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samedi 4 septembre 2021

AQUAMAN 80TH ANNIVERSARY 100-PAGE SUPER SPECIAL


Aquaman est donc à son tour octogénaire et DC fête son anniversaire avec un numéro spécial comme c'est la coutume. Mais cette fois-ci, autant le dire d'entrée de jeu, c'est une énorme déception. Les équipes artistiques sont majoritairement d'un faible niveau, et ceux qui se distinguent qualitativement sont trop rares pour que cette célébaration en l'honneur d'Arthur Curry mérite les félicitations.


Et pourtant, ça démarre plutôt bien puisque Jeff Parker et Evan Shaner se retrouvent pour l'occasion : l'histoire ne vaut pas tripette (Aquaman sauve un céphalopode d'un sous-marin russe qui utilise une torpille sonore), mais Shaner adore le roi d'Atlantis et ça se voit, ses planches sont superbes et nous en mettent plein la vue. 
 

Geoff Johns avait redonné du lustre à Aquaman lors des New 52 avec un run dessiné par Ivan Reis (qui s'est hélas ! contenté de signer la couverture) puis Paul Pelletier, ici à l'oeuvre. Pourtant le scénariste-star s'intéresse à Jackson Hyde, le fils de Black Manta avec qui il a une conversation animée. Mais ce récit bref montre bien que l'anniversaire d'Aquaman sert parfois un peu d'alibi aux auteurs, peu inspirés par le personnage.


Passés ces deux premiers segments, le choses vont se gâter : Michael Moreci et Pop Manh nous entraînent dans une aventure mouvementée avec la sorcière Vivianne et Tempest, mais malgré la bonne volonté du scénariste et de l'artiste, ça ne prend pas.


Stephanie Phillips se plonge (c'est le cas de le dire) dans une période méconnue du héros des mers, quand il portait sonf ameux costume bleu. A la faveur d'une projection dans le passé et d'une alliance avec Arion, ex-prince d'Atlantis, elle tente sans convaincre, plombée en plus par des dessins assez moyens de Hendry Prasetya.


Mais ce n'est rien à côté de ce qui suit : Shawn Aldridge et Tom Derenick sombrent dans le grand n'importe quoi avec un chapitre grotesque qui exhume le vilain Aquabeast réclamant la main de Mera. C'est laid, stupide, indigne de la fête.


Margeuerite Bennett ose davantage en s'inscrivant dans l'univers de la web-série DC Bombshells pour une intrigue miniature convoquant les Filles du Rhin, issues de la mythologie germanique. C'est vraiment chouette et joliment illustré par Trung Le Nguyen. Assurément la partie la plus originale du lot.


Cavan Scott et Scot Eaton ne font pas autant d'efforts : c'est très - trop - classique, à l'image de l'ensemble de ce projet. On est en droit d'attendre plus d'audace que ce genre d'histoires convenues, qui n'ajoutent rien à la légende d'Aquaman, qui n'évoque jamais sa longévité, sa mythologie.


Et c'est pareil avec le segment signé par Dan Watters et Miguel Mendonça. Cette énième bagarre entre Ocean Master et son frère Aquaman ne vaut que pour les dessins, qui sont pourtant loin d'être exceptionnels. C'est le même constat qui se répéte : tous ces auteurs n'ont-ils rien d'autre à raconter sur Arthur Curry ?


Lorsque Dan Jurgens et, surtout, Steve Epting arrivent, on a au moins la certitude que ça va être plus soigné. Jurgens est un auteur classique mais qui sait bâtir une histoire solide et captivante, comme c'est le cas ici, en se projetant dans le futur. Et Epting est un artiste exceptionnel, qu'on n'attend pas sur un tel personnage, mais justement c'est une excellente surprise, c'est beau, élégant, au-dessus de la moyenne sans forcer.


La segment suivant est en vérité un amuse-bouche pour la prochaine mini-série consacrée à Black Manta, écrite par Chuck Brown et dessinée par Valentine de Landro. On est accroché sans problème, mais ce sont surtout les images de de Landro qui retiennent l'attention tant elles évoquent le style du regretté John Paul Leon. 


Enfin, Brandon Thomas et Diego Olortegui saisissent aussi l'occasion pour promouvoir la future mini-série Aquaman : The Becoming, centré sur Jackson Hyde. Honnêtement, ça n'a pas vraiment sa place ici, mais il faut croire que, de toute manière, il n'y avait pas foule pour proposer grand-chose d'original pour les 80 ans d'Aquaman.

C'est donc une grosse déception. Geoff Johns, quand il avait relancé Aquaman en 2011, avait plaisanté sur le fait qu'il était un héros sujet aux moqueries et il avait, comme Jeff Parker à sa suite, tout donné pour corriger cela. Il semble pourtant que dix ans après, Arthur Curry n'intéresse plus personne à nouveau. D'ailleurs, Kelly Sue DeConnick, la dernière scénariste à avoir écrit ses aventures, n'a pas été invitée à la fête. Et surtout le décès récent de Robson Rocha (le partenaire de DeConnick sur la dernière série du roi d'Atlantis) plombe terriblement l'ambiance, même si Jim Lee lui adresse un bel hommage entre deux chapitres.

mercredi 24 février 2021

FUTURE STATE : AQUAMAN #2, de Brandon Thomas et Daniel Sampere


Suite et fin de Future State : Aquaman... Et conclusion de l'event Future State cette semaine. C'est l'heure des comptes, et pour ma part, même si je suis loin d'avoir lu toutes les mini-séries, j'ai trouvé le niveau très bon, voir excellent. Aquaman fait partie des grandes réussites, avec une écriture très maîtrisée de Brandon Thomas et la révélation à un haut niveau de Daniel Sampere. De quoi avoir envie de revoir ces personnages.


2024. Andy Curry a été séparée de Jackson Hyde par la Confluence cosmique des océans. Elle échoue sur une plage, gravement blessée. Mais grâce à ses pouvoirs aquatiques, elle se confectionne une prothèse en eau solide - ce qui provoque la colère des créatures locales.


Andy promet de réparer cela quand elle aura retrouvé Jackson Hyde. Durant les six années suivantes, elle s'entraîne pour cela, en répétant les enseignements que lui a prodiguée son mentor. Elle affronte mille dangers et cherche à renouer le contact avec Jackson jusqu'à ce qu'elle le localise.


Andy surgit dans la prison où a été détenu six ans durant Jackson et, furieuse envers ses geôliers, elle se déchaîne contre eux. Jackson la raisonne en lui expliquant qu'il faut que leurs ennemis les respectent et pour cela, il est inutile des les tuer, il suffit de les impressionner.


Andy et Jackson nagent jusqu'à la surface et savourent leurs retrouvailles. Jackson est impressionné par la maturité gagnée par la jeune femme. Ils reprennent leur traversée pour rejoindre, via la Confluence, leur océan d'origine.

De tous les titres Future State que j'ai lus, Aquaman est sans doute celui dont j'attendais le moins. Et pourtant, c'est, finalement, un de ceux qui m'a la plus plu. Sans doute parce qu'il a su parfaitement tirer parti de la contrainte de son format (deux épisodes) en livrant un récit touchant, étonnamment épique, et en rendant ses héros attachants.

Sachant que la série Aquaman a été annulée juste avant le lancement de Future State et que le héros ne reviendra que dans les pages de Justice League le mois  prochain, on peut se demander si DC n'a pas avec ces deux épisodes testé son lectorat pour une éventuelle relance, mais peut-être plus avec Arthur Curry en vedette. Il semble d'ailleurs que l'éditeur ne veuille pas en rester là avec Future State et développer cet univers futuriste (il paraît évident qu'il y aura tôt ou tard une série régulière Future State : Justice League, et déjà il y aura un titre Future State : Gotham, qui fera suite à Future State : The Red Hood).

Revenons à cet épisode. Brandon Thomas avait consacré le précédent numéro à ce qui était arrivé à Jackson Hyde, prisonnier d'un mystérieux hôte sous prétexte de le soulager de la perte d'Andy Curry, la fille d'Arthur et Mera. Pourtant, on apprenait que cette dernière n'était pas morte comme il le croyait au début.

On apprend dont cette fois ce qu'il est advenu d'Andy depuis 2024, après avoir été séparée de Jackson. Thomas fait preuve d'une belle maîtrise pour rendre tout ça épique, si bien qu'on se demande jusqu'au bout s'ila rrivera à réunir Andy et Jackson à temps. Surtout le scénariste montre parfaitement l'évolution d'Andy dans un milieu hostile et son passage à l'âge adulte. Il dresse le portrait d'une jeune fille obligée de grandir dans des circonstances extrêmes et qui se découvre des ressources psychologiques et physiques insoupçonnées. 

Brandon Thomas connaît ses classiques et leur adresse des clins d'oeil : par exemple, l'amputation de la jambe gauche d'Andy renvoie à la période où Aquaman arborait un crochet à la main gauche. Il semble que, dans la famille Curry, pour grandir, il faille en passer par des mutilations... Toutefois Andy se confectionne une prothèse bien plus esthétique, même si, pour cela, elle doit supporter des reproches de créatures aquatiques très tenaces.

Si Future State : Aquaman est une réussite, elle le doit aussi à son dessinateur et c'est peu dire que je n'attendais pas Daniel Sampere à ce niveau. Il n'a pas une carrière très fournie, on peut même dire qu'il était dans l'antichambre de DC depuis un moment. Mais là, il est en train de décoller et c'est mérité car le bonhomme a un sacré talent.

Sampere a un dessin réaliste et descriptif, de style classique. Son trait est assuré, et sert un découpage simple mais toujours bien pensé. Ses images sont toujours superbement composées et ses personnages ont un charisme naturel, de l'expressivité. Il est aussi à l'aise avec des héros masculins comme Jackson Hyde dont il fait un mentor désemparé qu'avec Andy Curry dont il trace l'évolution de manière très subtile, de la gamine impatiente et impulsive à la jeune femme guerrière. Il a visiblement gagné la confiance de DC puisqu'il sera le prochain artiste d'Action Comics (sur des scénarios de Philip Kennedy Johnson).

Sampere bénéficie lui-même des couleurs d'Adriano Lucas et il faut le mentionner quand, sans lui, cette mini-série n'aurait pas cette beauté. Avec des décors exotiques et marins, la palette de Lucas rend justice aux images de Sampere qu'elle embellit de façon notable. Les deux partenaires resteront ensemble dans le futur proche puisque Lucas aussi participera à la reprise d'Action Comics.

Future State aura été une parenthèse plus aboutie que prévue (rappelons que le projet dans son ensemble découle d'un concept initié par Dan Didio avant son renvoi de DC). L'éditeur a toujours aimé ces "Elsewords" improbables sans les exploiter suffisamment (hormis Kingdom Come). Mais cette fois, le matériau a un potentiel suffisant pour dépasser deux mois de publication.

vendredi 29 janvier 2021

FUTURE STATE : AQUAMAN #1, de Brandon Thomas et Daniel Sampere


Je n'avais pas prévu initialement de lire Future State : Aquaman mais la preview du premier épisode m'a convaincu de lui donner sa chance. Et je ne le regrette pas. Bien que Brandon Thomas use d'une astuce pour son récit futuriste, le résultat est très accrocheur. Pour dessiner cette histoire, DC a fait appel à Daniel Sampere, qui sort de son rôle de doublure de luxe.


2030. Jackson Hyde a endossé l'alias d'Aquaman et s'enfuit d'une prison sous-marine. Alors qu'il nage jusqu'à la surface, il voit quelque chose qui le sidère et permet à ses gardiens de le rattraper et de le renvoyer en cellule.


2025. Jackson Hyde traque Black Manta en compagnie de Andy Curry, la fille de Aquaman (Arthur Curry) et Mera. Le vilain réussit à leur échapper encore une fois. Jackson tente de raisonner Andy, frustrée par cet échec et l'attitude paternaliste de son mentor lorsqu'un phénomène étrange se produit.


Il s'agit de la Confluence, un bouleversement marin dans le continuum espace-temps, qui propulse Jackson et Andy dans des océans situés dans des dimensions parallèles. En nageant dans l'un d'eux, ils sont attaqués par un monstre qui capture Andy et la sépare de Jackson.


2030. Remis à son geôlier, Jackson est interrogé sur la raison pour laquelle il s'est laissé reprendre par ses gardiens. Il répond qu'il a vu un signe attestant que Andy est toujours vivante. Puis il brise ses chaînes et annonce qu'il part à sa recherche...

Aquaman est un personnage dont DC Comics semble souvent ne pas savoir quoi faire. Durant les New 52, il a connu un regain de popularité énorme grâce à Geoff Johns puis Jeff Parker. Lors de DC Rebirth, c'est Dan Abnett puis Kelly Sue DeConnick qui ont écrit ses aventures avant que sa série soit annulé récemment. Au sein de la Justice League, il a souvent souffertt d'un déficit de charisme à côtés de la "trinité" (Superman, Wonder Woman, Batman) ou d'autres membres iconiques (Green Lantern, Flash, Martian Manhunter), alors que, ironiquement, il est un des fondateurs de l'équipe. En parallèle, sa compagne, Mera, a souvent brillé lorsque les scénaristes l'ont employé pour le remplacer à l'occasion.

Dans le projet Future State, Arthur Curry et Mera sont hors champ, ils se sont retirés, et c'est Jackson Hyde qui a hérité du titre de Aquaman. Un choix étonnant puisque Hyde est le fils de Black Manta, le pire ennemi de... Aquaman. C'est également un personnage de couleur, et à ce titre, il confirme l'intention de ces mini-séries de donner plus de visibilité à aux "minorités ethniques" (comme Yara Flor, la néo-Wonder Woman brésilienne ou le Next Batman).

Je ne connaissais pas Brandon Thomas avant mais il fait partie des nouvelles plumes engagées par DC pour Future State. : journaliste, blogueur et auteur freelance, il impose d'emblée sa marque avec une écriture dynamique, qui accroche le lecteur. Pas besoin de grandes explications pour saisir le contexte de son intrigue, tout est brillamment résumé par des dialogues vifs et concis. 

Jackson Hyde est devenu le mentor de Andy Curry, la fille de Arthur Curry et Mera, et ensemble ils traquent Black Manta en 2025. Bientôt ils sont séparés à la faveur d'un événement cosmique et Jackson croit Andy morte. Cinq ans après, déporté dans une autre dimension à cause de cet événement, Jackson est dans une étrange situation : retenu par un geôlier extraterrestre, il finit par comprendre que son geôlier attend comme lui une preuve de vie d'Andy devenue la légendaire Aquawoman.

Si la lecture est aussi plaisante, c'est parce que la narration est très maîtrisée et efficace. Le rythme est soutenu, les péripéties spectaculaires, les rebondissements bien amenés et surprenants. Et la caractérisation est inspirée : la relation Jackson-Andy est vigoureuse, Andy est une jeune fille qui contrôle mal ses pouvoirs (à cause de son émotivité) tandis que Jackson tente d'être digne de la confiance des parents de sa protégée. Leur voyage réserve des moments sensationnels et dramatiques et on est piqué au vif pour savoir ce qu'il est advenu de Andy entre 2025 et 2030.

Le titre bénéficie aussi de dessins magnifiques. J'ai toujours bien apprécié Daniel Sampere même si je déplorai que DC ne lui donne pas plus d'espace pour s'exprimer : il a servi de fill-in artist sur Justice League Dark (période Rebirth) pour un bref arc très réussi, ou sur la récente version de Suicide Squad où il a remplacé son ami Bruno Redondo au milieu du bref run écrit par Tom Taylor.

Mais il semble que DC ait changé son fusil d'épaule et sans doute que la prestation de Sampere sur cet Aquaman a dû jouer. En effet, en Mars prochain, le dessinateur va s'occuper des pages intérieures de Action Comics. Pour l'heure, on peut donc apprécier son travail dans ce premier épisode où on constate que son trait a spectaculairement mûri. Comme Dan Mora, l'influence de Jim Lee est assez évidente, notamment par sa propension à des physionomies athlétiques et anguleuses (pour les hommes). Mais comme Mora, Sampere est plus complet que Lee, varie davantage ses effets, a un trait plus dynamique et souple.

La manière dont il anime Andy est remarquable dans la mesure où il réussit à la représenter comme une jeune fille aux proportions crédibles, très expressive aussi. Les décors sont également soignés. Sampere assume aussi l'encrage et celui-ci a une bonne consistance, qui permet de donner des textures bienvenues et de miser sur des effets bien dosés (comme une mise en scène avec des silhouettes rouges sur fond noir dans une case cruciale). Enfin la colorisation d'Adriano Lucas fait le reste, avec de superbes nuances (la double page montrant la Confluence est mémorable).

Moins noir et désespéré que d'autres titres Future State, Aquaman entraîne le projet dans d'autres territoires, plus exotiques, avec des personnages plus frais. Une proposition bienvenue.

dimanche 21 avril 2019

AQUAMAN #47, de Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha


De façon prévisible, le dernier chapitre du premier arc narratif d'Aquaman par Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha ne réussit pas à sauver l'ensemble de cette histoire. Confus, l'épisode ne fonctionne à aucun moment, quand bien même il est superbement illustré.


Aquaman défie donc Namma qui s'est transformée en dragon et plonge dans la mer pour la stériliser par le sel. Aquaman lance alors un appel télépathique auquel répondent les anciens dieux de l'île qui, à cette occasion, reprennent leur apparence initiale.


La puissance et la colère de Namma rendent les efforts d'Aquaman dérisoires. Et les enfants de la déesse misent alors sur une stratégie différente que le combat. Varuna, la première, décide de sacrifier pour tenter d'apaiser sa mère.


Mais cela ne fonctionne pas et les autres suivent. Caille rejoint Aquaman sous l'eau et assiste, impuissante, à ce spectacle. Elle suggère alors à Aquaman de répéter son appel à l'intention de Tang, qui peut être consumé mais pas contenu par Namma.


Et, effectivement, cette option paie. Namma implose littéralement à cause de l'énergie libérée par Tang. L'effort a cependant épuisé Aquaman qui est ramené à la surface par le père des océans.
  

Fêté en héros par les gardiens de l'île, Aquaman est marqué d'un tatouage qui l'inclut comme membre de leur communauté. Toujours amnésique cependant, il reçoit du père des océans un dernier présent : le trident du roi des sept mers.

Je fais toujours en sorte, quand j'entame la lecture d'une série, de ne pas trop en attendre, de telle sorte si elle me plait je suis ravi et si elle me déçoit je ne suis pas accablé.

Néanmoins, quand un auteur s'empare d'un titre, on souhaite toujours qu'il lui injecte ce qui a manqué à nous y intéresser auparavant. Je fondais de grands espoirs sur Kelly Sue DeConnick dans cette perspective, parce qu'elle me semblait à même d'écrire Aquaman avec singularité.

Si les deux premiers épisodes m'ont convaincu, le troisième a été une douche froide, et les deux suivants n'ont pas redressé la barre. En vérité, à aucun moment, la scénariste n'a paru en mesure de livrer un récit à la hauteur.

Le postulat - Aquaman amnésique et perdu sur une île isolée sujette à une malédiction - ouvrait des possibilités intéressantes, une reconstruction du personnage puisqu'il était une page blanche. Mais DeConnick a enseveli tout cela sous une mythologie épaisse qui a véritablement englué toute caractérisation au profit d'une histoire de vengeance avec d'anciens dieux primordiaux. Une toile de fond trop envahissante pour développer un "all-new" Aquaman, comme le promettait la couverture.

Qu'y a-t-il de pire que d'être indifférent du destin d'un héros alors que tout est ouvert pour lui ? C'est une impasse, d'autant plus que les seconds rôles sont grossièrement croqués ou engloutis dans un charabia pseudo-légendaire qui aurait gagné à être très élagué ou beaucoup plus exposé. DeConnick n'a jamais trouvé le juste tempo pour rythmer son récit, tour à tour décompressé puis pressé, contemplatif et spectaculaire, avec cette conclusion expédiée (mais qui laisse penser que Namma n'est pas morte).

L'échec est d'autant plus frustrant que la série a bénéficié d'un artiste formidable avec Robson Rocha. Le brésilien, encré par l'ancien partenaire de Bryan Hitch, Daniel Henriques et colorisé par Sunny Gho (qui officie sur Daredevil actuellement), produit des planches superbes, d'une puissance épatante.

Mais ce talent est mal servi par un script brouillon, qui tantôt se repose visiblement sur lui, tantôt échoue à exploiter sa narration graphique. Rocha est à l'aise partout mais il compose avec des scènes, des rebondissements, des éléments trop déséquilibrés. Résultat : on a l'impression qu'il partage la responsabilité de ce ratage alors qu'il ne fait que le mettre en image. Il va céder sa place à Viktor Bogdanovic pour les deux prochains épisodes et revenir en Juillet, mais ce sera sans moi.

Il ne faut jamais trop attendre d'une série, mais il est pénible d'accepter qu'elle se plante après avoir bien démarré. C'est la leçon de cet arc.   

samedi 30 mars 2019

AQUAMAN #46, de Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha


Après la déconvenue de l'épisode précédent, c'était un vrai quitte ou double pour Aquaman ce mois-ci. Heureusement, Kelly Sue DeConnick a su se reprendre et propose un chapitre épique. Elle est toujours bien aidée par les dessins fantastiques de Robson Rocha avant le final de ce premier arc narratif.


Sur l'île, les anciens dieux - Tang, Atabey, Loc, Mac, Repu et Ku - se réunissent. Le remords les ronge car ils pensent avoir envoyé Caille et Andy à une mort certaine sur l'île voisine où demeure Namma.


Effectivement, la déesse bannie ne réserve pas un accueil bienvenu à ses visiteurs, transformant sa fille, pour laquelle elle n'a aucun amour, en une créature monstrueuse destinée à assouvir sa vengeance.


Andy/Aquaman intrigue la déesse car il ne souvient pas qui il est mais n'est pas un terrien. Elle se moque de ses suppliques et ne gagne que la colère du héros. Caille s'éloigne et l'emprise de sa mère s'atténue, la jeune femme achève sa mue.


Andy/Aquaman réduit Namma en poussière de sel mais sait que le combat n'est pas terminé. La déesse se recompose sous la forme d'un dragon et plonge dans l'océan pour le stériliser. Andy/Aquaman chevauche la bête pour l'en empêcher.

Sous l'eau, les pouvoirs d'Aquaman se réveillent et il lance un appel télépathique à tout le peuple des sept mers. Mera, à Atlantis, l'entend, tout comme les anciens dieux de l'île qui y répondent en allant l'aider.

Bon, je ne dirai pas que cet épisode est extraordinaire et que la prestation de Kelly Sue DeConnick rassure totalement, mais il y a une nette amélioration depuis le mois dernier.

Comme elle l'a expliqué en interview, la scénariste s'est trouvée avec Aquaman un héros et une série dont les motifs sont en fait l'inverse de Captain Marvel : celle-ci était une femme déterminée et dont la devise ("Higher. Faster. Further.") pointait les cimes. Aquaman est au contraire un homme qui ne sait plus qui il est et évolue dans les profondeurs marines.

Fallait-il cependant alourdir sa première histoire avec toute une mythologie sur des divinités fondatrices alors que la base (une vengeance ourdie par une déesse bannie par ses pairs) suffisait amplement ? L'épisode précédent m'avait totalement perdu et fait craindre le pire pour la suite.

Peut-être était-ce un mal nécessaire pour donner de l'envergure au récit, mais sans doute DeConnick aurait-elle été plus inspirée en racontant le passé de l'île et de ses dieux au fur et à mesure et non pas en y  consacrant un épisode entier, ce qui a cassé le rythme de l'ensemble et nui à l'efficacité générale.

On le voit bien ce mois-ci avec une narration plus directe où, enfin, Aquaman affronte la méchante de l'intrigue. L'action domine et la lecture est bien plus agréable. On pardonne alors les tours que l'auteur sort de son chapeau pour rendre cela plus spectaculaire, comme la transformation de Caille ou celle de Namma. La conclusion de l'épisode promet beaucoup puisque les anciens dieux vont participer au règlement de comptes qui bouclera ce premier arc et que Mera sait qu'Aquaman est toujours en vie.

Si la série est attractive, c'est aussi par que Robson Rocha la dessine avec puissance. Sevré depuis le début, l'artiste s'en donne à coeur joie pour illustrer la bataille d'Aquaman et Namma. Son découpage, nerveux, insuffle une sorte de rage au face-à-face. Namma, en particulier, dévoile son visage authentiquement maléfique, indigne, tandis que Andy/Aquaman, toujours paumé, compense son désarroi par un engagement total.

Bien entendu, le clou de l'épisode est la métamorphose de Namma en dragon : Rocha réserve à ce moment, impressionnant, une double-page superbe presque aussitôt suivie d'une pleine page où Aquaman chevauche la bête. Le design de la créature est saisissant, riche en détails, que l'encrage de Daniel Henriques ne manque pas de mettre en valeur.

Nul doute que la cinquième et dernière partie de cette histoire sera épique. Et il faudra le savourer puisqu'il semble que Rocha laissera sa place pour l'arc suivant (avant de revenir pour le troisième ?) à Viktor Bogdanovic. Peu épargnée par les fans d'un Aquaman plus classique, la série et sa scénariste supporteront-elles la perte de leur artiste régulier ? 

jeudi 21 février 2019

AQUAMAN #45, de Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha


Je n'avais pas remarqué (si tant est que ce fut mentionné dans les crédits) que ce premier arc d'Aquaman écrit par Kelly Sue DeConnick comptait cinq parties. Et donc cet épisode se situe au centre, un moment opportun pour que l'histoire bascule - ce qui n'est pas vraiment le cas. Et qui, du coup, repose surtout sur les dessins de Robson Rocha, la faute à une narration trop décompressé et un confuse...


Aquaman a retrouvé en partie la mémoire : il sait désormais qu'il est en lien avec les océans, mais ne se souvient toujours pas de son nom, de ses origines, encore moins de son statut de super-héros ou de mari et roi (quand bien même a-t-il vu en rêve Mera, sans l'identifier).


Mais cela lui a suffi pour accepter d'escorter Caille jusqu'à l'île où a été bannie sa mère, Namma, accusée d'avoir empoisonné la mer. Caille est nerveuse mais Aquaman est convaincu que la mission se passera bien.
  

Pourtant, les faits vont le contredire rapidement : la mer est démontée et alors que l'île est en vue, des pics de sel géants se dressent à la surface. Ils pourfendent la barque, envoyant Caille par-dessus bord.


Aquaman plonge et la sauve. De retour à la surface, Caille ne se sent pas bien, sa peau est livide et elle sent le mal la ronger. Aquaman la traîne en direction de l'île en évitant les pics de sel de plus en plus nombreux.


Les falaises de l'île se dressent, menaçants. Aquaman sent ses forces l'abandonner, comme s'il était lui aussi atteint par un mal mystérieux. Finalement, à bout de forces, les deux rescapés sont accueillis par Namma, jurant que le monde va payer pour ce qu'il lui a fait...

Je n'ai rien contre la décompression narrative, j'aurai mauvaise grâce à prétendre le contraire puisque je suis fans de plusieurs scénaristes qui l'utilisent. Mais je reconnais que c'est une manière de raconter délicate à exploiter.

En effet, dilater le cours du récit, prendre son temps pour installer les personnages, le décor, l'ambiance, au détriment de l'action, exigent de l'auteur une rigueur absolue car le risque, c'est de donner l'impression de gagner du temps, ou, pire, de ne pas avoir grand-chose à dire, avant d'expédier le dénouement. 

Mais j'ai apprécié les deux premiers épisodes écrits par Kelly Sue DeConnick pour cela : elle a profité de la situation de son héros, devenu amnésique, et perdu sur une île au bout du monde (et au milieu de nulle part), pour le redéfinir. Lentement, mais sûrement, Aquaman devait d'abord se retrouver avant de jouer les super-héros.

Cette méthode n'a pas rencontré les faveurs de certains lecteurs, habitués à plus de mouvement durant le run de Dan Abnett (ou durant les "New 52", de Geoff Johns et Jeff Parker).

Je ne vais pas jeter le bébé avec l'eau du bain parce que j'ai été déçu cette fois, mais il est évident que DeConnick va devoir se reprendre le mois prochain, certainement en accélérant et surtout en étant plus clair. Ce que mon résumé de l'épisode ne dit pas, c'est que la traversée d'Aquaman et Caille est ponctuée largement par la relation mythologique que fait le héros au sujet du Père des Mers et de la Mère du Sel : la scénariste a cherché, par ce biais, à donner une dimension épique, ancestrale, immémoriale, à son intrigue.

Mais la conclusion est brouillonne, en tout cas elle m'a échappé puisque je n'ai plus su distinguer qui était qui à la fin. Entre les amours contrariées par l'évolution de la Terre, la naissance des enfants du Père de la Mer et de la Mère du Sel (le Ciel, le Feu, la Terre, le Vent), l'assassinat du père par sa progéniture et la création par le mère de sept monstres figés en statues de sel par les enfants qui créérent le soleil puis engendrèrent les hommes, on a du mal à comprendre le sens de tout cet arrière-plan - et sa plus-value pour l'histoire en cours.

Certes, Robson Rocha illustre aussi bien la traversée d'Aquaman et Caille que ce drame divin, au moyen de pleines pages somptueuses pour ce dernier, mais justement, la puissance graphique déployée n'aboutit qu'à souligner le vide du propos ou son côté pompeux et nébuleux.

Car, une vingtaine de pages pour décrire le voyage en barque d'Aquaman et Caille ponctué de résumés sur le Père de la Mer et la Mère du Sel, leurs enfants, les monstres, l'origine du monde, sur le papier ça fait un programme, mais en vérité, pour paraphraser le héros, ça fait surtout du vent.

Tout le talent de Rocha ne peut empêcher le lecteur de ressentir une impression de vide, ce sentiment, comme je le soulignais plus haut, que DeConnick gagne du temps ou n'a pas grand-chose à dire. Ou pire : qu'elle a quelque chose à dire mais qu'on n'arrive pas à le saisir. On en est réduit à des déductions hasardeuses. L'ambiance envoûtante des deux épisodes précédentes est absente au profit d'un spectacle épique mais confus. A ce stade du scénario, on était en droit d'attendre une révélation, un twist, une bascule. Mais on n'est pas plus avancé.

Comme j'aime tirer des leçons au bout d'un arc (sauf catastrophe totale) et que celui-ci sera terminé dans deux mois, je donne sa chance à la série jusque-là. Ensuite, il sera temps d'aviser (sachant que Rocha sera remplacé, je l'espère provisoirement, au mois de Mai). Mais ce serait malheureux qu'après un début si prometteur, Aquaman (s')échoue. 

vendredi 25 janvier 2019

AQUAMAN #44, de Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha


"All-New" Aquaman dit la couverture (je n'ai pas souvenir de cette mention le mois dernier), mais ça souligne bien la démarche entreprise par Kelly Sue DeConnick, et appuyée par DC, d'écrire le héros comme une page blanche. Toujours en compagnie de Robson Rocha, la scénariste avance lentement mais dans une ambiance intense.


Atlantis. Mera tente d'invoquer Arthur Curry grâce au pouvoir qu'elle a sur l'eau et sa mémoire, mais elle ne ressent rien. Lady Elena est tout aussi soucieuse qu'elle car le royaume s'impatiente de l'absence de son roi et des prétendants convoîtent le trône.


Ignoran tout de cela puisque devenu amnésique, Aquaman s'adresse sur l'île où il a échoué à Wee, une vieille femme dont on prétend qu'elle serait sorcière. Elle répond par énigmes à ses questions et lui donne rendez-vous le soir sur la plage pour plus de clarté.


Aquaman tente ensuite de convaincre Caille d'aller avec lui à la rencontre de sa mère, Namma, exilée sur une île voisine. Mais elle s'y refuse. Il mentionne alors le rendez-vous donné par Wee.


Le soir venu, dix habitants de l'île procèdent à un étrange rituel sur la plage en invoquant de dieux marins. Aquaman les rejoint avec Caille et dépose une offrande dans un feu de bois en espérant des réponses sur son identité et sa présence ici.


Mais trois hommes du groupe l'empoignent pour tenter de le noyer. Il se rebelle avant de réaliser qu'il peut respirer sous l'eau, tout comme il peut agir sur ses mouvements...

La narration empruntée par Kelly Sue DeConnick a divisé les lecteurs de son premier épisode sur la série et ce n'est pas ce numéro qui va modifier l'opinion. La scénariste prend toujours son temps et privilégie l'atmosphère à l'action (pas de bagarre, encore moins d'éléments folkloriques comme le costume, la manifestation de super-pouvoirs - hormis à la toute dernière page et durant la cérémonie des dix sur la plage).

Cela m'a rappelé la démarche de J.M. Straczysnki sur Thor, où il avait consacré ses deux premiers chapitres au retour du dieu du tonnerre et la restauration d'Asgard dans le paysage du Colorado (après, ça s'agitait davantage, lors d'un duel tonitruant contre Iron Man, la résurrection d'autres asgardiens, etc.).

Le risque avec ce genre de relation, c'est de perdre le fan de comics qui achète pour l'action, le grand spectacle, les costumes bariolés. Mais le même lecteur aurait tort de s'impatienter trop vite car DeConnick profite de l'amnésie et de la situation isolée géographiquement d'Aquaman pour, visiblement, redéfinir profondément le héros.

En définitive, Arthur Curry est défini par son statut de roi d'Atlantis, d'époux de Mera, de membre de la Justice League, de souverain des Sept Mers. Mais tout cela écarte le fait qu'il est un métisse, fruit des amours d'un homme et d'une atlante. En ne sachant plus qui il est, son aventure devient de se retrouver et peut-être, une fois ceci fait, de se réinventer.

C'est suggéré de manière habile par la scène d'ouverture où Mera doit se préparer à des prétendants au trône, alors qu'elle-même n'est pas non plus une pure atlante (ce qui semble l'éloigner de la régence). Pendant ce temps, Arthur comprend que sur l'île où il est, un groupe d'habitants invoque des divinités marines, semble en savoir long sur lui, attende qu'il agisse sur un point précis (Namma, la mère de Caille, qui aurait maudit leur île). En fin de compte, ce site devient symbolique : comme la série actuelle, c'est le lieu où Aquaman va être recréé.

Tout cela est donc une expérience et il faut s'y abandonner. Les dessins, magnifiques, de Robson Rocha sont un atout indéniable pour "supporter" les détours du scénario, son rythme languissant, son ambiance atypique (on n'est pas si loin d'Isola).

Rocha représente Aquaman non pas comme un super-héros, mais comme une sorte de hobo, de naufragé, de Robinson, avec des réactions, des émotions, bien terre-à-terre. On n'est plus du tout dans la logique de Geoff Johns avec le "héros de personne", raillé, qui parle aux poissons, brandit un trident. Le roi est nu, le héros est perdu, paumé. En lui conférant un surcroit d'humanité, Aquaman devient attachant, troublant. Parfois, c'est en dépouillant un super-héros qu'on le rend à nouveau intéressant parce qu'inattendu.

J'adhère à cette proposition tout en étant convaincu que cela finira par bouger. Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha osent quelque chose, soutenons-les.

La variant cover de Rafael Albuquerque.

jeudi 20 décembre 2018

AQUAMAN #43, de Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha


All-New Aquaman : plus que l'arrivée d'une nouvelle équipe artistique, après le run de Dan Abnett, par cet intitulé, c'est comme si DC indiquait au lecteur que la série était relancée. Pourtant, la numérotation est conservée et Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha prennent le relais au lendemain d'un crossover avec Justice League, Drowned Earth. Un nouveau départ très accrocheur et prometteur.


Aquaman a été repêché, après une bataille aux côtés de la Justice League, par une jeune femme, Caille, sur une île isolée de tout. Amnésique, il est hébergé par un couple de vieillards qui l'appelle Andy.


Caille, elle, préfère le prénommer Arausio - un autre titre en "A" comme la boucle de sa ceinture. D'après elle, il n'est pas apparu ici par hasard, c'est un présent quasi-divin, pour sauver ce bout de terre sauvage.


En effet, l'île est, selon les indigènes, soumis à une vieille malédiction. Les poissons pêchés sont pourris dans les filets, les conditions météo sont épouvantables, et les habitants ont tous élu domicile ici, livrés à eux-mêmes après bien des périples.


Pour quelle faute paieraient-ils ce prix ? Jadis, pour s'attirer les faveurs de la mer, ils ont conclu un pacte avec elle. Sauf l'une d'entre eux : Namma, la mère de Caille. Pour la sanctionner, elle a été bannie de la communauté sur un îlot voisin.


Ayant remarqué la force naturelle d'Aquaman, les habitants lui demandent alors de ramener Caille à Namma afin que celle-ci lève la malédiction. En sauvant la jeune femme d'une vague meurtrière, il révèle, à lui comme aux autres, ses pouvoirs aquatiques...

En 2011, avec le statu quo des "New 52", Geoff Johns en personne s'était fixé l'objectif de prescrire le même traitement à Aquaman qu'à Green Lantern auparavant. Autant dire que le personnage était promis, si le plan fonctionnait, à un regain de popularité énorme. 

Dessiné par Ivan Reis puis Paul Pelletier, relayé à l'écriture par Jeff Parker, la série consacré à Arthur Curry fut l'une des réussites de DC à l'époque. Naturellement, avec l'ère ouverte par "Rebirth", le personnage devait rester une des vedettes de DC, d'autant qu'il demeurait membre de la Justice League écrite par Bryan Hitch (qui finira par le remplacer par son épouse Mera) puis récemment dans celle de Scott Snyder. Pour couronner le tout, un film consacré au roi des mers va bientôt sortir.

C'est certainement ce dernier élément qui a dû motiver un changement d'équipe sur le titre. Je n'ai pas lu un seul épisode de Dan Abnett, donc je m'abstiendrai de tout jugement, même si les retours étaient favorables. Il a quinze jours à peine, s'achevait le crossover Drowned Earth au terme duquel Aquaman était séparé de la Justice League, présumé mort au combat.

A charge pour Kelly Sue DeConnick de composer avec cette situation. La femme de Matt Fraction s'était éloigné des majors depuis son départ de Marvel, qu'elle a notamment marqué par un excellent run sur Captain Marvel (surtout le dernier volume dessiné par David Lopez). Elle avait ensuite produit Bitch Planet chez Image.

Féministe affichée, d'un tempérament franc (elle n'avait pas caché sur les réseaux sociaux que Marvel traînait des pieds pour faire de la pub à Captain Marvel - ironique quand on sait que le film sur l'héroïne repose sur ses épisodes), mais aussi doté d'un humour salvateur (qui a inspiré Kelly Thompson, à qui elle a mis le pied à l'étrier), la voir animer Aquaman est inattendu.

Mais le début de ce premier arc (en cinq parties) est très réussi. La figure du héros devenu amnésique est un classique que DeConnick exploite sobrement mais efficacement. Dans la peau d'un étranger (à lui-même pour commencer), perdu sur une île hostile, Arthur Curry est à la fois considéré comme un inconnu (personne n'a connaissance de ses exploits super-héroïques, de ses pouvoirs) et comme un messie.

Autre motif vu et revu, celui de l'île maudite : là encore, la scénariste l'utilise avec subtilité et infuse une ambiance envoûtante, laissant au lecteur le loisir de mesurer si c'est une superstition ou une vérité (les prochains numéros devraient éclaircir cela). En tout cas, on entre dans cette aventure facilement et le propos intrigue, retient l'attention.

La série quand elle était pilotée par Abnett a vu (et sans doute souffert d') un défilé d'artistes au niveau variable (Brad Walker, Philippe Briones, Stjepan Sejic...). Cette fois, c'est le brésilien Robson Rocha qui s'y colle, après avoir fait ses preuves sur Green Lanterns (entre autres).

Ce dessinateur évolue dans un style réaliste et l'ancien encreur de Bryan Hitch, Daniel Henriques, l'épaule. Son style se distingue par une excellente maîtrise anatomique mais aussi des décors soignés, inscrits dans des compositions brillantes. C'est un artiste complet, au trait séduisant, à l'aise pour montrer la puissance d'éléments déchaînés, la carrure athlétique d'Aquaman (barbu, cheveux longs, ce qui souligne sa ressemblance avec Thor, à qui on le compare souvent) comme la grâce des danses de Caille ou la folie qui gagne les indigènes de l'île.

Visuellement, Rocha complète idéalement DeConnick : à lui, des images belles et intenses ; à elle, les ambiances prenantes et un potentiel dramatique très prometteur. Aquaman semble promis à de beaux jours, quelle que soit la durée de son amnésie, son séjour loin du monde : en le situant comme une page blanche, coupé de tout, mais pas de ses racines, le personnage comme la série se positionnent même comme prêt à devenir un équivalent à l'excellent Hawkman actuel de Vendetti et Hitch.