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lundi 11 janvier 2021

JUGGERNAUT #5, de Fabian Nicieza et Ron Garney


Sans surprise, cette mini-série Juggernaut se termine sans éclat. Le format est, je l'avais dit, frustrant, surtout quand il est aussi bref, et même si Fabian Nicieza ne ferme pas la porte, il est peu probable qu'on ait droit à une suite (serait-elle nécessaire d'ailleurs ?). Ron Garney fait le job sans se forcer non plus. Voilà, voilà...


Le Fléau et D-Cel font irruption dans le Dongeon qui s'avère être une couverture pour une prison détenant des super-humains. Face au Gardien du lieu, le Fléau refuse de lui livrer D-Cel en arguant qu'elle est une mutante, donc protégée par Krakoa.


Quelques jours après, comme l'a convenu avec Charles Xavier, Cain Marko lui remet D-Cel. Il demande à Black Tom Cassidy, qui fut son complice jadis, de bien veiller sur la jeune femme. Puis il peut passer à la suite de son plan.
 

Renouant avec Arnim Zola, le Fléau fait revenir Sable Mouvant qu'il empêche de se venger en lui proposant de l'aider à mettre fin au Dongeon...

Au fond, quel était l'objectif de cette mini-série ? Fabian Nicieza, à défaut de bien le formuler dans son script, l'a expliqué en interview : il désirait que le Fléau ait un projet personnel qui le sorte de son rôle de vilain ou de héros occasionnel. Mais le scénariste semblait un peu douter de la pérennité de son idée, craignant qu'un prochain auteur ne se réapproprie Cain Marko pour le détourner de la voie qu'il lui avait tracée.

Nous verrons ce que l'avenir fera du Fléau, mais Nicieza mériterait qu'on respecte son travail car il ne s'en sort pas si mal que ça. A la fin de cette histoire, effectivement, il a établi une situation bien pensée pour son personnage : désormais, il a un but (empêcher la détention abusive de super-humains) et, si'il s'associe pour cela à des partenaires moyennement fréquentables (voire pas du tout fréquentables), c'est parce qu'il sait qu'il n'appartient pas à la communauté mutante (que dirige son demi-frère, le Pr. X) ni qu'il est considéré comme un héros par le public. Il devient donc une sorte d'agent indépendant, un électron libre.

Si Nicieza ou un autre pouvait développer le personnage dans cette direction, nul doute qu'il y aurait matière à le faire et il serait intéressant d'analyser comment l'action du Fléau serait admise par d'autres justiciers et quelles seraient ses chances de succès face au Dongeon, quand on voit comment le Gardien arrive à le neutraliser.

Mais ça, ce serait possible si le Fléau était un personnage qui compte pour Marvel. Cette mini-série sort un peu de n'importe où et on peut déjà s'étonner qu'elle ait été produite, surtout en pleine crise sanitaire et économique. Rien ne paraît indiquer qu'un scénariste en vue ait envie d'employer le Fléau et de poursuivre son histoire tout comme il paraît très improbable que Fabian Nicieza reçoive le feu vert pour une suite. D'ailleurs, est-elle nécessaire ? En quittant le Fléau et ses alliés tels quels, c'est déjà bien car le reste, le lecteur peut l'imaginer à sa guise sans forcément avoir l'acquérir et le lire. Chacun, en somme, extrapolera sur le futur du personnage.

La prestation de Ron Garney m'a un peu laissé sur ma faim, je dois l'avouer. Bien que fan de l'artiste et de l'évolution de son style, il ne m'a jamais semblé donner son maximum sur cette mini, comme s'il s'agissait d'une commande à exécuter avant de passer à autre chose de plus galvanisant. 

Effectivement, le dessinateur quitte Marvel pour illustrer une autre série (en douze épisodes), BRZKR, imaginée par Keanu Reeves, et qui devrait commencer à être publiée à l'Automne prochain (pour que Garney ait produit assez de numéros à l'avance). C'est un peu dommage de le voir achever son travail chez Marvel (même si rien n'exclut qu'il revienne chez l'éditeur) sur une note aussi faible. Mais le script de Nicieza ne lui a jamais donné l'opportunité de réaliser des planches comme celles où il excelle (avec ce talent pour le mouvement, l'action).

Voilà, c'est terminé. Je pense que j'aurai pu me dispenser de cette lecture, mais j'ai tenu à aller jusqu'au bout.

dimanche 27 décembre 2020

JUGGERNAUT #4, de Fabian Nicieza et Ron Garney


Bien qu'il soit sorti depuis le 9 Décembre dernier, j'avais gardé ce quatrième épisode de Juggernaut sous le coude pour cette fin d'année où le nombre de sorties est réduit. La mini-série touche à sa fin (elle se conclura le mois prochain) mais Fabian Nicieza a gardé des munitions. Ron Garney délivre quelques planches épiques aussi.


L'analyse des particules de Sable Mouvant après sa tentative de rapt contre D-Cel a permis à Damage Control  de déterminer qu'elles avaient été irradiées. Le Fléau est largué au-dessus d'un bunker souterrain, où Sable Mouvant aurait été captive.


Une fois dans la place, le Fléau est vite repéré et attaqué par Primus, un androïde créé par Arnim Zola, le savant nazi. Maîtrisé, Cain Marko est conduit devant le maître du lieu qui lui a tendu un piège pour attirer D-Cel.


Quelques mois auparavant, Cain Marko retrouve la gemme de Cyttorak en morceaux. Il récupère ses pouvoirs malgré tout et comparaît devant son maître. Mais le Fléau refuse de le servir plus longtemps et quitte sa dimension pour réintégrer la notre, ignorant la colère de Cyttorak.


D-Cel devinant que le Fléau est en difficulté le rejoint dans le repaire de Arnim Zola. Ensemble, ils neutralise Primus et font parler le savant. Celui-ci mentionne les Architectes du Dongeon pour lesquels ils travaillent et avec qui le Fléau décide de règler se comptes définitivement...

Les mini-séries, quand elles arrivent à leur terme, diffusent toujours un sentiment de frustration, surtout quand elles comptent peur de numéros (je ne parle donc pas des productions à douze épisodes comme en produit DC). On sait que la conclusion ne satisfera personne, si on s'est attaché au héros, ou bien parce qu'il aura manqué des numéros pour qu'on s'y attache vraiment.

Soyons honnêtes et lucides : avec Juggernaut, nos espoirs se sont évaporés quand Cain Marko a reçu la "visite" de son demi-frère, Charles Xavier, à l'hôpital pour apprendre qu'il ne serait pas admis sur Krakoa puisqu'il n'est pas un mutant. Dès lors, les perspectives du personnage et de son retour ont paru dérisoires, son aventure était condamnée à n'être que ça (une aventure, une passade), san avenir, sans lendemain.

Pourtant au crédit de Fabian Nicieza, il faut reconnaître que cette mini-série aura permis de redéfinir proprement, dignement, le Fléau, en en faisant un personnage plus profond, ambivalent, humain. Ce n'est ni l'histoire d'un super-vilain surpuissant, ni celle d'un repenti ou d'un héros qui a pris les mauvaises décisions. C'est plutôt le portrait d'un homme qui a eu accès à un pouvoir immense et terrifiant, qui trouve un certain salut et cherche à convaincre le monde qu'il n'est plus une menace. C'est aussi un individu dépendant à ce pouvoir, qui ne peut se s'en passer, presque un toxicomane, pathétique.

Dans cet épisode, on a droit à une scène, spectaculaire, où le Fléau fait face à Cyttorak et refuse de le servir plus longtemps, d'être une force destructrice. C'est un point de bascule, qui, développé dans une franchise comme celle des X-Men, aurait pu aboutir à un récit passionnant. Mais Nicieza est comme son personnage, un outsider, il ne fait pas (plus) partie du club des auteurs sur lesquels Marvel est prêt à miser en l'intégrant à la collection mutante, en plein boum, et donc, comme Cain Marko, Nicieza repart et va terminer sa mini-série, visiblement sans illusions (comme il l'a dit en interview, il sait pertinemment que ses efforts pour redonner du lustre au Fléau seront respectés jusqu'à qu'on collègue décide qu'il est préférable d'en faire à nouveau un super-vilain).

Et donc, comme il n'ira pas sur Krakoa (où je l'aurai bien vu dans une série comme X-Force), le Fléau continue son enquête. La série procède par bonds et rebonds, elle ne présente guère d'intérêt en soi. Cette fois, Cain Marko rencontre Arnim Zola, un méchant attaché habituellement à Captain America, mais Zola lui-même travaille pour une organisation, les Architectes du Dongeon. Le dernier épisode mettra donc en scène, de manière très prévisible, le combat entre le Fléau et ces commanditaires de Zola, qui n'en ont pas après lui mais après D-Cel.

D-Cel, une création de Nicieza pour cette mini-série, ne restera pas dans le mémoires, on ne la reverra sans doute jamais ensuite. C'est une béquille scénaristique, imaginée pour justifier la rédemption du Fléau. Il l'a sauvée, elle le suit, il la protège, elle lui permet de redorer son blason. Le duo fonctionne bien même s'il est totalement artificiel. Chaque épisode n'aura été qu'une étape pour souligner à quel point leur relation est providentielle et mécanique, avec une opposition spectaculaire à chaque fois (Hulk, Sable Mouvant, Zola). Sans doute qu'avec un personnage déjà existant mais jouant le même rôle, la série aurait été plus consistante, moins anecdotique, mais là, le lecteur sait que D-Cel n'est rien d'autre qu'une astuce, un gimmick, un faire-valoir.

Cette artificialité rejaillit sur tout le projet et l'affaiblit. Visuellement, on pouvait croire qu'avec Ron Garney, on allait en prendre plein la vue, mais l'histoire écrite par Nicieza donne peu d'occasions au dessinateur de briller. Le point fort de Garney, c'est son énergie, dans l'action, le mouvement, or ici il est clairement bridé. Quand il peut lâcher les chevaux et illustrer la puissance du Fléau, c'est toujours bref et un peu forcé, comme un passage obligé, conventionnel.

Comme il est un grand pro, Garney sait raconter une histoire en images même quand celle-ci le contraint à rester sobre. Et donc, lorsque le Fléau est largué d'un hélicoptère au-dessus d'un bunker ou défie Cyttorak, ses planches renouent avec cette espèce de grandiose un peu bourrin où il est à son avantage. Cependant, Garney dessine cela avec un style suffisamment fort pour que qu'on l'apprécie : il a "digéré" Miller et Buscema et ce drôle de mélange produit des plans mémorables, que la colorisation de Matt Milla sublime. Sinon, on devine que l'artiste trouve un peu le temps long (et nous aussi).

Marvel a un vrai souci avec ce format de la mini-série, qu'il publie comme des bouche-trous au lieu de les concevoir comme des projets prestigieux, adultes (comme chez DC avec le "Black Label"). C'est dommage, mais pas nouveau tant l'éditeur semble avoir renoncé à toute ambition supérieure autre que de produire et faire fructifier des franchises.

samedi 28 novembre 2020

JUGGERNAUT #3, de Fabian Nicieza et Ron Garney


Parce que j'étais un peu trop le nez dans le guidon (de X of Swords et Rorschach) la semaine dernière, j'avais oublié de critiquer ce troisième épisode de Juggernaut. J'y remèdie donc tout en restant honnête sur la qualité de cette mini-série, tout à fait dispensable mais efficace. Fabian Nicieza et Ron Garney ne forcent pas leurs talents mais ont à coeur de raconter une histoire solide avec ce personnage.


Cain Marko est l'accusé d'une affaire qui le renvoie à un ancien combat contre Spider-Man. A cette occasion, il avait provoqué d'importants dégats matériels à Manhattan, dévastant notamment un chantier de construction et ruinant ainsi un promoteur immobilier.


Quelques mois plus tôt, Cain Marko voyage en Corée du Nord. Epuisé par une longue marche sur un chemin montagneux, il retrouve nénamoins espoir et force quand il aperçoit la forge de Cyttorak. A l'intérieur du bâtiment, il rencontre le forgeron mais celui-ci compte garder l'armure pour lui.


De retour à New York, le procès de Cain est interrompu brutalement par l'intervention de Sable Mouvant qui vient réclamer qu'on lui livre D-Cel, la jeune fille qui accompagne le Fléau. Ces derniers et les employés de Damage Control affrontent la créature sans succès.


Le forgeron et Cain se battent et en tentant de le tuer avec son marteau, le premier cause la chute des bandes de Cyttorak composant l'armure en fusion sur le second. Cain récupère le pouvoir du Fléau et recouvre son aspect colossal.


Après avoir lutté de manière désordonnée contre Sable Mouvant, Damage Control, D-Cel et le Fléau coordonnent leurs actions et en viennent à bout. En analysant les particules de sable, les scientifiques déterminent que leur adversaire était manipulé mentalement...

Dans une interview accordée pour accompagner la parution de cette mini-série, Fabian Niciez a parfaitement cerné la difficulté de son entreprise et a reconnu, humble et quelque peu fataliste, qu'elle risquait très bien d'être annulé par un prochain scénariste.

De quoi parlait-il ? Du fait que le Fléau est un vilain pour la majorité des auteurs et des lecteurs, même si, par le passé, il lui est arrivé d'être aux côtés de héros, comme les X-Men. Cet état de fait a abouti à en faire un personnage unidimensionnel, qui se résume à sa devise, "rien ne peut stopper le Fléau". Pourtant, comme le souligne Nicieza, Cain Marko vaut mieux que ça et en le traitant avec plus de subtilité, tout le monde y gagnerait.

L'ambition de Nicieza n'est donc pas si modeste puisqu'il veut rétablir le Fléau dans une zone grise qui permettrait de l'apprécier aussi bien comme une menace que comme un individu addict à son pouvoir. En trois épisodes, le programme est respecté puisqu'on a pu constater que Cain Marko avait sacrifié ce qui faisait de lui un surhomme pour échapper aux limbes où Magik l'avait banni, qu'il avait trouvé un emploi dans un entreprise spécialisée dans la gestion des conséquences des combats super-héroïques, et qu'il tentait de se racheter une bonne conduite auprès d'une jeune fille, D-Cel, qu'il avait failli tuer accidentellement.

Mais son passé l'a rattrapé et le voici renvoyé devant un tribunal pour une vieille affaire. Nicieza fait allusion à un fameux épisode de Amazing Spider-Man au terme duquel le Fléau avait fini prisonnier d'une gangue de ciment frais, après avoir dévasté un chantier. Cela avait provoqué la ruine de celui qui le poursuit aujourd'hui en justice. Bien entendu, le procès tourne court par la faute d'une intervention extérieure, sans rapport avec ce qui occupe le tribunal.

Nicieza sort de son chapeau une vilaine  de second plan, Sable Mouvant, certainement parce qu'il n'a pas eu le droit d'utiliser l'Homme-Sable, dont elle est inspirée. C'est dommage mais le scénariste exploite avec habileté le fait que le Fléau ne peut pas directement terrasser cette créature. De même le mobile de Sable Mouvant décale l'intérêt en direction de D-Cel et la révélation finale sur l'identité de son commanditaire est maline puisqu'on ne s'attendait pas à trouver ce méchant sur la route du Fléau.

En revanche, les flash-backs qui ponctuent l'épisode et reviennent sur les circonstances dans lesquelles Cain Marko a récupéré ses pouvoirs sont plus paresseux et convenus. On peut légitimement considérer que Nicieza aurait pu raconter cela plus rapidement.

Depuis trois épisodes, Ron Garney a paru ronger son frein car pour ce dessinateur qui excelle dans l'action, l'histoire en manquait singulièrement. Même le duel contre Hulk dans le précédent numéro a manqué de place et d'intensité.

Cette fois, il dispose de plus de lattitude pour se défouler et il est clair qu'il livre une prestation plus convaincante. Certes, ça ne restera pas comme le travail le plus recommandé de Garney qui a visiblement travaillé vite, sans peaufiner ses planches. Mais quand il représente Sable Mouvant ou le Fléau, ça ne manque pas de puissance. Et la colorisation de Matt Milla sert parfaitement le trait énergique, rustre même, de Garney.

Même si cette mini-série est clairement bridée, empêchant son scénariste de lâcher les chevaux et son dessinateur d'être plus investi, c'est tout de même une lecture efficace, sans fioritures.

samedi 24 octobre 2020

JUGGERNAUT #2, de Fabian Nicieza et Ron Garney

 

Alors que X of Swords bat son plein, la mini-série Juggernaut poursuit son bonhomme de chemn, loin du tournoi qui monopolise l'attention des mutants de son demi-frère, Charles Xavier. Fabian Nicieza fait une brève allusion à ce dernier mais entraîne son histoire sur une autre voie, étonnamment sensible. Ron Garney compose avec sans être frustré, produisant des planches simples et efficaces.


Il y a quelques mois, alors qu'il est hospitalisé après s'être évadé des limbes, Cain Marko a la visite de son demi-frère, Charles Xavier, qui lui souhaite un prompt rétablissement. Mais Cain comprend surtout qu'il n'a pas le droit de le rejoindre sur Krakoa, où seuls sont tolérés les mutants.


De nos jours. Suivant le plan de D-Cel, le Fléau défie Hulk. Mais la manoeuvre doit surtout permettre à la société Damage Control, pour laquelle Cain travaille, de capturer le géant vert. Grâce aux pouvoirs combinés du Fléau, de D-Cel et d'un siphon éneergétique, Hulk est vaincu.


Quelques moins auparavant. Remis, Cain Marko se rend à Budapest pour y visiter avec un guide les catacombes. Il espère trouver là un moyen de récupérer ses pouvoirs grâce à un artefact relié à la divinité Cyttorak.


Hulk, enfermé dans une cage, est exhibé devant un parterre de civils ruinés par les dégats qu'il a provoqués dans leurs vies. Le Fléau écoute ces récriminations et se tait, tout en comprenant qu'il a lui aussi commis des dommages terribles dans l'existence d'innocents.


C'est ce que ne manque pas de lui signifier Hulk qui réussit à se libérer avant de disparaître avec l'aide de complices. De retour à New York avec D-Cel, le Fléau apprend que Damage Control le poursuit en justice pour avoir provoqué leur faillite...

Cette mini-série est plus surprenante que ce que j'en attendais. Qu'en attendais-je d'ailleurs ? Un récit bourré d'action, comme son anti-héros en était capable et comme le promettait cet épisode avec une confrontation avec Hulk au programme. Mais Fabian Nicieza creuse un autre sillon, plus sensible et troublant.

Traversé par deux flashbacks épatants et concis, où Cain Marko reçoit la visite spectrale du Pr. X, son demi-frère, et où il comprend qu'il ne pourra rejoindre Krakoa car il n'est pas un mutant, puis lors d'un voyage à Budapest, à la recherche d'un moyen de redevenir le Fléau, l'épisode explore le thème de la culpabilité.

Effectivement, le Fléau combat Hulk et leur opposition donne lieu à des planches percutantes où Ron Garney se fait plaisir. Même si le dessinateur offre parfois des compositions pas très inspirées et même maladroites, il traduit parfaitement la puissance de ces deux forces de la nature. Toutefois, depuis que Al Ewing a établi que Hulk était immortel (dans la saga Avengers : No Surrender puis dans la série Immortal Hulk), ce dernier est devenu un élément réellement imbattable, qui assume sa part malfaisante tout en ayant un intellect intact. Ce n'est plus une brute instoppable et primitive, mais une sorte de rouleau compresseur dépassant l'entendement, sans doute l'incarnation la plus féroce et la plus surhumaine qu'on ait connue.

Si Cain Marko en vient à bout, c'est en trichant, avec l'aide de la société Damage Control et de la jeune D-Cel qu'il a prise sous son aîle (à moins que ce ne soit l'inverse puisqu'elle narre la tentative de rachat du Fléau). C'est à partir de là que Nicieza déjoue les attentes du lecteur en opère un glissement malin dans son propos.

Hulk est livré en pâture à des citoyens dont il a détruit l'existence lors de batailles ou d'accès de folie meurtrière dans le passé. Le colosse de jade va s'évader, c'est certain, rien ni personne ne peut le contenir, mais il écoute en souriant ces plaintes. Cain Marko aussi écoute et il est bouleversé. Quand Hulk sort de la cage dans laquelle on l'a mis, il disparaît vite mais pas sans avoir pointé du doigt le Fléau et déclaré que lui aussi est coupable des mêmes maux. Cain l'admet d'autant plus douloureusement que, contrairement à Hulk, qui a longtemps été un démolisseur inconscient de ses actes, le Fléau a été un criminel parfaitement au fait de ses méfaits.

Entre, donc, le fait que Charles Xavier lui refuse l'accès à Krakoa, son séjour dans les limbes, et l'accusation incontestable de Hulk, Cain Marko apparaît à la fois comme un bourreau et une victime. Mais Nicieza voit, c'est évident, son personnage davantage comme une victime : victime de lui-même, de ses excès, de sa soif de puissance, de son incapacité à se contrôler. Et ainsi, étonnamment, on se prend à être touché, pas au point de l'excuser, mais assez pour comprendre que Cain Marko est profondément seul et que cela l'a conduit à des erreurs terribles dont il doit désormais payer le prix. A cet égard, la conclusion de l'épisode en rajoute, mais de façon très pragmatique.

Ron Garney, qu'on attendait beaucoup sur ce titre pour sa maîtrise à croquer des héros surpuissants, en est un pour ses frais, mais il a aussi assez de talent pour illustrer cette histoire au-delà de ça. Son découpage est efficace dans l'action, il donne ce qu'un artiste de sa trempe sait produire : l'impact des coups, la résistance face un adversaire trop fort, tout cela est rendu parfaitement, en dépit d'une page ou deux aux compositions maladroites (je pense à une page en particulier où Garney en deux cases, séparées par une ligne transversales, donne l'impression que le Fléau est franchement ridiculement petit comparé à Hulk, et dont le flux de lecture est inconfortable).

Mais, donc, Garney a du métier et quand il doit mettre en scène cette séquence devant cette assemblée avec Hulk, Cain, et tous ces témoins, il réussit très simplement mais intensément à faire comprendre au lecteur que ce qu'on reproche au géant vert s'applique aussi au Fléau. La mine troublée, puis de plus en plus pénétrée, de Cain suggère une malaise croissant chez lui. Et quand Hulk disparaît, Mark est accablé, admettant, lucide, ses torts.

Outre qu'on ne verra donc certainement pas le Fléau dans une série X de sitôt, la mini-série va aussi sûrement continuer à creuser ce sillon de la culpabilité de son héros, tout en nous instruisant sur la façon dont, après son séjour dans les limbes et à l'hôpital, il est redevenu le Juggernaut.

vendredi 25 septembre 2020

JUGGERNAUT #1, de Fabian Nicieza et Ron Garney

 


Le Fléau est un des plus anciens ennemis des X-Men, et aussi le demi-frère du Professeur Charles Xavier. Pourtant, depuis Dawn of X, il est absent du paysage mutant, le personnage a été éloigné durant la série Uncanny X-Men avant la reprise de Jonathan Hickman. Marvel a confié à Fabian Nicieza le soin de ramener Juggernaut sur le devant de la scène, sans l'intégrer à l'actualité mutante. Ron Garney dessine les cinq épisodes de cette mini-série.



Le Fléau travaille pour la société Damage Control, qui s'occupe des chantiers causés par les dégats consécutifs aux batailles des super-héros. Actuellement il détruit des immeubles insalubres mais où résident des squatteurs. Lorsqu'il découvre une bande d'adolescents dans un bâtiment...


Exilé dans les limbes après avoir affronté Magik, Cain Marko est privé des pouvoirs que lui donnent l'Oeil de Cyttorak. Il erre dans cette dimension parallèle en traînant derrière lui sa lourde armure en quête d'une sortie.


Dans un immeuble où il les a traqués, le Fléau affronte les jeunes squatteurs. Mais il tombe sur une adolescente doté de pouvoirs kinétiques. La bataile dégénère et un mur s'effondre sur la jeune fille. Le Fléau appelle les Secours et elle est hospitalisée.


Dans les limbes, Cain Marko arrive devant un arbre décharné qui marque un carrefour dimensionnel. Il comprend que pour obtenir une faveur, il doit sacrifier un bien qui lui est précieux et donne son casque en offrande. Il disparaît aussitôt après.


La jeune fille revient à elle. Le Fléau est resté à son chevet et apprend comment, à la suite d'un accident scientifique, elle a acquis ses pouvoirs. Elle défie le Fléau de se rendre vraiment utile et lui soumet une proposition risquée...

Avant que Jonathan Hickman ne donne un grand coup de balai dans la franchise X, Matthew Rosenberg a animé (avec Kelly Thompson et Ed Brisson au début) une énième série Uncanny X-Men, aussi interminable (à un rythme hebodmaire) que nulle. Cette série a donné la saga Age of X-Man (pas meilleure) tout en se poursuivant en parallèle. Rosenberg y massacrait un nombre affolant de mutants au long d'une intrigue affligeante, prétexte à réunir Wolverine et Cyclope (fâchés depuis la mini Schism de Jason Aaron). Lorsqu'on se rappelle de ça, on ne peut que remercier Marvel et Jonathan Hickman d'avoir fait le ménage et refondé l'univers mutant.

Rosenberg n'a pas tué le Fléau, il s'est "contenté" de l'envoyer dans les limbes grâce à Magik. Depuis, Cain Marko était invisible et on pouvait légitimement s'en étonner dans la mesure où il est quand même le demi-frère de Charles Xavier, le fondateur de la nouvelle Nation X. Un editor chez Marvel a dû se dire qu'il fallait corriger cela et a initié cette mini-série en cinq épisodes dont l'écriture a été confié à Fabian Nicieza et les dessins à Ron Garney.

C'est la présence de ce dernier au générique qui a motivé mon achat car je suis un fan de cet artiste. Il faut en outre en profiter car il s'agit de son dernier travail pour Marvel (en effet, il a signé pour illustrer un creator-owned d'après une idée de... Keanu Reeves !). Le Fléau est un personnage taillé pour Garney dont le style, désormais très influencé par celui de Frank Miller, convient parfaitement aux colosses engagés dans des histoires musclées.

Ce premier épisode ne met cependant pas tout à fait en valeur le talent de Garney. Il s'agit clairement d'un numéro d'exposition pour réintégrer le personnage tout en rappelant où il était passé via des flash-backs rapides. Fabian Nicieza cache-t-il son jeu ? En tout cas, il démarre modestement.

Pourtant, le postulat est malin : puisque le Fléau se caractérise principalement par sa capacité destructrice, en faire l'employé de Damage Control, une société spécialisée dans la gestion des zones ravagées par les combats de super-héros, est malicieux. Cain Marko achève de démolir des immeubles en ruines ou insalubres. Logiquement, il tombe sur des squatteurs et doit les chasser, mais délicatement car ce sont des adolescents.

Ainsi rencontre-t-il D-Cel, une jeune fille dotée de pouvoirs kinétiques (elle peut freiner le mouvement des objets). Une opposition habile pour une force de la nature instoppable comme le Fléau. Il se prend d'affection pour elle après qu'elle se soit blessée. En dialoguant, ils se rendent compte que tous deux n'utilisent pas leurs talents à bon escient et elle lui lance un défi de taille...

Nicieza est donc modeste dans son entreprise mais cela ne signifie pas que sa mini-série manque d'allure ni de potentiel. Il me semble que son objectif est de racheter une conduite au Fléau, de le sortir du cliché du gros bourrin qui fonce tête baissée pour tout démolir sur son passage, et peut-être de lui donner une dimension héroïque, un nouveau destin. Au terme duquel il sera récupéré par la communauté mutante de son demi-frère ?

Nous verrons cela dans l'avenir, mais si tel est le cas, ce serait intéressant. Imaginez ce malabar dans une équipe comme les Marauders ou X-Force, ce serait une sacrée recrue. Et je serai curieux de voir sa nouvelle relation avec Charles Xavier.

 Graphiquement, cet épisode est aussi un peu timide. Ron Garney sert le récit sans faire d'étincelles. Il paraît même un peu sur la réserve dans l'unique scène d'action (lors de l'affrontement du Fléau contre D-Cel). C'est un peu décevant, mais bon, nul doute qu'avec ce qui se profile dans l'épisode 2, ça va changer.

Garney s'est pourtant investi dans le projet puisqu'il a redesigné l'armure de Cain Marko. C'est un relooking a minima mais qui rappelle un peu celui que le eprsonnage arborait quand il avait été transformé durant l'event Fear Itself. Garney le dessine aussi plus grand et moins massif. Dans les falsh-backs, il souligne le contraste entre Marko, qui est en fait un type malingre, hirsute et barbu, et le Fléau, qui est donc un quasi-géant, sculptural.

Pour cette mini-série, Garney collabore avec celui qui est devenu son coloriste régulier, Matt Milla. Les deux hommes sont sur la même longueur d'ondes, Milla comprend le trait jeté, brut, de Garney et sait l'habiller avec des couleurs qui le mettent valeur sans "manger" l'encrage. Milla sauve même des plans un peu expédiés par Garney, comme celles se passant dans les limbes, grâce à des teintes nuancées. De même il a opté pour des couleurs vives sur des parties précises (comme les lignes de l'armure, rouge sang) qui donne du pep's au design.

Il ne faut pas être ni trop exigeant ni trop sévère avec cet épisode inaugural. Je parie sur un début humble, mineur, avant des développements plus toniques, voire épiques (Nicieza a évoqué son intention d'explorer le rapport du personnage avec Cyttorak). De toute façon, en cinq épisodes, on n'aura guère le temps de s'ennuyer. 

dimanche 24 février 2013

Critique 379 : SPIDER-MAN - LIFELINE, de Fabian Nicieza et Steve Rude

Spider-Man : Lifeline est une mini-série en trois épisodes, écrite par Fabian Nicieza et dessinée par Steve Rude, publiée en 2001 par Marvel Comics.
*



La réapparition d'une tablette magique
rappelle à Peter Parker une ancienne aventure
vécue par son alter ego, Spider-Man...

Tout commence à une soirée donnée pour la présentation publique de la Tablette de Vie, une pièce rare découverte par l'achéologue Louis Wilson et sur laquelle serait gravée une formule permettant d'acquérir l'immortalité. Mais cette relique est convoitée par plusieurs malfrats : l'avocat véreux Caesar Cicera s'est payé les services de "Man Mountain" Marko et de l'Anguille pour la dérober tandis que le mafieux Hammerhead compte sur Boomerang pour la récupérer et le Dr Curt Connors alias le Lézard pour la déchiffrer.
Spider-Man enquête pour connaître les motivations des deux camps, avec l'aide ponctuelle d'Arthur Stacy (le frère du défunt Capitaine de police George Stacy) et du Dr Strange (qui va interroger Namor, le prince de mers sur les origines de la tablette et ses pouvoirs réels).
Hammerhead commet pourtant l'erreur de sous-estimer le Dr Connors, qu'il croit sous sa coupe en ayant enlevé sa femme et son fils, car celui-ci en voulant profiter de la formule de la tablette pour se débarrasser du Lézard va échapper à tout contrôle.
Par ailleurs, le Tisseur doit faire face avec cette affaire à des interrogations personnelles car une telle pièce lui permettrait peut-être de ressusciter des êtres chers qu'il a perdus, comme son oncle Ben, son premier amour Gwen Stacy ou sa femme Mary-Jane Watson...
*




 La tablette intéresse bien du monde et 
chacun pour des raisons distinctes...

Quand Marvel produit cette mini-série, c'est un projet qui s'inscrit dans une collection de récits auto-contenus réalisés par des équipes prestigieuses : il s'agit d'histoires "self-contained", en marge des aventures disponibles dans les autres mensuels consacrés à Spider-Man. Mais les auteurs en profitent aussi pour faire référence à des épisodes plus anciens, datant du début de la série : ainsi Lee Weeks développera une tryptique (Death and destiny) revenant en détail sur la mort du Capitaine Stacy, et Fabian Nicieza imagine ici une suite à l'histoire (volume 1, #72-75) de 1969, par Stan Lee et John Romita Jr.

Le premier mérite de Lifeline est de rester parfaitement compréhensible pour ceux qui (comme moi) n'ont pas lu la première histoire de la tablette de vie. Néanmoins, un bref rappel des faits est fourni dès la page trois du premier épisode. Mais le scénariste argentin change certains acteurs principaux pour son récit (exit le Caïd, Silvermane et le Shocker).
Ensuite, on plonge dans trois épisodes avec Spider-Man. Logique, direz-vous. Mais il est quand même nécessaire de le souligner car Peter Parker n'apparaît plus après la page 7 du premier épisode (à l'exception d'un flash-back). Ce détail a son importance pour la suite car on comprend alors que l'action va primer sur le cocktail habituel de la série du Tisseur, où la représentation du héros en civil est aussi importante que celle du justicier. La place accordée à des seconds rôles comme J. Jonah Jameson, l'irascible rédacteur-en-chef du "Daily Bugle", Robbie Robertson, son bras-droit, ou Tante May est quasi-inexistante, voire totalement absente. Et on peut remercier Nicieza de sortir des clous ainsi pour se concentrer sur l'action, se contentant d'évoquer rapidement les éléments de la vie privée du monte-en-l'air.
Les motivations des personnages sont très bien décrites et variés alors que le casting est consistant : Cicero veut la tablette de vie pour son usage personnelle et l'Anguille comme "Man Mountain" Marko sont ses hommes de main, des mercenaires classiques ; en face les mobiles d'Hammerhead demeurent longtemps mystérieux et dévoilent une sentimentalité inattendue chez ce gangster au look "cartoon-esque", tandis que la vilénie de Boomerang aiguise la détresse morale de Curt Connors - ainsi quand le Lézard apparaît, son entrée en scène est vraiment spectaculaire car attendue par le lecteur (et son objectif déjoue alors les pronostics).
Nicieza rend une copie très inspirée, avec une galerie de personnages bien incarnée, une intrigue aux rebondissements multiples et spectaculaires, des séquences d'action efficaces, des interrogations morales crédibles, et une touche d'humour rappelant Stan Lee qui aèrent le récit. La présence du Dr Strange et de Namor (dont le loisir de sculpteur fournit un gag savoureux) contribuent à la richesse de l'ensemble sans que cela ne freine la progression dramatique, au contraire.
Je ne connaissais pas le travail de ce scénariste, mais on retrouve chez lui ce qu'on peut aimer chez des auteurs fans de comics classiques comme Kurt Busiek ou Mark Waid : un sens de la narration simple, dense, et tendue, avec juste ce qu'il faut de distance par rapport au genre. Un régal.
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 Cerise sur le gâteau : les superbes couvertures
peintes par Steve Rude.



 De l'art de bien utiliser le "gaufrier".

C'est toujours un plaisir de lire une bande dessinée illustrée par le génial Steve Rude - pour peu qu'il dispose d'une histoire à la hauteur de son talent, et c'est ici le cas.
Admirateur des artistes du "Silver Age", comme John Romita Sr, "the Dude" s'est employé à coller au style d'un de ses maîtres mais sans le singer (à la manière de ce qu'il a fait pour Thor : Godstorm, avec Jack Kirby). Il est en prime encré par l'excellent Bob Wiackek (dont on n'entend hélas ! plus beaucoup parler...).
Que dire ? Voilà des planches admirables : chaque case est bien remplie, chaque personnage bien campée, expressif, chaque cadrage juste et inventif... Et quelle élégance dans le trait ! Quelle méticulosité dans le traitement des attitudes, des lumières et des ombres, dans la représentation des décors ! Voyez comment Rude, en utilisant la plus élémentaire des techniques de découpage, le "gaufrier" (à six cases, d'égale valeur), fait vivre la planche, n'a jamais besoin de dépasser le cadre pour bien cerner l'action, pour fluidifier les enchaînements !
C'est somptueux, tout simplement : du très grand art !
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Ne cherchez pas bien loin pour vous procurer cette aventure : Paninicomics l'avait éditée sous le titre Ligne de vie en Août 2001 dans "Spider-Man Hors Série 3" (couverture ci-dessous), et on peut trouver la revue pour trois fois rien sur le net. Alors, selon la formule convenue, ne vous en privez pas !