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mercredi 23 août 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #12, de Tom Taylor et Yasmine Putri


21 (!) mois après le début de sa parution, Dark Knights of Steel est (enfin) terminé. Une fin sans surprise, sans éclat, qui ne comblera pas grand-monde à coup sûr. Tom Taylor donne au lecteur lambda ce que ce dernier veut, rien de plus, et se permet même de teaser une suite... Yasmine Putri produit de jolies planches mais on sent que de son côté aussi le coeur n'y est plus.
 

Protex et les martiens blancs ont scellé un pacte avec Amanda Waller qui leur fournit un moyen de percer les défenses autour du château des El. Mais Constantine, Lois et Harley Quinn ont prévu une parade dont le prince Bruce, Kal et Diana sont les fers de lance...


Il y a peu je rédigeai une critique groupée des derniers épisodes en date de Avengers et Guardians of the Galaxy pour pointer les faiblesses  de leurs scénaristes respectifs, incapables, selon moi, de produire de bons team-books, alliant une caractérisation de qualité et des intrigues originales et efficaces. 


Je n'épargnai pas Jed MacKay et le duo Jackson Lanzing - Collin Kelly mais Tom Taylor me semble aussi surcôté que ces trois-là. Je sens que je ne vais pas me faire beaucoup d'amis en disant cela parce que Taylor est populaire avec son run sur Nightwing, que je considère également surestimé. Mais tant pis, je le dis quand même : ce n'est pas bon.


Il me semblait pourtant que Taylor s'en sortait mieux dans le cadre d'histoires hors continuité. J'avais trouvé son premier arc de DCeased plutôt malin, mais avoir ajouté deux volumes à ce récit montrait bien un opportunisme regrettable.

Si Dark Knights of Steel avait été édité plus intelligemment (notamment en accordant un break substantiel à Yasmine Putri pour qu'elle puisse dessiner tranquillement des épisodes d'avances, ou en publiant cette mini-série bimestriellement par exemple), la lecture aurait sans doute été plus agréable; Mais en l'état, les retards fréquents ont eu raison de ma patience et de mon indulgence car, à chaque fois, que je découvrais un nouveau chapitre, je ne lisais rien qui justifiait que cela ait pris tant de temps pour l'écrire et le dessiner.

Entendons-nous bien : ce n'est pas mauvais. Yasmine Putri, cover-artist, s'avère une dessinatrice complète et douée, et j'aimerai la revoir sur un projet sans doute plus modeste, en tout cas moins énergivore - car, franchement, donner une histoire pareille à quelqu'un qui n'est pas habitué à livrer vingt pages par mois est une absurdité.

Tom Taylor n'est pas non plus un scénariste à jeter. En transposant le DCU dans une épopée médiévale teintée de fantastique, il a adapté parfois avec goût et imagination des personnages et des situations familières. Même si au bout du compte il a gadgetisé tout cela, soulignant plus les différences cosmétiques que thématiques.

Malgré tout, on achève la lecture de Dark Knights of Steel avec un sentiment de déception trop grand pour l'ignorer. Taylor a eu les yeux plus gros que le ventre, en voulant absolument caser des héros dont il n'a rien fait (comme Green Arrow, mutilé et rendu inutile, Black Canary, réduite à de la figuration, Poison Ivy, trop en retrait...). Il a sombré dans des clichés d'auteur de fanfic en créant très artificiellement un couple Supergirl-Wonder Woman (jamais développé), a fait de Batman un bâtard mi-humain, mi-kryptonien (sans que cela n'enrichisse le personnage).

Cette distribution pléthorique de personnages associée aux retards de parution a contribué à troubler le lecteur qui pouvait facilement ne plus se rappeler qui était qui. Et comme le noeud de l'intrigue reposait sur la présence de martiens métamorphes, usurpant l'identité de seconds rôles, tout devint vite confus. En route, des pans entiers de l'histoire sont passés à la trappe (notamment les plans de Etrigan/Ra's Al Ghul contre les Titans) quand d'autres se révélaient tardivement mais de manière trop attendue (la duplicité de Waller).

Le problème de Taylor est bien similaire à celui de MacKay et Lanzing - Kelly : il ne sait pas correctement caractériser ses protagonistes, bons ou méchants, et le lecteur a toutes les peines du monde à s'y attacher. Les intrigues et subplots sont maladroits, ne s'imbriquent pas avec fluidité, et n'aboutissent qu'à des conclusions faiblardes compte tenu des enjeux élevés avancés au début. En vérité, il veut à la fois créer un monde (ici donc un DCU médiéval avec une touche de fantasy) et des figures réinventées de façon mémorables. Il échoue sur les deux plans.

D'abord parce que cet univers parallèle qu'il invente n'est pas suffisamment bien défini : il ne suffit pas de placer des visages familiers et relookés dans des châteaux forts pour que cela suffise à convaincre de l'originalité du procédé. C'est juste exotique. Ensuite, il ne suffit pas davantage de redéfinir des relations entre des héros connus (comme faire de Wonder Woman et Supergirl un couple, de Superman et Batman des demi-frères) pour qu'on trouve ça très audacieux ou même original. C'est juste cosmétique, aussi choquant qu'un changement de costume ou de couleur de peau ou de sexe : les editors et auteurs devraient savoir que les lecteurs sont devenus plus difficiles à berner que ça.

Enfin, il y a, chez Taylor, un problème majeur : celui du vilain. Dans Nightwing, il a passé un nombre invraisemblable d'épisodes à photocopier l'antagonisme Daredevil-Kingpin en les remplaçant par Nightwing-Blockbuster, et quand il a rajouté à l'équation Heartless, il a totalement échoué à faire de ce dernier un méchant avec une présence consistante. Ici, c'est pareil : Protex et sa bande de martiens tombent trop facilement dans un piège qui plus est imaginé par Harley Quinn (!), la grande bataille qui promettait d'être incertaine est réglée en deux temps-trois mouvements. C'est piteux. Mais surtout le dit Protex n'a aucune personnalité et ses plans aucune originalité ni envergure : on sent, on sait qu'il va échouer.

Reste donc les planches de Yasmine Putri. Quand elle a été aux commandes, elle a rarement déçu. Elle manque certes d'expérience comme narratrice, mais pas de talent. Il aurait été surtout plus avisé qu'elle s'exerce sur une histoire moins ambitieuse et plus rigoureuse avant de s'engager dans une mini-série aussi longue et laborieusement écrite. Cela lui aurait évité de dessiner tant de cases dénuées de décors, pour gagner du temps, même si elle a eu la chance d'avoir un talentueux coloriste comme Arif Prianto pour l'aider.

Si Taylor, comme tout l'indique, écrit une suite, je n'en serai de tout façon pas. J'en ai définitivement soupé de ce mauvais écrivaillon dont la hype me dépasse. Peut-être est-ce surtout là l'enseignement de Dark Knights of Steel : arrêter de porter aux nues des auteurs qui sont si inégaux, arrêter d'en faire des pseudo-architectes quand ils n'en ont pas les capacités. D'ailleurs, arrêtez ces histoires de scénaristes-architectes et veillez à ce qu'ils écrivent d'abord de bonnes histoires avant de leur demander de réinventer la roue.

mercredi 7 juin 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #11, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Dark Knights of Steel s'achèvera dans deux mois, quasiment deux ans depuis le début de sa parution (c'était en Novembre 2021). D'où un légitime sentiment de lassitude, de ne pas en voir le bout. Editorialement, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, ce n'est pas fameux. Mais Tom Taylor aura, tant bien que mal, su préserver un intérêt à son projet, bien aidé par la dessinatrice Yasmine Putri. Et ce pénultième épisode est une belle veillée d'armes.



Les martiens blancs ont mis la main sur la kryptonite, grâce à laquelle ils ont un avantage sur le royaume des El. Avec les Pierce et les Amazones, ceux-ci se préparent à la guerre, grâce à J'onn J'onzz mais aussi aux prisonniers des donjons qui sont libérés. Ce qui déplaît à la général Waller...


La désastreuse gestion éditoriale de cette mini-série obligera, je l'espère, les editors du DC Black Label à réfléchir à leur manière de sortir de futurs projets sous cette bannière. Car, avec deux sous d'intelligence, et davantage de bon sens, Dark Knight of Steel aurait été bouclé depuis un moment et ses lecteurs moins frustrés.


Je ne vais pas revenir là-dessus, j'en ai déjà parlé dans de précédentes critiques, mais tout de même, quel gâchis que de ne pas avoir mieux anticiper le temps nécessaire à Yasmine Putri pour dessiner ses épisodes. Démarrée en Novembre 2021, la série ne se conclura qu'en Août 2023, ayant épuisé pas mal de fans entre temps.


C'est d'autant plus dommage que Tom Taylor a sans doute écrit son magnum opus avec Dark Knights of Steel. Si, avec une série comme Nightwing, le scénariste m'a déçu et découragé, en revanche, quand il imagine des récits "elseworlds", il se montre bien plus inspiré, libéré de toute contrainte.

La révélation que Alfred, le valet du prince Bruce, était en réalité le martien J'onn J'onzz dans cette réalité a permis de justifier beaucoup d'événements antérieurs. A commencer par le fait que les vrais méchants de l'histoire étaient des martiens blancs métamorphes venus conquérir la Terre après la destruction de leur planète. Dans un contexte médiéval, teinté de fantastique, c'est une fantaisie supplémentaire qui n'a aucun mal à trouver sa place, même si elle survient tardivement.

Il est désormais acquis que Dark Knights of Steel s'achèvera dans une bataille qui promet d'être spectaculaire et mortelle pour nombre de protagonistes, entre les kryptoniens de la maison El, les amazones, la famille Pierce, sans doute les Titans, et quelques sorciers. Aussi, ce onzième chapitre est une veillée d'armes.

Taylor prend donc le temps de montrer comment les adversaires d'hier se préparent au conflit en utilisant ce que redoutent le plus leurs ennemis, le feu, ici creusant des tranchées, là incendiant des terrains. La reine Lara et ses deux enfants déterrent de quoi forger un projecteur de la zone fantôme où expédier les martiens blancs. Poison Ivy met à disposition sa forêt pour concevoir des armes. John Constantine comprend à quel point il a mal interprété la prophétie. Les mystérieuses créatures enfermés dans les donjons de la maison El sont libérés pour grossir les rangs de l'armée.

Cette dernière initiative a pour conséquence de déplaire à Amanda Waller, qui a souffert la perte de nombre de ses soldats à cause de ces vauriens. Et elle trahit donc les El en allant proposer une alliance aux martiens blancs. Je spoile mais ce n'est pas méchant dans la mesure où ce comportement correspond à celui de la Amanda Waller qu'on connaît dans la continuité classique, prête à composer avec la pire engeance contre des dangers surhumains. C'est le point le plus convenu, le plus téléphoné de cette partie de l'épisode.

Ce qui l'est moins, c'est la réconciliation entre Kal et Bruce quand on se souvient que le premier avait voulu tuer le second quand il lui avait révélé être son demi-frère. Mais ça, c'était avant, avant qu'on sache que Protex, le chef des martiens blancs, avait usurpé l'identité et l'apparence de Kal. Taylor s'est joué du lecteur, quitte parfois à miser sur des coups de théâtre un peu poussifs, un casting un chouia trop fourni (je compte sur le retour des Titans, d'Etrigan, mais sans en avoir l'assurance). Le scénariste apprécie visiblement d'abuser son audience, ce qui ne serait pas gênant si sa série sortait régulièrement, alors que là, avec cette périodicité chaotique, l'astuce est moins efficace.

Yasmine Putri a un peu de mal à dissimuler sa fatigue. Quand on dessine sur une si longue durée une histoire, difficile de garder la même énergie, la même exigence. Elle accomplit une prestation très honorable à laquelle on peut juste reprocher d'être trop légère sur les décors, avec beaucoup trop de plans sans arrière-fond (et que le coloriste Arif Prianto doit donc remplir).

Le charisme de ses designs et l'allure de ses personnages comblent un peu ces failles, mais il faut bien avouer que l'épisode ne permet pas non plus à Putri de fournir un découpage spectaculaire. Elle s'acquitte avec professionnalisme de scènes dialoguées, souvent en tête-à-tête, et certains moments sont tout de même touchants et beaux (je retiens l'échange entre le prince Bruce et J'onn J'onzz).

C'est vraiment, je le répète, que l'éditorial ait échoué à trouver une parution plus adaptée, qui nous aurait épargné des fill-in trop moyens et une pause de plusieurs mois à mi-parcours qui n'a pas permis à Yasmine Putri d'engranger assez d'épisodes d'avance. Souhaitons à présent que Tom Taylor nous donne un final à la hauteur, en attendant de relire tout ça d'une traite, apaisé.

mercredi 29 mars 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #10, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Désormais publiée bimestriellement jusqu'à son dernier épisode (ce qui nous projette en Juillet prochain), Dark Knights of Steel se rappelle à notre souvenir comme une histoire qu'on oublierait presque dans le flot des sorties. Mal éditée donc, la saga de Tom Taylor et Yasmine Putri reste toutefois une bonne lecture.


L'écuyer de Maître Bruce, Alfred, a révélé sa véritable nature : il est un martien, celui désigné par la prophétie de John Constantine comme l'Homme Vert, susceptible de provoquer le chaos. Appelé à raconter son histoire, J'onn J'onzz se défend en accusant son compatriote, le martien blanc, Protex, comme celui dont il faut vraiment se méfier...


Il y a quelque chose de regrettable dans la manière dont Dark Knights of Steel a été édité. Dans l'organigramme des comics, il y a un poste-clé, celui de l'editor, qui est en quelque sorte chargé de veiller à la production des séries. Il sert de correcteur auprès du scénariste, de superviseur auprès de l'artiste, et veille à ce que les épisodes sortent à l'heure dans un calendrier validé par la maison d'édition.


Le DC Black Label permet aux auteurs une plus grande souplesse dans les délais de production, et on peut mesurer le sérieux des editors des titres à la manière dont il organise la mise sur le marché des épisodes. De ce point de vue, The Human Target, de Tom King et Greg Smallwood, a été un exemple, puisque pour permettre à Smallwood de dessiner tranquillement les six derniers épisodes, un break de six mois dans la parution fut décidé et le lecteur était prévenu.


Mais il faut bien reconnaître que la plupart du temps, une telle anticipation n'est pas à l'oeuvre et régulièrement les mini-séries du DC Black Label commencent à sortir ponctuellement puis accumulent les retards. Du coup le lecteur se sent, légitimement, frustré, attendant chaque nouvel épisode sans trop savoir quand il sera disponible.

De ce point de vue, Dark Knights of Steel, c'est du grand n'importe quoi : songez que le n°1 est sortie en Novembre 2021, le 6 en Avril 2022, mais le 7 était dans le bacs en Novembre 2022, et depuis le rythme est devenu bimestriel. Quelqu'un chez DC a cru que Yasmine Putri (dont c'est la première grosse bande dessinée après s'être fait un nom comme cover artist) allait tenir un rythme mensuel sans problème alors qu'elle n'a jamais été capable de livrer plus de trois épisodes d'affilée. Du coup maintenant on a compris qu'il fallait lui laisser deux mois pour ne pas avoir recours à un fill-in artist...

Là où le bât blesse, c'est que le scénario de Tom Taylor comptait visiblement sur un rythme de parution régulier quand on voit le nombre de coups de théâtre qu'il contient, mais c'est devenu impossible à mesure que les épisodes prenaient du temps à être complétés. Aujourd'hui, on ne lit plus Dark Knights of Steel comme une série palpitante mais plutôt comme un tortillard qui se traîne, qui n'en finit plus de finir, avec des rebondissements qui surviennent comme si l'auteur les inventait pour alimenter une intrigue interminable.

Bien entendu, ce n'est pas le cas, Taylor avait sûrement prévu de raconter son histoire telle quelle, avec ces péripéties, mais force est d'avouer qu'une bonne partie du plaisir s'est évanouie avec les retards accumulés. C'est désolant.

Je ne veux pas donner le sentiment d'accabler Yasmine Putri car l'artiste a toujours produit des épisodes de haute volée, bien meilleurs que ceux de ses suppléants, et finalement si elle a besoin deux mois pour compléter chaque chapitre, c'est un moindre mal. Mais l'editor, dont c'est le métier, aurait dû le prendre en compte dès le début et organiser la parution à ce rythme d'un épisode tous les deux mois. Le lecteur s'y serait habitué et la série n'en aurait pas tant pâti.

Pour en revenir au contenu de cet antépénultième épisode, Taylor reprend donc sur la révélation de la véritable identité d'Alfred, qui dans son histoire, est donc J'onn J'onzz le martien. Une des particularités de ce "Elseworld" tient au fait que des personnages familiers ne sont pas/plus ce qu'ils sont dans la continuité. Ainsi le méchant Green Man est Lex Luthor devenu aussi dément que le Joker avec en sa possession un anneau de Green Lantern, ou Etrigan le démon est Ra's Al Ghul. Et donc Alfred Pennyworth, écuyer du seigneur Bruce Wayne, est donc le limier martien.

Une grosse partie de l'épisode revient sur ses origines et à son arrivée sur Terre, dans des circonstances légèrement différentes que celles qu'on connaît (plus dé téléportation par le Pr. Erdel, mais toujours le massacre des martiens verts par les martiens blancs). Taylor lie tout cela à la prophétie de John Constantine sur l'Homme Vert qui apportera le chaos entre les royaumes et c'est habile à défaut d'être fluide. Tout comme il agrège l'alliance entre la maison El, la maison Pierce et les amazones autour d'un ennemi commun. Sans oublier le renfort de Poison Ivy.

Tout est désormais en place pour les deux prochains et derniers épisodes qui promettent un conflit entre Protex et son commando de martiens blancs et cette coalition née sur les morts de Jor-El, Jefferson Pierce et Hippolyte. Yasmine Putri nous régalera, à n'en pas douter, avec des planches magnifiques et Tom Taylor a toutes les cartes en main pour un dénouement spectaculaire. Il ne reste plus qu'à prendre notre mal en patience...

jeudi 5 janvier 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #9, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Le dernier tiers de Dark Knights of Steel débute donc avec la nouvelle année. Et la mini-série écrite par Tom Taylor a quand même beaucoup perdu de sa superbe. Yasmine Putri est toujours là, mais elle non plus n'affiche pas la grande forme. Ne serait-ce pas simplement la lassitude qui gagne ?


Comme j'ai désormais décidé d'allèger la partie résumé, pour éviter de trop spoiler, étant donné que tous ceux qui me lisent ne suivent pas la vo et attendent les recueils en vf, je vais tâcher de respecter cette bonne résolution.
 

Le titre de ce neuvième épisode de Dark Knights of Steel ne laisse aucune place au doute : War. C'est donc la guerre qui éclate au pied du château des El entre ces derniers, les amazones et la famille Pierce. Un programme qui réclame une écriture ferme et un dessin généreux dans l'effort.


Tom Taylor donne au lecteur ce qu'il attend : la bataille est épique, à la (dé)mesure des antagonistes. Ils sont venus, ils sont tous là, ça combat de tous les côtés, il y a même un dragon. C'est aussi confus, car au beau milieu de tout ça, Bruce et Kal règlent leurs comptes. Mais pas seulement...


Car, en vérité, après huit épisodes, on n'a vraiment sympathisé avec personne. Les El pas plus que les amazones pas plus que les Pierce ne sont aimables. Le prince Bruce est peut-être celui qui suscite le plus de bienveillance au regard de ce qui lui est arrivé - et c'est tout sauf innocent puisqu'il s'agit de Batman, la vache sacrée du DCU, l'intouchable.

Dans le cadre d'un Elseworld (même qui ne dit pas son nom) comme Dark Knights of Steel, il est indispensable de laisser au lecteur des points de repère pour qu'il puisse suivre au moins un personnage. Or, Tom Taylor, à force de brouiller les cartes, de produire des mash-up plus ou moins inspirés et de multiplier les rebondissements, nous a un peu perdus.

Un peu, ou en tout cas assez pour qu'au moment d'aborder cette guerre, il aurait été bon de ne pas en rajouter (en effet, il reste suffisamment de subplots à résoudre, notamment avec Etrigan, les Titans, le Green Man, ou même le couple de détenus formé par Dinah et Oliver). Mais Taylor n'est visiblement pas de cet avis.

Et si le scénariste explique ainsi le geste sauvage, barbare commis par la reine Lara, à la fin du précédent numéro, contre Hippolyte, la révélation finale sur l'identité véritable d'Alfred fait partie de ces moments terribles dits "jumping the shark", où un personnage surgit de nulle part, tout à fait gratuitement, compliquant un peu plus l'intrigue déjà bien touffue.

Par ailleurs, comme je l'écris plus haut, la bataille au pied du château des El ne brille pas par sa clarté. Ce qui n'est pas un souci en soi (car les combats de troupes sont rarement chorégraphiés) se retourne contre le propos en ponctuant l'action de coups-contrecoups (à qui cognera la plus fort ? A qui fera l'entrée la plus remarquée ?) et de curieuses apartés (en montrant Constantine et Lois débattre de la tournure dramatique des choses comme s'ils étaient à l'abri - ce qui n'est pas le cas).

Voir ainsi Constantine se gratter la tête en se demandant ce qui se passe (car ce qui se passe n'était pas inscrit dans ses prophéties) devient limite grotesque car les prophéties sont aléatoires et les guerres sont là pour les contrarier. Si tout était écrit dans le marbre, prédéfini au mot près, tout ne serait qu'une formalité et donnerait donc un avantage décisif à un des camps. Mais avec des aliens, des amazones, des gens capables de contrôler la foudre, la végétation, et même un homme vert et complètement cintré muni d'un anneau de puissance, comment Constantine pouvait-il penser que tout se passerait sans anicroche ?

L'autre décrochage revient au dessin : Yasmine Putri a eu du temps pour préparer ces épisodes (et j'ose quand même espérer qu'elle ne sera pas remplacée pour ceux qui restent), mais c'est comme si l'artiste affichait soudain ses limites. Mettre en images un épisode pareil exige de celui qui en est chargé un effort conséquent puisq'il faut montrer un nombre conséquent de figurants, de décors, de mouvements de foules, plus les manifestations surhumaines des pouvoirs.

Autant, auparavant, Putri a fait des merveilles quand l'action était concentrée, autant là elle ne maîtrise pas son sujet et peine à trouver le souffle nécessaire pour rendre cette guerre aussi épique, sauvage et folle que prévue. Souvent on a le sentiment qu'elle a privilégié un découpage avec des plans aux dimensions généreuses pour présenter des points d'orgue dans la bataille plus que pour orchestrer les avancées et replis des troupes engagées.

En fait, quand il s'agit de scènes pareilles, il y a le modèle Kingdom Come (illustré par Alex Ross) avec pléthore de surhumains s'affrontant loin de tout mais capables de tout dévaster. Ce n'est pas le cas ici car on voit très bien que les surhumains en question sont peu nombreux et en première ligne, soutenus par des armées de simples humains. Ou alors il y a le modèle Ultimates (dessiné par Bryan Hitch) avec une bande de surhumains dans un environnement subissant les dégâts qu'ils provoquent et suggérant des pertes civiles et matérielles importantes et dramatiques. Dans les deux cas, il y a une tension, soulignée par le dessin, que le lecteur ressent car il est conscient que les forces qui se déchaînent sont cataclysmiques.

Or, ni le script de Taylor (avec ces apartés décalés) ni le dessin de Putri ne parviennent à créer cette tension indispensable. On regarde ça sans être vraiment pris, inquiet, sans vibrer. Ce sont quelques surhommes qui se foutent sur la tronche, mais qui n'ont en vérité pas besoin d'armées pour ça. Et surtout on s'en fiche un peu car Dark Knights of Steel n'a jamais vraiment pris la peine de nous les rendre sympathiques. Qu'un El ou une amazone ou un(e) Pierce meurt au milieu de tout ça n'arrive pas à nous émouvoir. C'est embêtant quand on veut quand même impliquer le lecteur, l'émouvoir.

La fin de l'épisode avec sa double surprise entraîne encore la mini-série dans des directions imprévues. Et il reste encore à savoir ce que Taylor fera de ce qu'il suggéré avec Ra's Al Ghul, les Titans, Bruce et Kal, Diana et Zara, Oliver et Dinah, etc. Tout ça avec seulement trois épisodes avant la conclusion. Si ça se trouve, ça passera crême. Mais qu'il me soit permis d'en douter.

jeudi 3 novembre 2022

DARK KNIGHTS OF STEEL #8, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Après un hiatus de six mois, Dark Knights of Steel revient ce mois-ci. La saga alternative de Tom Taylor reprend là où elle en était : la guerre entre la maison El d'un côté, et les amazones et la maison Pierce de l'autre, est sur le point d'éclater. Yasmine Putri revient elle aussi dessiner l'histoire (et je l'espère sans plus de fill-in). Un retour explosif.


Alors que les armées des amazones et de la maison Pierce pénétrent dans la forêt voisine de la maison des El, Harley Quinn et le général Waller tentent de négocier la paix. En vain.


Hippolyte laisse partir les deux femmes, au grand dam de Constantine s'apprête à leur lancer un sort. Ivy couvre la fuite de Harley et Waller avant d'être neutralisée par l'Homme Vert.


Mise au courant de l'arrivée des amazones et de la maison Pierce, la reine Lara ordonne à Waller de préparer ses hommes. Mais sa fille Zala et son amie Diana s'interposent entre les deux camps.


Mise à mal par Jacob Pierce, Zala est secourue par sa mère qui accepte la main tendue par Hippolyte pour se rendre. Mais c'est une ruse...

On avait presque oublié Dark Knights of Steel depuis son dernier numéro paru en Juin dernier. Bizarrement, cette mini-série en douze épisodes avait suspendu sa publication au #7. Il faut désormais espérer qu'on pourra la lire sans nouvelle interruption et surtout avec la même artiste, sans fill-in (même si, il faut le reconnaître, les suppléantrs ont été convaincants).

Donc, où en étions-nous ? C'est simple : la maison Pierce, désormais dirigée apr Anissa, scelle une alliance avec les amazones d'Hippolyte pour affronter la maison El, suite à l'assassiinat du roi Jefferson par Zala Jor-El. Depusi toujours considéré comme trop puissante, cette famille venue d'ailleurs et dotée de pouvoirs immenses menace l'équilibre politique des différents royaumes. Par ailleurs, le défunt roi Jor-El a eu un fils illégitime, Bruce, que son fils naturel, Kal-El a laissé pour mort après une dispute sur la guerre à venir. Mais Kal-El a été fait prisonnier par les amazones.

Au moment où débute de huitième chapitre, les armées des amazones et des Pierce avancent vers le château des El. Peut importe les tentatives de Harley Quinn accompagnée de la général Waller pour négocier la paix, ni même l'intervention de Ivy pour couvrir leur fuite, la guerre va éclater. Surtout que pour la provoquer, les amazones et les Pierce sont motivés par l'Homme Vert, dont l'objectif est de les faire s'entretuer.

Tom Taylor est, comme toujours, très à l'aise dans cet univers parallèle, bien plus inspiré à mo,n goût que lorsqu'il anime des séries dans la continuité. Il profite de la libertté qu'on lui accorde et se montre inventif pour redéfinir les personnages dans ce contexte. Surtout le format de la mini-série permet au lecteur d'apprécier pleinement l'histoire en sachant qu'elle aura un début, un milieu, une fin, et que sa progression narrative va crescendo.

Comme Taylor adore ponctuer son récit de scènes chocs qui remettent tout en question, il ne s'en prive pas, mais le fait avec la volonté de surprendre. Le cliffhanger de cet épisode est donc sidérant, d'une violence graphique étonnante. Mais le Black Label permet aussi cela, en tuant des héros importants tout comme il autorise à donner à un individu comme Constantine une rage vengeresse très puissante.

On peut juste regretter que Taylor gâche parfois le potentiel de seconds rôles qu'il a préalablement présentés comme très puissants et qui se font rétamer un peu trop rapidement, un peu trop facilement. Voir Ivy, la fée verte, mordre la poussière aussi vite est frustrant, même si rien ne dit qu'elle est définitivement hors-jeu.

Et puis il reste tout ce que l'épisode ne montre pas, c'est-à-dire la ttroisième colonne de l'intrigue avec Bruce et ses alliés (les Titans), qui vont forcément revenir dans la partie. Tout est en tout cas en place pour un second acte palpitant et spectaculaire.

Enfin, il y a le plaisir de retrouver Yasmine Putri et ses superbes dessins. Certes, à chaque fois qu'elle a été remplacée, la série n'en a pas trop souffert grâce à de bons subsituts. Mais l'artiste en chef de Dark Knights of Steel est un cran au-dessus. Elle a désormais abandonné les couvertures à l'inépuisable Dan Mora pour se concentrer sur le planches intérieures.

On ne peut que souhiater qu'elle réalisera les cinq épisodes qui aboutiront au dénouement de cette histoire après le break qu'à connu le titre car ce qui se passe ce mois-ci et ce qui nous attend promet beaucoup. Putri aura été une révélation dans ce rôle car jusqu'à présent elle était connue pour ses couvertures (magnifiques) et se révèle être une narratrice épatante.

Elle le confirme encore une fois, qu'il s'agisse de mettre en scène un dialogue malicieux entre Oliver Queen et Dinah Lance dans les cachots de la maison El, des palabres de Harley Quinn avec Hippolyte ou bien d'orchestrer des scènes d'acion explosives. De ce point de vue, l'entrée en scène de Ivy est magistrale et donne lieu à des compositions ambitieuses.

Putri sait dessiner tout ce que le script lui demande et sa maîtrise est parfaite. Dans ce cadre, cela donne une plus-value visuelle indéniable. Rien ne lui fait peur, que ce soit la figuration importante (avec les armées des amazones et de Pierce qui se préparent à partir) ou le malaise de Zala à cause d'un sort lancé par Jacob Pierce jusqu'à l'intervention musclée de Lara. Ajoutez-y les couleurs d'Arif Prianto, aux nuances impeccables, et c'est un vrai régal.

Ce mash-up de fantasy et de super-héros est improbable mais la combinaison de l'écriture inspirée de Tom Taylor et de la beauté des dessins de Yasmine Putri en font une lecture divertissante et accomplie.

jeudi 28 avril 2022

DARK KNIGHTS OF STEEL #6, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Avec ce sixième épisode, Dark Knights of Steel arrive à mi-parcours de l'histoire alternative racontée par Tom Taylor. Le scénariste est toujours très inspiré (plus que sur Nightwing) et réserve encore bien des surprises au lecteur. Au dessin, Yasmine Putri produit encore une prestation de haut niveau avec le colriste Arif Prianto. C'est un sans-faute.


Dénoncé par John Constantine, Timothy Drake est expulsé du royaume de Pierce. De retour à la Maison des El, il rapporte que Zala Jor-El est accusée du meurtre du roi et de son fils.


Elle dément bien etntendu. Mais le pire est à venir, prévient Diana, qui affirme que sa mère, Hippolyte, a scellé une alliance avec King pour attaquer les El.


Cependant, désespéré, Constantine invoque le démon Etrigan puis s'adresse à son hôte dans l'espoir qu'il ressucite le roi King. Impossible, mais le fils peut être sauvé, en échange d'un lourd tribut.


Kal-El se rend sur Temyscera pour négocier la paix avec Hippolyte. Poignardé et enfermé, il se confie à Lois qui soupçonne que quelqu'un manoeuvre pour provoquer la guerre...

C'est un plaisir chaque mois renouvelé de se plonger dans le monde de Dark Knights of Steel, cette relecture chevaleresque et fantastique du DCU. Il faut dire que Tom Taylor a construit une histoire captivante et très divertissante.

On est positivement surpris par l'inspiration de l'auteur, qui se montre ici plus régulier que sur Nightwing. Ce n'est pas étonnant dans la mesure où il ne dépend de personne, n'a à composer avec rien d'autre. Mais surtout, on sent Taylor plus à son aise avec ce récit choral que lorsqu'il anime un héros solo (quoique bien entouré) et avec la possibilité de surprendre le lecteur à tout moment.

Dans ce sixième numéro sur les douze que comprendra la mini-série, logiquement on assiste à un basculement, c'est en quelque sorte la fin du premier acte et il faut donc pour Taylor embarquer le lecteur vers la suite et fin en lui promettant que ce sera aussi spectaculaire et inventif. La guerre entre le royaume de Pierce, les amazones et la maison El est donc sur le point d'éclater.

Habilement, Taylor brouille les pistes et nous fait douter de ce à quoi on a assisté depuis six mois. Et si Zala Jor-El n'avait pas tué Jefferson King et son fils ? C'est ce que pense Lois Lane et comme elle incarne la voix de la raison, la plus modérée en tout cas de cette saga, son interrogation nous trouble. Mais n'est-ce pas déjà trop tard ?

Par ailleurs, Taylor aime les twists and turns, ces retournements de situation et ces choses inattendues. Il en use avec parcimonie mais toujours de façon très efficace, comme quand il nous révèle qui est, dans ce contexte, l'hôte du démon Etrigan (mais je ne vous spoilerai pas). C'est en tout cas étonnant et très malin. Il en profite dans cette séquence pour évoquer les Titans, et donc nous devrions bientôt faire connaissance avec les versions médiévales de Nightwing et quelques autres, ce qui est alléchant.

Taylor joue aussi avec ce qui est hors-champ puisqu'on ne voit pas dans cet épisode ce qu'il advenu du Batman, et qu'on ne revoit pas Poison Ivy, encore moins où est l'Homme Vert. En les dissimulant ainsi, le scénariste ménage ses effets et suggère bien sûr que leurs retours, certainement progressifs, vont avoir un impact déterminant sur la suite de l'intrigue. Bien joué.

Yasmine Putri  s'est révélée comme une artiste exceptionnelle depuis le début de cette aventure et ce nouveau chapitre ne décevra pas ceux qui ont découvert le travail de cette cover artist depuis six mois. Ce qu'elle produit est simplement superbe.

La maturité dont elle fait preuve dans la narration graphique indique qu'on a affaire soit à une dessinatrice qui s'est sacrément préparée, soit à une surdouée qui cachait bien son jeu derrière des couvertures déjà très abouties mais dont on ne soupçonnait pas le potentiel pour des pages intérieures.

Il y a dans ses compositions une expérience assez hallucinate, elle trouve toujours le bon angle de vue, la bonne disposition pour ses personnages, la bonne valeur de plan. L'histoire est illustrée avec un dosage parfait des effets. L'expressivité des personnages est un autre de ses atouts. Sans oublier le brio avec lequel elle gère les décors (ah, cette dernière page, avec le vaisseau qui emporte les amazones !). La manifestation et la représentation des éléments fantastiques sont également remarquables, soutenues par la colorisation impeccable d'Arif Prianto.

J'adore cette mini-série, qui a un vrai souffle épique, trouve toujours le moyen de nous cueillir plusieurs fois à chaque numéro, et conserve ntact un potentiel formidable pour la suite. Si vous le suivez pas mensuellement pour mieux la savourer en recueils, en vo ou en vf, notez bien quand ce sera disponible car c'est une grande réussite dont on voit mal comment elle pourrait décevoir dans ses six prochains épisodes.

vendredi 4 mars 2022

DARK KNIGHTS OF STEEL #5, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Après l"épisode en forme de secret origins du mois dernier, Dark Knights of Steel reprend le cours de son récit. Et, fidèle à lui-même, Tom Taylor n'y va pas de main morte. Le rythme est effréné et ce chapitre réserve encore son lot de surprises choquantes. Yasmine Putri est de retour et signe des planches magnifiques.


Zala est de retour à la Maison des El où elle se recueille devant le cercueil de son père. Kal-El promet que son crime ne restera pas impuni. De son côté, Harley Quinn retrouve Poison Ivy dans la forêt de Hobb où elle lui résume la situation et obtient son renfort contre le roi Jefferson et ses alliés.


Diana, l'amazone, survole la forêt où elle est arrêtée par Ivy. Kal et Zala arrivent sur ces entrefaîtes. Zala s'isole avec Diana à qui elle jure n'être pour rien dans la mort du fils du roi Jefferson. L'amazone se range donc du côté des El, malgré l'alliance de Hippolyte avec Jefferson.


Bruce montre l'échantillon de kryptonite, protégé dans un étui en métal, à Kal et lui explique l'effet qu'a eu ce minerai étranger sur lui. Kal apprend par Bruce est donc son demi-frère par son défunt père. Sa réaction est brutale...


Non loin de là, un couple de femiers entend le bruit d'une chute. L'homme s'approche d'un cratère et y trouve Bruce, sévèrement blessé mais encore vivant et qui supplie pour ne pas être transporté au château des El...

Pour commencer, je voudrais revenir sur la critique du précédent épisode à propos de laquel un lecteur m'a interpelé, jugeant que j'avais spoilé un élément important par une image d'illustration. Je tiens à préciser deux choses à ce sujet : d'abord, pour qui lit mes articles, je prends le parti, discutable j'en conviens, de rédiger des résumés assez complets pour chaque épisode, ce qui me conduit donc, inévitablement à "divulgâcher" l'histoire. Mais, ensuite, quand je choisis des images pour illustrer mes résumés, je veille à ne pas trop en montrer, de telle sorte que tout ne soit pas révélé. Ainsi, pour le n°4, je pouvais donner l'impression de révéler l'identité du Green Man/l'Homme Vert, et pourtant, je peux vous promettre que celle-ci vous réserve une surprise encore intacte.

Cependant, il me faut bien admettre, et vous le comprendre, que plus l'histoire progresse, plus il est difficile de rédiger un résumé de chaque nouvel épisode en gardant des secrets intacts. Si je veux pouvoir résumer l'épisode, je ne peux pas éviter, à un moment donné, de "divulgâcher" des parties de l'intrigue. J'ai ainsi parfois hésité à continuer à livrer des résumés pour attaquer directement mes articles par la critique de l'épisode. Mais c'est reculer pour mieux sauter car ce que je n'écrirai plus dans le résumé, je finirai tôt ou tard par l'écrire dans la critique, à moins de tourner autour du pot et de vous donner à lire des analyses trop cryptiques.

Dans ce cinquième épisode, j'ai donc été confronté, de manière encore plus prononcée, à ces problèmes de spoilers et de contenus de résumé et de critique. Vous gardez la liberté de ne pas/plus lire mes articles pour attendre le moment où vous lirez l'intégralité de l'histoire sans spoilers, et je ne vous en voudrai pas. Mais c'est le fossé insoluble entre le critique et le lecteur : mon boulot, c'est de parler de ce que j'ai lu, et votre objectif, c'est de lire sans être spoilé. Personnellement, je ne crois guère à l'efficacité d'une critique sans spoilers. Et j'estime donc être lu en connaissance de cause, si vous vous voulez être préservés, autant évitez mes articles comme les news comics qui annoncent avec plusieurs mois d'avance parfois la trajectoire des séries.

Dans un premier temps, disons le premier tiers de cet épisode, Tom Taylor ne pose pas de problème au critique. Nous attendions depuis un petit moment l'apparition de Poison Ivy et à quoi elle ressemblerait dans le contexte de cette histoire, son rôle aussi. Il l'introduit en majesté, soulignant sa puissance mais aussi sa séduction, et surtout le scénariste ne se cache pas derrière son petit doigt en confirmant l'attirance homosexuelle d'Ivy pour Harley Quinn (qui semble réciproque, mais qui est modulé subtilement car Harley ne veut pas vivre dans la forêt où réside Ivy).

La Sorcière Verte, ainsi que Ivy est aussi désignée, s'incarne comme une force considérable mais indépendante. Elle ne consent à aider la Maison El que par amour pour Harley. On a une démonstration de sa force impressionnante quand elle intercepte Diana (Wonder Woman) qui survole sur son cheval aîlé sa forêt. Yasmine Putri fait des merveilles graphiques dans ce mouvement, non seulement en dessinant Ivy et Diana en femmes redoutables, en créatures qui ne cèdent rien l'une à l'autre. Spectatrice ahurie puis médiatrice du duel, Harley est aussi traitée avec un sens de la nuance appréciable car Taylor ne la réduit pas au personnage qu'on a pris l'habitude de voir dans les comics et les films, parfois franchement lassant.

Le deuxième tiers de l'épisode est passionnant dans ce qu'il montre de la duplicité des El. Zala jure avec una plomb sidérant à Diana qu'elle n'a pas tué le fils du roi Jefferson (le lecteur sait que c'est faux) et convainc son amante, qui, en retour, décide de combattre aux côtés des El contre l'alliance de Jefferson et des amazones. Mais le plus glaçant est à venir - et là, donc, spoilers !

Car, de leur côté, Kal et Bruce échangent, moins sur la découverte de la kryptonite trouvée sur les terres de Lord Magnus, qu'à propos de leurs liens du sang. Taylor avait déjà fait fort en créant une faternité entre ces Superman et Batman médiévaux, mais lorsque Kal empâle Bruce, puis révèle son vrai visage en affirmant que les El vont conquérir la Terre en écrasant quiconque se dressera devant eux, et surtout qu'il ne tolérera pas la présence du bâtard conçu par son défunt père, là, le choc est brutal.

Là aussi, Yasmine Putri prouve sa compétence en découpant la scène avec une énergie dingue, qui traduit parfaitement la violence de la réaction de Kal mais aussi celle du sort réservé à Bruce. Décidément, Putri s'affirme comme la grande révélation de cette mini-série car elle impose sa narration très dynamique et soignée sur un script déjà bien secoué. Je n'aurai pas imaginé qu'elle avait ça en elle, car même si elle était une cover-artist de haut niveau, il y a une différence entre le fait de produire des images pour une couverture et convaincre qu'on a les ressources pour convertir ce talent dans la narration graphique, avec ce que cela impose (maîtrise du découpagre, de la composition, des expressions, du rythme de lecture, etc.).

La toute dernière page réserve une ultime surprise, malicieuse, au lecteur. Mais surtout l'épisode qu'on vient de lire relance une nouvelle fois l'intrigue dans des directions multiples et excitantes. Dark Knight of Steel est un projet vraiment accrocheur, qui promet encore beaucoup. Et vu la forme affichée par Taylor et Putri, on avance confiant.

mardi 11 janvier 2022

DARK KNIGHTS OF STEEL #3, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Pour le troisième épisode de Dark Knights of Steel, Tom Taylor lâche les chevaux : je ne m'attendais pas à un tel coup d'accélérateur, mais le scénariste brûle plusieurs cartouches alors qu'il atteint juste le premier quart de sa série. On ne s'ennuie pas en tout cas. Et visuellement, Yasmine Putri continue d'éblouir.


Une météorite s'écrase dans les terres du seigneur Magnus. Prévenu, Bruce décide d'aller sur place de quoi il s'agit avec l'accord de Dame Lara. Avant de partir avec Alfred, Bruce demande à Harley d'aller parler à la Dame de la forêt, même s'il devine que cela la contrariera.


Cependant, le roi Jefferson se rend sur l'île des Amazones, dont la reine Hippolyte vient d'apprendre le décès du fils de son visiteur. Face à la menace que représente la maison El, Jefferson obtient le soutien des amazones, ce qui révolte Diana, qui décide de retrouver Zara.


Celle-ci attaque après que Jefferson a repris la mer. Elle coule son bâteau et le tue. N'ayant pas vu venir cette agression, Constantine jure à Jefferson qu'il prendra soin de sa fille Anissa qui lui succédera sur le trône.


Au même moment, Bruce et Alfred arrivent sur le site du crash et ils découvrent les cadavres des Metal Men du seigneur Magnus. Puis dans un cratère, une roche verte qui provoque un malaise che Bruce. Alfred l'éloigne et va lui expliquer ce qui lui arrive en lui relatant ses origines...

Encore une fois, Tom Taylor mène son récit tambour battant. Il n'en est pourtant qu'au premier quart de sa mini-série, mais il ne va pas hésiter à enchaîner les péripéties pour que l'histoire bascule complètement, de telle manière que le lecteur soit déboussolé.

Si, bien entendu, le scénariste se permet tout cela, c'est qu'il a des munitions pour la suite. Quand on s'engage pour douze épisodes, c'est plus prudent, mais c'est tout de même étonnant .

Tout commence par le crash d'une météorite, observé par Jimmy Olsen, un jeune astronome. Mis au courant, Bruce et Alfred partent enquêter sur place. Taylor s'amuse déjà en rédigeant des dialogues ironiques : Kal-El refuse de croire à une quelconque prophétie qu'évoque Bruce au prétexte que la planète dont il vient n'admettait pas ces fadaises - or on sait que Krypton a dû sa perte à de mauvais augures niés par ses autorités politiques. Taylor glisse aussi une allusion à une mystérieuse Dame de la forêt avec laquelle Harley Quinn a des contacts et bien sûr le lecteur aura deviné qu'il s'agit de Poison Ivy (mais il faudra attendre encore un peu pour voir à quoi elle ressemble dans ce contexte).

Pendant ce temps, comme un fil rouge (rouge sang !), on suit les pérégrinations vengeresses de Zara qui massacre les Metal Men du seigneur Magnus (sur les terres duquel s'est écrasée la météorite). Que Taylor ait convoqué des versions médiévales des Metal Men pour aussi vite les tuer est un indice sur la progression fulgurante de l'intrigue et il y a fort à parier qu'on aura droit à d'autres caméos de ge genre car c'est distrayant de puiser dans l'abondant catalogue de personnages de DC même pour de la figuration. 

La séquence forte de l'épisode se situe juste après avec la visite du roi Jefferson aux amazones pour sceller une alliance contre la maison El. La mise en scène est parfaite (Jefferson n'a pas le droit de poser un pied sur la terre sacrée de ses hôtesses) et les palabres se poursuivent dans le bâteau du régent. Tom Taylor oppose habilement le caractère impétueux du roi, qui plus est meurtri par le décès de son fils, au calme autoritaire d'Hippolyte et à la fougue de Diana. Le pacte qui est signé voit cette dernière partir à la recherche de Zara qu'elle refuse de considérer comme une meurtrière (et pour cause : c'est son amante). Mais le choix de Diana va sûrement avoir de lourdes conséquences par la suite.

Enfin, dans la dernière partie de l'épisode, où Zara tue Jefferson et Bruce découvre la part maudite de sa nature (puisqu'il est à moitié kryptonien et que la météorite contient de la kryptonite), le scénario s'emballe à nouveau. J'avoue que la mort de Jefferson m'a sidéré parce que je ne pensais pas une minute que Taylor sacrifierait ce personnage aussi vite, aussi brutalement. Voilà toutes les cartes rebattues et on se demande à la fois jusqu'où Zara va aller dans sa vendetta, mais aussi comment le camp du roi va réagir, juste après son alliance avec les amazones et avec Anissa Jefferson sur le trône, avec Constantine comme conseiller.

Ce qui est certain, c'est que, encore une fois, Tom Taylor est vraiment dans son élément avec cet "elseworld". Il peut tout se permettre et maîtrise parfaitement sa narration. Ah, si Marvel donnaît de pareilles libertés à ses scénaristes en dehors des séries régulières, je serais curieux de voir ce qui serait produit... Mais DC me régale avec ces mini-séries dépaysantes, débarrassées du poids de la continuité mais bourrées d'easter eggs (sans que cela ne parasite la lecture des non initiés).

Et puis la réussite de ces projets passe par la qualité des artistes associés. Yasmine Putri est une révélation. Certes elle était déjà une cover-artist de talent, que j'appréciai, mais comment imaginer qu'elle serait une narratrice graphique aussi accomplie ?

Ce qui me frappe peut-être le plus dans son travail, c'est son sens de la composition. Elle sait parfaitement occuper l'espace, disposer les personnages, jouer avec les angles de vue, la valeur des plans. Pour quelqu'un que je je n'ai jamais vu à l'oeuvre sur des planches intérieures, elle affiche une maturité époustouflante. Les personnages ont du charisme, on les identifie clairement (même si, comme je l'ai soulevé dans la critique du précédent numéro, Kal et Bruce se ressemblent beaucoup).

Surtout, Putri n'a pas peur et elle possède une technique impeccable. Il en faut à la fois pour découper un dialogue aussi intense que la discussion entre Jefferson, Hippolyte et Diana, tout comme il en faut pour réaliser l'attaque du navire du roi - un moment spectaculaire, violent, fulgurant. Le bâteau est magnifique et l'action est explosive mais toujours lisible.

Espérons que ça continue sur des bases aussi élevées, sachant que le prochain chapitre sera dessiné par Bengal (pour permettre à Yasmine Putri de souffler, même si elle signera la couverture). En tout cas, Tom Taylor propose un divertissement de haute volée, imprévisible et énergique.

samedi 11 décembre 2021

DARK KNIGHTS OF STEEL #2, de Tom Taylor et Yasmine Putri


J'avais beaucoup aimé le premier épisode de Dark Knights of Steel, le nouveau "Elseworlds" de Tom Taylor, qui déplaçait les super-héros au Moyen-Âge (ce que certains critiques ont résumé en une version de Game of Thrones super-héroïque). Ce deuxième chapitre ne déçoit pas et réserve encore de belles surprises, introduit de nouveaux personnages. Yasmine Putri illustre cela avec talent, truffant ses cases d'easter eggs savoureux.


Bruce a capturé, en le mutilant, l'assassin de Jor-El, l'archer Oliver à la solde de l'Homme Vert. Kal-El, ignorant que Bruce est son demi-frère, l'écarte pour aller interroger l'archer tandis que Harley tente de réconforter Bruce qu'elle voit tourmenté sans savoir pourquoi.


John Constantine, averti par l'Homme Vert de la situation, informe le roi Jefferson de la mort de Jor-El et de l'emprisonnement d'Oliver, puis s'interroge sur la pertinence de la prophétie dont il a été la voix et craint que la guerre qui s'annonce avec les El ne soit perdue par Jefferson.


Lois Lane arrive sur l'île des Amazones, accueillie par la reine Hippolyte qu'elle met au courant du décès de Jor-El. Puis elle va parler à la fille de dernier, Zala, qui s'entraîne avec Diana, son amante. Bouleversée, Zala s'envole pour retrouver sa famille.


Au château de El, la chef des armées, Waller, pousse pour mener une riposte punitive contre la maison du roi Jefferson. Mais la reine hésite à s'engager dans une guerre. Elle ignore pourtant que Zala a déjà ouvert les hostilités de manière très brutale...

Il y a un vrai savoir-faire chez DC Comics à la fois pour ces récits alternatifs, hors-continuité, et pour le format de la mini-série. Sans doute parce que l'éditeur a compris qu'il fallait, une fois le projet d'un auteur validé, lui faire vraiment confiance. Et, dans ce domaine, deux noms se distinguent : celui de Tom King (Mister Miracle, Strange Adventures) et celui de Tom Taylor (DCeased, Injustice).

Taylor, avec Dark Knights of Steel, fort de ses succès précédents, a les coudées franches pour à la fois s'amuser avec les jouets de son éditeur (qui, pas bête, vient de lui faire signer un contrat d'exclusivité) et creuser les motifs de son oeuvre.

La comparaison que certains critiques ont faite entre Dark Knights of Steel et Game of Thrones n'est pas idiote, mais disons qu'elle est superficielle. Effectivement, on retrouve plusieurs maisons médiévales, une bonne dose de magie, une guerre qui couve, et des familles puissantes qui cherchent à évincer leurs voisines. Mais (en tout cas jusqu'à présent), Tom Taylor n'explore pas la dimension sexuelle (parfois brutale) de la série télé, lui subsituant le folklore super-héroïque.

Et le scénariste fait preuve à la fois d'inventivité et de logique. Il racontait récemment que lorsque l'idée de cette saga lui est venue, il passait la soirée avec Donny Cates et, en échangeant avec lui, de nouvelles pistes s'ouvraient à lui jusqu'à ce qu'il trouve un twist redéfinissant complétement les liens entre Kal-El et Bruce Wayne (comme on l'a appris à la fin du précédent épisode, ils sont donc demi-frères). Une trouvaille qui a rendu Cates ahuri, presque envieux de ne jamais y avoir pensé avant.

Ce chapitre joue donc sur ce secret et le quiproquo qu'il engendre puisque Jor-El vient d'être assassiné et que ni Kal ni Bruce ne savent qu'ils avaient le même père. Pire : lorsqu'il est question pour Kal d'interroger l'archer Oliver qui a tué son père ou d'assister sa mère dans la décision de riposter contre le roi Jefferson (commanditaire de l'assassinat), Bruce est écarté sans ménagement des débats car il ne fait pas partie de la famille. 

Si Taylor taît cette partie de l'intrigue à ses protagonistes, il se fait plus direct sur d'autres points comme le fait que Constantine, qui, le premier, a parlé d'une prophétie concernant la menace que représentaient les El, doute à présent de son bien-fondé et craint qu'une guerre entre le roi Jefferson et ses rivaux n'aboutisse à une tragédie. Idem quand il introduit dans le récit Diana et Zala (la soeur de Kal) et qu'ils en fait des amantes assumées : de ce point de vue, ce que certains interpréteront comme de l'audace ou de la provocation est, à mon sens, une lecture plus pertinente qu'il n'y paraît puisque les amazones étaient souvent lesbiennes ou bisexuelles - autrement dit, si dans la continuité, des scénaristes, au lieu de lier sans cesse Wonder Woman à Steve Trevor ou Superman, ils faisaient d'elle une femme qui aime une autre femme (super-héroïne ou pas), ça n'aurait rien d'incongru (au contraire).

Visuellement, aussi, la série joue avec le lecteur et Yasmine Putri se montre très habile pour cela. Par exemple, quand Bruce, suivi de Harley Quinn, passe devant plusieurs cellules voisines de celles où a été incarcéré l'archer Oliver, on peut reconnaître des personnages comme Blue Devil ou le détective Chimp (anciens de Shadowpact), mais aussi des membres de la Suicide Squad (comme Kiing Shark), ce qui est savoureux vis-à-vis de Harley.

La dessinatrice continue aussi de mettre en scène avec subtilité l'Homme Vert sans trop en montrer. On a tous deviné qu'il s'agissait de la version médiévale et magique de Green Lantern, mais quel Green Lantern ? Hal Jordan (en mode Parallax) ? John Stewart . Guy Gardner ? Le msytère demeure tout comme son mobile pour servir les noirs desseins du Black Lightning de cette époque.

Enfin, choisir Amanda Waller en chef des armées de la maison El est une autre brillante idée, d'autant que la caractérisation suit (elle veut aller à la guerre exactement comme la chef de la Suicide Squad dans la continuité).

Les planches de Putri sont de toute beauté, elle réalise de superbes compositions, un talent hérité de son travail de cover-artist où l'image doit raconter harmonieusement. Elle ne surcharge pas ses arrière-plans, pour laisser de la place au coloriste Arif Prianto dont la palette est très nuancée. Les personnages sont tous bien campés (même si, petit bémol, j'aurai aimé qu'il y ait un détail qui permette de mieux distinguer Kal et Bruce en dehors de leurs habits).

Avec son cliffhanger dramatique à souhait, et certainement encore pas mal de surprises à l'horizon (de nouveaux rôles, une escalade dans la tension entre les deux maisons, l'identité de l'Homme Vert), Dark Knights of Steel a de quoi divertir le lecteur pour un moment. En s'engageant pour douze épisodes, Tom Taylor garde des munitions au frais et Yasmine Putri aura de quoi nous émerveiller.