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vendredi 22 décembre 2023

UNCANNY SPIDER-MAN #5, de Si Spurrier, Lee Garbett et Simone Buonfantino

 

C'est fini aussi pour Uncanny Spider-Man ! Cette mini-série, la plus improbable lancée au cours de Fall of X, s'est avérée une excellente surprise, d'abord parce que Si Spurrier a (enfin !) su écrire Diablo. Ensuite, visuellement, même si trois dessinateurs sont intervenus, le résultat m'a ravi. De qui espérer des jours meilleurs pour Kurt Wagner ?



Comment Diablo va-t-il sortir des griffes d'Orchis auquel l'a livrée Silver Sable ? Quid de Mystique ? Et le mutant téléporteur va-t-il devoir continuer à se cacher sous le masque de Spider-Man ? Enfin, qui est réellement la voix qui s'adresse à Kurt Wagner et lui apparaît à lui seul sous la forme d'un lutin qui lui ressemble ?


Bien entendu, comme hier avec Uncanny Avengers, je ne vais rien dévoiler d'essentiel sur le contenu de ce dernier épisode de Uncanny Spider-Man afin que vous puissiez, le moment venu de sa traduction en vf, profiter pleinement de cette histoire.


Non, je vais plutôt, comme hier avec Uncanny Avengers, m'attacher à examiner si Uncanny Spider-Man a été utile à Fall of X ou si ça n'a été qu'une mini-série un peu gadget. Car avec tous les titres satellites qu'a produits Marvel durant cette période, on a pu parfois s'interroger sur leur pertinence.


Comment dès lors déterminer la nécessité de telle mini-série ou telle autre ? La réponse est simple : qu'est-ce qu'elle a apporté à la situation s'ensemble. Au terme du Hellfire Gala 2023, Krakoa a été le théâtre d'un coup de force terrible de la part d'Orchis : des mutants ont disparu on-ne-sait-où en franchissant les portails désormais condamnés, d'autres ont réussi à prendre le maquis. Mais la vérité, c'est que les méchants ont gagné. L'ère de Krakoa est révolue.

Et il semble bien qu'une page soit amenée à se tourner définitivement dans les prochains mois. Au niveau éditorial, la gamme mutante va passer sous le contrôle de Tom Brevoort, un vétéran de Marvel, dans la maison depuis trente ans dont vingt-cinq à superviser la franchise Avengers. Exit donc Jordan White qui aura été l'autre tête pensante des X-Men depuis cinq ans et la révolution initiée par Jonathan Hickman. C'est un signal fort envoyé par l'éditeur que de placer Brevoort, une manière de dire que désormais les X-Men sont devenus une priorité.

Pourtant le chapitre suivant pour les mutants sera encore une initiative chapeauté par White avec les deux mini-séries Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, qui paraîtront à raison d'un épisode chacune chaque mois (et non plus une de chaque chaque semaine comme initialement annoncé). Sachant qu'il y aura cinq épisodes de Fall... et Rise..., cela nous projette en Mai 2024. Durant cette période, on sait que certains titres réguliers vont s'arrêter définitivement (Immortal X-Men et X-Men Red qui s'achèvent ce mois-ci), d'autres se poursuivre (X-Men, X-Force, Wolverine). Mais surtout on vient d'apprendre, hier, que le vrai redémarrage aura lieu en Juillet 2024 avec le label X-Men : From the Ashes. C'est là que débutera vraiment la reprise en main par Brevoort. 

Revenons à Uncanny Spider-Man : pour résumer le fond de ma pensée, je dirai que Diablo a certainement été un des mutants les moins gâtés par le renouveau de Hickman. Pourtant ce dernier en avait fait un membre du conseil de Krakoa, le gouvernement de la Nation X, puis dans les pages de la série X-Men il ambitionnait visiblement d'en faire une sorte de guide spirituel de l'île et de sa communauté. Mais le scénariste a, on le sait, été empêché de beaucoup de choses par la pandémie, l'obligeant à revoir ses plans et finalement à abréger son run pour faire ses adieux à la franchise avec Inferno.

Le départ de Hickman, qui avait passé le relais sur X-Men à Gerry Duggan, a incité Marvel et White à réorganiser les titres de la gamme. De nouvelles plumes ont été sollicités, comme Al Ewing, Kieron Gillen (qui faisait en fait son retour) et Si Spurrier. Ce dernier a manifesté son intérêt pour Diablo et l'a employé comme personnage principal de Way of X (sans intérêt) puis Legion of X (encore pire). Ces titres me sont à chaque fois tombé des mains.

Je n'avais donc aucun espoir que cela s'améliore avec Uncanny Spider-Man dont je trouvais le pitch au minimum improbable. Dans la chronologie mutante, Diablo a quitté Krakoa avant le Hellfire Gala, s'étant rendu compte que le conseil de l'île s'était égaré en route et que son propre projet de fonder une sorte d'église était dans l'impasse. Si Spurrier avait déplacé Kurt Wagner à New York où, avec la permission de Spider-Man, il jouait au héros dans un costume proche du tisseur.

Les premiers épisodes laissaient dubitatif sur cette situation d'autant plus que les Sentinelles ne détectaient pas Diablo/Spider-Man, que ce dernier entendait une voix qui était visualisée sous la forme d'un Bamf blanc, et qui, traqué par Orchis, et le Wild Pack de Silver Sable, s'engageait dans une liaison avec la mercenaire. Pourtant, malgré tout ça, il y avait un charme fou dans cette histoire, surtout grâce à un changement de ton radical de la part de Spurrier, qui jouait enfin le jeu du super-héroïsme et embrassait la personnalité de Diablo dans ce qu'elle de plus séduisante et bondissante (sans négliger son vague à l'âme suite au carnage du Hellfire Gala et se sa propre crise existentielle).

Cinq épisodes plus tard, si Uncanny Spider-Man a apporté quelque chose à Fall of X, c'est surtout, d'une part, ce côté aventurier, mouvementé, très distrayant, mais aussi, d'autre part, et surtout, une remise en avant bien caractérisé du personnage de Diablo. Et dans cet ultime épisode, on le voit sauver un autre personnage maltraité par Orchis, ne pas renoncer à sa romance avec Silver Sable, et renouer avec sa mère, Mystique (via le one-shot X-Men Blue : Origins, paru entre les épisodes 4 et 5).

Tout est donc en place pour que Diablo retrouve une bonne place pour la suite (et la couverture du n°1 de Fall of the House of X ne laisse aucun doute à ce sujet). En même temps (et c'est le seul - très - petit  spoiler que je m'autorise ici), à la fin de X-Men : Red (épisode 18), Diablo se trouve dans une position très indélicate et inattendue. Comment interpréter ça ? On en saura certainement plus très vite là encore dans Fall of the House of X.

Visuellement aussi, Uncanny Spider-Man aura été un plaisir. Lee Garbett semble être né pour dessiner le personnage à qui il redonne un charme fou et un côté subtilement torturé mais pas trop démoniaque. On pourra juste regretter que l'artiste n'ait pas réalisé la totalité des cinq numéros mais il a été bien remplacé par Javier Pina, puis sur ce dernier épisode, il reçoit le renfort de Simone Buonfantino qui signe les pages 17 à 23 dans un style qui ne jure pas avec ce qui précède.

C'est donc un bilan très positif, surtout pour un projet dont je n'attendais rien, en tout cas rien de qualitatif. Diablo reste mon X-man favori et je lui souhaite d'être bien traité dans le futur.

vendredi 19 juillet 2019

AGE OF X-MAN : OMEGA #1, de Lonnie Nadler, Zac Thompson et Simone Buonfantino


Comment conclure une histoire déjà nulle et dont rien ne subsistera ? En continuant à faire n'importe quoi : au moins, voilà quelque chose qu'on ne retirera pas à Age of X-Man : Omega puisque c'est aussi consternant que prévu. Après ça, on ne peut pas faire pire.


Nate Grey/X-Man est donc démasqué et tous les mutants qu'il a transporté dans un nouveau plan d'existence ont graves les boules. Son utopie s'est lamentablement cassé la gueule.


Le bougre qui s'est pris pour Dieu tente bien d'expliquer à ses semblables qu'il a voulu bien faire et il s'en trouve un ou deux pour presque l'excuser, même s'il a été maladroit. Mais bon, la majorité veut lui flanquer une rouste.


Il est quand même fumasse, X-Man, avec ces ingrats de mutants. Puisque c'est comme ça et qu'ils préfèrent rentrer dans leur monde qui les hait, soit. Mais alors qu'ils partent tous !


Magneto ferme le ban pendant que Nate Grey mesure son échec. Le maître du magnétisme reste encore un peu parce qu'il a une idée derrière la tête - que X-Man, en bon télépathe, a déjà devinée.


Le double de Magneto dans cette dimension veut concrétiser l'utopie que Nate Grey a foiré. Mais évidemment, il lui faudra sacrifier quelque chose pour ce projet... Quoi ? Ben, on s'en fiche car c'est la fin.

Même si Age of X-Man : Omega ne le mérite pas, la morale de cette conclusion foireuse m'a fait penser à cette superbe phrase d'Albert Cohen dans Le Livre de ma Mère : "Dieu m'aime si peu que j'en ai honte pour lui."

Et les editors de la franchise "X" aiment si peu leurs lecteurs qu'ils leur ont infligé un dernier navet avant de passer à autre chose. Entre la miriade de mini-séries estampillée Age of X-Man et le run  abominable de Matthew Rosenberg sur Uncanny X-Men paru en parallèle, on peut dire que ces derniers mois ont sûrement ce qu'on a pu lire de pire sur les mutants depuis une paie.

Faut-il alors consacrer une critique en bonne et due forme à cet épilogue ? Ou déjà espérer pour le futur ? Je choisis la seconde option.

En effet dès la semaine prochaine sera publié :


House of X par Jonathan Hickman et Pepe Larraz (avant, la semaine suivante, Powers of X, toujours par Hickman mais cette fois avec RB Silva) : c'est un petit miracle avant même de l'avoir lu car Marvel a réussi l'impensable, garder secrète l'histoire de ces deux mini-séries hebdomadaires en six parties chacune.

Du coup, la hype est à son maximum, et pour le prouver, il suffit de se balader sur les réseaux sociaux et sites spécialisés pour lire toutes les théories échafaudées par les fans et les journalistes qui tentent de savoir de quoi ça va parler exactement.

Hickman, qui avait quitté Marvel après la saga Secret Wars (pour se consacrer à des séries en creator-owned) et qu'on annonçait chez DC (pour reprendre Legion of Super-Heroes - finalement relancée par Bendis), a déclaré avoir élaboré son projet depuis l'enfance.

Il a en tout cas obtenu les pleins pouvoirs en convaincant Marvel de stopper toutes les séries "X" en cours le temps de la parution de HOX (et POX) ! Il ne s'est pas non plus privé, récemment, de tailler un beau costard à Rosenberg, sans le citer, mais en ciblant explicitement le fait qu'un auteur devait laisser les lieux dans l'état où il les avait trouvés pour son successeur (autrement dit sans avoir commis des histoires dont le rétablissement seraient top acrobatiques).

En vérité, Hickman opère comme un editor dans une franchise où les editors sont, depuis bientôt trente ans, très interventionnistes et avancent sans direction cohérente. Il y a eu de bons scénaristes pour les mutants, des artistes excellents, mais plus de vraie ligne éditoriale d'ensemble depuis les années Claremont et Simonson. Hickman prétend corriger cela, de manière radicale.

Je n'ai pas toujours été client de Hickman (ses Fantastic Four m'ont souverainement déplu et j'ai apprécié ses Avengers une fois qu'il ne les écrivait plus). Son style est plus story-driven que character-driven, d'ailleurs on lui reproche volontiers son manque d'empathie pour les héros et des intrigues touffues et trop calculées. 

Pourtant, il me semble que c'est ce qu'il faut aux mutants aujourd'hui, une vraie remise à jour, un vrai plan, un retour aux fondamentaux et aussi de la nouveauté - pour sortir des éternelles histoires de persécution, de métaphores des droits civiques. Je pense que Hickman peut être l'homme de la situation, il s'engage pour longtemps, a une vision cohérente et personnelle à la fois, et s'appuie sur deux très bons dessinateurs en devenir (Larraz et Silva, tous deux mis en couleurs par Marte Gracia). Il semble aussi que Marvel laisse à Hickman le champ libre pour un bon moment (même si une fois HOX - et POX - terminée, il n'écrira plus que le titre de tête des X-Men - sans doute un relaunch de Uncanny ou New X-Men), donc sans crossover ni event perturbateurs.

Ce sera un quitte ou double. Pour moi qui a grandi avec les X-Men, les voir vraiment repartir du bon pied, durablement, serait un vrai rêve. Je croise donc les doigts.