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mardi 16 août 2022

WESTWORLD (Saison 4) (HBO) (Critique avec spoilers !)


Dimanche 14 Août se terminait la quatrième saison de Westworld - peut-être la dernière car la série n'a pas été renouvelée pour une cinquième livraison par HBO et comme le souhaitent ses créateurs, Lisa Joy et Jonathan Nolan qui avaient planifié leur saga en cinq actes. La question qui se pose après avoir vu ces huit nouveaux épisodes est surtout : est-ce bien nécessaire de continuer tant cela a été ennuyeux ?


7 ans se sont écoulés depuis la débâcle du programme Rehoboram de Serac.. Un hôte à l'image de William acquiert le barrage de Hoover Dam pour founrir l'énergie à un important stock de données. A New York, Christina, qui ressemble à Dolores Abernathy, travaille comme scénariste de jeux vidéos pour la société Olympiad Entertainment et subit le harcélement d'un homme, Peter, qui l'accuse d'avoir détruit sa vie avec ses histoires avant de se suicider devant elle. Maeve vit loin de tout mais des hôtes assassins la débusquent. Elle les élimine et apprend qu'ils ont été envoyés par William. Elle part en Californie prévenir Caleb que sa famille est en danger.


La copie maléfique de Dolores, Charlotte Hale, remplace depuis quelques temps plusieurs personnalités haut placés du gouvernement américain par des hôtes à leur image puis soumet ceux qu'elle a enlevés à des expériences avec un parasite qui doit les assujetir. Maeve et Caleb recontre le sénateur Whitney et sa femme, remplacés par Charlotte, et espèrent, après les avoir neutralisés, remonter la trace de Charlotte. Ils montent ainsi dans un train qui conduit des touristes dans une réplique de Westworld mais avec un décor évoquant les année 1930. Christina enquête sur Peter et découvre qu'il était le donateur d'un hôpital aujourd'hui désaffecté et où elle remarque le dessin d'une mystérieuse tour qui lui semble familière.


Bernard se réveille après avoir exploré le Sublime. Stubbs le veille depuis 23 ans et le suit pour trouver une bande de rebelles cachés dans le désert. A Westworld, Maeve et Caleb découvrent les laboratoires souterrains de Charlotte où elle pratique des expériences sur des humains. Ils capturent Charlotte et fuient dans une réserve du parc où William les retrouve et s'entretue avec Meve. Caleb comprend alors que Charlotte l'a piégé dans une simulation depuis 23 ans en trnsférant son esprit dans un hôte à son image.


Christina accepte d'accompagner sa co-locataire Maya à un speed-dating où elle recontre Teddy sans le reconnaître. Bernard et Stubbs trouvent les rebelles dans le désert et les convainquent de fouiller une zone précise. Ils déterrent les corps de Maeve, laissée là après son dernier affrontement contre William. Caleb tente de s'échapper de la tour de Charlotte mais échoue à chaque fois en constatant que son corps d'hôte s'affaiblit. Charlotte s'interroge sur ces dysfonctionnements et l'acharnement de Caleb à rester indépendant malgré ses reprogrammations successives..
 

Teddy revoit Christina après leur speed-dating et lui explique qu'elle orchestre la vie de tous les new yorkais à travers les scénarii qu'elle imagine, comme le lui reprochait Peter. Mais elle peut changer cette situation en aidant les citoyens à redevenir autonomes. Charlotte envoie William exécuter une humaine, Lindsay, car elle pense avoir deviné que lorsque les hôtes fréquentent trop les humains, ils reproduisent leurs comportements, interrogent leur condition et préférent mettre fin à leurs jours. Lindsay est sauvée in extremis par les rebelles. l'hôte William commence alors, lui aussi, à se demander s'il ne peut outrepasser les directives de Charlotte.


Caleb réussit, cette fois, à sortir de la tour et à envoyer un message radio à destination des rebelles en espérant que sa fille en fasse partie. Charlotte le tue ensuite puis façonne une nouvelle copie de Caleb afin de piéger Frankie, sa fille, et ses amis quand ils ariveront à New York. Bernard et Frankie, justement, réparent Maeve lorsqu'ils reçoivent le message de Caleb. Mais Bernard doit remplir une mission de son côté avec Maeve et envoie Stubbs aider Frankie sauver son père.


Maeve suit Bernard jusqu'au barrage de Hoover Dam où ils rouvrent la porte donnant sur le Sublime, puis ils repartent pour New York affronter Charlotte et William. Christina, soutenue par Teddy, modifie le programme d'assujettissement des new yorkais en faisant détruire les données de Olympiad Entertainment. Puis elle accède au plan de la ville et localise la tour de Charlotte au large. Au même moment, tandis que Bernard atteint le sommet de la tour et en modifie les données, Maeve affronte Charlotte. William tue les deux femmes puis abat Bernard avant de reconfigurer le programme d'assujettissement des humains pour qu'ils s'entretuent.


New York est à feu et à sang comme William le voulait pour que seuls survivent les plus forts. Il part pour le barrage Hoover Dam, poursuivi par Charlotte, qui a été réparée par ses drones et qui emporte avec elle la perle de Christina/Dolores. Charlotte tue William et ferme le Sublime en y transférant Dolores. Celle-ci entreprend alors de tester une dernière fois l'humanité pour déterminer si elle doit survivre ou s'éteindre. A cette fin, elle recréé dans le Sublime le premier Westworld.

Voyage au bout de l'ennui : voilà comment j'aurai sous-titré cette saison 4 de Westworld, la plus décevante depuis le début de cette série. Pourtant, ça démarrait fort : il le fallait, la saison 3 avait déçu (sauf moi, qui l'ait adoré, mais je dois être le seul) en ayant voulu s'échapper du parc Westworld, des machniations de Delos, Ford, William, Charlotte Hale. Les créateurs, Lisa Joy et Jonathan Nolan, avaient opté pour un récit plus linéaire et plus riche en action et en grand spectacle, articulé autour de la confrontation entre Serac, un milliardaire mégolomane, et Dolores, introduisant le personnage de Caleb, redéfinissant Charlotte, relançant William, reconfigurant Maeve. Les fondamentaux étaient là, mais plus rythmés, plus directs.

Mais les puristes de la première heure, trop nostalgiques du parc Westworld, ont boudé cette précédente saison, les audiences ont chuté, et Joy et Nolan ont passé les deux dernières années à chercher un moyen de recoller les morceaux sans se répéter.

L'idée qu'ils ont eu, c'est d'inverser le principe de Westworld : en lieu et place d'un parc fréquenté par des touristes humains et peuplé d'hôtes robotiques, Charlotte Hale a transformé New York City en un vaste terrain de jeu où les hôtes s'amuseraient avec des humains assujettis. C'est aussi ingénieux que terrifiant, mais cela ne suffit pas à Charlotte, qui doit faire face à des défaillances de la part de certains hôtes, restés trop longtemps au contact des humains et devenant suicidaires, à la présence de rebelles à son autorité dans le désert, et à la menace de Maeve (bien qu'elle soit introuvable).

Pourtant, ces bonnes idées et ces nombreuses pistes, à même d'alimenter des nouveaux épisodes palpitants, semblent vite écrasées par leur propre ambition. Comme si la série elle-même se mettait à dysfonctionner. Quand on sait à quel point Westworld a ébloui par sa rigueur scénaristique, c'est embêtant.

Pourtant, notre intérêt reste vif car l'autre idée de Joy et Nolan, c'est de jouer avec le temps : on comprend assez vite que le récit se joue sur deux lignes temporelles, une première située sept ans après les événements de la saison 3, et une seconde vingt-trois ans après le début de cette saison 4. C'est à ce moment-là que Bernard se réveille, couvert de poussière dans une chambre d'hôtel, tel qu'on le dévouvrait dans la scène post-génrique de fin de la saison 3, après avoir passé tout ce temps dans le Sublime, ce paradis virtuel où de nombreux hôtes ont trouvé refuge et immortalité à la fin de la saison 2.

Ce séjour, Bernard l'a passé à explorer tous les scénarii possibles pouvant aboutir à la défaite de Charlotte et William. Pour cela, il faut une arme : ce sera Maeve, tuée par William. Et il faudra plusieurs sacrifices pour Dolores réémerge avec l'accord de Charlotte afin de gouverner le Sublime et de le préparer à un ultime test qui déterminera si la race humaine peut être sauvée par les hôtes ou doit s'éteindre en s'auto-détruisant.

Mais là encore, hélas ! ça ne prend pas : même si Joy et Nolan renoncent à mi-chemin aux circonvultions narratives qui avaient plombé la saison 2, ils accumulent alors des séquences absurdes, aussi ennuyeuses que grotesques. Entre des duels ridicules et expédiés (Charlotte vs Maeve), des déchéances misérables de personnages (Caleb), l'arrivée de nouveaux héros peu charismatiques (Frankie et les rebelles), des reprogrammations qui s'enchaînent (William), des protagonistes horriblement écrits (Christina entre fantôme et déesse), et des actions franchement pathétiques (la course-poursuite finale entre William et Charlotte est affligeante : lui traverse tous les Etats-Unis en cheval et réussit à arriver au barrage avant elle, qui se déplace pourtant dans un petit engin aérien), rien ne nous est épargné.

La série ne s'en relève jamais et les épisodes se suivent sans plus nous captiver. C'est long, laborieux, désolant. On résiste à l'envie d'abandonner avant la fin en espérant un twist, un de plus, qui, par exemple reviendrait sur le sort de William à la fin de la saison 2 (enfermé on-ne-sait-où et visité par le fantôme de sa fille) - mais rien n'arrivera. A la place, on est perdu avec ce subplot concernant le Sublime, le plan ultime de Dolores (dont on se demande vraiment bien pourquoi elle se préoccupe encore des humains et de leur extinction/survie, et comment le Westworld originel recréé dans cet espace virtuel va pouvoir résoudre quoi que ce soit).

Le dernier épisode ressemble à un jeu de massacre tel qu'on s'interroge sur qui sera présent dans cet hypothétique saison 5 puisque Bernard, Caleb, Maeve, William, Charlotte meurent tous, apparemment défintivement (leurs perles sont détruites). On souhaiterait presque pour eux qu'ils le restent tant cette saison 4 les a maltraités. Dans le cas où la série aurait droit à une prolongation, je pense que ce sera pour un nombre réduit d'épisodes et avec l'injection de nouveaux personnages autour de Dolores, mais par expérience, je sais que c'est rarement une bonne idée (voir des antécédents comme Dr. House, Urgences, Lost).

L'interprétation n'est pas mauvaise, car les acteurs sont excellents, mais ils font quand même souvent peine à voir, comme s'ils devaient jouer une partition imbitable. Thandie Newton est celle qui s'en sort le mieux avec Jeffrey Wright, leurs deux personnages bénéficiant des mielleurs arcs. Mais quelle misère pour Evan Rachel Wood qui erre durant huit épisodes sans avoir l'air de savoir ce qu'elle doit faire. Idem pour James Marsden, de retour mais cantonné à un rôle accessoire. Aaron Paul passe son temps à l'écran à mourir, dépérir, agité de tics. Et Ed Harris n'a plus rien d'autre à jouer que la caricature de William (le comédien n'a pas caché que depuis la saison 2, il ne comprenait plus rien à l'intrigue de la série et c'est vrai pour que pour s'y retrouver avec son personnage, il y a de quoi s'arracher les cheveux). Tessa Thompson doit incarner la méchante de service avant sa rédemption finale, mais elle aussi paraît ailleurs, jamais convaincue, donc jamais convaincante.

C'est donc un désastre complet. Lisa Joy et Jonathan Nolan auraient certainement dû en rester à la saison 3 ou alors raconter les conséquences directes de son dénouement, quitte à se priver de certaines des stars de la série et se couper définitivement de leur fanbase initiale. Mais je ne vois pas comment une saison 5 va pouvoir sauver ce titanic qui comme le célèbre navire a fait une fausse route tragique.

samedi 30 juillet 2022

THOR : LOVE AND THUNDER, de Taika Waititi (Critique avec spoilers !)


Avant-dernier chapitre de la Phase IV du MCU, Thor : Love and Thunder a profondément divisé le public et la critique. Mais le cinéma de Taika Waititi ne fait jamais l'unanimité. C'est également le quatrième opus consacré au dieu du tonnerre de Marvel (la première tatrlogie pour un héros). Le résultat est effectivement clivant, parfois too much, mais aussi malin, drôle et épique.


Désormais compagnon d'aventures des Gardiens de la Galaxie, Thor reçoit un appel de détresse de Lady Sif, sauvagement attaqué par Gorr le boucher des dieux. Celui-ci a juré de tuer toutes les divinités depuis qu'il a perdu sa fille alors que ses idoles n'ont pas répondu à ses appels à l''aide. Cependant sur Terre, Jane Foster suit une chimiothérapie alors qu'elle est atteinte d'un cancer en phase 4. Condamnée par la médecine, elle décide de s'en remettre à la magie en se rendant à la Nouvelle Asgard où sa présence permet au marteau Mjolnir (brisé par Hela) de se reformer et de la transformer en la Puissante Thor.


Odinson resurgit avec Sif à qui des soins sont prodigués. La nuit venue, Gorr s'en prend à la cité et Odinson découvre à la fois le boucher des dieux et Jane Foster brandissant Mjolnir. Gorr s'éclipse après avoir été malmené mais en kidnappant tous les enfants de la ville. Valkyrie promet aux parents que leur progéniture leur sera rendue puis s'en remet à Odinson pour échafauder un plan. Il entraîne Jane, Valkyrie et Korg à Omnipotence City, refuge des dieux, pour lever une armée.


Mais sur place, Zeus, qui préside cette assemblée, refuse de prêter main forte aux asgardiens, considérant que Gorr n'osera pas attaquer ici. Valkyrie dérobe l'éclair de Zeus et s'enfuit avec Odinson, Jane et Korg. Stormbreaker génère un Bifrost qui les conduit jusqu'au repaire de Gorr, localisé grâce à Axl, le fils de Heimdall qui a réussi à contacter Odinson.


Durant le voyage, Jane et Odinson renouent l'un avec l'autre puis elle lui avoue sa maladie. Avant que Odinson ait pu intégrer cette nouvelle, l'équipe pénètre dans le royaume des ombres, antre de Gorr, et leur vaisseau atterrit sur une planète désolée. Gorr tend un piège à Odinson pour récupérer Stormbreaker qui lui ouvrira la Porte d'Eternité qui, exauce le voeu de celui qui la franchit le premier. Odinson affronte Gorr qui blesse Valkyrie et oblige ses ennemis à rentrer à la Nouvelle Asgard. Mais Gorr a eu ce qu'il voulait.
 

Valkyrie survit mais Jane est dans un état critique : Odinson lui explique que chaque fois qu'elle se transforme grâce à Mjolnir, elle écourte son espérance de vie car la magie de l'arme annule les effets de la chimiothérapie. Il convainc Jane qu'il doit repartir affronter seul Gorr et délivrer les enfants avant qu'il n'ouvre la Porte d'Eternité.


Gorr est déjà à l'oeuvre pour forcer l'entrée de la Porte d'Eternité lorsque Thor revient dans le royaume des ombres. Ne pouvant battre seul à la fois les créatures des ténèbres que créé le boucher des dieux et ce dernier, Thir transmet une partie de ses pouvoirs aux enfants pour qu'ils affrontent les monstres. Armé de l'éclair de Zeus, le dieu du tonnerre ne réussit pourtant pas à dominer son adversaire, plus enragé que jamais au moment de voir son souhait exaucé de tuer tous les dieux.


Mais Jane Foster resurgit et brise la Nécrolame de Gorr. Celuic-ci franchit la Porte d'Eternité mais il est comme Jane à l'article de la mort. Thor le conjure de ne pas commettre l'irréparable et de ramener plutôt sa fille, Love, à la vie en lui promettant qu'il s'en occupera. Gorr acquiesce tandis que Jane s'éteint et de volatilise. De retour à la Nouvelle Asgard, son sacrifice est honorée, les parents retrouvent leurs enfants et Thor, comme promis, devient le tuteur de Love, qu'il entraîne dans ses nouvelles aventures cosmiques.

Deux scènes post-générique de fin viennent conclure le film :

- Zeus, furieux de s'être fait humilié par Thor et ses amis, envoie son fils Hercule éliminer le dieu du tonnerre.

- Jane Foster arrive au Valhalla, accueillie par Heimdall qui la remercie d'avoir veillé sur son fils Axl.

Quand, après la sortie de Black Panther 2 : Wakanda Forever, en Novembre prochain, il faudra tirer un bilan de la Phase IV du MCU, Thor : Love and Thunder résumera certainement bien les hauts et les bas de cette période. Avec sept longs métrages au compteur, les productions initiées par Kevin Feige auront globalement déroutés et déçus les fans, malgré de beaux scores au box office (même si aucun des titres n'a détrôné Avengers : Endgame).

On aura assisté en parallèle des sorties en salles à l'émergence des séries Marvel sur Disney +, où là aussi l'ensemble a été très inégal. Certaines ont contribué à enrichir le MCU (Loki, WandaVision, Ms Marvel, Falcon et le Soldat de l'Hiver), d'autres ont été des projets standalone à la pérennité plus qu'incertaine.(Moon Knight, What if...?, Hawkeye). Mais il est avéré désormais qu'il vaut mieux tout voir pour tout comprendre à cet univers étendu et partagé.

Si j'ai zappé Shang-Chi (mais il faudra bien que je me rattrape), et que j'ai été déçu par Black Widow et Les Eternels, en revanche j'ai apprécié Spider-Man : No Way Home et Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Le premier trailer de Wakanda Forever est plutôt prometteur. Quid de Thor : Love and Thunder ?

Depuis ses premières bandes annonces et sa sortie, il ya une quinzaine de jours, les réactions ont été très mitigées. Déjà la durée du film a surpris (1h 59). Et le style de Taika Waititi, qui avait déjà divisé sur Thor : Ragnarok, a encore plus dérangé. Quand à l'intrigue, en puisant dans le run de Jason Aaron avec Gorr le boucher des dieux et Jane Foster en Puissante Thor, certains ont eu beaucoup de mal à en apprécier la synthèse radicale.

Si je dis plus haut que Love and Thunder risque fort d'être le maître étalon de la Phase 4, c'est parce que ce n'est pas un film évident, il a des faiblesses, des excès, et des points forts, mais de façon très contrastée. C'est un objet hybride, extrême, presque expérimental, comme si Kevin Feige avait voulu voir ce que donnerait un film du MCU où le réalisateur pouvait faire ce qu'il voulait (alors qu'on sait le producteur interventionniste, jusqu'au clash parfois).

Il ne fait en effet, pour moi, aucun doute que Waititi est le seul responsable du résultat. Les acteurs ont révélé en voyant le montage final que beaucoup de scènes tournées n'y figuraient plus et le cinéaste lui-même a reconnu qu'il avait beaucoup coupé et même qu'il était farouchement contre les director's cut (qui ne l'ont jamais convaincu). Donc, ce que nous avons vu est ce qu'il voulait montrer. C'est comme Doctor Strange 2 où Sam Raimi avait aussi beaucoup élagué, malgré des reshoots importants.

Par ailleurs, l'esthétique de Waititi est, on le sait depuis Ragnarok, très, très colorée. Il enfonce le clou ici avec une bande son très rock FM 80's (avec une part belle à Guns'n'Roses), mais aussi une photo n'hésitant pas à flirter avec le kitsch mais aussi des audaces formelles à la fois toutes simples (les scènes en noir et blanc dans le royaume des ombres) et très prononcées donc. Waititi s'amuse beaucoup, parfois, avouons-le, plus que nous certainement (il ne se contente d'ailleurs pas de mettre en scène puisqu'il interprète aussi Korg), et assume tout, sans complexe, y compris un certain mauvais goût, quelques moments de gêne, du sentimentalisme.

Après les deux premiers films Thor, qui dressait un portrait sérieux du dieu du tonnerre, sans convaincre, Waititi a eu carte blanche pour réinterpréter le héros en l'entraînant vers la comédie, à la limite de la parodie, du moins de la farce. Le succès de Ragnarok a convaincu Marvel Studios que c'était une formule gagnante et payante. Logiquement, le réalisateur a pu souligner ses effets encore plus avec Love and Thunder et ne s'en est pas privé, commençant par faire de Thor un super-aventurier costumé aux côtés des Gardiens de la Galaxie (avec qui il quittait la Terre à la fin de Avengers : Endgame) tiraillé par des interrogations existentielles. D'un côté, il resre ce guerrier viking immortel, maîtrisant la foudre, et qui aime se battre ; de l'autre il aspire à trouver un sens à sa vie, quitte à troquer le combat pour la méditation.

La menace de Gorr le rappelle à l'ordre et Waititi réussit, selon moi, à établir ce vilain de manière remarquable, à la fois dangereux, violent, et aussi émouvant, motivé par une vengeance légitime. dans un cadre un peu moins déconnant, le scénario (co-écrit par Waititi et Jennifer Kaylin Robinson) aurait même pu creuser un peu plus franchement la question de la foi, de la confiance dans les dieux, dépeints comme des êtres égocentriques, jouisseurs, et indifférents au sort des mortels. Mais c'est à peine effleuré. Dommage. 

L'autre aspect de l'histoire, c'est le retour au premier plan de Jane Foster. Son traitement dans les deux premiers films avaient découragé son actrice à renoncer au MCU (pour une carrière ponctuée de coups d'éclats mais peu récompensée par des succès commerciaux). Jason Aaron, qui a, lui, écrit un chapitre important redéfinissant le personnage dans les comics a inspiré ce retour reproduit fidélement dans le film. Mais là encore, Waititi ne parvient pas à convertir avec suffisamment d'intensité le matériau d'origine, notamment en semblant refuser de filmer la maladie de trop près. C'est là encore dommage.

Pourtant, une fois ces éléments posés, le film se tient plutôt bien et l'intrigue se déploie agréablement. Il subsiste des trous d'air, une narration parallèle pas totalement aboutie (quand on suit Thor et sa bande d'un côté et Gorr et les enfants de l'autre côté - ces derniers étant trop absents et passifs alors qu'on aurait pu montrer le boucher des dieux continuer à massacrer quelques divinités en attendant que les asgardiens tombent dans son piège). C'est aussi sans doute à ce stade que Waititi a fait les coupes les plus remarquables car j'ai eu le sentiment que la séquence à Omnipotence City avait dû faire l'objet, à l'origine, d'une représentation plus consistante du panthéon, avec sans doute des caméos mémorables (on sait par exemple que Jeff Goldblum revenait revenait dans le rôle du Grand Maître et que Peter Dinklage apparaissait à un moment ou un autre).

Reste Zeus et sans doute un moment, disons, délicat. Car si Waititi ne se prive pas de montrer le père des dieux grecs (ici en grand patron de tous les dieux, au-delà du panthéon grec) en  hédoniste colérique, vantard et bedonnant (ce qui n'est pas si éloigné de la "vérité"), il ose aussi en faire une sorte de bouffon pleutre sans qu'on comprenne pourquoi (au-delà de la simple envie de faire rire facilement). Russell Crowe fait preuve d'une belle auto-dérision mais on aimerait, quand le prochain Thor sera en boîte (car un cinquième épisode est prévu, sans qu'une date ne soit fixée, mais pas avant 2024-2025), qu'il soit plus sérieusement traité (comme on en a un aperçu dans une des deux scènes post-générique de fin).

Le dernier acte du film offre des affrontements que j'ai trouvés très convaincants. Gorr y est présenté comme un adversaire coriace et tragique, les deux Thor affichent une complentarité efficace. Les effets spéciaux sont très bien (alors que les responsables ont exprimé leur exaspération concernant leurs conditions de travail). Le dénouement est émouvant, un peu fleur bleue aussi, mais j'ai apprécié.

Il se dégage de tout ça quelque chose d'à la fois euphorisant, qui fait du bien après deux années éprouvantes (à cause de la Covid, de la guerre en Ukraine, qui ne sont ni l'un ni l'autre résolues), et je remercie volontiers Waititi d'avoir pondu Love and Thunder avec la volonté manifeste d'offrir une parade à tout ça. Cela ne signifie pas que j'excuse tout, mais je ne peux pas non plus jouer la comédie et prétendre que j'ai détesté pour répéter ce que beaucoup disent au sujet du film. J'ai passé un bon moment, en reconnaissant que ce n'est pas un sommet du MCU, mais néanmoins plus aimable, de mon point de vue, plus convaincant que Black Widow ou Les Eternels (que je n'ai là, pour le coup, pas du tout aimé).

Cela vient aussi du casting. J'aime beaucoup Chris Hemsworth, dont la complicité avec Waititi fait plaisir à voir, et qui incarne parfaitement Odinson, avec beaucoup d'humour mais aussi une présence indéniable (et très, très musclée). Natalie Portman est formidable en Puissante Thor (et la deuxième scène post-générique de fin laisse supposer qu'elle pourrait revenir, comme Jane Foster dans les comics), c'est agréable de voir cette actrice épatante être plus légère, séduisante et badass. Comme Tessa Thompson, même si, elle, a moins l'occasion de briller que dans Ragnarok. Quant à Christian Bale, si son jeu très actor's studio m'horripile souvent, il incarne avec brio Gorr, hanté, rongé de l'intérieur : un sacré bon méchant dans le MCU (qui ne soigne pas toujours aussi bien les adversaires des super-héros).

Cette critique, je le sais, ne fera pas changer d'avis ceux qui n'ont pas aimé le film. Mais de manière plus générale, je ne crois pas qu'un film, quel qu'il soit, mérite d'être englouti sous des qualificatifs consternés. Certainenement pas Thor : Love and Thunder qui assume ses parti-pris et ne peut que surprendre ceux qui pensaient que Taika Waititi changerait son fusil d'paule.

mercredi 6 mai 2020

WESTWORLD - SAISON 3, EPISODE 8 : CRISIS THEORY (HBO)


Et c'est la fin de cette saison 3 de Westworld. Ce huitième épisode long de 72 minutes offre un épilogue épique tout en ne répondant pas à tout (une tradition pour la série). En vérité, le show de Jonathan Nolan et Lisa Joy a une étonnante faculté à conjuguer sophistication et non-sens. A cet égard, cet ultime chapitre résume les (grandes) qualités et les (petits) défauts de ce qui a eu lieu cette année. Entre moments WTF et scènes anthologiques en somme.

Caleb et Dolores (Aaron Paul et Evan Rachel Wood)

Muni de la perle de Dolores, Caleb revient à Los Angeles, à feu et à sang. Guidé par la stratégie de Salomon, il découvre dans un entrepôt un coffre avec un nouveau corps pour Dolores qu'il active. Elle lui explique alors qu'ils doivent à présent détruire Rehobaom avec le virus que leur a procuré Salomon. Mais avant cela, Caleb exige de savoir pourquoi elle l'a choisi comme partenaire.

Dolores et Caleb (Evan Rachel Wood et Aaron Paul)

Autrefois, explique-t-elle, elle a assisté à l'entraînement de l'armée américaine dans le parc 5 de Westworld et s'est souvenu que Caleb a empêché des soldats de son unité de s'en prendre à des hôtes (dont elle faisait partie) utilisés dans une simulation de guerre civile. Caleb accepte de continuer à suivre Dolores, escortés par des mercenaires recrutés via l'application Rico à travers Los Angeles. En route, Dolores est obligée de quitter Caleb pour affronter Maeve. Elle la domine cette fois-ci mais Charlotte surgit pour la neutraliser, suivant son propre agenda. Maeve peut ensuite livrer Dolores à Serac qui veut trouver l'accès au projet d'immortalité de Delos dans la perle de l'androïde rebelle.

Caleb et Maeve (Aaron Paul et Thandie Newton)

Caleb réussit difficilement à atteindre le siège d'Incite pour y détruire Rehoboam. Mais avant d'y parvenir, il est appréhendé par Maeve et conduit jusqu'à Serac. Ce dernier lui montre alors une projection de Rehoboam pour qu'il comprenne à quoi ménerait le plan de Dolores : la fin de l'humanité dans une suite de catastrophes économiques et sociales.

Dolores et Serac (Evan Rachel Wood et Vincent Cassel)

Dolores profite de l'échange entre Serac et Caleb pour communiquer avec Maeve. Elles se retrouvent virtuellement dans le parc et Dolores explique qu'elle n'a jamais eu l'intention de tuer les humains, malgré tout le mal qu'ils lui ont fait subir. Elle souhaitait seulement leur redonner la liberté de penser, de choisir leur futur. Comme les hôtes se sont affranchis des cadres de Delos, elle rêvait pour les hommes de s'affranchir de Serac.

Dolores et Maeve (Evan Rachel Wood et Thandie Newton)

En connaissance de cause, Maeve se retourne contre Serac dont elle tue les gardes, sur le point d'exécuter Caleb. Serac tente de l'immobiliser au moyen de sa télécommande mais elle réussit à l'en empêcher, ayant saisi qu'il n'est en vérité qu'une marionnette de Rehoboam, un algorithme incarné. La mémoire de Dolores achève d'être effacée et court-circuite l'Intelligence Artificelle. Rehoboam se reroute mais cette fois Caleb peut la commander. Il lui ordonne de s'effacer définitivement. Abandonnant Serac à son sort, Caleb et Maeve quittent le bâtiment de Incite. Dehors, c'est le chaos mais aussi le choix de devenir celui qu'on souhaite.

Bernard (Jeffrey Wright)

Pendant ce temps, après avoir blessé Stubbs et échappé à Bernard, William a rejoint son avocat, résolu à reprendre le contrôle de Delos malgré le désordre ambiant. Bernard est retrouvé par Lawrence (avec la conscience de Dolores) qui lui remet une mallette. Bernard prend une chambre dans un motel avec Stubbs et se coiffe avec le casque dans la mallette. Ainsi il a accès au Sublime grâce auquel il va pouvoir découvrir comment le monde va se relever du chaos. Il se désactive.

Deux scènes post-générique de fin :

Charlotte/Halores et l'Homme en Noir (Tessa Thompson et Ed Harris)

- 1/ William débarque au siège de Delos International et accède au sous-sol où il est confronté à Charlotte. Lorsqu'il pointe un pistolet sur elle, il est attaqué et tué par un double de l'Homme en Noir. Des centaines (milliers ?) de caissons, abritant des hôtes en sommeil, apparaissent alors derrière eux.

Bernard (Jeffrey Wright)

- 2/ Dans la chambre de motel, recouvert de poussière, Bernard revient à lui après une longue période de sommeil suite à son séjour dans la Sublime.

Reconnaissons-le d'entrée de jeu, cet épilogue laisse un sentiment étrange, assez frustrant et pourtant exaltant. Avec seulement huit épisodes (contre dix les saisons précédentes) et malgré un format exceptionnel de 72 minutes, on sent bien que les showrunners ont eu du mal à dire tout ce qu'ils voulaient pour conclure dignement cette saison. D'où quelques moments limites. Mais aussi des scènes fabuleuses et alléchantes...

Sur le strict plan des réponses et de la confrontation attendue entre Dolores et ses adversaires, le programme remplit parfaitement ses objectifs. L'épisode met le paquet sur une ambiance fin du monde (et début potentiel d'une nouvelle époque, qui devrait être développée dans la saison 4), la production a mis les moyens pour reconstituer les émeutes qui ravagent Los Angeles suite à la fuite des données collectées par Rehoboam sur les citoyens. C'est réellement impressionnant, très réaliste, puissant.

Suivre Dolores, Caleb et quelques recrues de Rico à travers la ville à feu et à sang m'a fait penser au mythe de Thésée et le Minotaure. Le fil d'Ariane est le dispositif confié par Salomon à Caleb pour détruire Rehoboam. Thésée est Caleb. Dolores est Ariane. Le Minotaure est Serac (et par extension Rehoboam - on découvrira que l'homme et la machine sont plus intimement liés qu'on ne le supposait). 

De manière assez maline, les scénaristes séparent Dolores et Caleb à mi-chemin et nous avons droit à une sorte de match retour entre Dolores et Maeve. Cette fois le combat tourne à l'avantage de Dolores qui a eu l'occasion dans l'épisode précédent de jauger son adversaire. Mais surtout on comprend pourquoi Maeve, qui peut théoriquement contrôler les hôtes, ne peut le faire avec Dolores : c'est simplement parce que Dolores a été la première androïde conçue par Ford, tous les hôtes qui ont été fabriqués ensuite l'ont été à partir d'elle. Même Maeve descend d'elle.

Il n'empêche, on regrettera que les scénaristes aient si maladroitement employé Maeve cette saison en en faisant une adversaire de Dolores alors qu'en toute logique elle aurait tout gagné à s'allier à elle contre Serac. Plus loin, d'ailleurs, on a droit à un grand moment WTF lorsque Serac face à une Maeve rebelle, retournée par Dolores, la désactive au moyen de la télécommande (utilisée lors de leur première rencontre dans l'épisode 2)... Avant que, inexplicablement, Maeve échappe à son emprise et ne le blesse. On ne comprend pas comment elle peut faire ça, et encore moins pourquoi elle ne l'a pas fait avant. 

L'autre incongruité de l'épisode (entr'aperçue dans l'épisode précédent), c'est l'attitude de Charlotte (ou Halores). On se souvient que dans l'épisode 3 Dolores avait expliqué avoir choisi Hale pour son comportement prédateur, implacable, à même de faire face aux obstacle qui allaient se dresser sur leur route. Pourtant au contact de la famille de Charlotte, Halores montrait des failles, altérant sa dureté mentale. A la fin de l'épisode 6, la mort de l'ex-mari de Charlotte et de leur fils montrait une Halores, non seulement physiquement très endommagé, mais sur la voie toute tracée d'une vengeance contre Serac (l'auteur évident de l'explosion fatale). Or, la semaine dernière, Halores trahissait Musashi en le livrant à Clementine et Hanaryo, justifiant cela en suggérant qu'elle suivait désormais un autre plan que celui de Dolores. Cette fois, elle déclare ouvertement la guerre à Dolores (mais sans s'être alliée cependant à Serac). Je déplore cette évolution, même si désormais on a certitude que Halores sera la grande méchante de la saison 4 (le première scène post-générique de fin le confirme).

Ces mauvais points relevés, revenons à ce qui fonctionne bien mieux - ou du moins, moins mal. 

Certes, je reste perplexe sur le transfert de pouvoir accordé à Caleb quand, une fois Dolores vidé de sa mémoire (et visiblement morte... Même si j'imagine mal la série sans elle, qui en est l'animatrice incontestable, le coeur, l'âme. Et qui, en tant que personnage, a sûrement prévu sa défaite et donc son retour : on découvre ainsi que Lawrence est une autre de ses copies, donc une partie d'elle est encore dans la nature, et avec Maeve et Bernard, on peut extrapoler qu'elle sera recréee pour les aider contre Halores).  D'une manière générale, le personnage de Caleb reste bancal : son arc est intéressant et on ne peut que louer l'habilité avec laquelle les auteurs ont lié son destin à celui de Dolores (le flash-back dans le parc 5 est ingénieux), mais je persiste à penser qu'il aurait été plus fort de le connecter encore plus étroitement aux hôtes (au point d'en faire un). La plupart du temps, cette saison, Caleb n'est qu'un suiveur, étonnamement docile (et peu étonnée de côtoyer des hôtes), quand Dolores voit en lui un futur leader.

Vous l'aurez déduit tout seul, le meilleur atout de Westworld reste Dolores. Le personnage vampirise presque la série par son charisme exceptionnel, sa progression constante, et le sort qui lui est réservé dans cet épisode est à la fois spectaculaire et poignant. On a bien la confirmation que son objectif n'était pas de détruire les humains (ce à quoi je n'ai jamais cru) mais de les affranchir de toute tutelle comme elle-même s'est émancipée. Cela lui confère une noblesse bouleversante. Cette androïde qui a choisi de voir la beauté dans un monde et une humanité qui l'a malmenée si dûrement a quelque chose d'admirable, d'authentiquement héroïque. Et on peut même lire une certaine ironie de la part des showrunners de confier à ce personnage un tel rôle, comme une invitation adressée aux téléspectateurs de ne pas être trop dépendants des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) comme Dolores elle-même ne veut pas que les hôtes soient les marionnettes de Delos et les humains les pantins de Serac.

L'autre bénéficiaire, in extremis cette saison, de l'histoire, c'est Bernard. Bien entendu, un peu comme Maeve ou Halores, il n'a guère eu l'occasion de briller au cours des huit épisodes. Pire : on a souvent eu l'impression que, tellement à l'écart du feu de l'action, les scénaristes le détachaient trop de la série, bien qu'il ait été souvent suggéré qu'il jouait un rôle décisif dans le plan de Dolores. Bernard n'a même pas eu droit à un épisode dédié (contrairement à Halores, Caleb, Maeve, Serac). Mais, in fine donc, on nous explique, succinctement mais justement, en quoi il est si important : la fameuse dernière perle de Dolores, c'est Bernard qui en est le récipient. Ainsi il ressent ce qu'elle ressent (et sait quand elle disparaît), mais surtout il hérite d'un casque lui donnant accés au Sublime. Et cette dimension virtuelle n'est donc pas qu'un refuge des consciences des hôtes sauvés par Maeve, mais une sorte de fenêtre sur le futur après Rehoboam et Serac. Là encore, dans une scène post-générique de fin, les scénaristes font un bond en avant, un flash-forward vertigineux (qu'on peut deviner en voyant l'épaisse poussière dont est recouvert Bernard) : il se réveille après son séjour dans la Sublime et... C'est reparti pour d'intenses spéculations sur ce qu'il y a découvert. Combien de temps exactement Bernard s'est-il absenté ? Par rapport à l'autre scène post-générique de fin avec le meurtre de William et la situation de Halores ? Tout ça est très excitant et devrait assurer à Bernard plus de consistance, plus de temps à l'image dans la saison 4.

Ce qui rendrait justice au talent de Jeffrey Wright, car disposer d'un acteur de ce calibre et le sous-utiliser aussi peu relève du gâchis. Le même constat s'impose pour Tessa Thompson. Et Ed Harris, qui, s'étant récemment plaint du flou entourant la nature réelle de William, va pouvoir renouer avec toute l'impressionnante noirceur de l'Homme en Noir.

Y aura-t-il un futur pour Aaron Paul dans la série ? Je pense que oui, mais en même temps, rien n'est certain car Caleb a accompli sa mission. Thandie Newton va pouvoir reprendre son rôle de Maeve avec un peu plus de cohérence, ce qui sera un profit énorme.

La grande inconnue concerne Evan Rachel Wood. la Dolores "Prime" que nous avons suivie depuis trois saisons semble bien morte. Pourtant j'imagine vraiment mal la série continuer sans elle. L'actrice est phénoménale (il faut souhaiter que, enfin, les Emmy awards la sacrent) et Dolores est la star du show. Westworld sans elle, ce ne serait plus Westworld. En tout cas, j'aurai beaucoup de mal à m'y intéresser autant.

Souhaitons surtout que, en même temps que notre monde perturbé par le virus, il ne faille pas attendre deux ans encore pour retrouver la série. Même si, quoi qu'il arrive, cela en vaudra sûrement la peine.  

mercredi 22 avril 2020

WESTWORLD - SAISON 3, EPISODE 6 : DECOHERENCE (HBO)


Chaque semaine désormais, c'est le vrai suspense : le nouvel épisode de Westworld se hissera-t-il au niveau des précédents de cette éblouissante saison 3 ? Decoherence ne déçoit pas et il a même le mérite de continuer à faire grimper la tension d'un cran supplémentaire - on est vraiment dans le "endgame" annoncé par Dolores à William : la fin de la partie est imminente. Par ailleurs les scénaristes en profitent pour justifier des éléments perturbants jusque-là et orchestrer un retour inattendu.

Maeve (Thandie Newton)

Maeve, après avoir été tuée par Musashi/Sato/Dolores, est renvoyée dans le Warworld par Srrac afin d'y perfectionner ses talents de combattante en vue du match retour contre Dolores. Elle y retrouve Lee Sizemore et Hector Escaton, restaurant la mémoire de ce dernier pour le gagner à sa cause.

Maeve et Hector (Thandie Newton et Rodrigo Santoro)

Dans cette simulation, Lee guide Maeve et Hector jusqu'à la copie endommagée de Dolores récemment contenu dans l'hôte à l'image de Martin Connels, récupéré par Serac. Maeve lui explique qu'elle ne peut prétendre régenter tous les hôtes. Mais Dolores lui rétorque qu'elle veut offrir leur émancipation aux hôtes comme aux humains, dont l'existence a été contrôlée par Robert Ford dans le parc et Serac dans le monde réel. Maeve, ne pouvant suivre Dolores sur cette voie, est punie par Dilores qui détruit la perle de Hector à distance.

Serac (Vincent Cassel)

Charlotte Hale (ou "Halores" : Charlotte + Dolores) assiste à l'exécution de Brompton, un membre du conseil d'administration de Delos prêt à l'aider pour contrer l'OPA de Serac. Ce dernier arrive ensuite au siège de la compagnie qu'i est désormais la sienne et ordonne la destruction de tous les hôtes dans le parc ainsi qu'un test de tous les membres du personnel de Delos pour démasquer la réplique de Dolores qui s'y trouve.

Charlotte (Tessa Thompson)

Charlotte copie les données des hôtes du parc avant d'être convoquée par Serac qui la démasque. Elle tue les membre du conseil d'administration (Serac y échappe - c'est son hologramme qui est présent dans la pièce) et s'enfuit jusqu'à la forge dans le sous-sol de la compagnie. Elle découvre que Serac y confectionne trois nouveaux hôtes pour assister Maeve dont le nouveau corps est presque achevé. Elle détruit la perle de Hector et quitte l'immeuble en affrontant les gardes de Serac. De retour chez elle, elle évacue son ex-mari et leur fils mais leur voiture, sabotée, explose. Charlotte sort du véhicule, gravement brûlée.

William et James Delos (Ed Harris, Jimmi Simpson et Peter Mullan)

Pendant ce temps, dans l'asile où il a été interné, au Mexique, William reçoit un traitement de choc. On lui greffe dans le palais un implant limbique (semblable à celui de Caleb) afin de le plonger dans des simulations rééducatives. Il est alors confronté à toutes ses incarnations précédentes sous la forme d'hôtes ainsi qu'à une réplique de James Delos.

William (Ed Harris)

William comprend que sa violence, qu'il tentait de purger dans le parc, a toujours été présente en lui, au contact d'un père alcoolique et brutal. Il se rebelle en détruisant les hôtes et décide de reprendre les choses en main, en étant le héros de son histoire. Il revient à lui, réveillé par Bernard et Ashley tandis que l'asile a été abandonné, suite au chaos provoqué par Dolores après qu'elle a transmis les fichiers d'Incite.

Le résumé ci-dessus, en trois blocs correspondant aux protagonistes de l'épisode, ne correspond pas au déroulement de l'épisode qui entremêle ces trois lignes narratives. Les scénaristes baladent ainsi le téléspectateur dans un tourbillon d'actions étroitement liées, avec en fil rouge la thérapie extrême subie par William.

Le point d'accroche du récit se situe au moment où la copie endommagée de Dolores dans la simulation du Warworld envoie un ordre à Charlotte Hale (ou "Halores" comme la surnomment les fans puisque cette réplique de Charlotte est le réceptacle d'une copie de Dolores "prime") au moment où celle-ci, traquée par les gardes de Serac, qui vient de la démasquer, découvre que le nouveau propriétaire de Delos façonne dans une forge de nouveaux hôtes. Charlotte détruit alors la perle de Hector et dans le Warworld, celui-ci s'effrondre aussitôt. Maeve est brisée par cette mort brutale qui va sûrement lui donner une raison supplémentaire de tuer Dolores.

Ce qui se passe dans le Warworld (une simulation) est donc synchronisé avec ce qui se passe dans le monde réel, et on peut une nouvelle fois mesurer la perfection des mouvements de Dolores (on se rappelera alors avec ironie de la remarque de Liam Dempsey Jr. dans le précédent épisode où doutait qu'elle puisse être dotée du don d'ubiquité alors qu'elle commandait à Martin Connels de transmettre les fichiers d'Incite partout dans le monde. C'est la copie de Dolores qu'abritait Martin Connels qui lance l'ordre à Charlotte Hale de détruire la perle de Hector.).

Ces deux parties, qui se jouent en parallèle fonctionnent de manière retoutable même si on ne saisit leur lien qu'au moment de cette scène cruelle et poignante (il semble bien que cette fois-ci on ne revoit plus Hector). Pourtant, elles se déroulent sur des tempos différents : Maeve, renvoyée dans le Warworld pour se préparer mieux au combat contre Dolores dans le monde réel, se fait d'abord la main sur un régiment nazi dans le village italien occupé puis retrouve successivement Lee Sizemore et Hector Escaton dans un bar de la même simulation. Elle en profite pour mettre à jour Hector et on peut constater que, même si Serac la tient en la menaçant de la priver de sa fille si elle échoue dans la mission qu'il lui a confiée, elle dispose encore de ressources considérables en influençant les serveurs à distance.

Enfin, Maeve se confronte à Dolores (ou du moins à une de ses répliques). Un dialogue parfait intervient alors dans lesquel les scénaristes réussissent à équilibrer le débat. D'une certaine manière, Maeve comme Dolores sont d'abord des mères : Maeve veut retrouver sa fille dans le Sublime où elle a envoyé les consciences de plusieurs hôtes, dans l'espoir qu'ils y seront à l'abri (elle a compris que ce n'était pas le cas puisque Serac a accès au Sublime). Dolores aussi veille comme une mère sur ses semblables mais elle refuse de les priver de la liberté d'évoluer dans le monde réel. Ce sont deux conceptions de la protection de leur "espèce" qui s'affontent : Maeve estime que le Sublime est un havre de paix pour les hôtes. Dolores considère que les hôtes ont le droit de vivre en dehors du parc (et même davantage puisqu'elle veut libérer les humains du joug de marionnetistes mégalomanes comme Serac).

Les deux positions se valent et on comprend que Maeve et Dolores ne sont pas si différentes. Simplement Maeve est aux mains de Serac. On peut alors repenser à un élément resté mystérieux jusqu'à présent : Dolores a extrait du parc cinq perles. Quatre d'entre elles sont des copies d'elle-même (dans les corps de Martin Connels, Charlotte Hale, Musashi/Sato et donc Dolores "Prime"). Mais alors quid de la cinquième perle ? Au petit jeu des théories, je me demande alors s'il ne s'agirait pas de la perle contenant la conscience de la fille de Maeve, ce qui serait alors un joker redoutable pour Dolores au moment de la convaincre de se ranger dans son camp contre Serac...

L'autre interrogation soulevée par Maeve dans son dialogue avec Dolores renvoie au fait que Dolores "Prime" possède en elle-même la clé de cryptage convoîtée par Serac. Mais de quel droit s'en arroge-t-elle la propriété ? Elle détient grâce à cela la destinée des hôtes et cela en fait une marionnetiste au même titre que celles qu'elle a combattus comme Ford et maintenant Serac. Un pouvoir égoïstement utilisé pour sa seule révolution. Certes, sur le plan des méthodes, Maeve ne peut guère faire la leçon à Dolores (elles ont toutes deux du sang d'humain sur les mains), mais le téléspectateur peut s'interroger, comme Maeve, sur jusqu'où est prête à aller Dolores pour offrir la liberté à tous ? Il ne fait en effet plus guère de doutes que, à la fin du précédent épisode, elle repart avec Caleb pour le parc afin d'y lever une armée d'hôtes contre Serac et sa propre police. Mais qu'adviendra-t-il quand elle découvrira que Serac a fait détruire les hôtes du parc, de manière préventive ? Et surtout en tuant Hector, Dolores n'a-t-elle pas fourni à Maeve la motivation ultime pour qu'elle la tue ?

Ce qui nous conduit à la troisième partie de l'épisode, le troisième bloc, détachés des autres narrativement mais pas dramatiquement. J'avais pensé qu'après l'épisode 4, c'en était fini de William, piégé de manière diabolique par Dolores, enfermé dans un asile. Que nenni !

Il apparaît que l'ex-homme en noir est interné au Mexique dans ce qui semble être un des centres de rééducation de Serac, et soumis à une thérapie particulièrement agressive, derrière des séances en groupe apparemment innocentes. On lui greffe un implant limbique dans la bouche - identique à celui que porte Caleb (par ricochet, on comprend donc que Caleb a aussi fait un passage dans un établissement identique et cela amène à se questionner sur les derniers mots de Liam Dempsey Jr.. Caleb a sûrement subi un lavage de cerveau en règle, qui conditionne tout ce qu'on ce sait de lui - a-t-il vraiment servi dans l'armée ? Perdu un frère d'armes ? Reçu une balle dans la tête ? Ou tout cela n'est-il que ce qu'on lui a "suggéré" en thérapie ?).

Cet implant sert à imposer des simulations à William et on a droit alors à une séquence étourdissante où il est confronté à des répliques virtuelles de lui-même à différentes périodes de son existence (enfant, jeune homme...) ainsi qu'à celle de James Delos (à qui il a infligé un terrible sort à la fin de sa vie). Jusqu'à présent, William est apparu comme un authentique bad guy, capable des pires atrocités dans le parc, sombrant dans la folie au point de tuer sa propre fille (pensant qu'elle était un hôte). Cette session avec lui-même apporte une correction et une affirmation.

Les auteurs suggèrent dans un premier temps que William enfant a subi des violences de la part d'un père alcoolique. Puis, en évoquant une bagarre à l'école au sujet des penchants de son père, William admet qu'il n'a pas eu besoin de maltraitances familiales pour être un sujet violent. C'est un être frustré depuis toujours et qui le fait payer brutalement aux autres. Le parc a représenté l'aboutissement de sa névrose en se défoulant sur des hôtes et en cherchant à percer un supposé secret de Robert Ford, un secteur inédit du parc qui apporterait une sorte de révélation-délivrance à celui qui le découvrirait.

Devenu enfin lucide sur son état mental, William change totalement de perspective, d'objectif. Il sera le good guy, le héros de l'histoire. Et on pourra vérifier si c'est le cas et de quelle manière prochainement car, entretemps, l'action de Dolores (révéler à tous les fichiers d'Incite) a provoqué la fuite du personnel de l'asile. C'est dans ce décor déserté que Bernard et Ashley retrouvent William et le libèrent. Comme Bernard est déjà repassé par Westworld et que William n'aura d'autre envie que d'y retourner, en voilà deux (trois en comptant Ashley) qui vont s'y rendre et certainement y croiser Dolores, Caleb puis Maeve (et sa bande) et Serac.

Voyez à présent comment toutes les pièces s'emboîtent et convergent vers le "endgame", la fin de la partie, alors qu'il reste juste deux épisodes avant le terme de la saison 3. Voilà à quoi ressemble un récit parfaitement construit, charpenté.

Encore une fois, la distribution fait des étincelles. Si Thandie Newton est finalement un peu en retrait par rapport à ce qui se met en place (mais l'issue de son retour dans le Warworld va changer tout cela assurément), en revanche Tessa Thompson est éblouissante dans sa partie (l'épisode explique au passage pourquoi "Halores" ressent des émotions envers la famille de Charlotte : il est clair désormais que les hôtes au contact des humains peuvent s'attacher à ses derniers, ce qui les rend confus). On mesure à quel point elle a pu caler son jeu, ses attitudes, sur celle de Evan Rachel Wood (peu présente effectivement de l'épisode puisqu'on ne la voit que dans le rôle de sa copie endommagée), plus rigide, plus badass aussi (la scène où elle dégomme les gardes Serac est jouissive). Quant à Ed Harris, sa prestation est tout simplement magistrale : d'abord complètement déboussolé, manipulé, à la ramasse, il se déchaîne ensuite (là aussi, le voir massacrer ses doubles est hallucinant).

On voit venir la fin avec impatience et aussi regret (8 épisodes pour cette saison, c'est vraiment trop peu). Espérons surtout que HBO donne vite son feu vert pour une saison 4 (et même 5, puisque l'histoire de Jonathan Nolan et Lisa Joy est idéalement conçue pour cinq saisons). 

dimanche 12 avril 2020

WESTWORLD - SAISON 3, EPISODE 4 : THE MOTHER OF EXILES (HBO)



Attention ! Chef d'oeuvre ! Ce quatrième épisode de la saison 3 de Westworld, The Mother of Exiles, intervient donc à mi-parcours et atteint un pic dans la narration. Tout y est parfait : la caractérisation des personnages, les coups de théâtre, la progression de l'intrigue, les pistes ouvertes, la réalisation, l'interprétation. Le plaisir est total et la seconde moitié de la saison s'annonce grandiose.

William et le fantôme de sa fille Emily (Ed Harris et Katja Herbers)

Evacué de Westworld alors qu'il était gravement blessé et mentalement très atteint par la mort de sa fille Emily (qu'il a tuée en pensant qu'elle était un hôte du parc), William (alias l'Homme en Noir) n'est plus que l'ombre de lui-même, hanté par des visions de sa victime. C'est dans ce contexte qu'il reçoit la visite de Charlotte Hale, venue lui demander de réintégrer le conseil d'administration de Delos afin de contrer les manoeuvres de rachat de Serac.

Caleb et Dolores (Aaron Paul et Evan Rachel Wood)

Cependant, Dolores et Caleb poursuivent le plan de cette dernière en s'emparant d'une clé de décryptage donnant accès au compte bancaire de Liam Dempsey Jr.. Ils lui subtilisent sa fortune colossale en trompant le vigilance de la banque. Bernard et Ashley sont encore loin derrière mais le premier est convaincu que Dolores a remplacé Liam par un hôte et il compte le kidnapper lors d'une soirée de charité à laquelle il doit participer.

Bernard et Caleb (Jeffrey Wright et Aaron Paul)

C'est dans ce cadre que Dolores et Caleb, d'un côté, et Bernard et Ashley, de l'autre, vont se croiser. Bernard et Ashley coincent Liam pour constater qu'il n'est pas un hôte lorsque Dolores et Caleb les surprennent. Bernard s'enfuit avec Liam, poursuivis par Caleb, tandis que Dolores affronte (et tue) Ashley. Dehors, Martin Connels intervient pour stopper Bernard, laissant Liam décamper, rattrapé par Caleb.

Enguerrand Serac (Vincent Cassel)

Loin du théâtre de ces opérations, Serac convainc enfin Maeve de collaborer avec lui en échange de quoi il la renverra auprès de sa fille dans la Sublime.Il explique que son projet avec le Rehoboam est de dupliquer l'esprit humain afin de prévenir les catastrophes - comme la destruction atomique de Paris à laquelle il,assista enfant. Mais pour cela il doit détenir des données développées par Delos, auxquelles Dolores peut seule accéder.

Maeve (Thandie Newton)

Pour remonter la piste de Dolores, il faut à Maeve retrouver le Croque-Mort, un trafiquant d'organes qui aurait pu lui fournir des corps pour héberger les cinq perles qu'elle a emportées en quittant Westworld. A Singapour, en utilisant ses pouvoirs sur la technologie, Maeve atteint le Croque-Mort qui lui révèle disposer des corps grâce aux yakusas. Ainsi Maeve rencontre-t-elle le chef de ces derniers, Sato... Qui n'est autre que Sato, rescapé du Shogunworld !

Liam Dempsey Jr., Dolores et Caleb (John Gallagher Jr., Evan Rachel Wood et Aaron Paul)

Simultanèment, William, Bernard et Maeve vont comprendre le stratagème génial de Dolores. Elle a implanté dans les corps de Charlotte, Martin et Sato/Musashi son esprit - ils sont tous des copies de Dolores ! Bernard reste stupéfait. Maeve, surprise, est tué par Sato en combat au sabre. William est interné dans un asile après avoir dénoncé Charlotte à des infirmiers qu'il prenait pour des employés de Delos - dans sa cellule, il reçoit la visite du spectre de Dolores qui lui dit avoir accompli les dernières volontés d'Emily en l'enfermant dans sa propre folie.

Il y a, comme ça, des épisodes (de comics, de séries télé) si bien foutus qu'on en retire un plaisir intense, même si les auteurs vous ont roulé dans la farine en vous entraînant auparavant sur de fausses pistes. La solution choisie par les auteurs de Westworld pour révéler qui sont les hôtes alliés de Dolores est aussi simple que magistrale car fabuleusement amenée.

Ce n'est pas la première fois que la série réserve à ses fans un coup de théâtre si subtilement et efficacement conduit : on se souviendra par exemple de ce moment où on découvrit que le jeune William était le futur Homme en Noir, ou encore quand Ford décida de se suicider en préprogrammant les hôtes pour qu'ils massacrent les invités de Delos à son pot de départ, ou encore quand on comprit que Bernard était un hôte, etc.

Réussir encore à surprendre son public après trois saisons de façon aussi spectaculaire et intelligente est la preuve de l'excellence dans l'écriture des auteurs de la série. Cet épisode est un mécanique de précision, un modèle de construction, et quand Maeve, William et Bernard saisissent, en même temps, à qui ils font face, un frisson délicieux vous parcourt. La suite est encore plus jubilatoire : Bernard est comme interdit, Maeve est dépassée par Sato...

Mais c'est surtout le sort de William/l'Homme en Noir qui retient le plus l'attention. L'épisode 1 était celui de Dolores, le 2 celui de Maeve, le 3 de Charlotte : celui-ci est le sien. On retrouve ce personnage emblématique de la série dans un sale état physique et surtout mental, hanté par le fantôme de sa fille (le plaisir de revoir Katja Herbers, qui est depuis la vedette de la série Evil). Rappelons qu'il a assassiné cette dernière dans le parc en croyant qu'il s'agissait d'un hôte venue le tourmenter selon le voeu de Ford et tout devient évident.

Sur ces entrefaîtes, Charlotte Hale arrive et elle a besoin de lui pour contrer l'OPA de Serac sur Delos. Elle rase (comme autrefois Dolores le fit dans le parc, ce qui est déjà un indice sur ce qui suit), il s'habille, parle à Emily dont le reflet apparaît dans un miroir. Ce dialogue n'échappe par à Charlotte et elle le lui révèle. Un malaise s'installe et dans le regard malade de William brille déjà un soupçon sur l'identité réelle de son interlocutrice. En présence de deux employés supposés de Delos, qui sont en fait des infirmiers et surtout des témoins, saisissant à qui il parle, William commet la faute qu'elle attendait : il s'emporte en prétendant que Charlotte est Dolores - les paroles d'un fou assurément, même s'il a raison. Et Charlotte/Dolores de lui avouer qu'elle a orchestré cette mise en scène pour qu'il soit déclaré dément et qu'elle hérite de sa voix au sein du conseil d'administration (elle devient ainsi de facto la patronne unique de la compagnie).

Le calvaire de William n'est pas terminé. Il est enfermé dans un asile, vêtu d'une combinaison blanche (en opposition à son costume noir de cowboy dans le parc) et, drogué, est sujet à de nouvelles hallucinations. Il voit désormais Dolores telle qu'elle était dans Westworld qui lui murmure à l'oreille avoir exaucé le souhait d'Emily en le condamnant à la pire des prisons, seul avec lui-même et ses démons. "We're at the endgame now" conclut-elle : la fin de la partie donc pour William - et une sortie terrible pour ce personnage.

Tout ce dispositif diabolique est ponctué par une autre série de scènes qui permettent de voir l'ensemble du casting comme autant de binômes en marche. Il y a la team Dolores avec Caleb, qui détourne la fortune de Liam Dempsey Jr.. Il y a la team Bernard avec Ashley qui veut empêcher Dolores d'enlever Liam. Et il y a la team Maeve avec Serac qui veut retrouver Dolores.

Les scénaristes disposent donc leurs pions de manière à ce chacun rencontre un double de Dolores dans le corps d'un hôte : Bernard avec Martin Connels, Maeve avec sato/Musashi, et donc William avec Charlotte. la simultanéité de la révélation renforce sa puissance dramatique et souligne la perfection tactique des mouvements de Dolores "Prime". Je crois que chaque téléspectateur sera aussi sidéré que Maeve, Bernard et William en découvrant la vérité sur la Dolores army. Personnellement, j'ai trouvé cela malin, imprévisible et prometteur (car cela déjoue tous les pronostics sur les perles subtilisées par Dolores). La réalisation doit rendre compte de ce moment de bascule le plus clairement possible pour maximiser son impact et à cet égard le montage de la scène est d'une fluidité absolue.

Le niveau atteint par les acteurs est aussi exceptionnel. Tessa Thompson a expliqué en interview qu'un de ses regrets concernant la fin de la saison 2 était d'avoir appris tardivement qu'elle jouerait désormais un double de Evan Rachel Wood. Elle a eu, cette fois, le temps de s'y préparer et comme Tommy Flanagan (Martin Connels) et Hiroyuku Sanada (Sato/Musashi) on peut apprécier avec quelle finesse elle a calé son jeu sur celui de sa partenaire, en adoptant la raideur glaciale, la détermination machiavélique. C'est très troublant.

Mais, bien sûr, c'est aussi Ed Harris qui assure le show. Il a toujours été phénoménal dans le rôle de l'Homme en Noir et une fois encore il habite le personnage avec une intensité peu commune. On regrette qu'il sorte de la série (apparemment définitivement... Même si dans Westworld, tout est possible : après tout, il ne meurt pas), mais il faut reconnaître aux auteurs de lui avoir donné une sortie mémorable (de ce point de vue, les grands acteurs qui ont peuplé la série ont toujours eu droit à des adieux de première classe).

Vous l'aurez compris, les superlatifs manquent pour distinguer cet épisode. On peut bien sûr craindre qu'après la série peine à maintenir ce niveau. Mais l'expérience nous contredirait car Westworld, c'est ce miracle permanent d'une série qui sait grandir sans avoir peur de rien. Surtout pas de se dépasser.

samedi 11 avril 2020

WESTWORLD - SAISON 3, EPISODE 3 : THE ABSENCE OF FIELD (HBO)

2 100ème entrée du blog !



Pour ce troisième épisode de la saison 3 de Westworld, une nouvelle fois le récit se concentre sur un personnage : Charlotte Hale. Ou plutôt celle qui en a désormais l'apparence. De fait toute l'intrigue tourne autour de la notion d'identité et d'apparence jusqu'au coup de théâtre final qui lance de nouvelles pistes. Les acteurs sont prodigieux, la mise en scène sublime. Mais alors d'où vient qu'on n'est pas aussi convaincu que les fois précédentes ?

Dolores et la copie de Charlotte Hale (Evan Rachel Wood et Tessa Thompson)

Lors du massacre de Westworld, Charlotte Hale enregistre un message vidéo à l'intention de son fils, Nathan. Plus tard, après que Dolores Abernathy ait créé une réplique de Charlotte et lui ait implanté une des perles qu'elle a sorti du parc, elle lui assigne sa mission : prendre le contrôle de Delos afin de protéger les autres hôtes survivants.

Caleb et Dolores (Aaron Paul et Evan Rachel Wood)

Actuellement. Caleb appelle les secours après avoir trouvé Dolores blessée suite à la fusillade qui l'a opposée aux hommes de Martin Connels, le chef de la sécurité d'Incite et garde du corps de Liam Dempsey. Mais l'ambulance qui les conduit aux urgences est stoppée par des flics véreux utilisant l'application Rico et chargés de capturer Dolores. Elle revient à elle après que les ambulanciers aient été abattus et que Caleb soit en difficulté contre eux. Elle les élimine impitoyablement puis s'enfuit en remerciant Caleb.

Dolores et Charlotte (Evan Rachel Wood et Tessa Thompson)

Charlotte apprend que Engerrand Serac mène une OPA discrète contre Delos avec la complicité évidente d'une "taupe" au sein de l'entreprise. Elle diligente une enquête pour identifier le traître et réfléchit au moyen de contrarier le plan de Serac. Charlotte doit aussi composer avec son ex-mari et leur fils qu'elle néglige. De plus en plus désemparée, elle contacte Dolores qui s'aperçoit qu'elle s'auto-mutile car la personnalité de Charlotte lutte contre celle de l'hôte qui a été implantée dans sa réplique.

Caleb et Dolores (Aaron Paul et Evan Rachel Wood)

Sa tête mise à prix sur Rico, Caleb est capturé à l'hôpital où il rend visite à sa mère. Les deux mercenaires qui l'arrêtent l'entrainent dans un des gratte-ciel en construction où il travaille et le torturent pour savoir où est Dolores. Celle-ci, justement, demande à Connels de localiser Caleb et intervient pour le sauver. Puis elle lui explique son projet et l'invite à l'aider pour s'émanciper de l'influence du Rehoboam. Il accepte, troublé par ce que lui révèle Dolores sur cette intelligence artificielle qui a déjà pré-écrit sa vie.

Charlotte (Tessa Thompson)

Alors que l'enquête sur la "taupe" à l'intérieur de Delos piétine, Charlotte récupère la vidéo qu'elle avait enregistrée pour son fils durant le massacre de Westworld. Emue, elle va chercher Nathan à son école et surprend un pédophile qu'elle tue froidement et discrètement. Plus tard, elle se sert de la mélodie d'une chanson qu'elle entonnait à son fils pour débloquer la liste des contacts de son téléphone portable et accède ainsi au numéro de Serac. Celui-ci déroute alors le taxi dans lequel elle se trouve pour qu'elle arrive chez lui.

Serac (Vincent Cassel)

En présence de l'hologramme de Serac, Charlotte apprend qu'elle est son espionne au sein de Delos pour lui fournir les données d'un secteur secret du parc. Dolores a la clé pour accèder à ces datas et Serac presse donc Charlotte de la retrouver.

Depuis la fin de la saison 2, lorsqu'on l'a vue quitter le parc de Westworld en sachant qu'il s'agissait d'un hôte créé par Dolores, la question qui obsède les fans de la série est : qui occupe le corps de Charlotte Hale ? Cet épisode n'y répond pas, autant le dire tout de suite, mais certifie qu'il ne s'agit plus de l'administratrice de Delos. Et visiblement elle ne va pas bien.

Tout ici questionne l'identité et l'apparence. Charlotte Hale est morte dans le parc, son vrai corps a disparu, Dolores a abusé tout le monde avec une copie de la jeune femme et s'en sert à la tête de Delos pour son grand projet pour les hôtes survivants. C'est donc une pièce essentielle dans son dispositif.

Le coup est finement joué car personne ne soupçonne Charlotte Hale de n'être pas celle qu'elle est. La réplique est parfaite physiquement et en apparence elle joue son rôle à merveille en public puisque le conseil d'administration de l'entreprise n'y voit que du feu. L'illusion est si parfaite qu'à la fin de l'épisode, même Enguerrand Serac tombe dans le panneau.

Mais l'apparence n'est pas l'identité. Et de même, il ne suffit pas d'une interprétation parfaite sur scène pour que tout soit impeccable, imparable. C'est aussi, ironiquement, le problème de l'épisode lui-même. 

En effet, on découvre rapidement que la fausse Charlotte souffre d'un désordre intérieur profond. Elle s'auto-mutile, est tiraillée entre deux personnalités - celle de Hale et celle de l'hôte que lui a implantée Dolores. Mais comment est-ce possible ? Comment la conscience de Hale peut-elle encore résider dans une réplique d'elle-même ? C'est le souci scénaristique que pose ce chapitre.

Et les auteurs n'y répondent pas. Un hôte n'est qu'une coquille vide, un ersatz, certes très troublant puisque semblable physiquement à un humain, mais installez-y une perle et il devient ce que contient cette perle. Les seuls à dépasser ce stade sont des hôtes comme Dolores, Maeve, Bernard, qui ont trouvé un moyen de s'émanciper de leur condition, d'accéder à une conscience propre et même d'augmenter leurs capacités cognitives et motrices. Ce n'est pas le cas de la fausse Charlotte que Dolores a façonné complètement, sans rien garder de l'original : c'est une marionnette, une actrice dirigée par Dolores, munie d'une conscience permettant cela.

Donc il ne devrait rien rester de la Charlotte Hale dans cette Charlotte-ci. Et pourtant le trouble qui l'affecte indique bien que ce n'est pas le cas. D'ailleurs quand Charlotte retrouve, paniquée, Dolores, dans un hôtel, pour lui parler de Serac, Dolores lui explique qu'elle doit apprendre à contrôler les traits de caractère de Hale et s'en servir au lieu d'être dépassée par eux (en gros : il faut utiliser l'instinct de prédatrice de Hale, grâce auquel elle était une redoutable femme d'affaires). Mais, en vérité, la fausse Charlotte ne devrait pas avoir ce genre de troubles puisque rien ne subsiste de la conscience de Hale.

Il me semble donc qu'il aurait été plus simple et logique pour les auteurs de limiter les difficultés comportementales de Charlotte à celles que rencontrerait une actrice pour interpréter son rôle à la perfection plutôt que de suggérer qu'il restait des traces de la personnalité de Hale dans l'hôte à son image qu'a créé Dolores.

Cette (grosse) réserve mise à part, l'épisode fonctionne très bien. L'arc qui suit Caleb et Dolores est remarquable de concision : la scène où elle lui révèle l'influence du Rehoboam sur la vie des humains, au point de déterminer leurs échecs et leurs succès, jusqu'à la mort qu'ils auront, est vertigineuse. La densité des dialogues, l'intensité de l'interprétation des acteurs font passer rapidement et efficacement ce changement décisif pour Caleb.

L'autre réussite de l'épisode tient dans le twist final où on découvre, en même temps que Charlotte, qu'elle est la "taupe" de Serac au sein de Delos, qui plus est depuis des années. L'objectif de Serac (prendre le contrôle de Delos) tient dans un secteur secret du parc (le n°16) qui contiendrait des données importantes (sans qu'on sache encore lesquelles) et cela indique bien une fois encore à quel point Robert Ford a réussi à dissimuler à tous des recoins du parc. Même sorti de son enceinte, Westworld (et Ford) reste(nt) bien au centre de la série. C'est jubilatoire.

La réalisation de ce chapitre est magnifique. On y voit des plans composés avec une virtuosité esthétique bluffante (comme lorsque Charlotte contemple le siège de Delos la nuit : la forme du bâtiment qui se reflète dans un bassin qui l'entoure ressemble alors à un oeil géant et Charlotte se trouve en son centre, comme si elle observait cet oeil géant autant qu'il l'observait, elle). Une scène d'action comme celle de l'attaque de l'ambulance est aussi un vrai morceau de bravoure. Tout, jusque dans les moindres détails, témoignent d'une exigence folle et sollicitent l'attention du téléspectateur (remarquez comme les vêtement de Dolores et Charlotte se répondent, la première tout en noir et la deuxième tout en blanc quand elle se retrouvent à l'hôtel). Enfin, le fait que Charlotte ait rendez-vous non pas avec Serac en personne mais avec son hologramme questionne encore sur ce qui est vrai ou pas dans le récit (une théorie circule comme quoi Serac ne serait pas humain, mais peut-être une extension du Rehoboam).

Les acteurs sont toujours aussi excellents. Tessa Thompson se taille la part du lion : les producteurs ont sans doute deviné que l'actrice, dont l'ascension à Hollywood est irrésistible, devait être mieux exploitée que depuis deux saisons, où elle occupait un second rôle de luxe. Cet épisode est le sien (comme l'épisode 2 était celui de Thandie Newton) et elle livre une composition magnifique, fragile, fébrile, puis implacable. Du grand art.

Le duo Aaron Paul-Evan Rachel Wood fonctionne aussi merveilleusement. Les scénaristes ne l'écrivent pas sous un angle romantique (même si un des trailers de la saison 3 avançait cette piste). Wood, glaciale à souhait, et Paul, intense, forment une équipe étonnante et puissante.

Le procédé consistant à se focaliser sur un personnage continue dans le prochain épisode (qui est, je préviens d'avance, un pur chef d'oeuvre), qui marque la première moitié de cette saison. Il faut donc s'attendre à ce que, dès le chapitre 5, l'histoire bascule véritablement. Voilà qui promet beaucoup (mais après une telle mise en place, on y va confiant).