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vendredi 24 juillet 2009

Critique 77 : OMAC PROJECT, de Greg Rucka, Jesus Siaz et Cliff Richards



The OMAC Project est une série limitée en 6 numéros qui est liée au Countdown to Infinite Crisis, publiée par DC Comics de Juin à Novembre 2005. Le scénario d'OMAC Project est écrit par Greg Rucka, les dessins réalisés par Jesus Saiz et Cliff Richards. C'est l'une des quatre mini-séries qui préfigurent la saga Infinite Crisis.
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Créés par Jack Kirby, les OMACs (One-Man Army Corps) sont toutefois différents et leur acronyme ne signifie plus la même chose (initialement, OMAC abrégeait les termes "Observational Meta-human Activity Construct" - Machines d'observation de l'activité Méta-Humaine - alors qu'ici, il s'agit de "Omni Mind And Community" - Communauté Omnisciente).
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Les OMACs sont des êtres humains modifiés à leur insu, opération commandée par l'organisation Checkmate, dont le chef est Maxwell Lord. Ce dernier a pris le contrôle du satellite Brother Eye, conçu par Batman (après les évènements survenus dans Identity Crisis) pour surveiller les autres super-héros.
Maxwell Lord supprime les cadres de Checkmate pour en devenir le Roi (l'organigramme de l'agence s'inspirant des pièces d'un échiquier). Mais une de ses agents, Sasha Bordeaux, révèle à Batman que
Blue Beetle est mort en découvrant les manigances de Lord.
Batman informe la Ligue de Justice de la situation, avouant par la même occasion comment il les a espionné et comment certains membres de l'équipe l'ont manipulé.
Lord découvre que Sasha l'a trahi et la fait capturer.

A ce point du récit, il faut lire l'histoire intitulée Sacrifice, mini-crossover entre les séries Superman et Wonder Woman (Superman 219, Action Comics 829, Adventures of Superman 642, et Wonder Woman, Vol.II, 219), et dont l'action se déroule entre les n° 3 et 4 d'OMAC Project.

On y découvre comment Maxwell Lord manipule mentalement Superman pour se débarrasser de Batman. Ce dernier ne devra son salut qu'à l'intervention in-extremis de Wonder Woman, qui décide de tuer Lord en lui brisant le cou pour délivrer Superman de son emprise.Mais la mort de Lord déclenche l'autonomie du satellite Brother Eye, qui élimine ensuite la quasi-totalité des agents de Checkmate présents dans ses locaux et active tous les OMACs (plus d'un million !) pour se débarrasser des méta-humains - considèrés comme une menace pour l'humanité par Maxwell Lord.
Transformée à son tour en une créature mi-humaine, mi-artificielle, Sasha Bordeaux rassemble les troupes rescapées de Checkmate, en poste dans d'autres organisations (
Projet M, S.T.A.R. Labs, D.E.O., Escadron Suicide, ...) pour contrer les plans de Brother Eye et en informe Batman (dont elle fut la maîtresse, ce qui explique leur complicité).
Batman emploie alors un générateur EMP, fabriqué par feu Blue Beetle, capable de neutraliser un grand nombre d'OMACs attiré dans le Sahara par un groupe de méta-humains (Wonder Woman, Hal Jordan, Martian Manhunter, Jay Garrick, Wally West, John Stewart, etc.).
De son côté, Sasha pirate le réseau en introduisant un virus informatique.
Cependant, Brother Eye réussit à garder la maîtrise de 200 000 OMACs, prêts à tout moment à achever leur mission, et surtout il diffuse sur toute la planète les images de
Wonder Woman exécutant Maxwell Lord.
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Cette mini-série est, avec Superman : Sacrifice (son indispensable complément), le trait d'union essentiel entre le n° spécial Countdown to Infinite Crisis, où l'on suivait les investigations de Blue Beetle jusqu'à son assassinat, et le début effectif de la saga Infinite Crisis.
Fidèle à son style, Greg Rucka orchestre une intrigue mêlant le récit d'espionnage avec le genre super-héroïque, le tout dans une tonalité sombre et inquiétante, culminant lors d'un dénouement spectaculaire et aux conséquences dramatiques.
Bien sûr, il faut avoir lu ce qui précédait pour apprécier et comprendre ce qui est ici développé, mais mis bout à bout, cette histoire aboutit à un ensemble redoutablement cohérent et efficace, dont The OMAC Project est une magistrale clé de voûte.
Rucka est un artisan : la subtilité de ses scripts, le soin avec lequel il installe une atmosphère, ses dialogues sobres et directs, en font une des meilleures plumes actuelles.
Le détour par les séries Superman et Wonder Woman à l'occasion de l'arc Sacrifice ne serait pas indispensable s'il n'éclaircissait de manière décisive le début de l'épisode 4 d'OMAC Project où le corps sans vie de Maxwell Lord gît aux pieds de l'Amazone et de l'Homme d'acier.
Qu'y apprend-t-on vraiment en effet ? Superman se réfugie dans sa Forteresse de Solitude avec du sang sur les mains. Mais il ne souvient plus qui il a pu attaquer. Est-ce Brainac ? Darkseid ? La JLA lui apprend qu'il a en vérité violemment et incompréhensiblement agressé Batman, sous l'emprise psychique de Maxwell Lord.
Obligée d'affronter son compère, Wonder Woman n'hésite guère à tuer Lord pour délivrer Superman : un geste qui aura de lourdes conséquences, puisqu'il sera révèlé au public et provoquera à terme la dissolution de la Ligue de Justice (au sein de laquelle les membres refusent d'exécuter leurs adversaires) !
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Ces cinq chapitres intermédiaires sont inégalement écrits et dessinés, malgré la présence d'artistes et d'auteurs très capables (John Byrne, Gail Simone...). Néanmoins, lire The OMAC Project sans passer par eux revient à devoir s'accommoder d'une ellipse importante, nuisant à la compréhension globale du récit principal. C'est, là, l'illustration navrante de la surexploitation des tie-in, ces histoires dérivées devant préparer et alimenter un futur "event" comme Infinite Crisis...
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Mais revenons à The OMAC Project pour saluer le reste de son équipe créative et, après son auteur, ses artistes : le trio formé par Jesus Saiz-Cliff Richards-Bob Wiaceck (les deux derniers suppléant le premier sur la moitié des planches de certains épisodes) avait fait ses preuves sur les premiers épisodes de Checkmate.
Encore une fois, leur complémentarité est un régal, même si, pour ma part, je trouve les pages de Saiz supérieures : l'espagnol sait admirablement dessiner Batman mais aussi des personnages féminins, sans tomber dans les stéréotypes du genre (bombe sexuelle ou post-ado ingénue), et excelle dans les séquences en clair-obscur, entre chien et loup, que sait si bien lui proposer Rucka.
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Si le titre de cette production peut dérouter ou son affiliation à Infinite Crisis lasser, ce serait une erreur de passer à côté : ce Projet OMAC est une réussite tout à fait aboutie et qui enrichit la lecture du crossover qu'elle précéde.

vendredi 19 juin 2009

Critique 63 : INFINITE CRISIS - 52, de Geoff Johns, Grant Morrison, Greg Rucka, Mark Waid et Keith Giffen






52 est une maxi-série publiée hebodomadairement par DC Comics, à partir du 10 Mai 2006, une semaine après la sortie du dernier épisode du crossover Infinite Crisis.
Au scénario ont collaboré quatre des plus brillantes plumes de la firme (et même de l'industrie) : Geoff Johns, Grant Morrison, Greg Rucka, et Mark Waid.
La direction artistique a été confiée à Keith Giffen, qui en a découpé graphiquement tous les épisodes, fournissant le cadre à plusieurs dessinateurs.
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52 compte, comme son titre l'indique, 52 volets, édités à raison d'un par semaine sur une année entière, chroniquant les évènements survenus durant "l'année perdue" après le dénouement d' Infinite Crisis. La série concerne la globalité de l'univers DC à travers les trajectoires de plusieurs de ses personnages, trajectoires parfois convergentes et formant une vaste fresque cohérente.
A partir du numéro 2, un complèment a été ajouté à la série - et ce, jusqu'au n°11 - où une seconde équipe créatrive, emmenée par Dan Jurgens, relatait l'Histoire du DC Universe : la narratrice en était Donna Troy. Dans le dernier chapitre de cette rétrospective (fort utile pour le non-initié), l'enregistreur d'Harbinger et un nouveau Monitor informaient Donna Troy qu'elle aurait dû mourir à la place de Jade (fille d'Alan Scott, alias Green Lantern I/Sentinel, un des vétérans de la JSA, et soeur d'Obsidian)...
Autre bonus de 52, à partir du n°12 jusqu'au 51, les origines de personnages emblématiques du "DCverse" étaient résumées en deux planches, rédigées par Mark Waid et illustrées par plusieurs artistes.
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Booster Gold :
- Comme nous l'avons vu à la toute fin d'Infinite Crisis, Superman, Batman et Wonder Woman décident de cesser leurs activités héroïques. Les autres justiciers font alors ériger un mémorial en hommage à Connor Kent/Superboy à Metropolis. C'est à cette occasion que l'aventurier venu du futur Booster Gold se fait remarquer en annonçant l'arrivée de Superman, Batman, et Wonder Woman. Lorsque l'assemblée présente sur place comprend son erreur, Booster Gold accuse son partenaire, le robot Skeets (qui a en mémoire tous les évènements survenus à cette époque), de lui avoir fourni une mauvaise information.
Lorsque, plus tard, Skeets donne à nouveau des signes de disfonctionnement, Booster décide de gagner la base dans le désert du voyageur temporel Rip Hunter pour qu'il examine le robot Mais une fois arrivé à son bunker, il n'y trouve personne et découvre plusieurs tableaux noirs remplis de notes cryptées et de photos - dont certaines où il figure avec Skeets et indiquant "sa faute".
La réputation de Booster est définitivement ruinée après que soit révèlée au grand jour ses manoeuvres peu scrupuleuses pour conserver ses nombreux partenariats commerciaux (acquis grâce à ses bonnes actions en l'absence de Superman à Metropolis). Pour ne rien arranger, un nouveau et mystérieux justicier nommé Supernova fait son apparition et séduit rapidement le public par ses interventions aussi providentielles que désintéressées.
Booster tente de regagner les faveurs des citoyens en les protégeant de l'explosion d'un sous-marin nucléaire. Mais il disparaît tragiquement en sauvant la vie de Supernova. Skeets aborde alors l'ancêtre de Booster, Daniel Carter, pour le convaincre de réaccèder au laboratoire de Rip Hunter. Lorsqu'il réalise que ce dernier était au courant de son plan secret, le robot piège Daniel Carter dans une boucle temporelle à l'intérieur du bunker et part à la recherche de Hunter lui-même.
C'est ainsi qu'en suivant Supernova il retrouve Rip Hunter dans la cité de Kandor, contenue dans une cloche de verre. La vérité lui apparaît alors que Supernova n'est autre que Booster Gold, ayant maquillé sa mort avec l'aide de Hunter pour cacher à Skeets leurs vraies intentions. Hunter et Supernova/Booster essaient de pièger Skeets dans la Zone Fantôme, mais le robot absorbe cette dimension parallèle et poursuit ses deux adversaires à travers cette faille temporelle.

Ralph Dibny :
- De son côté, Ralph Dibny, alias Elongated Man, ne se résoud pas à la mort de sa femme (tué par Jean Loring dans Identity Crisis), Sue, et il décide de mener l'enquête lorsque sa tombe a été vandalisée avec une inscription ressemblant au signe de Superman, le symbole kryptonien pour la résurrection.
Il va interroger Cassandra Sandsmark qui lui avoue qu'elle a rejoint un groupuscule prêchant le possible retour à la vie de Connor Kent/Superboy. Elle pense ce miracle probable et convainc Ralph qu'il pourrait ainsi retrouver Sue.
Avec quelques amis (Green Lantern, Green Arrow, Metamorpho...), Ralph inflitre une cérémonie de ce groupe et y mettent fin. Mais leur intervention provoque un incendie, vite jugulé, au milieu duquel l'effigie de Sue en flammes se met à ramper jusqu'à son mari. Cette brêve manifestation plonge Dibny dans une profonde dépression, au bord de la folie.
A peine remis de ses émotions, mais désormais persuadé qu'il peut retrouver Sue, Ralph cherche et trouve le casque du Dr Fate, toujours animé et qui lui promet à son tour un contact avec sa défunte épouse contre certains sacrifices...
Dibny embarque avec le casque de Fate pour un périple à travers les différents au-delà de diverses cultures, où il accepte d'utiliser la magie pour son usage personnel. Après plusieurs tentatives infructueuses pour ramener sa femme à la vie, Dibny lance un sort dans la Tour du Dr Fate avant de coiffer le casque de ce dernier : il découvre alors que le sorcier Felix Faust a négocié l'âme de Sue avec le démon Neron en prenant l'apparence de Nabu (à qui Fate doit ses pouvoirs) et en échange de sa liberté.
Neron tue Dibny mais réalise ensuite que celui-ci l'a piègé avec Faust par un sortilège dans la Tour de Fate. Ralph et Sue sont enfin réunis dans la mort sous la forme de fantômes détectives.

Lex Luthor :
- Par ailleurs, Lex Luthor annonce le lancement du "Projet Everyman", un programme conçu pour dôter n'importe quel humain ordinaire de super-pouvoirs. Au même moment, John Henry Irons désactive l'armure de sa nièce Natasha après avoir voulu, en vain, lui inculquer qu le statut de justicier se méritait, impliquait le sens des responsabilités.
En réponse à cette punition, Natasha rencontre Luthor pour intégrer le "Projet Everyman" et provoque la colère de son oncle auquel Lex inocule une solution qui transforme progressivement sa peau en acier. Lorsqu'elle découvre le nouvel état de John Henry, Natasha croit qu'il s'est inscrit au programme de Luthor et l'accuse de s'être comporté en hypocrite vis-à-vis d'elle.
La jeune femme reçoit des super-pouvoirs et devient membre de l'équipe d'agents de Luthor, baptisée Infinity, Inc.. Irons apprend que Luthor peut priver lorsqu'il le souhaite ses cobayes de leurs facultés surhumaines, expirant au bout de six mois.
Ces soupçons se confirment lorsqu'une des co-équipières de Natasha perd subitement ses pouvoirs lors d'un combat et meurt contre l'adversaire qu'elle afrontait. Irons se sert de ce drame pour regagner la confiance de sa nièce et la convaincre des mauvaises intentions de Luthor.
Lex est frustré car, en vérité, des examens médicaux révèlent qu'il ne peut profiter du traitement dont il fait bénéficier ses recrues. Pour se venger, il désactivate les pouvoirs de la majorité des sujets du "projet Everyman" le soir du Nouvel-An, entraînant leur chute mortelle depuis le ciel de la ville où ils paradaient.
Désormais, Natasha va oeuvrer pour démasquer Luthor. Mais ce dernier découvre que ses employés lui ont menti par peur qu'il puisse , lui aussi, acquérir des capacités surhumaines : ainsi s'administre-t-il lui-même le traitement pour obtenir les pouvoirs de Superman. Il apprend ainsi que Natasha l'espionne et la brutalise jusqu'à ce qu'Irons et les Teen Titans assaillent le siège de Lexcorp et le neutralisent pour le livrer à la justice.
Beast Boy offre ensuite à Natasha de les rejoindre au sein des Teen Titans, mais elle préfére former sa propre équipe avec son oncle.

Animal Man, Starfire et Adam Strange :
- Animal Man, Starfire, et Adam Strange ont, quant à eux, échoué sur une planète extra-terrestre après les évènements d'Infinite Crisis. Ils fuient les troupes de Lady Styx, dont les plans de conquête spatiale doivent aboutir à la destruction de la Terre.
Le trio est aidé par Lobo, qui possède l'Oeil d'émeraude d'Ekron et clâme qu'il s'est converti à une existence pacifique et pieuse au service des Dauphins de l'espace. En vérité, Lady Styx a engagé Lobo pour capturer les trois héros.
Lorsqu'il les livre à elle pourtant, c'est pour mieux la combattre. Lobo avoue alors que l'Oeil d'émeraude d'Ekron appartient en fait à un membre des Green Lanterns, depuis à sa poursuite - l'oeil étant son anneau de puissance.
Durant le combat contre Lady Styx, Animal Man a été empoisonné par une toxine et trouve la mort. Starfire et Strange abandonnent sa dépouille et repartent. Animal Man revient ensuite à lui, entouré par des extraterrestres qui renforcent ses anciens pouvoirs au point qu'il fait désormais corps avec tout être vivant dans l'univers. Dôté des facultés des Mangeurs de Soleil, il s'en sert pour rejoindre la Terre mais il est poursuivi par les sbires de Lady Styx. Mais Starfire resurgit pour les tuer juste avant qu'ils n'arrivent chez lui.
Black Adam, la Question, Renee Montoya et Batwoman  :
- En parallèle, Black Adam, le monarque surhumain du Kahndaq, forme une alliance avec plusieurs autres pays opposés à la suprématie des Etats-Unis. Offerte à lui comme esclave, Adrianna Tomaz explique à Adam comment il pourrait utiliser ses pouvoirs pour pacifier le monde en commençant par aider son peuple.
Adam convainc Captain Marvel de donner à la jeune femme le pouvoir d'Isis : à ses côtés, il libère d'un camp plusieurs enfants en Afrique.
Pendant ce temps, la Question, Renee Montoya, et Batwoman découvrent que l'organisation criminelle Intergang se prépare à prendre le contrôle de Gotham City. La Question et Montoya s'envolent pour le Kahndaq pour mener l'enquête à ce sujet et contrecarrent un attentat kamikaze lors du mariage de Black Adam et Isis.
En remerciement, Adam les reçoit avec les honneurs. La Question, Montoya, Isis et Adam mettent à jour un lieu de culte consacrant la Bible du Crime et dirigé par Intergang. Parmi les enfants utilisés par l'organisation lors de ces célébrations se trouve le frère d'Isis, Amon, et Adam partage ses pouvoirs avec lui pour le transformer en un nouvel Osiris.
Osiris devient l'ami d'un crocodile humanoïde mal dans sa peau, Sobek, et l'invite à se joindre la famille Marvel. Cependant, Adam et Isis informent les membres de leur coalition politique que le Kahndaq n'est plus intéressé par leur projet de contre-pouvoir aux américains.

Black Adam et Isis :
- Will Magnus, le créateur des Metal Men, est enlevé et conduit sur l'ïle d'Oolong Island, où Intergang et Chang Tzu retiennent plusieurs autres scientifiques pour y développer de nouvelles armes. Magnus est privé de ses anti-dépresseurs et on lui confie la construction d'un androïde en Plutonium, mais le savant en profite pour confectionner en secret des copies miniatures de ses Metal Men.
Ses "confrères" donnent vie à trois des Quatre Cavaliers d'Apokolips pour supprimer Black Adam.
De son côté, ne croyant pas à la reconversion de Black Adam, Amanda Waller s'arrrange pour ruiner la réputation d'Osiris en l'attirant dans un traquenard où il est filmé en train de tuer un adversaire. Le film fait la "Une" des journaux télévisés et provoque un scandale.
Comme une malédiction, en réponse au drame causé par Osiris, une pluie acide s'abat sur le Kahndaq. Convaincu qu'il est responsable de cette calamité, Osiris demande à Captain Marvel de lui ôter ses pouvoirs mais Isis et Black Adam le ramènent au Kahndaq.
Sobek manipule Osiris pour qu'il reprenne sa forme mortelle d'Amon et le dévore, révèlant qu'il n'est autre que le Quatrième Cavalier d'Apokolips, la Famine. Les trois autres Cavaliers attaquent Black Adam et Isis, qui est empoisonné par la Pestilence et meurt après avoir obtenu d'Adam qu'il les venge, elle et son frère.
Fou de rage, Black Adam dévaste le
Bialya, pays où sont basés les Quatre Cavaliers, et les extermine sans pitié, en s'acharnant sur la population civile. Puis il attaque l'île d'Oolong mais les savants le capturent et l'emprisonnent.
La JSA prend l'île d'assaut pour arrêter Adam et les scientifiques, mais Adam s'échappe et sème la terreur et la désolation tout autour du globe, tuant plusieurs surhumains qui veulent lui barrer la route.
Les super-héros unissent leurs forces pour maîtriser Black Adam et permettre à Captain Marvel de lui retirer ses pouvoirs, après avoir convaincu le panthéon égyptien de le re-transformer en son alter-ego humain Teth-Adam : il errera désormais comme un vagabond, incapable de se rappeler la formule magique "Shazam".

Batwoman :
- La Question et Montoya se rendent chez Richard Dragon à Nanda Parbat, où Renee apprend que Vic Sage se meurt d'un cancer et veut qu'elle prenne sa succession. Après avoir découvert dans la Bible du Crime une prophétie impliquant le sacrifice de Batwoman, ils la rejoignent pour lutter contre Intergang à Gotham city.
Mais l'état de santé de la Question empire et Montoya le ramène à Nanda Parbat dans l'espoir de lui sauver la vie. Pendant ce temps, Intergang découvre l'identité secrète de Batwoman, qui est la richissime Kathy Kane et l'enlève pour la sacrifier selon la prophétie.
Vic Sage mort, Montoya sous le masque de la Question contacte Nightwing et un espion inflitré au sein d'Intergang, Kyle Abbot, pour sauver Batwoman. Hélas ! Elle ne peut empêcher le caïd Bruno Mannheim de blesser Kathy Kane avec une dague lors de la messe noire qu'il dirige. La jeune femme survit quand même et, après s'être rétablie, remarque le Bat-Signal activé par Montoya pour inciter Batwoman à reprendre du service.

Rip Hunter :
- Aux trousses de Rip Hunter et Booster Gold dans la Zone Fantôme, le redoutable Mister Mind se trouve en fait dans le corps métallique de Skeets, dont il s'est servi comme d'un cocon pour se métamorphoser en un gigantesque et monstrueux dévoreur du Temps.
Rip Hunter et Booster s'enfuient à la fin de l'Infinite Crisis où ils assistent à la création secrète de 52 univers parallèles identiques, que Mister Mind tente de consommer.
Daniel Carter réapparaît comme le nouveau Supernova et sauve Hunter et Booster, restaurant du même coup le processus spatio-temporel de la Zone Fantôme. Mister Mind altère le cours des évènements des 52 universes, créant ainsi de nouvelles histoires et de nouveaux status quo pour chacun d'entre eux.
Booster et Supernova piègent Mister Mind dans la capsule de Skeets et le renvoient dans le passé, un an avant, où il est capturé par le Dr. Sivana, prisonnier d'une booucle temporelle pour l'éternité.
Hunter, Booster et Supernova s'entendent pour garder secrète l'existence du multiverse restauré tandis que Will Magnus répare Skeets d'après une copie qu'il en avait faite.

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Avant d'aller plus loin, on peut ajouter ceci : en parallèle à la 50ème semaine, une mini-série en 4 volets intitulée World War III dépeignit la bataille opposant la communauté des super-héros contre Black Adam. On y assistait à la transformation d'Aquaman en Seigneur des Profondeurs, au changement de physionomie du Martian Manhunter, à la reconversion de Donna Troy, au retour de Supergirl à notre époque, au nouveau rôle de Jason Todd comme Nightwing, et à la déchéance maléfique de Cassandra Cain aux côtés de Deathstroke. Cette production est un complèment dispensable à 52, même si elle permet de comprendre les modifications subies par ses personnages par la suite.

Une comparaison à la fois facile et éloquente pour apprécier cette épopée ? Pensez à la série télé Lost : dans les deux cas, bien que le média et la confection soient différents, on se trouve dans ce qu'on appelle le "méta-folklore", c'est-à-dire un objet artistique référentielle, qui fonctionne justement en multipliant les clins d'oeil et en semant des indices discrets. Le procédé est extrèmement ludique car on peut apprécier l'ensemble sans pour autant connâitre tout ce à quoi il se rapporte, et en étant attentif ou tout bonnement joueur, vous aurez le plaisir d'embarquer pour une destination inattendue et vous vous rendrez compte que tout ce dont vous aviez besoin pour saisir l'histoire était sous vos yeux (presque) dès le début.
Le premier atout de 52, c'est justement de nous donner pour guides des personnages de seconde zone : promues au rang d'improbables vedettes de ce feuilleton, elles n'ont pas l'assurance des héros auxquels on est sûr que rien de (vraiment) grave n'arrivera et, en conséquence, le récit gagne en suspense. Il faut d'ailleurs peu de temps pour se familiariser avec ces protagonistes méconnues et les apprécier car les auteurs les précipitent (et nous avec) dans un authentique tourbillon d'évènements, qui ne leur laisse pas le temps (et nous non plus) de réfléchir.
On est donc vite intrigué, ému, amusé, etc, par Booster Gold, l'arriviste sans scrupules au coeur d'un complot énorme ; Black Adam, l'implacable tyran découvrant l'amour ; Ralph Dibny, le veuf inconsolable prêt à tout pour revoir sa bien-aimée ; Steel, aux prises avec sa nièce et le machiavélique Luthor ; Renee Montoya, partagée entre son attirance pour Batwoman et son association avec la Question ; Animal Man, essayant de contrer avec Starfire et Adam Strange une terrible conquérante.

52, c'est une longue marche dans l'univers DC, sans les arbres qui cachent la forêt : écartée la "trinité" (Superman, Batman, Wonder Woman), on redécouvre le frisson en s'inquiétant pour des héros beaucoup moins connus, donc moins protégés, susceptibles d'y passer à tout moment, et dévoilant une psychologie complexe. On s'attache à eux progressivement et cela participe aussi à la bonification de l'ensemble : tout ne nous est pas donné d'entrée de jeu, nous ignorons qui gagnera, qui perdra, qui survivra ou mourra - pour le savoir, il faudra suivre jusqu'à la fin les histoires des protagonistes.

L'autre expérience savoureuse que permet 52, c'est d'apprécier une autre mesure du temps dans la bd : l'histoire s'étirant sur toute une année, peu ou pas d'elllipses, et donc l'opportunité de lire autrement, de goûter à des intrigues initialement parallèles puis qui finissent par converger, se croiser et repartir dans des directions inédites. Cette saga renoue avec la veine du feuilleton, c'est-à-dire d'un récit qu'on est obligé de suivre du début à la fin, qui ne permet pas de sauter un épisode. Plusieurs genres sont ainsi explorés pour enrichir la trame principale et varier les plaisirs : c'est tout à la fois un "soap opera", un mélodrame, un polar, un récit d'aventures, initiatique, fantastique, une série B, un "space opera", une histoire de gangsters, de sociétés secrètes, une métaphore religieuse, une parabole politique, une comédie, une romance, une tragédie... Tout est mouvement, action : vous êtes dans une centrifugeuse, un accélérateur de particules, où tous les délires sont permis pour maintenir votre intérêt éveillé. Et c'est absolument jubilatoire si, là encore, on accepte de se prêter au jeu.

- La clé de la série, c'est le tableau de Rip Hunter que découvre Booster Gold dans le bunker de l'explorateur du temps : y sont inscrits une multitude de données d'abord incompréhensibles mais qui prendront tour leur sens par la suite. Et pour ce qui ne sera pas éclairci, c'est une manière pour les scénaristes de suggérer des pistes possibles pour le futur du "DCverse", comme ds pirouettes narratives qui nous mettent l'eau à la bouche : par exemple, lorsque Will Magnus, avant d'être emmené de force sur l'île d'Oolong, rend visite au savant T.O. Morrow, créateur de Red Tornado (membre de la JLA), qui mentionne d'autres androïdes de son invention (comme Red Volcano) - or, on n'a jamais vu ce Red Volcano nulle part avant ! Mais l'idée qu'il puisse exister a le potentiel d'une future histoire...
Les auteurs se sont amusés à truffer 52 d'éléments de ce genre, et le procédé fut même repris par les éditoriaux de l'éditeur Dan Didio qui adressait (parfois moins subtilement) des messages cachés aux lecteurs de la série. Mais, même sans savoir cela, un examen des héros principaux pouvait mettre la puce à l'oreille et révèler que la reconstitution du Multivers était la clé de cette entreprise.
Ainsi, et bien qu'il apparaisse dans la partie la moins passionnante du récit (le périple spatial en compagnie de Starfire, Adam Strange, Lobo et Lady Styx), Animal Man, personnage cher à Morrison (qui a percé dans les comics US en écrivant sa série), apparaît comme le sésame de 52. Témoin de la réémergence du Multivers, c'est pour cela qu'il est ici traqué avec ses deux acolytes par des mercenaires. Le voyage mouvementé du héros et ses deux amis reproduit des étapes à L'odyssée d'Homère (et cela souligne le fait qu'ils rejouent une pièce déjà écrite, comme les acteurs d'une histoire cyclique) : le trio, par exemple, échoue sur une planète paradisiaque mais gardée par un géant. La référence à la rencontre entre Ulysse et le cyclope Polyphème est manifeste.

- Le périple de Ralph Dibny fonctionne lui aussi en recopiant des motifs de la mythologie : il descend littéralement jusqu'en Enfer pour retrouver Sue, et ce n'était pas encore assez limpide, il finit par démasquer Felix Faust (vilain dont le patronyme est inspiré par le personnage de Goethe, ayant vendu son âme au Diable), coupable d'avoir voulu négocier avec le démon Néron l'âme de Sue contre sa liberté.

- Un dernier exemple encore plus élémentaire de ce procédé serait celui qui consiste à assimiler les Quatre Cavaliers d'Apokolips à ceux de l'Apocalypse et la vengeance dévastatrice de Black Adam contre le monde entier au Jugement Dernier.

On voit donc que le "méta-texte" de 52 est non seulement riche de références aux comics, aux feuilletons télé mais aussi romanesque, aux fables, aux contes, à la mythologie, aux écrits religieux. La série en hérite une profondeur insoupçonnée sous ses apparences de divertissement d'envergure, en explorant les notions de responsabilité (entre John Henry Irons et sa nièce, qui aspire à la gloire héroïque sans les devoirs qu'impose la tâche de rendre la justice), du deuil (avec le calvaire et l'apaisement de Ralph Dibny), de la transcendance (avec la métamorphose d'Animal Man), de la transmission (avec la succession de la Question par Renee Montoya ou de Batman par Batwoman), de l'altruisme (avec l'évolution de Booster Gold passant de l'arrivisme à la prise de conscience de son rôle de sauveur), de la rédemption et de la chute (avec Black Adam que l'amour d'Isis transforme puis que la perte de cet amour renvoie à ses démons)...
En ambitionnant à la fois de réinterpréter les motifs de classiques littéraires, d'évoquer des pans entiers de l'histoire de l'univers DC (spécialement méconnus, mais pour, à l'occasion, en corriger des fautes de goûts - en introduisant par exemple des personnages étrangers plus positifs, comme les super-héros asiatiques, souvent décrits de manière raciste dans le passé) en misant sur un certain cryptage narratif, les scénaristes de 52 fournissent aux lecteurs la matière pour se divertir intelligemment et le prétexte pour se replonger dans d'anciens ouvrages, d'anciens auteurs, dépassant la simple continuité - une invitation finalement pour voyager dans les collections DC tout en offrant des pistes pour le futur à court (le sort des héros de la série et l'issue de celle-ci), moyen (les conséquences de la série sur la production de l'éditeur) et long terme (de nouvelles façons d'élaborer des histoires).

Il y a, on l'a remarqué, une performance éditoriale dans la fabrication même de 52, double performance qui mérite d'être saluée :

- d'abord, avoir réussi à fédérer autour d'un même projet quatre scénaristes prestigieux et doués s'est avéré un formidable atout. On peut reconnaître, dans les principales lignes narratives de la série, la "griffe" de chacun d'entre eux, et d'ailleurs, par la suite, une fois la publication achevée, certains ont précisé sur quels points ils avaient particulièrement aimé travailler.
Ainsi, Mark Waid s'est consacré au chemin de croix de Ralph Dibny, lui conférant une force émotionnelle poignante, et aux rapports compliqués entre Steel, Natasha et Luthor.
Geoff Johns a pris en mains les commandes de Booster Gold, auquel il donnera même sa série après 52 (conservant et développant son partenariat avec Rip Hunter pour en faire des "correcteurs" de la continuité), et Black Adam (qui intervenait déjà dans JSA).
Greg Rucka s'est investi en recréant Batwoman, qui aura aussi droit à sa série, et en traitant de la relation entre Renee Montoya avec la Question.
Grant Morrison a imprimé sa marque sur les mésaventures cosmiques d'Animal Man, Adam Strange et Starfire.
Mais alors qu'on aurait pu penser que des personnalités aussi affirmées ne se complèteraient que mal ou par intermittences, le contraire s'est produit et c'est la cohérence de l'ensemble qui impressionne le plus. Les lignes narratives principales sont distinctes, mais forment quand même un ensemble harmonieux, chaque rebondissement se produisant sans chevaucher le suivant, sans créer de parasitage ou de saturation. La lecture et la grille sur laquelle sont disposées les intrigues est d'une accessibilité et d'une efficacité exemplaires, compte tenu du nombre de personnages, de décors, d'actions, d'enjeux. Et à cet égard l'ultime épisode opère une synthèse assez bluffante, en précisant des points effleurés au début ou en cours de route et en ne freinant pas l'allure.

Est-ce à dire que tout était parfaitement programmé dès le début ? Ce serait exagéré et illusoire, ne serait-ce qu'en tenant compte du rythme de diffusion de la série (en cas d'insuccès, DC aurait sûrement revu ses plans et l'histoire en aurait été singulièrement modifiée) et en sachant que les quatre scénaristes étaient également engagés sur d'autres séries publiées en même temps (qui ont d'ailleurs souffert du planning de leurs auteurs).
On a su aussi, ensuite, que Morrison, Johns, Rucka et Waid avaient changé certaines données en cours d'écriture :

- par exemple, Skeets n'était pas le méchant initial de l'histoire (ce qui laisse imaginer combien la saga aurait pu être différente) ;
- certains personnages n'ont pas été aussi complètement développés que voulu (comme les Great Ten chinois) ;
- et d'autres encore auraient dû occuper une place plus conséquente (notamment les héros revenus sur Terre au début, comme Hawkgirl transformée en géante)...

Mais les circonstances et le "hasard" ont été cléments avec l'équipe rédactionnelle, qui a pu poser d'autres éléments employés après 52, comme la dissolution (temporaire) de la JSA, l'utilisation d'Infinity Inc. (référence à une ancienne équipe formée par les descendants de la JSA), l'éclosion de Batwoman, l'émergence de Booster Gold, l'allusion aux Metal Men.
*
"Quatre pilotes" ? En vérité, il y en avait cinq, et il serait injuste d'oublier la contribution décisive de Keith Giffen dans ce projet : c'est en effet à ce vétéran des comics que toute la (colossale) partie graphique fut confiée. Représentez-vous l'énormité de son labeur pour donner une unité visuelle, sinon esthétique, à ces 52 épisodes produits à raison d'un par semaine : il lui a fallu storyboarder chaque chapitre puis diriger un défilé d'artistes aux sensibilités et aux styles très différents exécutant les illlustrations dans ce cadre imposé !

Parmi tous les collaborateurs de Giffen, évoquons Dale Eaglesham, Joe Bennett, Todd Nauck, Darick Robertson, Justianino, Mike McKone, Eddy Barrows, Chris Batista, Shawn Moll, Jack Jadson, Pat Oliffe, Drew Johnson, Phil Jimenez, Dan Jurgens, Jamal Igle, Andy Smith, et Giuseppe Camuncoli pour se faire une idée de l'accomplissement de cette tâche : tous ne sont pas de grands graphistes, mais leur dévouement et leur ponctualité ont permis à ce navire d'arriver à bon port, sans retard - autant dire un exploit !

Et bien sûr, il y a enfin les sublimes couvertures signées J.G. Jones : lorsqu'on a suivi la série en fascicules, en étalant parterre ces 52 exemplaires, on peut admirer cette fantastique galerie d'images, parfois d'une beauté sidérante, parfois drôles, parfois inquiétantes, parfois conçues comme des hommages à des affiches de films ou à d'anciennes covers de comics, et peintes avec une magnifique maîtrise technique, élaborées avec une intelligence émérite (ce sont à la fois des résumés de chaque volet et des invitations irrésistibles pour la suite). Bravo et chapeau !
*
Pour conclure, j'aimerai revenir sur le fameux laboratoire Rip Hunter découvert par Booster Gold (lors de la "Semaine 6"), et dont les détails sont autant de passerelles pour ce qui a précédé et ce qui suit. Voilà ce que j'en ai retenu et qui pourra guider d'autres lecteurs :

- 1/ un globe géant porte l'inscription d'un "X" rouge puis des mots "World War III? Why? HOW?";
- 2/ des notes dispersées un peu partout dans le bunker indiquent qu'il y a un problème avec le cours du temps et le nombre 52 figure de manière proéminente dans ces écrits ;
- 3/ plusieurs de ces écritures font référence, de manière parfois nébuleuses, à l'univers DC, ses évènements et ses personnages (parfois inconnus même à l'époque dont provient Booster) ;
- 4/ une multitude d'horloges, de réveils est arrêtée à l'heure de 12:52 (00:52) ;
- 5/ des écrans montrent des images de Rosa Parks, Abraham Lincoln, d'un vaisseau arborant le drapeau des Templiers, d'Elvis Presley, d'une "tea party" à Boston, et d'un dinosaure ;
- 6/ d'autres papiers sur le sol portent le nom de titres de séries annulées par DC, dont celle d'Infinity, Inc., Casey the Cop, et Silverblade ;
- 7/ toujours parterre, un livre intitulé "Who's Who", avec le logo d'une série DC du même nom, et deux notes : "FIND THE SUN DEVILS" et "What is spanner's galaxy?" (Sun Devils et Spanner's Galaxy sont des titres de deux maxi-séries des années 80) ;
- 8/ plusieurs tableaux noirs sont couverts d'indices, dont le plus évident est la phrase : "TIME IS BROKEN". Dans son ultime semaine, où nous assistons à la renaissance du Multivers, Booster Gold se désole de cette "cassure temporelle", mais Rip Hunter le rassure en lui expliquant que finalement chaque chose est quand même à sa place.
- 9/ Le nombre 52 encerclé est présent en plusieurs endroits sur ces tableaux, et les cercles entourant ce nombre se chevauchent parfois : ce symbole des cercles qui se chevauchent avait déjà été utilisé dans le passé par DC pour représenter les Terres alternatives, ou les Terres parallèles qui fusionnaient (comme dans Infinite Crisis).
- 10/ La question "Dead by lead?" se rapporte, dans le "DCverse", à la race Daxamite, particulièrement vulnérable au poison : ainsi, dans le contexte pré-Crisis, le Daxamite Mon-El était un héros du XXème siècle que Superman avait envoyé dans la Zone Fantôme pour une durée de mille ans après qu'il ait été empoisonné. Ce personnage réapparut après Infinite Crisis dans la série Supergirl et la Légion des Super-Héros.
- 11/ L'autre interrogation "The four horsemen will end her rain?" fait écho à une mention du maléfique Chang Tzu et ses Quatre Cavaliers d'Apokolips, et le fait qu'Isis provoque des orages pour exprimer sa tristesse. Plus tard, lorsqu'Intergang active les Quatre Cavaliers, une pluie acide s'abat sur le Kahndaq, et la Pestilence tue Isis quatre semaines après le début de ce déluge.
- 12/ La formule "He won't smell it." se rapporte au flair légendaire de Ralph Dibny pour sentir un mystère.
- 13/ "Find the last 'El' " fait bien sûr référence au nom de famille de plusieurs kryptoniens comme Superman (Kal-El) and Supergirl (Kara Zor-El). Au terme d'Infinite Crisis, Supergirl était renvoyée au XXXIème siècle pour y rejoindre la Légion des Super-Héros. C'était aussi le nom du Superboy version pré-Crisis Superboy, également membre de la Légion, un millier d'années dans son propre futur. Par ailleurs, Conner Kent s'appelait en réalité Kon-El, et fut lui aussi un Légionnaire.
- 14/ "MAN OF STEEL" est l'autre surnom donné à Superman, également attribué à John Henry Irons à cause de son armure métallique puis de sa peau qui se transforme en acier durant 52.
- 15/ La suite "Sonic disruptors --> Time Masters --> Time Servants" concerne directement Rip Hunter, désigné dans le "DCverse" comme "Maître du Temps", et induit qu'il existerait des "Esclaves du Temps". Sonic disruptors était le titre d'une série annulée par DC. Rip Hunter avait offert à divers super-vilains spécialisés dans les voyages temporels un moyen de se repentir en devenant des "Maîtres du Temps" et en l'aidant à contrecarrer les plans de Skeets.
- 16/ "Tornado is in pieces" signifie, comme on le découvre dans la série, que Red Tornado a été démantelé lors d'un combat dans l'espace.
- 17/ "It hurts to breathe" se réfère au cancer des poumons qui ronge la Question.
- 18/ "Where is the Curry Heir?" concerne une des histoires labellisée "One Year Later" où un personnage appelé Arthur Curry ressemble à Aquaman. (L'Aquaman original est devenu le Seigneur des Profondeurs, comme on peut le voir dans la mini-série, reliée à 52, World War III.)
-19/ "Who is Supernova?" fait écho à la 37ème semaine de la série où on apprend que Supernova est la nouvelle identité de Booster Gold - Booster étant dès lors incarné par son ancêtre Daniel Carter.
-20/ "Where is the Batman?" nous ramène un mois après Infinite Crisis lorsque Batman, Robin et Nightwing décident de partir en voyage autour du monde pendant un an - l'année des évènements relatés dans 52.
- 21/ "Who is the Batwoman ?" désigne Kate Kane, la nouvelle Batwoman, qui apparaît lors de la 11ème semaine.
- 22/ "Who is Diana Prince?" désigne le pélerinage de Wonder Woman, alias Diana Prince, à Nanda Parbat, en pleine quête identitaire. Après cela, l'amazone deviendra un agent secret.
- 23/ "SECRET FIVE!" fait référence à la mini-série Secret Six (de Gail Simone et Dale Eaglesham), publiée avant Infinite Crisis. Cette équipe de vilains refusant d'intégrer la Société des Super-Vilains de Lex Luthor comptera un temps dans ses rangs le Châpelier Fou, qui sera ensuite remplacé par Harley Quinn, puis par Bane.
- 24/ "World War III? Why? HOW?" fait écho à la guerre vengeresse menée à la fin de 52 par Black Adam où périront plusieurs héros.
- 25/ "IMMORTAL SAVAGE" désigne le malfaisant Vandal Savage, qui a passé l'année décrite dans 52 dans l'espace, et qui, à son retour sur Terre, découvre qu'il a perdu son immortalité.
- 26/ "Someone is monitoring. They see us. They see me." indique le retour de Monitor.
- 27/ "When am I?" est la question que se pose Skeets lorsqu'il traque Rip Hunter (il demande au Waverider "when is Rip Hunter?" pour le localiser).
- 28/ "I'm not Kryptonite." se réfère bien sûr à la Kryptonite, minerai auquel est vulnérable Superman. Dans 52, le "Culte de Conner", la secte vouée à la résurrection de Superboy, uutilise la "Kryptonite Rouge" dans un rituel préliminaire devant ressuciter Sue Dibny. Il est ultérieurement révèlé que son effet est un artifice de Felix Faust.
- 29/ "I'm supposed to be dead?"est une question posée dans la "back-up" L'Histoire de l'Univers DC, quand Donna Troy et l'intelligence artificielle chargée d'enregistrer cette rétrospective achèvent leur revue des évènements. L'enregistreur et un des nouveaux Monitors révèlent à Donna que la ligne du temps a divergé et que, normalement, elle devrait être morte à la place de Jade, la fille d'Alan Scott qui s'est sacrifiée pour Kyle Rayner.
*

Voilà tout ce que je pouvais en dire. Maintenant, n'hésitez pas à vous procurer les 4 recueils rassemblant l'intégralité de cette saga : plus de 1200 pages de bonheur vous attendent, donc n'ayez pas peur !

mercredi 17 juin 2009

Critique 62 : DC COUNTDOWN & INFINITE CRISIS, de Geoff Johns et Phil Jimenez

(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 1, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 1, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 2, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 2, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 3, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 3, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 4, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 4, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 5, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 5, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 6, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 6, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 7, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 7, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture de Countdown to Infinite Crisis,
par Jim Lee et Alex Ross)

Suite des analyses des crossovers DC : après l'historique Crisis on Infinite Earths (1985), qui avait redéfini la continuité de cet univers en mettant fin au concept du Multivers, et Zero Hour (1995), qui tenta d'unifier les lignes temporelles, 2005 vit une nouvelle révolution s'effectuer, remettant en cause les oeuvres de Wolfman et Jurgens.
Le terrain fut préparé par Identity Crisis, questionnement brutal sur la vulnérabilité des super-héros. Mais ce n'était qu'une mise en bouche avant un nouveau grand chambardement, dont les effets allaient être durablement sensibles, engendrant bien des débats sur son opportunité...
Avant de se pencher sur le cas si épineux qu'allait incarner Infinite Crisis, il faut parler de DC Countdown, soit comme le précisait la couverture le compte à rebours vers Infinite Crisis. Countdown to Infinite Crisis est un substantiel récit complet qui marqua le démarrage officiel de la saga à venir.
Aussitôt mis en vente, aussitôt épuisé ! Ce prologue mit l'eau à la bouche du lectorat de manière fulgurante : il faut dire que la couverture (dessinéee par Jim Lee et peinte par Alex Ross) avait de quoi accrocher les curieux. On y voit Batman portant un cadavre - mais qui est la victime dans les bras du "Dark Knight" ? Et qui l'a tué ? Dans quelles circonstances ?
Lors du second tirage de la revue, l'identité du défunt fut révèlée et suggérait un récit dramatique à souhait, prémice d'une nouvelle et importante crise.
Countdown... compte exceptionnellement 80 pages - l'opus étant vendu un dollar, on comprend mieux son triomphe. Créativement, c'était aussi un livre spécial, écrit conjointement par Geoff Johns, Greg Rucka et Judd Winick, chacun s'occupant d'un chapitre, lequel était illustré par un artiste et un encreur différents - parmi lesquels Rags Morales, Jesus Saiz, Ivan Reis, Phil Jimenez et Ed Benes.
*
Blue Beetle s'introduit dans un endroit inconnu et on découvre en flash-backs ce qui l'y a conduit, en revenant quatre jours avant.
Tout avait commencé lorsqu'Oracle
(Barbara Gordon) lui avait appris que des fonds étaient détournés de ses comptes. Avec l'aide de Booster Gold, Blue Beetle rencontre une vieille connaissance, Maxwell Lord, mais qui ne prête pas attention à ce qu'il lui raconte.
Le héros va ensuite voir Batman, visiblement occupé par une autre affaire, et évoque avec lui le satellite Brother One, en ignorant que c'est un engin conçu par le "Dark Knight" pour surveiller la JLA (après les évènements d'Identity crisis).
Le lendemain, Blue Beetle avertit ses amis héros d'un vol de kryptonite
dans un de ses entrepôts, mais l'affaire n'intéresse visiblement pas ses partenaires, qui ne trouvent aucun indice sur place pour identifier les cambrioleurs. Une fois seul, il est attaqué par les Madmen, avant de recevoir le renfort providentiel de Booster Gold.
Ailleurs, un groupe de vilains dirigé par par Lex Luthor, avec le Dr Psycho, Talia al Ghul, Deathstroke, Black Adam, Calculator et Dr Light, complotent (on saura quoi en lisant la mini-série Villains United).
Booster Gold et Blue Beetle effectuent des recherches informatiques pour retracer la fuite de l'argent volé mais un éclair frappe l'ordinateur sur lequel ils travaillent et blesse gravement Booster.
Tandis qu'on emmène ce dernier à l'hôpital, Beetle découvre que le scarabée qu'il a hérité de son prédécesseur s'illumine. Il se rend à Fawcett city pour consulter Captain Marvel, mais le scarabée le transporte jusque dans le repaire du sorcier Shazam. Celui-ci récupère le talisman, explique que Captain Marvel est occupé ailleurs (ainsi qu'on le découvrira dans la mini-série Day of vengeance) et congédie son visiteur.
Blue Beetle est blessé quand, de retour dans la réalité, son vaisseau explose devant lui. Il est soigné à bord du satellite de la Ligue de Justice et veillé par Wonder Woman
, soucieuse de l'enquête qu'il mène et lui demandant de la tenir au courant de son évolution. Il quitte la base peu après alors que le Martian manhunter reçoit un message d'Adam Strange en difficulté sur la planète Rann (à suivre dans la mini-série The Rann-Thanagar war).
Livré à lui-même, accablé par l'absence de soutien de la JLA, Blue Beetle découvre alors par hasard un émetteur dans ses lunettes : il reconnaît, là, la technologie de Skeets, le robot-archiviste du XVème siècle qui accompagnait Booster Gold.
En remontant la piste du signal de cet émetteur, Beetle aboutit à un château dans les Alpes Suisses, où se situe le quartier général de l'organistation de contre-espionnage des nations-unies, Checkmate - là où il s'est introduit au début du récit.
Il y découvre une base de données contenant des dossiers sur tous les super-héros et des liens avec d'autres sociétés (projet Cadmus, S.T.A.R. Labs, D.E.O., projet M, Progene Tech, Escadron suicide). C'est alors qu'il est surpris par Maxwell Lord, désormais aux commandes de Checkmate, dont il veut se servir pour neutraliser la communauté méta-humaine.
Beetle tente de s'échapper mais il est stoppé par un OMAC. Lord lui propose une alliance mais devant son refus, l'abat froidement d'une balle dans la tête !
*
Ce prélude est un modèle d'efficacité narrative : on est tout de suite happé par l'intrigue car le sort du héros, qui n'est ni une vedette ni un justicier invulnérable, est incertain. Dès le départ, sa situation est des plus fragiles : quasiment ruiné, esseulé, il perd rapidement son seul soutien. Malgré tout, il poursuit sa quête, découvrant une vérité qui le dépasse, contre laquelle il se rebelle, mais contre laquelle aussi il ne peut visiblement pas grand'chose. Sa mort devient inéluctable : nous y assistons, impuissants, et la brutalité de son exécution nous laisse pantelants.
DC Countdown est le trait d'union entre Identity Crisis (de Brad Meltzer et Rags Moralès) et Infinite Crisis : on y voit comment Batman, ayant retrouvé peu à peu ses souvenirs (que Zatanna avait effacés après que le "Dark Knight" ait surpris certains de ses collègues de la JLA en train de manipuler la mémoire de Dr Light, qui venait de violer Sue Dibny, la femme d'Elogated Man), a mis en orbite un satellite pour surveiller les super-héros. Ce même satellite est désormais contrôlé par Maxwell Lord, cadre d'une organisation de contre-espionnage, Checkmate (auquel une série sera consacrée), et celui-ci entreprend de se débarrasser des justiciers. Le retournement de situation est aussi inquiétant qu'efficace.
Batman se retrouve dans la peau de l'homme qui a créé l'instrument dont la découverte causera la perte de son acolyte Blue Beetle ! Identity Crisis était l'histoire d'une crise intérieure, interne, révélant la vulnérabilité des héros dont les proches étaient le talon d'Achille. Infinite Crisis sera l'histoire d'une crise extérieure, débordant du cadre intime des héros, et questionnant les notions mêmes d'héroïsme, de responsabilité, de la légitimité su statut de ces héros.
On reconnait dans Countdown to Infinite Crisis la "patte" de ses auteurs : le sens du spectacle de Geoff Johns, de la "detective story" de Greg Rucka, et des dialogues rythmés de Judd Winick. La conjugaison de ces trois talents explique qu'on ne s'ennuie pas en lisant ce récit, qui promettait beaucoup pour la saga à venir et ouvrait la voie à quatre histoires explorant d'autres aspects du contexte (dont les deux meilleures furent OMAC Project, par Rucka et Saiz, et Villains United, par Gail Simone et Dale Eaglesham).
*
Graphiquement, la diversité des styles peut dérouter, mais on a quand même affaire à des artistes d'un excellent niveau : c'est un plaisir de retrouver Rags Moralés qui avait fait des merveilles sur Identity Crisis, Phil Jimenez s'applique sans vraiment se forcer, Jesus Saiz signe des planches élégantes, Ivan Reis est un peu bridé par un encrage décevant (dû Marc Campos), et Ed Benes emballe son segment efficacement.
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Bref, c'est une réussite : un avant-programme alléchant. L'essai allait-il être transformé ?

(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis, par Phil Jimenez)

Infinite Crisis est une mini-série en 7 chapitres, publiée à partir d'Octobre 2005 - chaque numéro sortit en deux versions, l'une avec une couverture par George Perez, l’autre par Jim Lee.
Infinite Crisis
se présente comme la suite de Zero Hour, sorti en 1994, et son influence s'est faite sentir dans d'autres séries (régulières ou provisoires) : l'histoire revient sur le sort de quelques personnages apparus dans Crisis on infinite earths et ambitionne de rétablir le concept du Multivers. C'est ainsi que des versions alternatives de héros du "golden age"(comme le Superman de Terre II) sont réapparues, 20 ans après s'être éclipsées.
*
Au centre de cette saga, Geoff Johns interroge la nature même de l’héroïsme, celle des justiciers traditionnels par rapport à celle des héros modernes, plus noirs et plus tourmentés - depuis la révolution instaurée par des titres mythiques comme Watchmen et Batman : The Dark Knight Returns.
En mars 2006, DC a fait subir un saut dans le temps à toutes ses séries, correspondant à l'année "perdue" après les évènements d'Infinite Crisis : cette béance temporelle allait fournir la matière à un projet gigantesque sous la forme d'une parution hébodomadaire, à partir de Mai 2006, intitulée 52.
Dan Didio, l’éditeur en chef de DC Comics, a expliqué qu’Infinite Crisis était en préparation depuis deux ans avant sa sortie : ceci justifiait des indices annonçant sa réalisation, à commencer par la "mort" de Donna Troy (membre des Teen Titans). Puis des titres, tous écrits par Geoff Johns, confirmèrent l'imminence de l'évènement (il fallait suivre Teen Titans, Flash et JSA).
Dès lors, des auteurs comme Johns mais aussi Grant Morrison et Mark Waid (qu'on allait retrouver, avec Greg Rucka, aux commandes de 52) furent impliqués dans la politique éditoriale de DC Comics, afin de donner une plus grande cohérence dramaturgique à l'entreprise. En fait, plus qu'une refonte de la production maison, Infinite Crisis marquait la résurgence des crossovers des années 80 et 90, avant que la crise commerciale et artistique ait failli couler l’industrie des comics.
Pour amorcer la saga, à partir de mars 2005, 4 mini-séries, The OMAC project, The Rann-Thanagar war, Day of vengeance et Villains united, plus le n° spécial sur le retour de Donna Troy, furent lancées avec des surtitres énumérant le compte à rebours avant le début de l'histoire.
Une fois lancée, Infinite Crisis affecta profondèment d'autres séries, les annexant pour composer une fresque totale bien plus vaste : ainsi, le story-arc Crisis of Conscience de la JLA dévoilait la destruction de la base de l'équipe.

*

C'est justement à la suite de la destruction du Q.G. de la JLA que commence vraiment Infinite Crisis, dans un climat de tension extrème où le monde doit affronter plusieurs menaces. De la dimension parallèle (où ils s'étaient réfugiés à la fin de Crisis on Infinite Earths) s'échappent Loïs Lane et Kal-L (de Terre II), Alexander Luthor et Superboy-prime.
Kal-L croit que la santé de Lois se rétablira si elle revient dans son monde natal et compte la remplacer par la Lois de Terre I. Kal-L sollicite l'aide de Batman en lui expliquant que la vilainie propre aux habitants de Terre I est à l'origine de la méfiance et l’hostilité du "Dark Knight" à leur égard. Mais Batman refuse de soutenir le projet de Kal-L, et il apprendra plus tard que c’est Superboy-Prime qui a détruit la base de la JLA.
Alexander Luthor révèle à Power Girl, cousine de Kal-L (et comme lui rescapée de Terre II), qu’avec Superboy-Prime ils ont abandonné leur refuge dimensionnel et, en utilisant ce qui restait de l’Anti-Monitor, a kidnappé des héros et des vilains venant d’autres univers (dont Power Girl) pour redonner vie à Terre II.
Superboy-Prime agresse sauvagement Conner Kent, alias Superboy de Terre I : durant cette affrontement, il tue de nombreux héros mais Flash et Kid Flash le neutralisent en l'attirant dans la "speed force", où d'autres bolides résident. N'ayant pas participé à cette manoeuvre, Jay Garrick déclare ensuite que la Force Véloce a cessé d'exister désormais.
Ambitionnant de crér un monde parfait, Alexander Luthor reproduit les mondes parallèles. Pour la Lois Lane de Terre II, c'est trop tard : Kal-L, rendu fou par la perte de sa bien-aimée, s'en prend à Superman et il faut l'intervention de Wonder Woman pour le raisonner. Bart Allen (devenu adulte et vêtu du costume de Flash II) resurgit de la speed force et annonce que Superboy-Prime s'en est échappé. Protégé par une armure avec laquelle il absorbe les rayons solaires, il est en outre plus puissant que jamais.
Batman manoeuvres ses OMACs (batterie d'androïdes) pour détruire son satellite Brother Eye, dont Maxwell Lord avait pris le contrôle. Alexander Luthor produit la fusion de plusieurs terres parallèles dans l'espoir de créer son monde "parfait" mais Firestorm parvient à l'en empêcher. Conner Kent et Superboy-Prime ravagent lors de leur duel la tour construite par Alexander et les terres multiples se "fondent" en une nouvelle Terre. Conner agonise dans les bras de Wonder Girl.
Une meute de super-vilains en profite alors pour envahir Metropolis et en réponse, plusieurs héros interviennent. Tout à sa folie meurtrière, Superboy-Prime entreprend alors de mettre fin à l'existence d'Oa, ce qui provoquera la fin de l'univers tout entier : gardiens de cette planète, de nombreux Green Lanterns trouvent la mort en tentant de l'arrêter. Kal-L et Superman entraînent alors Superboy-Prime vers Krypton, dont le soleil de Krypton a raison de son armure. Puis sur Mogo, la planète vivante membre du Green Lantern Corps, Kal-El maîtrise enfin Superboy-Prime en se sacrifiant. Sa cousine, Power Girl, receuille son dernier souffle.
Sur Terre, Batman souhaite exécuter Alexander Luthor mais Wonder Woman s'y oppose. Il s’enfuit alors mais tombe sur Lex Luthor et le Joker, qui le tue.
Wonder Woman, Batman, et Superman se retrouvent plus tard à Gotham. L'aventure a laissé des traces sur la "trinité", dont chacun des membres décident de quitter la scène. Pour Diane l'amazone, c'est un voyage à la recherche d’elle-même qui commence. Pour Bruce wayne, c'est le début d'un pélerinage autour du monde, en compagnie de Dick Grayson et Tim Drake. Pour Clark Kent, désormais privé de ses pouvoirs, c'est l'expérience d'une vie normale de simple humain qui l'attend.
Le Green Lantern corps
, quant à lui, emprisonne Superboy-Prime dans un dévoreur de soleil rouge.
*

Avant de procéder à la critique de l'intrigue principale, il convient d'ajouter que les conséquences de cette saga ont été détaillées dans plusieurs mini-séries, de qualité (et d'intérêt) variable(s) comme Crisis aftermath : the battle for Blüdhaven et Crisis aftermath : the Spectre. Le label "One year later" sera apposé à la plupart des titres suite à la publication de Infinite Crisis 5, signifiant que l'action se déroule donc un an plus tard. En raison de ce saut dans le temps, plusieurs séries furent interrompues (Gotham central) ou relancées (Wonder Woman, Flash).
En outre, Infinite Crisis se sera distingué par divers hommages référentiels à l’histoire de DC : comme dans Crisis on Infinite Earths, Kal-L pleure la mort de "sa" Loïs Lane comme Superman pleura la fin de Supergirl ; le dialogue entre Jay Garrick et Bart Allen reproduit celui du même Garrick avec Wally West et on retrouve le ciel rouge de la saga de Wolfman (un gimmick qui est devenu une vraie signature).
Bon, maintenant, quid de la qualité propre d'Infinite Crisis ? Ce crossover aura agité bien des lecteurs, fans ou simples amateurs de DC. Ce qui est certain, c'est que ce n'est pas l'histoire idéale pour découvrir cet univers, tant ses références à Crisis on Infinite Earths sont nombreuses et ses ramifications multiples. La finalité même de cette saga prête à la controverse dans la mesure où on revient à la situation du "DCverse" pré-Crisis : 20 ans après, balayer ainsi les efforts de Wolfman pour remettre de l'ordre dans tout ça, c'est un peu cavalier et exaspérant. Il semble évident que les concertations de Johns, Grant Morrison et Dan Didio ne visaient qu'à ça : restaurer un modèle permettant de re-jouer avec les mondes parallèles, les réalités alternatives - quitte à embrouiller tout le monde...
Cependant, on ne peut reprocher à Geoff Johns sa volonté de produire un récit où l'action ne manque pas, quitte à tomber dans une surenchère certaine : la brutalité est explosive, à la mesure de la tension dans laquelle baignent les protagonistes au début du crossover. On n'est pas surpris par cette irruption de violence mais on peut être saturé par sa durée et la démence qui s'empare de Superboy-Prime, devenant une machine à tuer. C'est un brin "too much" et c'est dommage, de la part d'un auteur qui, certes, n'a jamais été timide sur ce plan-là mais pêche par trop de complaisance.
Cette brutalité atteint d'ailleurs la lisibilité même du récit, ponctué parfois d'ellipses dérangeantes puis s'attardant sur des affrontements spectaculaires mais envahissants. Il y a une sorte d'incompatibilité entre le style et les intentions : Wolfman avait très bien su gérer cette difficulté, privilègiant le souffle de son épopée à la personnalité de l'écriture. Johns sait faire rebondir son histoire mais peine à lui donner de l'ampleur en lui imposant des climax successifs qu'on n'a pas le temps de digérer. Dans Identity Crisis, Meltzer imprimait à son récit un tempo bien mieux maîtrisé, avec un projet aux dimensions finalement plus modestes. En s'aventurant dans des péripéties cosmico-inter-dimensionnelles, Johns se perd et nous perd. Dommage.
Néanmoins, il existe un évident aspect "défouloir" dans Infinite Crisis, pour les mêmes raisons qui en déterminent les limites. Cette avalanche de batailles épiques, de duels à mort, de dilemmes tranchés à grands coups, ce manque même de subtilité a quelque chose de jouissif, presque de régressif. Ce n'est définitivement pas une grande oeuvre mais c'est un divertissement assurèment musclé, proche de l'absurde et du grotesque, qui a un côté amusant - même s'il s'y joue des passages tragiques (la mort de Connor, de Loïs Lane de Terre II, la séparation finale de la "trinité" et donc la dissolution de la Justice League).
*
Un sentiment similaire est inspiré par la partie visuelle, qui voit se succèder et parfois se mêler des talents aussi sûrs que divers. Phil Jimenez n'ayant pu tenir les délais, on lui adjoint d'autres dessinateurs pour boucler les épisodes après le n°3. De ce point de vue, DC a choisi des "rustines" en or puisque George Pérez (le mentor de Jimenez et artiste mythique de la première Crise), Jerry Ordway (déjà de la partie sur COIE et Zero Hour, un habitué donc) et Ivan Reis sont venus jouer les renforts.
Même si leurs styles ajoutées produisent parfois de curieux effets, surtout avec Ordway et Reis dont les registres ne sont pas similaires à ceux de Pérez et Jimenez, on a quand même droit à des planches de toute beauté, restituant toute l'intensité de cette épopée et correspondant à son ton baroque. Andy Lanning et Ordway (encore !) ont aussi contribué, par leur encrage, à donner le plus de cohérence possible à cet improbable amalgame de talents, plus forts individuellement que collectivement.
*
En définitive, la morale de cette entreprise au résultat inégal ressemble à celle qui découla de Zero Hour : le meilleur restait à venir. De la composition inaboutie, maladroite, frustrante, d' Infinite Crisis allait naître un projet bien plus énorme, fou et pourtant réussi, avec la série hebdomadaire 52. Comme si la suite du programme légitimait son institution : un peu curieux comme façon de faire, mais tout compte fait, 7 chapitres tordus pour en dispenser 52 autres passionnants, ce n'est pas si mal..

lundi 6 avril 2009

Critique 14 : VILLAINS UNITED, de Gail Simone, Dale Eaglesham et Val Semeiks

Villains United est une série limitée en six épisodes, écrite par Gail Simone, illustrée par Dale Eaglesham, et publiée par DC Comics 2005. A cause de problèmes de santé, Eaglesham fut suppléé par Val Semeiks sur le 3ème épisode (Von Grawbadger fut, lui, remplacé par Prentis Rollins).
Cette mini-série fait partie avec The OMAC Project, Day of Vengeance et Rann-Thanagar war des productions précédant la production du crossover Infinite Crisis.
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L'histoire suit l'évolution de la dernière incarnation de la bande de super-vilains appelée les Secret Six, qui vont refuser de participer aux machinations de plusieurs autres malfrats réunis par Lex Luthor pour former la Société secrète des super-vilains.
Depuis plusieurs mois, le Président des Etats-Unis Lex Luthor a employé ses ressources pour composer une armée contre les superhéros. Cette coalition compte désormais deux cents membres, rassemblés autour de six chefs : Luthor, Talia Al Ghul, Dr Psycho, Deathstroke, Black Adam et Calculator. Mais tous les hors-la-loi n'acceptent pas d'intégrer l'organisation. Ainsi, un des ennemis de Batman, Catman préfére rejoindre une équipe dissidente réunie par le mystérieux Mockingbird et au sein de laquelle se trouvent déjà Cheshire, Deadshot, Scandal, Ragdoll et Parademon. Ils se posent comme de farouches opposants à la nouvelle Société Secrète des Super-Vilains.
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La révèlation centrale du livre concerne bien entendu l'identité de Mockingbird : il s'agit de Lex Luthor, ou devrait-on dire du "vrai" Luthor puisqu'il est avéré que celui qui est aux commandes de la Société Secréte des Super-Vilains est un sosie et un imposteur.
Mockingbird/Luthor n'a en effet pas choisi ses Secret Six par hasard, chacun possédant la connaissance et l'expérience des adversaires les plus coriaces de la Société : Catman sait tout de Batman et de ses ennemis ; Deadshot est issu de la Suicide squad ; Parademon vient d'Apokolips ; Ragdoll est le fils d'un des membres de l'Injustice society ; Scandal est la fille de Vandal Savage ; and Cheshire a combattu avec d'autres les Teen Titans.C'est à Scandal, dont il a fait son porte-parole, que Mockingbird/Luthor révèlera qu'il n'a jamais mis en danger les familles et enfants des Six.
Et c'est encore Mockingbird/Luthor qui délivre l'équipe de son alliance avec lui lorsqu'elle décide d'affronter la Société.
En revanche, ce qui trahit l'imposture du faux Luthor, à la tête de la Société, c'est lorsqu'(apparemment) il tue Pariah (souvenez-vous : c'était le témoin impuissant et maudit qui assistait à la fin des mondes dans Crisis on Infinite Earths) : celui-ci sait que son plan est voué à l'échec et menace de le démasquer. Il est donc (semble-t-il, car cela n'est pas clairement montré) exécuté pour être réduit au silence.
On le voit, le scénario de Gail Simone est bâti sur le thème du secret avec beaucoup d'ingéniosité, et je me suis totalement laissé prendre au jeu, ne devinant pas avant qu'elle le veuille bien où elle voulait m'embarquer.L'auteur a aussi pour elle, il faut le souligner, un sens épatant pour alterner des scènes calmes aux dialogues finement ciselés, avec un humour ironique jubilatoire, donnant du relief aux situations et aux personnages (pour la plupart, des seconds couteaux de DC dont le charisme se révèle de façon aussi inattendue que remarquable), et des séquences d'action spectaculaires, tendues, tout aussi enthousiasmantes.
Le choix d'un récit articulé autour de vilains reprenait et annonçait à la fois d'autres productions : chez DC, la Suicide Squad ; plus récemment chez Marvel, les Thunderbolts. La formule, à défaut d'être originale, est en en tout cas spécialement bien traîtée, l'histoire se déroulant sur un rythme soutenu avec une intrigue riche en rebondissements.
De ce strict point de vue, Villains United est une série B qui vaut bien des titres plus prestigieux, mais souvent moins divertissants, et d'ailleurs le concept a inspiré une suite, avec un groupe remanié.
Plus globalement, au sein des tie-in d'Infinite Crisis, c'est aussi abouti et réussi que The OMAC Project en jouant sur un registre différent.
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Graphiquement, le projet est également diablement attrayant : c'est là que j'ai découvert Dale Eaglesham et déjà j'étais impressionné par la densité de ses planches, le soin incroyable qu'il apportait à chaque détail - expressivité des personnages, dynamisme du découpage... C'est un pur régal !
Le seul bémol de cette entreprise concerne l'intérim de Val Semeiks sur l'épisode 3, dont le style, en plus d'être médiocre, gâche la belle unité esthétique de la série : sur ce coup, l'éditeur aurait certainement pu trouver un remplaçant de meilleure qualité...
Mais on oublie cette déconvenue avec les couvertures signées par l'excellent J.G. Jones (futur auteur de celles de 52), parmi ses plus réussies, et dont émane une énergie accrocheuse.
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Bref, n'hésitez pas à vous procurer cet appendice à Infinite Crisis : c'est aussi décalé que pétaradant !