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dimanche 14 juillet 2019

NAOMI #6, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell


Avec ce sixième épisode s'achève la première "saison" de Naomi. Si on ignore quand la série reviendra, elle demeure une déception au regard des ambitions affichées par Brian Michael Bendis. En revanche le projet aura révélé Jamal Campbell.


Les parents adoptifs de Naomi et Dee le garagiste rejoignent Annabelle là où Naomi vient de disparaître. Elle a en effet suivi sans résistance Zumbado via un portail dimensionnel sur leur monde d'origine.


Cette terre parallèle est aujourd'hui dévastée par la guerre que se sont livrés les élus dotés de pouvoirs divins. Les rares survivants vivent cachés. Zumbado avoue àNaomi que ses parents biologiques sont morts depuis longtemps.


Parce qu'elle connaît le rôle qu'a joué Zumbado dans le sort de la planète, Naomi l'accuse d'être l'assassin de ses parents et engage le combat. Mais son adversaire est trop puissant pour elle.


La jeune fille ne doit son salut qu'à l'intervention providentielle de sa tante, Akira, qui, en ouvrant un nouveau portail dimensionnel, la renvoie sur Terre. Zumbado la suit mais Naomi l'atomise en déchaînant ses pouvoirs.


Bouleversée, Naomi mesure sa chance de revoir sa famille adoptive tout en comprenant que sa vie a irrémédiablement changé. Elle est soutenue par Annabelle et s'envole vers son nouveau destin.

On peut quand même se demander quelle mouche a piqué DC de sortir tous ces épisodes écrits par Brian Michael Bendis la même semaine (et encore j'ai zappé Young Justice #7). On frise l'indigestion et comme, hormis Event Leviathan #2, le scénariste n'a guère été inspiré, forcément Naomi avait peu de chance de surnager après ses précédents épisodes décevants.

Bendis a aussi sa part de responsabilité car il a visiblement péché par excès de confiance en déclarant dès le lancement de ce titre qu'il allait enrichir le DCU de manière aussi significative que Le Quatrième Monde de Jack Kirby. Plutôt audacieux comme affirmation.

Le compte n'y est évidemment pas. Ce n'est pas la découverte de ses origines extra-terrestres et de ses pouvoirs qui fait de Naomi l'égal d'Orion, de Mister Miracle ou Darkseid. Tout cela évoque davantage Superman (une orpheline recueillie au monde dévasté) et renvoie à d'autres créatures "Bendisiennes" comme Miles Moralés et Riri Williams.

Sauf que Miles et Riri avaient un statut d'héritier de super-héros emblématiques comme l'Ultimate Spider-Man ou Iron Man là où Naomi n'est que le rejeton d'une obscure lignée d'élus dont, il faut bien l'avouer, on se fiche un peu. Est-ce pour cela, comme ne le cache pas la couverture de ce numéro, que l'héroïne va grossir les rangs (pourtant déjà bien fournis) de Young Justice, en attendant la suite de ses aventures en solo (pas avant plusieurs mois car le dessinateur de la série va enchaîner avec un nouveau projet) ?

Quel est aussi la part de David F. Walker dans la série ? Bendis joue-t-il le rôle d'une sorte de concepteur et Walker de scribe ? Ou les deux partenaires se partagent-ils plus équitablement les responsabilités ? Il apparaît tout de même que la série tient davantage de Bendis (pour ses dialogues, ses thèmes).

Le vrai mérite de Naomi sera surtout d'avoir révélé au grand public (car le titre a été bien reçu) son dessinateur, Jamal Campbell. En assumant dessin, encrage et colorisation, il montre un potentiel prometteur. Il lui faut encore travailler la lisibilité de certains plans et freiner l'usage de doubles pages, mais c'est épatant.

Car Campbell assure sur beaucoup d'autres points : ses personnages sont expressifs, ses découpages dynamiques. C'est une vraie star en devenir. Qui va donc devoir confirmer sur Far Sector, un titre inédit de la gamme "Young Animals" de Gerard Way, avec pour héros un nouveau (un énième plutôt) Green Lantern.

Pour ma part, je ne ferai pas la "saison 2" de Naomi (et je ne serais d'ailleurs pas fâché que Bendis lâche ses "Wonder Comics" maintenant qu'il va relancer, à l'Automne prochain, La Légion des Super Héros : le scénariste est une force de travail mais je préférerai qu'il s'éparpille moins). 

dimanche 19 mai 2019

NAOMI #5, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell


Pour son pénultième épisode, Naomi se livre largement : Brian Michael Bendis, bien qu'aidé par David F. Walker, semble le seul vrai maître à bord de ce chapitre, dans lequel on trouve une sorte de synthèse de qu'il développe chez DC depuis un an. Mais aussi quelques-uns de ses tics, au point que la BD mute parfois en livre d'illustrations, où brille Jamal Campbell.


Naomi et sa meilleure amie Annabelle se retrouvent en pleine nuit et la première est encore toute excitée par la découverte de ses origines. Elle révèle rapidement qu'elle n'est pas née sur cette Terre.


Le multivers compte de nombreux mondes semblables au nôtre et la Terre où a vue le jour Naomi ne disposait plus de couche d'ozone. Ce qui a laissé filtrer des radiations inconnues, transformant certains de ses habitants.


Vingt neuf "élus" furent investis de pouvoirs divins, générant une guerre entre des réformateurs et des conservateurs, lorsqu'ils ne choisirent pas l'exil. Puis le criminel Zumbado se dressa contre les survivants pour se venger.


Grâce à sa tante Akira, Naomi fut envoyée sur notre monde où son père adoptif, Gary, de Rann, et Dee, de Thanagar, la trouvèrent. Aujourd'hui, les parents biologiques de la jeune fille sont certainement morts.


Son récit terminé, Naomi se demande quelle suite donner à son existence et Annabelle cherche à la réconforter. Mais les deux amies sont surprises par l'arrivée de Zumbado, déterminé à éliminer Naomi...

Brian Michael Bendis n'écrirait pas deux séries consacrées à Superman, on jurerait qu'il ait créé Naomi pour combler ce manque tant les origines de sa jeune héroïne renvoie à celles du kryptonien.

Quel que soit le rôle et l'apport dans l'écriture des scripts de David F. Walker, c'est bien Bendis qui est à la baguette ici, qui parle : on reconnaît sa voix, ses motifs - surtout ceux qu'il développe depuis un an chez DC (avec des allusions appuyées aux "crisis" du DCU, le destin d'un enfant d'un autre monde, orphelin, aux grands pouvoirs, métisse, etc.).

On reconnaît aussi des tics, diversement appréciés depuis longtemps, de Bendis, comme un texte très (trop !) abondant, surtout pour raconter... pas grand-chose, ni de neuf, ni d'original, ni de captivant.

Comment cela se traduit-il concrètement ? Par une succession de doubles pages, qui permettent à Jamal Campbell de s'illustrer... Mais en cédant complètement à la "grande image" au détriment de toute narration graphique. C'est certes un moyen comme un autre de faire passer la voix-off de la mère biologique de Naomi, mais c'est aussi très paresseux.

Surtout que ce qui nous est raconté est très banal, une reprise même pas déguisée des origines de Superman, avec cette Terre parallèle (inscrivant la série dans la même veine que Young Justice, Dial H for Hero et Wonder Twins, soit toute la production du label "Wonder Comics" avec le Multivers en toile de fond), ces surhommes engendrés par des radiations, leur guerre politique, un criminel revanchard et l'exfiltration de la seule enfant de ces dieux élus. 

Zumbado (un drôle de nom, plus risible que menaçant, mais au moins personnel, contrairement à celui de la tante Akira), le grand méchant de l'affaire, a une sacrée bonne boussole et un remarquable sens du timing, puisqu'il débarque providentiellement à la fin de l'épisode pour terminer sa sale besogne, juste devant sa cible !

Je suis un peu acide, mais c'est parce que je suis très dubitatif sur la démarche de Bendis avec ses deux "wonder" séries : Young Justice est très laborieux, Naomi fait pschitt !

Comme expériences de laboratoire, ce n'est pas tellement grave (DC peut se passer, comme Bendis, de cette nouvelle ado super-héroïque). En revanche, comparé à ce qu'il a accompli avec le retour du "Jinxworld", le label "Wonder Comics" n'est pas aussi inspiré.  

vendredi 19 avril 2019

NAOMI #4, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell


Ce quatrième épisode de Naomi par Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell ne répond pas seulement à bien des mystères sur les origines de son héroïne, mais se distingue également par sa forme étonnante. En effet, il ne compte que dix-sept pages, mais ce sont tous des doubles pages ! Une originalité pour un numéro nerveux et dense.


Gary, le père adoptif de Naomi, l'a entraînée dans une grotte où elle découvre le vaisseau spatial de ce dernier. Il lui explique être un ancien soldat d'élite de la planète Rann, ayant combattu les Thanagariens aux côtés des Green Lanterns.


Détaché sur Terre pour y trouver et surveiller un agent ennemi, Gary s'est fondu dans la masse avant de rencontrer successivement Dee, qu'il soupçonnait d'être sa cible, puis Jan, dont il tomba amoureux - mais avec qui il ne réussit pas à avoir d'enfant.


Après lui avoir révélé la vérité sur son passé, Gary restait sur le qui-vive même si son état-major ne donnait plus de nouvelles. Un soir, il suit Dee jusqu'à un parking lorsqu'une femme apparaît, poursuivie par un commando.


Dee et Gary s'allient pour la sauver mais s'ils réussissent à vaincre le commando, ils n'évitent pas l'exécution de la femme. Gary découvre alors dans ses bras un nourrisson. C'était Naomi.


Avec Jan, il l'adopte et l'élève, en lui camouflant ses origines, attendant le bon moment pour lui en parler. Ce jour est venu et Jan remet à Naomi un artefact trouvé dans ses langes. En le touchant, elle l'active...

Avec cet épisode, Bendis et Walker jouaient très gros. Ayant très tôt promis que les origines de Naomi bouleverseraient le destin de leur héroïne mais impacteraient aussi l'univers DC, il fallait que les révélations attendues soient à la hauteur.

Le bilan est cependant mitigé. Sur le fond, non, soyons honnêtes, Naomi n'a (pas encore) l'étoffe d'un personnage qui révolutionne les fondations du DCU. Il faudra attendre le mois prochain et découvrir la nature de l'artefact que vient d'activer la jeune fille pour connaître sa race et donc son importance. A première vue, le dessin de cette espèce de médaillon ressemble à un emblême d'un des corps des Lanterns. C'est déjà pas mal, me direz-vous, et c'est indéniable, mais cela pose bien des questions.

A commencer par l'identité des agresseurs de la mère biologique de Naomi. Dee, dont on apprend qu'il est thanagarien, ne les a pas reconnus comme ses semblables. Et Gary, le père adoptif de l'ado, qui vient de Rann, est certain que ce ne sont pas ses pairs. 

Ensuite, sans vouloir dévaluer les corps des Lanterns, en termes d'importance cosmique dans le DCU, cela ne représente pas un chaînon si nouveau ni si puissant que ça (même si on parle des flics de l'espace ou de leurs dissidents - et Geoff Johns en a développés un paquet). Je suis un chouia déçu parce que j'avais misé sur le fait que Naomi venait de New Genesis ou Apokolips, qui, je trouve, ont plus de gueule.

Mais, ces bémols mis à part, force est de reconnaître que Bendis et Walker ont bien mené leur affaire. La conduite du récit se trouve renforcée par son découpage et sa mise en page. Jamal Campbell enchaîne donc les doubles pages avec excellence, ce qui n'est pas un mince exercice à une époque où bien des dessinateurs se servent de ce format juste pour en mettre plein la vue.

Une fois encore, les dialogues occupent une place prédominante dans l'épisode et les doubles pages permettent de les faire passer avec fluidité. Campbelle évite avec bonheur de collectionner des "talking heads", d'abuser du "copier-coller", et s'efforce de varier la valeur des plans, la dimension des vignettes, leur disposition. Parfois, il divise sa double-page en trois parties, comme des colonnes ; parfois il aligne les cases sur des bandes horizontales ; une fois il utilise toute la surface pour un plan unique spectaculaire ; ou alors il sépare une scène d'action en deux quartiers mais avec des cases tangentes.

Tout est bon à l'artiste pour que le lecteur ne s'ennuie pas dans un numéro explicatif, avec donc des dialogues abondants, une voix-off, un important flash-back, etc. Et c'est parfaitement réussi. 

Plus que deux chapitres avant la fin de ce premier acte, après quoi la série fera une pause. Reprendra-t-elle rapidement ? Et surtout avec le même artiste ? Rien n'est moins sûr (Campbell est réquisitionné sur une nouvelle série du label "Young Animals" de Gerard Way). Mais, ce qui semble certain, c'est que Naomi a fait son trou.  

vendredi 22 mars 2019

NAOMI #3, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell


Maintenant que l'on sait que Naomi paraîtra en "saisons" de six épisodes avec un break pour permettre à son dessinateur, Jamal Campbell, de souffler, la construction même du récit s'éclaircit. Ainsi, ce mois-ci, la couverture du numér promet la révélation de secrets et effectivement Brian Michael Bendis et David F. Walker lève une partie du voile. Qui lie la série à d'autres titres "Wonder Comics"...


Naomi confronte Dee à la photo qu'elle a trouvée où il figure avec une femme noire. Sont-ils ses parents biologiques ? Non, mais le garagiste consent à faire quelques confidences.


A commencer par le fait qu'il était membre d'un commando de l'armée de Thanagar (un des mondes de Hawkman) avec sa partenaire Qyeala. Las de la guerre, ils voulurent profiter d'un portail dimensionnel sur Gemworld pour déserter.


Mais Qyeala fut tuée avant de le franchir et Dee échoua, seul, sur Terre. La confession est brusquement interrompue par la mère adoptive de Naomi qui lui ordonne de sortir tandis qu'elle dispute Dee.


Au lieu de rentrer chez eux, les parents adoptifs de Naomi s'arrêtent en route. Son père l'entraîne sur la plage puis l'invite à le suivre dans une grotte. Elle hésite, craignant qu'il ne veuille se débarrasser d'elle.
  

Mais lorsqu'elle découvre un vaisseau extraterrestre, elle est sidérée. Et ce n'est pas fini puisque son père lui apparaît ensuite, vêtu d'une combinaison rappelant celle des soldats de Rann (la planète d'Adam Strange)...

Dans un arc narratif annoncé en six parties, le troisième chapitre est déterminant car il se situe évidemment à la moitié et donc doit marquer un vrai tournant, une vraie progression dramatique. C'est de plus la promesse indiquée sur la couverture de ce numéro.

Les deux scénariste ne peuvent donc pas se cacher ni reporter davantage les révélations et ni Brian Michael Bendis ni David F. Walker ne font faux bond. L'épisode regorge de rebondissements, qui s'expriment par le dialogue mais aussi par l'image.

Naomi n'existe que par défaut depuis le début puisqu'elle est préoccupée par sa véritable identité, ses origines. De manière suggestive, le scénario jouait sur le fait qu'elle était peut-être une extra-terrestre, ce qui expliquait sa fascination pour Superman. Et l'attitude intrigante de ses parents adoptifs.

La vérité semble plus complexe, même si elle reste encore à formuler - on a beau être au troisième épisode, il en reste encore autant à présenter, donc, non, tout n'est pas dit. Entre le passé thanagarien du colossal garagiste Dee, les allusions au Gemworld et ce qui semble être un vaisseau de Rann, la série brasse large et assume vraiment son ambition initiale (qui est de produire l'équivalent du Qautrième Monde de Kirby).

Mais, et c'est peut-être le plus important, cela cartographie davantage que le monde de Naomi : en effet, le Gemworld est aussi le cadre de l'arc en cours de Young Justice et DC a officialisé qu'un spin-off avec Amethyst est prévu. On peut même pousser plus loin en évoquant la série Hawkman de Vendetti, qui a montré que Thanagar n'était qu'un élément de la mythologie du héros ailé, ou se rappeler que Adam Strange, le terrien protecteur de Rann, est apparu plusieurs fois dans le Superman de Bendis. Naomi serait-elle le trait d'union entre plusieurs productions du scénariste, voire avec celles de ses collègues chez DC (comme le futur event Leviathan impliquera plusieurs héros importants) ?

Sur cette trame excitante, Jamal Campbell a l'intelligence de rester mesuré. Son dessin reste concentré sur les personnages et il ne s'autorise que peu de fantaisie (une double page pour montrer le commando thanagarien de Dee en action, une autre pour représenter le vaisseau du père adoptif de Naomi).

Cette approche peut sembler trop minimaliste à l'heure où le récit s'emballe et ouvre la porte sur un aspect plus cosmique. Mais en fait, c'est une méthode juste car le spectacle important, c'est celui des émotions de l'héroïne. Comme elle, le lecteur doit être ébahi par ces découvertes, leurs ramifications. En restant à la hauteur de cette ado médusée, on partage son émoi.

Il est très satisfaisant de constater la maîtrise tranquille avec laquelle l'affaire est conduite. Cette petite série contient une grande richesse et en fonctionnant à rebours, elle accroche vraiment. On entre par le petit bout de la lorgnette dans un monde insoupçonné et c'est drôlement plus efficace que d'autres histoires emberlificotées au point qu'on doute du plan de ses auteurs (voir Justice League Dark, Justice League, Avengers). Plus "character's driven" que "story's driven" donc, mais surtout simplement plus accessible.    

dimanche 24 février 2019

NAOMI #2, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell


Le titre figurant en couverture trompe un peu sur la marchandise car, non, la "vérité" ("truth") n'est pas encore au programme (par contre des révélations sont annoncés le mois prochain). Mais il n'empêche que le trio Bendis-Walker/Campbell sait titiller la curiosité du lecteur avec Naomi. Et surtout ces trois-là travaillent vraiment sur la même longueur d'ondes.


Naomi demande au mécanicien Dee comment il connaît la date à laquelle elle a été adoptée, qui se trouve correspondre avec le premier événement méta-humain qui s'est produit à Port Oswego il y a dix-ans.


Mais il refuse d'en dire davantage et la congédie avant de s'éclipser à moto. De retour chez elle, Naomi, bouleversée, interpelle ses parents : Dee est-il son père biologique ? Ils nient et la rassurent autant que possible.


Après avoir parlé via Skype avec sa meilleure amie Annabelle au sujet de Dee, Naomi apprend qu'il vient d'Iron Heights, une prison pour méta-huamains. La nuit est agitée et traversée de visions étranges sur des dieux en guerre.


Le sommeil la fuit et Naomi sort de chez elle pour retourner au garage de Dee dans lequel elle s'introduit par effraction. Elle fouine à l'intérieur et découvre, punaisée sur un mur, une photo.


Sur le cliché, Dee est avec une femme ressemblant à Naomi. Le mécano surprend la jeune fille qui lui somme de s'expliquer. Bien qu'il ne s'estime pas près, Dee accepte de parler...

Cette semaine n'a pas été bonne : les séries que j'ai lues m'ont globalement déçu, souvent pour la même raison. Un manque de correspondance entre le récit et sa mise en images. Comme un décalage qui soulignait la différence flagrante entre l'histoire et sa représentation visuelle.

Cela résume bien la difficulté à réaliser un comic-book et définit la singularité du média de la BD. Un bon texte mal dessiné est pénible. Un mauvais texte bien illustré est frustrant. Il faut vraiment que scénariste et artiste soient sur la même longueur d'ondes pour que le résultat de leurs efforts soit probant et agréable.

C'est ce que rappelle et prouve Naomi, qui n'est pas (pas encore ?) la série la plus épatante du monde mais la plus solide que j'ai lue ces derniers jours, celle dont l'équipe créative est la mieux accordée, celle où texte et dessin sont de qualités identiques et aboutissent à une lecture satisfaisante.

L'héroïne est bien une créature de Brian Michael Bendis, jeune, métisse, saisie avec une justesse remarquable, dont la quête est captivante sans excès dans les effets déployés pour sa narration. David F. Walker semble celui des deux auteurs chargé de donner corps et langue à Naomi et son style, proche de Bendis, ne permet pas de noter de différence. Quant à l'intrigue...

Certes, ça progresse doucement, mais nous n'en sommes qu'au deuxième épisode et Bendis et Walker ont su me hameçonner avec cette histoire d'une jeune fille ordinaire dont le passé renferme visiblement quelque chose d'extraordinaire. Pour l'instant, le scénario se concentre sur le quotidien, le non-dit, mise sur a suggestion, l'allusion. Mais des pics de tension rythment le tout au bon moment (la discussion poignante de Naomi avec ses parents adoptifs).

Des indices sont semés - le passé de Dee à Iron Heights, le rêve hallucinant de Naomi, la photo dans le garage. Juste assez pour nous donner envie d'en savoir plus, pour laisser entendre qu'un truc énorme se joue en coulisses. Bendis a d'ailleurs communiqué récemment en expliquant que le premier arc (en six parties) correspondait à la "saison 1" de la série, après quoi le titre ferait un petit break (le temps pour Jamal Campbell de se reposer). Et de poster un teaser montrant Naomi entouré des membres de Young Justice et la Justice League...

Jamal Campbell est la révélation de cette série : en deux épisodes, il s'est imposé comme un artiste à suivre de très près. Même si son traitement du dessin par informatique donne parfois à ses images un aspect un peu trop lisse, la copie qu'il rend est tout de même épatante.

Ses pages sont denses, avec des décors bien détaillés, un découpage varié mais un nombre souvent important de cases. Surtout, son art de la composition et l'expressivité de ses personnages sont sensationnels. Il maîtrise parfaitement l'animation d'une héroïne jeune sans en faire une caricature et sait exagérer certains éléments sans sombrer dans l'outrance.

On comprend pourquoi Bendis a précisé que son dessinateur prendra un bref congé au terme de ce premier arc car Campbell se montre généreux, comme en témoigne des doubles pages très remplies, qu'il s'agisse d'un dialogue nerveux entre Naomi et Annabelle ou du rêve de Naomi mettant en scène une guerre cosmique. Tout ça magnifiquement colorisé (par le même Campbell !).

Tel quel, il se dégage un sentiment de facilité, presque insolente. Mais on comprend bien la somme de travail et la bonne intelligence entre les auteurs et l'artiste pour en arriver là. C'est cela qui aboutit à une bonne BD.  

lundi 28 janvier 2019

NAOMI #1, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell


Naomi est la deuxième série estampillée "Wonder Comics", après Young Justice (et avant Wonder Twins et Dial H, à venir en Février). Brian Michael Bendis en est le créateur mais il partage l'écriture avec David F. Walker et le dessin a été confié à Jamal Campbell. Ne vous fiez pas aux apparences : sous ses airs modestes, le titre est ambitieux car ses auteurs veulent en faire le point de départ d'une addition comparable au "Quatrième Monde" de Jack Kirby !


Une petite ville de l'Oregon est le théâtre d'une brêve bataille entre Mongul et Superman, que celui-ci remporte facilement. L'événement met la jeunesse de cette localité en émoi. Sauf Naomi, qui a raté la scène.


Ruminant sa frustration, cette adolescente afro-américaine de dix-sept ans a pourtant droit à une seconde chance quand son amie Annabelle la prévient par texto que l'homme d'acier est de retour. Mais sa visite est plus calme et aussi rapide que la précédente.


En échangeant avec sa psychothérapeute, Naomi confie avoir l'impression d'être passée à côté de quelque chose d'important pour elle, pas seulement par rapport à Superman. Peut-être parce que comme lui, elle a été adoptée et se sent spéciale.
  

Après qu'un camarade du lycée ait mentionné un précédent événement similaire il y a longtemps, Naomi interroge plusieurs adultes, qui jurent ne se souvenir de rien. Mais la jeune fille est certaine qu'on lui ment.


Elle décide alors de questionner l'impressionnant Dee, garagiste. Et lui confirme que la bourgade n'en est pas à son premier choc. Le premier a eu lieu il y a dix-sept ans, un quatorze Mars. Le jour de l'adoption de Naomi.

De tous les projets mainstream qu'il a amorcés chez DC depuis son arrivée, Naomi pourrait bien être le plus important pour Brian Michael Bendis. C'est en tout cas le premier où il affiche clairement sa volonté d'enrichir la continuité de l'éditeur tout en créant un personnage original.

Et il l'assume avec ce qui peut passer pour du panache ou de la prétention car Naomi annonce un secret aussi important que la création du Jack Kirby's Fourth World, qui a donné les New Gods, Mister Miracle, Darkseid, Apokolips, New Genesis, etc. Tout ça en partant d'une ado de dix-sept ans dans l'Oregon.

Selon qu'on sera bien disposé ou pas, l'entreprise a de quoi intriguer et accrochera (ou pas). En partageant l'écriture avec David F. Walker (sans doute selon le schéma suivant : Bendis et Walker conçoivent l'intrigue ensemble, puis Walker rédige le script que Bendis valide et corrige le cas échéant), Bendis a quand même sans doute dû céder à un emploi du temps déjà bien chargé et délégué.

Mais ce premier épisode, essentiellement introductif, ne trompera personne : les éléments sont "Bendisiens" au possible, avec une jeune héroïne métisse, adoptée, apprentie détective, bref un mix entre Miles Morales et Jessica Jones. Superman fait deux apparitions aussi. Et les dialogues occupent une place essentielle (c'est donc "bavard" selon les critères des grincheux qui, apparemment, souhaiteraient lire des comics muets).

La partie graphique est l'oeuvre d'un jeune artiste, Jamal Campbell, qui travaille en free-lance (mais à qui DC aurait tout intérêt de faire signer une contrat d'exclusivité). Il assume dessin et encrage et le résultat est excellent.

Tout d'abord, il maîtrise parfaitement son découpage en diversifiant beaucoup ses effets, que ce soit des doubles pages en continuité séquentielle ou des "gaufriers" de douze cases en passant par des échanges entre deux personnages dominés par des vignettes occupant toute la largeur d'une bande. C'est toujours admirablement fluide et tonique.

Ensuite, sur la base d'un casting majoritairement jeune, Campbell est très à l'aise et les anime de manière très expressive, qu'il s'agisse de leurs visages ou de leur gestuelle. Les compositions de chaque image prouve que le dessinateur sait placer les éléments de manière aérée et harmonieuse (même s'il est évident qu'il travaille les décors avec des fichiers numériques).

Qu'on ne se méprenne pas : le cliffhanger est assez convenu (on devine rapidement qu'il y a un lien entre ces visites de surhommes et l'héroïne, et que le fait qu'elle soit adoptée dissimule quelque chose tout comme l'attitude des adultes), mais c'est efficace. En commençant modestement tout en promettant gros, les auteurs piquent notre curiosité tout en veillant à livrer un épisode divertissant et mystérieux.

Naomi a tout pour être la véritable pépite du label "Wonder Comics" (sur lequel on fera un premier point le mois prochain avec ses deux dernières productions).
   
La variant cover d'Emanuela Lupacchino.