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mardi 22 août 2023

La saison 2 de FLEABAG conclut la série magistralement

 

La saison 2 de Fleabag est arrivée sur le petit écran trois ans après la première, soit en 2019. Est-ce que Phoebe Waller-Bridge, sa créatrice et vedette, savait qu'elle conclurait son run pour avoir pris son temps ainsi ? Nul ne le saura, mais aujourd'hui encore beaucoup espère que la comédienne et scénariste ajoutera un troisième acte. Mais en l'état, cette fin est parfaite.



Après plus d'un an, durant elle a coupé les ponts avec sa famille, Fleabag assiste à un dîner en compagnie de sa soeur, du mari de celle-ci et leur père qui leur annonce qu'il va épouser leur belle-mère. Le prêtre qui célébrera leur union est également présent et attire l'attention de Fleabag. Lorsque Claire s'absente pour aller aux toilettes et y reste un peu trop longtemps, Fleabag découvre qu'elle fait une fausse couche mais refuse que quiconque le sache. Elle la couvre. Martin se moque d'elle et elle le frappe avant qu'il ne réplique. Les deus soeurs filent à l'hôpital.


A la surprise de Claire, les affaires de Fleabag et son café se portent bien. Mais elle lui annonce aussi que Martin pense à porter plainte contre elle après leur échange de coups lors du dîner. Pour le calmer, Claire compte su un de ses amis avocats pour défendre sa soeur. Fleabag profite aussi du cadeau d'anniversaire que lui a fait son père : une séance chez une psychanalyste à qui elle avoue son attirance pour le prêtre.



Fleabag joue les traiteurs pour sa soeur qui organise une remise de prix pour les femmes d'affaires. A cette occasion, elle présente son partenaire finlandais, Klare, à Fleabag, qui devine immédiatement qu'ils ont une liaison. Fleabag fait la connaissance de la lauréate, Belinda, avec laquelle elle échange sur la condition féminine et qui lui prodigie quelques bons conseils. Puis elle se rend à l'église du prêtre avec lequel elle flirte - et réciproquement.


Toutefois, Fleabag comprend qu'il ne rompra pas son célibat pour elle et cela la déprime. Elle revoit l'avocat que lui a présentée Claire et couche avec lui. Il la comble sexuellement mais pas sentimentalement - d'ailleurs elle ne souhaite pas s'engager avec lui. Elle se recueille à l'église et se remémore les obsèques de sa mère, lors desquelles, déjà, leur père subissait les avances de sa future belle-mère. Le prêtre, passablement ivre, la surprend et l'invite à se confesser. Troublé par ce qu'il entend, il l'embrasse. Puis la repousse.
 

Le prêtre réunit la famille et annonce aux futurs mariés qu'il ne pourra pas célébrer leur union, en racontant qu'il a une obligation personnelle. Claire se fait couper les cheveux mais le résultat est désastreux, sauf pour Klare qui la croise avec Fleabag, qui s'éclipse pour les laisser aller à un concert. De retour à son café, elle est attendue par Martin qui et convaincue que Claire va le quitter et implore l'aide de sa belle-soeur - qui la lui refuse. Le soir venu, le prêtre se rend chez Fleabag et lui avoue son attirance. Ils finissent la nuit ensemble.


C'est le jour des noces et le prêtre est finalement présent pour les célébrer. Claire rompt avec Martin et file rattraper Klare qui doit rentrer en Finlande. Après la cérémonie, à un arrêt de bus, Fleabag et le prêtre s'avouent leur amour mais il a choisi de continuer à servir Dieu. Ils partent chacun de leur côté.

Et c'est avec un ultime aparté, d'un signe de la main, que Fleabag nous fait ses adieux. Douze épisodes en tout et pour tout auront suffi à nous la rendre indispensable, mais elle ne reviendra pas. Son histoire est bouclée.

Après une première saison étincelante, on pouvait craindre que Phoebe Waller-Bridge ne fasse pas aussi bien. Il semble que la créatrice et actrice du show ait elle-même douté puisqu'elle a mis trois années à compléter cette suite. Mais le résultat est largement à la hauteur, aussi drôle, aussi émouvant, aussi inventif.

Comme en écho au temps passé entre les deux saisons, le premier épisode se situe plus d'un an après le dernier de la précédente cuvée. Fleabag a coupé les ponts avec sa famille. Sa belle-mère, toujours aussi détestable, va épouser son père. Sa soeur ne lui adresse plus la parole depuis qu'elle accusé Martin d'avoir voulu l'embrasser. L'ambiance est tendue et tout le monde autour de la table parie que Fleabag va encore trouver un moyen d'attirer l'attention de manière embarrassante.

Tout le monde sauf l'invité surprise du repas : un séduisant prêtre qui éveille bien entendu l'intérêt de tous. Car il a la langue bien pendue et devine que cette famille est dysfonctionnelle à souhait. Et que ce dîner pourrait servir de confession géante. Toutefois il est loin de se douter comment tout ça va finir. Une fausse couche plus tard, attribuée à la fausse personne, deux coups de poings dans le nez, et la réunion s'achève en effet de la pire des façons.

Pourtant, l'abcès est crevé. D'abord entre les deux soeurs : Claire découvre que Fleabag, comme elle l'a racontée, a du succès avec son café et s'est assagie dans ses relations avec les hommes. Même si, comme elle l'avouera à une psy, elle craque sur ce beau curé... Et couchera avec l'avocat chargé de la défendre contre la menace d'un dépôt de plainte par Martin (avec qui elle s'est empoignée au resto).

Le duo Claire-Fleabag est clairement au centre de cette saison : la première est coincée, névrosée, malheureuse en couple, mais brillante intellectuellement, avec une carrière professionnelle accomplie. Et entre temps, elle a rencontré son homologue finlandais, qui partage le même prénom qu'elle, Klare, et dont Fleabag comprend très vite qu'ils sont amants. Encore faudra-t-il un peu pousser la frangine à se défaire de Martin qui ment sur sa volonté d'arrêter de boire et prétend qu'il est odieux sans le faire exprès.

De manière générale, on observe dans cette saison que Fleabag interagit davantage avec ses proches, que le script organise des rapports en binômes pour ne plus se contenter du show Phoebe Waller-Bridge. Si rien ne change entre l'héroïne et sa belle-mère, en revanche, avec son père, une forme de rapprochement inattendu s'opère, avec l'aveu d'une fierté et d'un amour réciproque, mais aussi un jugement lucide sur chacun. Comme il le dit à sa fille, elle est douée pour le bonheur mais en a peur et c'est pour cela qu'elle échoue. Mais son courage l'empêche d'abdiquer.

Du courage, il lui en faudra avec le prêtre. D'abord loufoque, cette romance, forcément contrariée, aboutit à quelque chose de plus trouble et troublant sans que Fleabag ne passe pour une tentatrice qui cherche à détourner un homme de sa foi et de son serment. C'est aussi ce qui donne au dénouement de la série ce goût doux-amer, cruel et poignant, car si, d'aventure, ils avaient fini ensemble, ç'aurait été convenu. C'est triste pour elle, mais c'est aussi plus juste pour la série.

Il faut aussi noter que le prêtre remarque peut-être trop la singularité de Fleabag pour ne pas y succomber. En effet, à plusieurs reprises, il lui fait prendre conscience qu'elle brise le quatrième mur mais sans le formuler aussi clairement (il évoque des absences). Et Fleabag, on le sent bien, est dérangée qu'on voit cela. Nul doute que si une vie avait été possible avec l'homme d'église, elle aurait du se retenir, autant dire se réprimer, et elle sait pertinemment que ce n'est pas en renonçant à cette part d'elle qu'elle aurait été heureuse.

Encore une fois, l'interprétation est époustouflante. Andrew Scott (qui était la vedette d'un épisode, Smithereens, de la récente dernière saison de Black Mirror) est excellent en prêtre tourmenté. Olivia Colman est impériale en belle-mère haïssable au possible. Kristin Scott Thomas joue les guests de luxe dans l'épisode 3, dans le rôle de Belinda. Et bien entendu Pheobe Waller-Bridge est exceptionnelle, toujours juste, toujours irrésistible, toujours bouleversante.

Fleabag me manquera. Mais désormais, chaque fois que Phoebe Waller-Bridge sera créditée au générique, ce sera à surveiller, de près.

dimanche 20 août 2023

La saison 1 de FLEABAG vous fait rire... Aux larmes


Pas facile de trouver une bonne série après The Marvelous Mrs. Maisel... Alors, j'ai creusé et je me suis rappelé de Fleabag, diffusé en 2016, et sur lequel je n'avais jamais écrit. Cette série créée, écrite et incarnée par Phoebe Waller-Bridge, bien avant Killing Eve ou le dernier Indiana Jones, n'a connu que deux saisons, mais reste une oeuvre fulgurante, très drôle et poignante.
 

"Fleabag" est une jeune femme qui multiplie les aventures sexuelles sans lendemain, comme avec cet homme qu'elle laisse la sodomiser car c'est un fantasme qu'il n'a jamais pu réaliser avec d'autres filles. Le lendemain matin, elle croise le regard d'un passager dans le bus et celui qu'elle surnomme tout de suite "le rongeur" (à cause de sa denture) obtient son numéro après qu'elle lui a parlé de Harry, son copain qui l'a récemment quitté après l'avoir surprise en train de se masturber sur une vidéo de Barack Obama. A la banque, elle se voit refuser un emprunt pour son café qu'elle a ouvert avec son amie Boo. Puis elle retrouve sa soeur, Claire, à une conférence puis rend visite à son père et sa belle-mère (elles ne s'apprécient pas), à qui elle vole une petite sculpture de valeur qu'elle espère revendre un bon prix.


Fleabag demande au mari de Claire, Martin, de l'aider à revendre la sculpture en échange d'une commission de 10% pour lui. Harry revient à elle et propose, pour pimenter leur relation de se faire des surprises, mais quand il s'aperçoit qu'elle a maté du porno sur son ordinateur, il claque la porte. Pourtant, elle reste sûr qu'il le regrettera vite.


Fleabag aide Martin à trouver un cadeau d'anniversaire pour Claire. Elle invite "le rongeur" à la fête mais au moment de la remise de cadeaux, elle voit Martin offrir la sculpture à Claire. Plus tard dans la soirée, Martin, passablement ivre, tente, à l'abri des regards, de voler un baiser à Fleabag qui le repousse.


Claire et Fleabag profitent d'un week-end ensemble payé par leur père dans une retraite à la campagne où elles doivent faire voeu de silence. Mais les deux soeurs ne respectent pas la règle. Fleabag découvre à côté de la résidence où elles sont que des hommes suivent un stage parce qu'ils ont harcelé des femmes au travail. Elle aperçoit son banquier parmi eux et ils se confient l'un à l'autre sur leurs ratés existentiels. Claire révèle ensuite à Fleabag qu'elle a décroché une promotion mais doit partir en Finlande, ce qu'elle rechigne à faire car elle ne veut pas quitter Martin.


Pour l'anniversaire du décès de leur mère, Fleabag et Claire déjeunent chez leur père et leur belle-mère. Fleabag en profite pour remettre la sculpture, que Claire lui a rendue après avoir appris sa provenance, dans l'atelier de sa belle-mère. Celle-ci annonce qu'elle va exposer ses peintures et moulages dans une "sexposition", ce qui perturbe tout le monde. Claire re-dérobe la sculpture pour la redonner à Fleabag qui passe la nuit avec son amant amateur de sodomie, mais qui n'arrive plus à avoir d'érection avec elle.


Fleabag arrive à la "sexpo" de sa belle-mère qui l'humilie en lui demandant de jouer les serveuses. Elle croise Harry puis Claire lui annonce qu'elle ne partira pas en Finlande et l'accuse d'avoir voulu embrasser Martin à sa fête d'anniversaire. Tout cela renvoie Fleabag au suicide de Boo après qu'elle avait apprise que son copain l'avait trompée, ignorant qu'il avait couché avec Fleabag. Elle tente de se suicider mais son banquier l'en empêche et lui donne rendez-vous pour réexaminer sa demande de prêt.

Depuis 2016, Phoebe Waller-Bridge en aura fait du chemin : elle aura été l'auteur de séries comme Run et Killing Eve, aura été appelé en renfort sur le script de Mourir peut attendre, joué la nièce de Indiana Jones (dans le Cadran de la destinée), et va relancer la franchise Tomb Raider (Lara Croft) pour Prime Video (Amazon Studios). 

Mais tout a vraiment commencé avec Fleabag qui a débarqué sur la BBC : en six épisodes, la saison 1 de cette série aura tout balayé sur son passage, révélant une personnalité unique, audacieuse et piquante. Avec son héroïne sans identité, mais qui ne cesse de s'adresser en aparté au téléspectateur, l'auteur-comédienne s'imposait comme quelqu'un avec qui il faudrait compter.

L'écriture, parlons-en : rarement le format de 30' aura contenu un propos si dense, si singulier. On rit beaucoup dans Fleabag, en suivant les (més)aventures de cette trentenaire qui collectionne les amants sans vouloir se lier et en étant persuadé qu'ils reviendront toujours vers elle quand ils se sentiront seuls. Elle était en couple avec le malingre Harry jusqu'à la maladresse de trop, quand il l'a surprise en train de se caresser alors qu'elle regardait sur son ordinateur un discours de Barack Obama. Malheureusement, elle ne se doutait pas que cette fois-ci, elle était allée trop loin et que ce serait le début de la fin.

Car Fleabag, on va le découvrir à la toute fin de la saison, dissimule derrière son caractère affranchi et gaffeur une faute impardonnable. Avec sa meilleure amie Boo, qui était aussi sa co-locataire et co-propriétaire du café qu'elles avaient ouvert à Londres, elles fantasmaient sur le même garçon, leur séduisant voisin de palier. Boo sortit la première avec lui et entama une relation épanouie à ses côtés. Et puis un soir, Fleabag et lui se sont trouvés seuls et ont commis l'inexcusable.

Avouant son infidélité sans nommer avec qui il l'avait partagé, le copain de Boo lui inspira sans le vouloir un projet aux conséquences dramatiques. Elle voulut tenter de se suicider afin qu'il la retrouve à l'hôpital et la supplie de refaire leur vie ensemble. Mais Boo fut victime d'un grave accident et en mourut. Depuis Fleabag vit, mal, avec ce sentiment de culpabilité et tient seule, et mal là encore, le café.

Tout va de travers sans Boo : elle couche avec des amants indélicats ou gentils mais laids, son banquier lui refuse un prêt, son beau-frère la drague, sa belle-mère ne cache plus le mépris qu'elle lui inspire, sa soeur Claire ne comprend pas comment elle se débrouille pour toujours faire les mauvais choix ou ne pas accepter les siens. Tout ça lui explose en pleine figure un soir de vernissage où, humiliée, trahie, accusée, Fleabag craque, fond en larmes, et veut en finir à son tour.

Et là, la série bascule. Finie la comédie. L'émotion vous étreint comme rarement, comme ça, sans prévenir, mais avec une force peu commune. On se demandait juste avant pourquoi Fleabag subissait tout ça - cette belle-mère vacharde, ce père lâche, cette soeur distante, ces amants ingrats. Tout ça s'envole pour nous la montrer en proie à un désespoir cruel, terrible, face à un deuil qu'elle ne peut surmonter, une faute qu'elle ne peut se pardonner. Heureusement, une éclaircie se profile dans la dernière scène, après des aveux bouleversants. De quoi donner envie de vite enchaîner avec la saison 2.

Le casting est composé d'acteurs impeccables mais dont la popularité n'a pas dû franchir la Manche, à l'exception d'Olivia Colman, absolument magistrale dans la peau de cette belle-mère épouvantable, au sourire faux et aux manières fielleuses. Phoebe Waller-Bridge porte son show sur ses épaules avec une maîtrise extraordinaire.

La réalisation se doit d'être au cordeau pour suivre cette nature hors norme et cette écriture ciselée, avec ces fameuses adresses au public irrésistibles et imprévisibles (même après six épisodes, on se laisse encore avoir).

Un tour de force. Phoebe Waller-Bridger est dans la place. Et pour longtemps.

lundi 4 juin 2018

KILLING EVE (Saison 1) (BBC America / Netflix)


Produite par la BBC America et diffusée par Netflix, Killing Eve est devenue un vrai phénomène en ayant d'abord le statut de "sleeper" (terme utilisé pour désigner un film ou une série dont le succès a surpris tout le monde par son ampleur). Pourtant, ces huit premiers épisodes auraient dû mettre la puce à l'oreille des spécialistes car ils étaient adaptés des romans Villanelle de Luke Jennings (carton en librairie) par Phoebe Waller-Bridge (la scénariste et comédienne de Crashing et Fleabag). Mais c'est sans doute son aspect inclassable qui a déjoué les pronostics, car derrière cette histoire d'espionnage se cache un joli lot de messages inspirés par l'époque...

 Villanelle (Jodie Comer)

Villanelle est une jeune, séduisante, brillante et prolifique tueuse à gages qui laisse derrière elle plusieurs cadavres d'hommes de différentes nationalités et en vue dans divers pays. L'agent du MI5 Eve Polastri pense avoir établi un lien entre ces meurtres et a la conviction qu'ils sont le fait d'une femme. Mais sa théorie ne convainc pas sa hiérarchie, bien qu'elle soit corroborée par l'unique témoin encore vivant ayant assisté à un des assassinats. Eve est renvoyée après que ladite témoin ait été à son tour exécutée alors qu'elle était chargée de sa protection. Mais, impressionnée par les recherches de Eve, Carolyn Martens, chef de la section du MI6 en Russie, la recrute au sein d'une unité secrète pour capturer la tueuse.  

Konstantin (Kim Bodnia)

Konstantin Vasiliev, l'agent de liaison entre Villanelle et l'organisation qui commandite ses meurtres, la rappelle à l'ordre car il estime qu'elle prend de plus en plus de risques. Il l'informe qu'une cellule du MI6 est à ses trousses avec Eve Polastri comme profileuse. Cette dernière réalise qu'une infirmière qu'elle a croisée juste avant le meurtre du témoin à l'hôpital pourrait bien être la tueuse et, en communiquant son signalement, fait établir un portrait-robot correspondant au visage de Villanelle. 

Eve Polastri (Sandra Oh)

Villanelle usurpe l'identité de Eve lors d'une mission à Berlin puis attend l'arrivée de la profileuse et de son adjoint, Bill Pargrave, sur le lieu du crime afin de l'observer lors de ses investigations. Sans se soucier d'être discrète, la tueuse suit Eve mais Bill la remarque et la suit à son tour. Elle l'entraîne dans une boîte de nuit, tandis que Bill signale sa position à Eve, avant que Villanelle ne poignarde sauvagement l'espion sur la piste de danse bondée, dans l'indifférence générale.

Villanelle et Nadia (Jodie Comer et Olivia Ross)

Konstantin blâme Villanelle pour son comportement à Berlin et, pour l'obliger à être plus docile, l'oblige à accomplir sa nouvelle mission en équipe. Elle a pour partenaires Diego et, surtout, Nadia, son ancienne amante avec laquelle elle a fait de la prison et dont elle a pris la place lorsque Konstantin a voulue la recruter jadis. Malgré la tension entre eux trois, ils doivent exécuter Frank Haleton, l'ex-patron de Eve au sein du MI5 - dont le MI6 a découvert qu'il était une "taupe" au service des Russes. Eve parvient à le localiser tandis qu'il tente d'échapper aux trois tueurs et elle le sauve de justesse de Villanelle qui, entre temps, s'est débarrassée de Diego et Nadia.

Villanelle et Eve (Jodie Comer et Sandra Oh)

Eve et Carolyn conduisent Frank dans une planque où il avoue avoir été soudoyé pour communiquer des informations à une organisation, "les Douze", en échange du paiement du traitement contre le cancer de sa femme et des frais scolaires de ses deux filles dans une école coûteuse. Il évoque aussi Villanelle qui, avec ses assassinats visant aussi bien des des espions gradés que des mafieux, serait l'instrument du chaos voulu par ses commanditaires. Eve rentre chez elle à Londres pour se reposer mais Villanelle s'est introduit chez elle et lui vole son téléphone portable. Elle localise ainsi la planque de Frank et le tue, avant d'apprendre par Konstantin que Nadia à survécu. 

Villanelle

Villanelle part avec Konstantin en Russie pour infiltrer la prison où se trouve Nadia qu'elle doit exécuter avant qu'elle ne parle de ce qu'elle sait. Cette mesure est imposée par le fait que Carolyn et Eve se rendent également sur place après avoir découvert, en comparant son portrait-robot aux photos des détenues de la prison, que Villanelle s'appelle en vérité Oksana Astanskova et qu'elle était liée à Nadia. Grâce à ses relations avec le SVR, Carolyn obtient un entretien avec Nadia en présence de Konstantin et lui offre de l'extrader en Angleterre en échange d'infos sur Oksana. Mais avant qu'elle n'accepte de parler, Villanelle a le temps de l'exécuter.

Carolyn Martens, Konstantin, Kenny et Eve (Fiona Shaw, Kim Bodnia,
Sean Delaney et Sandra Oh)

La mission à Moscou se soldant par un échec, Carolyn ordonne à Kenny, l'informaticien de l'unité du MI6 (et accessoirement son fils), et Eve de rentrer à Londres. Mais ils désobéissent en découvrant dans le passé d'Oksana qu'elle a été l'élève et l'amante d'une enseignante, Anna, dont elle a fini par tuer le mari par jalousie. Eve rencontre Anna qui lui remet ce qu'elle a gardé d'Oksana, dont un manteau dans la doublure duquel la profileuse trouve un passeport et de l'argent appartenant à la tueuse. Villanelle reste détenue, lâchée par Konstantin, jusqu'à ce qu'on organise son évasion et qu'elle rencontre son nouveau contact. Elle le tue, résolue à se venger et fuir. Konstantin réussit à lui échapper quand il la trouve chez lui. Mais Eve et Kenny découvrent sur la vidéo-surveillance piratée de la prison que Carolyn a visité Oksana avant son évasion.

Eve

Konstantin retrouve Carolyn et Eve pour leur demander de l'aider à arrêter Villanelle qui a kidnappé sa fille. La tueuse donne rendez-vous à Eve et Konstantin dans un café où elle abat Konstantin après que Eve lui ait rendu son passeport et son argent. Ce nouveau fiasco aboutit au licenciement de Eve par Carolyn mais la profileuse décide de continuer son enquête, seule, en se rendant à Paris, depuis laquelle Oksana avait envoyé des lettres à Anna. Face à face, les deux femmes s'avouent leur obsession l'une pour l'autre. C'est l'heure du choix pour chacune d'elles : Eve arrêtera-t-elle Villanelle ? Ou Villanelle tuera-t-elle Eve ?

Les mouvements contestataires féministes frappés du hashtag #MeToo n'ont pas seulement libéré la parole des victimes de prédateurs sexuels dans le monde du cinéma, ils ont parfois dérapé en aboutissant à des espèces de tribunaux populaires où des têtes sont tombées sans autre forme de procès que des dénonciations non vérifiées. Plus vertueusement, cela a surtout permis de faire prendre conscience aux décideurs et au grand public qu'il y avait des inégalités infondées au niveau salariale par exemple et que ce phénomène ne touchait pas que le milieu glamour des médias.

Depuis l'affaire Weinstein qui a tout déclenché, la place des femmes dans l'industrie est donc devenue centrale et elle interroge peut-être plus pertinemment lorsque sont portés à notre connaissance des histoires plus ordinaires mais dont la banalisation dérange justement. Ainsi pour un acteur comme Benedict Cumberbatch (Sherlock, Dr. Strange) qui ne veut plus travailler sur un film ou une série télé en étant mieux payé que sa partenaire féminine, on apprend que Mark Wahlberg a touché une fortune pour retourner des scènes dans le dernier Ridley Scott (le bien nommé Tout l'argent du monde, ça ne s'invente pas) alors que Michelle Williams également rappelée a été payé des clopinettes.

Mais il ne suffit pas d'acter une situation anormale pour qu'elle se corrige d'elle-même ni que les faits évoluent. Hollywood reste toujours réticent à croire que des femmes puissent diriger un studio, produire et/ou réaliser des films/séries, ou simplement être assez attractives pour assurer le succès d'un projet. Dans ce contexte, Killing Eve fera peut-être bouger les lignes plus que bien des discours symboliques.

Si on s'en tient aux audiences, il est toujours rare qu'une série télé ne voit pas ses spectateurs présents au départ se réduire ensuite pour ne conserver qu'un noyau, plus ou moins gros, de fidèles passionnés. Or, dans le cas de cette production, la tendance s'est totalement inversée puisqu'en démarrant gentiment, plus les épisodes passaient, plus il y avait du monde pour les regarder !

On pourra arguer que la qualité de Killing Eve était presque garantie puisque la série est adaptée d'une collection de romans écrits par Luke Jennings, aux jolis scores en librairie. Et qu'en choisissant de les transposer pour le petit écran, Phoebe Waller-Bridge pouvait compter sur sa propre base de fans depuis qu'elle a brillé en vedette de Crashing et Fleabag, deux comédies irrésistibles diffusées en 2017.

Sauf que le projet se distinguait totalement de ce que la scénariste-actrice avait fait et que le résultat a pris tout le monde par surprise. Mais c'est sans doute pour cela que cette série séduit tellement : elle est inclassable, à la fois glaçante et irrésistible, récit d'espionnage et portrait d'une tueuse, romance homosexuelle et traque criminelle, jeu du chat et de la souris et alternance de comédie noire et de polar implacable. N'espérez jamais savoir où vous conduira chaque prochain épisode de Killing Eve : tout est fait pour désarçonner le téléspectateur jusqu'à la dernière scène à la fois romantique, érotique et sanglante avec un cliffhanger qui vous frustrera tellement que vous n'aurez plus qu'à compter les mois en attendant la suite.

Situé dans le milieu des barbouzes, avec en fond une conspiration ambitieuse, la série cultive une certaine austérité, une sorte de minimaliste avec de nombreux échanges en intérieurs, tout en voyageant beaucoup (de Berlin à Londres à Moscou en passant par la Toscane). C'est un jeu de dupes permanent, avec des surprises constantes, une charge érotique et morbide à la fois, deux fantastiques antagonistes rattrapées par le trouble qu'elles s'inspirent. Le tout est mené tambour battant, dans un format classique de 42 minutes par épisode pour une saison qui n'a pas un gramme de gras avec seulement huit chapitres. L'écriture est ciselée, avec des dialogues incisifs, des personnages affûtés, des situations imparables et étonnantes, que la réalisation cherche d'abord à valoriser sans y ajouter d'effets inutiles.

Et puis le tout est porté par une distribution fabuleuse : dans des seconds rôles, Fiona Shaw, Kim Bodnia, David Haig, Sean Delaney, Olivia Ross, Kirby Howell-Baptiste, Owen McDonnell sont parfaits. Mais, évidemment, ce sont ses deux actrices principales qui dominent l'affaire : ceux qui ont au moins une fois eu la curiosité de regarder Grey's Anatomy connaissent déjà Sandra Oh et seront ravis de quasiment la redécouvrir aussi formidable en profileuse amoureuse d'une psychopathe, détective pugnace à la silhouette lasse. Les autres seront stupéfaits par la révélation du show, Jodie Comer, à qui on peut prédire, sans trop se mouiller, une carrière retentissante après avoir campé cette tueuse insolente, sadique, tourmentée et fascinante.

Il va falloir cependant certainement s'armer de patience avant de retrouver Killing Eve car, c'est la rançon de la gloire (et de l'exigence), Phoebe Waller-Bridge déborde désormais de projets (elle a joué dans un spin-off de Star Wars, Solo, prépare la saison 2 de Fleabag après avoir tourné celle de Crashing). Mais on pourra mettre ce temps à profit pour se remettre ce choc télé.