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mardi 3 octobre 2023

DC'S GHOULS JUST WANNA HAVE FUN, de Ellen Tremiti et Tyler Crook, Kenny Porter et Riley Rossmo, Michael C. Conrad et Christopher Mitten, Christopher Sean & Laneya et Dexter Soy, Gregory Burnham et Javier Rodriguez, Alex Galer et Fabio Veras, Adam F. Goldberg & Hans Rodinoff et Danny Earls, John Arcudi et Shaw McManus


Halloween ne sera fêté que le 31 Octobre prochain mais DC a décidé de prendre de l'avance en sortant dès ce mardi 3 une anthologie s'inspirant de cette occasion. Comme souvent dans pareil cas, le menu est inégal et le pire côtoie le meilleur. Ici, on a une belle variété de talents et de quoi satisfaire tous les goûts.



- THE QUESTION : A LOOK TO DIE FOR (Ecrit par Ellen Tremiti et dessiné par Tyler Crook) - Renee Montoya enquête sur le meurtre d'une top model lors de la Fashion Week à Gotham. Mais tous ses témoins s'avèrent déjà mortes...

On débute cette anthologie en beauté avec un chapitre consacré à la Question version Renee Montoya. L'intrigue est vraiment captivante et oppose l'héroïne à deux ennemis de Batman dont l'implication dans ce genre de crimes tombe sous le sens. C'est rondement mené et surtout superbement mis en image par Tyler Crook (que j'avais adoré sur The Unbelievable Unteens) : il illustre toutes ses pages à l'aquarelle en couleurs directes et le résultat est extraordinaire. Voilà le genre de récit que j'aimerai voir développé dans une mini-série sur le Black Label.


- GREEN LANTERN : THE SHADOWS OVER COAST CITY (Ecrit par Kenny Porter et dessiné par Riley Rossmo) -  Hal Jordan doit appréhender un démon qui s'est échappé des geôles de Oa et pour y parvenir il fait équipe avec Etrigan. Une collaboration qui ne va pas de soi...

Encore une réussite pour ce récit complètement échevelé qui aurait parfaitement sa place dans le mensuel The Brave and the Bold. Kenny Porter tire pleinement parti des différences entre Hal Jordan et Jason Blood et leur duo fonctionne à fond les ballons avec des dialogues punchy et de l'action à gogo. Ajoutez à cela les dessins barrés de Riley Rossmo qui donne à cette bataille un tonus incomparable et vous obtenez un segment jouissif. 



- ANIMAL MAN : THIS DAY, ANYTHING GOES (Ecrit par Michael C. Conrad et dessiné par Christopher Mitten) -  Buddy Baker et sa femme veillent sur leur fille Maxine sans savoir qu'elle subit un harcèlement scolaire. Du coup, Buddy décide de veiller sur elle discrètement le soir d'Hallowenn mais Maxine a de la ressource...

Michael C. Conrad est habitué à co-écrire avec Becky Cloonan, sa compagne, et s'empare du personnage d'Animal Man, mais en le laissant singulièrement en retrait puisque, ici, c'est sa fille qui est en première ligne. Sur un sujet très à la mode (le harcèlement scolaire, qu'il ne faut bien entendu pas minorer), Christopher Mitten pose des dessins sensibles qui font pencher l'histoire du côté d'une fable. C'est joli.



- NIGHTWING : THE DARK BITE (Ecrit par Christopher Sean et Laneya et dessiné par Dexter Soy) - Nightwing vient au secours d'un DJ qui vient de se faire agresser et demande l'aide de Red Hood. Ensemble, ils découvrent qui a attaqué la victime...

Bon, c'est l'histoire la plus faible du lot. On se demande même ce qu'elle fait là, même s'il y a un argument fantastique, mais surtout parce que la paire de scénaristes a l'air d'avoir plutôt conçu l'intrigue comme le début d'une histoire à suivre. Curieux. Puis il faut supporter le dessin toujours aussi moche de Dexter Soy. Donc, zappez !


- SUPERMAN : THE SPOILS (Ecrit par Gregory Burnham et dessiné par Javier Rodriguez) - Superman rend service à Lois Lane en allant inspecter une prison abandonnée de Metropolis qui serait hantée. Il va y faire une découverte troublante concernant celui qui dirigeait l'établissement...

Le niveau remonte en flèche avec ce récit qui respecte les codes de l'anthologie, soit une nouvelle d'épouvante avec un super héros. L'histoire est impeccablement écrite par Gregory Burnham avec une chute épatante. Mais surtout c'est l'occasion de revoir les dessins de Javier Rodriguez sur une aventure de Superman (après celle qu'il avait signée dans The Brave and the Bold en compagnie de Christopher Cantwell). Je l'ai dit et je le répète : DC doit donner à Rodriguez l'opportunité de dessiner le Man of Steel, soit dans sa série régulière actuelle (bien que je l'ai abandonnée suite au départ de Jamal Campbell), soit dans un projet Black Labellisé. 


- ROBOTMAN : NOT FADE AWAY (Ecrit par Alex Galer et dessiné par Fabio Veras) - Pas facile pour Robotman de passer Hallowenn quand après avoir bu un verre en compagnie d'ex-membres de la Doom Patrol, il rentre chez lui où les fantômes de gens qu'il n'a pu sauver viennent le tourmenter...

Produite par deux inconnus, cette histoire avec Robotman est sans doute la meilleure de cette anthologie. Alex Galer imagine un récit très touchant autour de Cliff Steele et de l'idée que les super héros échouent à sauver des innocents, y compris parmi leurs semblables. On a droit à un caméo de John Constantine moins cynique que d'habitude. Et encore une fois c'est magnifiquement dessiné par un artiste dont il semble impensable qu'on ne le revoit pas dans un proche avenir : Fabio Veras a un style qui évoque Leonardo Romero, très élégant donc, d'une maturité spectaculaire. 



- CRUSH & LOBO : HAPPY HAL(LOBO)WEEN ! (Ecrit par Adam F. Goldberg et Hans Rudinoff et dessiné par Danny Earls) - Crush reçoit la visite de son père, Lobo, qui, pour la forcer à l'aider à trouver le bon costume pour Halloween, n'a pas hésité à piéger deux amis de sa fille.

Le prétexte est complètement stupide mais c'est tout de même très marrant puisque Crush s'évertue à faire deviner à son père quel est le rôle le plus connu de Hugh Jackman et donc le meilleur accoutrement pour lui. C'est donc le segment le plus ouvertement déconnant de cette anthologie. Et en prime, c'est l'occasion de découvrir le dessinateur Danny Earls, que la scénariste Gail Simone a mis en lumière sur Twitter et qui depuis est réclamé partout. Le bonhomme a du talent et il le prouve avec panache.



- MAN-BAT : OUT OF THE SHADOWS (Ecrit par John Arcudi et dessiné par Shawn McManus) - Rose Costa est une infirmière à la retraite peureuse mais qui rêve de rencontrer Batman. Pas de bol : elle est prise dans une baston entre Man-Bat et un loup-garou !

John Arcudi délaisse le Mignola-vers pour écrire ce récit très amusant et palpitant que vient mettre en image le génial et mésestimé Shawn McManus dont le trait super expressif donne une dimension singulière au chapitre. C'est donc une merveille à savourer, divinement rédigé et illustré, concluant en beauté ce gros comic-book très recommandable.

mercredi 25 mai 2022

HELLBOY AND THE B.P.R.D. : THE SECRET OF CHESBRO HOUSE, de Mike Mignola, Christopher Golden et Shawn McManus


Hellboy and the B.P.R.D. : The Secret of Chesbro House est une histoire complète en deux parties. Mike Mignola l'a co-écrite avec Christopher Golden et en a confié les dessins à Shawn McManus. Une nouvelle fois, il est question d'une maison hantée et de secrets de famille bien flippants : on est donc en terrain connu. Mais c'est efficacement mené et superbement mis en images.


New Paltz, Etat de de New York. 1983. Hellboy rejoint dans la maison de feu Peter Chesbro Mme Helen Zemprelli, une spirite, et Carter Stroud, l'héritier, avec sa fiancée, Serena Wilkins.


Ils sont rejoints par Nigel, le gardien, qui revient sur la mort de Sarah, tuée par son père, Peter, dont le fantôme hante l'endroit. Il aurait caché le corps de sa fille et son trésor dans une pièce secrète.
 

Nigel parti, Helen commence une séance pour contacter l'esprit de Sarah afin qu'elle connaisse enfin le repos éternel. Mais c'est le fantôle de Peter, son père, qui apparaît. Hellboy intervient.


Le spectre de Sarah apparaît ensuite et semble possédée par une force inconnue... (Fin de la première partie.)


On enchaîne avec la suite et fin de cette histoire à réveiller les morts sans attendre.


Consumée par l'effort requis pour invoquer les morts, Helen a le temps de montrer le passé à Hellboy qui découvre que Peter Chesbro a effectivement tué sa fille en en faisant la mère porteuse d'un démon.


Helen meurt. Carter se carapate en direction du sous-sol, guidé par le crâne de son aïeul comme l'indique Serena à Hellboy, qui part à sa poursuite.


Attiré par le trésor qui se cacherait dans la chambre où Sarah fut sacrifié, Carter suivi par Hellboy découvrent un oeuf qui éclot et dont sort une bestiole monstrueuse et enragée.


Carter s'enfuit mais la maison prend feu et il périt écrasé par un lustre. Hellboy se débarrasse du monstre et quitte la demeure pour retrouver Serena qui a suivi son conseil d'en sortir.

Hier, je vous ai parlé du one-shot The Seven Wives Club, dans lequel Mike Mignola et Adam Hughes s'amusaient déjà avec le cliché de la maison hantée. On retrouve ce motif au coeur de The Secret onf the Chesbro House, un diptyque co-écrit par Mignola et Christopher Golden.

Cela vient confirmer ce que je disais la veille quand j'indiquai que Hellboy and the B.P.R.D. répétait volontiers une formule éprouvée. C'est ce qui rend l'entreprise à la fois un brin facile et en même toujours divertissante, comme autant de variations sur le même thème.

En vérité, comme pour The Seven Wives Club, Mignola s'amuse avec son univers et son héros. Il se le permet car il s'agit ici encore d'un Hellboy en formation et non du héros qui agira sans sa série solo dans des aventures beaucoup plus épiques et dramatiques. 

Hellboy est en effet encore jeune, même s'il est difficile de lui donner un âge précis. Il a déjà son petit caractère, mais ce n'est pas une créature achevée, un détective du paranormal aguerri et quelque peu blasé. A cet égard, la première scène qu'il partage avec la spirite Helen Zemprelli est éloquente puisqu'elle est une femme représentée dans sa maturité et qui cerne déjà le Hellboy à venir, suggérant même la violence qui couve en lui et qui ne demande qu'à s'exprimer. On voit à quel point ces réflexions mettent mal à l'aise le démon.

Tout comme il n'est pas tranquille dans cette grande maison décorée de portraits de Peter Chesbro et sa fille Sarah qu'il aurait tuée, la condamnant à ne jamais connaître le repos. Hellboy distribue les rôles en disant qu'il est "les muscles" et Helen Zemprelli "la médium", autrement dit lui s'occupe de cogner et elle de penser. Niveau psychologiue, c'est élémentaire, mais plus fouillé que dans The Seven Wives Club.

L'histoire se complète avec un casting de seconds rôles aussi fouillés : il y a Carter, l'héritier de la maison dont il jouira seulement s'il réussit à apaiser le fantôme de Sarah et qui recevra un joli pactole avec lequel il a promis à sa fiancée, Serena, un beau voyage exotique. Et puis il y a Nigel, le gardien de la maison, un petit bonhomme aux yeux vairons, à la trogne inquiétante, dont les récits sur les soirées dépravées des enfants de Peter Chesbro contribuent à établir une ambiance défintivement flippante. Tout est en place pour que la nuit soit bien agitée...

Et on n'est pas déçu, entre une séance de spiritisme, un monstre dans le sous-sol,, la révélation sur la triste fin de Sarah Chesbro, et la chute de la maison. La mission est un échec pour Hellboy compte tenu des pertes enregistrées, mais le lecteur a eu son compte d'émotions fortes tout ne souriant franchement devant cette succession de péripéties grand-guignolesques. Mignola et Golden ont enfilé les clichés comme des perles avec l'envie manifeste de se moquer d'eux-mêmes et de la série : c'est en cela que ces petites histoires sont si savoureuses, alors que dans les titres Hellboy et B.P.R.D., le ton est beaucoup plus grave.

Shawn McManus est un artiste méconnu mais que j'apprécie beaucoup et que j'aimerai lire plus souvent. Jusqu'à présent, j'ai surtout pu en profiter dans Fables, où il a signé des chapitres annexes. Il a un style très expressif, que le coloriste Dave Stewart met magnifiquement en valeur, comme d'havitude sans empiéter sur son trait et son encrage mais en le réhaussant de nuances parfaites (voir la scène de la séance de spiritisme notamment).

Ce qui est intéressant avec ces artistes invités à s'exercer sur Hellboy, de Alex Maleev à Adam Hughes en pensant par Paolo Rivera ou Stephen Green et Matt Smith, c'est que chacun peut animer le démon à sa manière. Il y a certes un cahier des charges et Mignola n'hésite pas à suggérer (fortement) certains éléments (en particulier au niveau des décors et du design des monstres), mais sinon, chacun est libre d'investir Hellboy comme il le souhaite.

Mc Manus tire Hellboy vers une sorte de cartoon très soigné. Son goût pour les trognes est évident et le détective du paranormal est une créature fabuleuse à cet égard pour le représenter en soulignant ses mimiques. Ainsi, il est amusant de le voir sursauter quand Mme Zemprelli le surprend alors qu'il rôde dans la maison au tout début, un peu comme si le loup avait peur de la biche. Plus tard, quand les fantômes apparaîtront, Hellboy se montrera encore plus nerveux, frappant dans le vide comme s'il espérait en finir sans se rendre compte que cela ne règlera rien. Par contre, une fois face au monstre du sous-sol, il aura matière à se passer les nerfs sans se retenir.

Mais avec les autrs personnages, McManus a aussi un beau terrain de jeu et il a visiblement pris plaisir à donner à chacun un visage et des attitudes que son dessin ne flatte pas. Carter est une sorte de bellâtre surtout attiré par l'argent et n'hésitant pas, dans la confusion, à planter sa fiancée, tandis que celle-ci se montre à la fois dubitative et impressionnable. Helen Zemprelli se distingue par sa classe complètement décalée (on la croirait sortie d'un film noir des années 50 dans cette intrigue datée de 1983), porte cigarette, fourrure, bibi sur la tête, tailleur super chic. Et ne parlons pas de l'affreux Nigel, avec son regard torve, son sourire glaçant, et sa petite taille qui fait penser davantage à celle d'un gnome qu'à celle d'un humain.

McManus, enfin, dessine des décors incroyablement détaillés : le mobilier de la maison, chaque mur, les escaliers en colimaçon, la chambre secrète, tout témoigne d'une recherche bluffante pour faire de cet endroit l'archétype parfait de la maison hantée, autrefois bourgeoise, aujourd'hui abandonnée mais entretenue. On a presque de la peine de la voir partir en fumée, comme on pourrait regretter d'entamer un beau gâteau.

Hellboy and the BPRD : The Secret of Chesbro House est un délice dans le genre de l'épouvante parodique. A savourer pour tous les fans d'Hellboy, mais pas qu'eux. 

dimanche 30 novembre 2014

Critique 533 : FABLES, VOLUME 19 - SNOW WHITE, de Bill Willingham, Mark Buckingham et Shawn McManus


FABLES : SNOW WHITE est le 19ème tome de la série, rassemblant les épisodes 125 à 129 (le récit SNOW WHITE, qui donne son titre au recueil) et les back-up stories des épisodes 114 à 123 (le récit A REVOLUTION IN OZ, constitué de chapitres de trois planches chacun pour un total de 50 pages), publiés en 2012-2013 par DC Comics dans la collection Vertigo.
Les scénarios sont écrits par Bill Willingham. Les dessins des épisodes 125 à 129 sont réalisés par Mark Buckingham, ceux des back-ups des épisodes 114 à 123 par Shawn McManus.
L'histoire principale, SNOW WHITE, s'inscrit chronologiquement et parallèlement durant les événements du tome 18 (épisodes 114 à 123), Toys in Cubland.
*
(Extrait du chapitre 12 de A Revolution in Oz.
Textes de Bill Willingham, dessins de Shawn McManus.)

A revolution in Oz (paru en complément des épisodes 114 à 123, dessiné par Shawn McManus). Sur le point d'être pendu par le roi Nome, Bufkin est secouru par ses amis avec lesquels, ensuite il entreprend de renverser le tyran local. A l'issue de ce combat, il préfère, avec sa compagne Lily Martagnion, continuer à réparer les injustices dans les royaumes voisins plutôt que de prendre la tête du pays d'Oz. 
(Extrait de la 4ème partie de Snow White : part 4, épisode 128.
Textes de Bill Willingham, dessins de Mark Buckingham.)

Snow White (épisodes 125 à 129, dessinés par Mark Buckingham). Bigby Wolf part, avec Stinky/Brock Blueheart, à la recherche de ses enfants, Thérèse et Darien (cf. Cubs in Toyland), en parcourant les royaumes à bord de la voiture magique de Briar Rose.
Dans le royaume de Haven, dirigé par Flycatcher et dont la Bête est le shérif, ce dernier négocie avec l'envoyée de la Fée Bleue le sort à réserver à Geppetto, accusé de crimes de guerre.
A Fabletown, désormais établie dans l'ancien château de Mr Dark, Snow White retrouve son premier amant, le prince Brandish, qui lui réclame sa main comme elle la lui avait promise jadis. Pour arriver à ses fins, il n'hésite pas à la séquestrer, la brutaliser et même à défier Bigby, mis au courant de la situation par son fils, Ghost.

J'ai attendu une année avant de relire un recueil de la série Fables, dont j'avais pourtant acheté ce 19ème tome dès sa sortie, parce que je n'appréciai plus le ton de plus en plus sinistre que lui donnait son scénariste. Mais depuis que Bill Willingham a annoncé la fin de son projet au 150ème épisode (à paraître début 2015), j'ai eu envie de m'y remettre.
Parfois s'éloigner ainsi d'un titre permet de mieux le savourer quand on le reprend, et même si on a à nouveau droit à un album au dénouement attristant, le résultat est remarquable et l'envie de poursuivre l'aventure jusqu'à son terme est revenue.

Ce recueil propose deux histoires distinctes mais qui ont le mérite premier de boucler des arches narratives tout en relançant la trame générale de la série.

Tout d'abord, A revolution in Oz revient sur le périple de Bufkin et sa bande au pays d'Oz, où nous les avions laissés durant le tome 17 (Inherit the wind). Construit en chapitres de trois pages, parus en complément des épisodes 114 à 123, ce récit est une pure merveille, digne de figurer aux meilleures places de la série, ce qui est d'autant plus remarquable que rien ne l'y prédisposait.
Avec ses personnages simples, Bill Willingham parvient à construire une intrigue qu'on peut apprécier à deux niveaux : d'une part, c'est une suite de mini-épisodes très rythmée, mixant habilement de l'action, de l'humour et de l'émotion (en particulier pour son épilogue) ; d'autre part, c'est une réflexion subtilement imagée sur l'émancipation, qu'on peut lire comme une métaphore sur le Printemps arabe et la chute de plusieurs régimes dictatoriaux aux conséquences diverses.
Le scénariste anime des créatures avec l'imagination qu'on lui connait en leur donnant une humanité troublante et en faisant de leurs aventures un conte faussement enfantin, qui ne cache rien de la violence (celle de ceux qui se battent contre un pouvoir injuste, et celle de celui qui exerce son autorité de manière criminelle). Willingham s'amuse avec des éléments comme la corde vivante qui ne peut s'empêcher de pendre quelques vilains à l'occasion, le géant qui mutile des soldats pour collectionner la bille (surtout si celle-ci est numérotée) grâce à laquelle il se déplace. Mais derrière cette légèreté bon enfant, il pointe aussi avec pertinence le fait qu'il n'y a pas de guerre propre, que se battre change ceux qui sont au front (en leur donnant le goût des combats sans pour autant avoir envie d'assumer un rôle de dirigeant une fois la victoire acquise).    
La caractérisation des protagonistes est bien sentie, en particulier le couple formé par Bufkin et Lily, dont la dimension coquine et "interraciale" est à la fois subtile et charmante, ce qui confère à la conclusion une touche très poignante et délicate.

Par ailleurs, ce récit bénéficie des illustrations magnifiques, en couleurs directes, de Shawn McManus. Sa prestation est exceptionnelle, avec des personnages très expressifs, des décors chatoyants, soulignée par une palette flamboyante qui renforce l'aspect conte pour enfants sans dissimuler quelques passages démontrant l'épouvante de la folie d'un despote (le massacre de la foule lors d'un défilé fournit des images très fortes).
L'attractivité de cette partie doit beaucoup à ce choix esthétique, qui donne à voir quelques-unes des plus belles pages d'une série ayant pourtant bénéficié des contributions de multiples artistes de premier plan depuis son commencement.


Ensuite, vient un arc narratif en cinq chapitres, qui donne son titre au recueil. Bill Willingham revient à la trame principale de son projet et convoque donc une galerie de personnages familiers que l'on retrouve avec plaisir. Les événements relatés ici se déroulent chronologiquement en parallèle à ceux lisibles dans le tome 18, Cubs in Toyland (où Thérése et Darien ont connu une aventure dramatique).
On suit donc successivement les investigations à travers divers royaumes de Bigby pour retrouver sa progéniture, les manoeuvres de la Bête dans le pays de Haven (où règne Flycatcher) pour régler le sort de Geppetto vis-à-vis de la Fée Bleue qui veut le supprimer, et enfin (surtout) les retrouvailles entre Snow White et son tout premier amant, le prince Brandish.
Ce dernier est un authentique méchant comme on adore le détester et Willingham est très inspiré pour l'écrire, le montrant parfaitement odieux, gagnant ainsi le lecteur à le voir vaincu. Mais le scénariste ne ménage ni ses fans ni ses héros et a concocté une intrigue au dénouement en deux temps particulièrement terrible, n'hésitant pas à sacrifier un de ses personnages les plus emblématiques et populaires (un procédé déjà vu de sa part, mais qui atteint là un impact encore plus grand compte tenu de la victime).
Les morceaux de bravoure abondent, notamment dans les deux derniers chapitres, spectaculaires et bouleversants. L'émotion est d'autant plus plus durement ressentie que Willingham veille à ce que les acteurs de la pièce ne se départissent jamais de leur dignité : à cet égard, Snow White ressort encore plus belle de l'épreuve.
Malgré la tragédie qui boucle cet arc narratif, entretemps, le scénariste écrit quelques scènes plus légères, savoureuses, comme les pourparlers entre la Bête et la Dame du Lac à l'origine desquels on trouve une proposition inattendue pour régler le "dossier" Geppetto (une ruse qui impressionne même Reynard Fox !). Il y a aussi des scènes enchanteresses, d'une inventivité prodigieuse, comme lorsqu'il s'agit de traverser les innombrables royaumes où Bigby et Stinky cherchent les enfants.

Tout comme A revolution in Oz, Snow White bénéficie de dessins superbes, bien que dans un genre tout à fait différent. Mark Buckingham est en effet très en forme (même si ses deux encreurs, Steve Leialoha et Andrew Pepoy, sont plus inégaux et ne rendent pas toujours justice à ses crayonnés). Mieux même : il réussit à monter en régime au fur et à mesure que le récit gagne en ampleur et en intensité, avec des trouvailles de découpage revigorantes (les cadres verticaux pour les duels contre Brandish).
L'influence de Jack Kirby reste manifeste, en particulier quand il s'agit de représenter les gros plans des personnages masculins ou les décors, tour à tour très détaillés ou parfois à peine évoqués avec des ombres qui les "mangent". Des pages avec un nombre limité de cases (quatre en moyenne) renvoient aussi au travail du "King", mais Buckingham emploie ce procédé avec beaucoup d'habilité, dynamisant ainsi de longs dialogues en variant les angles de vue ou la valeur des plans.
Buckingham reste aussi un exceptionnel designer, comme on peut le noter quand il représente le château à la physionomie atypique de la Fée Bleue ou quand il met en scène Bigby Wolf sous son apparence animale de façon toujours aussi impressionnante ou encore quand il détaille les motifs des broderies sur les habits du prince Brandish.
La colorisation de Lee Loughridge met en valeur les ambiances, jouant parfois sur des teintes déroutantes mais en relation directe avec les états traversés par les personnages ou l'atmosphère que dégagent certains décors.

Alors qu'il ne reste plus qu'une vingtaine d'épisodes avant la fin, la série rebondit avec efficacité. Bill Willingham n'épargne ni ses lecteurs ni ses héros mais son projet demeure passionnant, surtout quand on s'y replonge après une période d'abstinence. Difficile, après ça, de songer à nouveau à abandonner la partie, quand bien même le divertissement a cédé le pas à une suite d'histoires plus sombres.

mercredi 4 mai 2011

Critique 226 : TOM STRONG - DELUXE EDITION, BOOK 2 (#13-24), d'Alan Moore, Chris Sprouse et Jerry Ordway

Ce deuxième volume hardcover de Tom Strong rassemble les épisodes 13 à 24 de la série co-créée par Alan Moore (au scénario) et Chris Sprouse (au dessin). Leah Moore (la fille du Maître) et Peter Hogan (qui a développé l'histoire de Terra Obscura, spin-off de Tom Strong) ont également participé à l'écriture de quelques épisodes. Jerry Ordway, Kyle Baker, Russ Heath, Peter Poplaski, Hilary Barta, Howard Chaykin et Shawn McManus ont parfois supplée Sprouse comme illustrateurs.
Ces 12 chapitres ont été publiés par DC Comics, via le label Wildstorm et la collection "America's Best Comics", de 2001 à 2004.
*
- Tom Strong #13 - The Tower at Time's End! (Mai 2001) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse, Kyle Baker, Russ Heath et Pete Poplaski.
Le mystérieux Time-Keeper (Gardien du Temps) à la fin du temps divisent en trois le rubis de l'Eternité et l'envoie en trois lieux et trois époques différentes pour qu'il ne tombe pas entre les mains de diverses versions du criminel Paul Saveen, ayant investi son repaire. Tom Strong, adulte et adolescent, et Warren Strong, le double du héros à l'aspect de lapin, mais aussi la fille du héros, Tesla, unissent leurs efforts pour cette mission.

Ce prologue est sympathique et sans prétention : Alan Moore s'amuse avec son héros et ses incarnations, y compris celle farfelue de Warren le lapin. L'intrigue est caractéristique du scénariste qui joue sur les lignes temporelles tout en développant une intrigue parfaitement claire et compréhensible. Les situations donnent également à Moore l'occasion de signer des dialogues piquants (comme pour d'autres épisodes de ce volume), soulignant sa volonté de distraire le lecteur et de tordre le cou à sa légende d'auteur sérieux (voire sinistre).

Les dessinateurs changent à chaque partie, signalant esthétiquement les périodes et l'univers de chaque version de Tom Strong, Chris Sprouse se chargeant évidemment d'animer l'incarnation classique du héros. Les autres invités fournissent une copie plus inégale, mais l'exercice l'impose.

C'est léger, mais adéquat pour entamer cette nouvelle et consistante collection.
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- Tom Strong #14 - Space Family Strong / The Land Of Heart's Desire! / Baubles Of The Brain Bazaar! (Août ) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse et Hilary Barta.
*Space Family Strong - Située en 1954, cette courte aventure narre les vacances désastreuses de la famille Strong sur une planète particulièrement hostile. Le ton est à la franche parodie, en total décalage avec la série.
*The Land of Heart's Desire - En 1955, Tom et Dahlua Strong visitent une nouvelle planète apparemment idyllique mais dont l'environnement est en vérité un terrible piège, offrant aux visiteurs la possibilité de vivre leurs fantasmes pour mieux les capturer.*Baubles Of The Brain Bazaar! - Sur le chemin du retour sur Terre, la famille Strong est happée dans une faille temporelle qui la propulse 40 millions d'années dans le futur. Dahlua est enlevée par une marchande d'esclaves dont Tom la libère avec le concours de Johnny Future, dont le partenaire a été également kidnappé.

Cette suite de trois petits épisodes forment un lot assez disparate mais qui prouvent le polymorphisme de la série. Dans le premier récit, Alan Moore et Hilary Barta sont déchaînés et caricaturent Tom Strong en parfait crétin : le résultat est détonant mais hilarant, avec un graphisme grotesque et des gags s'enchaînant à toute allure.
Plus troublant est le deuxième segment où Tom et son épouse, dans un décor paradisiaque mais trompeur, font face à leurs secrets et fantasmes : la brièveté de l'épisode accentue son intensité, l'écriture de Moore est diaboliquement efficace. Et le dessin de Chris Sprouse est d'une beauté à la mesure du cadre dans lequel se débattent les héros.
Le troisième chapitre est un peu décevant, il s'agit en fait d'un prélude aux Terrific Tales, autre spin-off de la série (collecté dans un album indépendant). Cette team-up entre Tom Strong et Johnny Future n'a pas grand intérêt même si elle se lit sans ennui. En fait, les dessins de Sprouse constitue la véritable attraction : comme d'habitude, les planches sont magnifiques, avec un soin remarquable apporté aux décors et designs de personnages qui ne font pourtant que passer.
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- Tom Strong #15 - Ring Of Fire! (Janvier 2002) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse.
Tesla Strong est enlevée par un "démon de feu" qui lui déclare littéralement sa flamme. Il s'agit en fait d'une vieille connaissance puisqu'on a déjà rencontré ces créatures vivant sous terre dans le 8ème épisode de la série (Sparks). Tom Strong récupère sa fille, avec l'aide de Dahlua et Salomon, et accueille chez lui, par la même occasion, son gendre.

Avant de proposer un arc complet, Alan Moore revient à la fois sur un personnage aperçu au début de la série et introduit un nouveau membre dans la famille Strong : Tom teste une nouvelle expérience inédite, sa fille trouve l'amour et notre héros doit composer avec cette situation, ce qui ne va pas sans mal.
La série grandit, mais c'est un principe chez Moore qui ne s'est jamais contenté d'un statu quo avec ses héros : ils n'évoluent pas seulement en vivant des aventures extraordinaires (et celle-ci est encore spectaculaire) mais au contact d'autres personnages, en nouant des relations qui altèrent leurs existences. Moore décrit cela avec une tendresse étonnante mais surtout avec amusement, ironisant sur la contrarièté que subit Tom Strong en voyant sa fille s'éprendre d'un prétendant peu commun. En comparaison, Dahlua appréhende tout cela avec beaucoup plus de philosophie.

Graphiquement, Chris Sprouse est décidèment en grande forme : la double page qui ouvre l'épisode, le design des armures de diamant, le royaume souterrain, c'est un enchantement. Le découpage est d'une telle fluidité qu'on tourne les pages sans s'en rendre compte. De la très belle ouvrage.
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- Tom Strong #16 - Some Call Him The Space Cowboy. (Février 2002) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse.
*Pt 1 : Alors que Tom Strong s'habitue bon gré mal gré à la présence du fiancé (qui a quitté son trône et son peuple par amour) de sa fille, un étrange cowboy tombant du ciel atterrit à Millenium City pour prévenir le protecteur de la ville d'une menace aussi imminente que conséquente : une invasion extra-terrestre !
- Tom Strong #17 - Ant Fugue! (Juillet 2002) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse.
*Pt 2 : Tom Strong et le Weird Rider (le cowboy de l'espace) préparent la riposte à l'invasion de fourmis extra-terrestres en rameutant divers alliés, parmi lesquels Svetlana X, l'équivalent féminin et russe de Tom, ou le Modular Man.
- Tom Strong #18 - The Last Roundup. (Octobre 2002) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse.
*Pt 3 : Tom Strong et ses amis contrecarrent l'invasion extra-terrestre dans l'espace, tout en devant sauver les Strongmen, les jeunes fans du héros de Millenium City, qui ont cru bon de se mêler aux combats... Et ont été pris en otages par les fourmis géantes qui veulent coloniser la Terre.

La brièveté de cette saga ne doit pas masquer sa densité, son sens du spectacle, son suspense et son efficacité : Alan Moore convoque un grand cliché de la littérature de science-fiction et d'aventures avec le thème de l'invasion extra-terrestre. Il mixe des éléments empruntés au western (avec le personnage du Weird Rider), au space opera (avec la résistance des amis de Tom Strong), au récit de guerre (le sauvetage des Strongmen par Tom et Svetlana) et même de la screwball comedy (avec l'impayable personnage de Svetlana X, dont les maladresses rhétoriques - concernant principalement des allusions sexuelles - sont drôlatiques). Le résultat pourrait être bancal, il est virtuose, le récit culmine dans des scènes de bataille spatiales après avoir exposé une situation bien compromise.

Chris Sprouse livre des planches éblouissantes où son génie de designer et sa science du découpage sont une véritable leçon de storytelling : dans ces conditions, le retard pris à cette époque par la série s'explique facilement tant chaque image est incroyablement soignée (sans compter que le dessinateur a alterné les illustrations de Tom Strong avec celles d'autres séries).

Si ce n'est déjà fait, ces épisodes ne peuvent que combler l'amateur de la série : ils comptent parmi les plus accomplis aussi bien scénaristiquement que visuellement.
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- Tom Strong #19 - Electric Ladyland! / Bad To The Bone / The Hero-Hoard Of Horatio Hogg! (Février 2003) Ecrit par Alan Moore et Leah Moore, et dessiné par Chris Sprouse, Howard Chaykin, Shawn McManus.
*Electric Ladyland! - Après une soirée en amoureux à l'opéra, Tom va devoir sauver Dhalua, kidnappée par une organisation secrète exclusivement composée de femmes... A qui il va rendre un précieux service.*Bad To The Bone - Où l'on apprend la fin pathétique de Paul Saveen, l'ennemi de toujours de Tom Strong, alors qu'il recherchait le Temple de la Vie Eternelle.
*The Hero-Hoard Of Horatio Hogg! - Tom et Tesla sont faits prisonniers par un collectionneur fou de comics qui les a piègés dans un de ses illustrés. Heureusement, entre héros, on sait s'aider, même si certains s'accommodent de leur vie entre les pages de la revue.

De ces trois segments, le meilleur reste le dernier, dont la légèreté apparente dissimule un petit discours sarcastique sur, à la fois, le comportement de certains fans de comics, la censure qui pèse sur les revues, et la méta-textualité chère à l'oeuvre d'Alan Moore, qui s'amuse de lui-même. Comme d'habitude, Chris Sprouse illustre cela avec élégance, inventant des personnages mémorables en quelques cases.
Le récit de la mort de Paul Saveen est signé par Leah Moore, la fille d'Alan, qui est elle-même une scénariste (collaborant avec Jon Reppion). Il est notable qu'elle reprend des astuces narratives chères à son papa, avec des flash-backs dont le dénouement éclaire d'un jour surprenant le sort du personnage, ou les fameux travelling-avant/arrière pour signifier les transitions entre passé et présent. Le dessin de Shawn McManus n'a, lui, rien de bien enthousiasmant...

... Mais ce n'est rien comparé à la "contribution" d'Howard Chaykin dont les planches mochissimes agressent le regard dans le premier mini-épisode. Episode au demeurant peu inspiré de la part de Moore. Le seul faux pas de l'album (de la série ?).
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- Tom Strong #20 - How Tom Stone Got Started: Chapter One. (Avril 2003) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Jerry Ordway.
Une mystérieuse femme investit le repaire de Tom Strong à qui elle raconte venir d'une réalité parallèle et prétend être sa propre mère, Susan. Dans son monde, elle a quitté son véritable amour, Foster Parallax, avant de perdre, en route pour Attabar Teru son mari Sinclair et de devenir l'amante du capitaine de leur bâteau, Tomas. Ensemble, ils ont un fils métisse, Tom....- Tom Strong #21 - How Tom Stone Got Started: Chapter Two - Strongmen In Silvertime. (Août 2003) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Jerry Ordway.
Poursuivant son récit, Susan Strong raconte comment son fils Tom est devenu le partenaire de Paul Saveen avec qui il forma un tandem de justiciers à Millenium City. Tom épousa Greta Gabriel et Paul se maria avec Dahlua. Puis, après avoir vaincu leurs adversaires, ils réussirent à en faire des héros avec lesquels ils composèrent une équipe...- Tom Strong #22 - How Tom Stone Got Started: Chapter Three - Crisis In Infinite Hearts. (Octobre 2003) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Jerry Ordway.
La fin de cette histoire est dramatique : Tom trompe Greta et Paul en ayant une liaison avec Dahlua. Lorsqu'ils sont surpris, une guerre oppose les amis du couple adultère à ceux des époux trompés. Et pour résoudre cette tragédie, il faudra employer des moyens terribles...

Avant de prendre longuement congé de la série (à la fois pour s'occuper d'autres projets comme Promethea ou La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, mais aussi parce que ses relations avec DC Comics vont se détériorer jusqu'au clash et aboutir à la fin de la ligne America's Best Comics), Alan Moore imagine cette version alternative de son héros. Le résultat est d'une remarquable densité : en trois épisodes, le scénariste ne se contente pas de réécrire les origines de son héros et d'en développer les conséquences, mais il construit une tragédie dont les étapes ont vraiment cet aspect inéluctable propre au genre. L'alliance entre cet autre Tom Strong et cet autre Paul Saveen pour bâtir le "meilleur des mondes", la réforme de leurs ennemis, mais surtout la logique des sentiments aboutissent à un final apocalyptique. le "remède" à cette solution sera aussi radicale que les dégâts engendrés par ses protagonistes. C'est du grand Moore qui, à partir d'un postulat a priori gadget (et si Tom Strong avait été black), revisite brillamment sa propre création en en explorant des possibilités insoupçonnées. Le scénariste se permet même un savoureux clin d'oeil à la saga Crisis on Infinite Earths, de Marv Wolfman, George Pérez et Jerry Ordway (retitrée Crisis on Infinite Hearts) qui refonda l'univers DC dans les années 80.

La boucle est bouclée car les dessins de ces trois épisodes sont réalisés par Jerry Ordway justement : son style rétro et solide, qui a influencé Sprouse, est encore très efficace. Son Tom Strong inspiré par Erroll Flynn et Billy Dee Williams est excellent.

Une parenthèse conséquente, étonnante et magistrale.
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- Tom Strong #23 - Moonday. (Novembre 2003) Ecrit par Peter Hogan et dessiné par Chris Sprouse.
Svetlana X demande l'aide de Tom Strong car elle a perdu le contact avec son amant, Dimi, parti en mission sur la Lune. Sur le satellite de la Terre, Tom, mais aussi Val, le fiancé de Tesla, rencontrent des sélénites et retrouvent le cosmonaute. Mais pour le héros, cette découverte suppose une vérité troublante...

Alan Moore confie les rênes de la série à son partenaire Paul Hogan, avec qui il a écrit Terra Obscura, spin-off de Tom Strong. La transition est parfaite, Hogan s'appropriant le titre sans difficulté en en respectant les éléments-clés et commençant par un épisode "self- contained".
C'est l'occasion de réunir Tom Strong et Svetlana X, son homologue féminine russe au verbe haut, tout en embarquant dans l'aventure le couple formé par Tesla et Val. L'intrigue est assez minimale mais possède une ambiance envoûtante, avec la présence des sélénites. Hogan suggère un rapport troublant entre Tom Strong et la reine du peuple de la Lune de manière subtile, et rend hommage malicieusement à la conquête spatiale.

Chris Sprouse est également de retour et signe des planches magnifiques, exploitant merveilleusement le décor, en découpant l'action d'une manière différente (plus de cases horizontales simulant l'effet "plan-séquence", cadres plus grands et donc lecture plus rapide).
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- Tom Strong #24 - Snow Queen. (Janvier 2004) Ecrit par Peter Hogan et dessiné par Chris Sprouse.
Tom découvre que son premier amour, Greta Gabriel, qu'il croyait tuée par le malfaisant Dr. Permafrost, a survécu en ayant été considérablement transformée. Il travaille à la guérir tandis qu'elle lui fausse compagnie pour se rendre à un mystérieux rendez-vous.

Peter Hogan ramène sur le devant de la scène un autre personnage évoqué dans les premiers épisodes de Moore et place Tom Strong dans une situation encore plus dérangeante qu'après son voyage sur la Lune. Les efforts du héros pour rendre à Greta son aspect originel sont-ils dictés par ses sentiments envers cette femme qu'il a aimé avant Dahlua ? Ou agit-il encore comme le bon samaritain, mari et père de famille, au secours d'une amie revenant d'entre les morts ? L'énigme demeure intact puisque le volume s'achève avec cet épisode et un cliffhanger terriblement frustrant.

Chris Sprouse illustre ça magiquement : la méticulosité de ses compositions, la clarté de son trait, la fluidité de son découpage, tout est admirable. C'est d'une beauté et d'une efficacité formidables.
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L'album est enrichi d'un très beau sketchbook, avec des work-in-progress, des couvertures et des croquis inédits.
Un troisième "Deluxe" (qui rassemblerait les 12 derniers épisodes de la série) n'est pas à l'ordre du jour : en effet, depuis l'an dernier, DC Comics est en pleine restructuration et le label Wildstorm, qui hébergeait Tom Strong, n'existe plus, sans compter qu'Alan Moore est définitivement fâché avec l'éditeur. Pour lire la suite, il faudra donc que je me procure les tpb, en particulier le 6ème (le Book 5 contient des histoires écrites par d'autres scénaristes comme Ed Brubaker ou Brian K. Vaughan).
Moore a, quant à lui, annoncé qu'il se retirerait du monde des comics une fois terminé La Ligue des Gentlemen Extraordinaires (il reste encore deux tomes avant cette triste échéance). Chris Sprouse, lui, n'a pas renoncé à Tom Strong, un nouveau recueil intitulé Tom Strong and The Robots of Doom sortira en Octobre prochain, écrit par Peter Hogan.
En attendant, ce deuxième Deluxe est un investissement hautement recommandable : amateurs de comics US ou de bédés en général, Tom Strong est un pur régal.

dimanche 24 janvier 2010

Critiques 126 : FABLES 5-8, de Bill Willingham et Mark Buckingham

Fables : The Mean Seasons rassemble les épisodes 22 et 28 à 33 de la série créée et écrite par Bill Willingham et dessinés par Tony Atkins et Mark Buckingham, publiés en 2004 et 2005 par DC Comics dans la collection Vertigo. On peut y lire une histoire où Cendrillon tient le premier rôle, deux autres relatant les exploits de Bigby durant la Seconde Guerre Mondiale, puis les conséquences de la tentative de conquête de Fabletown par "l'Adversaire" - mais aussi la naissance des enfants pour le moins surprenants de Snow White et Bigby !
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- Cinderella Libertine (# 22) dévoile la double vie apparemment frivole menée par Cinderella (Cendrillon) et ses relations professionnelles avec Bigby Wolf (le grand méchant loup).- War Stories (# 28-29) revient sur les aventures de Bigby durant la guerre de 39-45 où, au sein de la Résistance, il est amené à combattre les nazis - en particulier un savant fou, inspiré par le Dr Frankenstein.- The Mean Seasons (# 30-33) se déroule après que Snow White (Blanche Neige) ait donné naissance à sept enfants dont la nature hybride va l'obliger à s'installer à la Ferme. Mais Bigby y est indésirable et choisit de s'exiler, après avoir - en vain - essayé de convaincre sa bien-aimée de le suivre. Les mois s'écoulent et Snow White rencontre son "beau-père" (guère proche de son fils), Mr North (le Vent du Nord). L'un de ses enfants, bien différent des autres, Snow White l'envoie à la recherche de Bigby.
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The Mean Seasons comporte en tout sept chapitres, dont seuls ceux qui sont rattachés au titre de ce volume font directement suite aux évènements de La Marche des Soldats de Bois. Mais les autres épisodes font indéniablement parties des réussites de cette production dont le caractère atypique est toujours aussi divertissant.
Le récit avec Cendrillon n'a qu'une relation indirecte avec l'intrigue principale (on ne sait d'ailleurs pas trop quand il se situe dans la chronologie de la série : je dirai plutôt avant La Marche des soldats de bois). Bien que publiées après The Mean Seasons, Cinderella Libertine et War Stories ouvrent pourtant le livre comme si l'éditeur nous les servaient comme des amuse-bouches avant l'histoire principale. Bien que que l'aventure avec Cendrillon soit légère et avec un dénouement prévisible, elle n'en demeure pas moins distrayante : transformer ce personnage en espionne lui donne un relief inattendu (qui sera réutilisé plus tard), et permet en outre de mettre en scène Ichabod Crane (nom familier à ceux qui ont vu Sleepy Hollow, de Tim Burton - même si là, il n'a pas les traits de Johnny Depp...).
Plus conséquent et réussi est le récit de guerre en deux parties avec Bigby : le personnage gagne en profondeur, en épaisseur, en apparaissant dans cette mission militaire dans les années 40. Sans en dire trop, le titre figurant au sommaire, Frankenstein versus the Wolf Man, indique là aussi une rencontre avec une figure littéraire célèbre - et explique pourquoi la tête du monstre se trouve désormais dans le bureau de l'adjointe au maire, dans une cage voilée.
L'atout-maître de ces "apéritifs" est leur dessinateur : Tony Atkins, dans un style plus dépouillé que Buckingham, fait merveille. D'inspiration "cartoony" mais évoquant aussi le Paul Smith de Leave it to Chance, et magistralement encré par un des meilleurs à ce poste (Jimmy Palmiotti), son travail contribue pour beaucoup au plaisir de la lecture.
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Pour le story-arc de The Mean Seasons proprement dit, Willingham emploie une astuce intéressante en ne montrant que quelques jours dans la vie des "Fables" au cours des quatre saisons de l'année suivant l'accouchement de Blanche-Neige. Ce déroulement du temps souligne l'essentiel de ce que traversent les principaux personnages de la série et donne une tonalité tranquille et nostalgique, bienvenue après les heures tumultueuses du précédent tome.
Le talent de Willingham est d'abord sa formidable inventivité : chaque protagoniste évolue, a un secret, et il l'exploite avec soin et subtilité, tirant le maximum de ce qu'il a mis en place en un minimum de pages. C'est un modèle de concision et de densité.
Il suffit de voir comment il traite l'affaire des meurtres mystérieux et comment nous ne devinons l'identité du tueur qu'à la toute fin pour saluer le brio de l'auteur.
Mais c'est aussi un nouveau visage de Fabletown que dessine cette histoire : en effet, le Prince Charmant accède au fauteuil de Maire et la Belle et la Bête remplacent Snow White et Bigby en qualité d'adjointe au maire et shériff - ce trio entre un séducteur invétéré, sous-estimant les responsabilités de son nouveau rôle, et un couple, qui était au bord de la rupture au début de la série, suggère déjà un jeu sentimental évident.
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Comme d'habitude, on ne pourra que louer la beauté et la fluidité des planches de Mark Buckingham, notamment lorsqu'il doit restituer le passage des saisons ou traduire les émotions en reproduisant magnifiquement les expressions.
C'est du grand art et la paire Willingham-Buckingham est vraiment une des meilleures équipes artistiques des comics actuels.
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La suite de cette fantastique fantaisie prouvera que l'exigence de ses auteurs n'est pas prise en faute, mais qu'au contraire elle entraîne le lecteur vers de nouvelles cîmes...


Fables : Homelands rassemble les épisodes 34 à 41 de la série créée et écrite par Bill Willingham, et illustrés par David Hahn, Mark Buckingham et Lan Medina, publiés en 2005 par DC Comics dans la collection Vertigo.
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- Jack Be Nimble (# 34-35) est une suite de dix séquences au cours de laquelle on retrouve Jack Horner, qui s'établit à Hollywood et y produit un film. C'est le début du spin-off de Fables, la série intitulée Jack of Fables.
- Homelands (# 36-38 et 40-41) relate le périple de Boy Blue dans les Royaumes où il est parti, sans prévenir les "Fables", pour découvrir qui est "l'Adversaire" et le tuer, mais aussi récupérer Red Riding Hood (le Châperon Rouge).- Meanwhile (# 39) s'arrête brièvement sur ce qui se passe dans Fabletown durant l'absence de Boy Blue, avec l'arrivée en ville de Mowgli, invité par le Prince Charmant pour une mission spéciale.
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Dans ce livre, l'identité du fameux "Adversaire", responsable de l'exil des créatures des contes et légendes hors de leurs royaumes, nous est enfin révèlée. Il est intéressant de savoir que le grand méchant prévu à l'origine par Bill Willingham n'est pas celui que nouus découvrons ici : en effet, l'auteur voulait faire de Peter Pan le vilain ! Mais le personnage n'étant pas dans le domaine public en Europe, c'est sur un autre personnage que s'est porté son choix - une idée finalement meilleure selon lui (le lutin de Neverland n'a pas joué que des tours à Fables puisque Filles Perdues d'Alan Moore a bien failli ne jamais être lu en chez nous, pour la même raison...). Quoiqu'il en soit, Willingham a su transformer cette difficulté en atout car son "Adversaire" est aussi surprenant que bien conçu : conquérant diaboliquement intelligent et ambitieux, il a pris le contrôle des royaumes en écrasant ses ennemis tout en prétendant sauver les vies de ses sujets et rester dans l'ombre, avec une puissante alliée.
Mais avec ce nouveau tome, la série emprunte aussi une voie plus politique, qui peut dérouter, voire décevoir - en tout cas, elle me semble dispensable. L'histoire possède un évident parallèle avec la véritable histoire de notre monde. La Diaspora des "Fables" évoque celle des Juifs au XXème siècle et colore d'une nuance plus sombre cette production. Cette comparaison est audacieuse mais moins subtilement amenée qu'on pouvait l'espérer de la part d'un auteur à la plume aussi aiguisée : ça ne suffit pas à gâcher le plaisir de la lecture, mais ça n'ajoute rien non plus aux qualités déjà présentes de cette oeuvre.
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Les dessins de Mark Buckingham complètent toujours aussi bien, par contre, le récit. J'aime particulièrement les élégantes bordures dont il orne ses planches, comme celles où l'on voit l'oiseau en cage, et qui sont discrètement éloquentes. Les nombreuses scènes d'action prouvent également que l'artiste est aussi à l'aise dans ce registre que dans les moments plus intimistes.
Ce volume compte également deux autres histoires distinctes : d'abord, une avec Jack Horner à Hollywood où Willingham délivre une savoureuse parodie de la mecque du 7ème art, un peu cliché certes mais piquante, et agrémentée par les illustrations épurées de David Hahn. Ce récit souligne la thèse de l'auteur selon laquelle un personnnage, quels que soient ses efforts, ne peut échapper à sa vraie nature.
Ensuite, au milieu du périple de Boy Blue, on a droit à un bref interlude où Mowgli rencontre le Prince Charmant pour une mission qui sera relaté dans un prochain tome. C'est l'occasion pour Lan Medina, le premier artiste de la série, de revenir signer quelques planches : un petit plaisir qui ne se refuse pas.
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Bref, la série ne déçoit toujours pas (ou si peu). De quoi combler le fan de la première heure et conquérir des profanes.

Fables : Arabian Nights (and Days) rassemble les épisodes 42 à 47 de la série et écrite par Bill Willingham et illustrés par Mark Buckingham et Jim Fern, publiés en 2005-2006 par DC Comics dans la collection Vertigo.
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- Arabian Nights (and Days) (# 42-45) raconte comment une délégation des "Fables" arabes, conduite par Sinbad, arrive à Fabletown pour négocier une alliance contre "l'Adversaire".- The Ballad of Rodney and June (# 46-47) est la relation d'une romance apparemment maudite, celle de deux membres des forces de "l'Adversaire".
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Boy Blue de retour des Royaumes, les "Fables" possèdent désormais de précieuses informations sur "l'Adversaire" et ses troupes. Dans ce contexte, le Prince Charmant, nouveau maire de Fabletown, a, par l'entremise du héros du Livre de la Jungle, Mowgli, convié ses homologues des mythes arabes pour discuter de la meilleure manière de lutter contre leur ennemi commun. C'est pour Bill Willingham un moyen d'explorer le problème du langage et des divergences culturelles entre les habitants occidentaux de Fabletown et orientaux des contes et légendes arabes : c'est la partie la plus réussie de l'entreprise, donnant lieu à de nombreses scènes humoristiques, avec des dialogues merveilleusement troussés. C'est aussi le prétexte pour poursuivre la thématique politique entamée dans Homelands : la méfiance que suscite le conseiller de Sinbad, qui a emporté dans ses bagages un génie surpuissant, est là pour évoquer la polémique des fameuses "armes de destruction massive", à l'origine du conflit entre l'Irak et la coalition menée par les Etats-Unis à l'époque de la publication de cette saga. Willingham greffe, plutôt lourdement, à son récit une charge contre cette guerre fabriquée de toute pièce : la manoeuvre est maladroite, pour ne pas dire grossière. Mieux vaut n'en retenir que la façon, plus malicieuse, dont nos héros déjouent les plans de Yusuf (encore une fois, après avoir neutralisé Baba Yaga dans March of the wooden soldiers, Frau Tottenkinder sera d'un précieux secours - et d'une rare férocité !)...
Intéressant aussi est le retour en force du personnage de King Cole, l'ancien maire de Fabletown, à peine traité jusqu'à présent : Willingham en fait un interprète aussi bonhomme qu'efficace, et à travers lui nous dit que la sagesse passe par l'ancienneté, l'expérience, et même une roublardise certaine. En tout cas, il s'avère un partenaire essentiel à son successeur, toujours aussi dépassé dans son rôle de dirigeant. Il est aussi remarquable de voir comment le scénariste créé des "subplots", des intrigues secondaires vouées à être développées ultérieurement, comme celui qui forme le triangle amoureux entre le Prince Charmant, la Belle et la Bête ; ou le bannissement à la Ferme de Boy Blue ; ou enfin comment le Châperon Rouge commence à s'intégrer dans la communauté des "Fables" en s'appuyant sur le meilleur ami de Blue, Flycatcher.
Le livre se termine par une histoire en deux chapitres à l'intérêt moindre mais pas sans qualité : on y fait la connaissance de deux créatures que "l'Adversaire" rend humains pour qu'ils puissent s'aimer... En échange de quoi ils seront ses espions à Fabletown. C'est doux-amer, romantique et cruel. Mais les dessins désincarnés de Jim Fern peuvent rebuter.
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En revanche, Mark Buckingham affiche toujours la grande forme, son travail gagnant même encore en qualité avec l'encrage d'Andrew Pepoy qui remplace Steve Leialoha dans les derniers épisodes de l'histoire principale. L'artiste est encore une fois remarquablement à l'aise au moment de représenter les visiteurs arabes et dessine un génie à la fois inquiétant et fascinant avec une belle maestria.
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Fables: Arabian Nights (and Days) est un nouveau succès (malgré la réserve émise sur la métaphore politique) et donne indéniablement envie de continuer l'aventure. Laquelle va arriver à son cinquantième épisode au prochain volume !


Fables : Wolves rassemble les épisodes 48 à 51, plus une carte des territoires des Fables et le script intégral du 50ème épisode, écrits par Bill Willingham et illustrés par Mark Buckingham et Shawn McManus, publiés en 2006 par DC Comics dans la collection Vertigo.
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- Wolves (# 48-49) relate les recherches de Mowgli pour retrouver Bigby et lui délivrer un message provenant de Fabletown.
- Happily Ever After (# 50) marque le grand retour de Bigby et sa mission consistant à rencontrer "l'Adversaire" pour le dissuader d'attaquer à nouveau Fabletown. Puis ce sont les retrouvailles tant attendues avec Snow White et enfin leur mariage.
- Big and Small (# 51) dévoile une nouvelle mission menée par Cinderella au Royaume des Nuages où elle devra soigner un géant malade pour qu'il signe une alliance avec les "Fables".
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Ce huitième tome est l'occasion pour Bill Willingham de narrer plusieurs missions et de conclure des "subplots" entamés depuis quelque temps : à l'évidence, un cycle s'achève pour la série. Tout d'abord, nous suivons la traque de Bigby par Vincent Jagatbehari, alias Mowgli, sur ordre du Prince Charmant - en échange de quoi il lui a promis de libérer Bagheera, incarcéré depuis l'insurrection d'Animal Farm. Le grand méchant loup débusqué, il lui soumet le marché conçu par le nouveau maire de Fabletown : il s'agit de mener des représailles en territoire ennemi, jusqu'à un face-à-face avec "l'Adversaire". Ayant accompli ce travail avec l'efficacité dont il est coutumier, Bigby peut enfin retrouver Snow White et leurs enfants - le sort du septième rejeton est résolu par la même occasion. Ce couple atypique mais irrésistible va s'installer dans la vallée autrefois occupée par les géants, en marge à la fois de la Ferme et de Fabletown.
Enfin Cendrillon résout avec habileté un problème diplomatique avec les royaumes des nuages, en jouant les infirmières.
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Mark Buckingham, Steve Leialoha et Andrew Pepoy nous livrent une nouvelle fois de formidables planches. Le voyage de Mowgli au pays des loups est riche en images magnifiques : le découpage des pages en quatre cases permet aux artistes de dessiner les paysages danns toute leur beauté sauvage, et le style évoque de manière indiscutable celui de Jack Kirby - Mowgli ressemblant comme un jumeau brun à Kamandi.
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La mission proprement dîte de Bigby contre "l'Adversaire" est ingénieuse et spectaculaire : elle prouve que les "Fables" exilées sont déterminés à organiser une résistance efficace pour ne plus subir de nouvelle tentative d'invasion. En revanche, il est toujours déplorable que Willingham nous assène ses opinions discutables et encombrantes sur la position d'Israël auquel la communauté des "Fables" est comparée. Cet aspect belliciste aura pollué la série sans finesse : c'est sans doute ce qui sépare le génie narratif d'un Alan Moore, capable de rédiger une uchronie métaphorique autrement plus puissante et intelligente (avec V pour Vendetta), et un conteur malin mais sommaire comme Bill Willingham. Cette faute de goût est atténuée par l'épilogue sentimental et attendu de la romance entre Bigby et Snow White : parents de sept enfants, ils officialisent leur union longtemps contrariée tout en choisissant de garder leurs distances avec leurs semblables. En les rassemblant puis en les tenant quand même à l'écart, Willingham leur conserve une aura unique.
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Le chapitre final avec Cendrillon clôt ce volume sur un ton plus léger. Les dessins de Shawn McManus sont en deçà de ceux de Buckingham mais sympathiques tout de même.
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Toutefois, le livre aurait sans doute gagné à ne pas compter ce 51ème épisode, d'autant que l'éditeur a eu la bonne idée de reproduire le script intégral du numéro : un bonus (trop) rare et très appréciable pour juger l'écriture de l'auteur. On peut évaluer à quel point le scénariste "pèse" sur la conception du comic-book et quelle est la marge de manoeuvre de Mark Buckingham. C'est un document finalement très fourni et qui démontre que l'expérience de graphiste de Willingham lui sert encore à élaborer la mise en page et le découpage.
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Une page se tourne avec ce tome (l'aventure continue toujours et a dépassé les 90 numéros) - mais déjà, avec ces huit volumes, vous aurez de quoi bien voyager !