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jeudi 10 août 2023

SUPERMAN ANNUAL 2023, de Joshua Williamson, Mahmud Asrar, Edwin Galmon, Caitlin Yarsky, Max Raynor et Jack Herbert


C'est un généreux Annual d'une quarantaine de pages que Joshua Williamson a écrit. Et en ligne de mire, le scénariste annonce un event concernant Superman pour 2024. Entouré de pas moins de cinq artistes, il centre davantage son récit sur Lois Lane qui veut découvrir les secrets de Metropolis à la lumière des situations traversées par Superman récemment.


Ainsi, alors que Superman affronte Toyman, Lois Lane, pour apporter un regard neuf aux reportages du "Daily Planet", décide de confier à des journalistes des sujets qui ne sont pas leur spécialité habituelle. De la visite des locaux de SuperCorp à celle de la prison de Ryker's Island en passant par une patrouille avec le nouveau chef de la police... Sans oublier les nouvelles manigances du Dr. Pharma et de Mr. Graft.


Signe indéniable que la méthode Joshua Williamson fonctionne sur Superman, DC va centrer un event l'an prochain autour du kryptonien, ce qui n'a pas dû arriver depuis un bail. Pour le scénariste, ce sera une saga de plus, puisque, l'an dernier, il était aux commandes de Dark Crisis et cet été il pilote Knights Terror.


Dans la série Superman qu'il anime depuis le Printemps, Joshua Williamson s'est aligné sur le statu quo post-Dark Crisis qui veut montrer une image positive des héros. Superman y a scelle une alliance inattendue avec Lex Luthor qui a mis à sa disposition ses immenses moyens bien qu'il soit en prison.
 

Evidemment, ce deal a son revers : Lex a, grâce au sacrifice du magicien Manchester Black, effacé du souvenir de la population que Superman était Clark Kent. Seuls ses proches s'en souviennent, ceux qui se risqueraient à faire des recherches à ce sujet pourraient mourir.
 

Mais dans l'ombre deux nouveaux méchants conspirent pour reprendre le contrôle de Metropolis : Dr. Pharma  et Mr. Graft ont affronté Lex quand il est arrivé en ville et qu'il en était l'unique justicier. Par ailleurs une mystérieuse nouvelle protectrice est apparue en la personne de Marilyn Moonlight, sans que nul ne sache si elle soutient Superman.

Lois Lane est piquée au vif par tous ces événements. Désormais rédactrice en chef du "Daily Planet", en l'absence de Perry White, elle va entreprendre une enquête. Mais ce jour-là, alors que Toyman affronte Superman, elle doit d'abord envoyer ses reporters sur le terrain et attribue à chacun d'eux une mission sans rapport avec sa spécialité, afin de trouver des angles neufs. Elle-même va retourner sur le terrain.

Joshua Williamson découpe donc cet Annual en plusieurs segments correspondant aux reportages des journalistes du "Daily Planet". On visite les locaux de SuperCorp en compagnie de Jimmy Olsen et Lisa Lombard pour découvrir que Parasite y a trouvé un emploi. On suit Cat Grant dans la voiture de patrouille du chef Kekoa, nouvellement promu à la tête de la police, et elle en profite pour décrocher une interview de Marilyn Moonlight qui arrête deux braqueurs. 

Lois Lane va interroger Livewire mais Red Cloud tente de s'échapper au même moment. Ce passage fait plaisir à ceux qui, comme moi, avaient apprécié le run de Brian Michael Bendis sur Superman et Action Comics puisqu'elle était une de ses (meilleures) créations.

Mais le plus intéressant se trouve dans le dernier tiers de l'Annual. Superman découvre que les marionnettes de Toyman n'étaient pas sous le contrôle de Winslow Schott mais de Dr. Pharma et Mr. Graft, toujours à l'attaquer indirectement. Et ces deux-là détiennent Lobo dont le sang et le facteur régénérant les intriguent.

Mieux encore : Lois qui a envoyé deux de ses reporters fouiller les archives du journal découvre avec Clark Kent des secrets liant Perry White et Lex Luthor. Et On aperçoit même un vilain bien connu du Man of Steel dans les toutes dernières pages...

Pour ceux qui doutaient encore que Williamson avait un plan bien tracé pour Superman, après avoir lu cet Annual, on mesure à quel point le scénariste sait où il va. Malgré les révélations distribuées ici, il reste encore pas mal d'éléments à creuser. D'une certaine manière, Williamson explore Metropolis et ses figures emblématiques, anciennes et nouvelles, à la manière d'un Scott Snyder quand il était le pilote de Batman (durant les New 52). Toutefois ici, pas de Cour des Hiboux, mais quelque chose qui me paraît plus fluide et diversifié. Et une question : et si Superman/Clark Kent cachait aussi des choses, combien de temps avant qu'une investigatrice chevronnée comme Lois Lane ne le découvre ?

Visuellement, alors que les cinq artistes convoqués oeuvrent dans des styles très différents, ce qui fait la qualité de l'ouvrage, c'est la répartition des pages que chacun a illustrées. Mahmud Asrar ouvre et ferme la marche et il faut bien reconnaître qu'on l'a connu meilleur. Depuis son arrivée chez DC, le dessinateur turc ne fait pas vraiment d'étincelles, à l'image de la couverture, comme s'il avait du mal à s'approprier ces personnages et leur univers.

Le segment signé Edwin Galmon n'est guère plus concluant : je ne suis pas très fans de ce dessin numérisé à l'extrême. En revanche, les pages suivantes par Caitlin Yarsky sont superbes, notamment cette double page qui montre un plan en coupe de SuperCorp très détaillé.

Max Raynor est également très bon pour la scène à Ryker's Island et le combat qu'il met en scène entre Livewire et Red Cloud a une belle énergie. Jack Herbert lui succède pour le morceau incluant Marilyn Moonlight, dans une veine très réaliste : si donner le visage de Christopher Reeve à Superman est un clin d'oeil dont je me serai passé (n'étant pas fan de ce procédé qui consiste à donner des visages d'acteurs ou de vedettes à des héros de papier), Marilyn Moonlight possède toujours ce design magnifique créé par Jamal Campbell.

Ce serait une erreur de passer à côté de cet Annual, même s'il paraît un peu au mauvais moment, après le cliffhanger choc de Superman #5. 2023 a été jusque-là une très bonne année pour le kryptonien et 2024 promet aussi énormément.

mercredi 21 juin 2023

SUPERMAN #5, de Joshua Williamson et Jamal Campbell


Dernier épisode "normal" de Superman avant la pause estivale consacrée à Knight Terrors et Joshua Williamson nous épargne une chute en relation avec son event. Il n'empêche que la conclusion de ce chapitre va vous laisser sans voix. Jamal Campbell livre une nouvelle prestation de haut vol.



Silver Banshee a perdu le contrôle de ses pouvoirs à cause du Dr. Pharm et Mr. Craft. Jimmy Olsen convainc Superman de la maîtriser sans lui faire de mal. Ceci étant réglé, Superman part à la recherche des deux savants fous dans les catacombes de Metropolis avant de passer une soirée au calme avec Lois...


Je ne vais pas répéter que je trouve dommage que la série doive d'interrompre pendant deux mois, même si je le pense. En revanche, je peux dire que Joshua Williamson laisse le lecteur sur un cliffhanger de fou, qui donne vraiment envie d'être là en Septembre prochain.


Le scénariste conduit son histoire de manière formidable, et chaque nouvel épisode est une occasion de se réjouir de ce qu'il fait avec Superman, en respectant la charte de Dawn of DC, c'est-à-dire rompre avec la sinistrose ambiante - même si ça ne signifie pas que tout va bien pour nos héros.


Non, ce qui séduit, c'est le style, la conduite. Joshua Williamson a fait le pari, toujours casse-gueule, de demander au lecteur un peu de temps avant de lui révéler où il comptait en venir et au bout de cinq épisodes, le plan commence à s'afficher de manière plus claire et avec beaucoup d'arguments positifs.

Il est toujours délicat d'inventer de nouveaux ennemis à un super-héros qui affiche une collection d'adversaires charismatiques. On peut déjà se demander quelle sera la pérennité de ces méchants inédits, leur efficacité. Et ensuite si la menace qu'ils représentent sera pertinente et sensible. On comprend avec cet épisode que Pharm et Craft cochent toutes ces cases.

Ensuite, il y a le plan de ces méchants. Et là, on touche à ce qui commence à faire la valeur de ce début de run. Parce qu'après un premier arc très court avec le Parasite, et un deuxième pas plus long avec Silver Banshee, Williamson a mis en place quelque chose de très malin et qui est logiquement amené à être développé.

Il y a l'intrigue du dessus, la plus visible, avec donc Pharm et Craft, les vilains de Superman dont ils dérèglent les pouvoirs pour des attaques éclair, et puis il y a ce qu'on peut appeler l'intrigue du dessous, celle qui est suggérée, avec Lex Luthor, dont Pharm et Craft veulent se venger grâce aux ennemis de Superman mais aussi en insinuant que Luthor a des cadavres dans ses placards (le "project : chained", une accroche efficace car on ignore de quoi il s'agit mais qui attise notre curiosité).

Difficile d'en dire plus sans spoiler, mais ce qu'on saisit, c'est que le Parasite d'abord et ensuite Silver Banshee ne sont pas choisis au hasard : chacun peut affaiblir Superman de manière localisée, précise. Et dans le cas de Silver Banshee, cela a des conséquences terribles et immédiates, à la fois pour Superman mais aussi, surtout pour Lex. Rien que pour ça, ce qu'a entrepris Williamson dans ses cinq premiers épisodes (qui forment le contenu du premier recueil vo qui sortira en Septembre), c'est très malin.

En ce qui concerne donc le subplot autour de Lex, le scénariste insiste bien sur l'ambiguïté qu'il y a à considérer le personnage comme un vilain repenti, voulant désormais collaborer avec Superman, et à qui Superman est prêt à donner une nouvelle chance. Par exemple, alors que Superman tente de maîtriser Silver Banshee, Mercy Graves arrive sur le théâtre du combat avec une arme conçue par SuperCorp capable de neutraliser la vilaine. Superman s'étonne qu'il y ait une arme déjà prête pour elle et refuse de s'en servir (parce qu'il ne veut pas blesser Silver Banshee) puis la détruit.

Lorsque, plus tard, Superman est face à Pharm et Craft (ou du moins face à leurs hologrammes), il s'emporte, jurant qu'il va mettre fin à leurs expériences. Puis quand il entend parler du "project : chained", d'un énième secret de Lex, il est troublé. Pourtant, lorsque Lois lui demande s'il est bien sûr de, malgré tout, vouloir donner sa chance à Lex, Superman, fidèle à son credo bienveillant, campe sur ses positions : il subsiste beaucoup d'interrogations au sujet de Luthor, qu'il entend bien résoudre, mais oui, il continue de faire confiance jusqu'à nouvel ordre à Lex. Très logique par rapport au personnage et très bien traduit.

Jamal Campbell réalise l'entièreté de l'épisode et produit des planches superbes, bourrées d'inventions visuelles. Ce qui impressionne, c'est sa manière de représenter les pouvoirs de Silver Banshee, qui sont soniques. Plutôt que de tout miser sur les onomatopées, il cherche des équivalences graphiques permettant au lecteur d'éprouver la puissance déréglée de la jeune femme et comment elle peut impacter même un être aussi fort, endurant que Superman.

Le découpage très dynamique repose essentiellement sur des cases de dimensions généreuses pour que l'artiste compose ses plans avec le maximum d'amplitude, notamment quand Superman et Jimmy Olsen, équipé d'un jet-pack de SuperCorp, poursuivent Silver Banshee dans le ciel de Metropolis alors qu'elle fuit non pas pour leur échapper mais pour éviter de les blesser.

On remarque d'ailleurs que Campbell s'emploie à dessiner Jimmy Olsen à la fois en respectant l'image qu'on a du personnage mais en le modernisant subtilement, notamment avec sa coupe de cheveux, mais aussi sa tenue vestimentaire. Idem avec Lois qu'il rend subtilement sexy sans négliger son aspect toujours chic. Ces petits détails accumulés donnent à la série une touche à la fois rétro (avec Superman/Clark) et contemporaine (avec Lois, Jimmy), subtile mais remarquable.

Campbell sera supplée en Septembre par Gleb Melnikov pour l'épisode 6 mais j'espère qu'il reviendra dès le 7 car il apporte énormément et sa complicité avec Williamson est impeccable. Rendez-vous donc en Septembre pour un nouvel arc très prometteur.

jeudi 18 mai 2023

SUPERMAN #4, de Joshua Williamson, Jamal Campbell et Nick Dragotta


Où on a la confirmation que Joshua Williamson travaille sur le long terme : dans ce quatrième épisode de Superman, le scénariste qui a bouclé son premier arc en seulement trois épisodes développe quelque chose de bigrement excitant. Ce mois-ci, Jamal Campbell reçoit le renfort de l'excellent Nick Dragotta, dont l'intégration est intelligemment faite.


Superman rend visite à Lex Luthor en prison avec la conviction que si leur association fonctionne bien, son ancien ennemi continue de lui cacher des choses. Et si le kryptonien n'avait pas été le premier héros de Metropolis ? Et que les premiers ennemis de Luthor étaient responsables de ce qui s'est passé avec le Parasite - et maintenant avec Silver Banshee ?


Joshua Williamson a réussi quelque chose que peu parviennent à faire avec moi : j'aimai bien ce qu'il écrivait en indé avec une série comme Ghosted (parue il y a dix ans chez Image Comics), puis il m'a déçu avec pas mal de ces productions chez DC, avant que je ne sois séduit par sa mini Rogues récemment et maintenant avec Superman.
 

J'étais perplexe et méfiant quand je l'ai vu être promu nouveau grand architecte du DCU et je n'attendais pas grand-chose de sa reprise de Superman, que j'ai tentée d'abord pour les dessins de Jamal Campbell. Mais là le doute n'est plus permis : c'est très bon et très prometteur.


Pour un peu, il serait plus juste de nommer cette série Superman et Luthor car les deux sont vraiment au coeur de l'histoire. Williamson a basé tout son projet sur cette idée a priori farfelue : faire du man of steel et de sa némésis deux partenaires, complémentaires. Et pourtant, Lex a joué un sale tour à Superman en rendant à nouveau sa double identité secrète (pour la plupart des gens), faisant également en sorte que ceux qui chercheraient à percer le secret risquent d'en mourir.

Mais contre toute attente, ça marche. Et vraiment bien ! Car Williamson ne se contente pas d'une astuce facile du genre Superman = les muscles et Luthor = le cerveau. Non, les deux sont sur un pied d'égalité et leur relation devient plus nuancée, plus imprévisible aussi. Luthor croupit en prison et met à la disposition de Superman ses énormes moyens (SuperCorp).

Dans le premier arc, on a fait brièvement connaissance avec deux savants fous, frères, le Dr. Pharma et Graft, qui ont utilisé le Parasite pour tester le tandem Luthor-Superman. Cette fois, dès le début de cet épisode, Graft enlève Silver Banshee pour en faire à nouveau une arme contre le héros. Et justement Superman a l'intuition que Lex ne lui a pas tout dit. Il a raison et Luthor consent enfin à en dire plus.

Les meilleures idées sont les plus simples : si vous voulez, en tant que scénariste, "retconner" un l'histoire d'une série, mieux vaut ne pas en faire trop et être direct. Ainsi, Williamson imagine que Lex étant arrivé à Metropolis avant Superman en était le premier héros et c'est ainsi qu'il a croisé la route de Pharma et Graft à l'époque où il kidnappait des sdf pour des expériences. Parvenus à un niveau supérieur dans leurs recherches, ils procèdent de même aujourd'hui avec des ennemis de Superman qu'ils attaquent en espérant toucher Luthor et faire main basse sur la ville.

C'est palpitant, mené à une allure soutenue. Le rapport entre Lex et Superman est superbement décrit, la méfiance du kryptonien, la suffisance de Luthor, la compréhension de la nécessité de collaborer. Et Williamson trouve de la place pour ne pas oublier des éléments semés dans les trois premiers épisodes (avec une mention à Marilyn Moonlight). Cela n'a l'air de rien mais à une époque où si peu d'auteurs savent construire des subplots, quand il y en a un qui sait le faire, c'est un régal.

Jamal Campbell ne fatigue pas : il réalise la grande majorité des pages de l'épisode avec ce mélange d'élégance, de punch et de maîtrise. J'aime vraiment beaucoup son Superman, qui n'a pas peur de ne pas être complétement classiquement réaliste. L'artiste se joue des codes avec finesse pour que son découpage épouse la puissance tranquille de son héros, avec des couleurs lumineuses. C'est ça, la marque de fabrique du Dawn of DC et j'apprécie.

Que fait Nick Dragotta alors ? Hé bien, il s'occupe de quatre pages, correspondant au flashback dans lequel on découvre Lex plus jeune, arrivant à Metropolis et ambitionnant d'en devenir le protecteur face à Pharma et Graft. Voilà comment tout editor devrait utiliser un artiste invité : en lui confiant une partie de l'épisode bien spécifique qui tranche avec ce que réalise l'artiste titulaire parce que ça colle avec ce que l'histoire raconte. En l'occurrence, un aperçu du passé qui, s'il avait été illustré par Campbell, n'aurait pas dépareillé, mais qui, dessiné par Dragotta, marque une rupture graphique bienvenue.

Dragotta a lui aussi un style particulier, qui souligne des exagérations dans les proportions, les expressions, encadrées par un découpage nerveux. S'il a beaucoup oeuvré en indé ces dernières années (avec la série East of West, écrite par Jonathan Hickman, chez Image), c'est un plaisir de le relire sur du mainstream et j'aimerai qu'il revienne sur une série régulière à plein temps.

L'un dans l'autre, il n'y a rien à redire à cet épisode. Cette relance de Superman est une franche réussite, une lecture jouissive, pleine de promesses, qui résume parfaitement ce que veut être Dawn of DC.

jeudi 20 avril 2023

SUPERMAN #3, de Joshua Williamson et Jamal Campbell


Alors qu'on fête le 85ème anniversaire de la première parution de Superman (dans les pages d'Action Comics), Joshua Williamson et Jamal Campbell achèvent déjà le premier arc du relaunch qu'ils ont initié sous la bannière Dawn of DC. A l'image de ce récit rondement mené, cet épisode fonce pied au plancher tout en ayant mis en place un subplot accrocheur amené à se développer dès le mois prochain.



Superman, contaminé par le Parasite et ses clones, libère Lex Luthor de sa cellule de prison, dépassé par la situation. Ils délivrent également Livewire et partent pour le siège de SuperCorp où ils attirent tous les clones de Parasite et ce dernier afin de le piéger...


Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça n'a pas traîné. On n'est plus habitué à ces arcs narratifs courts, mais Joshua Williamson a imprimé sa marque ainsi sur cette relance de Superman, avec efficacité et ingéniosité.
 

D'aucuns pourront dire que c'est limite expédié, précipité, mais en vérité l'histoire arrive à son terme sans être bâclé, et ayant posé de nombreuses choses, qui redéfinissent le titre et son héros. Williamson a en effet donné une dynamique nouvelle (sinon inédite ?) à la série en s'appuyant pourtant sur Superman lui-même et son ennemi de toujours, lex Luthor.
  

Ce qui est amusant, c'est que, au même moment, chez Marvel, on assiste à un mouvement semblable entre Spider-Man et Norman Osborn. Mais ici, c'est dès le départ que Williamson instaure cette relation en s'inspirant d'une situation mise en place non par lui mais par Philip Kennedy Johnson dans Action Comics.

Car, je le rappelle, Lex Luthor a torturé et tué le magicien Manchester Black pour jeter un sort au monde entier. Désormais, plus personne ne se souvient que Superman est Clark Kent et ceux qui chercheraient à relier les deux individus en mourront. Seuls quelques personnes savent encore qui est l'alter ego du kryptonien (sa femme Lois Lane, son fils, la Super-family, Batman...). Luthor n'a pas échafaudé ce plan pour tuer mais pour protéger le man of steel, convaincu qu'en ayant dévoilé son identité secrète, il s'est  trop exposé et que c'est de Superman que le monde a besoin.

Malgré tout, Superman a fait enfermer Luthor. Mais celui-ci n'en est pas resté là car il est aussi persuadé que Superman a besoin d'être soutenu dans ses efforts : la Lexcorp est devenue la SuperCorp, avec un personnel et des moyens énormes à sa disposition. Evidemment Supes se méfie...

Avec cette bataille contre le Parasite dont une bande de savants fous a tiré des milliers de clones miniatures, le héros de Metropolis a été testé et surtout, comme l'escomptaient ces conspirateurs, a dû se rapprocher de Lex pour l'emporter. A la fin de l'épisode, on comprend deux choses essentielles : Lex sait que ce qui vient de se passer avec le Parasite n'est qu'un avant-goût de menaces plus grandes et que le vrai méchant derrière tout ça prépare effectivement la suite.

Williamson établit un rapport complexe et captivant entre Luthor et Superman, où, pour la première fois peut-être, on sent que le premier ne cherche pas à piéger le second mais bien à nouer une alliance pour un bénéfice commun et supérieur (car Lex comme Supes veut protéger Metropolis). C'est un peu comme si demain Daredevil collaborait avec le Caïd sans que celui-ci ne veuille sa mort ou que Norman Osborn aidait Spider-Man sans arrière-pensée. J'aime bien ce concept qui fait, pour le coup, du très bon neuf avec du très ancien.

Et puis Williamson a élaboré un vrai bon subplot, comme, là encore, on n'en a plus l'habitude. Ce Doctor Pharm, son frère et leurs complices manoeuvrent dans l'ombre de manière intelligente, comme lorsque Jason Wyngarde/le Cerveau complotait pour asservir Jean Grey dans la saga du Phénix noir dans X-Men. J'ignore sir le scénariste fera aussi bien que Claremont, sur une aussi longue durée, avec un dénouement aussi spectaculaire, mais avec un personnage comme Superman, sa rogue gallery, sa nouvelle relation avec Luthor, il y a moyen de réussir quelque chose de très fort.

En plus, Williamson a avec lui un dessinateur de très bon niveau : Jamal Campbell fait partie de ces nouveaux talents qui ont le potentiel pour devenir une star. Il est productif (pas autant que Byrne avec Claremont, mais au moins il tient les délais), il a une technique très solide, un style identifiable.

Ses planches ont l'énergie requise pour cette narration au rythme soutenu, qui fait la part belle à l'action mais nécessite aussi de l'expressivité. Campbell flirte avec le cartoony dans sa représentation de Clark Kent, qu'il représente massif et profondément humain. Quand il passe à Superman, il n'a pas besoin de jouer la carte sombre que les films de Snyder ont voulu imprimer au héros et qui a parfois déteint sur les comics (même si les runs de Peter J. Tomasi et de Brian Michael Bendis avaient déjà une tonalité positive). Toutefois, Superman par Campbell a une sorte de rondeur que ne lui avaient pas donné dans leurs dessins Patrick Gleason, Doug Mahnke ou Ivan Reis, sans doute par Campbell assume aussi la colorisation et dose son trait en fonction. Même si c'est donc un rendu plus numérique que ses prédécesseurs, le résultat n'est jamais froid ou artificiel.

Pour moi, donc, c'est un sans faute. J'espère que ça va continuer comme ça, et je ne vois pas de raison pour que ça change. Williamson comme Campbell ont l'air d'être lancés avec une vision claire et nette du héros, de la série. Et je pense plus aboutie, plus originale aussi que dans Action Comics. L'octogénaire kryptonien a encore de beaux jours devant lui.

vendredi 24 mars 2023

SUPERMAN #2, de Joshua Williamson et Jaml Campbell


J'avais adoré le premier épisode de ce relaunch de Superman et, confiant, j'attendais avec impatience de lire le suivant. Joshua Williamson ne déçoit pas : on retrouve toutes les qualités de son interprétation du man of steel dans une succession de scènes trépidantes, au milieu de laquelle il introduit un personnage inédit. Quant à Jamal Campbell, sa production est remarquable, aussi énergique que superbe.


Superman est entre les mains d'une bande de savants fous après avoir été maîtrisé par des clones de Parasite, et ses ennemis sont résolus à profiter de la détention de Lex Luthor pour mettre la main sur Metropolis.... Avant cela, Superman s'est échiné à contenir la prolifération des clones, a fait la connaissance de la mystérieuse Marilyn Moonlight et découvert le triste sort de son épouse, Lois Lane...


Alors qu'une réédition remastérisée du cartoon des studios Fleischer (1941-1942) va bientôt être à nouveau disponible (et croyez-moi quand je vous affirme que ça n'a pas pris une ride), le Superman de Joshua Williamson et Jamal Campbell semble renouer avec l'âge d'or de ces épisodes animés.
 

D'ailleurs, il y a dans le trait, dans la manière qu'a Jamal Campbell de représenter le kryptonien comme une ressemblance troublante avec Superman dans les cartoons (pas spécialement celui des Fleischer, qui a davantage inspiré Steve Rude, mais du character's designer Sean Galloway). Il est en tout en rondeur, plus massif que sculpturalement musclé, bonhomme.


A l'image de ce qu'ambitionne Joshua Williamson, il est évident que cette série donne (ou redonne) aux fans une image de Superman en rupture avec celui qu'a voulu imposer Zack Snyder et la majorité des auteurs qui l'ont animé depuis un bail.

Et vous savez quoi ? Hé bien, ça fait un bien fou. Williamson paraît d'ailleurs avoir, avec les autres auteurs phares de DC actuellement, convenu qu'après les Crisis successives, il était temps, dans cette époque troublée, de refaire lire des histoires où les héros incarnent quelque chose de positif, de sympathique, voire de léger. Ce qui ne signifie pas niais, mièvre ou naïf.

L'intrigue qui s'est mise en route le mois dernier résume ce parti-pris : Superman est de retour à Metropolis après un long séjour dans l'espace à jouer les gladiateurs-libérateurs (lors de la saga Warworld de Philip Kennedy Johnson dans Action Comics, et même avant lors du run de Brian Michael Bendis avec les United Planets et vilains comme Rogol Zaar). Il redevient le champion de cette ville-lumière, lui-même le surhomme bienveillant entre tous.

Mais il est confronté à une menace dont les instigateurs sont un groupe de savants fous qui souhaitent profiter que Lex Luthor est en prison pour prendre le contrôle de la cité. Pour cela, ils ont cloné Parasite, un des ennemis du man of steel, capable de siphonner l'énergie vitale, et les gnomes qu'ils ont créés envahissent désormais tout Metropolis, s'en prenant à tout le monde.

La Super-famille est présente dans l'épisode, ce qui signifie que Williamson coordonne son récit à celui de Kennedy Johnson dans Action Comics, mais le scénariste veille à ce que le kryptonien ne soit pas éclipsé, qu'il reste au coeur du dispositif. C'est sa série, elle porte son nom. Et elle est spectaculaire, avec la panne qui gagne toute la mégalopole, le sort réservé à la rédaction du Daily Planet : Superman est dépassé et on comprend mieux comment il a pu être maîtrisé au point d'être allongé sur une table d'opération, sans connaissance, aux mains du mystérieux Dr. Pharm.

Car le récit est inscrit dans un vaste flashback : la majorité de ce qu'on lit date de quelque heures, Superman est déjà vaincu. C'est subtilement mis en scène, au point que je ne m'en étais pas tout de suite rendu compte. Et le talent de Williamson est de réussir à nous captiver avec ça, comme quand il introduit un personnage inédit, Marilyn Moonlight, dont on ignore si elle est dans le camp des gentils ou des méchants, mais qui fait une apparition mémorable et suggère que ses origines sont très anciennes.

Visuellement, encore une fois, je ne peux que louer le travail de Jamal Campbell, qui a designé Marilyn Moonlight de manière remarquable, et livre des planches splendides, au dynamisme grisant. Le rythme est soutenu, mais c'est toujours lisible. L'usage de l'infographie, omniprésent, a un rendu très esthétique, l'artiste maîtrise ses outils et les utilise au profit de l'histoire, du coup on n'a pas cette impression, souvent désagréable, de lire quelque chose de trop froid, trop numérique. De toute façon, le problème n'est pas l'ordinateur, mais la manière dont on s'en sert, et Jamal Campbell a d'abord un vrai talent de conteur et de dessinateur, qui ne repose pas sur la machine.

J'adore ce Superman (tout comme Action Comics), son ton, son graphisme. Coup de coeur confirmé !

mercredi 22 février 2023

SUPERMAN #1, de Joshua Williamson et Jamal Campbell


La série Superman est donc relancée au n°1 avec une nouvelle équipe créative à l'occasion de Dawn of DC, le nouveau statu quo issu de Dark Crisis (on Infinite Earths). Joshua Williamson, déjà scénariste de cet event, est aux commandes des aventures en solo du Man of Steel et la couverture ne ment pas quand elle annonce qu'il est Back in action. Avec Jamal Campbell au dessin, on a l'assureance d'une belle BD. Mais surtout ce relaunch est vraiment irrésistible. Mon coup de coeur de la semaine !


Après avoir arrêté Livewire, Superman reprend son identité de Clark Kent pour rentrer au Daily Planet dont Lois Lane, durant le congé sabbatique de Perry White, est la rédactrice-en-chef. Bien que Lex Luthor soit derrière les barreaux, il a réservé une surprise de taille au Man of Steel : désormais Lex Corp s'appelera SuperCorp et tout son personnel et ses équipements seront au service du héros !


Et si, en 2023, DC avait décidé de rendre à Superman toute la place qui luirevient, c'est-à-dire celle de son super-héros le plus emblématique ? Certes, Batman restera toujours le chouchou des fans, mais ce qui frappe, c'est la volonté de restaurer l'image de Superman, jusqu'à l'annonce d'un film Superman Legacy qu'écrit (et réalisera ?) James Giunn (en 2025).


Superman est depuis longtemps un personage que tout le monde cherche à réinventer. Brian Bendis, arrivé chez DC avec tambour et trompette, avait supprimé l'identité secrète de Kal-el, après que Peter J. Tomasi (au tout début de l'ère Rebirth) avait fait comme si tout redémarrait au lendemain de la mort de Superman. Mais où était Superman là-dedans, comment l'aborder sans ces références, comment le rendre à nouveau accessible et attirant ?


C'est à ces questions que Joshua Williamson a entrepris de répondre avec cette relance au n°1 de la série Superman. Tandis que Philip Kennedy Johnson dans Action Comics semble être parti sur une idée impliquant toute la Super-family (avec Supergirl, Jon et Connor Kent, Steel), Williamson, lui, évoque rapidement cette partie-là pour mieux imposer sa direction : sa série sera celle de Superman seul.

Le scénariste s'appuie sur le nouveau statu quo mis en place par Kennedy Johnson : plus personne (ou presque) ne sait que Clark Kent est Superman depuis que Lex Luthor a tué le magicien Manchester Black en le forçant à lancer un sort effaçant de la mémoire collective cette info (et pouvant même tuer ceux qui pourrait essayer de s'en rappeler). Superman a fait incarcérer Luthor pour cela même si ce dernier a juré avoir commis cet acte pour aider le Man of Steel, conscient que le monde avait besoin de lui - mais sans que ses proches soient menacés.

C'est comme si DC avait voulu radicalement effacer le souvenir du run de Bendis surtout. On peut juger le procédé peu élégant. Sauf s'il aboutit à une relance efficace et pérenne. On verra donc. J'ai envie de donner sa chance à Williamson (et Kennedy dont j'ai également beaucoup aimé le dernier n° de Action Comics).

Et si je suis enclin à l'indulgence, c'est pour deux raisons : 1/ il faut bien admettre que le run de Bendis n'a pas été mémorable, en dehors du changement imposé au personnage de Jon Kent (qui a été à la fois une mauvaise chose car elle nous a privés de l'adorable gosse qu'il était, et une bonne chose puisque DC et surtout Tom Taylor ont quand même réussi à exploiter cette situation habilement) ; et 2/ parce que ce premier épisode période Dawn of DC est simplement excellent.

Mieux même : il est irrésistible et c'est assurément mon coup de coeur de la semaine (voire plus). J'ai pris énormément de plaisir à le lire, c'est le Superman que j'aime, que j'avais envie de lire, que je n'espérai pas de la par de Williamson. Il est accessible à tous, il est tonique, lumineux, mouvementé. C'est idéal.

Le twist reposant sur le fait que Luthor veuille aider Superman en allant jusqu'à faire de LexCorp SuperCorp, intégralement au service du héros de Metropolis, est génial. Il redessine la relation entre Kal-el et Luthor en sortant du cliché de leur rivalité (même s'il n'est jamais exclu qu'il s'agisse d'un énième coup fourré de Lex...), mais surtout il donne le ton au reste - un ton résolument positif, feel-good. Et ça fait vraiment du bien.

En ce moment, j'ai envie de lire des comics sympas, entraînants, positive vibrations only. C'est sans doute ce qui me manque chez Marvel où je ne trouve plus trop ça (même si quelquefois il y a de bonnes surprises, comme récemment avec la mini X-terminators), alors que chez DC l'écriture de Nightwing par Tom Taylor, de World's Finest par Mark Waid donnent le "la". Je ne dis pas que tout est rose chez DC, simplement que chez Marvel je ne vois pas d'équivalent à des titres comme ça.

Cela passe aussi par le graphisme et là encore ce nouveau volume de Superman se distingue par son esthétisme. Avoir confié cet icone à Jamal Campbell est épatant. Ce jeune artiste s'est en quelques années imposé comme un dessinateur important chez l'éditeur : remarqué sur la mini-série Far Sector, il a co-créé (avec Brian Bendis et David Walker) Naomi, et là, c'est une forme de consécration pour celui qui est un grand fan de Superman.

Cet amour pour le personnage transpire des pages. Il y a quelque chose de grisant dans sa manière de représenter le surhomme, souriant, confiant, mais aussi terriblement humain. Le reste est à l'avenant : les deux scènes d'action sont incroyablement puissantes. Metropilis brille de mille feux. Les locaux de SuperCorp béneficient des détails d'un niveau élevé que l'infographie, bien dosée, permet. Williamson a par ailleurs l'habitude de parsemer d'indices pour le futur les couvertures qui inaugurent ses runs et donc après Livewire et Parasite dans cet épisode, on devrait voir  bientôt Silver Banshee et Bizarro, des adversaires moins familiers, en tout cas moins fréquents. Et le scénariste avec son dessinateur ont promis des surprises, des nouveautés.

Campbell assume aussi la colorisation de ses planches et c'est essentiel dans le rendu si solaire de l'ensemble. Franchement, qui n'aime pas ce Superman... N'aime pas Superman tout simplement !

J'ai du mal à contenir mon enthousiasme, mais ça fait un tel plaisir de lire un comic-book aussi bien pensé et fait. J'espère que ça va fonctionner et que DC laissera ce relaunch grandir tranquillement (même si c'est vrai que DC soumet moins ses personnages aux diktats des events trop récurrents comme chez Marvel). Dans quelques mois, ça fera un bel album pour une nouvelle collection chez Urban, pour ceux qui préférent attendre la vf.

vendredi 28 octobre 2022

ROGUES #4, de Joshua Williamson et Leomacs


Après quatre mois d'attente, le dernier numéro de Rogues est enfin disponible depuis une semaine. Joshua Williamson achève, c'est le cas de le dire, sa mini-série dans le sang et les larmes, à la manière d'une vraie série noire, radicale, implacable, très violente. Leomacs s'est fait aider par quatre acolytes pour complèter les pages de cet ultime épisode, sans que cela se remarque, et pour conserver au projet son ambition.


Coincés dans la banque de Gorilla City, ce qui reste des Lascars se demande comment en sortir. Captain Cold donne l'enfant de Grodd à sa soeur puis, avant de sortir parlementer, glisse un mot à Heatwave.


Grodd négocie avec Cold : s'il répare le pistolet du Maître des Miroirs et récupère son or, il laissera filer les Lascars. Cold préfère détruire l'arme. Bronze Tiger entraîne Golden Glider vers l'issue de secours.


Grodd ordonne à ses policiers de tuer les Lascars à l'intérieur de la banque. Mais Heatwave qui a couvert le fuite de Bronze Tiger et Golden Glider se fait sauter avec l'immeuble.


Grodd fou de rage affronte Cold et le tabasse. Cold tente de récupérer son fusil mais Grodd le récupère et l'endommage. L'arme se dérègle et explose, tuant le gorille et pétrifiant la ville sous la glace.


Bronze Tiger et Golden Glider regagnent la jungle et rendent le fils de Grodd à sa mère. C'est alors que les agents de la D.E.O. de Cameron Chase interviennent...

Est-ce que ça pouvait finir autrement ? Non si on respecte les codes de la série noire, ce qu'est cette mini-série Rogues. Car Joshua Williamson a beau s'être servi des Lascars, les ennemis de Flash, pour son histoire, en vérité il s'agit depuis le début d'un polar dans les règles de l'art.

La série noire manie les clichés et ce qui fait la différence, c'est le style de l'auteur. On trouve donc un certain nombre de figures imposées dans ce genre de littérature popularisée par de grands noms comme David Goodis, auquel on pense en lisant Rogues. La faune de la série noire, ce sont des gangsters en bout de course qui avancent vers la mort de manière inéluctable en pensant réussir un dernier coup. Le poids de la fatalité dicte les événements et le lecteur observe les efforts vains de ces anti-héros pour y échapper.

Ainsi Captain Cold a-t-il convaincu d'anciens super-vilains retirés de tenter une dernière fois leur chance en leur faisant miroiter un fabuleux pactole, trop beau pour être vrai. Parce qu'ils n'avaient plus rien à perdre ou qu'ils n'en pouvaient plus de leur existence ou qu'ils étaient nostalgiques de leur âge d'or, ils l'ont tous suivi. 

Sa soeur (Golden Glider), son ami (Heatwave), son complice (Bronze Tiger) sont tous ceux qui ont survécu à ce casse impossible à Gorilla City où Gorilla Grodd cachait son trésor et plus encore. En passant, Joshua Williamson a tissé un subplot sur fond de magouilles politiques avec le flic Sam qui rêvait de détrôner le caïd maître de la ville tandis que le bras droit fidèle de ce dernier, Grimm, veillait à ce que la domination de nantis soit préservée en pensant prendre la place de son chef s'il était évincé.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Williamson a fait preuve d'une radicalité bienvenue, sans chercher à sauver qui que ce soit. En cela, il est resté fidèle au genre qu'il a embrassé, même en y incorporant des éléments super-héroïques, davantage là pour épicer le plat que pour honorer le folklore. Et, ce faisant, il a usé à fond des licences permises par le Black Label car nulle part qu'ici une telle intrigue n'aurait pu voir le jour.

On peut interroger les motivations du geste de Captain Cold quand il détruit le pistolet du Maître des Miroirs, refusant le marché que lui propose Gorilla Grodd et condamnant du même coup les Lascars ayant survécu. Williamson refuse toute facilité, ne recourant pas par exemple à une voix-off explicative, préférant laisser au lecteur le choix d'interpréter ce climax avant l'heure. Cold a sans doute agi par orgueil, ne voulant pas offrir à Grodd le plaisir de récupérer son or et d'avoir repris son ascendant. Peut-être aussi s'est-il rendu compte que quitter Gorilla City sans butin, c'était forcément retourner à la vie médiocre qu'il a voulu fuir en s'engageant dans cette aventure, et qu'il fallait mieux mourir avec panache ici que minablement ailleurs. Ou alors a-t-il fait cela mu par une pulsion suicidaire, quitte à entraîner sa soeur, Heatwave et Bronze Tiger dans la tombe.

La série noire emprunte volontiers au western quand il s'agit de donner à ses protagonistes une fin grandiloquente. C'est ainsi qu'on peut envisager le baroud d'honneur de Heatwave qui préfère, lui, ouvertement tuer le maximum d'ennemis en y passant que d'être tué ou fait prisonnier. On a aussi le coeur serré sur la fin quand il s'agit de suivre Golden Glider et Bronze Tiger, mais je m'en tiendrai là pour ne pas vous spoiler.

Leomacs a eu du mal à terminer cette mini-série puisque les crédits mentionnent pas moins de quatre pencilers venus en renfort. On se doit donc de citer Luca Finelli, Adriano Turtulici, Daniele Miano et Federico Tardino. Mais on ne peut pas dire pour autant que leurs contributions soient visibles car chacun s'est visiblement efforcé de se fondre dans le style de Leomacs. 

En vérité, on peut supposer que ces quatre assistants ont dû aider l'artiste principal à compléter les décors, notamment sur des pleines et doubles pages bien fournies. Leomacs produit des scènes brutes, violentes, assez saisissantes, qui traduisent parfaitement l'âpreté des affrontements et le désespoir des actions. La fureur qui gagne Grodd est effrayante et son duel avec Cold est absolument terrible. 

Pourtant il n'y a aucune complaisance, aucun esthétisme flatteur ou séduisant dans ces pages. Les morts sont certes flamboyantes mais surtout affreuses. Ce sont des méchants qui s'entretuent, sans plaisir, sans merci, sans grâce. Ils meurent comme ils ont vécu, par le feu, par les poings, inspirés par l'envie de faire mal, l'ivresse de la rage. Il n'y a aucune grandeur, aucune noblesse dans leurs fins. Et Rogues là encore fait honneur à la série noire où les personnages rencontrent leur destin dans des conditions pathétiques.

Peu client de Williamson d'habitude, il m'a ici épaté et je trouve que ce genre d'entreprise lui convient mieux que ce qu'il écrit dans des publications mainstream. Le mélange d'éléments fantastiques et criminels aboutit à une franche réussite. Et visuellement, ça claque, Leomacs est un artiste bluffant, parfait dans ce genre de parutions parallèles. La version française de Rogues paraîtra chez Urban Comics le 13 Janvier 2023 : retenez cette date si vous voulez lire une mini-série qui vaut le détour.

samedi 16 juillet 2022

ROGUES #3, de Joshua Willaimson et Leomacs


On n'avait plus de nouvelles de Rogues depuis Avril dernier et le quatrième et dernier épisode n'est prévu que pour Septembre. Malgré ces retards, cette mini-série ne déçoit pas et comble même toutes les attentes. Ce troisième chapitre est encore une fois excellement écrit par Joshua Williamson et dessiné par Leomacs, littéralement en feu. 


Captain Cold a été arrêté par Sam Simeon, officier de police de Gorilla City et petit-fils de Gorilla Grodd. Mais il veut se débarrasser de ce dernier et passe un marché avec Leonard Snart pour ça.


Snart et les Lascars attaquent contre la banque de Gorilla City. Tandis que Heatwave, Bronze Tiger, le Charlatan et Golden Glidder restent à l'arrière, Magenta, le Maître des Miroirs et Captain Cold foncent.


Ils atteignent la salle des coffres et découvrent la gigantesque réserve d'or de Grodd. Le Maître des Miroirs ouvre un portail tandis que Magenta y fait passer les lingots.


Mais l'effort tue Magenta. Le Maître des Miroirs accuse Captain Cold de l'avoir sacrifiée sans scrupules et ferme le portail. Grimm lance l'assaut par une entrée secrète et tue le Maître des Miroirs.


Captain Cold s'enfuit, rejoint par ses autres acolytes. Au palais présidentiel, Grodd apprend que les Lascars sont dans la banque et détiennent un otage précieux : son fils nouveau-né !

Même si c'est parfois agaçant d'attendre un épisode, c'est aussi un bon test pour savoir si l'histoire tient le coup et vous reste en mémoire. Et de ce point de vue, Rogues passe brillamment ce test car on replonge dans l'histoire sans difficulté, en se rappelant qui est qui, et où chacun en était la dernière fois où on l'a vu.

Joshua Williamson est vraiment à son meilleur sur cette mini-série dont le format des épisodes, plus long que la normale (une cinquantaine de pages) convient bien à sa narration dense. On sent qu'il en a sous le pied et qu'il a construit un récit solide, riche en péripéties et en rebondissements, avec des personnages forts.

Bien que ce chapitre réserve des moments consistants avec Grodd, Sam Simeon, Grimm, Boka (la femme de Grodd) et Brokk (leur enfant), le scénario ne perd pas de vue que le coeur de la série est bien les Lascars et leur braquage fou. Or, Captain Cold est en mauvaise posture.

Mais première surprise : Simeon est prêt à fournir les plans de la banque où se trouve l'or convoité par les Lascars si Cold et ses complices le débarrassent de Grodd. Cela prend un relief particulier car Williamson, après nous avoir montré que Grodd était toujours ce gorille cruel et brutal, a aussi prouvé qu'il était un mari aimant et un père attentionné.

Lorsque l'assaut de la banque a lieu, on a droit à une longue séquence, qui occupe l'essentiel de l'épisode et qui est un vrai tour de force narratif puisque les Lascars se séparent en deux groupes : le premier se chargeant de neutraliser les agents de sécurité dans la banque et ceux qui se massent à l'extérieur ; et le second qui atteint la salle des coffres et la réserve d'or, effectivement monumentale.

Leomacs impressionne : ses planches ont une énergie incroyable et l'artiste ne lésine pas sur les moyens. Jamais il ne néglige le décor au profit de l'action et les personnages sont formidablement expressifs. On peut lire la jouissance de Golden Glidder, l'assurance de Bronze Tiger, le sadisme de Heatwave, ou l'exubérance du Charlatan, dans un déchaînement de violence.

Il faut bien dire que ça ne rigole plus, les vieux Lascars démontrent qu'ils sont encore redoutables, comme stimulés si près du but. Jusqu'à présent, la série nous les présentait comme des quasi has-been, un peu ridicules, surplombés par la figure de Cold, revanchard. Mais, à présent qu'ils sont dans le feu de l'action, ils sont dessinés comme s'ils retrouvaient leur jeunesse et on constate que leur dangerosité ne s'est pas émoussée.

Pourtant, comme dans tout bon roman noir, tout va vite dégénèrer. La mort de Magenta fait basculer le récit dans une série de règlements de comptes où Cold puis le Charlatan sont dépeints comme des individus ignobles, sans scrupules. La détresse du Maître des Miroirs puis la colère de Golden Glidder produisent des scènes intenses, poignantes, sauvages. Le sang coule. Les passions s'exacerbent.

Leomacs, encore une fois, fait feu de tout bois : son style réaliste mais aux subtiles exagérations souligne ces dérapages successifs et appuient le tragique de la situation du gang des Lascars. Désormais enfermés dans la banque, encerclés, leur or disparu dans la dimension des miroirs, ils découvrent l'origine réelle de la fortune de Grodd (qui est en fait un baron de la drogue) et doivent négocier leur fuite. Pour cela, Cold n'hésite pas à exploiter un nourrisson, le propre fils de Grodd dont la femme se trouvait dans la banque au moment de l'attaque.

Williamson nous réserve donc un final de toute beauté, d'autant que Cameron Chase, la chef du D.E.O., apparaît dans le prologue de l'épisode et découvre que Snart a filé pour Gorilla City. Tout est là pour un bouquet final explosif, que Leomacs illustrera avec sa maestria habituel. Vivement Septembre (en croisant les doigts pour qu'il n'y ait pas de report) !

mardi 10 mai 2022

JUSTICE LEAGUE #75, de Joshua Williamson et Rafa Sandoval


Après avoir hésité pendant deux semaines, je me décide à rédiger la critique de Justice League #75, le dernier épisode de la série après 60 années d'existence. Joshua Williamson enterre donc la Ligue des Justiciers qui doit servir de rampe de lancement à son event, Dark Crisis. Rafael Sandoval dessine ce numéro voué à marquer les mémoires. Mais pour quel résultat ?


Les uns après les autres, les membres de la Justice League sont téléportés dans la Maison des Héros. Le président Superman explique à ses invités qu'une grave crise couve et qu'il a besoin de renforts.


Dr. Multiverse déplace la Justice Incarnate et la Justice League sur les ruines d'un monde dévasté par l'ennemi. Là se trouve Pariah qui explique que le Multivers doit mourir pour renaître purifié.


L'armée Sombre de Pariah surgit et un terrible affrontement débute. Les héros remarquent que leurs adversaires ne se battent comme à leur habitude et pensent en tirer profit.


Cependant, Pariah s'affaire sur la machine qui doit détruire le Multivers. Green Arrow tire une flèche explosive qui endommage l'engin. Mais l'inévitable se produit quand même...


Au Hall de Justice, Jon Kent rejoint Wally West, Naomi, Firestorm et le détective Chimp, sans nouvelles de la Justice League. Lorsque l'unique survivant de l'équipe s'écrase dans l'entrée...

Ne nous leurrons pas, malgré toutes les déclarations sensationnalistes de DC et de Joshua Williamson, il ne s'agit pas de la fin de la Justice League. Un jour prochain, l'équipe reviendra et sa série reparaîtra. Mais pour l'heure, il s'agit de frapper les esprits et de préparer le terrain pour Dark Crisis, le prochain event estival de l'éditeur.

Fot de tout cela, était-il réellement possible de faire croire au lecteur qu'on allait assister littéralement à la "Mort de la Justice League" comme le proclame la couverture de ce n°75 ? Pour examiner cela, il faut évoquer... Jonathan Hickman.

Mine de rien, celui qui fut l'architecte du renouveau des X-Men, en balayant d'un revers de la main la question de la mort des mutants (et des super-héros en général en fait), a complètement ruiné le jeu des comics. Pour le scénariste démiurge, faire encore croire aux fans que leurs héros pouvaient mourir définitivement était devenu une manoeuvre usée jusqu'à la corde, plus personne n'y croit et il était donc temps d'en finir avec cette ruse grossière.

On assistera certainement à la mort de héros (et de vilains), mais Hickman en s'adressant au lecteur comme à un adulte à qui on ne la ferait plus a changé les règles. Désormais, celui de ses collègues qui voudra tuer un personnage et espérer choquer le chaland devra avec son éditeur y mettre les formes et imposer cette disparition pendant un temps assez long pour susciter le doute. Sans quoi, ce ne sera qu'un coup d'épée dans l'eau.

Et c'est précisément le souci avec cette mort de la Justice League. C'est déjà devenu quelque chose de tuer (et de faire à la mort d') un personnage, mais alors, là, convaincre que toute une équipe y passe, et qui plus est l'équipe des plus grands héros de DC... Bah, en fait, c'est impossible d'avaler ça. C'est trop gros. Et si en plus c'est mal foutu, l'échec est terrible.

On pourrait rappeler en vérité que Justice League, en tant que série, est déjà morte depuis un moment. Scott Snyder a entraîner ces héros dans d'ultimes aventures rocambolesques mais suffisamment épiques pour divertir le plus blasé des fans. Sa succession par Brian Michael Bendis aura été une catastrophe, même si DC pensait sûrement que l'auteur des New Avengers réitérerait ses exploits passés chez Marvel. Ce ne fut pas le cas. Et, humiliation suprême, ce n'est même pas Bendis qui écrit cet ultime chapitre. Tout un symbole. A sa place, c'est le nouvel architecte en chef du DCU, Joshua Williamson, qui est aux manettes, et l'argument de la mort de la Justice League se résume à un prologue de Dark Crisis.

Il y a quelque chose de lamentablement foireux dans ce gros épisode, à commencer par l'absence consternante d'émotion. On n'est ni choqué ni bouleversé par le décès des Justiciers, ce qui est quand même un gros souci quand on part avec l'idée de nous les faire regretter. La mise en scène de cette mort de la Ligue est également ratée : la Dark Army rassemblée par Pariah, regroupant les pires méchants du DCU, ne sert pas à grand-chose sinon à montrer un assemblage hétéroclite de super-vilains qui se battent comme des manches. Pariah fait le plus gros du sale boulot et donc on se demande bien pourquoi il a besoin de tous ces gros bras. Quant à l'identité de l'unique survivant, elle a été eventée par DC qui avait déjà annoncé donner une série à ce personnage, située après les événements de ce numéro (je vous laisse enquêter, mais franchement, il n'y a pas besoj d'être Columbo pour trouver de qui il s'agit... Un indice ? Cherchez qui va être la vedette d'un film DC/Warner...).

Rafael Sandoval illustre cela avec sérieux. Ce dessinateur n'est pas maladroit mais son trait est un peu trop lisse pour nous convaincre que cette bataille de titans est aussi douloureuse qu'elle le devrait. Par ailleurs, en situant le combat sur un champ de ruines, cela économise à l'artiste de représenter des décors, et Sandoval se concentre donc sur les personnages et quelques trouvailles de découpage (comme la planche ci-dessus où les différents belligérants sont cadrés autour d'une case ronde).

C'est un dessin sans saveur, ce qui nuit là encore à l'intensité que devrait posséder cette séquence soi-disant historique. En lieu et place d'une baston homérique, avec des héros bien entamés, des costumes déchirés, des hématomes, du sang et des alrmes, on a droit à quelques échanges mous, bien loin de ce qu'un affrontement terminal doit susciter. Même quand Doomsday écrase, littéralement, un des héros, on a du mal à y croire alors que la scène rappelle directement le sort réservé au même personnage dans le "Elseworlds" Justice League of America : The Nail de Alan Davis (avec Amazo dans le rôle de Doomsday), autrement plus puissant.  Et ne parlons pas du clin d'oeil à Crisis oon Infinite Earths, qui ne joue pas en faveur de Sandoval et Williamson, surtout quand on repense à la maestria de Wolfman et Pérez.

Ce que je retiens de tout ça, c'est que Williamson, comme Tom Taylor, est plus convaincant quand il oeuvre hors de la continuité (comme actuellement avec Rogues, mini-série jubilatoire). La façon dont il expédie ad patres la Justice League est surtout mémorable en cela qu'elle ne provoque vraiment pas l'émoi escompté. S'il (me) fallait encore une raison de zapper Dark Crisis, cet épisode la procure... Mais je peux déjà vous promettre que si vous voulez lire un titre Justice League bien plus punchy (et drôle), alors, j'en tiens un à votre disposition. Stay tuned !