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lundi 6 novembre 2023

UNCANNY X-MEN, TOME 6 : LE PROCES DE HENRY McCOY, de Brian Michael Bendis, Mahmud Asrar, Sara Pichelli, Chris Bachalo, Stuart Immonen, Kris Anka, Frazer Irving et David Marquez


Il est 22 heures 03, ce lundi 6 Novembre 2023, et je termine cette rétrospective sur les X-Men par Brian Michael Bendis avec cette troisième critique en une journée ! Le Procès de Henry McCoy est donc à la fois le sixième tome d'Uncanny X-Men et la fin du run du scénariste sur les titres mutants. On y trouve donc l'épisode 32 dessiné par Chris Bachalo, les 33-34 dessinés par Kris Anka, le 35 dessiné par Valerio Schiti et le 600 dessiné par Sara Pichelli, Mahmud Asrar, Stuart Immonen, Kris Anka, Chris Bachalo, Frazer Irving et David Marquez.


De retour à leur QG après la lecture du testament de Charles Xavier, Emma Frost, Magik et Cyclope réunissent leurs recrues. Scott leur annonce qu'ils poursuivront leur apprentissage à l'école Jean Grey. Magik entraîne alors Kitty Pryde ailleurs tandis que les esprits s'échauffent. Fabio Medina assomme Cyclope car, comme Hijack, il s'estime trahi par leur mentor. Revenu à lui, Cyclope a une discussion franche avec Emma au sujet de leur relation et ils se séparent. Havok rend visite à son frère, seul désormais, et le questionne sur sa révolution puis lui suggère d'en faire quelque chose de positif et inattendu.


Magik a emmené Kitty sur l'île aux monstres pour y récupérer un mutant. Elles gagnent une grotte où elles trouvent Bo, une fillette abandonnée là par son père et pourvue de pouvoirs lumineux. Magik la dépose à l'école Jean Grey où elle est prise en charge. Puis elle avoue à Kitty être heureuse de leur réunion. Kitty, elle, pense qu'il leur faut maintenant se réconcilier avec Colossus.


Dazzler obtient de Maria Hill l'accès au dossier de Mystique qu'elle accepte de livrer au SHIELD en échange de l'impunité pour les Uncanny X-Men. Une semaine plus tard, Mystique est arrêtée à Madripoor. Dazzler fête ça en se produisant sur scène tandis que, dehors, les recrues des Uncanny X-Men profitent du show tout en décidant de désobéir à Cyclope et de ne pas entrer à l'école Jean Grey.


Au lieu de ça, ils interviennent en tant qu'équipe pour neutraliser la mutante Animax. Ce fait d'armes leur vaut une popularité immédiate, notamment pour Fabio Medina/Godlballs. Mais pris à parti par des anti-mutants, il est gravement blessé. Triage le sauve et l'équipe reconnaît qu'ils ont besoin d'être formés et donc d'intégrer l'école Jean Grey.

Ces trois épisodes sont en apparence anecdotiques mais en grattant, on comprend pourquoi, au final, Uncanny X-Men est plus réussi que All-New X-Men. La gestion des personnages, les story-arcs, l'intensité des relations entre les héros, leurs adversaires (qui sont eux-mêmes en vérité), tout ça est bien plus inspiré et tenu.

Cela peut surprendre car Brian Michael Bendis s'est souvent montré à son avantage en animant des séries sur de jeunes héros, comme Ultimate Spider-Man. Mais il faut bien reconnaître qu'il a été maladroit avec les jeunes X-Men amenés à notre époque, en favorisant trop le personnage de Jean Grey dont il a fini par faire une insupportable gamine intrusive et en nouant autour d'elle des changements incongrus comme sa romance avec le jeune Hank McCoy, ou la révélation absurde de l'homosexualité de Bobby Drake, même si à côté il a été plus touchant avec la liaison de Angel et X-23 et les tourments du jeune Scott Summers.

Avec Uncanny X-Men, il n'est pas tombé dans ces pièges car il a articulé sa série autour des quatre personnages les plus impactés par Avengers vs X-Men (quand bien même il manque à l'appel Colossus et Namor). Avec Cyclope, Emma Frost, Magik et Magneto, il tenait quatre protagonistes au fort caractère mais cassés par leur expérience avec le Phénix et qui étaient obligés de vivre clandestinement tout en recrutant des élèves.

Des héros clandestins, ça rappelle bien sûr la meilleure période de New Avengers, post-Civil War quand Luke Cage et tous ceux qui refusaient le registration act de Iron Man prirent le maquis puis furent traqués par les Dark Avengers de Norman Osborn/Iron Patriot jusqu'à Siege. Dans ce registre, Bendis excelle à décrire des justiciers tiraillés entre leur envie de faire le bien et la nécessité de ne pas se faire prendre, en permanence menacés par des représentants de la loi.

A cela, il a associé des menaces variées et efficaces, souvent spectaculaires, avec des gimmicks accrocheurs et mystérieux jusqu'à ce qu'ils décident de les résoudre, comme le Fauve Noir et ses super-Sentinelles, Mystique, Maria Hill et le SHIELD, le mutant oméga Matthew Malloy, Dormammu, etc. Les recrues de Cyclope et compagnie offraient des profils tout aussi divers et même si certains ont ensuite disparu des radars (comme Hijack, Benjamin Deeds, Triage), d'autres ont su perduré (comme Eva Bell, devenu une des Cinq de Krakoa au même titre que Goldballs, désormais Egg).

Chris Bachalo a signé beaucoup d'épisodes, tous visuellement très puissants et soignés. Malheureusement, Marvel ne lui a jamais trouvé de suppléants dignes de ce nom, ou plutôt a fait des choix discutables en ne conservant pas Frazer Irving, Marco Rudy ou en installant Mike Del Mundo à la place du médiocre Kris Anka. Cela se confirme encore ici où Bachalo signe l'épisode 32, magnifique, tandis que Anka enchaîne avec les 33 et 34 sans saveur au plan esthétique, avant que Valerio Schiti ne relève le niveau pour le 35.

Mais, à présent, passons à la fin du run proprement dite, avec l'épisode 600, un numéro double avec quelques guests de poids et une série de scènes qui bouclent dignement la boucle.


Les jeunes X-Men sont à nouveau au complet maintenant que Scott est revenu de son périple dans l'espace aux côtés de son père. Jean estime que le groupe a besoin de repos. Hank s'éloigne et elle rattrape pour lui confirmer ses sentiments et ils s'embrassent tandis que Scott les observe de loin.


Dans l'école Jean Grey, le Fauve est convoqué par Tornade et il est surpris en voyant tous les X-Men, étudiants compris, l'attendre. Mais il comprend vite que ses amis veulent qu'il réponde de ses actes qui, depuis longtemps, divisent la mutantité. Lui répond qu'il a tout fait, au contraire, pour éviter une catastrophe après le passage du Phénix. Le ton monte, il tourne les talons.


C'est alors qu'à la télé une allocution en direct du Capitole à Washington détourne l'attention des X-Men. Cyclope s'adresse aux journalistes à une foule de curieux en expliquant que son projet révolutionnaire est de remédier à la division entre les mutants et surtout à restaurer l'idéal de Charles Xavier, la cohabitation entre homo sapiens et homo superior. Magneto se joint à lui, fier qu'il embrasse l'utopie de leur ami commun.
Plus tard, dans la soirée, Eva Bell surgit dans le laboratoire du Fauve et lui explique ses voyages dans différentes lignes temporelles où on exigeait d'elle qu'il y ait un procès contre lui. Mais Hank McCoy refuse d'en entendre davantage. Eva s'éclipse et le Fauve quitte l'école Jean Grey.

C'est donc une brillante conclusion qu'écrit là Bendis. Une sorte de synthèse intelligente et nuancée, même si, en vérité, c'est aussi à partir de là qu'il aurait pu (dû ?) enchaîner avec une série X-Men (adjectiveless) sur la grande réunion mutante et la suite du parcours du Fauve moderne. S'il n'y avait eu Secret Wars, l'event de Jonathan Hickman et Esad Ribic qui mit au pas tout l'univers Marvel pendant de nombreux mois et redistribua les cartes à la fin.

Mais avant d'en dire plus, comment en est-on arrivé à ce 600ème épisode ? J'ai fait les comptes : le premier volume d'Uncanny X-Men a compté 544 épisodes, le deuxième 20 et celui-ci, le troisième, 35, ce qui donne 599. + 1 = 600. 

Pour encore mieux situer cet épisode, il arrive chronologiquement donc après All-New X-Men 41, Uncanny X-Men 35, X-Men 26 et Amazing X-Men 19.

Les pages avec les All-New X-Men sont dessinées par Stuart Immonen, qui, comme d'habitude, fait un superbe boulot. Celles du "procès" sont signés Sara Pichelli, très bien. Chris Bachalo se charge de la scène du Capitole avec le discours de Cyclope, impeccable. David Marquez signe quelques autres planches du "procès". Kris Anka met en images les retrouvailles de Kitty, Magik et Colossus, bof. Mahmud Asrar hérite de la scène la plus gênante où les deux Iceberg discutent de leur sexualité (avec les propos de Bobby adulte qui explique ne jamais avoir réfléchi s'il était gay car accaparé par ses missions en tant qu'X-Man... Mon Dieu !). Et enfin Frazer Irving ferme le ban avec l'échange entre Eva Bell et le Fauve.

Tout ça est fort beau (sauf Anka). Et surtout j'ai toujours trouvé ça chouette que les artistes présents au début d'une série reviennent passer pour le final, donc c'est extra de relire une dernière fois du Immonen, du Bachalo...

Bendis, en dehors donc de la scène avec les deux Iceberg gay/pas gay (ou je sais pas, faut que je réfléchisse... Mais bon sang, ce que c'est naze !), écrit des moments touchants, nuancés, et intenses. Parmi ses meilleurs, tous titres confondus. Après ça, All-New X-Men aura droit à deux autres volumes (par Dennis Hopeless et Mark Bagley puis Cullen Bunn et Jorge Molina & RB Silva). Uncanny X-Men attendra plus longtemps pour revenir, avec un run écrit surtout par Matthew Rosenberg et dessiné par Salvador Larroca, juste avant la révolution initiée par Jonathan Hickman, Pepe Larraz et RB Silva avec House of X/Powers of X.

J'espère que ce retour en arrière sur une période controversée mais intéressante, atypique, des mutants vous aura plu et motivé pour la (re)découvrir. 

dimanche 5 novembre 2023

UNCANNY X-MEN, TOME 5 : LE MUTANT OMEGA, de Brian Michael Bendis, Chris Bachalo et Kris Anka


Ce cinquième et avant-dernier tome de Uncanny X-Men par Brian Michael Bendis, Chris Bachalo et Kris Anka est épique. A tout point de vue, c'est le récit plus spectaculaire du run, comme si Bendis avait voulu offrir un bouquet final avant l'heure. Bachalo signe les dessins des épisodes 27, 29 à 31, et Anka ceux des épisodes 26, 28 et 30, qui sont parus en 2014-2015.


Face à la menace que représente Matthew Malloy, Maria Hill donne l'ordre d'évacuer l'Etat de Caroline du Sud. Pendant ce temps, à l'école Jean Grey, Cyclope est très remonté après avoir appris cet énième secret du Professeur X, mais Tornade le raisonne et il part finalement avec Wolverine et Rachel Summers. Cependant, le SHIELD fait appel au mutant Exodus pour tenter de neutraliser à distance Malloy, sans succès. Le Fauve découvre que Mally est en vérité plus puissant qu'un mutant oméga et il pense que tout ce qui sera tenté pour le stopper échouera.


Maria Hill accueille à bord de son héliporteur Cyclope, Wolverine et Rachel Summers. Elle tente à son tour de pénétrer les pensées de Malloy qui lui en refuse l'accès et renvoie Wolverine et Rachel à l'école Jean Grey et Cyclope à la base des Uncanny X-Men. Cyclope convainc Magik de de le transporter auprès de Malloy. Tempus s'éclipse, décidée à trouver une solution alternative.


Matthew Malloy accepte d'écouter Cyclope qui lui ouvre son esprit pour qu'il comprenne que le leader des X-Men a de l'expérience avec les mutants surpuissants ayant du mal à se maîtriser. Le Fauve appelle à l'aide d'autres super-héros mais aucun ne répond : les mutants sont livrés à eux-mêmes.
 

Magneto interrompt la discussion entre Cyclope et Matthew Malloy mais celui-ci n'apprécie pas et le renvoie au QG des Uncanny X-Men. Magik remonte le temps pour demander son aide au Dr. STrange qui lui confie l'Oeil d'Agamotto. A l'école Jean Grey, le Fauve apprend que le SHIELD va tenter de tuer Malloy, quitte à éliminer avec lui Cyclope. 


Tempus a elle aussi remonté le temps pour rencontrer Charles Xaavier lorsqu'il venait d'ouvrir son institut pour jeunes surdoués. Elle lui donne accès à ses pensées et il apprend la situation mais rechigne à intervenir à cause des perturbations temporelles. De nos jours, le SHIELD a mis ses menaces à exécutions et le Fauve apprend les morts de Malloy et Cyclope. Pourtant Malloy apparaît devant l'école Jean Grey. Emma Frost l'affronte mais il la tue tout comme les autres X-Men qui se jettent ensuite sur lui. 
  

Tempus et Xavier remontent le temps jusqu'au moment où les parents de Matthew Malloy sont sur le point de se rencontrer. Le Professeur X chasse cette idée de leurs esprits et ainsi s'assure que le mutant ne naîtra jamais. De nos jours, la situation revient à la normale et tous les X-Men écoutent à nouveau She-Hulk lire la fin des dernières volontés de Charles Xavier qui lègue son école à Cyclope. Ce dernier sort un instant et fait face à Tempus qui lui annonce qu'elle quitte son équipe. Cyclope rentre et annonce céder l'école à Tornade puis se retire.

Quand il a pris en main les séries All-New X-Men et Uncanny X-Men avec l'idée motrice de transporter à notre époque les cinq premiers X-Men, Brian Michael Bendis a joué avec l'idée toujours périlleuse des voyages temporels et des paradoxes qu'ils génèrent. 

A la base, son objectif était simple comme le plan ourdi par le Fauve : organiser la rencontre entre le jeune Cyclope et sa version adulte pour que ce dernier abandonne son projet révolutionnaire et surtout admette qu'il avait tué le professeur Charles Xavier sans se cacher derrière l'excuse de l'emprise du Phénix.

On peut raisonnablement dire que Bendis a ensuite beaucoup dévié de son plan initial, comme s'il était incapable de s'y tenir, préférant explorer d'un côté les effets de ce voyage dans le temps pour les jeunes X-Men (surtout à travers le personnage de Jean Grey) et de l'autre le traumatisme de Scott Summers, sa culpabilité.

En fait la victime de ces changements narratifs a été la série All-New X-Men qui n'ont jamais joué le rôle pour lequel ils étaient prévus, à savoir des sortes d'influenceurs envers Cyclope en pleine déroute psychologique. Ce n'est pas entièrement la faute de Bendis : Jason Aaron n'a visiblement jamais accepté de composer avec les jeunes X-Men alors qu'ils résidaient dans l'école Jean Grey et même il a dû être soulagé de s'en débarrasser à l'issue du crossover Battle of the Atom.

Mais Bendis ne peut être exonéré des errements dans son plan : au lieu d'entraîner les jeunes X-Men dans leurs propres aventures, il les a faits déménager dans l'école tenue par Cyclope. On pouvait alors espérer qu'enfin la confrontation des deux Scott Summers aurait lieu et qu'une explication en bonne et due forme entre eux serait à l'ordre du jour. Au lieu de ça, Bendis s'est à son tour débarrassé du jeune Scott lors du crossover avec les Gardiens de la Galaxie.

Mais ça n'a pas découragé le scénariste de jouer avec les voyages temporels. Sauf que, dans le cas qui nous intéresse, dans ce cinquième tome d'Uncanny X-Men, il s'y est pris de bien meilleure manière, en collant à l'intrigue qu'il a initiée dans le tome précédent.

Matthew Malloy est plus un prétexte qu'un véritable personnage : comme Sentry quand il écrivait New Avengers et Dark Avengers, il symbolise l'image de Dieu, une créature si puissante qu'elle ne peut être contrôlée et qu'elle menace le monde plus qu'elle ne peut le sauver (à ce titre, la scène où Malloy se rend compte qu'il ne peut ressusciter les agents du SHIELD et Cyclope est éloquente).  Il faut alors le sacrifier. Sauf que, contrairement à ce qui se passait dans l'event Siege, les X-Men ne pourront compter sur des dieux asgardiens pour les aider : ils sont livrés à eux-mêmes, seuls, abandonnés.

Bendis va alors résoudre le problème avec habilité, en utilisant Tempus. Charles Xavier ira même jusqu'à effacer de son propre esprit le souvenir de sa rencontre avec la mutante pour ne pas se souvenir de cette histoire. Mais le fan peut quand même en sourire en sachant que le Prof. X aura bien des occasions au cours de sa carrière de dissimuler à ses X-Men bien d'autres secrets, tout aussi terribles.

Il y a, je trouve, quelque chose de malin et de jubilatoire dans la manière dont Bendis traite tout ça, et je pense qu'il a fait preuve d'une grande intelligence. C'est un arc narratif très efficace, très prenant, très intense, où le suspense est constant à mesure que la puissance de Matthew Malloy se révèle. On doute vraiment que cela se finisse bien. Et d'ailleurs le dénouement est assez amer, avec le choix de Tempus de quitter les X-Men et de Cyclope de renoncer à l'héritage de Xavier. Cette dernière note est parfaite.

Visuellement, ces six épisodes sont globalement excellents. Kris Anka se force un peu plus et profite d'une colorisation qui améliore ses images souvent encore trop vides - merci qui ? Merci José Villarubia.

Toutefois, c'est encore à Chris Bachalo qu'on doit les chapitres les plus formidables. Cette fois d'ailleurs, il a renoncé à se coloriser lui-même, laissant cela à Antonio Fabela (complice habituel de Lee Garbett) et Rain Beredo (longtemps partenaire de Mike Deodato Jr.), qui accomplissent un boulot fabuleux.

Bachalo est dans son élément avec des décors et des personnages au bord de la rupture. Ce récit plein de bruit et de fureur donne lieu à des moments très forts et mémorables que l'artiste traduit esthétiquement avec une puissance égale à ce mutant oméga. Ce sont (presque) ses adieux à la série et il y fait honneur (il réalisera encore le #32 dans le tome suivant et quelques planches du #600).

La fin est donc proche. So... Stay tuned !

samedi 4 novembre 2023

UNCANNY X-MEN, TOME 4 : UNCANNY X-MEN CONTRE LE S.H.I.E.L.D., de Brian Michael Bendis, Chris Bachalo et Kris Anka

 

Ce quatrième tome de Uncanny X-Men est l'antépénultième du run de Brian Michael Bendis et le scénariste entame son arc narratif le plus abouti jusqu'à présent. Exploitant un subplot pratiquement développé depuis le début de la série, il pousse les curseurs à fond et il est bien aidé par Chris Bachalo qui signe les épisodes 19 à 22 et 25 tandis que Kris Anka s'occupe des numéros 23 et 24.

 


Maria Hilla interroge Hijack chez lui après qu'il a été banni de l'équipe de Cyclope mais il jure ne pas pouvoir localiser la base de l'équipe. Pendant ce temps, Dazzler est toujours captive de Mystique à Madripoor qui se sert d'elle pour approvisionner le marché avec de l'horme de croissance mutante. Magneto découvre ce sinistre manège et délivre Dazzler. Cependant, Cyclope embarque toute son équipe à Chicago où Cerebro a détecté un nouveau mutant. Mais ce sont des sentinelles qui les attendent et comble de malchance, leurs pouvoirs se détraquent.


Les Uncanny X-Men réussissent à s'enfuir grâce à Magik mais Cyclope a désormais la conviction que ces Sentinelles ont été conçues par quelqu'un connaissant leurs faiblesses. Grâce aux Stepford Cuckoos, il entre en contact avec Maria Hill qu'il suspecte mais qui lui jure n'y être pour rien. Cyclope décide alors d'interroger son second suspect : le Fauve à l'école Jean Grey.
 

Mais une fois sur place, Cyclope et Magik voient leurs pouvoirs à nouveau échapper à leur contrôle. Tornade les neutralise juste avant que Maria Hill et Dazzler (dont l'apparence est toujours usurpée par Mystique) n'arrivent pour les arrêter. C'est alors que l'héliporteur du SHIELD ouvre le feu sur l'école Jean Grey, provoquant un mouvement de panique. Cependant, Magneto arrive au QG des Uncanny X-Men avec Dazzler qu'il confie aux bons soins de Triage.


Hijack arrive à l'école Jean Grey et pirate les commandes de l'héliporteur mais c'est alors que des Sentinelles surgissent. Pendant ce temps, le Fauve a transporté Magik et Cyclope dans son laboratoire pour les examiner et il découvre alors que leur organisme est infesté de nanites à l'origine des perturbations de leurs pouvoirs. Magik revient à elle puis Cyclope et le Fauve les mène jusqu'à leur ennemi : le Fauve noir qui agonise à cause des expériences qu'il s'est infligé. Les Sentinelles sont détruites par les X-Men de l'école.


Dazzler se rétablit et avec l'aide de Emma Frost et Magneto traque Mystique à Madripoor, sans succès. Elle a annoncé à Maria Hill qu'elle quittait le SHIELD. L'école Jean Grey a souffert d'importants dégâts suite aux attaques de l'héliporteur du SHIELD et des Sentinelles du Fauve Noir. C'est ce moment que choisit She-Hulk pour prévenir qu'elle détient le testament de Charles Xavier dont la lecture ne pourra se faire qu'en présence de...


... Cyclope !Celui-ci refuse d'abord de suivre le Fauve, Tornade et Iceberg, ne voulant pas être mêlé à ça, mais il s'y résout finalement sur les conseils de Emma qui l'accompagnent avec Magik et Dazzler. She-Hulk révèle que Charles Xavier avait épousé Mystique. Tout le monde est sidéré. Mais ce n'est pas tout : le Professeur X a également dans le passé détecté un mutant surpuissant, Matthew Malloy, dont il a bloqué psychiquement les pouvoirs afin de protéger l'humanité. Maintenant qu'il est mort, la menace resurgit.


Effectivement, Matthew Malloy perd sa femme dans une attaque menée par des skrulls et perd la tête. Ses pouvoirs de débloquent et provoquent des catastrophes. Le SHIELD est en alerte mais impuissant à le raisonner ou le stopper : Maria Hill n'a d'autre choix que de faire appel aux X-Men. Tout comme Charles Xavier qui, post-mortem, confie à Rachel Summers, Wolverine et Cyclope la mission de neutraliser à tout prix Matthew Malloy - condition sine qua non pour que la fin de son testament sosit révélée !

Au cours des trois tomes précédents de Uncanny X-Men, Brian Michael Bendis a pu donner l'impression de ne pas savoir où il allait, avançant sans que le lecteur ne perçoive clairement l'objectif de la série. Il était question d'une révolution mutante menée par Cyclope, mais quels en étaient les termes ?

Ensuite, il y avait la formation d'une école concurrente à celle de Wolverine dans la base désaffectée de l'Arme X et de l'entraînement de ses recrues qui présentaient toutes des pouvoirs très variés, exigeant de réfléchir à leur efficacité sur le terrain de combat.

Enfin, il y avait deux menaces sous-jacentes : d'une part, le fait que Mystique ait usurpé l'identité de Dazzler au sein du SHIELD, et d'autre part, les traquenards récurrents dans lesquels tombaient les Uncanny X-Men face à des Sentinelles de plus en plus coriaces.

Et puis, avec ce quatrième tome, tout prend forme, enfin le lecteur obtient des réponses et il a même droit à des épisodes tie-in à l'event Original Sin (écrit par Jason Aaron et dessiné par Mike Deodato Jr.) qui sont magistralement exploités par Bendis. La patience du fan est vraiment récompensée avec ces sept chapitres.

D'abord, Bendis met fin au calvaire de Dazzler, libéré par Magneto. L'épreuve subie par Alison Blaire va durablement l'impacter et cela se traduit en premier lieu par un changement de look radical. Esthétiquement, c'est plus douteux, mais disons que si la ficelle est grosse, elle fonctionne quand même.

Ensuite, le scénariste va orchestrer la résolution du mystère entourant les Sentinelles. Cyclope suspecte d'abord le SHIELD et Maria Hill puis le Fauve. Mais l'identité du véritable ennemi est plus étonnante et ironique. Pour Bendis, qui, à travers ses deux séries mutantes, a exploré la question du double, convoquer le Fauve Noir importé de l'univers de l'Âge d'Apocalypse est somme toute bien trouvé. C'est surtout l'occasion pour Hijack, banni de l'équipe de Cyclope à la fin du tome précédent, de se racheter et de prouver sa valeur dans une séquence très spectaculaire.

Bien sûr, on peut trouver un peu facile la façon dont Maria Hill laisse finalement tomber les poursuites contre Cyclope et ses complices, mais, hé, c'est Bendis et il n'a brillé par la finesse de ses dénouements. D'une certaine manière, semble-t-il nous dire, le SHIELD ne vaut pas mieux que Cyclope et continuer la traque du second par le premier aurait forcément conduit à une impasse narrative, contrariant forcément ce qu'il avait en tête pour la fin de Uncanny X-Men

Non, ce que voulait surtout Bendis, c'est préparer la suite, avec Mystique qui, profitant du chaos, s'est fait la belle, et devient le nouveau souci de Maria Hill et la cible de Dazzler. Et puis, plus immédiatement, et c'est finalement, le coeur de cet album et du suivant, les dernières volontés et le testament de Charles Xavier.

Original Sin était une histoire écrite par Jason Aaron pour devenir l'event Marvel de 2014, et l'éditeur, comme d'habitude, a forcé nombre d'auteurs à coller à cette intrigue pour justifier la révélation de secrets honteux chez la plupart des héros. Le plus souvent, ce procédé a abouti à des exhumations plus ou moins compromettantes, parfois maladroites (par exemple dans Daredevil de Waid et Samnee où nous a racontés que Joe Murdock avait été un mari violent).

Mais Bendis, lui, a creusé le thème frontalement et s'en est servi pour sortir quelque chose de vraiment parfait. Si bien qu'on en oublie que les épisodes sont des tie-in tellement ils sont bien intégrés à la série en cours. Ce que Xavier, grand cachottier et manipulateur devant l'éternel, a réservé à ses élèves est diabolique et ouvre la porte à des réactions épidermiques et un nouvel arc cathartique (qui sera développé dans le tome 5).

Chris Bachalo enchaîne ici quatre épisodes de rang et de haute volée avant de conclure le tome par un 25ème numéro extraordinaire. L'artiste a eu besoin de pas moins de 8 (!) encreurs et a laissé à José Villarubia le soin de coloriser l'épisode 22, mais franchement, ça en vaut la peine. Le niveau de ses planches est fabuleux, d'une énergie époustouflante.

On ne peut toujours pas en dire autant de Kris Anka dont je me demande pourquoi Marvel lui a confié la tâche de signer les épisodes quand Bachalo avait besoin de souffler. N'y avait-il vraiment que lui de disponible ? J'en doute. L'éditeur a-t-il voulu le tester sur un titre exposé pour voir s'il avait le niveau ? Dans ce cas, c'est raté. Et là, même José Villarubia ne peut rien faire pour améliorer ses pages. Dommage.

Quoi qu'il en soit, Uncanny X-Men vs. The SHIELD (en vo) est certainement le meilleur tome de la série à ce stade. A ce stade, car le suivant franchit un cap encore plus élevé... Mais ça, ce sera pour une prochaine critique.

mercredi 1 novembre 2023

UNCANNY X-MEN, TOME 3 : LE BON, LA BRUTE, L'INHUMAIN, de Brian Michael Bendis, Chris Bachalo, Kris Anka et Marco Rudy


Uncanny X-Men : Le Bon, la Brute, l'Inhumain (The Good, the Bad, the Inhuman en vo) est le troisième tome de la série écrite par Brian Michael Bendis. Il contient les épisodes 14 à 18 qui sont dessinés par Chris Bachalo (#14, 16, 17), Kris Anka (#15) et Marco Rudy (#18), qui ont été publiés en 2013-2014.


Durant une séance d'entraînement en extérieur, Cyclope s'en prend à Benjamin Deeds dont il trouve les pouvoirs inutiles dans une situation critique. Emma Frost décide de prendre le jeune homme en main et, avec Magik, l'emmène à Atlantic City pour tester ses dons en conditions réelles car elle a découvert que non seulement il était un caméléon mais aussi qu'il pouvait inciter les gens à lui faire une confiance absolue. Après une série d'épreuves, elle l'envoie remettre en main propre une lettre à l'agent du SHIELD, "Dum Dum" Dugan. Il réussit facilement et Cyclope, convaincu, accepte de le réintégrer dans l'équipe.


Après une nouvelle séance avec le Dr. Strange dans le passé, Magik rentre au QG où l'attendent les Steford Cuckoos, Eva Bell et la jeune Jean Grey qui aimeraient qu'elle les accompagne pour faire du shopping. Emma Frost les chaperonne mais elles assistent à l'émergence d'un Inhumain qui, effrayé, les assomme psychiquement. Il est alors enlevé par l'AIM.


Magneto retrouve Dazzler lors d'une manif pro-mutant et Alison Blaire évoque des mouvements suspects à Madripoor. Il s'y rend incognito et découvre qu'une hormone de croissance mutante se vend dans les rues. Il croise le Blob qui lui présente la nouvelle maîtresse de l'île : Mystique. Mais Magneto, dégoûté, refuse son offre d'alliance, la blesse et repart.


Magik lâche les recrues dans un endroit hostile et repart. Hijack qui a gardé sur lui son téléphone portable active la géolocalisation et apprend qu'ils sont dans le Montana. Ils se dispersent et font face à une nature dangereuse. Eva Bell s'égare et disparaît. Lorsqu'elle réapparaît, elle est en dans un état second et ses vêtements sont en lambeaux. Sur ce, des agents du SHIELD Nick Fury Jr., Hawkeye et Spider-Woman arrivent pour les capturer. Mais Magik les sauve. Cyclope, furieux après Hijack, décide de le renvoyer chez lui.


Cyclope, Emma, Magik et leurs recrues rentrent à leur QG et découvrent qu'il a été attaqué par un commando Shi'ar. Les jeunes X-Men ont disparu. Cyclope enrage car quelques temps auparavant, il avait une première fois rencontré Kitty Pryde qui avait tenté de le tuer pour venger le Pr. Xavier avant qu'il ne la convainque qu'il avait agi sous l'emprise du Phénix. Puis ensuite il avait accueilli Kitty et les premiers X-Men avec la promesse de les protéger. Où sont-ils passés à présent ?

L'action des épisodes de ce troisième tome se déroule donc chronologiquement après X-Men : Battle of the Atom. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, Brian Michael Bendis a fat le choix curieux de peu, voire pas, faire apparaître les jeunes X-Men (les O5, venus du passé où le Fauve moderne les a convaincus de le suivre pour tenter de raisonner Cyclope) dans la série Uncanny X-Men alors qu'à partir de ce tome ils résident avec Kitty Pryde dans leur base.

Le lecteur sait qu'ils sont là, mais il ne les voit jamais. Cela provoque un drôle de sentiment, notamment dans la scène qui ouvre le 14ème épisode qui ouvre ce tome où on assiste à une séance d'entraînement en extérieur. Séance à laquelle ne participent ni les O5 ni Kitty Pryde. Et d'ailleurs les recrues des Uncanny X-Men ne manquent pas de s'en étonner, râlant même à voix haute contre ce traitement de faveur alors qu'eux pataugent dans la boue avec l'interdiction de se servir de leurs pouvoirs.

Alors que Bendis aurait pu jouer la carte de l'interactivité totale entre les séries Uncanny X-Men et All-New X-Men comme il l'avait fait au début, il s'en prive. D'un côté, on peut s'en féliciter car le lecteur qui ne suit que Uncanny X-Men et se riche des O5 et Kitty Pryde n'a pas à les supporter (et dieu sait que beaucoup de fans des X-Men n'aimèrent pas ce que Bendis fit des O5). De l'autre, on a cette impression que les deux équipes cohabitent mais s'évitent en permanence à l'image.

Quant au contenu de ce troisième tome, il ne manque pas d'intérêt. Contrairement à ses habitudes, Bendis ne développe pas une histoire sur plusieurs épisodes. Il passe d'un court récit à un autre, papillonne. C'est loin d'être désagréable car le scénariste est très à son aise pour caractériser ses héros ainsi et on ne ressent pas de longueur comme quand il fonctionne par arcs narratifs.

Ainsi on apprend à faire connaissance avec Benjamin Deeds, sans doute le moins charismatique des mutants enrôlés par l'équipe, dont les pouvoirs, comme le lui fait remarquer de façon cinglante Cyclope, ne servent à rien en cas de baston. Emma Frost décide de le prendre en main et c'est absolument savoureux. Elle lui fait subir une série de tests en conditions réelles où avec nous elle voit comment utiliser les dons de Benjamin.

On passera vite sur l'épisode 15 qui s'inscrit alors dans l'avènement des Inhumains. A cette époque, c'est connu, Ike Permulter, un des cadres de Marvel, furieux de ne pouvoir avoir les droits d'exploitation cinématographique des X-Men, fait pression pour qu'on les élimine dans les comics pour mettre en avant les Inhumains. L'initiative ne fonctionnera pas, sur aucun plan, que ce soit dans les comics ou à la télé. Les fans sont trop attachés aux mutants et refusent d'acheter les mensuels consacrés aux Inhumains (un livre récemment paru aux Etats-Unis révèle que Permulter était en guerre ouverte contre Kevin Feige, l'empêchant autant que possible d'utiliser pour ses films d'autres personnages au prétexte qu'ils ne seraient pas rentables en produits dérivés. Plusieurs auteurs et editors chez Marvel se plaignirent aussi de l'interventionnisme de Permulter.).

En tout cas, ici, cette soirée shopping entre mutantes est caricaturale à souhait et l'irruption d'un Inhumain tombe comme un cheveu dans la soupe. Pour ne rien arranger, Kris Anka dessine des planches sans aucun décor, d'une médiocrité absolue.

Heureusement, Chris Bachalo revient après ça pour deux épisodes consécutifs. Déjà très en forme sur le n°14, l'artiste se surpasse encore lors de la visite de Magneto à Madripoor puis lors de la nouvelle séance de training des recrues.

Surtout Bendis avec son artiste révèle à Magneto que Mystique a usurpé l'identité de Dazzler au sein du SHIELD et a pris le contrôle de Madripoor où elle fait commerce d'une drogue en rendant Alison Blaire exsangue. Rarement a-t-on vu Raven Darkholme commettre un acte aussi répugnant. Et la réaction de Magneto face à ce pseudo-paradis pour mutants est à la mesure de son courroux.

L'épisode 17 paraît un peu redondant avec le 14 : une nouvelle fois, les recrues des Uncanny X-Men doivent s'entraîner mais cette fois ils sont livrés à eux-mêmes en territoire hostile. D'abord, on se demande où veut en venir Bendis puis on comprend que cette séquence va coûter cher à deux des jeunes mutants. Hijack se fait renvoyer. Et surtout Eva Bell traverse l'expérience de manière traumatisante - même s'il faudra attendre encore un peu pour comprendre à quel point cela l'a changée...

Enfin, et c'est pour ça que j'ai tenu à alterner mes critiques entre les albums de All-New X-Men et Uncanny X-Men, le dernier épisode de ce tome a de quoi intriguer le lecteur. Où sont passés les O5 et Kitty Pryde ? Et que viennent faire les Shi'ar dans ce mystère ? Pour le savoir, il faudra lire le tome 4 de All-New X-Men.

Mais cet épisode vaut surtout le détour pour le traitement graphique que lui administre Marco Rudy. Le découpage est complètement fou avec des compositions déconstruites très audacieuses et une mise en couleurs par Val Staples magnifique, directement à l'aquarelle. Le résultat est sidérant et j'aurai bien aimé que Rudy revienne s'amuser comme ça sur d'autres épisodes.

Au final, un tome surprenant mais captivant. 

lundi 30 octobre 2023

UNCANNY X-MEN, TOME 2 : BRISES, de Brian Michael Bendis, Frazer Irving, Chris Bachalo et Kris Anka


Suite de la rétrospective sur Uncanny X-Men (et All-New X-Men) par Brian Michael Bendis avec ce deuxième tome intitulé Brisés (Broken en vo), qui comprend les épisodes 6 à 11. Il faut évidemment avoir lu le tome précédent pour comprendre ce qui se passe dans celui-ci. Les dessins sont assurés par Frazer Irving sur les épisodes 6-7 et 10-11 (où il reçoit le renfort de Kris Anka) et par Chris Bachalo sur les épisodes 8-9, tous parus en 2013. Il s'agit du dernier tome avant le crossover Battle of the Atom.


Le passage du Phénix sur Terre a permis à la population mutante de croître à nouveau. David Bond découvre ainsi ses pouvoirs (sur tous les éléments mécaniques et électroniques) quand sa fiancée veut le quitter. Pendant ce temps, les X-Men de Cyclope sont dans la dimension Limbo où Magik les a emmenés alors que Dormammu veut s'en emparer.. Ailleurs, Maria Hill, la directrice du SHIELD, s'entretient avec Alison Blaire/Dazzler pour la convaincre de devenir son agent de liaison avec les mutants.


Plusieurs années avant cela, Magik consulte le Dr. Strange pour qu'il l'entraîne à domestiquer ses pouvoirs. Elle lui raconte venir du futur où elle a été un des hôtes du Phénix et a combattu Dormammu pour la possession de la dimension Limbo. Puis elle lui raconte comment s'est achevé ce combat au cours duquel, pour sauver les X-Men, elle a carrément absorbé la dimension Limbo. Mais une des recrues de l'équipe, Benjamin Deeds, a failli y laisser la vie.


Epouvanté par son séjour dans la dimension Limbo, Fabio Medina souhaite quitter les X-Men. Magik et Cyclope le ramènent auprès de ses parents. David Bond exerce ses pouvoirs dans un parking lorsque deux policiers le surprennent et l'arrêtent. Il est sauvé par Magik et les Stepford Cuckoos et conduit à la base des X-Men. Cependant, Dazzler se présente chez les Medina pour interroger Fabio sur l'endroit où se cache Cyclope.


Soucieux que l'équipe ne soit plus désemparée en situation de crise, Cyclope organise une séance d'entraînement lorsque Magneto avertit que Fabio Medina a été arrêté par le SHIELD. Les X-Men font irruption sur un des héliporteurs du SHIELD dont ils neutralisent les agents avant de confronter Dazzler en train d'interroger Fabio. Plus tard, Phil Coulson offre un café à Dazzler mais la boisson est droguée. C'esr Mystique qui a pris l'apparence de Coulson et prend ensuite celle de Dazzler.


Les recrues des X-Men reprennent leur entraînement et apprennent à se défendre sans utiliser leurs pouvoirs. Tempus découvre de nouvelles extensions à ses talents tout comme Magik. Magneto rencontre Maria Hill qui lui présente sa nouvelle interlocutrice : Dazzler (ils ignorent tous les deux qu'il s'agit de Mystique). Une manifestation se déroule en faveur de Cyclope qui décide de s'y rendre avec toute l'équipe lorsqu'un robot les attaque.


Tandis que les recrues des X-Men protègent les manifestants, Cyclope, Emma, Magik affrontent le robot. Ce n'est qu'avec l'arrivée de Magneto qu'ils prennent le dessus. Mais le robot, endommagé, disparaît alors...

Les premiers épisodes de ce deuxième tome font donc directement suite aux derniers du précédent, avec une aventure dans la dimension Limbo. C'est l'occasion pour Brian Michael Bendis de concentrer son attention (et la nôtre) sur Magik.

Depuis Avengers vs. X-Men où elle a été un temps un des cinq hôtes du Phénix, Ilyana Rasputin semblait la seule à ne pas avoir vu ses pouvoirs régresser ou être déréglés par cette expérience. Mais, sans prévenir, elle a été ramenée dans le dimension Limbo où Dormammu lui a déclaré la guerre pour posséder ce territoire magique.

Revenue auprès des X-Men, elle s'apprêtait à suivre le conseil de Cyclope, aller consulter le Dr. Strange, quand à nouveau elle a été convoquée par Dormammu. Mais cette fois, elle a entraîné avec elle toute l'équipe, recrues comprises.

Bendis puise donc dans les origines dramatiques de Magik qui fut enlevée, encore enfant, par le démon Belasco pour être retenue pendant des années dans la dimension Limbo. Elle mis à profit sa captivité pour s'initier à la sorcellerie et devenir une praticienne aguerrie des arts occultes en plus d'être une mutante. Quand elle réussit à regagner notre dimension, c'était une adolescente endurcie par ce séjour.

Longtemps membre des Nouveaux Mutants, grande amie de Kitty Pryde, soeur de Colossus, en devenant une hôte du Phénix, elle a beaucoup changé. Et ce changement profond s'est traduit par un changement de look radical sous l'impulsion de Chris Bachalo : on peut trouver ses designs dans le tome 1 de Uncanny X-Men et constater qu'il a beaucoup tâtonné avant de trouver le nouveau look de Magik. Désormais, elle s'affiche dans une tenue noire, moulante, très sexy, avec des sortes de cornes stylisées  sur les tempes, et brandit une énorme épée (la soulsword). Son bras gauche est hérissé d'épines impressionnantes.

Cette apparence a été modifiée récemment lors du run de Vita Ayala sur New Mutants et le moins qu'on puisse dire, c'est que maintenant elle arbore un look beaucoup plus doré qui a de quoi faire regretter le design si mémorable de Bachalo - même si dans l'histoire imaginée par Ayala, ce nouveau changement d'aspect se justifie bien.

Quoiqu'il en soit, Magik est aussi brisée que Cyclope, Emma et Magneto. Toutefois, elle réagit avec beaucoup de volonté, d'abord contre Dormammu, lors d'un affrontement très spectaculaire, auquel les dessins très numérisés de Frazer Irving donne une dimension flippante à souhait. Bon, ça pique quand même un peu les yeux, mais c'est fait pour. 

Et ensuite, on découvre que Magik peut désormais se téléporter non seulement dans l'espace mais aussi dans le temps : elle revient donc dans le passé pour aborder Stephen Strange, au début de sa carrière de sorcier suprême, et lui demander de l'aider à maîtriser ses nouveaux pouvoirs. Bendis initie quelque chose qui sera développé ensuite et qui, en dehors d'un épisode de l'anthologie What if...?, n'a jamais inspiré d'autres auteurs - à savoir l'éventualité qu'un jour Magik devienne à son tour sorcier suprême.

Puis on enchaîne avec deux épisodes qui voit le retour de Chris Bachalo au dessin. Et là, Bendis et son partenaire vont établir un subplot essentiel pour le reste de la série : Dazzler est embauchée par Maria Hill pour servir d'agent de liaison avec les mutants. Mais Mystique neutralise Alison Blaire et prend sa place. La métamorphe est insoupçonnable car rien ne permet de la distinguer de celle dont elle usurpe l'identité et le visage.

L'effet produit est vertigineux quand on assiste à une scène lunaire où Maria Hill explique à Magneto qu'il devra désormais s'adresser à Dazzler. Magneto croyait jouer un double jeu avec le SHIELD et ignore qu'il a pour interlocutrice Mystique. Avant cela, la vraie Dazzler aura tenté de faire parler Fabio Medina, rentré chez ses parents, sur la planque des X-Men. Les X-Men qui, en allant libérer leur recrue, tomberont face à Alison Blaire et tenteront de la convaincre de s'allier à eux. Ceci non plus n'en restera pas là...

Bachalo ne signe que deux épisodes dans ce tome mais il nous régale avec de très belles scènes où il ne s'économise pas. Là encore, c'est lui qui a signé le design du costume d'agent du SHIELD de Dazzler (et ses études pour cela figurent en bonus de l'album) : sa griffe est immédiatement identifiable, avec ce mix d'élégance et de motifs qui lui sont propres mais réduits au noir et au blanc. Superbe.

Pour les deux derniers numéros, Frazer Irving revient à l'occasion de l'apparition d'un robot apparenté à une Sentinelle blockbuster invincible. Bendis, lui, démarre un second subplot qui sera résolu plusieurs épisodes plus loin, au terme d'une enquête captivante, venant renforcer la parano omniprésente dans le camp de Cyclope. Kris Anka vient suppléer Irving sur quelques pages, sans doute loin d'imaginer qu'il deviendra ensuite l'autre artiste régulier de la série.

Prochaine étape de cette rétrospective : le crossover Battle of the Atom en dix (!) parties, impliquant Uncanny X-Men, All-New X-Men, Wolverine and the X-Men et X-Men. Une entreprise assez laborieuse et médiocre, mais qui, toutefois, rebattra complètement les cartes dans les séries de Bendis...

dimanche 29 octobre 2023

UNCANNY X-MEN, TOME 1 : REVOLUTION, de Brian Michael Bendis, Chris Bachalo et Frazer Irving

 Comme ma rétrospective sur Wolverine and the X-Men semble vous avoir bien plu et que j'ai aimé me replonger dans cette lecture, j'ai décidé de poursuivre avec une autre : celles de All-New X-Men et Uncanny X-Men par Brian Michael Bendis dont la parution a suivi celle du titre écrit par Jason Aaron.

Je me suis rappelé que j'avais, il y a neuf ans (!), rédigé les critiques des trois premiers tomes de All-New X-Men et je vous mets les liens pour les consulter si vous en avez l'envie.

ALL-NEW X-MEN VOLUME 1

ALL-NEW X-MEN VOLUME 2

ALL-NEW X-MEN VOLUME 3

A cette époque, je m'étais arrêté là parce que je n'avais pas apprécié le crossover qui suivait, Battle of the Atom, mais j'avais continué à lire la série. Je m'y suis replongé ainsi que dans les tomes de Uncanny X-Men. Je vais donc vous proposer les critiques des deux premiers tomes d'Uncanny X-Men par Bendis, Chris Bachalo et Frazer Irving, de telle sorte qu'ensuite j'embrayerai avec celle de Battle of the Atom. Puis ensuite, j'alternerai une critique d'un tome de All-New X-Men et une de Uncanny X-Men pour compléter le run de Bendis sur ces deux séries.

Allez, remontons le temps : souvenez-vous, c'était il y a dix ans, en 2013...


Le premier tome de Uncanny X-Men s'intitule Révolution (idem en vo) et comprend les épisodes 1 à 5. Les épisodes 1 à 4 sont dessinés par Chris Bachalo et le 5 par Frazer Irving, sur des scripts de Brian Michael Bendis.


Après s'être évadé de prison grâce à l'aide de Magneto et Magik et avoir sauvé Emma Frost du même sort, Cyclope a entrepris de former une nouvelle équipe de X-Men. Ensemble, ils recrutent Eva Bell/Tempus puis Christopher Muse/Triage (tout cela est relaté dans le vol. 1 de All-New X-Men). Puis ils sauvent d'une arrestation Fabio Medina après qu'il a fait surgir des boules dorées dans son lycée. Mais c'est alors que des Sentinelles surgissent. Cyclope, malgré ses pouvoirs détraqués (après avoir été l'hôte du Phénix - cf. Avengers vs. X-Men), réussit à les détruire. Plus tard, Magneto rencontre Maria Hill, la directrice du SHIELD, à qui il offre ses services pour arrêter Cyclope qu'il tient pour responsable de la mort de Charles Xavier.


Tandis que Emma Frost doit elle aussi apprendre à vivre avec ses pouvoirs altérés, Tempus, effrayée par les Sentinelles, veut revoir sa mère en Australie. Tout le monde accepte de l'accompagner, sauf Magneto qui, une fois l'équipe partie, prévient Maria Hill du déplacement des X-Men. A leur arrivée chez la mère de Eva Bell, les X-Men sont attendus par les Avengers.


Captain America annonce à Cyclope qu'il veut l'arrêter pour le meurtre de Charles Xavier. Mais Cyclope prend les badauds à parti en leur expliquant que personne à part lui ne veut protéger les mutants. La bagarre est inévitable mais Tempus fige les Avengers et les X-Men repartent à leur base. Magneto avoue alors qu'il collabore avec le SHIELD pour mieux leurrer Maria Hill dont il est convaincu qu'elle est liée aux nouvelles Sentinelles.

Toujours désireux de grossir les rangs de son équipe, Cyclope se rend avec Magik et Emma Frost à l'école Jean Grey dirigée par Wolverine. Les Stepford Cuckoos et le jeune Angel décident de partir avec eux. De retour à leur QG, Magik perd le contrôle de ses pouvoirs et disparaît...


Magik resurgit et explique que Dormammu veut s'emparer de Limbo, la dimension magique à laquelle elle est liée. Cyclope lui suggère de consulter le Dr. Strange mais Magik a une nouvelle crise et entraîne cette fois toute l'équipe avec elle dans la dimension de Limbo...

Pour les besoins de cette rétrospective, j'ai donc tout relu du run de Brian Michael Bendis sur les titres mutants qu'il animait à l'époque (en plus des Gardiens de la Galaxie). Et j'ai d'abord entrepris de situer ces histoires chronologiquement.

Quand All-New X-Men et Uncanny X-Men débutent leur parution, le titre mutant qui domine est Wolverine and the X-Men de Jason Aaron qui est parti de l'idée d'un schisme entre Cyclope et Wolverine : le premier veut que les X-Men deviennent plus pro-actifs et ne subissent plus passivement les persécutions des humains, il fait donc de l'île d'Utopia au large de San Francisco une sorte de forteresse et de camp militaire. Wolverine, lui, en revanche, considère qu'il s'agit d'une trahison de l'idéal de Charles Xavier qui militait pour une cohabitation pacifique entre mutants et humains, et suivant cela, repart à Westchester rouvrir l'école pour jeunes surdoués de leur mentor.

Puis on assiste au retour du Phénix sur Terre. Les X-Men de Cyclope comptent là-dessus pour que Hope Summers, le "messie mutant", en devienne l'hôte et déclenche une nouvelle émergence de mutants dans le monde (après la décimation survenue à la fin de House of M avec le sort lancé par Scarlet Witch). En revanche, les Avengers craignent que le Phénix ne détruise la Terre comme d'autres planètes avant et demande à Wolverine de les aider à raisonner Cyclope pendant que Iron Man trouve un moyen d'éloigner l'oiseau de feu.

Mais Tony Stark commet une erreur terrible : au lieu d'éloigner le Phénix, il le disperse et Cyclope, Emma Frost, Magik, Colossus et Namor en deviennent les hôtes. Les cinq Phénix entreprennent de remodeler le monde pour que les mutants soient à l'abri et aussi que les humains vivent en harmonie. Mais les Avengers font de la résistance face à ce nouvel ordre mondial imposé par cinq mutants omnipotents. Finalement, Cyclope s'accapare toute la puissance du Phénix et défie les Avengers et le professeur Xavier. Il finit par tuer ce dernier avant d'être maîtrisé et dépossédé de son pouvoir divin pus jeté en prison.

Magneto l'aide à s'évader et ensemble ils retrouvent Magik. Puis ils libèrent Emma Frost. Cyclope est convaincu qu'il a agi sous l'emprise du Phénix et ne peut être tenu pour responsables des actes commis durant Avengers vs. X-Men. Toutefois, il est aussi persuadé que cette expérience lui a montré la voie à suivre : il faut une révolution pour que les mutants ne puissent plus être persécutés et il compte sur les humains pour le soutenir, espérant qu'ils se souviendront de ce que le Phénix avait pu faire pour rendre le monde meilleur.

Brian Michael Bendis, curieusement, relate les premiers faits d'armes des Uncanny X-Men dans les pages de All-New X-Men en montrant le recrutement de Tempus, Triage, le sauvetage d'Emma Frost, et l'installation dans l'ancienne base du programme de l'Arme X (où personne ne songerait à les chercher).. Quand Uncanny X-Men démarre, Cyclope, Emma Frost, Magneto, Magik, et leurs deux premières recrues, Tempus et Triage, sont déjà ensemble.

Chronologiquement, le premier épisode de Uncanny X-Men se déroule en même temps que le neuvième de All-New X-Men : pour cela, il suffit de se fier aux costumes que portent Cyclope, Emma, Magik et Magneto, différents de ceux qu'ils ont dans les précédents numéros de All-New X-Men.

Dans ces cinq premiers épisodes, Bendis met l'accent sur la volonté de Cyclope de peupler son équipe. Fabio Medina est récupéré puis Benjamin Deeds (même si lui sera enrôlé dans les pages de All-New X-Men). En parallèle, le scénariste montre le double jeu de Magneto qui offre ses services au SHIELD à qui il raconte vouloir leur livrer Cyclope car il a tué Xavier. Magneto expliquera à Cyclope son plan : il a la certitude que le SHIELD déploie de nouvelles Sentinelles contre de nouveaux mutants et pour gagner la confiance de Maria Hill, il lui a promis sa tête.

L'autre point sur lequel Bendis insiste, c'est que le Phénix en investissant Cyclope, Emma et Magik a déréglé leurs pouvoirs. Il a aussi impacté ceux de Magneto qui se tenait à leurs côtés à ce moment. 0 part Magik qui se sent plus forte qu'avant, les autres ont vu leurs capacités régresser : Cyclope ne peut plus tirer de rafales optiques à volonté et a besoin d'un certain temps pour se recharger. Emma Frost n'est plus télépathe. Magneto n'est plus aussi puissant. Et ils le vivent mal (sauf Ilyana). Emma en conçoit une rancune envers Scott, mais elle accepte de la mettre de côté pour les besoins de la cause. Magneto s'adapte.

Tout cela compose un programme dense, mais Bendis a pour lui un talent de dialoguiste qui lui permet d'aborder tous ces sujets de manière fluide et rapide, se ménageant de la place pour traiter du recrutement de nouveaux mutants, de la position du SHIELD et des Avengers. Et même d'avancer l'intrigue qui sera développée dans le tome 2 quand Magik est attirée dans la dimension Limbo par Dormammu qui veut s'en emparer...

Les quatre premiers chapitres sont dessinés (et colorisés) par Chris Bachalo qui reste donc dans le giron mutant après son départ de Wolverine and the X-Men. L'artiste est familier de ces personnages qu'il a dessinés auparavant dans d'autres titres depuis le milieu des années 90. Son style déstructuré est une vraie plus value dans la mesure où il traduit admirablement l'ambiance chaotique de l'histoire, avec ses personnages cassés, leur récent passé ravageur, leur situation précaire, la paranoïa omniprésente dès le début (avec la supposée trahison de Magneto).

De plus, Bachalo qui avait déjà illustré de jeunes héros mutants avec Generation X dans les 90's sait y faire pour rendre immédiatement mémorables des créations originales comme Tempus, Triage, Fabio Medina et Benjamin Deeds, qu'il représente comme des gamins à peine sortis de l'enfance et basculant dans un monde affolant. Aidé par trois encreurs, Bachalo nous gratifie de superbes planches que sa colorisation obscurcit parfois un peu trop mais cela ne suffit pas à gâcher la fête.

Frazer Irving se charge de l'épisode 5 (et enchaînera sue les 6 et 7 du tome suivant) pour l'intrigue impliquant Dormammu. Bon, il faut supporter ce dessin informatisé à outrance et où le traitement des couleurs saturées n'aide franchement pas à la lisibiltié. Mais reconnaissons aussi à Irving un talent certain pour continuer à faire de la série un spectacle graphiquement détonant, très audacieux (trop peut-être puisqu'il quittera le navire ensuite rapidement - peut-être poussé vers la sortie).

On retiendra surtout que Uncanny X-Men n'a non seulement rien à envier à All-New X-Men mais surtout qu'elle s'en distingue farouchement. Bendis se prête à un exercice d'équilibriste fascinant en menant de front deux séries parallèles, dont les lignes narratives ne vont cesser de se croiser pendant un moment, sans se répéter (ou alors a minima). Et qui, avec Wolverine and the X-Men, offrait au lecteur une belle variété de titres X à cette époque.

mercredi 17 août 2016

Critique 989 : UNCANNY X-MEN #135-138, de Chris Claremont et John Byrne

Et voici la fin de la saga du Phénix noir, avec les trois derniers épisodes de cet arc et le 138ème épisode de la série, la vraie conclusion de cette histoire.
 Uncanny X-Men #135 : Dark Phoenix !
(Juillet 1980)
 Uncanny X-Men #136 : Child of Light and Darkness !
(Août 1980)
 Uncanny X-Men : The Fate of the Phoenix !
(Septembre 1980)
Uncanny X-Men #138 : Elegy
(Octobre 1980)

Jean Grey s'abandonne à l'ivresse du pouvoir corrupteur de la force Phénix et, après avoir administré une correction aux X-Men, qui tentaient de la raisonner, elle s'envole pour parcourir l'univers.
Afin d'alimenter en énergie le feu qui la dévore, elle consume une étoile et entraîne ainsi la mort de plusieurs planètes, dont l'une était habitée, puis désintègre un vaisseau patrouilleur de la garde impériale Shi'Ar. Lilandra en est avertie et décide immédiatement d'organiser des représailles.
De retour sur Terre, Jean se rend chez ses parents mais, lisant télépathiquement la peur qu'elle leur inspire, elle les quitte rapidement. Les X-Men l'attendent pour essayer de la maîtriser grâce à un gadget élaboré par le Fauve. Toutefois, il faudra l'intervention du professeur Xavier pour bloquer mentalement son terrible pouvoir.
La situation semble apaisée lorsque toute l'équipe est téléportée dans un croiseur Shi'Ar où Lilandra annonce que Jean Grey doit être exécutée pour les crimes du Phénix noir et préserver l'univers de nouveaux carnages. Charles Xavier défie alors à la garde impériale pour sauver son élève.
Le combat est dramatique : le Fauve, Colossus, Wolverine, Diablo, Angel, Tornade sont défaits par un adversaire plus nombreux, puissant, expérimenté et organisé. Acculée, Jean Grey préfère se suicider pour que Cyclope soit épargné.
Lors des obsèques de sa bien-aimée, Scott Summers se remémore toute sa carrière au sein des X-Men. Il annonce ensuite au groupe et au Pr X qu'il démissionne. Au même moment, Kitty Pryde est déposée en taxi devant l'école pour jeunes surdoués Charles Xavier, où elle va apprendre à exercer son pouvoir et s'intégrer aux humains, selon l'idéal de l'établissement.

La mort dans les comics est une figure de style, mais souvent malmenée : en effet, nombreux sont les héros (et les vilains) fauchés et qui ont ressuscité. Parfois ils ont maquillé leur décès, parfois ils n'étaient que blessés, parfois ils ont réellement passé l'arme à gauche mais ont bénéficié d'une seconde chance. En fin de compte, très peu sont "restés" morts, même si, quand ça a été le cas, quelques personnages y ont gagné en valeur (voir le Captain Marvel original de Marvel Comics, terrassé par un cancer dans un célèbre récit complet écrit et dessiné par Jim Starlin).

Quand Jean Grey est tombée dans le bras de la camarde, à l'époque, ce fut un choc pour les lecteurs, au moins comparable à la chute fatale de Gwen Stacy (que beaucoup considèrent comme l'événement marquant la fin de l'âge de l'innocence des comics publiés par Marvel). Peu après il y aura aussi l'exécution de Elektra par Bullseye dans le run de Frank Miller et Klaus Janson.

Mais Jean Grey (comme Elektra) sont revenues quelques années plus tard. On ne put plus mourir tranquille alors : désormais la pratique est devenue tellement courante qu'elle ne traumatise plus personne - au contraire, maintenant on parie plutôt sur quand le cher disparu va revenir, et, à la rigueur, comment. La vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie, mais la mort ne vaut plus grand-chose non plus...

Il faut rappeler cependant que ni Chris Claremont ni John Byrne ne voulaient sacrifier la belle rouquine, malgré les abominations qu'elle commet dans cette dernière ligne droite !

Pour bien apprécier le sort qui lui est réservé, un retour en arrière s'impose : l'idée initiale de Claremont et Dave Cockrum, lors de la relance de la série des mutants, était de faire de Jean Grey l'équivalent de Thor chez les X-Men. Ils n'aiment cependant ni l'un ni l'autre le pseudonyme de Marvel Girl, ni son costume vert avec ses bottes et son masque jaunes. Ils font donc d'une pierre-deux coups en la relookant et en lui attribuant des pouvoirs quasi-divins dans Uncanny X-Men #108 !

Quand John Byrne succède comme dessinateur à Cockrum, il déteste ce qui a été fait du personnage, et regrette la Jean Grey originelle, comme il affectionne les X-Men de la première génération (ainsi réintégrera-t-il Angel à l'équipe). Mais l'artiste doit composer avec la volonté du tout-puissant editor de l'époque, Jim Shooter, qui veut en profiter pour mettre en scène la corruption de l'héroïne au point qu'elle devienne malfaisante : il n'est plus question de comparaison avec Thor, mais d'aboutir à une sorte de Dr Fatalis des mutants. 

D'abord réticents, Byrne et Claremont se laissent séduire et exploitent ce retournement pour en faire le pivot de leur projet. Mais ils ne veulent tout de même pas que Jean Grey devienne une criminelle permanente et préparent une issue clémente : elle sera purgée de l'influence de la force Phénix au terme de l'aventure. 

Mais quand Shooter découvre cela, s'il est enthousiasmé par les pages dessinées par Byrne, la morale de l'histoire ne lui convient pas et exige une correction : il faut que Phénix paie pour le mal qu'elle a produit, quand bien même elle aurait agi sous influence. Claremont et Byrne se plient de mauvaise grâce à la décision de leur boss, tout en refusant que, comme il le suggère, Jean Grey soit emprisonnée par les Shi'Ar : cela obligerait forcément les X-Men à vouloir organiser son évasion. Les trois hommes tombent alors d'accord pour la tuer - ou plutôt pour qu'elle se suicide (une manière d'assumer ses actes). Plus tard, en 1984, pourtant sera publiée Phoenix : the untold story présentant la fin telle qu'envisagée initialement par le scénariste et le dessinateur (qui aura quand même fait tourner son partenaire en bourrique en le faisant sur-dialoguer la conclusion du #137).

Malgré ce rafistolage incroyable, l'impact de ce dénouement reste incroyable, d'une puissance dramatique peu commune. La laïus du Gardien confère une noblesse, certes simpliste, mais réelle au geste de Jean Grey. Mais cela aura provoqué des remous dans la fan-sphère de 1980 (déjà, des lecteurs menacèrent de mort les auteurs). En tout cas, c'est indéniablement la fin d'une ère pour les mutants. A mon sens, même la saga suivante et tout aussi réputée, Days of future past, n'égale celle du Phénix noir et son issue mélodramatique.  

Cette fin sera aussi celle du tandem Claremont-Byrne : il est aujourd'hui établi que ces deux collaborateurs, dont la complicité apparente aboutissait à de tels sommets, ne s'appréciaient pas. Claremont a toujours été loué pour son professionnalisme et son élégance (Alan Davis le cite comme un modèle par exemple, le scénariste est très respecté par les générations qui lui ont succédé). Byrne est un ogre génial mais infernal, qui s'est mis à dos une bonne partie du milieu : très vite, il s'est immiscé dans l'élaboration et la rédaction des épisodes de la série, aspirant à devenir un auteur complet, contrôlant au maximum les titres dont il avait la responsabilité. On ne peut s'empêcher de considérer l'ingratitude de Byrne envers Claremont qui a quand même toujours composé avec lui, ses idées, son sale caractère, son manque de solidarité, ses accusations (le dessinateur lui reprochait de trop s'approprier les personnages de ses collègues... Alors que lui-même se lamentera ensuite de ne pas disposer de certains protagonistes à sa guise). 

La suite, on la connait aussi : Byrne, désormais star adulé par les lecteurs et chouchouté par Marvel, négocie sa sortie en obtenant les Fantastic Four, qu'il gratifiera d'épisodes exceptionnels. Quant à Claremont, il est soulagé de renouer avec Cockrum, puis d'écrire pour Paul Smith, John Romita Jr, Marc Silvestri - même si son règne de 17 ans sur la franchise mutante s'achèvera dans la douleur... Tout comme la carrière de son meilleur ennemi, Byrne, se poursuivra dans le tumulte.

Extraordinaire de relire ces épisodes en ayant en tête la relation si terrible de ces deux-là. Impossible de deviner que le long flash-back auquel se livre Scott Summers dans le sublime #138, cette Elégie admirable et si émouvante aient été produits dans des conditions pareilles. Mais peut-être était-ce là le vrai génie de Claremont, Byrne et Shooter : savoir masquer leurs différends pour cueillir les fans avec une conclusion aussi remarquable.