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mercredi 18 avril 2018

STARMAN, VOLUME 8 : STARS MY DESTINATION, de James Robinson, David S. Goyer, Peter Snejbjerg, Stephen Sadowksi, Chris Weston et John McCrea


Ce huitième tome des aventures de Starman est la suite directe du précédent (A Starry Knight) puisque Jack Knight y poursuit (et achève) son voyage dans l'espace en compagnie de Mikaal Tomas et de l'hologramme de son père, Ted. James Robinson est soutenu par David S. Goyer pour le scénario, tandis que Peter Snejbjerg met le tout en images (avec les participations de Chris Weston, John McCrea et Stephen Sadowki) pour les épisodes 55 à 60.


- #55 : Starcab Confessions. (Dessiné par Peter Snejbjerg, Chris Weston et John McCrea) -  Space Cabbie est, comme son nom l'indique, un chauffeur de taxi galactique. Il embarque deux clients, Ric Starr et Ace Arn, en 2153 pour les conduire dans le secteur Karloff. Le chauffeur raconte dans quelques circonstances il a rencontré Jack Knight lorsqu'il sauva Starfire des griffes de Jarko le pirate. Mais ses deux passagers ont d'autres versions de l'histoire...


- #56 : City without Light. (Dessiné par Stephen Sadowski et Peter Snejbjerg.) - A Opal City, les O'Dare enquêtent sur les morts suspectes et violentes du commissaire Sam Woo, Lockhart Beaumont, Katherine Shawnessy  et Milton Kroll. Tout accuse the Shade qui se cache chez Ted Knight, lequel a demandé à Flash d'enquêter. Mais d'autres héros, dans le coin, sont sur la piste du tueur : Black Condor, Phantom Lady, Adam Strange et "Bobo" Benetti.


- #57-60 : Stars my destination. (Dessiné par Peter Snejbjerg.) - L'hologramme de Ted Knight généré par la Boîte-Mère d'Apokolips a localisé la signature énergétique de Will Patton sur la planète Kranaltine, planète ennemie de Rann, qui, aussitôt, attaque leur vaisseau et le détruit. Récupéré par les hommes du prince régent Jediah Rikane, Jack Knight est soumis à la question pour connaître la raison de sa présence dans le secteur, tandis qu'il découvre que son tortionnaire s'est allié avec Turran Khan, l'ennemi juré de Mikaal Tomas. Ils détiennent Will Patton car son âme est identique à celle de Gawyn, le frère du prince régent, sur le trône avant lui. Jack et Mikaal sont déportés sur la planète-prison Asryx où Jarko le pirate fait sa loi mais où sont également retenus Tigorr (un Omega man), Delaken (espion de Rann), Medphyl (un Green Lantern) et Fastback (un Néo-Dieu).


Tous ensemble, ils réussissent à s'évader et se débarrassent aussi bien des gardiens que des prisonniers qui leur barrent la route. Fastback trouve dans les ruines du pénitencier un caisson où repose Will Patton, mais celui-ci, une fois ranimé, refuse de rentrer sur Terre avant d'avoir libéré Kranaltine du joug de Jediah Rikane et Mikaal veut en finir avec Turran Khan. Heureusement, Delaken bénéficie d'une complice inattendue mais précieuse en la personne de Lady Merrian, la femme de Gawyn.
  

Soutenu par le peuple opprimé de Kranaltine, les héros attaquent Jediah Rikane et Turran Khan lorsque M'Ntorr rend ses pouvoirs de Starman à Will Patton, habité par l'âme de Gawyn ! Tandis que Delaken et Jack Knight rejoignent Lady Merrian, Mikaal Tomas affronte Turran Khan et Patton/Gawyn Jediah Rikane. Alors que Delaken s'apprête à téléporter Jack et Lady Merrian jusqu'à Rann, Medphyl l'abat !
  

Jack réussit à tuer Medphyl avec sa lance cosmique tout comme Patton/Gawyn, régénéré par M'Ntorr, prend l'avantage sur Jediah Rikane et Mikaal élimine Turran Khan en retrouvant lui aussi ses pouvoirs de Starman. Avant d'être téléporté sur Terre avec Jack, Patton retrouve Lady Merrian et l'âme de Gawyn le convainc de rester à ses côtés pour restaurer la démocratie sur Kranaltine. Mikaal choisit aussi de rester sur place. Seul Jack Knight rentre donc à Opal City.

Les six épisodes de cet album sont un régal et concluent la saga spatiale de Starman tout comme il met en scène la rencontre entre plusieurs détenteurs du nom. En comptant une évocation de Ted Knight lorsqu'il était en activité lors d'un flash-back, on voit donc pas moins de quatre Starmen dans ces chapitres, une véritable lignée illustrant le thème central de la série (la passation).

Avant d'en venir à l'arc narratif principal (en quatre parties), Stars my destination s'ouvre par deux épisodes distincts. Le premier (Spacecab confessions) est un one-shot très amusant qui permet à James Robinson et David S. Goyer de construire un court récit selon trois points de vue différents, avec les variations sur les faits que cela implique. A chaque fois, il y est question du sauvetage de Starfire capturée par le pirate Jarko, mais selon le dessinateur et le narrateur, l'aspect des personnages change et introduit de subtiles nuances dans le déroulement des événements. On retrouve dans cet exercice de style la tonalité de certains épisodes de Nexus de Mike Baron et Steve Rude, une folie douce, qui prend le contexte et ses poncifs pour s'en amuser, avec des motifs comme l'aparté en ouverture de Space Cabbie. D'ailleurs, graphiquement aussi, surtout avec Peter Snejbjerg, on retrouve un graphisme proche de Rude, tandis que Chris Weston évolue dans un registre plus détaillé et très expressif (les grimaces de Ted Knight sont irrésistibles) et John McCrea opère une sorte de synthèse entre ses deux collègues.

Le n° 57 est une sorte de parenthèse : Robinson et Goyer préparent le terrain pour le tome 9 en revenant sur les crimes commis à Opal City par un assassin dont les pouvoirs sont identiques à ceux de the Shade. Et les soupçons des O'Dare, chargés de l'enquête, semblent se vérifier finalement quand l'autre protecteur de la ville s'en prend à "Bobo" Benetti... Il faudra lire l'arc (en dix épisodes !) de Grand Guignol pour en savoir plus. Stephen Sadowki dessine toutes les scènes à Opal City avec son style réaliste classique mais assez impersonnel, tandis qu'à la fin, quand l'action revient au périple spatial de Jack Knight et ses compagnons, Peter Snejbjerg reprend la main avec le brio qu'on lui connaît.

Enfin, nous voici arrivés à l'arc narratif qui donne son titre à l'album. On se souvient que Jack s'est engagé à partir explorer l'espace-temps pour retrouver le frère de sa fiancée, Sadie, Will Patton, qui fut Starman durant la période située entre le départ à la retraite de Ted Knight et sa succession éphémère par son fils David. Après, durant leur quête, avoir rencontré Salomon Grundy, La Légion des Super-Héros, le père de Superman, le héros est confronté au terrible Jediah Rikane qui détient Patton.

Mais la situation se complique vite car Patton partage son âme avec celle du prince déchu Gawyn et que Rakine s'est allié à Turran Khan, l'ennemi juré de Mikaal Tomas. L'affaire s'engage très mal pour les héros, qui finit sur une planète-prison où l'attendent à la fois de nouveaux adversaires mais aussi, heureusement, des renforts opportuns. Et c'est alors parti pour le match retour avec comme objectif le renversement du tyran de Karaltine.

Tout ça a un air prononcé de Flash Gordon et comme Robinson et Goyer sont des fans cultivés, ils s'emparent de cette référence avec maestria pour livrer un récit plein de rebondissements (la traîtrise de Medphyl), de princesse à sauver (Lady Merrian, clin d'oeil appuyé à Lady Marianne issue elle de Robin des bois), de soulèvement populaire, et de duels disputés (entre Patton/Gawyn et Rikane, Jack et Medphyl, Mikaal et Khan). Remplacer les pouvoirs cosmiques et les armes futuristes par des épées et vous êtes dans une histoire de capes et d'épées digne des films de Michael Curtiz avec Erroll Flynn. Jubilatoire !

Peter Snejbjerg dessine tout ça avec une magistrale maîtrise : son art de jouer avec les ombres et lumières (que ne vient pas dénaturer l'encrage de Keith Champagne) n'a d'égal que la variété de son découpage, la profusion de ses images ne nuit jamais à leur lisibilité, et il sait donner un souffle indéniable à ces mouvements. C'est aussi beau que bon pour résumer. Pour ma part, je préfère la série quand il la dessine, même si, évidemment, la période Tony Harris est également excellente.

La suite promet d'être copieuse avec un arc narratif en dix chapitres qui dévoilera ce qui se joue à Opal City en proie à une vague de crimes alors que Jack Knight revient chez lui, sans le frère de sa fiancée.   

mardi 13 mars 2018

STARMAN, VOLUME 7 : A STARRY KNIGHT, de James Robinson, David Goyer, Steve Yeowell et Peter Snejbjerg


Le départ de Tony Harris (dessinateur régulier de la série) à la fin du volume précédent a coïncidé avec celui de Jack Knight pour un voyage dans l'espace à la recherche de Will Patton, le Starman qui l'a précédé. Mais ce n'est pas le seul changement notable qui apparaît à la lecture de ce septième tome où James Robinson collabore désormais avec David Goyer au scénario et où Steve Yeowell va vite céder sa place de nouvel artiste à Peter Snejbjerg (qui va enchaîner 30 épisodes d'affilée, jusqu'à la fin du titre !).


- City whitout light (#47. Dessiné par Steve Yeowell.) The Shade boit le thé avec Ted Knight et tous deux discutent de la sécurité d'Opal City depuis le départ de Jack. Matt O'Dare et sa soeur Hope affrontent les super-vilains pensant profiter de la situation. Barry O'Dare s'occupe au commissariat central sans vraiment réussir à se rendre aussi utile. Clarence O'Dare sert désormais d'intermédiaire entre les autorités et les super-héros. Jake "Bobo" Benetti veille sur les bas-fonds. Sadie Falk s'occupe de la boutique de Jack (que le Pirate Noir cherche à contacter). Mason O'Dare fréquente Charity, la diseuse de bonne aventure, dont il semble épris. Seuls deux points assombrissent le tableau : l'assassinat de l'informateur Dudley Donovan, tué de la même manière que David Knight ; et le meurtre du commissaire Sam Woo.


- Starman's Blues (#48. Dessiné par Steve Yeowell.) Un cauchemar rappelle à Mikaal Tomas la mort de sa fiancée Lyysia et, dans un accès de rage, il endommage le tableau de bord du vaisseau de Starman. L'hologramme de Ted généré par la boîte-mère confiée à Jack par Orion conseille à son fils de se poser sur une planète proche. Ils explorent l'endroit et tombent sur... salomon Grundy, à nouveau dominé par sa personnalité malfaisante, qui veut les tuer pour s'emparer de leur appareil. 


- Talkning with David' 99 (#49. Dessiné par Steve Yeowell.) Mikaal, blessé, perd connaissance et rencontre alors David avec qui il discute de la perte de ses pouvoirs, de son sentiment d'être inutile mais aussi de son besoin de venger Lyysia. Cependant l'hologramme de Ted sauve Jack de Grundy et avec Mikaal, ils repartent de cette planète maudite. Puis ils traversent une masse noire qui les propulse plus loin, non seulement dans l'espace mais aussi dans le futur. Ils sont alors abordés par la Légion des Super-Héros, menée par Star-Boy !


- Lighting the way (#50. Dessiné par Peter Snejbjerg.) Jack, Mikaal, l'hologramme de Ted accompagnent Star-Boy et Umbra dans cette masse noire qui menace d'engloutir l'univers. Au coeur de ces ténèbres, après des jours, voire des semaines de marche, et de combats contre des créatures qu'elle génère, ils découvrent ce qui la génère : the Shade ! Pour rétablir la situation, celui-ci somme Jack de lui tirer dessus avec sa lance cosmique. L'effet est immédiat et spectaculaire. The Shade explique comment cela a pu se produire et permet à Jack et ses compagnons de repartir - tout en leur cachant que l'un d'eux mourra. Il reste auprès de Star-Boy pour l'instruire sur son destin qui le conduira à visiter le passé.
  

- Midnight in the house of El (#51. Dessiné par Peter Snejbjerg.) Grâce à the Shade, Jack, l'hologramme de Ted et Mikaal remontent le temps mais ont atteint l'année 1922 et atterrissent sur Krypton avant sa destruction. Ils y sont accueillis par Jor-El, le futur père de Kal-El, qui deviendra Superman sur Terre ! Conduit jusqu'au père du jeune explorateur, le sévère Seyg-El, qui pense qu'ils sont des espions ou des envahisseurs, Jack et ses amis sont emprisonnés après avoir été interrogés. Mais Jor-El les libère, au risque d'être puni à son tour. Ils récupèrent la boîte-mère et la lance cosmique de Jack et s'enfuient.


- Men of two worlds - The Long Goodbyes (#52-53. Dessinés par Peter Snejbjerg.) Reprenant leur odyssée, Jack obéit à Mikaal quand celui-ci, sentant la présence de son ennemi Turran Kha, veut le traquer. Ils atterrissent sur Rann, patrie adoptive de l'aventurier interstellaire Adam Strange. Un traité de paix entre plusieurs mondes est sur le point d'être signé et la présence de Kha, dont le vaisseau est trouvé dans une forêt proche, menace l'événement. Lors de la réception donnée à la veille de la signature du document, le terroriste et ses complices surgissent et lorsque la vie de Alanna et Aleea, la femme et la fille de Strange, est menacée, Jack n'hésite pas à s'interposer, au péril de sa vie. Kha disparaît en prenant Aleea en otage.
  

Ressuscité en étant cloné par la technologie de Ran, Jack part à la poursuite de Kha avec Strange, Mikaal tout en étant prévenus par Sardath, le beau-père de Adam, qu'il procédera à la signature du traité comme prévu, quitte à sacrifier sa petite-fille. Les dons de pisteur de Mikaal permettent de débusquer leur ennemi et ses sbires, neutralisés avec l'aide, notamment, de thanagariens (les semblables de Hawkman). Cette coalition a uni les peuples mieux qu'un bout de papier mais s'en empêcher Kha de s'échapper. Jack et Mikaal, avec l'hologramme de Ted, se chargeront de le traquer.

Lire Starman à partir de ces épisodes est un point d'entrée idéal (il suffit de juste de savoir pourquoi les héros sont dans l'espace et de mesurer la notion d'héritage qui lie Jack à son père, présent à ses côtés sous la forme d'un hologramme). Bien entendu, suivre la série depuis le début est bien mieux et permet d'apprécier pleinement son humanité et son envergure.

David Goyer avait déjà aidé James Robinson sur les scénarios de quelques numéros dans le tome précédent, mais désormais les deux hommes (qui relanceront aussi le titre JSA à cette époque - nous sommes en 1999) collaborent étroitement et régulièrement sur les histoires (Robinson se réservant la rédaction du script et des dialogues). Il est indéniable que Goyer apporte avec lui un sens de l'aventure plus marqué, plus premier degré aussi, et le voyage dans l'espace occupe six des sept épisodes (il se poursuivra et se conclura dans le recueil suivant).

L'action gagne donc en exotisme et s'autorise des libertés audacieuses, parfois acrobatiques, plus grandes que lorsqu'elle se déroulait à Opal City. Désormais, on sillonne le cosmos, des planètes hostiles, d'autres plus hospitalières, mais on progresse aussi dans le temps, jusqu'à un lointain futur, ou on le remonte jusqu'au début du XXème siècle. Pourtant, tout cela est pensé avec une grande cohérence et les auteurs explorent la continuité du DC Universe sous des angles troublants.

Le pic de l'album est sans contexte l'épisode 51 où Jack fait la connaissance en 1922 du jeune Jor-El, le (pas encore) père du futur Superman ! La situation est folle et sidère d'ailleurs Starman, tiraillé entre l'envie de révéler à ce jeune explorateur kryptonien le sort de sa planète, sa paternité, le destin extraordinaire de son fils, et la réserve que lui impose le souci de ne pas altérer le continuum espace-temps. Il n'empêche, on est saisi par une émotion poignante quand Jack et ses compagnons quittent le monde condamné.

Toutes ces aventures, collectées dans ce recueil, exploitent la notion de transmission : la conversation mondaine entre the Shade et Ted Knight sur la sécurité d'Opal City en l'absence de Jack, les retrouvailles périlleuses avec Salomon Grundy, le dialogue entre Mikaal et David Knight, la rencontre avec la Légion des Super-Héros et le jeune leader Star-Boy (au sujet duquel the Shade fait des révélations étonnantes sur son destin), les cachotteries de the Shade sur le sort d'un des membres de l'équipage (promis à la mort avant son retour sur Terre) de Starman, l'alliance entre Jack et Adam Strange pour sauver la fille de ce dernier. Le tout toujours mené sur un rythme soutenu aboutit à des récits denses où l'action ne domine jamais la caractérisation.

Passation aussi esthétique puisque, Tony Harris parti (même s'il continue de produire les couvertures de la série), Starman doit se trouver un nouvel artiste. Steve Yeowell, déjà actif par le passé pour des fill-in, s'y colle le temps de trois chapitres : son style épuré et élégant convient à merveille, même si on a l'impression diffuse que l'encrage de Wade von Grawbadger ou Keith Champagne alourdit un peu son trait aérien.

Puis avec l'épisode 50 (plus long, d'une trentaine de pages, comme un Annual, pour fêter ce cap important), la série accueille celui qui va s'installer comme le nouveau titulaire : Peter Snejbjerg. Aujourd'hui, ce dessinateur de grand talent a été injustement oublié, même s'il réalise parfois des épisodes pour des productions du "Mignola-verse" chez Dark Horse. Pourtant, pendant une dizaine d'années au début des années 2000, il sera un talent remarqué et remarquable, d'une régularité prodigieuse (il va enchaîner les trente derniers épisodes de Starman), avant de s'éclipser sans avoir pu terminer la mini-série The Mighty (où il sera remplacé par un débutant prometteur : Chris Samnee).

Le style de Snejbjerg n'entre pas dans le registre du réalisme classique, il y a une sorte de naïveté dans son trait dont on peut imaginer que le Mazzucchelli de Batman : Year One l'a influenceé grandement. Sa manière de traiter les ombres et les lumières, de façon franche, expressionniste, et d'attribuer à ses personnages une expressivité minimaliste mais toujours juste, dans un découpage sage mais rigoureux, produit une lisibilité très efficace et un côté rétro très approprié à la série. (Re)lire Starman sert aussi à cela : (re)découvrir et (ré)évaluer un dessinateur.

Toujours aussi moderne, inclassable, et divertissant sans oublier d'être touchant, l'oeuvre de James Robinson est et reste une gemme dans les grands classiques publiés par DC Comics.  

mardi 5 juillet 2011

Critique 242 : JSA BOOK 5 - STEALING THUNDER, de Geoff Johns, David Goyer, Leonard Kirk, Stephen Sadowski et Peter Snejbjerg


JSA : Stealing Thunder est le cinquième album de la série, en regroupant les épisodes 32 à 38, publiés en 2002 par DC Comcs, écrits par David Goyer et Geoff Johns, et illustrés par Leonard Kirk, à l'exception du prologue en deux chapitres dessiné par Peter Snejbjerg et de l'épisode final (Father's day) par Stephen Sadowski.
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Le receuil s'ouvre sur un prologue en deux parties distinctes : la première introduit la nouvelle incarnation du Crimson Avenger, la seconde initialise l'intrigue qui donne son titre à l'album (Stealing Thunder).
Puis l'histoire se développe en cinq actes : l'Ultra-Humanite, un puissant télépathe, ennemi de longue date de la Société de Justice d'Amérique, s'empare du corps de Johnny Thunder, premier utilisateur du génie Thunderbolt, capable d'exaucer tous ses souhaits (sauf s'il s'agit de tuer ou de ressuciter quelqu'un). Aujourd'hui, Thunderbolt obéit au jeune Jakeem Williams, un adolescent afro-américain receuilli par les héros après avoir été élevé par sa tante (ses parents sont morts). L'Ultra-Humanite vole le stylo dans l'encre duquel sommeille le génie et refaçonne le monde selon ses désirs.
Le vilain Icicle réveille Sand de la prison où l'Ultra-Humanite a enfermé, en animation suspendue, les héros et les deux ennemis décident de s'allier après avoir découvert ce que le monde est devenu. Ils retrouvent Jakeem Williams qui les conduit jusqu'à Power Girl, Captain Marvel (Shazam), Crimson Avenger et Hourman (3ème du nom), qui ont échappé à leur ennemi et préparent leur revanche.
Cependant, Wildcat et Dr Fate sont retenus de leur côté et vont s'employer à libérer Green Lantern (Alan Scott), dont l'énergie sert à alimenter les installations de l'Ultra-Humanite...
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Trois ans après avoir relancé les aventures de la JSA avec James Robinson, David Goyer préside à la destinée du titre en compagnie de Geoff Johns. Les deux auteurs ont su faire fructifier la série qui est devenue un succès avec plus de trente épisodes au compteur (ce volume en comptera 87 avant un nouveau relaunch en 2008). La recette est simple : il s'agit de mixer des personnages de l'âge d'or et des héritiers de héros en les précipitant dans des histoires spectaculaires au rythme échevelé.
Dans le premier chapitre du prologue, nous avons droit à un exemple typique de la méthode Goyer-Johns : une nouvelle incarnation du Crimson Avenger est rapidement présentée et lance un subplot, qui ne sera résolu qu'une vingtaine d'épisodes plus tard. Le Crimson Avenger était Lee Travis, un héros du "golden age", plus proche d'un justicier de pulp comics que d'un véritable super-héros, se servant de deux pistolets automatiques pour éliminer des criminels, puis victime d'une malédiction. Aujourd'hui, son successeur est une jeune femme noire, brandissant les mêmes armes, les yeux masqués par un bandeau, symbolisant la justice aveugle, et elle aussi agie par la magie (le personnage est, sous cette forme, un décalque étonnant de Lady Justice, créée par Neil Gaiman). En 4 pages, tout est dit : la nature de l'héroïne, le passé de son prédécesseur, sa mission, sa future cible. Cette rapidité résume toute l'énergie avec laquelle Goyer et Johns mènent leurs affaires.
La saga Stealing Thunder est une variation sur le refaçonnage du monde par un criminel pourvu d'immenses pouvoirs qu'un grain de sable va venir perturber. Avec malice, les deux scénaristes ont choisi pour camper cet élément perturbateur un vilain, Icicle (dont le pouvoir consiste à produire de la glace) : il se rebelle davantage pour gagner sa liberté que pour tirer profit de la situation, sachant que l'Ultra-Humanite n'aura aucun intérêt à s'allier avec lui, et lui aucune chance de s'en tirer sans s'allier avec les "Societers" ayant échappé au joug de leur ennemi.
Avec habileté, pour ménager un certain suspense, Goyer et Johns choisissent comme résistants des héros à la puissance inégale et à la complémentarité incertaine, ce qui garantit qu'ils ne réussiront pas facilement à vaincre l'Ultra-Humanite. A côté de Jakeem Williams, d'Icicle (avec lequel la JSA rechigne à collaborer) et du géomorphe Sand, on trouve la nouvelle venue Power Girl, l'imposant Captain Marvel (aka Shazam), la mystérieuse Crimson Avenger et le stratège Hourman (dont les capacités à voir l'avenir et remonter brièvement le temps seront déterminantes). Chaque personnage est bien caractérisé et leurs pouvoirs judicieusement utilisés pour alimenter les rebondissements (comme lors de la scène où Marvel/Shazam redevient Billy Batson puis récupère ses pouvoirs). Enfin, la confrontation finale est épique à souhait et le destin de Johnny Thunder est poignant.

L'album se clôt par un épisode mettant en vedette Jakeem et Hourman sur le thème de la fête des pères (Father's day), une autre manière de traiter de l'héritage et de la filiation, au coeur de la série.
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La partie graphique est assurée par Peter Snejbjerg pour le prologue, dans un style qui évoque ce que produit aujourd'hui Chris Samnee.
Puis Leonard Kirk illustre les cinq actes de Stealing Thunder : son trait fait beaucoup penser à celui de Stuart Immonen (avant Nextwave, à l'époque où il était inspiré par Adam Hughes). Encré par Keith Champagne, son dessin conserve ce mélange d'élégance et de nervosité, qui trouvera son aboutissement lors de son passage sur Agents of Atlas. Kirk gagne énormèment à être bien encré et prouve qu'il peut produire des épisodes de grande qualité quand il est inspiré.
Enfin, Father's day est dessiné par Stephen Sadowski, qui a été l'artiste avec lequel Robinson et Goyer avait relancé la série. Peu satisfait de sa collaboration avec Michael Bair (qui signe l'affreuse couverture de cet album), il est ici secondé par Andrew Pepoy qui sait donner plus de rondeur et d'épaisseur à son trait.
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Sans nul doute, un des meilleurs tomes de la série : des épisodes qui se dévorent et qui en mettent plein les yeux. Espérons que la JSA revienne bientôt, bien que le reboot imminent de l'univers DC n'annonce pas de nouvelle série avec ces héros...

lundi 13 avril 2009

Critique 29 : JLA - VICE ET VERTU, de David Goyer, Geoff Johns et Carlos Pacheco


Chaque année, la JLA et la JSA se retrouvent pour une sorte de gueuleton dans leur quartier général : l'occasion pour les super-héros d'évoquer le bon vieux temps, mais aussi de discuter de leurs méthodes d'action ou, plus légèrement, de renouer des liens amicaux. Car la JLA est pour partie composée de justiciers qui sont, en quelque sorte, les versions modernes des vétérans de la JSA, comme Flash ou Green Lantern.
Mais être un super combattant du crime est quasiment un job à plein temps et les vilains ne font pas de pause pour les laisser se détendre. Ainsi les deux groupes sont appelés pour empêcher un attentat contre le président des Etats-Unis (qui n'était autre que Lex Luthor à cette époque !). Cette mission ne leur prend pas beaucoup de temps mais dde retour au satellite de la Ligue, l’ambiance est pourtant étrangement tendue... Au point qu'une bagarre éclate.
7 membres sont alors possédés par les péchés capitaux : Captain Marvel incarne la gloutonnerie, Plasticman l'avarice, Green Lantern l'envie, Batman la colère, Mr Terrific l'orgueil, Power Girl la luxure et Dr Fate la paresse. Qui leur a jeté un sort ? Quelles vont être les conséquences de ces transformations ?
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Le tandem David Goyer-Geoff Johns a fait ses preuves en relançant la série JSA (avec James Robinson), signant des story-arcs spectaculaires et endiablés. Ils ne faillissent pas à leur réputation en livrant cette histoire à la fois basique et extrèmement distrayante.
C'est l'exact opposé du style narratif "décompressé" : le tempo est trépidant, l’action permanente, le récit rocambolesque et riche en rebondissements extravagants, à la mesure de ce casting de héros surpuissants soudain corrompus.
Le nombre élevé de protagonistes est géré avec un brio épatant : aucun n’est négligé, au contraire chacun est fortement caractérisé, de manière savoureuse et expresse. Un tour de force ! Il y a une vigueur rare dans le traitement de l'intrigue, du début à la fin, qui rend l'ensemble jouissif.
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Le dessin est assuré par le prodigieux Carlos Pacheco. Il allie une mise en page explosive tout en nous gratifiant de planches détaillées et d'un trait à la fois fin, souple, élégant et expressif. L'encrage de son fidèle complice Jesus Merino ajoute encore à l'excellence de l'ouvrage. A ces deux-là, aucun de ces personnages iconiques ne pose problème : ils leur impriment leur "griffe" dans un style à la fois légèrement "cartoony" et réaliste. C'est un vrai régal là encore, l'association de talents si complémentaires que tout semble évident sous leur direction.
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Sans aucun doute, un "must-have" du genre. Plaisir garanti !