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mercredi 12 septembre 2018

LES INDESTRUCTIBLES 2, de Brad Bird


J'écris cette critique "à froid" car cela fait plusieurs semaines que j'ai vu Les Indestructibles 2 en salles, tout en différant la rédaction de cet article. Pourquoi ai-je tant tardé ? Parce que j'étais bien embêté pour dire ce que j'en pensais vraiment. J'attendais sûrement à tort de cette suite qu'elle soit deux fois mieux que le premier film et je n'y ai pas pris autant de plaisir. Pourtant Brad Bird est très loin de signer un nouvel opus médiocre. Mais quelque chose a disparu en route... 

Mr. Indestructible, Elastigirl et leurs enfants, Dash, Violet et Jack-Jack

Trois mois après leur victoire contre Syndrome, la famille Parr - Bob, Helen, Violet et Dash - continuent leur activité super-héroïque clandestinement. Leur dernier combat contre Underminer va provoquer la colère des autorités à cause des dégâts matériels engendrés et condamner le Programme de Relocation des Supers. Les Parr se retrouvent sans assistance financière et logistique de la part de leur ami Rick Dicker.

Evlyn Deavor, Frozone, Elastigirl, Mr. Indestructible et Winston Deavor

Ce dernier accepte néanmoins, après que Violet se soit confiée à son père, d'effacer la mémoire de Tony Ridinger, un lycéen dont s'est éprise l'adolescente mais qui l'a vue sans son masque lors de la bataille. Logés dans un motel, les Parr se demandent de quoi demain sera fait jusqu'à ce que leur ami Lucius Best/Frozone les informe d'une opportunité : Winston Deavor, un fan des Supers et P.D.G. de DevTech, une société de communication, veut les rencontrer pour restaurer leur réputation.

Elastigirl laisse son mari Bob s'occuper des enfants

Contre toute attente, c'est Helen Parr/Elastigirl que Winston et sa soeur Evlyn choisissent comme égérie de leur campagne. Bob doit donc s'occuper des enfants en l'absence de sa femme, envoyée en mission à New Urban, sur les traces d'un mystérieux vilain, le Screenslaver. La tâche du père est ardue car il doit composer avec la colère de Violet qui lui reproche d'avoir fait totalement laver le cerveau de Tony Ridinger, les leçons de mathématiques de Dash et l'apparition subite des innombrables pouvoirs de Jack-Jack.

Le Screenslaver (l'Hypnotiseur en v.f.)

Pendant ce temps, Elastigirl traque le Screenslaver à New Urban où il hypnotise les gens via les écrans. Elle réussit à le pister grâce au signal qu'il émet pour cela et le débusque dans son repaire. Une fois qu'elle l'a maîtrisé, elle découvre, surprise, qu'il s'agit d'un banal vendeur de pizzas, n'ayant aucun souvenir de ses méfaits. De son côté, épuisé, Bob emmène Jack-Jack chez Edna Mode afin qu'elle accepte de jouer les baby-sitters, mais la styliste est fascinée par le bambin et décide de l'entraîner.

Dash, Lucius Best, Jack-Jack, Bob et Violet

A Devtech, une fête est donnée en l'honneur d'Elastigirl après l'arrestation du Screenslaver tandis que Winston décrit la suite de son programme avec l'organisation d'une grande conférence pour la paix dans le monde sur son yacht où les Supers seront présents comme les forces de l'ordre du futur. Mais, mal à l'aise avec ces festivités, et surtout dérangée par la facilité avec laquelle elle a appréhendée le Screenslaver, Elastigirl s'isole dans le bureau de Evlyn Deavor afin d'y faire quelques recherches. Elle découvre alors qu'il utilisait des lunettes spéciales identiques à celles conçues par Evlyn et comprend que celle-ci a tout manigancé avant d'être assommée.

Evlyn et Winston Deavor

Bob profite de l'absence de Jack-Jack pour s'excuser auprès de Violet et l'encourager à renouer avec Tony Ridinger puis constate les progrès scolaires de Dash. Lorsque, requinqué, il va chercher le petit dernier chez Edna, il a droit à une démonstration de l'entraînement qu'elle lui a fait subir et comprend que ses pouvoirs évoluent en fonction de ses émotions. La styliste lui a même confectionné un costume spécial qui les régule. Helen, retenue dans une chambre froide (où elle en peut s'étirer sans risquer de se briser les membres), est forcée par Evlyn, qui souhaite se venger des Supers car leur père qui était leur ami a quand même été tué malgré leur protection, d'appeler Bob à l'aide.

Jack-Jack, Edna Mode et Bob

Bob confie ses enfants à Lucius pour aller à la rescousse de Helen mais Evlyn le piège à son tour en lui faisant porter comme à Elastigirl des lunettes spéciales grâce auxquelles ils sont sous son emprise. Winston accueille sur son yacht ambassadeurs et chefs d'Etat pour sa conférence. Des Supers qu'il a réunis sans savoir qu'ils sont à la solde de sa soeur sont envoyés chez les Parr pour enlever leurs enfants. Mais Frozone, Dash, Violet et Jack-Jack réussissent à leur échapper pour partir au secours de leurs parents.

Elastigirl au milieu des autres Supers à la solde d'Evlyn Deavor

Ensemble, ils libèrent Mr. Indestructible et Elastigirl de l'emprise d'Evlyn et neutralisent les Supers dévoyés puis empêchent le yacht de Winston avec ses passagers de percuter le port de la ville. Elastigirl rattrape Evlyn qui tente de fuir à bord d'un jet et la livre à la police. Toute la famille et Frozone sont acclamés par la foule pour leur exploit. Les Supers ont retrouvés les faveurs du public - et bientôt des autorités, comme le souhaitait Winston.

Frozone, Dash, Violet, Mr. Indestructible et Elastigirl

Plus tard. Violet est accompagnée par sa famille au cinéma où elle et Tony Ridinger ont rendez-vous. Mais lorsqu'une voiture de police poursuit celle de gangsters, les Indestructibles changent de programme. Violet a juste le temps de demander à Tony de l'attendre. 

Une famille... Incroyable !

La même année où Marvel studios a sorti son film le plus gonflé avec Avengers : Infinity War et son lot de héros qui part littéralement en poussière, défaits par Thanos, Brad Bird livre donc la suite, après quatorze ans d'attente, des Indestructibles. Produit par Disney, également propriétaire de Marvel, les deux longs métrages ont été des succès colossaux et pourtant diamétralement opposés dans leur conception et la vision de leurs réalisateurs.

Pour Bird, il s'agissait de se refaire une santé au box office après l'échec injuste du mésestimé A la poursuite de demain (pour lequel il avait refusé de mettre en scène un épisode de Star Wars). Retour gagnant donc avec des critiques conquises et un public au rendez-vous. Tant mieux pour lui, a-t-on envie de dire car le bonhomme n'a jamais fait moins bien qu'excellent, depuis Le Géant de Fer (revu dans Ready Player One de Spielberg) jusqu'à Mission : impossible 4 - Protocole Fantôme en passant par Ratatouille.

Mais Les Indestructibles, il est le premier à l'admettre, occupe une place à part dans sa filmographie et le coeur des fans. Je pense moi-même qu'il s'agit du meilleur film de super-héros, une perfection d'action, d'aventure, de comédie, d'étude de caractères. Et cette suite est loin de démériter avec une réalisation aussi trépidante, soignée, malgré une sortie anticipée (à cause d'un autre film Pixar).

Alors qu'est-ce qui ne colle pas ? Pourquoi n'ai-je pas été aussi emballé que je l'attendais ?

Cela tient peut-être à la nature même du projet. Pourquoi cette suite ? On le sait, donner une suite à un chef d'oeuvre est casse-gueule, et de manière encore plus générale, les deuxièmes épisodes sont souvent moins aboutis (quand ils s'inscrivent dans une trilogie ou une saga). Ce numéro deux n'échappe pas, hélas ! à la règle.

Qu'on ne s'y trompe pas : ceux qui louent Les Indestructibles 2 n'est pas le film féministe que beaucoup y ont vu. Certes Elastigirl est la vedette des scènes d'action en qualité d'égérie de Devtech, mais le récit donne la part belle aux moments avec Bob et sa marmaille. Entre les leçons de maths de Dash, les problèmes sentimentaux de Violet et l'émergence des pouvoirs de Jack-Jack, on passe finalement plus de temps chez les Parr qu'avec Helen en mission. Ou du moins on s'en souvient davantage.

Mais passer du temps avec des personnages obligent à les exploiter pleinement et sur ce plan, Brad Bird le scénariste ne vaut pas (plus ?) Brad Bird le réalisateur. Dans le premier film, l'équilibre était impeccable alors que les situations étaient semblables (Mr. Indestructible partait en mission pour coincer Syndrome en le cachant à sa femme). Ici, la romance adolescente de Violet n'est guère passionnante, Dash est négligé, et Jack-Jack prend trop de place, volant littéralement la vedette - au point que son combat contre le raton-laveur est un vrai film dans le film, soulignant bien la bascule qui s'opère au détriment de l'ensemble.

Les seconds rôles souffrent aussi du manque d'inspiration manifeste de l'auteur pour leur donner du relief. Edna Mode ne fait que passer, un vrai gâchis. Le méchant Screenslaver ? On devine (trop) rapidement qui se cache derrière son masque et son mobile est archi-rebattu (et franchement, les critiques qui ont vu chez lui le symbole d'une critique sur la société su spectacle feraient bien d'arrêter de fumer la moquette). Les autres Supers, à peine esquissés. Frozone n'est souvent employé que comme une béquille scénaristique pour mener Helen et Bob d'un point A à un point B ou pour s'occuper des mouflets : il ne serait pas là, le scénario fonctionnerait quand même.

En définitive, Les Indestructibles 2 fonctionnent le mieux quand on isole des scènes (comme l'intro, qui rappelle les pouvoirs de chacun au cours d'un combat ravageur, ou à la fin quand Elastigirl empêche Evlyn de fuir et les autres que le yacht de Winston ne percute le port). Mais mises bout à bout, elles révèlent le manque de fluidité, l'aspect peur compact, l'artificialité du dispositif. Ce n'est pas vraiment une suite de sketches mais presque, et comparé à la merveille de cohésion et de rythme du premier épisode, c'est flagrant.

Malgré une musique extraordinaire composée par Michael Giacchino (qui a beaucoup hésité à rempiler, pensant ne pas pouvoir faire mieux que la première fois), le nouveau Brad Bird n'est pas deux fois mieux ni même aussi bien que l'original. Si Disney va pousser pour qu'un troisième opus soit mis en chantier avant 2032, le cinéaste a intérêt à non seulement veiller au grain mais aussi à retrouver son mojo.

vendredi 6 mai 2016

Critique 882 : LES INDESTRUCTIBLES, de Brad Bird


LES INDESTRUCTIBLES (en v.o. : The Incredibles) est un film d'animation réalisé et écrit par Brad Bird.
La musique est composée par Michael Giacchino.
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Les voix françaises des personnages sont :
 Mr Indestructible / Bob Parr : Marc Alfos 
 Elastigirl / Helen Parr : Déborah Perret
 Violet Parr : Laure Pester
 Flêche / Dash Parr : Simon Konkissa
 Edna Mode : Amanda Lear
 Mirage : Juliette Degenne
 Syndrome / Buddy Pine : Bruno Salomone
Frozone / Lucius Best : Thierry Desroses
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Buddy Pine est le plus grand fan du super-héros Mr Indestructible qui est, lui, singulièrement agacé par cet adolescent. N'ayant pu arrêter le super-vilain Folamour, le justicier est aussi bientôt poursuivi en justice par un civil qu'il a empêché de se suicider et par les autorités à cause des dégâts matériels occasionnés par ses combats. Le gouvernement décide alors de légiférer contre les hommes et femmes masqués qui quittent la scène.  
Bob et Helen Parr

15 années passent. Mr Indestructible a repris son identité de Robert Parr et mène une existence rangée, dans un pavillon de banlieue, avec sa femme, Helen,  l'ex-Elastigirl, et leurs trois enfants : l’aînée Violet, capable de devenir invisible et de créer un champ de force ; Dash dit "Flèche" qui peut se déplacer à grande vitesse ; et Jack-Jack, encore bébé. Bob travaille dans une société d'assurances dont il finit par être licencié après s'être mis en colère contre son chef, mais il le cache à son épouse. 
De gauche à droite :
Jack-Jack, Helen, Violet, "Flèche" et Bob Parr.

C'est alors qu'il reçoit un message de Mirage, une jeune femme qui désire recruter Mr Indestructible pour une mission secrète contre une forte somme d'argent. Bob accepte et raconte à Helen qu'il doit s'absenter, à plusieurs reprises, pour les assurances. Mais sa femme commence à se douter qu'il ment et pense qu'il a une maîtresse.
Mirage et Mr Indestructible

Bob est tout de même curieux de savoir qui est le patron de Mirage et quand il découvre qu'il s'agit de Buddy Pine, devenu un richissime inventeur et super-vilain sous le pseudonyme de Syndrome, il est capturé.
Syndrome

De son côté, Helen apprend la vérité sur les voyages de son mari grâce à Edna Mode, qui confectionne des costumes pour les super-héros et qui y a intégré une balise miniature permettant de localiser Bob. 
Edna Mode et Helen Parr

Elastigirl reprend du service et part à la recherche de Mr Indestructible, suivie par Violet et Flèche jusqu'à l'île où Syndrome a son Q.G.
Les Indestructibles !

Là, la famille découvre que Buddy Pine compte envoyer un robot de combat en ville et le désactiver afin que la population le prenne pour un héros...

Ne cherchez pas/plus : le meilleur film de super-héros est et reste Les Indestructibles, comme on a pu le vérifier hier soir lors de sa rediffusion sur M6. Cocktail idéalement dosé d'action, d'humour, avec des personnages fortement caractérisés et attachants, et une intrigue palpitante et pétillante, il réussit à combiner tous les éléments à la perfection, comme aucun long métrage "live" n'y est parvenu.
Le casting vocal original
(notez que Brad Bird, le réalisateur, double Edna Mode en v.o. !)

En 2004, pour la première fois pourtant, c'était la première fois que le studio Pixar choisissait des êtres humains comme personnages principaux. L'autre pari  était de confier l'écriture et la réalisation à Brad Bird dont le précédent film d'animation, Le géant de fer, malgré de très bonnes critiques, n'avait pas rencontré un grand succès public.

La première réussite du film est de ne pas avoir cherché à s'inscrire dans l'hyper-réalisme, donc à délaisser les techniques mises en oeuvre sur des productions comme Final Fantasy et Le Pôle Express. En lieu et place, Brad Bird a préféré, avec intelligence, un graphisme "cartoon" plus traditionnel mais bénéficiant des finitions des images de synthèse.

Les personnages profitent de designs et de traits épurés mais très expressifs, et l'animation est aussi impressionnante de vivacité et de précision. Le rendu des textures est particulièrement remarquable, même pour un film qui a déjà douze ans d'âge. Les décors sont aussi élaborés avec une finesse dans la définition qui laisse pantois, qu'il s'agisse des séquences urbaines ou dans la jungle de l'île où opère Syndrome.

Le récit est mené tambour battant, comme souvent chez Pixar, les rebondissements s'enchaînent à toute allure, l'intrigue est admirablement ficelée. L'introduction est particulièrement jouissive avec la présentation de l'âge d'or des super-héros et leur retraite, traitées à la manière d'archives d'actualités (on reconnaîtra d'ailleurs la voix de Patrick Poivre d'Arvor dans les commentaires de ce prologue).  On peut juste regretter de ne pas savoir comment les justiciers ont acquis leurs pouvoirs, mais c'est un tout petit bémol.

La description de la vie de la famille Parr, l'amitié de Bob avec Lucius Best (alias Frozone), les relations entre la personnalité des enfants et leurs pouvoirs (Violet capable de devenir invisible est d'une timidité maladive, "Flèche" qui court à grande vitesse est farceur et insolent), sont fabuleusement inspirées.

Brad Bird manie les références avec un authentique génie, adressant des clins d'oeil qui raviront les fans de comics : les Indestructibles font penser aux Quatre Fantastiques, mais avec des aptitudes différentes (la rapidité de Flèche évoque Flash ou Quicksilver, l'invisibilité et le champ de force de Violet renvoient à Sue Richards, Elastigirl reproduit de manière féminine Red Richards ou Ralph Dibny et Plastic Man, Frozone rappelle Iceberg, Mr Indestructible Hercule, Syndrome le Dr Fatalis...).

A la caricature de l'embourgeoisement et de l'ennui d'une vie rangée succède une relecture brillante des codes du film d'espionnage (éloquente dans la partie où Mr Indestructible est sur l'île de Syndrome), la parodie de la mode (avec le personnage de Edna), et une version des blockbusters à grand spectacle (avec le dernier acte mettant en scène le robot géant). 

C'est sans doute parce qu'il ne se cantonne pas au registre super-héroïque que le film est si réjouissant : il ironise sur les icônes populaires sans jamais sombrer dans le sarcasme, il mixe James Bond et les BD de Marvel et DC Comics, abonde en "morceaux de bravoure" (la scène des portes avec Elastigirl, la course poursuite de Flèche dans la jungle), sans jamais lever le pied mais sans non plus expédier aucun de ses blocs narratifs. Le script se permet même quelques réflexions sur l'identité (son affirmation, sa protection, mais aussi la tolérance de celle des autres - pertinent quand on est doté de pouvoirs qui vous mettent forcément à l'écart du commun des mortels) la véritable cruauté des méchants (qui ne soucie pas de l'âge de leurs victimes). 

Il existe un expression anglaise pour définir ce genre d'oeuvre : "instant classic", classique immédiat. Un titre que mérite ces "Incroyables" distrayant et intelligent, produit par un des cinéastes américains les plus accomplis (comme l'ont prouvé ses films suivants, de Ratatouille à A la poursuite de demain et passant par Mission : impossible - Protocole fantôme).

dimanche 7 juin 2015

Critique 636 : A LA POURSUITE DE DEMAIN, de Brad Bird


A LA POURSUITE DE DEMAIN est le nouveau film réalisé par Brad Bird (Les Indestructibles ; Ratatouille ; Mission : Impossible IV - Protocole Fantôme).
Le scénario est co-écrit par Brad Bird, Damon Lindelof et Jeff Jensen, adapté librement des attractions Carousel of Progress et It's a small world du parc de loisirs DisneyLand. La direction artistique du film est assurée par Scott Chambliss, avec la photographie de Claudio Miranda, les décors de Ramsey Avery et les costumes de Jeffrey Kurland.
Le film dure 2h 10 et il est sorti en France le 24 Mai 2015.
*
1964 : la Foire Universelle de New York.

Casey Newton est une jeune fille, douée en sciences. Elle ne se résigne pas à la fermeture annoncée du site de Cap Canaveral où travaille son père ingénieur et pour retarder l'arrêt du centre, elle en sabote les installations jusqu'à ce qu'elle soit arrêtée en flagrant délit.
Au poste de police, Casey est libérée après le versement d'une caution et en récupérant ses affaires, elle y trouve un étrange pin's qui ne lui appartient pas mais qui, lorsqu'elle le touche, lui fait apparaître un monde futuriste qu'elle est seule à voir.
En renouvelant l'expérience, elle peut visiter Tomorrowland jusqu'à ce que la batterie du pin's soit déchargé. Elle cherche alors de informations sur le Net concernant la provenance de cet objet et fugue pour gagner la boutique de vendeurs de gadgets de collection. 
Les commerçants sont en fait des robots qui veulent s'approprier le pin's, quitte à tuer Casey quand elle leur jure ne pas savoir comment on le lui a transmis. L'intervention d'une fillette, Athéna, aux capacités physiques sur-développées, la sauve in extremis.
Ensemble, elles rejoignent le domicile du seul homme en mesure de renseigner Casey : Frank Walker. Athéna l'a connu autrefois, lors de la Foire Universelle à New York en 1964-1965, où, encore adolescent, il y avait présenté, sans succès, un jet-pack à David Nix, mais où il avait eu accès, sans autorisation, à Tomorrowland.
Seule avec Walker, qui vit en ermite, et ignorant qu'une brigade d'androïdes est à ses trousses, Casey apprend qu'il en a été banni mais aussi qu'elle brouille les probabilités que Tomorrowland soit détruit comme son hôte le lui assure.
En compagnie d'Athéna, Casey et Walker retournent donc sur place et y affrontent Nix qui refuse de croire que son monde puisse être sauvé, au prétexte que la civilisation provoquera toujours, quelle que soit la situation, sa propre perte en épuisant les ressources de la Terre et en se battant pour les exploiter abusivement... 
Demain - et ailleurs ? - : Tomorrowland.

J'ai été voir A la poursuite de demain parce que je suis d'abord un grand fan de Brad Bird depuis Les Indestructibles. Il a confirmé tout le bien que je pensais de lui ensuite avec Ratatouille, autre film d'animation (qu'il a grandement participé à sauver d'un scénario original mal écrit). Puis il a accompli avec brio sa transition vers le cinéma live en réalisant le quatrième volet de la franchise Mission : Impossible avec Protocole Fantôme (assurément le meilleur depuis le premier épisode de Brian De Palma).

Quand il a refusé le 7ème chapitre de Star Wars, son nouveau projet a fait frissonner de nombreux cinéphiles : quelle production pouvait être plus attractive pour un cinéaste qu'un gros succès programmé (même si, personnellement, je n'ai jamais été un fan du feuilleton sur grand écran initié par George Lucas) ?

La réponse s'intitule Tomorrowland (en v.o.) et si ce n'est pas le meilleur opus de son réalisateur, c'est tout de même un divertissement très plaisant, un beau film d’aventure, hommage aux inventeurs et aux rêveurs. Un authentique feel-good movie, de la science-fiction optimiste, généreuse. L'archétype d'un certain état d'esprit tel que celui qu'incarne les productions Disney.

Oh, j'en vois bien déjà certains qui froncent les sourcils à l'évocation de Disney : il est de bon ton de grimacer quand on entend ce nom car on assimile cela à des dessins animés souvent mièvres, mielleux, des films familiaux pour ne pas dire sirupeux. Les fans de comics sont encore plus acides depuis que ce géant du divertissement a absorbé Marvel, même si en vérité il est, dans les faits, plus difficile de pointer en quoi Disney influence les bandes dessinées ou en quoi leurs adaptations sur grand écran seraient corrompus par l'esprit du père de Mickey. Ce n'est pas si simple car, justement, Disney et tout ce qui en sort est, comme pour n'importe quel grand studio (n'importe quelle grande entreprise du spectacle), multiple, varié. Voyez Pixar : leurs créateurs n'ont pas été pervertis ou soumis à je-ne-sais-quel diktat depuis qu'ils sont dans le giron de cet empire.

Evidemment, le fait que A la poursuite de demain tire son origine de deux attractions de DisneyLand inspire une méfiance légitime : est-ce bien le terreau du cinéma que de pousser dans les parcs de loisirs ? Mais Pirates des Caraïbes a été développé de la même manière : même si la franchise a abouti à des films de moins en moins bons, le premier de la série reste un blockbuster qui a de l'allure.

Brad Bird ne cherche pas à dissimuler la provenance de son film et c'est quand il la souligne qu'il est d'ailleurs moins bon : le spectateur a alors plus le sentiment de visiter un dispositif bien balisé que de regarder un long métrage de fiction (voir les séquences où Frank Walker adolescent puis Casey Newton découvrent Tomorrowland comme n'importe quel touriste à Orlando).

Mais le cinéaste a un vrai regard, une vraie esthétique, une thématique bien à lui : les films de Brad Bird ont cette vision enchantée du monde où les utopistes combattent les cyniques, les pessimistes, les manipulateurs. On retrouve tout cela dans l'opposition entre Frank Walker et David Nix, la figure du successeur incarnée par Casey, le personnage de passeur-renfort d'Athéna.

En outre, le réalisateur est lettré et il convoque Jules Verne (l'auteur emblématique du roman d'aventure scientifique), Gustave Eiffel (le concepteur visionnaire, dont la Tour connaît là un usage inédit mais très ludique et spectaculaire), Thomas Edison et Nikola Tesla (les inventeurs géniaux et rivaux - on a attribué bien des trouvailles du second au premier dans les découvertes sur l'électricité) : cet aréopage est une équipe fondatrice de l'esprit du récit, dans ses dimensions fantaisiste et réaliste. Le film interroge le choix qui s'offre à l'humanité de suivre ceux qui imaginent un monde meilleur selon la liberté de leur esprit créatif ou ceux qui préfèrent s'en remettre à la seule raison sans compter avec les possibles de l'intuition.

L'ambiance et le design du film sont tout entier baignés dans une sorte de rétro-futurisme fantastique exaltant le génie technologique responsable et inspire confiance, même si le discours du "méchant" désigné de l'histoire ne manque pas de justesse quant à cause du malheur que l'humanité subit et dont elle est souvent responsable. Tomorrowland, c'est aussi une question de foi, de conviction - ce qui a fait dire que la scientologie inspirerait Brad Bird (propos tenus, dans Charlie Hebdo du 3 Juin 2015, par Christophe Gans, mais sans qu'il argumente).

Ce postulat rappelle aussi ce qui était à l'oeuvre dans le récent Les Nouveaux Héros (Big Hero 6, de Don Hall), aussi produit par Disney, avec son jeune héros féru de nouvelles technologies et confronté aux dérives/promesses de celles-ci (Tiens, il faudra que j'y revienne pour en écrire une critique, j'ai oublié de le faire au moment de sa sortie).
De gauche à droite : 
Frank Walker (George Clooney), Casey Newton (Britt Roberston)
et Athéna (Raffey Cassidy).

A la poursuite de demain tente donc beaucoup, mais ne réussit pas tous ses coups. La faiblesse principale et majeure du film tient dans la progression de sa narration. Déjà, l'exposition est trop longue, malgré une introduction savoureuse (les versions que donnent du futur Walker et Casey, dont on découvrira à la toute fin à qui ils s'adressent), mais les seconds rôles du père et du petit frère sont ennuyeux, clichés (le film aurait même pu facilement passer du petit frère).

Si la rencontre entre l'adolescente et le savant reclus se fait attendre, une fois celle-ci accomplie l'histoire décolle et aligne une série de scènes très dynamiques, avec une pointe d'humour et quelques clins d'oeil savoureux (la boutique des geeks requiert toute la vigilance du spectateur qui y reconnaîtra des reliques fameuses). Le détour par Paris offre aussi un moment d'anthologie, qui atteste du savoir-faire de Brad Bird.

L'arrivée à Tomorrowland, la réapparition du méchant, la révélation des enjeux contribuent aussi au plaisir intelligent fourni par le film : on n'a pas souvent l'occasion d'avoir une problématique inspirée de la fin du monde avec autant de richesse. Les arguments écologistes, la critique des excès de la civilisation occidentale moderne, le spectre des guerres de religion, l'évocation des manipulations politiques, le tout concentré dans une tirade pleine de panache et qui ne sombre pas dans une explication de texte moralisatrice ou trop complexe, voilà un vrai tour de force.

Par contre, la dernière partie du film pique un peu du nez et joue l'ellipse de façon un peu complaisamment, comme si soudain le réalisateur et son monteur s'étaient rendus compte qu'il fallait bien finir au risque de s'embarquer dans un format nettement plus long. D'une certaine manière, l'intrigue reste assez ouverte, même si une suite est improbable (le film a un beau succès, mais sans plus, et des personnages essentiels disparaissent, parfois sacrifiés comme certaines subplots).

A la poursuite de demain a donc à la fois une réelle ambition en termes de divertissement ludique, intelligent, esthétiquement ouvragé avec une mise en scène très élégante, une direction artistique magnifique (la photo, les costumes et les décors en attestent), un foisonnement certain et rare. Mais le début est un peu laborieux et le dénouement trop expéditif. 
David Nix (Hugh Laurie).

Brad Bird signe tout de même un bel hommage, au charme presque désuet (avec les allusions à la Foire Universelle de New York en 64, les flash-backs insistants sur l'enfance de Walker, le parallèle entre la jeunesse de Casey et les désenchantements de Walker et Nix, la condition spéciale d'Athéna - dont le look ne peut que rappeler celui d'une Audrey Hepburn fillette) mais avec les moyens d'une superproduction moderne, aux explorateurs, ceux qui veulent changer le monde (pour l'améliorer ou le dominer).

Le film possède même par moments une ambiguïté bienvenue avec certains de ses protagonistes, qui lui donne un relief atypique, audacieux (par exemple, l'amour d'enfance qui impacte la relation au présent de Walker, désormais quinquagénaire, et Athéna, restée fillette. Ou le caractère de Nix, qui n'est pas tant mauvais que résigné et préfère donc laisser son monde périr que compter sur une chance improbable d'être sauvé.).

L'interprétation procure également d'épatantes surprises. On peut s'amuser ainsi de voir s'affronter George Clooney et Hugh Laurie, dont les carrières présentent bien des similitudes (acteurs dans la force de l'âge - l'âge mûr - , étant tous deux connus la célébrité en incarnant à la télé un docteur - Ross dans Urgences pour Clooney et Dr House pour Laurie). Ils campent leurs rôles avec sobriété, déjouant toutes les appréhensions (Clooney n'évoluant pas dans un registre glamour dont il est devenu un symbole, Laurie ne surjouant jamais le méchant).

Mais il faut bien admettre que les deux stars se font voler la vedette par les deux jeunes filles qui les entourent : Britt Robertson, révélée dans une médiocre sequel de Scream, interprète avec beaucoup d'énergie et de fraîcheur une partition très casse-gueule où elle doit être en permanence dans un mélange d'émerveillement et de rébellion.
Mieux encore, il y a Raffey Cassidy, qui illumine le film avec son minois délicat et mélancolique. Son rôle est une merveille d'écriture, surprenant, et elle le joue avec nuance. Sa dernière scène avec Clooney dégage une émotion vibrante, sur des ressorts à la fois équivoques mais jamais malsains.

Alors, bien sûr, malgré de belles et bonnes idées, une mise en scène de grande classe, A la poursuite de demain n’est pas aussi magistral que ce qu'on pouvait espérer de la part d'un cinéaste du calibre de Brad Bird. En voulant en donner autant aux enfants qu'aux adultes, il peine à démarrer et finit un peu trop vite.
Mais entre ces deux bords du cadre, on restera reconnaissant au réalisateur et sa production de nous avoir livré une histoire fantastique intelligente et soignée portée par un évident et sincère enthousiasme pour le genre.