichir une mythologie déjà bien peuplée et qui échappe au commun des lecteurs ?

Comme je l'écris plus haut, Justice Society of America #4 est sans doute le meilleur épisode depuis le début de cette mini-série. On a tout ce qu'on peut venir y chercher : des interactions dynamiques entre les personnages, de la baston, de nouvelles pistes narratives, un cliffhanger efficace... Mais c'est plutôt la façon dont Johns distribue ses cartes qui trouble. En effet, la seule scène d'action, opposant la JSA actuelle avec Per Degaton dans le QG des héros, ne dure que huit pages. Elles sont proprement animées par le dessin de Mikel Janin qui nous gratifie d'une double page et d'une pleine page et d'un découpage tonique. La manière dont Degaton neutralise la plupart de ses adversaires est maline et bien mis en valeur à l'image tout comme la réplique des deux seuls héros qui échappent à ses assauts.

On peut être frustré par la brièveté de ce combat qui aurait pu (dû ?) être plus long, plus spectaculaire, plus épique, car teasé depuis quasiment le début. Mais il faut s'en contenter et le brio visuel de Janin est satisfaisant malgré tout. Tout comme il l'est quand il illustre l'ouverture de l'épisode chez Mme Xanadu avec de fort beaux cadrages chantournés, ou plus tard avec cette courte scène entre Power Girl et Huntress sur fond de soleil couchant, ou encore avec la scène finale qui prépare à une rencontre accrocheuse...

Jerry Ordway doit se contenter de deux pages : une splash assez lugubre et sanglante et une autre dispensable, soulignant ce que tout le monde comprend tout seul. Mais Ordway est impeccable quelle que soit la place dont il dispose.

On a aussi le fin mot du plan de Degaton enfin révélé. Et à ce sujet, s'il faut encore huit épisodes pour savoir s'il l'accomplira ou comment la JSA (quelle que soit la formation, quelle que soit l'époque) l'en empêchera, ça risque d'être un peu longuet quand même. Johns agrémente ce programme déjà improbable de secrets concernant Dr. Mid-Nite (Elizabeth Chapel) et Wildcat II (Yolanda Montez) en relation avec les conséquences de Lazarus Planet (et là, j'avoue avoir été complétement paumé). Toujours cette impression d'une série le cul entre deux chaises, avec Johns qui, d'un côté, joue avec des noms que lui seul connaît (the Witch Girl) et des faits qu'il emprunte à un event récent. C'est... Compliqué.

Je doutais il y a deux mois d'aller au-delà de ce quatrième épisode, envisageant de rédiger une critique globale de la mini-série une fois qu'elle sera achevée. Mais finalement je vais persévérer en espérant que les prochains numéros sortiront à l'heure et en souhaitant que Johns me prouve que son histoire en vaille la peine. Croisons les doigts.

mercredi 15 mars 2023

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #3, de Geoff Johns, Mikel Janin et Jerry Ordway


En Janvier dernier, lors de la parution du précédent n° de Justice Society of America, j'exprimai mes doutes sur le projet de Geoff Johns, et ce troisième épisode ne les a pas levés. Pourtant, il s'agit bien du chapitre qui m'a le plus plu, mais ça ne signifie pas qu'il est sans défaut, loin de là. Mikel Janin dessine les 3/4 des pages intérieures, laissant les premières à Jerry Ordway, ce qui flatte le regard à défaut de contenter l'esprit.



1944. Le Soldat Inconnu indique au Sergent Rock et sa Easy Company l'adresse d'un laboratoire nazi où Per Degaton mène des expériences, mais il s'échappe en atteignant 1947. De nos jours, Huntress rencontre Khalid Nassour/Doctor Fate en compagnie de Deadman et le détective Chimp. Fate l'introduit auprès de l'incarnation actuelle de la JSA pendant que les deux autres emmeènent la boule à neige quantique à Madame Xanadu...
 

Dans le milieu des comics, aussi bien de la part des professionnels, des critiques que des fans, il y a toujours une méfiance certaine quand un auteur qui a marqué de son empreinte un titre y revient, comme s'il était improbable qu'il ait autant de succès la deuxième fois. Alors imaginez quand il y retourne pour une troisième fois...


Est-ce que Geoff Johns sait cela ? Sans aucun doute. Cela le préoccupe-t-il ? Visiblement pas. Et même si cette fois, il n'a signé que pour un run de douze épisodes, ce doute persiste car l'aura du scénariste n'est plus du tout la même qu'auparvant. La première fois qu'il a écrit JSA, il succédait au tandem David Goyer-James Robinson, la deuxième il relançait la série tout seul, fort d'un run acclamé, puis accompagné par Alex Ross.


Qu'est-ce qui a motivé Geoff Johns à s'y recoller ? Certainement une sincère affection pour ces personnages, absents depuis longtemps (ils avaient été effacé de la continuité DC durant la période des New 52 et n'ont reparu que tardivement depuis Rebirth). Mais cela suffit-il ?

Johns n'écrit plus pour DC des séries régulières depuis un moment (depuis Justice League durant les New 52 si je ne m'abuse). Sa réputation a été entâchée par les déclarations incendiaires de l'acteur Ray Fisher qui l'a accusé d'avoir eu un comportement limite durant al production du film Justice League commencé par Zack Snyder et achevé par Joss Whedon avant d'avoir droit à un director's cut par Snyder.

Johns a conservé malgré tout une place à part chez DC, développant des projets ambitieux (la trilogie Batman : Earth One) mais polémiques (comme Doomsday Clock, Three Jokers), semblant réserver son énergie à des titres indépendants (Geiger, Junkyard Joe, chez Image Comics). Etrange destin de celui qui fut le grand architecte du DCU, garant de la tradition tout en voulant moderniser la marque, et aujourd'hui oeuvrant dans son coin, quasiment comme un rescapé d'une époque révolue.

Le parallèle avec les héros de la JSA devient alors troublant puisque, eux aussi ont été écartés du DCU avant d'y revenir par la petite porte, mais grâce principalement à Johns, lié à eux comme un père à ses enfants mal-aimés. Et l'intrigue de The New Golden Age prolonge cette direction puisque l'héroïne est Huntress, la fille de Batman et Catwoman, envoyée à divers époques dans le passé pour prévenir le massacre de son équipe des mains d'un criminel temporel, Per Degaton.

Pourtant il faut bien avouer que Johns peine à convaincre. La répétition du cliffhanger, la présence très discrète de Per Degaton pourtant censé être la grande menace du récit, le manque de substance des personnages (dûe au peu de scènes qu'ils ont pour exister), tout cela donne un produit confus, au rythme flottant, dans une ambiance vaporeuse, qui plus est perturbé par une publication irrégulière.

Cet épisode m'a pourtant plu, il est dynamique, il y a de l'action, Mikel Janin y dessine plus de pages, et Jerry Ordway est excellent. Visuellement, c'est un beau comic-book, on serait très ingrat de ne pas le reconnaître, et d'ailleurs Janin et Ordway ont beaucoup compté dans mon choix d'investir dans cette mini-série. Sur ce plan-là, aucun regret.

Le prologue, situé en 1944, illustré par Ordway, est superbe, et prouve encore une fois que Johns connaît l'Histoire de DC comme sa poche, convoquant le personnage du Soldat Inconnu mais aussi la Easy Company du Sgt Rock, et les mentionnant comme d'authentiques héros de l'âge d'or.

La suite est aussi soignée. Revoir Bobo le détective chimpanzé et Deadman aux côtés de Doctor Fate/Khalid Nassour fait plaisir, juste avant d'assister à une scène de baston avec la JSA (composée d'Alan Scott, Jay Garrick, Power Girl, Doctor Mid-Nite II, Stargirl, Wildcat II, Jakeem Thunderbolt et le génie Yz, et mentionnant ensuite Ted Grant et Hourman) mise en scène avec efficacité.

Mais d'où vient alors qu'on reste frustré ? La narration est très décompressée, il ne passe objectivement pas grand-chose, on a l'impression que Johns gagne du temps, joue la montre - un comble pour une histoire où l'horloge tourne contre les héros. Par exemple, la scène de bataille avec la JSA que je mentionne est tout de même très longue - trop ! Ce qu'affronte l'équipe (une invasion de Bizarro provoquée par Angle Man) n'est pas suffisant pour justifier qu'elle ne règle pas ça plus vite, ça ressemble à un prétexte pour délayer la sauce et respecter une sorte de quota de baston que le lecteur ne réclame même pas.

Et, en vérité, c'est comme ça depuis le début. Tout semble se traîner, tarder à exploser. Quand on ressent ça au bout de seulement trois épisodes, donc avec encore neuf à lire, ce n'est pas encourageant ni stimulant. C'est comme consulter sa montre quand on regarde un film, ce n'est pas bon signe. La seule chose qui fait espérer que ça va bouger un peu, c'est le cliffhanger final, qui change de celui vu auapravant. Mais pas non plus de quoi s'enflammer.

Parce que, honnêtement, Per Degaton est un vilain vu et revu et on peut légitimement s'interroger sur la pertinence à l'utiliser encore. Ce qui aurait été bienvenu, ça aurait de suprendre le lecteur avec un adversaire moins familier, ou à tout le moins avec un Per Degaton en possession d'une arme, d'un atout inédit. Et puis, franchement, retrouver la JSA aurait été certainement plus jubilatoire si c'était l'équipe qu'on aime, qu'on connait, et pas une importation de celle de la série télé Stargirl... Ecrite par Geoff Johns.

C'est tout le paradoxe (temporel) de cette mini-série : elle aurait gagné à être rafraîchie, peut-être avec un autre auteur, tout en ne cherchant pas à dérouter le fan là où il aime le moins l'être (donc sans lui imposer des personnages prolongeant une série télé annulée). Johns tente davantage ostensiblement de recycler des idées qu'il avait pour son show télé que de réellement proposer un troisième volume de Justice Society of America digne de ce nom.

Et se pose enfin LA question, un peu dérangeante mais évidente : et si Geoff Johns avait fait son temps chez DC (et qu'il lui fallait mieux tirer sa révérence, pour uniquement écrire ses creator-owned ou re-tenter sa chance chez Marvel) ?

Je ne sais sincèrement pas quoi faire. D'un côté, j'ai envie de lire la suite. De l'autre, je n'ai pas envie d'écrire dessus sans être pleinement motivé. Peut-être que je vais sagement attendre la fin et rédiger, quand elle sera venue, une critique globale sur les épisodes 4 à 12. Ce serait certainement la plus sage des options.

mercredi 25 janvier 2023

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #2, de Geoff Johns et Mikel Janin, avec Jerry Ordway et Scott Kolins


A la lecture de ce deuxième épisode de Justice Society of America, on sent bien que l'histoire conconctée par Geoff Johns ne sera pas de tout repos. Entre voyages dans le temps, allusion à des personnages inédits placés rétroactivement dans la continuité DC et récit initiatique, il s'agit d'un puzzle pour lequel il faudra être patient.


Envoyée en Novembre 1940 par la boule à neige de Batman, Huntress, sa fille, reprend connaissance dans le quartier général de la Justice Society of America de l'époque. Elle explique que son équipe est morte et qu'elle a besoin du Doctor Fate. Mais celui-ci est pris d'un violent malaise à proximité de la jeune femme...


Peut-être que la seule vraie question à se poser au sujet de ce retour de Justice Society of America, qui plus est (non pas comme je le pensais  comme série régulière mais) sous la forme d'une mini-série en douze épisodes, est : pourquoi DC ne l'a pas publié au sein de son Black Label ?


Car tout, absolument tout, dans le projet de Geoff Johns fait penser à ce qui se produit dans cette collection. Certes le scénariste a contextualisé son histoire dans le one-shot The New Golden Age en affirmant que les éléments narratifs s'inscrivaient dans une continuité réécrite, mais ce qu'on lit ressemble davantage à quelque chose d'alternatif.


Je ne reviendrai pas sur le fait que l'héroïne est Huntress, alias Helena Wayne, fille de Batman et Catwoman, alors qu'il existe une autre Huntress en activité actuellement (et qui n'est pas la fille de), ni que Johns, pour avoir les coudées plus franches, a situé le début de son récit dans un futur proche, ou encore donc qu'il a pris soin d'introduire des personnages inédits dans le passé pour servir son propos (sans qu'on sache encore précisément à quel point).

Mais surtout quand il y a cette volonté affirmée d'écrire une histoire qui ne veut pas dépendre de ce qui agite actuellement le DCU, alors le Black Label est fait pour ça. Et, comme je l'ai déjà dit, les autres auteurs de l'éditeur ne semblent pas intéressés par les additions de Johns pour leurs propres séries. Bref, Johns tient d'un côté à s'inscrire dans la continuité et, de l'autre, à jouer sans avoir à composer avec ce que font ses collègues.

A défaut de Black Label, le plus simple ne serait-il pas alors de créer une sorte de Johns-verse comme il existe le Murphy-verse de Sean Gordon Murphy (avec ses mini-séries estampillées White Knight), où l'auteur pourrait à loisir s'amuser avec ses personnages, ses lubies (narratives et esthétiques), au fil de one-shots et mini-séries inspirés par mais pas attachés au DCU ?

Si j'insiste là-dessus, c'est parce que, après avoir lu ce deuxième épisode de Justice Society of America, j'ai été perplexe. La lecture est déjà curieuse et ce qu'on en retire l'est encore davantage. L'épisode se déroule en Novembre 1940 après que Hintress y ait atterri, propulsée là par la boule à neige de son père (celle-là qu'on voyait dans Flashpoint Beyond et qui contenait l'univers Flashpoint, sauvé des Time Masters qui voulaient le détruire). Elle y rencontre la JSA originelle, ce club de garçons avec Jay Garrick (le premier Flash), Alan Scott (le premeir Green Lantern), Hourman (Rex Tyler), le Spectre, Atom (Al Pratt), Johnny Thunder et le génie Thunderbolt, Sandman (Wesley Dodds), Hawkman et surtout Doctor Fate (kent Nelson) à qui elle demande son aide.

Puis tout déraille très vite : alors qu'elle s'approche du magicien, celui-ci est pris d'un violent malaise et transporté un an dans le futur, dans le marais de Gotham où il croise successivement Salem le sorcière (un des personnages inédits de Johns), puis Mister Miracle (Thaddeus Brown) et Salomon Grundy, à proximité duquel il est renvoyé en 1940 !

On ne sait absolument pas à quoi rime tout ça, sauf qu'on devine que Huntress en ayant été déplacée dans le temps l'a gravement perturbé (c'est le risque quand on interagit avec des éléments avec lesquels on n'est pas censé proche) et que ce n'est que le début. Selon un principe bien connu de la science-fiction, vouloir modifier le futur en allant dans le passé n'est pas une bonne idée et n'arrange rien, au contraire - même quand on a aux trousses un adversaire dont c'est la spécialité (de voyager dans le temps). C'est l'effet papillon.

La constante, c'est Doctor Fate, ses multiples incarnations, là-dessus Johns insiste beaucoup. Le souci, c'est que si toute la série (ou trop d'épisodes du moins) continuent ce zapping temporel, ça risque de devenir un poil lassant car on survolera des situations sans les creuser. C'est parfois l'écueil des histoires de Johns de secouer le lecteur pendant des épisodes avant de finir en force (et souvent sur une note qui annonce une autre histoire à venir - cf. Blackest Night - Brightest Day, Flashpoint - Flashpoint Beyond, et toutes les variations autour d'Alan Moore avec Three Jokers, Doomsday Clock...).

C'est donc frustrant parce qu'on se réjouit d'abord d'un épisode avec les vétérans de la JSA, mais on les voit peu, et c'est parasité par des scènes dont on a aucune idée de pourquoi elles sont là (Fate dans le Slaughter Swamp) ou de l'utilité de ces personnages inédits (même si Thaddeus Brown a effectivement été Mister Miracle avant Scott Free. Par contre à quoi sert Salem the witch girl ?).

C'est aussi rageant parce que visuellement c'est vraiment chouette. Mikel Janin est très en forme, son trait n'a rien perdu de son élégance et il réussit à remuer le lecteur sans forcer. Jordie Bellaire aux couleurs a eu la riche idée d'utiliser des trames pour imiter les impressions chromatiques des vieux comics, mais sans en abuser.

Lorsque Jerry Ordway se substitue à Janin sur les pages 9 à 12 (pour la scène dans le marais de Gotham), on peut constater que le vétéran est toujours aussi impeccable. Son trait précis, son découpage classique, tout est classe (j'ai toujours aimé Ordway, comme dessinateur et/ou encreur, et je trouve qu'il n'a pas la considération qu'il mérite).

Je serai plus réservé avec Scott Kolins, vieux complice de Johns, mais heureusement il ne signe que les pages 14, 17 et une partie de la double apge 19-20 (à moitié avec Ordway).

En fait la crainte que j'ai, c'est que Justice Society of America s'apprécie mieux en le lisant d'une traite que mensuellement. Si vraiment le mois prochain cela se vérifie avec un nouvel épisode trop elliptique, alors je me garde le droit d'interrompre les critiques sur ce titre pour en rédiger une sur la totalité du récit une fois qu'il sera achevé.

samedi 12 novembre 2022

THE NEW GOLDEN AGE #1, de Geoff Johns et Diego Olortegui, Jerry Ordway, Steve Lieber, Todd Nauck, Scott Kolins, Viktor Bogdanovic, Brandon Peterson et Gary Frank


The New Golden Age est une one-shot qui fait la liaison entre la fin de Flashpoint Beyond et le début de la relance de Justice Society of America (le 29 Novembre prochain). L'architecte de tout ça est Geoff Johns et DC Comics semble lui avoir réservé un coin du DCU pour développer ce qu'il a en tête. Du coup, ce New Golden Age fait office de gros teaser, plein de questions en suspens et d'indices à décrypter.
N.B. : J'ai décidé de rédiger un résumé qui remet toutes les scènes dans l'ordre chronologique afin de mieux saisir la progression du récit.


12 Avril 1848. Corky Baxter annonce à John Wilkes Booth, le futur assassin d'Abraham Lincoln (soit trois jours avant les faits), qu'il deviendra célèbre. Les Maîtres du Temps surgisssent et grondent Corky puis l'embarquent pour reprendre leur traque des 13 héros réintégrés dans les années 1940.


22 Novembre 1940. La Justice Society of America se réunit pour la première fois. Doctor Fate (Kent Nelson) a une vision dramatique du futur où un étranger tue des enfants qui ont repris le flambeau des membres de la JSA. A la "une" des journaux, il est question du héros russe Vladimir Sokov alias Red Lantern qui a coulé un navire de l'armée américaine.


31 Octobre 1951. La JSA comparaît devant la commision parlementaire aux activités anti-américaines mais ses membres refusent de se démasquer pour prouver leur loyauté aux Etats-Unis.


22 Novembre 1976. Doctor Fate (Kent Nelson) est examiné par Doctor Mid-Nite (Charles McNider) au sujet de ses visions du futur. Ils sont interrompus par Power Girl et Star-Spangled Kid qui reprochent à la JSA de ne pas donner leur chance aux femmes et aux jeunes. Fate leur rappelle que Wonder Woman a été dans l'équipe pendant des décennies et que, le moment venu, les jeunes prendront la relève des vétérans.


Il y a 13 ans. Catwoman dérobe dans un musée l'Anneau maudit de Hauet malgré la mise en garde de Doctor fate (Kent Nelson). Un rayon d'energie surgit de l'Anneau et tue Fate. Il succombe en prévenant Catwoman que sa fille (qui n'est pas encore née) intégrera la JSA mais sera tuée par l'étranger.


Maintenant. Doctor Fate (Khalid Nassour) retrouve le détective Chimp et Deadman pour qu'ils l'aident à exociser son casque infecté par l'energie de l'Anneau de Hauet. C'est alors que Fate a une vision tragique de son successeur en 3022.


Dix ans dans le futur, 22 Novembre. Helena Wayne, âgée de dix ans, poignarde Batman en le prenant pour un cambrioleur. Il se démasque et l'entraîne dans sa Batcave où se trouve, entre autres reliques, la boule contenant l'univers Flashpoint. Selina Kyle surgit et reproche à Bruce de vouloir faire de leur fille une justicière, quitte à ce qu'elle connaisse le même sort, funeste, que ses Robins.


18 ans dans le futur. La JSA annonce à Selina que Batman a été assassiné, alors qu'il lui a vait promis de se retirer. Helena jure de venger son père et devient Huntress.


22 Novembre 3022. Une nouvelle incarnation de la JSA, composée de nouveaux Green Lantern, Atom et Doctor Fate (une nommée Sophie), pénètrent dans le Q.G. de l'équipe, dévasté, laissé à l'abandon. L'étranger surgit et tue Fate puis efface le reste du groupe avec le casque de Fate.

Il y a aussi une scène avec Nostalgia, cette fan d'Ozymandias à la recherche du Watchmen, en compagnie de Mime et Marionnette, mais elle n'est pas située dans le temps.

Et tout ça tient en un cinquantaine de pages ! C'est donc très dense, et pour ne pas faciliter la tâche au lecteur, Geoff Johns raconte àa dans le désordre. J'ai lu The New Golden Age deux fois pour réussir à rédiger ce résumé chronologique et tenter de déchiffrer ce que le scénariste voulait raconter. Même comme ça, ce n'est pas clair.

Alors sans doute le meilleur moyen d'apprécier The New Golden Age est de le lire comme un énorme teaser pour ce que Johns entreprend d'écrire dans les prochains moins (années). Dans deux semaines, le scénariste va relancer la série Justice Society of America et il signera aussi une mini-série Stargirl : The Lost Children (à partir du 15 Novembre) dans lesquels il a promis que tout serait exploité et explicité.

Bien que dans l'event, actuellement en cours de publication, Dark Crisis (on Infinite Earths), Joshua Williamson a utilisé la Justice Society of America, Johns va certainement raconter quelque chose de différent, sans tenir compte de ce qu'a fait son collègue. The New Golden Age plonge dans le passé mais se projette aussi dans le futur pour redéfinir la JSA et DC a visiblement accordé au scénariste un coin de son univers pour qu'il ait les mains libres.

Ce one-shot se divise en trois parties : la plus importante se déroule dans le passé (cinq segments), une dans le présent, trois dans le futur. Deux personnages attirent notre attention : un individu mystérieux, l'Etranger, hante ces trois périodes, tandis que Helena Wayne, fille de Batman et Catwoman, sert de guide en quelque sorte. Toute la problématique du projet de Johns ici est de savoir de qui et de quand on parle.

De qui : actuellement, dans la continuité, Batman et Catwoman ne sont plus en couple (depuis la fin du run de Tom King sur la série Batman. La mini-série Batman/Catwoman qu'il a écrite ensuite paraît être hors continuité, comme la majorité des projets édités sous le Black Label). Il existe une Huntress, qu'on a croisé dans Nightwing puis Detective Comics, mais ce n'est visiblement pas la même que celle qu'introduit (ou plus exactement réintroduit) Johns ici. La Huntress de Johns, qui est donc la fille de Bruce Wayne et Selina Kyle, le devient 18 ans dans le futur, après l'assassinat de Batman (encore une différence avec la mort de Batman imaginée par King, qui établissait qu'il s'était éteint d'une longue maladie dûe à un combat contre le Dr. Phosphorus), pour venger son père.

Quand : le temps dans les comics, et particulièrement le présent, est un concept fluctuant. Le temps ne s'écoule pas comme dans la réalité sinon des personnages seraient en vérité centenaires au bas mot. Dans les comics, on vit, comme l'écrivait Patrick Modiano, dans une sorte de "présent éternel". Aussi quand un carton indique "Now" ("Maintenant"), c'est très relatif. Cela semble indiquer que ce "Now" se situe au moment où nous lisons l'histoire, mais en vérité, c'était déjà valable l'année dernière ou ça le sera encore l'année prochaine. Plutôt que "maintenant", il serait plus pratique de dire "de nos jours".

Et donc cela situe, par exemple, le vol de l'Anneau de Hauet par Catwoman 13 ans avant "de nos jours". Le costume qu'elle porte à cette occasion est celui qu'elle a dans Batman : Year One, donc elle est au tout début de sa carrière de voleuse costumée. Doctor Fate lui annonce qu'elle aura une fille, qui deviendra une justicière mais mourra des mains de l'Etranger. Cela fait rire Catwoman qui répond à Fate qu'elle n'a pas prévu d'avoir d'enfant.

Mais 10 après "de nos jours", Selina Kyle et Bruce Wayne sont parents d'Helena, qui découvrent la double identité de son père. Et 18 ans après "de nos jours", Helena devient Huntress après l'assassinat de Batman. Comme la future série Justice Society of America a pour premier rôle Huntress, faut-il en déduire qu'elle se déroule 18 ans après "de nos jours" ? Ou bien Helena Wayne aura-t-elle trouvé un moyen de remonter le temps pour empêcher l'assassinat de Batman (mais ausi en existant à la même époque que l'autre Huntress vue dans Detective Comics) ?

Résumons : nous avons une cosntante - l'Etranger, qui s'en prend à la JSA à travers les âges, en l'ayant observé puis en l'attaquant - , nous avons Huntress et sa quête de vengeance dans le futur. Mais qui est vraiment le personnage intermédiaire entre l'Etranger et Huntress ?

Il s'agit de Doctor Fate, que Geoff Johns semble envisager comme un mix du magicien classique, héritier des pouvoirs de Nabu, gardien de l'Ordre, mais aussi une sorte de version de Dr. Who, avec plusieurs personnages qui héritent du titre. Celui qui a été Fate le plus longtemps est Kent Nelson : il est là dès la première réunion de la JSA en 1940 au cours de laquelle il a la première de ses visions dramatiques sur le futur macabre de l'équipe et ses héritiers. Il est encore là en 1976 quand Dr. Mid-Nite l'examine avant que Power Girl et Star-Spangled Kid n'interrompent leur échange. Et il est toujours là 13 ans avant "de nos jours" lorsqu'il surprend Catwoman en train de voler l'Anneau de Hauet et le tue accidentellement. De nos jours, Fate est incarné apr Khalid Nassour. Et en 3022, c'est une fille, Sophie, qui a hérité du casque du Doctor.

Fate est donc partout, tout le temps. Mais c'est le contrepoint tragique de l'Etranger. Car on sait très vite que Kent Nelson va mourir et sa mort déclenche une progression dans la narration. Kent Nelson mort, c'est Khalid Nassour qui hérite du rôle. Khalid Nassour disparu, c'est Sophie qui est la (dernière ?) Dr. Fate. Tout cela desssine quelque chose de familier, d'obsessionnel chez Johns : la notion d'héritage, de transmission. La JSA n'est pas seulement la première super-équipe de DC, c'est aussi celle qui va inspirer et former les générations suivantes de super-héros. La JSA, c'est l'Histoire de DC, l'incarnation du temps dans le DCU. Et Johns a choisi cette fois de faire de Dr. Fate l'emblême vivant de cette incarnation. Ce qui tombe en fait sous le sens puisque Fate signifie destin.

Johns, avec l'ambition qui ne l'a jamais quitté de configurer le DCU en un grand tout cohérent, malgré les relaunchs, les reboots, les Crisis, place la JSA au-dessus de tout. Sans elle, rien n'existe, rien ne se construit. C'est la colonne vertébrale de son grand plan. Il intègre des épisodes comme celui dans les années 50 la JSA refuse de se démasquer devant la commission parlementaire aux activités anti-américaines pour prouver leur loyauté envers les Etats-Unis (épisode repris dans le Elseworlds JSA : The Golden Age de James Robinson et Paul Smith mais aussi dans DC : The New Frontier de Darwyn Cooke). Et bien qu'il ait été un des architectes des New 52, Johns n'en fait pas mention ici puisque durant cette période éditoriale la JSA n'avait plus de série et son existence avait d'ailleurs été effacée.

Johns incorpore par contre deux éléments plus récents qu'il a écrits. La première, c'est le retour en force des Maîtres du Temps (Time Masters) de Rip Hunter, intervenus lors de Flashpoint Beyond, mais auparavant dans Infinite Crisis : 52. Dans la première scène chronologiquement, Corky Baxter motive presque John Wilkes Booth à tuer Abraham Lincoln avant d'être réprimandé et de repartir avec les Maîtres du Temps. Leur mission : vérifier que les 13 héros cités à la fin de Flashpoint Beyond (tout en ayant en tête qu'ils s'agissaient de 13 personnages n'ayant jamais existé auparavant, entièrement créés par Johns) ont bien réintégrés les années 40. A la fin de The New Golden Age, on a droit aux 13 fiches signalétiques de ces personnages, avec un luxe de détails biographiques complètement fou pour justifier leur création rétroactive. Et durant la scène du 31 Octobre 1951, en "une" des journaux, il est fait mention du Red Lantern, le plus puissant héros russe de l'époque qui a coulé un navire de l'armée américaine (ce Red Lantern tient-il son pouvoir du corps des Red Lanterns ? Ou d'une version alternative du du Starheart comme le Green Lantern Alan Scott ?). En tout cas, Johns semble bel et bien avoir des plans pour ces 13 héros, certainement pour la série Justice Society of America.

L'autre incorporation d'un récit de Johns concerne Doomsday Clock visant à intégrer Watchmen dans la continuité du DCU. A la fin de Flashpoint Beyond, on découvrait une jeune femme, Nostalgia, dans l'ancienne forteresse de Ozymandias au Pôle Nord, et qui cherchait le Watchman (et non les Watchmen). On la retrouve ici avec Mime et Marionnette (deux personnages introduits dans Doomsday Clock). Par contre impossible de savoir à quand se déroule cette scène, très brève, c'est la seule qui n'est pas datée. Là aussi, tout indique que Johns n'en a pas fini avec l'oeuvre de Moore (et je cache pas que ça me soûle).

Vous l'aurez compris : je ne fais pas à proprement parler une critique de The New Godlen Age. Pour moi, il s'agit plus d'une feuille de route présentée par Johns, et encore c'est une feuille de route pleine de trous, d'interrogations. C'est à la fois confus, frustrant et excitant, prometteur. Johns revient en tout cas très en forme, plein de projets. En cas de succès de Justice Society of America, il pourrait signer un run aussi consistant que le premeir qu'il a écrit sur JSA (à la suite de James Robinson et David Goyer). Il paraît surtout évident qu'il développe ce projet ambitieux en marge des autres séries, dans une sorte de pré carré, sans doute avec la possibilité pour d'autres auteurs d'y faire référence, mais en conservant la main sur ces références. Personnellement, je ne pense pas que beaucoup de scénaristes vont embêter, parasiter Johns, chaque auteur vedette de DC a déjà fort à faire avec leur propre série et Joshua Williamson (que je persiste à voir comme le futur scénariste de Justice League) ne me semble pas menacé dans son rôle d'architecte principal du DCU.

Johns a tenté par le passé (notamment avant et pendant les New 52) d'être ce grand architecte du DCU. Mais les polémiques autour du film Justice League et ses projets chez Image Comics (avec Geiger et son univers) ont diminué son influence chez l'éditeur. J'ai le sentiment qu'il a encore de l'ambition pour le DCU, mais en ayant obtenu qu'on lui donne un secteur, sans avoir l'obligation d'interagir avec les autres auteurs, les autres séries. C'est presque comme s'il avait son propre label (chose qu'a eu Bendis en arrivant chez DC, ou comme le Black Label, mais de manière plus circonscrite).

Cela confère à Johns une position à part, un statut singulier. Plus vraiment central, essentiel, mais encore star, enfant prodige. Dès lors, The New Golden Age, c'est d'abord et surtout Johns. Les huit dessinateurs qui illustrent ce one-shot sont ses hommes de main, de différentes renommées : si Gary Frank, Scott Kolins, Todd Nauck, Jerry Ordway sont des habitués, Diego Olortegui, Viktor Bogdanovic, Brandon Peterson et Steve Lieber ne déméritent pas mais ont été visiblement conviés pour soulager leurs collègues. L'ensemble est esthétiquement très déparaillé et inégal, mais globalement de belle facture.

Pour résumer, ça m'a plutôt donné l'eau à la bouche (exception faite de la scène découlant de Doomsday Clock). J'attends donc avec gourmandise le retour de Justice Society of America, qui plus est parce que Mikel Janin en sera l'artiste. Et je croise les doigts pour que Johns soit bien inspiré.

mardi 6 mars 2018

STARMAN, VOLUME 6 : TO REACH THE STARS, de James Robinson, Jerry Ordway, Tony Harris, Mitch Byrd, Stefano Gaudiano, Peter Krause, Gena Ha, Steve Yeowell et Gary Erskine


La préface de ce sixième tome de la série est écrite par Tony Harris, le dessinateur et co-créateur de Starman, qui indique que s'y trouvent les derniers épisodes qu'il a mis en images (même s'il continuera ensuite à produire des couvertures pour le titre). C'est aussi un tournant pour le scénariste James Robinson qui prépare pour Jack Knight un nouvel acte dans ses aventures qui se prolongera dans les deux recueils suivants.


- Annual #2 (dessiné par Mitch Byrd et, pour les flash-backs, Stefano Gaudiano, Gene Ha et Steve Yeowell.) - Sa relation en couple avec Sadie Falk oblige Jack Knight à réfléchir au risque que fait courir sur elle son activité de héros. Il en discute avec elle en relatant trois histoires où divers protecteurs d'Opal City ont dû sacrifier leur amour pour leur devoir :

- Brian Savage alias Scalphunter fut le shérif de la ville dans les années 1900 et vécut une romance avec la riche Margaret DeVere au détriment d'Annie. Mais mal en l'aise dans la haute société, et menacé par un bandit qu'il finira par exécuter, il préféra se retirer et retourner auprès de sa première maîtresse ;

- Ted Knight, son propre père, vécut une passion éphémère avec sa partenaire au sein de la Justice Society of America, Dinah Lance alias Black Canary. Mais ils se séparèrent lorsqu'un détective maître-chanteur menaça de tout révéler et pour épargner leur conjoint respectif ;

- David Knight, le frère aîné de Jack, rompit avec sa fiancée Anne la veille de sa mort pour ne pas négliger l'héritage de Starman.

Aujourd'hui, Sadie avoue à Jack que son frère était Will Patton, le prédécesseur de David en tant que Starman, et lui demande de partir à sa recherche dans l'espace.


- Crossover Starman (#39-40. Dessinés par Tony Harris) / The Power of Shazam (#35-36. Ecrits par Jerry Ordway, dessinés par Peter Krause.) - 1942. Starman et Bulletman sont envoyés par le président Roosevelt pour une mission secrète en Alaska, supervisée par Jack Weston alias Minute-Man. 

Pendant ce temps, à New York, des nazis équipés de jets dorsaux coulent le bateau "le Normandie" et l'attaque est filmée par un caméraman. Sur son film on peut voir que c'est Bulletman qui mène cette agression !


De nos jours, ce document refait surface dans les médias et Jim Barr (Bulletman) est sommé de s'expliquer. Il s'évade de la prison, dans laquelle l'a enfermé le commandant Steel, avec l'aide de sa fille Deanna et part se réfugier à Opal City chez Ted Knight. Shazam est chargé d'aller l'y chercher et, pour le distraire, Jack doit lui faire face. 

Cependant, Jim Barr et Ted Knight retournent à Fawcett City où Mary Marvel prouve l'innocence de l'ex-Bulletman. Une conférence de presse en plein air est organisée au cours de laquelle Shazam et Starman appréhendent un groupuscule nazi qui avait piéger Barr et voulait le tuer.


- Villain's redemption (#41. Dessiné par Gary Erskine.) - Jack parle à son père de son projet de voyage dans l'espace pour retrouver le frère de Sadie dans l'espoir qu'il lui trouve un vaisseau. Cependant, Matt O'Dare et the Shade éliminent tous ceux qui pourraient entacher la carrière du policier autrefois corrompu. Matt parle avec Carl Earl, the Shade tue le caïd Milo Draper. Hope, la soeur de Matt, lui pardonne ses méthodes puis the Shade est disposé à lui parler de Brian Savage/Scalphunter dont il croit que l'aîné des O'Dare est la réincarnation.
  

- Knight's past (#43. Dessiné par Tony Harris.) - Jack ouvre enfin sa nouvelle boutique et la fait visiter à Ted - celui-ci a contacté Jay Garrick qui a appelé Flash pour trouver une fusée à Jack. Ce dernier rencontre alors la Justice League of America mais l'équipe ne peut lui prêter un vaisseau sans savoir s'il sera récupérable. The Shade intervient alors et présente à Jack l'appareil ayant appartenu à Brian Savage. Durant son absence, la boutique est confiée à Sadie.


- Destiny (#45. Dessiné par Tony Harris.) - Jack confie à Jake "Bobo" Benetti le soin de veiller, avec les O'Dare et the Shade, sur Opal City. Ted équipe le vaisseau de Brian Savage d'une boîte-mère prêtée par Orion pour pister la signature énergétique de Will Patton. Mikaal Tomas (le Starman alien bleu) avoue à son amant qu'il accompagne Jack qui demande à Sadie de l'épouser à son retour. Puis c'est l'heure du départ pour Starman.

On le devine avec le résumé des huit épisodes de ce recueil, ce sixième tome marque une transition dans la série. Comme le dit Ted Knight dans le dernier chapitre, Starman rejoint les étoiles auxquels, finalement, il appartient, comme son nom l'indique.

James Robinson écrit tout cela avec un mélange de légèreté et de mélancolie comme on peut en ressentir à la veille d'un grand voyage qui vous éloigne des être aimés et qui vous entraîne dans une quête grisante mais improbable. Mais ce qui se joue ici, c'est surtout la fin d'une époque et le début d'une autre pour Jack Knight : devenu un héros digne de ce nom, assumant son rôle de protecteur d'Opal City, ayant prouvé sa valeur, s'étant attaché des alliés, il n'a plus rien à prouver sur ce plan-là. Il s'envole donc pour l'espace par amour après que Sadie lui ait avoué s'appeler en vérité Jayne Patton et que son frère était Will Patton, le Starman actif entre la retraite de Ted Knight et le bref service de David Knight. Présumé mort, elle a pourtant la conviction qu'il est encore là, quelque part, ailleurs mais loin.

Jack doit donc se débrouiller avec ça : il est d'abord stupéfait de découvrir que Sadie lui a menti et s'/l'interroge pour savoir si elle l'a séduit uniquement pour avoir son aide. Puis, une fois qu'il a la conviction que leur amour est sincère et partagé, il prépare son départ et son voyage. Il essuie plusieurs échecs avant de pouvoir partir - la Justice League refuse de lui prêter un vaisseau spatial, mais finalement the Shade va le dépanner.

Avant cela, on a droit à un crossover entre les séries Starman et The Power of Shazam. Honnêtement, on s'en serait passé, mais il semble que DC ait voulu à l'époque exploiter le succès du titre de James Robinson pour aider celui de Jerry Ordway, qui s'employait à restaurer le lustre de Shazam (dont l'éditeur ne savait trop quoi faire). L'intrigue est bien ficelée et a le mérite de ne pas s'étendre (quatre épisodes), mais la mayonnaise ne prend jamais vraiment, comme si le choc culturel était trop fort. En effet, quoi de plus incongru que d'opposer puis réunir Jack Knight, alors l'archétype du héros moderne (tout en honorant le passé des super-héros), et Shazam, le "big red cheese", créée à la même époque que Superman (dont il fut un sérieux rival commercial à l'origine, quand Fawcett en détenait les droits) et parangon du surhomme magique en collants et encapé ? Par ailleurs, si Tony Harris affiche la grande forme graphiquement, le duo Peter Krause-Dick Giordano supporte mal la comparaison avec un dessin peu dynamique, déjà vieillot.

L'Annual #2 de Starman qui ouvre le recueil est une merveille en revanche : Robinson a recours à un procédé qu'il affectionne en mettant en parallèle présent et passé, le second éclairant le premier, pour philosopher sur le sacrifice des héros amoureux. Ce dilemme moral touche de plein fouet Jack Knight et entretient ses doutes à la lumière des mésaventures traversées par Brian Savage/Scalphunter, Ted Knight et Black Canary, et David Knight. De façon subtile et touchante, le lecteur comprend avec ces trois exemples le tourment de l'actuel Starman. Les segments se déroulant dans le passé profitent de très bons artistes comme Stefano Gaudiano (qui sera plus tard, longtemps, l'encreur de Michael Lark sur Gotham Central puis Daredevil), Gene Ha (le co-créateur avec Alan Moore de Top Ten - le flash-back le plus réussi du lot - et Steve Yeowell - qui succédera éphémèrement à Harris comme dessinateur de la série).

Les épisodes 41, 43 et 45 sont autant d'étapes avant le grand saut. Le tandem Matt O'Dare et the Shade est le plus dispensable, cette idée de faire du policier la réincarnation de Scalphunter convaincant difficilement. Tony Harris livre ses deux dernières contributions ensuite avec une inspiration visuelle inégale : il est clair qu'il fatigue, ses décors sont moins fouillés (hormis pour l'intérieur de la boutique de Jack et le design du vaisseau de Brian Savage), son découpage moins inventif, mais quand il s'en donne la peine (comme lors du décollage de la fusée), il sait encore nous en mettre plein la vue. Quant à Robinson, il reste fidèle à sa pudeur exemplaire pour la scène des adieux (ou plutôt des au revoir).

Inégal dans le fond comme sur la forme, To Reach the Stars n'est cependant pas sacrifiable pour apprécier la suite des aventures de Starman, qui vont prendre un tour beaucoup plus cosmique tout en restant profondément humain. La suite dans A Starry Knight...  

mercredi 6 juillet 2011

Critique 244 : TOM STRONG - BOOK 6, d'Alan Moore, Michael Moorcock, Peter Hogan, Chris Sprouse et Jerry Ordway

Tom Strong : Book 6 rassemble les épisodes 31 à 36 de la série, écrits par Michael Moorcock (#31-32), Joe Casey (#33), Steve Moore (#34), Peter Hogan (#35) et Alan Moore (#36), et illustrés par Jerry Ordway (#31-32), Ben Oliver (#33), Paul Gulacy (#34) et Chris Sprouse (#35-36), publiés par DC Comics sous le label Wildstorm au sein de la collection America's Best Comics, de Février 2005 à Mars 2006.
Ces six épisodes marquent la fin de la série régulière.
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- Tom Strong #31-32 : The Black Blade of the Barbary Coast, 1 + 2/2 (Février et Avril 2005). Ecrit par Michael Moorcock et dessiné par Jerry Ordway.
L'enquêteur métatemporel Sir Seaton Begg convainc Tom Strong d'entreprendre un voyage dans le passé d'une Terre parallèle, à l'époque de la piraterie, pour empêcher le Capitaine Zodiac de semer le chaos dans le multivers en s'emparant de la mystérieuse Epée Noire. Solomon accompagne son maître dans ce périple qui les ménera sur une île maudite, avec d'autres flibustiers...

L'écrivain Michael Moorcock, spécialiste de récits de science-fiction, s'amuse à entraîner Tom Strong dans une histoire de pirates via un voyage temporel. Tous les codes du genre sont respectés : la chasse au trésor, la présence d'un traître, une île perdue et maudite, un duel entre le héros et le méchant... La technique du romancier est souligné par un récit découpé (dans sa première partie) en courts chapitres, mais cela ralentit l'action et impose un prologue un brin longuet, alors que la seconde partie est plus directe et efficace. L'objet des convoitises des pirates n'est pas un butin traditionnel (coffre de pièces d'or, par exemple) mais une épée magique qui ne peut être brandie que par un esprit noble. C'est assez plaisant mais pas renversant.
Jerry Ordway revient dessiner Tom Strong après son arc sur Tom Stone (cf. Tom Strong, Deluxe Edition Book 2) et livre de superbes planches, aux costumes et décors soignés : c'est pour lui que cet exercice de style vaut vraiment le coup.
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- Tom Strong #33 : The Journey Within (Juin 2005). Ecrit par Joe Casey et dessiné par Ben Oliver.
Le comportement bizarre de Pneuman oblige Tom et Solomon à, en réduisant leurs tailles, à explorer ses entrailles. Le héros de la science et son singe savant vont y faire une rencontre inattendue après avoir affronté le système d'auto-protection interne du robot...

Après Moorcock, c'est au tour de Joe Casey, connu pour avoir écrit des épisodes des X-Men, Superman et Wildcats (la version 3.0, avec Dustin Nguyen), d'animer le héros d'Alan Moore et Chris Sprouse : il se penche sur le cas de Pneuman, le robot fabriqué par Sinclair Strong, le père de Tom, dont l'attitude farfelue trouble notre héros (il se présente aux élections municipales de Millenium City, forme un groupe de rock...). L'épisode est drôle dans son premier tiers, lorsque Pneuman part en vrille, puis dans son 2ème tiers fait explicitement référence à L'aventure intérieure, quand Tom et Solomon explore l'intérieur du robot. Le dénouement est surprenant. L'ensemble est donc positif, sans être exceptionnel : c'est le problème du recueil tout entier ici résumé, avec des auteurs intéressants mais qui ne disposent pas d'assez de place et de temps pour influer véritablement sur la série, sans surtout proposer des idées vraiment audacieuses.

Ben Oliver, dessinateur inégal, capable de produire des planches épatantes ou totalement quelconques, s'acquitte du minimum syndical, même si son Tom Strong n'est pas vilain. C'est dommage car de tous les remplaçants de Sprouse, Oliver est un de ceux qui auraient pu le mieux soutenir la comparaison avec le co-créateur de la série, mais comme d'habitude, il semble ne pas s'être beaucoup forcé.
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- Tom Strong #34 : The Spires of Samakhara (Août 2005). Ecrit par Steve Moore et dessiné par Paul Gulacy.
Tom Strong enquête sur les conséquences d'une explosion atomique déclenchée par la Chine dans le désert. Il rencontre dans un territoire hostile et aride des créatures et un château qu'il se rappelle avoir découvert, dans sa jeunesse, dans un livre de fiction...

Steve Moore, qui n'a pas de lien de parenté avec Alan Moore, mais qui écrit des comics depuis la fin des années 60, a imaginé une histoire exotique à souhait qui réfléchit au rapport entre fiction et réalité. Est-ce que ce qu'on a lu n'est que le produit de l'imagination d'un auteur ou la réinterprétation de faits réels ou de mythes ? La question est passionnante mais souffre de la brièveté de son traitement, et on rêve de voir ce qu'Alan Moore aurait fait de cette idée en la développant lors d'un arc entier, lui qui excelle dans cet exercice du "méta-texte". Néanmoins Steve Moore ne démérite pas et son histoire est l'une des plus (sinon la plus) réussie de cet album, riche en action, avec un décor bien campé, des personnages fantasmatiques.

En revanche, les dessins de Paul Gulacy sont franchement décevants, bien loin de ses meilleurs travaux (comme la magnifique série peinte, Six de Sirius, parue dans les années 80 dans le magazine Epic de Marvel Comics). Lorsqu'on voit la couverture qu'a signé Sprouse pour cet épisode, on rêve là encore des planches qu'il en aurait fait...
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- Tom Strong #35 : Cold Calling (Novembre 2005). Ecrit par Peter Hogan et dessiné par Chris Sprouse.
Voici la suite et fin de l'épisode Snow Queen (paru en Janvier 2004, collecté dans Tom Strong, Deluxe Edition Book 2). Tom retrouve, avec l'aide de Svetlana X, et en compagnie de Val, son gendre, le nouveau Dr. Permafrost et, avec lui, Greta Gabriel. De la résolution de cette affaire dépend le sort du couple formé par Tom et Dahlua, cette dernière ayant été troublée par la réapparition du premier amour de son mari...

Plus d'un an et demi après le premier acte de cette histoire, le tandem Peter Hogan-Chris Sprouse met enfin le point final aux retrouvailles de Tom Strong, Greta Gabriel et le Dr Permafrost. A la vérité, on peut se demander si ce récit n'aurait pas tiré avantage à être traîté sous la forme d'un épisode spécial, d'une trentaine de pages, plutôt qu'en deux volets de vingt pages tant le dénouement paraît expédié. Ce n'est pas décevant mais inutilement décompressé.

Reste que retrouver Sprouse au dessin est un pur bonheur, même si, pour l'occasion, il ne force pas son talent - se préservant pour le grand final ?
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- Tom Strong #36 : Tom Strong at the End of the World (Mars 2006). Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse.
Sollicité pour intervenir contre Promethea, la divinité possédant Sophie Bangs (héroïne de la série éponyme d'Alan Moore et J.H. Williams III), Tom Strong est téléporté, avec les autres héros d'ABC, à New York City, où la réalité est altérée. Est-ce la fin du monde et la mort au bout de l'aventure ? Ou un nouveau départ ? C'est en tout cas l'adieu d'Alan Moore à son héros, et aux créatures de son label America's Best Comics (Top Ten, Terrific Tales, Tomorrow Stories).

Depuis longtemps brouillé avec la maison-mère DC Comics, à cause de différends sur l'exploitation de ses histoires, Alan Moore a conclu les séries qu'il avait créées au sein du label ABC, hébergé par Wildstorm. Comme Promethea, Tom Strong s'achève au 36ème épisode. Depuis, le héros de la science a été réanimé, avec l'accord de Moore, par Peter Hogan (un arc en 6 chapitres intitulé Tom Strong and the Robots of Doom). D'autres titres, comme Top Ten, ont également connu des dérivés (Forty-Niners, Smax...), et La Ligue des Gentlemen Extraordinaires attend toujours sa conclusion (encore deux volumes à paraître).
Pour boucler ses productions, Moore a utilisé la série Promethea comme pivot : l'héroïne, entité surpuissante, semble sur le point de détruire le monde... A moins qu'elle ne le recréé. C'est donc du point de vue de Tom Strong qu'on appréhende la situation : l'épisode déjoue les attentes, ne mettant pas en scène de grandes destructions, fuyant le spectaculaire. C'est davantage une flânerie, au ton psychédélique, traversée de révèlations étonnantes sur le héros (en particulier ses liens avec son ennemi Paul Saveen), et dont la rencontre attendue avec Promethea est audacieusement expédiée pour aboutir à une chute, qui décevra ceux qui misaient sur une révolution renversante, un tour de force narratif. Plus que jamais Moore a, avec Tom Strong, fui sa propre légende, ses astuces d'écrivain : pas de dernière image remettant toute la série en perspective ici, pas de rebondissement ultime impressionnant, encore moins une sortie vengeresse contre DC. Moore n'a pas voulu, semble-t-il, vraiment dire adieu à son héros et peiner ses fans, mais se retire sur la pointe des pieds, très élégamment, de la façon la plus déroutante qui soit.

Graphiquement, Chris Sprouse livre de très belles planches, mais véritablement transfigurées par la colorisation de l'invité exceptionnel de cette "finale issue", José Villarubia. Ce dernier a peint à l'aquarelle et ajouté numériquement des fonds photographiques en complément des dessins encrés par Karl Story : le résultat est étonnant mais colle parfaitement à l'ambiance étrange de cette conclusion.
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Un recueil assez inégal, mais tout de même indispensable (au moins pour connaître la fin de "l'affaire Greta Gabriel" et de la série) : Alan Moore en a fini avec ABC, Wildstorm et DC, mais son héros vit encore. Merci pour ça et pour cette production.