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dimanche 21 août 2022

THE SINNER (Saison 3) (USA Network / Netflix)


4 ans après sa saison 3, j'ai enfin pris le temps de suivre les nouveaux épisodes de The Sinner. La série, une des meilleures dans son genre, le polar, vient hélas ! d'être annulée au terme de sa quatrième saison, récemment diffusé sur USA Network. Comme d'habitude, on plonge dans une enquête très sombre, touffue et perturbante menée par l'inspecteur Harry Ambrose. Cette fois confronté au survivant d'un accident...


Le detective Harry Ambrose est appelé sur la scène d'un accident de la route où le chauffeur, Nick Haas, a péri, mais son passager, Jamie Burnes, a survécu et a appelé les secours. Les deux hommes étaient amis depuis le lycée et avaient passé la soirée ensemble chez Burns et son épouse, Leela. Harry interroge Sonya Barzel, propriètaire du terrain où a eu lieu l'accident et qui ne connaissait pas les deux hommes. A l'hôpital, sous le choc, Jamie se remémore les circonstances du drame : c'est lui qui a provoqué l'accident et a laissé mourir son ami.


Harry mène l'enquête avec le détective Dick Soto et remarque lors de son autopsie que la main droite de Nick était transpercée, mais cela s'est produit longtemps avant son décès selon le médecin légiste. En l'interrogeant, Harry apprend que Jamie et Nick avaient diné deux semaines auparavant à Manhattan et des témoins l'ont vu se mutiler. Sonya découvre dans son terrain une trombe fraîchement creusée et en informe Harry.


Harry apprend ensuite par un autre camarade de lycée de Jamie que celui-ci avait subitement changé de comportement lorsqu'il était devenu l'ami de Nick. Un de leurs professeurs explique que les deux garçons étaient fascinés par le philosophe Friedrich Nietzsche et son concept de l'übermensch (surhomme). De son côté, Jamie reprend son travail de professeur et encourage Emma, une élève, à résister aux injonctions de ses parents qui la pressent d'aller à l'université. Puis il fait une crise panique en berçant son noveau-né, Kai. Harry craint qu'il ne représente un danger pour lui et les autres et le conduit auprès d'un psychiâtre, mais Jamie s'enfuit, craignant d'être interné.


Soto permet à Harry de suivre Jamie jusqu'à New York grâce à la géo-localisation de son téléphone. Avant qu'il ne soit intercepté, Jamie croise une de ses anciennes élèves, Sophie, qui l'invite à une fête. Harry s'y introduit et voit Jamie discuter avec Kyle, un médium qui sent la présence de Nick autour de lui. Après avoir entraîné Sophie dans une balade à toute vitesse en ville, Jamie est arrêté par Harry qui le ramène chez lui. Il reste devant sa maison mais s'endort. Il est réveillé par un appel de la detective Jones de New York qui l'informe du meurtre de Kyle.


Des témoins présents à la fête ont vu Jamie revenir et s'entretenir à nouveau avec le médium avant de disparaître et de découvrir le corps sans vie de Kyle. Harry rentre au commissariat où on le prévient que Jamie a été filmé par les caméras de surveillance de son lycée cette nuit entrant puis ressortant du bâtiment avec des vêtements différents et un sac poubelle rempli. Sonya rend visite à Leela dans la boutique de cosmétiques qu'elle tient et lui parle de la tombe dans son parc. Leela met son mari à la porte et Jamie, furieux, va chez Harry où il menace son petit-fils, Eli, avant de repartir.
 

Cet incident conduit Melanie, la fille de Harry, à venir rechercher Eli. Jamie espionne Harry et découvre qu'il est devenu l'amant de Sonya. Leela accepte de revoir son mari dans un endroit public et il lui avoue avoir laissé mourir Nick puis tué Kyle : désormais, elle a sa vie entre ses mains. Puis Jamie donne rendez-vous à Harry vers la tombe où Nick avait prévu d'enterrer Sonya après l'avoir tuée. En échange de ses aveux écrits, Jamie convainc Harry de se laisser enterrer mais il est piégé.


Après huit heures sous terre, Harry est libéré par Jamie qui voulait le convaincre que cette expérience lui ferait comprendre qu'il faut affronter ses démons pour être pleinement soi, tel que le professait Nick. En état de choc, Harry laisse filer Jamie mais il l'a enregistré à son insu et cela permet à Soto de l'arrêter. Toutefois, le juge estime que les aveux ont été soutirés de manière frauduleuse. Leela a obtenu une ordonne de restriction contre son mari puis elle avoue à Harry, Soto et Jones ce que lui a confiée Jamie au sujet des morts de Nick et Kyle. Un mandat d'arrêt est lancé mais Jamie tue le commissaire sur le terrain de golf où il pratiquait.
 

Sur la scène du crime, Jamie a laissé un mot à l'intention de Harry, menaçant Sonya, Melanie et Eli - qui est introuvable. Harry répond à l'appel de Jamie et se rend chez lui où il retient Eli en otage. Harry réussit à le désarmer et envoie son petit-fils se cacher dans sa cabane de jardinage. Après une course dans la forêt environnante, Harry, blessé, distance Jamie et rentre chez lui pour prendre un revolver. Lorsque Jamie le rejoint, il lui tire dessus. Burns meurt avant l'arrivée des secours. Quelques mois plus tard, Harry, convalescent, passe la soirée avec Sonya et craque nerveusement en se rappelant la peur qui saisit Jamie dans ses derniers instants.

Initiée par l'actrice et productrice Jessica Biel en 2017, The Sinner s'est tout de suite distingué, du moins à mes yeux, par sa profondeur psychologique. Ce polar adapté des romans de Petra Hammesfahr mettait en scène un inspecteur de police, Harry Ambrose, qui s'impliquait tellement dans ses enquêtes qu'il en perdait presque pied. D'abord confronté à une femme accusée du meurtre en public de son mari (incarnée par Biel elle-même), puis à une mère entrée dans une secte avec son jeune fils (incarnée par Carrie Coon), les deux premières saisons ne laissaient pas le spectateur indemne.

Cette troisième livraison de huit épisodes est du même acabit. Il s'agit encore une fois d'un face-à-face trouble, troublant et macabre entre Harry Ambrose et cette sois un homme, Jamie Burns, sous l'emprise d'un ami de jeunesse et rattrapé par une spirale criminelle inspirée par la théorie du surhomme de Nietzsche.

Le showrunner de la série, Derek Simmonds, aime prendre son temps, il faut donc s'accrocher, mais le jeu en vaut la chandelle. Les personnages ont une consistance, une épaisseur impressionnantes, et l'intrigue nous mène de témoin en témoin, nous égare parfois sur des fausses pistes, avant de se rassembler pour un climax d'une tension extrême.

Le principe de The Sinner, c'est que le spectateur en sait souvent plus que Harry Ambrose : par exemple, par le biais d'un flashback dès le premier épisode, on voit que Jamie Burns a provoqué l'accident mortel pour son ami Nick Haas et qu'il a attendu qu'il succombe à ses blessures avant de prévenir les secours. Mais l'important, c'est de comprendre ce qui a conduit à ce choix sinistre, le cheminement intellectuel qui a abouti à ce drame et qui en provoquera d'autres.

Par le biais de témoignages recueillis par Ambrose et d'autres policiers, mais aussi donc de retours en arrière, la vérité se fait jour : cette fois, la problème de la toxicité masculine est au centre de l'affaire. Nick Haas est un manipulateur supérieurement intelligent qui a influencé pendant des années de formation un esprit malléable, celui de Jamie Burns, le poussant dans ses retranchements pour le convaincre de la futilité de l'existence, de l'hypocrise sociale, et de la nécessité d'affronter ses peurs, d'embrasser ses pulsions primitives pour être en harmonie avec soi-même. La philosophie Nietzschéenne est une base parfaite à ces débordements puisqu'elle incite à nier l'existence de Dieu pour devenir son propre Dieu et imposer sa loi à des individus jugés inférieurs. Ce propos a été exploité en le déformant par Hitler.

Mais il en faut pas exonérer Jamie pour autant : certes, il est décrit dans sa jeunesse comme influençable, mais après la mort de Nick, la culpabilité le ronge puis il la dépasse pour emprunter une direction sans retour, franchir des limites morales. Lorsqu'il tue le médium Kyle, il agit mû par la colère, la frustration car son interlocuteur refuse de lui dire ce qu'il sent intuitivement. En revanche, lorsqu'il tue le commissaire de police, il accomplit cet homicide de sang-froid, en l'ayant prémédité. Puis sa lâcheté éclate lorsque Harry le défie de tuer son propre petit-fils puis de se suicider, soulignant qu'il ne trouvera de toute manière jamais la satisfaction, l'accomplissement qu'il recherche.

Comme je l'ai dit plus haut, Ambrose n'est pas un flic conventionnel : il s'investit totalement dans ses enquêtes, quitte à perdre pied. Il flirte avec l'illégalité, comme quand il trace le téléphone de Jamie pour le suivre jusqu'à New York, ou, pire, quand il accepte de se plier au jeu macabre de son enterrement contre la promesse d'aveux écrits. Dans ses deux précédentes enquêtes, la série le confrontait à des femmes et dans une certaine mesure, Ambrose n'abordait pas le problème aussi intensément qu'avec un homme. Son duel avec Jamie le fait dériver inexorablement jusqu'à le blesser mortellement alors qu'il avait obtenu qu'il lâche son arme et qu'il avait appelé des renforts. De fait, Jamie a poussé Harry au crime.

L'épilogue de la saison est poignant et glaçant : on y voit Harry plusieurs mois après, en compagnie de Sonya Barzel, qui s'effondre nerveusement, hanté par l'agonie de Jamie et la peur qui le saisit dans ses derniers instants. C'est comme un virus dont les symptômes se manifestent après une période d'incubation et Harry, comme Sonya, a été contaminé par Jamie. Tout comme Jamie avait été infecté par Nick Haas. Il n'y a pas de happy end dans The Sinner, les conséquences de chaque affaire laisse Ambrose au bord du précipice et cette fois, comme l'écrivit Nietzsche, "si tu regardes l'abîme, l'abîme aussi regarde en toi". L'effrroi étreint aussi le policier et sa compagne, redoutant de devenir des monstres comme les monstres que furent Nick et Jamie.

L'autre force de The Sinner, avec son écriture et sa réalisation au cordeau, repose sur un casting chaque fois magistral. Bill Pullman a trouvé avec Harry Ambrose le rôle d'une vie, il l'interprète avec une sobriété impressionnante, économe en mots et en gestes, d'une présence prégnante, d'un charisme marmoréen. Mais sa prestation est toujours mise en valeur par son/sa partenaire et après Jessica Biel et Carrie Coon, Matt Bomer bluffera tout le monde. Celui qui joue Larry Trainor/Negative Man dans Doom Patrol et avant cela Neal Caffrey dans White Collar campe Jamie avec une intensité ahurissante. On le sent aussi rongé que son personnage, toujours en tension, toujours sur la corde raide, habité. Son face-à-face avec Pullman fonctionne à fond parce qu'ils se renvoient la balle en permanence sur des registres opposés - le calme inquiet de l'un contre la fébrilité menaçante de l'autre.

Malheureusement, The Sinner va s'achever après sa quatrième saison, toujours pas programmée sur Netflix, mais que j'espère quand même voir. Raison de plus pour (re)découvrir les trois saisons disponibles si vous êtes client de polars bien sombres et intelligents.

mercredi 3 octobre 2018

THE SINNER (Saison 2) (USA Network / Netflix)


La première saison de The Sinner avait été une surprise percutante. Initiée par l'actrice Jessica Biel (toujours productrice du show), cette série policière s'intéressait à des criminels inhabituels, des gens ordinaires commettant l'irréparable, et auxquels s'intéressait particulièrement un detective, lui-même en proie à ses démons. Il fallait transformer l'essai en sachant que cette saison 2 introduirait une nouvelle enquête, de nouveaux personnages (en dehors du héros permanent). Verdict ?

 Harry Ambrose (Bill Pullman)

Après quinze ans d'absence, l'inspecteur de Dorchester Harry Ambrose revient dans sa ville natale de Keller à la demande de la jeune officier de police Heather Novack pour une affaire de double homicide. Le dossier est épineux car le suspect est un garçon de treize ans et les victimes, ses parents, empoisonnés dans un motel de Rockford. En interrogeant Julian, Harry et Heather apprennent qu'ils se rendaient aux chutes du Niagara pour le week-end mais Ambrose remarque aussi une irritation cutanée sur la main droite du garçon, correspondant à l'effet produit par le contact avec une fleur à proximité du motel avec laquelle il a pu intoxiquer ses parents. En inspectant leurs bagages, les policiers ne trouvent aucun vêtement d'enfant. Julian est placé en foyer. Une femme se présente au poste et demande à le voir, affirmant être sa mère. 

Harry Ambrose, Heather Novack et Vera Walker (Bill Pullman, Natalie Paul et Carrie Coon)

Vera Walker explique à Harry et Heather qu'elle avait confié son fils, Julian, à Adam et Bess, les victimes. Heather est choquée en découvrant que Vera fait partie de la communauté sectaire de Mosswood Grove car une de ses amies, Marin Calhoun, l'avait intégrée avant de disparaître quelques années auparavant. Vera rend visite à Julian au foyer et assiste à son interrogatoire durant lequel il revient sur ses aveux. Puis, au tribunal pour enfants, elle produit un certificat de naissance mais la juge refuse qu'elle récupère l'enfant au motif qu'il n'a pas de domicile fixe. Heather révèle à Harry que Julian est le seul enfant de Mosswood Grove et ils en déduisent qu'Adam et Bess ont voulu l'enlever. 

Julian et Harry (Elisha Henig et Bill Pullman)

Julian est transféré du foyer au centre de détention pour jeunes criminels avec l'accusation de double meurtre au second degré sur ordre du procureur, qui veut frapper un grand coup en cette année électorale. Harry, en l'apprenant, informe Vera que son fils va être soumis à une évaluation psychologique mais le test se passe mal car Julian a une crise d'angoisse puis s'énerve violemment. Cependant, Heather fouille dans les affaires de Marin et y trouve un livre où elle a souligné plusieurs fois le prénom "Julian", ce qui l'amène à penser qu'elle en est la mère biologique. Pour en avoir le coeur net, elle se rend avec Harry chez le docteur Sheldon Poole qui accepte de consulter ses dossiers. Mais il en profite pour se suicider. La fouille de son cabinet dévoile son appartenance à la communauté de Mosswood Grove. 

Vera et Harry (Carrie Coon et Bill Pullman)

En examinant ses antécédents, Harry et Heather apprennent que Poole a été autrefois poursuivi en justice par une certaine Carmen Bell. Elle est désormais internée à l'Institut Deakins (là même où la mère de Harry a séjourné) et elle raconte comment elle a été violée par le guide de la communauté, Lionel Jeffries, puis, enceinte, avortée par Poole, qui lui a retirée l'utérus. Sa plainte judiciaire lui a valu l'opprobre des notables de Keller et son internement. Harry accepte l'invitation de Vera à Mosswood afin d'essayer d'en savoir plus mais elle l'entraîne dans la forêt voisine et le sème. A la nuit tombée, il la retrouve dans une cabane où elle lui sert un thé drogué. Il se réveille le lendemain matin dans la chambre du motel où sont morts Adam et Bess. 

Marian Calhoun et Heather Novack (Hannah Gross et Natalie Paul)

Au tribunal, l'avocat de Julian, qui a refusé la proposition du procureur de plaider coupable contre un accord de peine de quinze ans, ne peut empêcher la remise en détention du garçon. Pris à parti par d'autres jeunes prisonniers, il est mis à l'isolement et demande à parler à Harry car il ne croit plus Vera qui lui avait promis de le tirer de là. Vera demande à Harry de témoigner en faveur de son fils mais il refuse après qu'elle l'ait manipulée la veille. Elle lui avoue alors n'être pas la mère biologique de Julian. Le chef de la police remercie Harry pour son aide et le congédie. Ambrose comprend alors que les notables se sont ligués pour étouffer l'affaire et il se met à fouiner en douce : ainsi découvre-t-il que le terrain de Mosswood Grove est loué à la communauté par un certain Glen Fisher, ami de Jack Novack - le père d'Heather, laquelle se souvient de la décision soudaine de Marin d'aller à Mosswood. Un choix qui brisa le coeur de la future inspectrice, amoureuse de son amie.  

Vera et Harry

Harry retourne à Mosswood pour confronter Vera à ses découvertes et la pousser à tout dire contre sa promesse de revoir Julian. Ce bluff fonctionne car elle raconte que Lionel Jeffries avait recueilli Marin en la sachant enceinte. Il avait, contre ses principes, accepté qu'elle garde l'enfant, mis au monde par le Dr. Poole. Marin, ne se sentant pas capable d'élever le bébé, partit tandis que Jeffries imposait des thérapies de plus en plus brutales aux membres de la communauté. Estimant Julian en danger, Vera empoisonna Jeffries et le remplaça à la tête de Mosswood en restaurant un mode de vie apaisé. Harry rencontre ensuite le procureur et menace de communiquer anonymement à la presse qu'il a protégé Mosswood s'il ne fait pas juger Julian devant un tribunal pour enfants. Reconduit au foyer, Julian y est kidnappé la nuit suivante.

Harry et Jack Novack (Bill Pullman et Tracy Letts)

La police effectue une descente à Mosswood, persuadée que Vera a enlevé le garçon. Elle est conduite au poste tandis que Harry apprend par des jeunes du foyer la présence suspecte d'un van marron devant l'endroit la veille au soir. Une alerte enlèvement est lancée et le véhicule est repéré sur le bas-côté d'une route. Marin est identifiée comme sa propriétaire mais elle a fui pour rattraper Julian paniqué et lui révéler qu'elle était sa vraie mère. Harry et Heather sillonnent la zone en déduisant que Marin avait déjà demandé à Bess et Adam d'enlever une première fois son fils, maintenant elle va chercher à traverser la frontière avec le Canada par une forêt. Une voiture de police les double, ils la suivent jusqu'à un motel où a été trouvé le corps sans vie de Marin, tuée par balles. 

Vera et Julian (Carrie Coon et Elisha Henig)

Julian se cache avec Vera à New York qui prépare leur départ pour Washington avec de faux papiers. En épluchant les comptes de Mosswood, Harry a mis la main sur des virements d'argent depuis dix ans à Vera par Jack Novack. Il l'interroge à ce sujet et apprend qu'il est le père biologique de Julian car il avait violé Marin, un soir où ils avaient tous trois (avec Heather) trop bu - ce qui a ensuite motivé la jeune femme à se réfugier à Mosswood. Quand elle lui a téléphoné pour lui soutirer de l'argent afin de partir au Canada, il l'a rejointe au motel la veille au soir et l'a accidentellement tuée quand elle a refusé qu'il ramène Julian à Vera. Harry reçoit un appel de Julian après avoir conduit Jack au poste et arrive à localiser son origine. Le garçon explique à Vera qu'il ne veut plus fuir et elle accepte de rentrer à Keller. La juge condamne Julian à une peine de quatre ans dans un foyer spécialisé. Harry a fait lever les charges contre Vera (ne mentionnant pas l'empoisonnement de Jeffries) et elle rentre incendier le temple de Mosswood. En le conduisant au foyer, Heather et Harry font un crocher pour emmener Julian voir les chutes du Niagara.

L'intrigue est filandreuse à souhait, encore plus complexe et touffue que celle de la première saison, notamment parce que davantage de protagonistes sont impliqués. Pourtant, une fois encore, le showrunner Derek Simmonds réussit à rendre une copie très lisible, toujours compréhensible, que le téléspectateur peut suivre sans crainte d'être égaré.

Toutefois, The Sinner reste ce polar singulier où le "pourquoi ?" prime sur tout autre question dans le déroulement de l'enquête. Pourquoi, ici, un garçon de treize ans empoisonne-t-il ses parents (ou du moins ceux qu'on prend d'abord pour eux) ? La situation de départ est aussi dérangeante, choquante, que le meurtre de Cora Tanneti dans la première saison, mais l'affiche de cette deuxième saison ne ment pas en suggérant que le crime d'un enfant n'est jamais seulement le sien.

Comme on pèlerait un oignon ou défilerait une pelote de laine, l'enquête va donc éclairer le téléspectateur comme les policiers sur les raisons qui ont abouti à ce drame. Cette fois-ci, en prime, les auteurs ont établi un parallèle entre Julian Walker et Harry Ambrose, dont le passé est aussi miné par des faits troublants. On savait que ce flic tourmenté s'adonnait au sado-masochisme (dans le rôle du dominé), on apprend que son enfance n'a pas été un lit de roses puisque sa mère souffrait d'une sévère dépression (comment ne pas songer à Annie Landsberg, dans Maniac ? Tout cela est dans l'air du temps...). Pour échapper à sa condition, le jeune Ambrose mit le feu à sa maison, aboutissant à l'internement de sa mère et à son placement en foyer, puis plus tard à son départ de la ville de Keller.

Cette localité dégage une atmosphère vraiment toxique qui imprègne toute la saison et ses huit épisodes. Entre la ville et la communauté sectaire de Mosswood Grove règne une relation trouble, mélange de haine et d'attirance, mais partageant les mêmes racines, se contaminant l'une l'autre. Plusieurs notables de Keller ont protégé Mosswood qui a détruit la vie de quelques jeunes gens de la ville - à moins que la communauté ne les ait sauvés. Lorsque toutes les pièces du puzzle sont assemblées, on observe l'enchevêtrement de causes ayant ravagé les deux camps qu'une omerta coupable associe. Marin Calhoun en est la figure sacrificielle centrale, violée par le père de sa meilleure amie, dépossédée de son enfant par la maîtresse de Mosswood, provocatrice involontaire du double meurtre commis par son fils, et finalement abattue dans une tentative tragique de rétablir un équilibre trop compromis.

Il y a dans The Sinner une dimension mélodramatique qui risque souvent de faire basculer la série dans un trop-plein de circonstances accablantes, une sorte de déterminisme socio-psychologique forcément malheureux. Pourtant, l'adresse de l'écriture, la sobriété de la réalisation (même si elle s'autorise des scènes fortes et stylisées) et la qualité de l'interprétation préservent miraculeusement la production de ces écueils.

Le face-à-face entre Jessica Biel et Bill Pullman avait une intensité remarquable dans la saison 1 (d'autant plus qu'on n'attendait pas l'actrice à ce niveau). Mais le casting de cette saison 2 est encore supérieure. Pullman est une nouvelle fois prodigieux, tout en intériorité. Son duel contre Carrie Coon, dans un rôle très ambigu (a priori détestable mais surtout désespérée), tient toutes ses promesses, la comédienne délivrant une prestation impressionnante (encore une fois, ou comme toujours plutôt serait-on tenté de dire). C'est aussi un vrai plaisir de retrouver Hannah Gross, vue dans Mindhunter, dans un rôle plus consistant, auquel elle apporte une subtilité fabuleuse. Natalie Paul et Tracy Letts forment une paire fille-père saisissante. Et le petit Elisha Henig est époustouflant.

J'ignore si la série a été renouvelée pour une troisième saison, mais son excellent accueil critique (et ses nominations aux derniers Emmy Awards) devrait convaincre USA Network.   

samedi 11 août 2018

THE SINNER (Saison 1) (USA Network / Netflix)


La série The Sinner est une production montée par l'actrice Jessica Biel et adaptée du roman de Petra Hammesfahr par Derek Simmonds. Le principe : chaque saison (la deuxième est en cours de diffusion aux USA) propose une affaire différente. Diffusée sur USA Network, c'est une étonnante réussite, à l'image de la prestation de sa vedette, qui trouve là son meilleur rôle.

Le dossier de Cora Tannetti (Jessica Biel)

Elevée par des parents très religieux, Cora Tannetti les a fuis en 2012 pour se marier plus tard avec Mason, installateur de climatiseurs avec son père, et avec lequel elle a un fils, Laine. Pour se détendre, ils vont à la plage du coin.Tandis qu'elle épluche une poire pour son fils, Cora remarque un jeune couple qui s'embrasse en écoutant très fort un morceau de musique composé par le garçon. C'est alors qu'elle se lève et poignarde à sept reprises ce dernier avant d'être maîtrisée par son mari mais après avoir déclaré à la jeune femme qu'elle était "en sécurité maintenant". Les inspecteurs Harry Ambrose et Leroy sont chargés de l'affaire tandis qu'au poste, Cora passe aux aveux. Mais Ambrose est convaincu qu'il ne s'agit pas d'un coup de folie. 

Cora Tannetti et son avocate commise d'office (Jessica Biel et Susan Pourfar)

Déférée devant un juge et conseillée par une avocate commise d'office (bien qu'elle ait refusée d'être représentée), Cora plaide coupable, se privant ainsi d'un procès. Mais le juge décide d'une expertise psychologique étant donné la nature du crime. Cora, en cellule, repense à sa soeur cadette, née prématurément et gravement malade durant son enfance et son adolescence, ce dont leur mère la tenait responsable. Ambrose interroge à nouveau Cora et obtient quelques précisions : elle avait déjà rencontré sa victime, Frankie Belmont, en 2012, en compagnie d'un certain JD, dont elle tomba enceinte avant de se jeter sous une voiture pour ne pas garder l'enfant. Mais le policier ne trouve aucune trace d'hospitalisation après cet accident et le père de Frankie, Patrick Belmont, affirme que son fils était en Californie à cette époque. 

Cora Tannetti et l'inspecteur Harry Ambrose (Jessica Biel et Bill Pullman)

Après avoir fait réécouter à Cora la musique que le couple passait sur la plage, Ambrose provoque chez elle un accès de furie. Il réalise ensuite qu'elle l'a frappé à sept reprises exactement aux mêmes endroits où elle a poignardé Frankie. L'inspecteur rend visite aux parents de Cora, qu'elle prétendait morts, et apprend que sa soeur, Phoebe, a disparu subitement en 2012 en sortant une nuit avec son aînée. Suite à un cauchemar en cellule, Cora est sédatée par injection, ce qui révèle des traces de piqûres répétées par le passé. Elle avoue à Ambrose avoir été héroïnomane mais quand il lui procure du matériel pour se droguer, elle est incapable de s'en servir. Mason retrouve JD, qui vend de la drogue dans un bar local, et s'en prend à lui. 

Cora Tannetti en séance d'hypnose régressive

Mason et JD sont interrogés séparément au poste, et ce dernier affirme ne pas connaître Cora avant d'être libéré grâce à l'intervention d'un avocat en relation avec le prestigieux club privé Beverwyck. Questionnant à nouveau Cora sur JD, Ambrose note qu'elle n'a aucun souvenir entre la nuit du 3 Juillet 2012 (passée avec sa soeur, Frankie Belmont et JD) et son admission dans le service de désintoxication de l'hôpital de Poughkeepsie deux mois plus tard. L'inspecteur convainc le Dr. Chang, l'experte en psychologie qui a examiné Cora à la demande du juge, de l'hypnotiser afin qu'elle recouvre la mémoire. Elle se rappelle ainsi avoir été séquestrée dans une chambre située dans un sous-sol et droguée par un homme masqué après avoir été entraînée dans une forêt où se trouvait un bus scolaire abandonné.

Les inspecteurs Ambrose et Leroy (Bill Pullman et Dohn Norwood)

La découverte de ce bus et celle d'une tombe improvisée à côté avec des ossements humains obligent le commissaire à confier l'enquête à la police d'Etat en la personne du capitaine Farmer. Celle-ci pense aussitôt que Cora a assassiné la personne trouvée dans la forêt mais la jeune femme refuse d'endosser un crime dont elle ne se souvient pas, malgré une offre du procureur diminuant la durée de son emprisonnement. Après avoir assommé le père de Mason, JD est retrouvé mort chez lui, d'une balle dans la tête, par le mari de Cora, venu se venger. En 2012, Cora se rappelle du projet fomenté avec Phoebe de partir s'installer à Naples en Floride grâce à l'argent que l'aînée volait à des hommes qu'elle fréquentait via un site de rencontres. Jusqu'à ce qu'elle fasse la connaissance de JD qui s'interposa entre elle et un des pigeons qui avait remarqué son manège.

L'inspecteur Ambrose et Cora

Les tests effectués sur la couverture dans lequel était enveloppé le corps découvert en forêt attestent que Cora l'a touchée. Mais elle convainc Ambrose de l'emmener au club Beverwyck où elle se souvient à présent avoir été en compagnie de JD et Phoebe, reçus par Frankie Belmont dans la nuit du 3 Juillet 2012. Rien ne lui revient une fois sur place jusqu'à ce qu'elle remarque une dépendance voisine et se rappelle de l'escalier menant au sous-sol, là où le drame s'est noué...

Cora et sa soeur cadette Phoebe (Jessica Biel et Nora Alexander)

Dans la nuit du 3 au 4 Juillet 2012. Phoebe fête son dix-neuvième anniversaire en famille. Puis Cora se prépare à aller retrouver JD. Phoebe insiste pour l'accompagner. Les deux soeurs vont au "Traproom", la bar où JD et son ex-petite amie, Maddie Beecham, offrent une pilule d'ecstazy à Phoebe. Puis le groupe part pour le Beverwyck Club où les attend Frankie Belmont. Phoebe se donne à lui après avoir sniffé un rail de cooke tandis que Maddie, jalouse de Cora, s'éclipse. Pendant que Cora et JD s'étreignent, Phoebe a un arrêt cardiaque dans les bras de Frankie qui essaie alors de la réanimer, en vain. Cora attaque Frankie avant d'être assommée par JD. Elle reprend vaguement conscience plus tard sans comprendre que JD et un autre homme enterrent sa soeur dans la forêt à côté du bus scolaire abandonné.

Les inspecteurs Leroy et Ambrose

Ambrose remonte la piste des assassins de JD dans une clinique clandestine. L'un est abattu par la police, l'autre arrêté et interrogé. L'analyse des ossements révèle qu'il s'agit de ceux de Phoebe. Cora est condamnée à trente ans de réclusion pour le meurtre de Frankie. Mais Ambrose ne désarme pas : il veut savoir où la jeune femme était durant les deux mois suivants le 4 Juillet 2012. Il apprend que la clinique clandestine des assassins de JD était couverte par Patrick Belmont, le père de Frankie, médecin et membre du Beverwyck Club. L'inspecteur obtient du juge que Cora puisse visiter le domicile des Belmont et, dans une chambre, sous le papier peint, elle découvre le précédent et identifie la pièce comme celle où elle a été séquestrée et droguée pendant les deux mois suivants le 4 Juillet 2012. Patrick Belmont avoue tout. A la lumière de ces révélations, le juge commue la peine de Cora : elle passera les deux prochaines années dans un hôpital psychiatrique, au terme desquelles on évaluera si elle représente un danger pour elle ou les autres.

D'abord, ce qui frappe avec les huit épisodes de la saison 1 de The Sinner, c'est la remarquable interprétation de sa vedette et productrice, Jessica Biel. Un examen rapide de sa filmographie suffit à constater que la compagne de Justin Timberlake n'a jamais brillé au cinéma où elle a tenté de s'imposer après avoir été révélée adolescente dans cet abominable série réactionnaire qu'était 7 à la maison (la chronique d'une famille bien républicaine). A la fin de ce cette aventure inaugurale, Biel faisait plus souvent la "une" des tabloïds pour ses frasques d'adolescente en crise. Après quoi, elle s'est calmée et a enchaîné les navets sur grand écran puis séduit son chanteur de mari.

La télé est désormais devenue le refuge classieux d'acteurs frustrés par le cinéma hollywoodien ou dont les états de service manquent du rôle qui permet d'accéder à une notoriété durable et des films prestigieux et/ou "bankables". Les projets s'y financent plus facilement avec la multitude de chaînes qui veulent rivaliser avec HBO ou Netflix en conjuguant opérations ambitieuses et casting accrocheurs. Pour Jessica Biel, ce terrain de jeu devait ressembler à celui qui convertirait ses aspirations en preuves de son opiniâtreté.

Elle a eu raison d'y croire quand elle a acquis les droits du roman de Petra Hammesfahr pour le faire adapter par Derek Simmonds car son entreprise lui a value des critiques élogieuses (les plus chaleureuses de sa carrière) et un beau succès d'audience (la saison 2 est actuellement diffusée en Amérique, et Biel en reste la productrice mais n'y joue pas).

The Sinner ressemble à des poupées russes avec son intrigue à tiroirs, pleine de fausses pistes, de souvenirs morcelés, de traumatismes enfouis. Le titre se traduit par le pécheur, la pécheresse en l'occurrence, pas seulement pour le crime effectivement commis par Cora Tannetti dès le premier épisode et qui empêche toute happy end (on sait qu'elle sera condamnée pour cela). Ce qui fait le sel de la série, c'est, comme l'obsession du detective Ambrose, de savoir pourquoi elle a fait cela et aussi pourquoi elle refuse d'aller jusqu'au procès ensuite. Quel péché semble-t-elle vouloir expier ?

La vérité met du temps à éclore, jusqu'au dernier chapitre le téléspectateur n'a aucune idée précise de la totalité du drame enduré par la jeune femme, qui l'a conditionné littéralement à tueur un homme. Les raisons sont multiples, depuis son éducation par une mère fanatique qui lui reprochait la mauvaise santé de sa petite soeur jusqu'à sa romance avec un mauvais garçon toxique en passant par une nuit tragique accompagnée par un morceau de musique obsédant dont le resurgissement des années après précipitera le drame.

Les scénaristes ont-ils un peu trop chargés la mule ? Pas tant pour Cora, dont l'existence suit une pente calamiteuse et dont le geste a des répercussions bien exploitées sur son entourage (en particulier sa belle-famille). En revanche, la personnalité de l'inspecteur Ambrose en rajoute dans le glauque assez inutilement, en le décrivant comme un workaholic incapable de prendre du temps pour son couple mais qui se fait maltraiter par sa maîtresse dans des séances sado-masochistes. A part une ligne de dialogue entre lui et Cora où il lui explique connaître comme elle "le marais" dans lequel elle a l'impression d'être captive, rien ne vient justifier les manies de ce policier brillant mais à l'évidence bien abîmé par les affaires qui l'occupent.

Mais heureusement, Jessica Biel a su bien s'entourer. Avoir confié le rôle d'Ambrose au revenant Bill Pullman (qui fut le héros inoubliable de Lost Highway de David Lynch) est une brillante initiative. Lesté de quelques kilos, le visage mangé par une épaisse barbe blanche bien taillée, le cheveu gras, le comédien est époustouflant, jouant sa partition avec sobriété et puissance, mélange de lassitude et de pugnacité, face à Biel, qui n'est pas une actrice très expressive mais investie à fond dans son personnage auquel elle donne une dimension poignante. Pullman revient dans la saison 2, confirmant qu'il est le vrai fil rouge de la série (et il est gâté puisqu'il donne la réplique à Carrie Coon).

Avec son ambiance lourde et son récit méandreux mais prenant de bout en bout, The Sinner est parfois éprouvant mais frappe juste et fort.