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dimanche 31 janvier 2016

Critique 805 : SPIROU N° 4059 (27 Janvier 2016)


Attila et Le Club des Huns sont de retour et la couverture est donc à eux. Mais, sorti le 27 Janvier, ce numéro commémore aussi la libération du camp d'Auschwitz il y a 70 ans, dans un superbe récit complet, comme l'indique le bandeau.

J'ai aimé :

- Jérôme K. Jérôme Bloche : Aïna (2/8). La fugitive trouve refuge chez le père Arthur qui ne tarde pas à recevoir la visite d'un homme prétendant qu'elle est la fiancée de son chauffeur, le colosse qui la poursuit. Le curé comprend trop tard qu'il s'agit d'un mensonge...
Dans l'interview en préambule de ce nouvel épisode, Alain Dodier détaille sa méthode de travail : pour ceux qui connaissent bien son oeuvre, rien de neuf, mais pour les autres, la confirmation que la série s'appuie sur une documentation très riche aussi bien pour les personnages que pour les décors. Les 10 pages de cette semaine en sont la démonstration, avec toujours ce découpage plus rigoureux que simplement classique. L'histoire est très prenante.

- Choc : Les fantômes de Knightgrave II (5/12). En 1934, Eden découvre qu'un certain William George Arthur Shok (tiens, tiens...) a fait son affaire à "Monsieur". En 1955, Choc perturbe spectaculairement la fête de la St-Patrick sur la 5ème Avenue à New York...
Colman s'amuse toujours à alterner scènes sur deux époques en soignant une atmosphère implacable : le récit est formidablement efficace et dense. En prime, on apprend l'origine du pseudonyme de Choc... Maltaite impressionne toujours avec des planches aussi fournies que dynamiques.

- Spirou et Fantasio : La colère du Marsupilami (8/9). Spip réussit à réveiller le Marsupilami capturé par Zantafio - juste à temps pour qu'il aille aider Spirou et Fantasio assailli par les animaux de la jungle rendus fous sans raison apparente...
Les cinq pages de cet épisode sont un vrai festival dédié au Marsu et Vehlmann lui a réservé un scène d'action jubilatoire. Ce qui est très bien mené aussi, c'est le rôle de Spip, véritablement animé comme un second rôle, décisif. Yoann ne sort pas de ses pages en quatre bandes, ce qui limite un peu la spatialité mais l'énergie est bien là.

- Capitaine Anchois. Floris livre un gag en une page et un strip (en fin de n°) aussi réjouissants l'un que l'autre.

- Le Club des Huns. La bande d'Attila essaie de recruter une femme de ménage qui va, légitimement, hésiter à prendre le poste : Dab's a droit à deux pages cette fois et le résultat est drôlissime, à la mesure de ses héros.

- Plus jamais ça. Pour commémorer la libération du camp d'Auschwitz il y a 70 ans, Marie Gloris Bardiaux-Vaïente refait équipe avec Ruben Del Rincon : les 8 pages produites sont exemplaires et devraient être lues dans toutes les écoles. Tous les éléments rappelant l'abomination nazie sont clairement exposés, et la mise en images est d'une pudeur imparable : voilà un petit cours d'Histoire salutaire à l'heure où l'antisémitisme, l'islamophobie et autres dérives se font sinistrement entendre.

- Happy Birds. Les trois nouveaux strips du duo Trondheim-Piette sont encore une fois très efficaces et drôles : cette série minimaliste touche juste.

- L'Atelier Mastodonte. Guillaume Bianco s'interroge sur l'évolution à donner à son dessin et demande conseil à Lewis Trondheim... Qui essaie, sans succès, de décourager un nouvel artiste d'intégrer l'atelier. Fabrice Toulmé va donc bientôt grossir les rangs de l'équipe, après une carrière dans le... Génie civil !

- Tash & Trash. Dino se montre plus sarcastique que jamais en ricanant sur un rendez-vous amoureux. 

- Dad. Faut pas trop embêter les pigeons, même si c'est pour amuser Bébérinice : c'est la leçon, très amusante, de la semaine par Nob, toujours au sommet de sa forme. (Voir ci-dessous :)    

En direct de la rédak donne la parole à Marie Gloris Bardiaux-Vaïente au sujet du récit complet qu'elle a écrite cette semaine, le fruit d'efforts particulièrement scrupuleux. La semaine prochaine : Jérôme Jouvray lance son nouveau titre, un western atypique intitulé Six-coups (de bon aloi, avant le Lucky Luke de Matthieu Bonhomme dans quinze jours).

Pas d'Aventures d'un journal cette semaine, mais pour les abonnés des autocollants de Spouri et Fantaziz de l'intenanble Fred Neidhardt.

dimanche 24 janvier 2016

Critique 800 : SPIROU N° 4058 (20 Janvier 2016)

800ème critique !
Et donc merci à vous, lecteurs, fidèles ou occasionnels,
de ce blog, sans qui tout cela n'aurait pas la même saveur.

Jérôme K. Jérôme Bloche revient pour sa 25ème enquête et a donc droit à la "une" de la revue - dont le programme est vraiment un régal en ce moment (avec les séries en pré-publication Spirou et Fantasio et Choc).

J'ai aimé :

- Jérôme K. Jérôme Bloche : Aïna (1/6). Une jeune femme noire s'échappe d'une voiture dans la nuit. Elle se réfugie dans la boutique de Burhan puis l'église d'Arthur, poursuivi par un homme de main. L'épicier arabe, malmené par ce colosse, appelle Jérôme à la rescousse...
Quel plaisir de retrouver le détective privé de Dodier : la tradition de la série est respectée puisque, après sa précédente aventure à la campagne (L'ermite), Jérôme est affairé dans son XVIIIème arrondissement de Paris. La séquence qui forme ce premier épisode est très prenante d'emblée, et bien entendu, magnifiquement dessiné, avec toujours ce souci dans la documentation, comme l'explique l'auteur dans l'interview en préambule.
C'est parti pour 6 semaines !

- Choc : Les fantômes de Knightgrave II (4/12). Choc continue de se remémorer sa jeunesse à Londres quand il a intégré la bande de gamins des rues dirigée par le "Monsieur", alors qu'il est aujourd'hui par divers fantômes de son passé...
Toujours un sans-faute dans cette histoire que Colman mène de main de maître : le ton résolument noir et adulte (on y voit Choc shooté à la morphine) de ce récit tranche avec les productions de la revue, mais cela est montré sans vulgarité. L'ambiance est intrigante, très accrocheuse. Et les dessins de Maltaite sont toujours aussi excellents (quel plan de Hare Street, dans le quartier de Brick Lane !).

- Spirou et Fantasio : La colère du Marsupilami (7/9). Zantafio resurgit au moment où le Marsupilami s'en prend à Spirou et Fantasio. Il réussit à anesthésier la bestiole tout en s'arrangeant pour semer ses deux ennemis...
Là encore, c'est une réussite : Vehlmann conduit son récit dans sa dernière partie et tout reste incertain. Au moment où les choses semblent se pacifier avec le Marsu, Zantafio trouble le jeu et Spip est seul à pouvoir renverser la situation ! Yoann met ça en images avec beaucoup d'énergie, avec un découpage dense.

- Le Retour de Guillaume. David De Thuin revient avec un nouveau récit complet (4 pages) qui met en scène le père et son fils dans une fable sur le devoir et la fantaisie : c'est tendre, émouvant, malicieux. Encore une merveille, qui plus est formidablement bien illustrée.

- Rob. Le robot est lassé de jouer l'enfant, il passe à l'adolescence, avec les désagréments pour son entourage : James et Boris Mirroir s'amusent et nous amusent avec ce titre qui exploite très bien ses gags.

- Capitaine Anchois. Floris a encore droit à un gag en une page et c'est toujours aussi stupidement drôle.

- Happy Birds. Pekko est-il vraiment si modeste avec le succès-surprise qu'il a ? Réponse marrante du tandem Trondheim-Piette en trois strips (dont le deuxième est irrésistible).

- L'Atelier Mastodonte. Jousselin s'inquiète (à juste titre) que Bianco ne distingue plus la réalité du trip heroic fantasy dans lequel l'a entraîné Trondheim. Lequel Trondheim se demande si son idée était si bonne... Bons, en revanche, les deux doubles strips de cette semaine le sont, même si les auteurs ne forcent pas leur talent.

- Tash & Trash. Dino fait un sort au rendez-vous amoureux, mais son strip est imparablement drôle.

- Dad. Pour boucler cet excellent numéro, quoi de mieux que le retour de la série de Nob, encore une fois parfait dans un gag simple mais jubilatoire. (Voir ci-dessous :)

En direct de la rédak donne la parole à Obion qui gère le blog de L'Atelier Mastodonte, où on trouve plein d'inédits et de surprises (L'Atelier Mastodonte : allez voir, vous ne le regretterez pas !). La semaine prochaine, Le Club des Huns revient !
Les aventures d'un journal revient sur L'homme aux phylactères, de Serge Gennaux, apparu dans la revue en 1965-1966 puis en 1980, et qui eût l'honneur d'une préface par Franquin lors de sa publication en album.

Les abonnés ont en supplément des cartes à collectionner des héros de la série Ralph Azahm de Lewis Trondheim.

dimanche 17 janvier 2016

Critique 794 : SPIROU N° 4057 (13 Janvier 2016)


C'est une splendide couverture pour un vrai joyau, cette semaine dans "Spirou" : un récit complet écrit par Matthieu Reynès et dessiné par Valérie Vernay, Bahuni. Le Labo de Jean-Yves Duhoo fait son retour comme on peut le remarquer sur le bandeau

J'ai aimé :

- Choc : Les fantômes de Knightgrave II (3/12). Dans son enfance, après avoir fugué de la maison de redressement, Eden, le futur Choc, rejoint une bande de gamins délinquants à Londres au service du mystérieux "Monsieur"...
Chaque nouvel épisode confirme le bien qu'il y a à penser de la bande dessinée de Colman et Maltaite, dont l'interview en préambule permet d'apprécier l'exigence et les références. Ce qui est aussi appréciable (pour l'instant, car les chapitres vont inévitablement diminuer en nombre de pages), c'est qu'il y a une vraie matière chaque semaine (8 pages cette fois).

- Spirou et Fantasio : La colère du Marsupilami (6/9). Spirou, Fantasio et Spip font une découverte émouvante dans l'ancienne base de Zorglub. Mais le Marsupilami resurgit et il n'est toujours pas prêt à pardonner...
L'histoire entre dans son dernier tiers et le niveau reste excellent : Vehlmann met enfin face à face les héros et la bestiole tandis que Zantafio rôde aussi dans le coin (ce qui ne présage rien de bon). Yoann met cela en images avec beaucoup de dynamisme (même s'il aurait pu davantage se lâcher en abandonnant les pages en quatre bandes).

- Boni : Paupine ne fait pas bien la cuisine. Les quatre strips de Ian Fortin sont très méchamment drôles, avec l'intervention d'un second rôle qui change des personnages trop récurrents (Maman, Papa, Papy, Brigitte, Bruno).

- Capitaine Anchois. Le fan de Floris que je suis est comblé cette semaine puisque sa bande de piteux pirates a droit à un gag en une page, très marrant, et un strip, également savoureux.

- Rob. Le robot se venge du bambin qui l'insupportait au jardin public : James et Boris Mirroir sont en verve.

- Bahuni, comme un poisson dans l'eau. Bahuni est un gamin chétif appartenant à une tribu de pêcheurs en Océanie et qui doit prouver sa valeur en ramenant du poisson. Il va en pêcher un peu ordinaire...
Matthieu Reynès revient, peu après la fin de la publication du tome 1 de Harmony, dans les pages de la revue, en qualité de scénariste, pour ce récit complet de 8 pages, aux airs de fable initiatique enchanteresse.
Ce pur joyau permet à Valérie Vernay (coloriste de Reynès, mais aussi dessinatrice de leur diptyque, La mémoire de l'eau) de prouver une nouvelle fois son immense talent : le résultat est d'une beauté renversante.

- Le Labo : La Fontaine de Latone. Jean-Yves Duhoo nous dévoile les coulisses des jeux de fontaine de Versailles : ces quatre pages, comme toujours passionnantes, sont moins scientifiques que d'habitude mais rappelle la qualité pédagogique de cette série.

- Happy Birds. Pekko est donc repris chez Rovio et découvre son nouveau job : Trondheim et Piette ont l'art et la manière de malmener leur pauvre héros mais régale le lecteur avec leur humour cruel illustré avec une sobriété impeccable.

- L'Atelier Mastodonte. Alfred et Bianco sont toujours coincés sur le toit : les pompiers, croyant qu'ils sont suicidaires, s'en mêlent... Joyeusement déjanté, les deux doubles strips sont imparables, et la chute de celui de Bianco est irrésistible.

- Tash & Trash. Un gag mordant de Dino, encore une fois parfait.  

En direct de la rédak donne la parole à Valérie Vernay qui dévoile les coulisses de Bahuni et son envie d'une histoire sur le même thème mais pour un album avec une héroïne. La semaine prochaine, hourra, c'est le retour de Jérôme K. Jérôme Bloche pour sa 25ème enquête.
Les aventures d'un journal revient sur la mésaventure croquignolette d'un libraire dijonnais en 1966 dont la passion pour les Schtroumpfs le conduisit à être arrêté !

Les abonnés ont en supplément un mini-récit épatant, intitulé Le Mini-Récif, par L411 et Sti.  

dimanche 10 janvier 2016

Critique 789 : SPIROU N° 4056 (6 Janvier 2016)


Cette semaine, Tamara a droit à couverture et un récit complet de 7 pages : c'est toujours aussi médiocre, la popularité de cette série a de quoi laisser perplexe... Boni figure sur le bandeau : c'est mérité car sa page comporte (à nouveau) de très bons strips.

J'ai aimé :

- Choc : Les fantômes de Knightgrave II (2/12). Choc poursuit à distance ses règlements de compte et c'est Raimundo à São Paulo qui en fait les frais puis son complice, Farid. Cependant, à Londres, la police, en la personne de l'inspecteur Dawson, hospitalisé, est sur les dents...
Encore un épisode consistant (12 pages) et très dense : Colman alterne avec brio scènes d'action et dialogues, tout en effectuant un flash-back dans l'enfance de Choc. Pas discuter : c'est très bon, avec des clins d'oeil à Tillieux (qui écrivit nombre d'épisodes de Tif et Tondu) mais aussi à Jacobs. Les dessins de Maltaite sont irréprochables, avec des décors fouillés, une ambiance prenante. 
La flatteuse réputation de Choc n'est pas usurpée.

- Spirou et Fantasio : La colère du Marsupilami (5/9). Surpris par le Marsupilami, Spirou et Fantasio se trouvent dans une situation très délicate, mais la bestiole hésite encore quel traitement leur infliger. Les deux amis redécouvrent dans la jungle palombienne l'ancienne base de Zorglub...
Vehlmann offre un moment de pure comédie dans ce nouveau chapitre et les apartés de Spip sont savoureuses, une petite histoire dans l'histoire : cette aventure est très plaisante à suivre, même elle si joue avec les nerfs du lecteur en différant les retrouvailles des héros et du Marsu. Yoann s'amuse aussi en réalisant de forts belles planches, très bien découpées.

- Boni : La cabane d'oiseaux. Boni fabrique avec son père un petit nid pour les oiseaux : c'est pas gagné... Mais c'est marrant. Ian Fortin n'est jamais meilleur que quand il emploie un humour cruel, quand bien même son titre aurait bien besoin d'une galerie de seconds rôles plus étoffés pour varier les plaisirs.

- Kahl & Pörth. Avec un script de Ced, Ztnarf livre un gag en une planche dont la chute est très drôle et inattendue : ce titre n'a rien de renversant mais est capable, occasionnellement de bonnes surprises.

- Rob. Je continue d'avoir un faible pour les doubles strips absurdes de James et Boris Mirroir : leur production de cette semaine est au niveau de ces derniers temps, inspirée.

- Capitaine Anchois. Là encore, avec Floris, on est presque dans le registre du plaisir coupable mais les idioties de ces pirates me réjouissent souvent.

- Cartes blanches. Plein de pépites dans cette rubrique irrégulière, comme ce dessin très drôle de Robin Guinin ou le strip de Obion (toujours aussi à l'aise avec les dernières technologies).

- Happy Birds. Pekko est repris par l'entreprise Rovio, mais pas sûr que ce soit pour les bonnes raisons. Par contre, aucune erreur possible avec les strips de Trondheim et Piette, dont je suis un inconditionnel.

- L'Atelier Mastodonte. Alfred pique une crise : il finit seul sur le toit... Où va le rejoindre Bianco. Toujours impeccable, toujours amusant. 

- Tash & Trash. Dino inflige de nouveaux amis très spéciaux à ses héros : imparable.

- Game Over. Midam joue avec les phylactères et ça donne un gag... Tranchant. 

En direct de la rédak donne la parole à Zidrou pour Tamara. Mais le plus intéressant se trouve juste en dessous avec l'annonce de la prépublication dès le n° 4062 du one-shot de Lucky Luke par Matthieu Bonhomme : hourra ! Et la semaine prochaine, Matthieu Reynès et Valérie Vernay nous propose un récit complet : Bahuni.
Les aventures d'un journal revient sur une série oubliée, Le chevalier sans nom, illustrée par Carlos Laffond, mais, là encore, ce flash-back en 1957 permet d'apprendre comment Jean-Michel Charlier fut à l'origine (avec Goscinny) d'un important combat pour la reconnaissance des scénaristes.

Les abonnés ont droit en supplément à un mini-récit signé de l'excellent Nicoby, Marc & Pep : La disparue du bois de l'angoisse, une randonnée qui devient complètement délirante suite au kidnapping de la femme d'un autre campeur.  

dimanche 1 février 2015

Critique 566 : SPIROU N° 4007 (28 Janvier 2015)


En couverture, cette semaine, une nouvelle série au titre et au contenu très amusant : Le Club des Huns, dont le héros est Attila. Capitaine Anchois a les honneurs du bandeau.

C'est le génial Nob qui écrit et dessine La Semaine de Spirou (qu'est-ce que j'aimerai le voir signer un one-shot avec le groom !).
Sinon, j'ai aimé :

- Dad. Le gag de Nob, par ailleurs toujours aussi réjouissant (sur le thème de l'autorité), est désormais en page 02 (au verso de la couverture, à la place de Boule et Bill).

- Benoît Brisefer : Le gorille blanc (6/9). Benoît et Biloulou voient enfin de leurs propres yeux le gorille blanc après l'avoir sauvé de braconniers. Ceux-là même sont accusés par le conseiller du président d'avoir enlevé son garde du corps, tonton Placide. Benoît et Biloulou vont enquêter...
Les deux fils narratifs (le voyage de Benoît, la situation de tonton Placide) se rejoignent enfin, de même que le gorille blanc fait son apparition. Le scénario est toujours gentiment troussé, même si le rythme faiblit un peu à ce stade du récit.
Les dessins restent par contre excellents, Garray ayant bien retenu les leçons de Peyo (qui plaçait la lisibilité au-delà de tout).

- Une aventure de Spirou et Fantasio : La grosse tête (9/9). Grâce au sérum de vérité du comte, Spirou et Fantasio permettent aux rebelles du Bretzelburg de renverser le nouveau régime, et apprennent l'identité du chef de la résistance.
Le dénouement de cette longue aventure est efficace, Makyo et Toldac ayant gardé quelques rebondissements de dernière minute. La morale est sauve mais avec ce qu'il faut d'ironie puisque ce périple a su renouer les liens entre les deux héros. On peut juste regretter que l'histoire ait été un peu décousue parfois et que Spip n'ait pas été davantage exploité, mais globalement c'est une réussite.
Téhem se taille la part du lion dans cette dernière ligne droite en réussissant des scènes de foule (les soldats s'invectivant sous l'effet du sérum) : il aura su apporter une touche rafraîchissante à tout ça, sans connaître de baisse de régime tout au long de ces 64 pages.

- Mélusine. Où Clarke révèle ce qui a provoqué l'allergie chez les élèves : la raison est simple mais astucieuse dans le cadre où évolue l'héroïne et ses camarades.

- Le Club des Huns : Ce mortel ennui. Dab's a imaginé avec beaucoup de malice le passé d'Attila, le chef des Huns, soucieux de laisser un témoignage sur ses exploits en le faisant rédiger par Pancrace. 
5 pages et 9 strips suffisent pour combler l'amateur de pastiche : c'est effectivement très drôle, potache (le jeu de mots sur la Gaule en particulier), et dessiné avec efficacité. Voilà un nouveau rendez-vous prometteur.

- Zizi chauve souris. Inégalité homme-femme, cadeau d'anniversaire et idée pour faire partir le fiancé de maman : c'est le programme des trois strips de la semaine, toujours aussi bien griffés par Trondheim et Bianco.

- Rob. James et Boris Mirroir se moquent des cosplays, et même le stoïque Rob n'y échappe pas. Absurde mais d'une régularité épatante.

- Capitaine Anchois. Floris offre un beau château en héritage à son crétin de pirate : bien entendu, la demeure est hantée et tout va dégénérer pour se débarrasser des fantômes. Un régal de bêtise avec une chute savoureuse.

- L'atelier Mastodonte. Deux nouvelles parties de "qui est qui" où Obion se moque de la tignasse de Nob, puis Jousselin se contorsionne pour trouver la solution. Peut-être un chouia moins bon que d'habitude (car un peu répétitif), mais quand même incontournable.

- Tash et Trash. Dino s'amuse avec une drôle d'île déserte (qui n'en est pas une). / Kahl et Pörth. Ou comment prendre au mot le défi d'un roi.

En direct de la rédak donne la parole à Dab's pour découvrir la genèse du Club des Huns. Plus le nouvel album de Benoît Féroumont (sur la téléréalité : une reprise des gags disponibles sur son blog) et l'annonce du retour de Maggy Garrison la semaine prochaine.
Les aventures d'un journal revient sur le concours de dessin qui révéla Alain Henriet (Dent d'ours, dont le prochain tome sera prépublié bientôt) en 1996.

Les abonnés ont droit à un stripbook par Goulet et Falzar, Ninja Jeanine, très marrant et touchant.

Je me rends compte que c'est le 700ème post de mon blog !

lundi 26 janvier 2015

Critique 563 : SPIROU N° 4006 (21 Janvier 2015)


"L'événement" de la semaine, c'est le retour dans la revue de la série Les Nombrils, que je ne connais pas (et qui ne m'a pas convaincu, du reste). 

J'ai aimé :

- Benoît Brisefer : Le gorille blanc (5/9). Biloulou entraîne Benoît pour une promenade dans la savane où ils tombent sur des braconniers, qui vont du coup passer un sale moment...
Alors que l'histoire a  dépassé les 30 planches et plus de la moitié de ses épisodes, l'intérêt ne retombe pas : c'est certes très classique et gentillet, mais efficace, avec un rythme bien entretenu. Le seul hic, c'est que pour l'instant, à aucun moment, Benoît n'a été mis en difficulté. On s'interroge aussi sur la manière dont les auteurs vont relier les deux fils de leur récit, avec leur héros d'un côté et tonton Placide de l'autre.
Les dessins de Garray sont toujours très bien, impersonnels mais avec un découpage fluide et des personnages bien campés. 

- Une aventure de Spirou et Fantasio : La grosse tête (8/9). Le sérum de vérité concocté par le comte de Champignac et qui a eu des effets ravageurs sur la relation de Spirou et Fantasio devient une arme redoutable pour les rebelles du Bretzelburg contre le régime en place...
Pour son avant-dernier épisode, cette histoire continue de se concentrer sur la lutte armée au Bretzelburg : Makyo et Toldac écrivent pour la peine le retour d'un personnage mémorable de QRN sur Bretzelburg et s'amusent avec l'élixir de Champignac. Même si cela demeure enlevé, on a quand même le sentiment que le thème central de l'album (les effets néfastes de la notoriété) a été remplacé en cours de route au profit d'une aventure plus délirante sans grand lien apparent.
Téhem, par contre, reste toujours aussi inspiré et livre des planches débordant d'énergie.

- Mélusine. Clarke met (enfin) un point final à son feuilleton sur le trafic dans l'école : une conclusion malicieuse.

- Le Royaume : A vos ordres, mon capitaine ! (2/2). Suite et fin du diptyque entre le maladroit forgeron François et la débrouillarde Sophie Bellesec dans les troupes du roi.
Benoît Féroumont boucle son récit avec sa verve coutumière et c'est un régal : en peu de pages, il nous offre de l'action et du sourire, à l'image de la chute (prometteuse pour la suite, qu'on espère rapide).
Le dessin, très expressif, est jubilatoire, souligné par un découpage très dynamique.

- Rob. Décidément ce pauvre Clunch est en pleine crise d'identité (après avoir dû subir le vrai-faux bug de son robot il y a quelque temps...) : James et Boris Mirroir tirent un peu sur la corde mais s'en sortent avec cet esprit absurde qui donne tout son sel à la série.

- Zizi chauve-souris. L'héroïne, toujours aussi teigneuse, de Trondheim et Bianco a fort à faire avec le nouveau mec de sa mère, qu'elle essaie de faire partir. Du caractère et de la drôlerie à revendre dans ces trois nouveaux strips.

- L'Atelier Mastodonte. C'est la fête puisqu'on a droit à deux pages cette semaine : les auteurs continuent de s'amuser au jeu du "qui est qui" : Mathilde Domecq met Trondheim en boîte, Obion poursuit son trip "Blueberry", et Trondheim décrypte comment Bianco séduit, sans les confondre, les filles. Jouissif.

- Tash et Trash. Dino envoient ses deux zozos à la pêche : ça mord de façon irrésistible. / Capitaine Anchois. Floris met en scène un rendez-vous amoureux qui tourne évidemment mal : j'adore.

- Les Nombrils ont aussi droit à la dernière page, ce qui fait que Dad de Nob est absent cette semaine...

En direct de la rédak donne la parole à Dulac et Dubuc, les auteurs-artistes des Nombrils (il faut quand même que je me renseigne sur ce titre parce que son succès me laisse perplexe). On apprend aussi que la vedette du n° 4010 sera (comme suggéré par le vainqueur d'un des "défis Spirou" de 2014) Spip, qui tapera l'incruste dans plusieurs séries de la revue.
Les aventures d'un journal revient sur les origines de Buck Danny, que Charlier développa à partir de quelques pages écrites par Georges Troisfontaines.

La semaine prochaine : le Club des Huns débarque, et Tamara (apparemment) gicle - deux bonnes nouvelles !

jeudi 22 janvier 2015

Critique 561 : SPIROU HORS-SERIE "JE SUIS CHARLIE" (16 Janvier 2015)

La couverture de ce n° par Yoann.

Avant tout chose, ce n'est pas une critique stricto sensu car ce hors-série de Spirou ne se prête pas à une analyse : c'est un numéro en hommage aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo, en soutien aux familles, et en faveur de la liberté (de la presse, d'expression). On n'est donc pas là pour distribuer des bons et des mauvais points.

Ce numéro est d'ores et déjà un énorme succès, puisque après un premier tirage épuisé, une nouvelle impression massive est en cours. C'est peut-être une victoire dérisoire, mais la mort des artistes, journalistes et collaborateurs de Charlie Hebdo aura permis à beaucoup de monde de retrouver le chemin des maisons de la presse. Souhaitons juste que cela continue car la culture et l'information demeurent les premières lignes de défense contre l'obscurantisme. 

Le bandeau de ce hors-série annonce que 150 auteurs se sont mobilisés, avec un bouclage précipité (la revue a été réalisée en un week-end), pour honorer la mémoire de tous ceux qui sont tombés sous les balles des barbares (dont je ne veux pas citer les noms car il ne le mérite pas).

En lisant ces pages, on découvre en effet une copieuse collection d'illustrations mais aussi de textes et de bandes dessinées inédites. Les sentiments exprimés sont très variés, mais l'émotion domine, palpable, poignante. Frédéric Niffle avait promis un numéro combatif, non pas inspiré par le ressentiment, la colère, l'envie de vengeance, mais plutôt par esprit de résistance et de solidarité. Cela est répété dans le très bel et sobre édito, notamment lorsqu'il est dit ceci :

"Spirou n'est pas un journal politique.
"Spirou est un journal de divertissement.
"Mais depuis toujours, Spirou défend la liberté, la solidarité, la tolérance, l'amitié, l'intelligence et l'humour.
"Sans liberté de la presse, pas de démocratie.
"Sans liberté de création, pas d'édition, et les bandes dessinées que vous lisez ici n'existeraient pas.
"Sans liberté, pas d'humanité.
"Ce hors-série n'a qu'un but : vous faire réfléchir aux valeurs que nous partageons. Protéger ces valeurs demande une vigilance de chaque instant. De tous : adultes comme enfants."

Le sommaire indique qu'une large part (la plus importante) de ces 52 pages a été réservée à des dessins et quelques textes où les contributeurs ont, en une ou quelques images, quelques lignes, disent leur indignation, leur chagrin, leur peur, leur volonté de poursuivre leur travail.

Bien qu'il soit aisé, en surfant sur le net, de trouver une bonne quantité des dessins publiés, je n'ai pas voulu en poster abusivement pour cet article car j'aimerai que vous achetiez ce numéro, qui ne coûte que 2,40 E - un prix extrêmement abordable. Ne faîtes pas non plus de la spéculation en vous en procurant un exemplaire pour le revendre ensuite à un prix élevé : restez dignes. Parce que TOUS les bénéfices seront reversés en faveur de Charlie Hebdo et des familles des victimes.
Même si vous n'achetez pas Charlie Hebdo, pour quelque raison que ce soit, vous pourrez au moins en achetant ce hors-série de Spirou aider ce journal mais surtout les proches de ceux qui sont morts.

La liberté d'expression est un principe avec lequel il ne faut pas transiger. 

Ne pas être d'accord avec le style d'un journal ne signifie pas que ce journal insulte qui que ce soit. Nous vivons dans un pays qui autorise à se moquer de tout, dans le cadre de la loi, c'est un privilège rare, précieux. Réfléchissez que si, dans le futur, cela ne devait plus être le cas, non seulement la presse mais NOUS TOUS ne serions plus libres de nous exprimer.  

C'est aussi ce qui délimite rire de tout (car Charlie Hebdo rit de toutes les religions, de tous les partis politiques, de toutes les institutions, de toutes les autorités) et dire n'importe quoi en se réclamant de la liberté d'expression.

Les gens qui ont été tués le 7 et 8 Janvier dernier ne faisaient pas l'apologie du terrorisme, ne tenaient pas des propos antisémites, ne criaient pas au complot. C'était simplement des dessinateurs qui voulaient nous faire rire, des journalistes qui voulaient nous faire réfléchir et réagir, des policiers qui assuraient l'ordre public et notre sécurité, de simples citoyens de confession juive en train de faire leurs courses dans un hyper-marché casher. Des êtres humains exécutés par des illuminés.

Ceux qui les ont assassinés se réclamaient de Allah, prétendaient vouloir venger le Prophète, en abattant des artistes, des journalistes, des policiers, des juifs. Ils prétendaient défendre une religion, ses pratiquants, et n'ont contribué qu'à accabler tous ceux qui sont de confession musulmane et qui pratiquent leur foi dans le respect de leur culte et de la communauté nationale. Ils ont tué des innocents, des gens comme vous et moi, après avoir été radicalisés, en espérant provoquer une guerre de civilisations.

Depuis ces attentats, certains font passer ces tueurs pour des martyrs, des héros ; d'autres délirent sur des conspirations (ourdies par les autorités françaises, juives, américaines), divaguent en affirmant que les victimes ne sont pas mortes ou si elles le sont, c'est parce qu'elles le méritaient. Comment peut-on souscrire à de telles théories ? Comment peut-on penser qu'on mérite de mourir pour avoir dessiné, écrit, parce qu'on était juif ou musulman (car ces "vengeurs" de l'Islam ont aussi tué des musulmans comme eux) ?

Depuis ces terribles jours, d'autres déversent leur haine en pointant que le problème, ce sont les musulmans, tous autant qu'ils sont. Là aussi, comment peut-on emprunter de tels raccourcis ? Comment peut-on salir la mémoire de ceux qui, musulmans ordinaires, intégrés, sont tombés sous les balles de barbares qui servaient un Islam déformé, prétexte à une haine de l'autre avant tout ?

C'est contre cela que certains dessins sont présentés dans ce numéro. Contre les amalgames, contre la bêtise ordinaire ou criminelle, contre la peur, contre l'oubli.
Et POUR la sagesse, la mémoire, la tolérance, la résistance.

Beaucoup d'artistes citent Cabu dans leurs images : c'était la figure emblématique de Charlie Hebdo mais aussi du dessin de caricature pour toute une génération, au-delà du journal dont il était un pilier, parce que, comme moi, il était devenu populaire en participant à Récré A2 où William Leymergie l'avait sollicité pour être aux côtés de Dorothée, Jacky, Corbier. En perdant Cabu, c'est aussi un personnage de leur enfance que plein de monde a perdu. Sa mort apparaît doublement injuste, terrible, car, en plus d'être un caricaturiste politique, c'était cet homme qui avait dessiné à la télé pour les enfants.

D'autres contributeurs ont mis en scène leurs propres héros face à la tragédie, ou se sont mis en scène eux-même pour parler de leur vocation de dessinateur. Matthieu Bonhomme a ainsi réalisé ce superbe portrait d'Esteban qui m'a profondément ému par sa simplicité et sa force évocatrice.
Alain Dodier avec Jérôme K. Jérôme Bloche, Alex Lopez avec Adeline, Willy Lambil avec Blutch et Chesterfield (les Tuniques bleues), Lewis Trondheim et Guillaume Bianco avec Zizi chauve-souris, Christian Darasse avec Tamara, Libon avec les Cavaliers de l'Apocadispe, Fabrice Parme avec Seccotine, Netch avec Bulbox, Boris Mirroir avec Rob et Clutch, Frank avec Broussaille, Delaf et Dubuc avec les Nombrils, Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti avec les enfants de Seuls, Dab's avec le Club des Huns, Denic Lelièvre avec Pic et Zou, et Nob avec Dad ont aussi produit des images ou des planches admirables, sensibles, intelligentes.


Quant à Fabrice Perre, Nicoby (qui en profite pour resituer historiquement Charlie Hebdo), Guillaume Bouzard, Fred Neidhardt (pour deux planches essentielles sur la caricature en Algérie), Matthieu Sapin, Isa, Ruben Del Rincon (là aussi pour deux pages formidables, inspirées par Franquin), Jean-Paul Krassinsky et Marie Gloris Bardiaux-Vaïente, Hubert, Eric Maltaite, Fabrice Tarrin (qui évoque justement l'époque de Récré A2 avec Cabu), et 5 pages de L'Atelier Mastondonte (avec Lewis Trondheim, Pascal Jousselin, Alfred, Obion, Benoît Féroumont, Jérôme Jouvray, Guillaume Bianco, Mathilde Domecq), puis Joan et Julien Neel, ils ont aussi livré des pages souvent très justes sur tout ce que cela a pu, à eux et à nous, inspirer.

C'est vraiment un beau numéro, qui vous serre souvent la gorge - non pas en vous angoissant mais en vous émouvant - , vous fait sourire parfois. Un numéro d'après, pour après. Pour ne jamais oublier.
Merci. Et bravo.

samedi 17 janvier 2015

Critique 557 : SPIROU N° 4005 (14 Janvier 2015)


Bonne nouvelle : Le Royaume de Benoît Féroumont revient (et pour deux semaines d'affilée) ! Le Labo fait aussi son retour pour nous expliquer l'énergie solaire.

J'ai aimé :

- Benoît Brisefer : Le gorille blanc (4/9). Au village de M. Mbili, Benoît rencontre grâce à Biloulou le sorcier de la tribu qui croit lui aussi à l'existence du gorille blanc (symbole de bonheur) et pour preuve, il l'a vu alors qu'il était tout jeune. Tonton Placide, lui, découvre qu'un attentat se prépare contre le président mais il est neutralisé...
Dans l'interview qu'on peut lire en préambule de cet épisode, le dessinateur Pascal Garray détaille la réalisation de cette histoire et sa méthode de travail (à l'ancienne, il fait tout, tout seul). C'est aussi pour cela que j'apprécie cette lecture : Benoît Brisefer a un côté "old school" assumé et maîtrisé.
Le récit tient en haleine semaine après semaine et il a la force classique des bandes dessinées sans prétention mais bien menées.

- Une aventure de Spirou et Fantasio : La grosse tête (7/9). Prisonniers de rebelles du Bretzelburg, Spirou et (surtout) Fantasio comprennent la réalité de la situation de crise que traverse le pays.
Alors que l'aventure progresse vers son dénouement, Makyo et Toldac renversent habilement les rôles en faisant de Fantasio à nouveau une figure héroïque, tandis que Spirou continue de se comporter comme une diva. Ce faisant, cet épisode rend de manière troublante à la lumière des récents tragiques événements contre la rédaction de "Charlie Hebdo" un bel hommage à la liberté de la presse, une presse éducative et de combat, via l'évocation du "Moustique" qui a inspiré le chef des rebelles Helmut Khoule.
Téhem continue d'animer visuellement ce récit avec la même énergie depuis le début.

- Mélusine. Clarke reprend l'enquête dans l'école avec un gag savoureux mais par certains côtés (dé)culotté (en effet, on ne voit pas souvent des filles - et des démons - tout nus dans les pages de la revue).

- Le Royaume : A vos ordres, mon capitaine ! (1/2). François le forgeron dirige maintenant les troupes du bon roi mais peine à imposer son autorité, encore moins lorsqu'une fille se présente pour s'engager.
Benoît Féroumont revient pour un récit en deux parties de 9 pages chacune, et c'est un pur bonheur : comme il l'explique dans l'interview de la rubrique "En direct de la rédak", il a trouvé l'inspiration dans les buddy movies/series en s'appuyant sur un couple mixte, et donne encore une fois un rôle en or à une figure féminine (l'irrésistible Sophie Bellesec).
Le plaisir est total, avec des dialogues enlevés et des situations inspirées. Le meilleur, c'est que ça continue la semaine prochaine !

- Minions. Didier Ah-Koon et Renaud Collin proposent encore une fois un superbe gag sans paroles, à la chute imparable. Du travail d'orfèvre.

- Givrés ! Amalric et Madaule mettent en scène leurs drôles de créatures dans une satire bien sentie sur les smartphones : efficace.

- Capitaine Anchois. On est encore gâté avec une double ration de la série de Floris : le gag en une page est impeccable, et le strip en fin de revue du même tonneau.

- Le Labo : Energie solaire. Jean-Yves Duhoo est rare dans la revue mais sa bande dessinée éducative est toujours un rendez-vous à ne pas manquer : on y apprend vraiment un tas d'information sous une forme divertissante et très documentée. Ce pourrait être austère, c'est passionnant.

- Zizi chauve-souris. La chauve-souris de Trondheim et Bianco est-elle tombée amoureuse d'une souris ? Trois strips bien ironiques et toniques pour cette série jubilatoire.

- Rob. Clutch n'est-il pas en train de prendre goût au travestissement depuis que son ex-patron l'a dragué ? James et Boris Mirroir brodent avec talent sur la tolérance dans cette série toujours surprenante d'absurdité.

- L'Atelier Mastodonte. Jérôme Jouvray s'amuse de la détresse de Nob, puis Obion doit identifier son collègue Alfred lors d'un jeu. Malicieux et superbement dessiné : c'est désormais la coutume.

- Tash et Trash. Dino est égal à lui-même : son strip en trois cases me ravit toujours.

- Dad. Comment regarder tranquillement sa série télé préférée quand Bébérinice veut sortir ? La réponse dans le gag de la semaine de Nob, toujours au sommet de son art (voir di-dessous).

En direct de la rédak donne donc la parole à Féroumont, et annonce le retour des Nombrils (que je découvrirais pour ma part) la semaine prochaine.
Les aventures d'un journal revient sur la série Mirliton de Macherot, écrite avec Cauvin : l'occasion de voir que ce dernier a travaillé pour une de ses idole, qui n'a pourtant guère apprécié l'expérience.
La rubrique Cartes Blanches permet aussi à Trondheim de produire un gag très marrant avec Spip (qui sera la vedette du n° 4010).

Les abonnés ont la chance aussi d'avoir en supplément un bien beau poster de Spirou, Fantasio et compagnie par Munuera.

samedi 10 janvier 2015

Critique 553 : SPIROU N° 4004 (7 Janvier 2015)


On va se marrer car Les Cavaliers de l'Apocadispe sont de retour et ont les honneurs de la couverture. Cédric figure sur le bandeau, mais là, je le sens moins bien...
J'ai aimé :

- Benoît Brisefer : Le gorille blanc (3/9). Alors que M. Dussiflard et leur guide, Mbili, sont victimes d'une insolation, Benoît utilise ses pouvoirs pour retrouver le village de ce dernier et rencontre Biloulou, un garçon de la tribu. Tonton Placide, de son côté, prépare le voyage du président dans le pays...
En préambule de cet épisode, le scénariste Luc Parthoens explique avec précision quels sont les enjeux du retour de Benoît Brisefer et les difficultés rencontrées pour écrire cette aventure. L'exigence du co-auteur du script (avec Thierry Culliford, le fils de Peyo) est payante car le récit est toujours bien mené et donne envie de connaître la suite alors qu'on en atteint le premier tiers.
Les dessins de Pascal Garray sont au diapason : classiques mais efficaces (en particulier lors de la course folle de Benoît dans la savane).

- Une aventure de Spirou et Fantasio : La grosse tête (6/9). Spirou déraille complètement alors que va débuter le tournage de son deuxième film, adapté du Prisonnier du Bouddha, au Bretzelburg. Fantasio est outré par la désinvolture de son ami face à la situation du pays. Mais tout va peut-être changer lorsqu'ils sont enlevés par des rebelles...
Makyo et Toldac ont vraiment construit une histoire très riche en développant à la fois les tensions entre les deux héros sur fond de star-system et de conflit politique au Bretzelburg - ce dernier élément semblant avoir été négligé dans les précédents chapitres pour revenir au premier plan ici. Dans les deux cas, c'est toujours aussi bien senti et entraînant.
Téhem s'en donne lui aussi à coeur joie, soignant particulièrement l'expressivité de ses personnages qui n'arrêtent plus de se disputer même quand ils ne contrôlent plus rien.

- Mélusine. De la difficulté d'être prof de gym dans une école de sorciers : Clarke revient à la description gaguesque de la vie quotidienne de ses héros (après le feuilleton sur le trafic à l'intérieur de l'établissement). Retour gagnant.

- Adeline : Le candidats de Maman. La mère d'Adeline cherche à caser sa fille avec un des fils des commerçants du quartier : c'est pas gagné ! Alex Lopez s'amuse, et nous avec, avec ce récit court (5 pages) dont la chute est savoureuse. Le dessin surjoue parfois le propos mais la tonicité de l'ensemble est très drôle.

- Capitaine Anchois. Floris a à nouveau droit à deux passages cette semaine : sa pleine page est irrésistible, avec une chute (au propre comme au figuré) réjouissante. Son strip, bien caféiné, est également rigolo.

- Les Cavaliers de l'Apocadispe font du patin. Les trois héros bien crétins de Libon se fourrent encore dans un coup tordu et tordant : la bêtise érigée au rang des Beaux-Arts. Si cela ne vous fait pas marrer, il y a du souci à se faire.

- Rob. James et Boris Mirroir troussent encore deux fois deux strips très marrants où le zèle bureaucrate de leur robot va entraîner Clutch dans une situation très embarrassante avec son ex-patron.

- Pinpin reporter. Les pages de Matthieu Sapin sont certes d'une pauvreté visuelle malheureuse, mais cette semaine il se fend d'un petit état des lieux sur ses débuts (avec Sfar, Blain, Sattouf) qui touche par la mélancolie (et aussi l'amertume) qui s'en dégage.

- Zizi chauve-souris. Trondheim et Bianco se fendent de trois nouveaux strips acides comme ils savent si bien les faire : c'est précisément ce qui rend leur collaboration si plaisante, ce refus de produire une bd pour enfants gentille et correcte.

- L'Atelier Mastodonte. Obion se tape encore un terrible bide avec un calembour. Et Nob fait semblant d'écouter le sermon de Trondheim. Y a pas à dire, mais produire chaque semaine une série aussi parfaite est miraculeux.

- Tash et Trash. Dino a aussi du génie : avec un minimalisme confondant, il sort un gag fulgurant.

- Dad. C'est pas joli-joli de vouloir lire le journal intime d'une de ses filles et le papa de Nob va l'apprendre à ses dépens. Là encore, toujours un prodigieux sans-faute. (Voir ci-dessous :)


En direct de la rédak vaut plus par ses annonces - le retour prochain d'Attila - que par l'interview lénifiante de Laudec (dessinateur de Cédric).
Les aventures d'un journal revient sur l'éphémère série Michel et Thierry, par Jadoul et Piroton (le dessinateur du mythique Jess Long, que j'eus le privilège de rencontrer quand j'étais gamin).

Et la semaine prochaine, ô joie, c'est le retour du Royaume de Benoît Féroumont !

Et n'oubliez pas, aussi la semaine prochaine, le Hors-Série de "Spirou" en hommage aux victimes de l'attentat contre "Charlie Hebdo" annoncé par Frédéric Niffle sur Facebook :

"Chers amis,

"SPIROU va réaliser un numéro spécial hors-série qui paraîtra déjà la semaine prochaine afin de rendre hommage aux 12 personnes assassinées dont des auteurs de Charlie Hebdo (Cabu, Charb, Tignous, Wolinski), et pour expliquer pourquoi la liberté d'expression est si importante dans un monde civilisé. Dire que nous ne sommes pas d'accord avec cette vision d'une société totalitaire.

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » Evelyne Beatrice Hall en 1906 pour résumer la pensée de Voltaire.

"Nous vous sollicitons donc pour participer à ce numéro spécial.

"Votre dessin, votre texte, votre/vos planche(s) doivent nous arriver au plus tard ce samedi 10 janvier.

"D'avance un très grand merci pour votre soutien.

"Rappelons toutefois que SPIROU est un journal qui prône la tolérance jusqu'au cœur de sa devise : "Spirou, ami, partout, toujours"

"La rédaction SPIROU."

mardi 6 janvier 2015

LES COUVERTURES DU MOIS : JANVIER 2015

Pour cette nouvelle année, j'ai décidé d'exhumer une rubrique, mais en la modifiant un peu.
Souvenez-vous de "La Couverture du Mois" : en 2013, j'étais membre actif de www.forumcomics.com et je proposais conjointement à ses contributeurs et aux lecteurs de mon blog une sélection de couvertures de comics chaque mois, parmi laquelle était élue la plus belle/originale/accrocheuse...
Depuis, par manque de temps, j'ai cessé d'intervenir sur ce forum, et en 2014, je n'ai pas voulu renouveler l'expérience de la couverture du mois juste pour ce blog, par manque de motivation.
Mais en 2015 je vais essayer de reconduire cette expérience, à un détail prés : plus de compétition, juste des entrées régulières (mensuelles, j'espère) avec quelques "covers" qui m'auront tapé dans l'oeil.  Je ne promets pas de piocher chez chaque éditeur, je m'en teindrai sûrement principalement à Marvel, DC et Image, mais si vous souhaitez laisser des commentaires sur ma sélection, ne vous privez pas.

Voici donc les couvertures du mois de Janvier 2015 :

 ASTRO CITY # 19, par Alex Ross (DC Comics)
 BATGIRL # 38, par Cameron Stewart (DC Comics)
 DETECTIVE COMICS # 38, par Francis Manapul (DC Comics)
 FAIREST # 33, par Adam Hughes (DC Comics)
 PENNY DORA AND THE WISHBOX # 3, par Sina Grace (Image Comics)
 BUCKY BARNES : THE WINTER SOLDIER # 4, par Mike Del Mundo (Marvel Comics)
 ELEKTRA # 10, par Mike Del Mundo (Marvel Comics)
 MOON KNIGHT # 11, par Declan Shalvey (Marvel Comics)

jeudi 1 janvier 2015

BONNE ANNEE 2015 !


Je vous souhaite à tous
une bonne année 2015.

A bientôt ici pour de nouvelles lectures !

lundi 21 janvier 2013

LA COUVERTURE DU MOIS "FORUMCOMICS" : JANVIER 2013

Sur www.forumcomics.com, où je suis membre, j'ai proposé aux contributeurs d'élire chaque mois "la couverture du mois". Cette sélection doit s'ajouter à la liste des récompenses honorifiques des "Ditko d'Or" que le forum remet chaque année aux meilleurs scénariste, dessinateur, série régulière, mini-série, event, revue, album de librairie, réédition... Pour distinguer une couverture cette année, le choix fut compliqué pour les votants car aucune pré-liste n'avait été préparée. Ainsi, en en élisant une chaque mois, 12 seront en compétition fin 2013, ce qui devrait faciliter l'opération.

"La couverture du mois", comment ça marche ? Les 4 étapes de la procédure :

- 1/ je choisis, en consultant les "sollicitations" des éditeurs américains, les couvertures,
- 2/ il faut veiller à ne pas montrer des images qui "spoilent" trop le contenu d'épisodes qui ne seront pas traduits avant plusieurs mois chez nous pour des lecteurs consommant majoritairement de la version française,
- 3/ il faut également essayer de dénicher des visuels accrocheurs, intrigants, qui donneraient envie d'acheter l'épisode, même si la série n'est pas connue ou disponible de ce côté-ci de l'Atlantique,
- 4/ enfin, j'ai tenu dès le départ à ce que la sélection soit ouverte - entendez pas là qu'elle ne se soit pas cantonnée aux "big two" (Marvel et DC) et à des cover-artist qui soient forcément des vedettes de l'exercice.

Pour ce premier essai, j'ai proposé une sélection volontairement réduite, afin de tester l'intérêt des forumeurs - 15 membres ont voté. L'expérience a suscité suffisamment d'adhésion pour qu'en Février il y ait plus de choix. L'autre règle que je me suis fixé, c'est qu'ayant choisi seul les couvertures je ne vote pas et que j'essaie de ne pas (pas trop) imposer mes cover-artists favoris.

Voici donc le résultat de l'élection pour "la couverture du mois de Janvier 2013", avec les six candidates, en commençant pas celle qui a recueilli le moins de voix jusqu'à la gagnante :
 COMEBACK 3, par Michael Walsh (Image Comics),
1 voix.
 CREATOR-OWNED HEROES 8, par Amanda Conner (Image Comics),
2 voix.
 BATMAN 16, par Greg Capullo (DC Comics),
2 voix.
 CAPTAIN AMERICA 3 (Variant), par Alex Maleev (Marvel),
3 voix.
 BATWOMAN 16, par J.H. Williams III (DC Comics),
3 voix.
 La couverture de Janvier 2013 :
NEW AVENGERS 2, par Jock (Marvel),
4 voix.
   
Rendez-vous le mois prochain !

mardi 1 janvier 2013

Critiques 367 : REVUES VF JANVIER 2013

Batman Saga 8 :

Batman (#8 : Le siège du manoir Wayne & L'appel*) : La Cour des Hiboux lâche ses Ergots sur le manoir de Bruce Wayne... Et Gotham ! Batman est obligé de se réfugier dans sa cache d'armes de la Bat-cave avec son majordome Alfred, qui sonne le rappel de la Bat-family...

Scott Snyder enchaîne avec le second acte de sa saga des Hiboux, mais 8 épisodes pour en arriver là, c'est quand même très long ! Pour être parfaitement honnête, si l'Ergot est un adversaire intéressant, qui rafraîchit la "rogue gallery" de Batman, j'en ai assez de tous ces hiboux partout, tout le temps, qui ont toujours un coup d'avance - un comble pour un tacticien comme Bruce Wayne qui anticipe mieux que quiconque les mouvements de ses adversaires ! Ce sentiment de surenchère narrative a achevé de me lasser.
Ce n'est pas mal écrit, mais j'en ai marre. 

Dommage aussi pour Greg Capullo qui continue à fournir des planches très efficaces, même si, là aussi, je dois dire que je le trouve moins audacieux. La révèlation de ce run, c'est lui : je le connaissais très peu et sa contribution a été primordiale pour ne pas me faire lâcher l'affaire. Mais, bon, ça ne suffit pas pour continuer.

La back-up (*), co-écrite par James Tynion IV et dessinée (remarquablement) par Rafael Albuquerque, est d'un sacré niveau, qui donne envie de voir cette équipe sur un titre à part entière.
*
Detective Comics (#8 : Stratégie d'épouvante & Bienvenue du côté obscur*) : L'Epouvantail fait chanter Batman pour assouvir une vengeance personnelle, en s'en prenant d'abord à Catwoman. L'affaire conduit le héros à affronter Eli Strange...

Même si ce nouvel épisode n'est pas renversant, c'est sans nul doute le plus réussi depuis le début du reboot de ce titre. Un "one-shot", avec Catwoman en guest-star, mené tambour battant, sur le principe de la course contre la montre, classique mais impeccable.

Visuellement, Tony Daniel ne fait pas d'étincelles mais s'en sort très bien. Mieux que Szymon Kudransky dans la back-up (*), pâle copie de Maleev.
*
Batman & Robin (#8 : Né pour tuer - l'aube noire) : Personne est mort. Bruce Wayne et Damian rentrent au manoir panser leurs plaies... Et faire le point sur leur relation père-fils et la méthode à employer contre leurs ennemis.

L'épilogue de ce premier arc, qui a été parfait de bout en bout, ne déçoit pas et a même le mérite de conclure dignement en posant les questions qui fâchent (les conséquences du geste de Damian, l'attitude de Bruce envers son fils et ses ennemis). Peter Tomasi entraîne vraiment cette série très haut, avec subtilité et intensité. Remarquable.

Il est aidé par Patrick Gleason qui a livré (avec Mick Gray et John Kalisz) un travail exceptionnel à chaque épisode, et qui est aussi à l'aise dans l'action que l'intimisme. Bravo !
*
Batgirl (#8 : Aucune ombre aussi profonde) : Bon, là, j'ai pas lu. C'est au-dessus de mes forces.
*
Bilan : Trop chère, trop inégale - J'arrête la revue ici. Mais je regretterai B & R.
Marvel Knights 6 :

Daredevil (#10-10.1 : Angoisse au cimetière - Garde à vue) : Daredevil affronte L'Homme-Taupe, responsable de la profanation du cimetière où reposait son père, et doit à cette occasion repenser sa notion du deuil.
Puis Matt Murdock s'occupe du cas d'un certain Nolan, mercenaire employé par l'organisation du Spectre Noir, convoitant le disque Oméga.

J'ai déjà commenté ces épisodes, les deux derniers du 2ème recueil de la série. Mark Waid conclut en beauté le face-à-face entre Daredevil et l'Homme-Taupe, en soulignant leur similarité inattendue (touchant aussi bien à leur handicap qu'à la perte d'êtres chers). 
Cet épisode est magnifiquement mis en images par Paolo Rivera, dont le découpage, notamment, est d'une finesse et d'une inventivité exceptionnelles.

L'épisode ".1" est hélas ! beaucoup moins notable, ou pas pour de bonnes raisons. Waid est victime d'une opération éditoriale stupide et d'un dessinateur parmi les plus mauvais actuellement (l'infâme Koi Pham). A oublier.

A la fin de la revue, on a droit à une back-up issue de Astonishing Tales, datant de... 2009 ! Panini a dû trouver ça sur une étagère, mais qu'est-ce que ça vient faire là ? 
*
Ghost Rider (#9 : Enfer et damnation) : je n'ai pas lu l'ultime (et long - 30 pages) épisode du relaunch raté de cette série, annulée alors qu'elle n'aurait jamais dû être lancée. Sa disparition va permettre à la revue de disposer d'un sommaire digne de ce nom désormais.
*
Punisher (#9 : Tandem) : Alors que Chris Poulsen, cadre de la Bourse, l'organisation que veut démanteler le Punisher, croyait l'avoir piégé, il découvre son erreur... Et provoque une nouvelle rencontre et l'alliance entre Frank Castle et Rachel Cole-Alvès, qui poursuit le même but que lui.

Greg Rucka clôt un nouvel arc de sa série, dont le dénouement relance complètement les enjeux et le héros, désormais avec une partenaire d'armes. La décompression de la narration est compensée par l'habileté avec laquelle le scénariste utilise le silence et rythme l'action (superbes affrontements entre Castle et Poulsen puis les sbires du Spectre Noir).

Mirko Colak remplace Marco Checchetto (parti dessiner le crossover Omega Effect, publié dans son intégralité dans le prochain numéro de la revue). Son style élégant fait penser à un Clay Mann mais à la palette plus complète, notamment en ce qui concerne le découpage, bien maîtrisé. La colorisation de Matt Hollingsworth est superbe.
*
Le Soldat de l'Hiver (#3 : Gare aux dormeurs...) : Bucky et la Veuve Noire commencent à y voir plus clair dans la tentative d'attentat visant le Dr Fatalis, lié au réveil d'un agent dormant du KGB formé par le héros autrefois. Nick Fury identifie Lucia Von Bardas comme l'instigatrice de la machination, et il faut maintenant convaincre Fatalis lui-même de coopérer pour éviter le pire...

Ed Brubaker donne un coup d'accélérateur à son intrigue en en dévoilant un pan entier, qui se réfère à la saga Secret War de Brian Michael Bendis (dans laquelle Nick Fury manipula plusieurs héros pour provoquer un coup d'état en Latvérie). Les éléments de l'intrigue s'emboîtent parfaitement jusqu'à l'alliance finale qui promet une suite accrocheuse. 

Au dessin, Butch Guice donne le meilleur de lui-même, en recevant le soutien de Stefano Gaudiano à l'encrage : ses planches y gagnent en lisibilité et en texture, et l'artiste réussit quelques scènes de toute beauté (comme le parachutage et l'infiltration de Bucky et Natasha, cadrés en plans verticaux).
Bilan : très positif - Daredevil (au moins avec Rivera), Punisher et Winter Soldier offrent de très bons épisodes et formeront à partir du prochain numéro certainement le plus beau sommaire de toutes les revues Panini.
 
Marvel Classic 9 :

Daredevil (#1 ; 15-19 : Les origines de Daredevil ; On l'appelle... Le Boeuf ! - Avec... Spider-Man ! - Au royaume des aveugles ! - Le Gladiateur te salue ! - Seul... Contre la pègre !) : Matt Murdock est le fils de Jack, un boxeur en fin de carrière qui accepte des combats arrangés par le Fixer. Lorsque Matt en voulant sauver un vieil aveugle perd lui-même la vue à cause d'un isotope radioactif tombé d'un camion, son père refuse de se "coucher" lors d'un match : il le paiera de sa vie et inspirera à son fils l'idée d'agir sous le masque et l'identité de Daredevil.
Plus tard, il va affronter le Boeuf, une brute épaisse manipulé par un co-détenu scientifique. Puis en traquant le Maraudeur Masqué, il va s'opposer, sur un malentendu, avec Spider-Man, avant de devoir neutraliser le Gladiateur. Pendant ce temps, Matt Murdock, devenu avocat avec Foggy Nelson, doit aussi composer avec l'amour que lui porte leur secrétaire, Karen Page, et qui suscite la jalousie de son associé...

Que Panini consacre une revue trimestrielle aux classiques de Marvel, comme le faisait "Strange Spécial Origines" en son temps, est une initiative qu'il est difficile de ne pas soutenir. Quand, en plus, il s'agit de proposer des épisodes rares de Daredevil, c'est encore mieux. Mais alors, pourquoi ne pas commencer par le début, ou du moins par les chapitres qui virent le héros prendre sa forme définitive ?
Le sommaire de ce numéro est pour le moins curieux : passé le premier numéro, avec les origines du personnage, écrites par Stan Lee et dessinées par le vétéran Bill Everett (qui quitta la série aussitôt après), on passe sans transition au #15, lorsque John Romita Sr prit le crayon (il avait auparavant encré les #12 et 13, dessinés par Jack Kirby).
Outre que ces épisodes ne soient pas, scénaristiquement, bien fameux (intrigues mollassonnes, méchants sans envergure - à part le Gladiateur qui faisait ses débuts), leur sélection aboutit de facto à zapper le passage de Wallace Wood, l'artiste qui relooka Daredevil en le débarrassant de son ridicule costume rouge et jaune pour sa combinaison écarlate. Par ailleurs, malgré tout le talent de Romita Sr, à l'oeuvre ensuite sur Spider-Man, sa prestation est très en deçà de son niveau, alors que Wood n'est resté que peu de temps, certes, mais avec des illustrations magnifiques (et bien plus collector, ce qui aurait valorisé le contenu de la revue).

C'est donc décevant, même si, par intermittences, ces aventures conservent un charme certain, avec cette propension unique qu'avait Stan Lee à marier le soap opera et les super-héros, à recycler des idées de série en série (DD était alors un héros bondissant à la langue bien pendue, loin des standards de Frank Miller), sans éviter toujours le ridicule (Foggy se déguisant en Daredevil pour impressionner Karen Page... Et déclenchant des catastrophes). 

La classe du dessin de John Romita Sr brille surtout dans les scènes "civiles" : ses personnages possèdent cette élégance, cette beauté, rétro certes mais intacte. Quand il lui faut mettre en scène DD en costume, le résultat est plus mitigé, mais en progression constante : sans doute qu'en restant plus longtemps sur le titre, il aurait produit des planches toujours plus convaincantes.

Bilan : une programmation absurde pour honorer Daredevil. Le prestige des auteurs au menu ne doit pas tromper le fan ou l'amateur du personnage : ces épisodes sont, au mieux, moyens. Dommage.   
Before Watchmen 1 :

J'ai hésité avant de me procurer cette revue car le projet d'une préquelle à Watchmen m'a déplu dès son annonce. Pour les fans de la première heure, et beaucoup d'auteurs, retoucher à Watchmen était un tabou. L'adaptation cinématographique, sans être indigne, n'était déjà pas à la hauteur. Mais, après son reboot, décomplexé, DC a franchi le Rubicon en lançant une préquelle. Ou plutôt une série d'antépisodes, avec 7 mini-séries (de 4 à 6 épisodes chacune), puis récemment des one et double shots... La machine est lancée. On se demande désormais où elle va s'arrêter.
Mais DC a su attirer des scénaristes et dessinateurs accrocheurs pour ce projet (ce qui permet aussi aux auteurs en question de se partager la responsabilité de leur participation). J'ai finalement voulu voir avant de condamner.
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Before Watchmen : Minutemen (#1 : Huit minutes) : Hollis Mason, le premier Hibou, achève la rédaction des ses Mémoires, Sous le masque, dans lesquelles il revient sur sa carrière de justicier masqué, l'apparition de ses homologues dans les années 40, et leur alliance...

Darwyn Cooke : un de ces auteurs complets dont le nom suffit à s'intéresser à un comic-book. Voilà bien l'homme qu'il fallait pour que je surmonte ma désapprobation vis-à-vis de Before Watchmen. Qu'il ait la charge de narrer l'histoire des Minutemen (projet qu'eût aussi Alan Moore) était un autre gâge pour me rassurer. C'est ce qu'il va faire en 6 épisodes.
Dans ce premier numéro, il s'attache à nous présenter les prédécesseurs des Watchmen, situant son récit dans un temps et une réalité où il n'existe pas d'autres super-héros masqués. Il s'acquitte avec brio de l'exercice en introduisant huit personnages, tous très différents dans leurs méthodes, leurs motivations, leurs combats, avec des séquences où l'action prime et où les caractères sont bien définis. Raconté depuis le moment où Hollis Mason s'est retiré et écrit ses souvenirs, le récit acquiert une profondeur, une perspective, qui ne trompent pas sur l'issue pathétique de l'aventure et ajoute un ton mélancolique à l'ensemble : c'est habile et inspiré.

Graphiquement, Cooke rend hommage au célèbre "gaufrier" que Dave Gibbons employait dans la série d'origine, mais il sait en tirer des effets intelligents et percutants, excédant l'exercice de style. Le rythme est soutenu mais le propos est aussi dense, et le sens du storytelling de l'artiste est vraiment exceptionnel.
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Before Watchmen : Spectre Soyeux (#1 : Cruels adieux) : Laurie est la fille de Sally Jupiter, ex-membre des Minutemen, qui souhaite la voir prendre sa succession. Mais elle a d'autres préoccupations, entre le mépris raciste (à cause de ses origines polonaises) des autres filles de son école et le béguin (réciproque) qu'elle éprouve pour Greg (dont le père, militaire, veut qu'il s'engage dans l'armée)...

Darwyn Cooke s'associe à Amanda Conner pour cette mini-série en 4 épisodes où il est question de Laurie avant qu'elle ne fasse partie de l'histoire de Watchmen. Le scénario de ce premier chapitre emprunte majoritairement à la comédie sans négliger de traiter des rapports difficiles d'une mère (célibataire) et de sa fille. Le résultat est sympathique, léger, mais on peut espérer que la suite sorte des sentiers battus...

Amanda Conner (Power Girl)est un bon choix pour dessiner ce récit : l'expressivité de son dessin, ses apartés burlesques (quand Laurie rêvasse), la rigueur de son découpage (lui aussi inspiré par celui de Gibbons) permettent d'apprécier les efforts pour produire quelque chose de prometteur.
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Before Watchmen : Le Comédien (#1 : Souriez !) : Edward Blake alias le Comédien a fait partie de la formation des Minutemen et a poursuivi sa carrière dans les premiers cercles du pouvoir politique. En 1962, il est même devenu intime avec les Kennedy. Mais bientôt, l'assassinat de JFK ébranle sa situation...

Brian Azzarello (auteur de 100 Bullets et aujourd'hui aux commandes de Wonder Woman) paraissait le candidat idéal pour s'occuper d'un personnage aussi extrême que le Comédien, mais la copie qu'il rend est une franche déception. Il attribue au anti-héros un sentimentalisme ridicule envers les Kennedy, la mort de Marilyn Monroe... On est loin de la férocité cynique du personnage de Moore. Il va falloir des efforts conséquents pour redresser cette affaire mal engagée (et qui doit durer 6 épisodes...).

J.G. Jones (l'artiste de Wanted, cover-artist de 52) signe des planches médiocres dans un style photo-réaliste figé et souvent peu flatteur. Les personnages réels qu'il doit reproduire sont loin de ressembler à leurs modèles, le découpage est paresseux... Tout ça est besogneux.
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Before Watchmen : Le Hibou (#1 : Rien n'est gratuit en ce monde) : Daniel Dreiberg est depuis toujours fasciné par le Hibou, au point de réussir à localiser son repaire et le convaincre de devenir son partenaire puis son successeur. Une fois Hollis Mason à la retraite, il poursuit son activité clandestine, rencontre Rorschach avec qui il fait équipe, et fait connaissance avec les Watchmen, que veut réunir le vieillissant Captain Metropolis des Minutemen...

Alan Moore avait subtilement réussi avec le 2ème Hibou une figure de héros atypique, lancé dans la carrière de justicier par admiration pour un des Minutemen, associé au psychopathe Rorschach, amoureux de Laurie... C'était un personnage peu commun, retiré des affaires, ventripotent, dépressif : autant dire que Joe Michael Straczynski s'est attaqué à un sujet délicat. Le résultat est mitigé : bavard et mou, ce premier épisode (sur quatre) expose quand même pas mal d'étapes, mais en les survolant plus qu'en les fouillant. Cela manque de sel et ajoute des éléments dispensables (le père Dreiberg battant sa femme).

Les dessins sont assurés par Andy et Joe Kubert. Ce dernier n'est crédité que comme encreur mais son génie domine toutes les pages et montre que ce dessinateur légendaire, qui s'est éteint l'an dernier, avait encore toute la maîtrise de son art. C'est lui, la véritable attraction de cette mini-série.
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Before Watchmen : Ozymandias (#1 : Je rencontrai un voyageur...) : Comment et pourquoi Adrian Veidt est devenu le véritable maître d'oeuvre de Watchmen ? Gamin surdoué, orphelin précoce, fasciné par Alexandre le grand, son destin se joue quand sa maîtresse, Miranda St-John, tombe dans les griffes de Moloch...

Len Wein, qui fut l'editor de la série originale, entreprend donc de nous conter par le menu ce qui a conduit Adrian Veidt à être celui par qui l'histoire des Watchmen fut bouleversée. Malheureusement, autant le dire tout de suite, ce premier volet (sur six) ne fait que rabâcher ce que Moore résumait. Hormis le fait que le héros apprenne les arts martiaux et qu'on découvre sa romance avec Miranda (personnage artificiellement ajouté pour justifier ce qui suit), rien de nouveau sous le soleil. Pire : le personnage y perd de son aura magnétique, insistant sur sa froideur calculatrice, sa révélation sous l'emprise de la drogue, une expérience homosexuelle avec un tibétain... Bof.

Jae Lee, qui a quitté Marvel pour DC à l'occasion de Before Watchmen, signe les pages intérieures de cet épisode après s'être consacré aux couvertures ces dernières années. Le résultat s'en ressent fortement puisqu'on est plus dans l'illustration que dans la bande dessinée, l'art séquentiel. Séparément, certaines images sont effectivement d'une grande beauté, mais prises dans leur globalité, elles ne forment que des planches désincarnés, aux personnages inexpressifs, dans des décors inégalement traités, à la colorisation chargées.
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La Malédiction du Corsaire Sanglant (#1 : Le diable des profondeurs) : l'initiative la plus ridicule du projet puisqu'il s'agit de détailler l'histoire de pirates que lit le jeune client black du kiosquier dans Watchmen. Huit pages dispensables, à la narration épouvantablement bavarde (par Len Wein) et aux dessins surchargés (par John Higgins, le coloriste de la série originale).
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Bilan : près de 140 pages pour 5,60 E, c'est (de loin) la meilleure offre kiosque d'Urban (qui surprend aussi en publiant cela ainsi plutôt qu'en librairie). Pour ce qui est du contenu, d'autres segments s'y grefferont progressivement (la série sur Rorschach et celle sur Dr Manhattan, peut-être à la fin le one-shot sur Dollar Bill et le diptyque sur Moloch). Pour l'instant, les productions de Darwyn Cooke se détachent nettement du lot. Rendez-vous dans deux mois pour voir comment cela évolue.