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mardi 8 août 2023

THE MARVELOUS MRS. MAISEL tire sa révérence


Mise en ligne en Avril dernier, cette cinquième saison de The Marvelous Mrs. Maisel est aussi la dernière de la série. Amy Sherman-Palladino savait que conclure ce show serait sûrement encore plus dur que le lancer et elle a mis les petits plats dans les grands. Le plus souvent avec réussite, parfois en chargeant un peu trop la barque. Mais on regrettera de ne plus suivre les aventures de Midge, Susie et les autres.


Souffrant d'hypothermie après être rentrée chez elle dans le blizzrd, Midge reçoit la visite à son chevet de Susie à qui elle promet de ne plus refuser aucun des engagements qu'elle lui décrochera. Au dîner de Thanksgiving, Moishe et Shirley Maisel, les parents de Joel, annoncent qu'ils vont divorcer car Moishe refuse de prendre sa retraite, même après son infarctus. Joel accuse le coup d'autant qu'il avoue que Mei Lin l'a également quitté après avoir avorté pour suivre ses études de médecine à Chicago. Alors que Midge accompagne Alfie le magicien à l'aéroport, elle crois Lenny Bruce en partance pour Los Angeles. Le soir elle se produit au club Wolford où Gordon Ford la remarque et accepte de l'engager dans son équipe d'auteurs.


Entourés exclusivement d'hommes, Midge a du mal à trouver sa place au sein de l'équipe du Gordon Ford Show mais s'accroche pour honorer la promesse faite à Susie. Abe Weissman interviewe une comédienne qui le drague ouvertement. Les menaces des marieuses à l'égard de Rose se font de plus en plus insistantes. L'équipe du Show fête à la patinoire leurs excellents audiences qui en font l'émission n° 1 des Etats-Unis et Gordon Ford vole un baiser à Midge.


Midge réussit enfin à caser une blague pour le show. Rose fait appel à Susie pour intimider les marieuses et Frank et Nicky se chargent de les calmer. Moishe et Shirley se réconcilient pour apaiser Joel qui est excédé par le fait que leur brouille empiète sur son lieu de travail. Gordon Ford assiste à nouveau au numéro de Midge au Wolford mais elle repousse toujours ses avances.


Devant toujours de l'argent à Frank et Nicky, Susie convainc Midge de se produire dans une foire pendant deux soirées. Mais quand Midge apprend pourquoi, elle sabote sa prestation, ce qui fâche les deux gangsters et éveille les soupçons de Joel, qui craint pour la vie de son ex-femme et mère de ses enfants. Sophie Lennon est invitée au Gordon Ford Show tandis que Hedy, la femme de l'animateur, reconnaît en coulisses Susie et la poursuit jusqu'à l'extérieur du studio. Mais Susie refuse de boire un verre avec elle, contrariée par une vieille histoire entre elles.
 

Susie harcèle le producteur David Weston pour qu'il caste James Howard, son nouveau poulain, dans son prochain film. Midge accepte d'aider George Toledano, le producteur du Gordon Ford Show, à convaincre des sponsors de parrainer l'émission lors d'une soirée privée sur un yacht. Mais quand elle remarque que l'un d'eux s'en prend à une serveuse, elle le ridiculise et se fait débarquer.. Zelda, la bonne des Weissman, se marie et démissionne, laissant ses employeurs désemparés.


En 1985, Midge se produit sur scène et évoque sa relation avec Susie. En 1990, Susie est l'invitée d'honneur d'un dîner donnée par des collègues impresarios qui célèbrent sa carrière en racontant des anecdotes, comme celle où elle a eu la peau de George Toledano quand il a voulu virer Midge du Gordon Ford Show et que Mike Carr, son adjoint, lui a succédé. Pour conclure les festivités, une vidéo de Midge est diffusée où elle invite Susie à se revoir. En 1985, Midge vire Susie après avoir appris que si Joel croupit en prison, c'est parce qu'il avait conclu un arrangement avec Frank et Nicky pour qu'ils ne fassent plus d'argent sur le dos de Midge.


Abe est dévasté en découvrant que Ethan, le fils de Midge et Joel, n'affiche aucun talent particulier comme tous les mâles Weissman. Mais en surprenant Esther, sa petite-fille au piano, il est réconforté. Danny Stevens, star d'une sitcom, invité au Gordon Ford Show, remarque Midge et tente de la débaucher. Pour la conserver, Ford l'augmente mais elle préférerait qu'il la programme comme comique dans l'émission, ce qu'il a toujours refuser à ses auteurs. Susie décroche une audition à Midge pour le show de Jack Parr, concurrent de celui de Ford, mais elle n'est pas retenue et, une fois rentrée chez elle, abattue, elle craque et fond en larmes.
 

Convoqués par la directrice de l'école d'Ethan, Joel et midge l'écoutent d'une oreille distraite et se remémorent les temps forts de leur relation. Puis Midge rejoint ses trois meilleures amies de la fac au campus où elles firent leurs études et où elles comparent leurs parcours. La Princesse Margaret d'Angleterre va passer au Gordon Ford Show grâce à Hedy et Midge est chargée de lui écrire un sketch. Après l'émission, Hedy la félicite et évoque Susie avec qui elle a été à l'université et suggère avoir eu une liaison. Midge exige alors de Susie qu'elle parle à Hedy pour que Gordon la programme. Lors d'un dîner avec ses collègues du "Village Voice", Abe reconnaît le talent et la force de caractère de sa fille alors qu'il a toujours favorisé son fils Noah.
   

Lenny Bruce dîne avec Midge et lui prédit que dans les six mois à venir, elle sera plus célèbre que lui. Moishe et Shirley Maisel décident de se retirer en Floride. Susie et Midge apprennent que Ford ne fera que partager un numéro avec elle. Midge décide alors de forcer sa chance et improvise seule au micro. Elle fait un triomphe auprès de Ford, pourtant d'abord contrarié, et du public. En 2005, Midge appelle Susie, retirée sur la Côte Ouest, pour regarder en même temps qu'elle le jeu "Jeopardy" en échangeant des blagues.

On regarde ces neuf derniers épisodes avec une grande mélancolie, comme à chaque fois qu'il est temps de quitter des personnages avec lesquels on a passé de bons moments. Mais, même si c'est un peu triste, au moins a-t-on la satisfaction de savoir que cette saison 5 a été écrite comme une conclusion par sa créatrice et pas comme un épilogue forcée par le studio qui a annulé le show.

Ce qu'il faut retenir de ces neuf derniers épisodes, c'est que Amy Sherman-Palladino et ses équipes ont décidé de jouer un peu avec nos nerfs. En effet, il faut attendre pour savoir si Midge Maisel accèdera à la gloire qu'elle souhaite et mérite. Et plus précisément dans quelles conditions elle y arrivera.

Avant cela, toutefois, la série souffre de flashforwards pénibles (dans les épisodes 1, 2, 5, 6, 7 et 9) parce qu'ils tuent le suspense, n'apportent pas grand-chose (hormis pour l'épisode 6) et nous infligent le spectacle de personnages vieillissants. A ce sujet, on s'étonnera de la laideur des maquillages alors que la production design de la série a toujours été irréprochable. Mais là, honnêtement, ce n'est ni fait ni à faire. 

Quand ce n'est pas cosmétique, ces flashforwards sont très dispensables. Ainsi, on découvre Esther Maisel en 1981 qui parle, en mal, de sa mère absente à un psy dans une sorte de piteux pastiche de Woody Allen. Puis c'est au tour d'Ethan qui, en 1984, vit dans un kibboutz avec sa future femme qui, évidemment, déteste sa future belle-mère qui le lui rend bien. En 1987, Midge rend visite à Joel en prison (on saura ensuite comment il y a atterri) pour une scène maladroite sur la concupiscence des compagnons de cellule de son ex-mari. Avant cela, en 1973, Midge finance à fonds perdus les activités déclinantes de marieuse de Rose, sans qu'on sache trop si Abe est encore de ce monde. 

De toutes ces flashforwards, je n'en sauverai que trois. Il y a bien entendu celui situé en 1965 où Susie tente de sortir du trou un Lenny Bruce (Luke Kirby, comme d'habitude incroyable) en pleine déchéance, ruiné par des procès à répétitions et qui se produit dans un club miteux devant un public embarrassé. C'est poignant et ça renvoie au film Lenny de Bob Fosse avec Dustin Hoffman, qui détaille la descente aux enfers du comique : un chef d'oeuvre absolu que je vous conseille de voir. L'épilogue de la série, en 2005, avec Midge et Susie au téléphone est touchant et leurs éclats de rire consolent un peu le téléspectateur au moment de dire "adieu" à ces deux femmes merveilleuses.

Mais surtout, il y a cet épisode 6, entièrement consacré à Susie, qui se passe en 1990. Alex Borstein y est extraordinaire, le script est fabuleux. C'est là où on découvre comment Midge s'est séparée de Susie puis où elle renoue avec elle dans une scène bouleversante, qui, je l'avoue, m'a ému aux larmes.   

Délestée de ces flashforwards, pour la plupart inutiles, cette saison 5 aurait été, comme la première, un chef d'oeuvre total. Mais il ne faut pas bouder son plaisir et reconnaître que cette ultime salve d'épisodes est d'un très haut niveau. Non, on y assiste pas à l'ascension de Midge, mais à sa laborieuse marche vers ce coup de force audacieux qu'elle tente dans le dernier chapitre. Ces quatre minutes pour l'éternité qui, même si elles auraient gagné à être filmées en un seul plan-séquence, auraient été le paroxysme de toute la série.

Avant cela, on suit Midge dans sa nouvelle fonction : elle devient une des plumes de Gordon Ford, animateur d'un talk show, pour qui elle doit écrire des blagues, des bons mots, entourée exclusivement d'hommes. Une école de la patience et de la persévérance, qui se trouve magnifiquement résumée par Abe (Tony Shalhoub vous met les poils dans cette scène) lors d'un dîner en compagnie de ses collègues de "Village Voice" sur le fossé générationnel entre parents et enfants. : le père de Midge reconnaît qu'il a toujours favorisé Noah, son fils, car, dans sa famille, les premiers nés masculins, suivant une éducation très stricts, devenaient des prodiges. Ayant négligé sa fille, il admire aujourd'hui sa force de caractère car, après son divorce, elle n'a pas sombré, après de multiples échecs pour être reconnue comme humoriste, elle n'a rien lâché, malgré ses devoirs de mère, elle n'a pas négligé ses enfants. Quelle déclaration !

Bien sûr, tout n'est pas de ce niveau et certains épisodes se développent sur un registre plus anecdotiques, mais on sent la volonté de Amy Sherman-Palladino de réserver une belle sortie à tout son casting. Parfois, c'est plus convaincant que d'autres, comme avec Joel (Michael Zegen, impeccable) dont on devine qu'il restera toujours amoureux de Midge mais qu'il regrettera éternellement de l'avoir trompée une fois. Rose (Marin Hinkle, dans une partition ingrate) est un peu moins bien traitée, comme si les scénaristes ne réussissaient pas à fendre son armure. Les parents Maisel sont très drôles jusqu'au bout (Kevin Pollack et Caroline Aaron sont irrésistibles). Je me serai plus facilement passé du temps accordé à Zelda, son mariage (même si la scène est hilarante) et ses difficultés à se détacher des Weissman.

Mais outre donc Alex Borstein, qui a eu droit à son épisode bien mérité, c'est encore et toujours Rachel Brosnahan qui illumine la série. Son charme, sa gouaille, son swing, son charisme sont uniques. L'actrice est étincelante de bout en bout, pendant cinq saisons elle aura dominé le monde et il est inconcevable qu'elle ne devienne pas une star comme Midge Maisel. Cette fille-là, mes amis, elle est terrible !

Merci, Mrs. Maisel ! Et chapeau !

samedi 5 août 2023

La saison 4 de THE MARVELOUS MRS. MAISEL repart (presque) de zéro


Trois ans se sont écoulés entre les saisons 3 et 4 de The Marvelous Mrs. Maisel. Faut-il y voir une remise en question de la part de sa créatrice, Amy Sherman-Palladino, après des épisodes qui s'éparpillaient ? Ou un manque d'inspiration face à la situation dans laquelle elle avait laissée son héroïne ? En tout cas, ces huit nouveaux chapitres sont comme un nouveau départ et c'est bien le thème qui les parcourt : aller de l'avant après avoir beaucoup perdu.
 

Son renvoi de la tournée de Shy Baldwin renvoie Midge Maisel dans les cabarets comme le "Gaslight". Ses sketches sont virulents, marqués par l'humiliation qu'elle a subie et le ressentiment qu'elle éprouve d'autant que la presse s'est fait l'écho de sa déchéance. Elle réclame son argent à Susie qui l'a perdu au jeu et compte sur les indemnités que doivent lui verser les assurances pour l'incendie de la maison de sa mère pour la rembourser. Joel aussi a ses problèmes car les propriétaires de son club sont mécontents de l'attention portée à la salle de jeu clandestines située au sous-sol par le succès de l'établissement. Joel accepte néanmoins de prêter de l'argent à Susie mais Midge s'est mise en tête de refuser de jouer en première partie d'un autre artiste à l'avenir.
  

Abe et Rose Weissman réemménagent dans leur ancien appartement racheté par Midge tout en faisant croire à leurs voisins qu'ils en sont à nouveau propriétaires. Sophie Lennon refuse la lettre de démission de Susie alors qu'elle se remet de son échec à Broadway dans une maison de repos. La mère de Joel lui présente de jeunes filles célibataires car il ne lui a toujours pas avoué sa relation avec Mei Lin. Midge humilie un comique qui se produit dans un club et se fait arrêter. En cellule, elle rencontre une effeuilleuse qui lui parle du club de strip-tease où elle travaille et qui cherche à recruter une présentatrice. Abe touche sa première paie, d'un montant dérisoire, du "Village Voice".


Midge devient la présentatrice des numéros d'effeuillage du club Wolford et profite de chaque passage sur scène pour jouer quelques sketches devant un public peu commode. Toutefois, au fil des semaines, sa renommée attire une nouvelle clientèle et elle obtient de Boise, le patron, de meilleures conditions de travail pour elle et les danseuses. Les Weissman assistent à la première d'une comédie musicale écrite par un jeune membre de leur centre de vacances des Catskills. Abe en tire une critique au vitriol qui lui vaut d'être pris à parti lors d'un bar-mitzvah. Susie assiste aux funérailles de Jackie, le patron du "Gaslight", et, traumatisée par cette disparition, sombre dans la dépression. Lenny Bruce vient voir Midge au Wolford et lui prodigue quelques conseils.


Rose Weissman voit son activité de marieuse prendre son envol tandis que Asher Friedman rend visite à Abe. Midge héberge Susie, toujours déprimée. Meil Lin retarde le moment de rencontrer les parents de Joel, convaincue qu'ils ne l'accepteront pas. Frank et Nicky trouvent un local à Susie pour qu'elle y installe son bureau en échange d'un intéressement sur ses bénéfices. Lors d'un dîner avec Asher, Abe découvre que son ami et Rose ont eu une aventure autrefois. Sophie Lennon relance Susie pour qu'elle lui trouve un emploi et, si elle réussit, promet de la lâcher. Midge savoure la liberté d'expression dont elle bénéficie sur la scène du Wolford même si cela la change du public des salles.


Midge et Susie reçoivent, par erreur, une invitation à la réception du mariage de Shy Baldwin. Mais Midge saisit l'occasion pour pacifier sa relation avec le crooner, bien qu'ensuite son manager tente d'acheter son silence au prix fort - ce qu'elle refuse, au grand dam de Susie. Rose découvre que Midge se produit au Wolford et craint que ses clients ne l'apprennent et ne veuillent plus la solliciter pour des mariages. Susie parvient à faire inviter Sophie au tonight show de Gordon Ford où elle regagne la sympathie du public. Susie engage Dinah comme secrétaire.


Lenny Bruce se réveille avec la gueule de bois chez Midge qui lui explique l'avoir trouvé ivre mort la veille au soir dans une rue. Embarrassé, il s'enfuit en reprochant son maternalisme à Midge. Susie parvient à caser Alfie, un jeune magicien, chez Joel pour qu'il se produise. Rose est convoquée par d'autres marieuses qui lui reprochent de marcher sur leurs plates-bandes et l'intimident. Midge confronte L. Roy Dunham, une journaliste qui la dénigre. Sophie devient l'animatrice d'un jeu télé et propose à Midge d'en devenir la chauffeuse de salle en échange de quoi elle remboursera toutes ses dettes et la débarrasera de Dunham. Mais les deux femmes se crêpent le chignon dès la première émission, jalouses du succès de l'autre.
 

Midge rencontre Silvio et débute une liaison avec lui avant qu'ils ne soient surpris au lit par la femme de ce dernier. Alfie se produit sur scène et hypnotise Rose qui se met à reproduire un sketch joué par Midge au Wolford devant sa fille, son fils et son mari, consternés. Grâce à une danseuse du club, Midge décroche un contrat pour divertir les femmes des investisseurs de la campagne électorale de JFK mais alors qu'elle plaisante sur son aventure avec Silvio, elle fait pleurer Jackie Kennedy. Dinah présente à Susie un jeune comique noir qu'elle accepte d'aider. Lenny annonce à Midge qu'il va se produire au Carnegie Hall et qu'il l'a recommandée à Tony Bennett pour le remplacer pour la première partie de son show au Copacabana. Joel parle de Meil Lin à son père qui fait une attaque.


Une descente de police oblige tout le personnel et le public du Wolford à fuir et Lenny entraîne Midge dans sa chambre d'hôtel où ils finissent la nuit au lit. Hospitalisé, Moishe Maisel se rétablit et accepte que Joel épouse Mei Lin. Rose décide de poursuivre ses activités de marieuse malgré les menaces de ses rivales. Lenny triomphe au Carnegie Hall puis passe un savon à Midge pour lui expliquer qu'elle gâche son potentiel et doit se reprendre en main après avoir refusé de faire la première partie de Tony Bennett. Alors qu'elle rentre chez elle en plein blizzard, elle s'arrête devant l'affiche du Gordon Ford Show et se promet de se produire.

Cette dernière séquence justifie à elle seule cette saison 4 de The Marvelous Mrs. Maisel. Superbement dialoguée, mise en scène et jouée, elle renoue avec ce que le show a produit de meilleur en quatre saisons. Mais surtout, comme peut-être jamais auparavant, il va au plus profond du thème de la série : l'ascension, difficile, d'une jeune humoriste dans l'Amérique des années 1950-1960.

La saison 3 avait donné l'impression que Amy Sherman-Palladino s'égarait en multipliant les lignes narratives. Et finalement, on en sortait frustré car où étaient passés les moments sur scène, la fébrilité, la tension, les répercussions sur la vie privée de Midge Maisel. Tout culminait avec l'échec à Broadway de Sophie Lennon qui volait la vedette au reste du casting.

Trois ans auront été nécessaires à Amy Sherman-Palladino pour écrire ces huit nouveaux épisodes. Sans présumer de ce qui justifie un tel délai pour une série qui, jusque-là, enchainait les saisons à un rythme de métronome, on peut penser qu'une remise en question s'est opérée. Et la showrunner comme son héroïne repartent de zéro en quelque sorte.

Le premier épisode s'ouvre sur Midge de retour sur la scène du "Gaslight" et on sent tout de suite la différence : le sketch qu'elle fait est acide, virulent, amer. Elle rumine toujours son renvoi de la tournée de Shy Baldwin et, pour ne rien arranger, la presse s'est emparée de l'affaire pour affirmer qu'elle ne s'en relèvera pas. Elle, a pris une décision ferme et radicale : elle se ne produira plus jamais en première partie d'un artiste et ne jouera que là où elle pourra dire ce qu'elle veut, sans censure.

Evidemment, cela ne fait pas les affaires de Susie, son impresario. D'autant moins que Midge veut récupérer son argent - argent perdu au jeu par Susie qui compte sur une arnaque à l'assurance pour la rembourser. Et le décès soudain de Jackie, la patron du "Gaslight", va la précipiter dans un abîme de tristesse, d'autant qu'elle va apprendre que ce dernier cachait bien des secrets sur son passé. Il fut décoré durant la seconde guerre mondiale et pourtant lors de ses funérailles, personne ne vient se recueillir pour lui.

Bizarrement, alors que Midge et Susie sont au trente-sixième dessous, les Weissman sont requinqués : Abe est désormais employé au "Village Voice" comme critique théâtral et s'enhardit vite, tandis que Rose voit son activité de marieuse prendre son envol - même si, bientôt, elle va rencontrer des rivales menaçantes, et que Abe devra faire face à l'hostilité de sa communauté après avoir descendu la pièce d'un jeune dramaturge juif.

Puis tout bascule quand Midge devient la présentatrice d'un club de strip-tease : elle profite du peu de temps sur cette scène insolite pour dire ce qu'elle veut. Si l'expérience reste frustrante, elle se démène en coulisses pour que les danseuses et elle-même bénéficient de meilleures conditions de travail. Ses efforts paient car les effeuilleuses la soutiennent et surtout parce que cela attire un nouveau public, donc de nouveaux profits. Tout le monde y gagne - même si, pour Lenny Bruce, comme on le verra à la fin de la saison, Midge gâche son talent dans ce bouge.

Sophie Lennon resurgit aussi, mais de manière mieux dosée. Son conflit avec Midge semble même prêt de se régler, mais ce ne sera qu'un feu de paille, la rivalité des deux comiques revenant à la surface très vite lors d'une scène explosive. Susie, elle, se diversifie et assume enfin pleinement son rôle en s'occupant d'autres talents, en ayant un bureau, une secrétaire. C'est sans doute, durant toute cette saison, elle qui prend le plus d'envergure, change le plus de stature - il était temps.

Le chassé-croisé entre Midge et Lenny Bruce reste cependant le fil rouge de ces épisodes : ils échangent dans l'épisode 3, se revoient dans l'épisode 6, couchent ensemble dans l'épisode 7 et ont donc cette explication entre quatre yeux dans l'épisode 8. Il est clair que c'est une étape cruciale dans leur relation : Lenny atteint le sommet en se produisant au Carnegie Hall tandis que Midge est mise à nu (au propre comme au figuré) par son mentor quand il lui dit qu'elle se cache, qu'elle a la trouille, qu'elle se sabote et risque de passer à côté de tout. Il n'est pas question d'en faire un couple, il n'y a rien de franchement romantique entre eux, mais Midge doit s'accomplir tandis que Lenny est déjà sur la pente descendante (Midge découvre de la drogue dans sa trousse de toilette). La subtilité et l'intensité avec laquelle cela est formulé, montré, c'est simplement magistral. 

C'est pourquoi, même si la distribution dans son ensemble demeure impeccable, on applaudira surtout Luke Kirby, Jane Lynch, Alex Borstein et Rachel Brosnahan comme le carré d'as qui gagne la partie. Cette saison 4 est peut-être moins fluide, moins tourbillonnante que les autres, mais ces quatre acteurs, ces quatre fantastiques nous emportent, nous font vibrer et ont raison de toutes les réserves.

Plus qu'une saison et neuf épisodes avant de dire adieu à Midge, la fabuleuse Mrs. Maisel.

samedi 29 juillet 2023

La troisième saison de THE MARVELOUS MRS. MAISEL s'éparpille un peu trop


Réduite de deux épisodes, cette troisième saison de The Marvelous Mrs. Maisel laisse un sentiment frustré au téléspectateur, gâté par les deux premières. Mais ça ne veut pas dire que la série baisse en qualité, simplement que Amy Sherman-Palladino semble parfois hésiter entre deux directions jusqu'à la conclusion, plutôt amère.


Midge et Susie arrivent au gala des armées pour se produire en première partie de Shy Baldwin. Joel visite un club à vendre dans Chinatown et a un coup de coeur : il l'achète sans réfléchir pour un prix modique. Rose explique à Abe qu'elle subvient aux besoins de la famille, grâce à l'argent que lui donne sa famille, depuis qu'il a démissionné de ses postes à Columbia et Bell Labs. Midge apprend, très contrariée, que Susie est également maintenant l'impresario de Sophie Lennon. Joel découvre qu'au sous-sol de son club se trouve une salle de jeux clandestine. Abe assiste à une représentation de Lenny Bruce avant que la police ne les arrête.
 

Toujours en colère contre Susie, Midge écoute sa meilleure amie Imogene lui expliquer que son impresario ne peut pas seulement s'occuper d'elle. Abe fait la connaissance de jeunes activistes communistes avec lesquels il entreprend de fonder un journal d'opposition et qui viennent squatter dans l'appartement des Weissman. Rose se rend à Providence pour demander à ses frères un peu plus d'argent mais quand elle se rend compte qu'elle n'a pas voix au chapitre, elle s'emporte et repart, refusant leur pitié. Joel rencontre Mei Lin qui s'occupe de la salle de jeu. Midge se réconcilie avec Susie.


Susie se partage désormais entre Midge, qui triomphe chaque soir en première partie de la tournée de Shy Baldwin, et Sophie Lennon, dont elle organise le grand retour su scène dans une pièce classique, Mademoiselle Julie d'August Strindberg. Elle y donnera la réplique au comédien de renom Gavin Hawk dans un théâtre de Broadway. Abe et Rose se résolvent à déménager et sont hébergés chez les Maisel qu'ils ne supportent pas. Midge arrive à Las Vegas tandis que Joel et Mei Lin se rapprochent.


Se sentant seule sans Susie, accaparée par Sophie Lennon, Midge invite Joel à la rejoindre à Las Vegas alors qu'il est bien occupé par ailleurs à retaper son club, mais son ami Archie lui conseilled'y aller. Abe s'investit beaucoup dans la conception du journal mais ses jeunes amis commencent à manifester leur exaspération envers ses exigences. Les répétitions de Mademoiselle Julie se déroulent dans une ambiance tendue, entre Sophie qui ne sait pas son texte, le metteur en scène et ses indications nébuleuses et l'exaspération de Gavin Hawk. Joel rejoint Midge et, après une soirée trop arrosée, découvre au matin qu'ils se sont remariés.


Susie rejoint Midge à Miami. Le torchon brûle entre Abe et les activistes qui s'avèrent plus bourgeois que lui. Mei Lin use de ses influences pour que Joel décroche la licence qui lui permettra de servir de l'alcool dans son club. Midge croise Lenny Bruce et participe à un show télé avec lui. Ils flirtent mais Midge préfère en rester là même si elle ne ferme pas la porte à une relation plus poussée dans le futur.


Abe et Rose, excédés par les Maisel, répondent favorablement à l'invitation de Midge à les rejoindre à Miami où elle les loge en échange de leur promesse d'assister à son numéro. Mais le soir venu, Shy Baldwin est introuvable. Midge part à sa recherche et le trouve sur son yacht, le visage tuméfié. Il lui avoue son homosexualité et avoir été agressé par un amant jaloux. Elle l'aide à cacher ses blessures et à monter sur scène. Abe revoit un vieil ami, le dramaturge Asher Friedman, dont la carrière a été stoppée nette par le maccarthysme, et il l'encourage à réécrire une pièce. 


Shy au repos, la tournée est suspendue jusqu'à nouvel ordre. Pour gagner sa vie, Midge enregistre des réclames à la radio mais elle refuse de prêter sa voix pour la campagne de Phyllis Schlafly, une conservatrice anti-féministe. Abe a écrit un article sur le sort d'Asher Friedman qui est publié dans le "New York Times". Susie perd beaucoup d'argent au jeu, y compris une partie de ce que lui confie Midge. La première de Mademoiselle Julie est un désastre : Sophie Lennon joue comme si c'était un long sketch pour plaire au public. Susie s'emporte contre elle après la représentation et démissionne pour se consacrer exclusivement à Midge.


L'ouverture du club de Joel est un succès. Midge se produit sur sa scène pour pallier un problème technique puis est présentée à Mei Lin. Susie perd tout son argent et celui de Midge au jeu. POur la rembourser, elle met le feu à la maison de sa mère après le décès de cette dernière afin de toucher l'indemnisation de l'assurance. Moishe accepte de revendre l'appartement des Weissman à Midge. Susie demande à Joel de gérer la comptabilité de Midge à l'avenir. Abe est engagé comme critique au "Village Voice" et les Weissman quittent la maison de Maisel. Après un passage triomphal à l'Apollo Theatre, Midge apprend, catastrophée, que Shy la congéide car elle a plaisanté sur sa vie privée.

En commençant à suivre cette troisième saison de The Marvelous Mrs. Maisel, on est déjà un peu déçu car elle ne compte plus que huit épisodes au lieu des dix des deux précédentes saisons. J'ignore les raisons de cette diète même si je pense que c'est un choix créatif car la série a été un succès jusqu'à la fin et qu'elle continuait de rafler de nombreuses récompenses dans diverses cérémonies de remises de prix.

Puis, très vite, on oublie ce désagrément car l'histoire nous embarque comme toujours. Midge est sur la voie royale : souvenez-vous, à la fin de la saison 2, elle était recrutée par le crooner Shy Baldwin pour assurer la première partie de ses concerts en Amérique puis en Europe. Pour honorer cet engagement, Midge a renoncé à épouser Benjamen Ettenberg, au grand dam de ses parents, et Joel a accepté de s'occuper de leurs deux enfants en son absence. 

Le show démontre une fois de plus son faste extraordinaire en offrant un premier épisode spectaculaire au gala des armées, avec une importante figuration et plusieurs tableaux sur scène qui montrent le show de Shy Baldwin et sa troupe, avec un tour de chant par ses choristes, le numéro de Midge, celui d'un magicien (issu d'un régiment sur place) puis enfin le récital de la vedette. Difficile de ne pas être conquis par tout ça.

Mais c'est la calme avant la tempête car du côté de Susie aussi, la situation a changé : elle a accepté, sans le dire à Midge, d'être l'impresario de Sophie Lennon, cette humoriste qui a tout fait pour torpiller la carrière de la jeune femme. Quand Midge l'apprend, elle est légitimement furieuse mais son amie Imogene lui explique que Susie ne court pas sur l'or (effectivement, elle partage un réduit avec la patron du club "Gaslight" et un autre homme, n'a pas de compte en banque, pas de voiture, pas de secrétaire) et donc ne peut pas représenter qu'une artiste (qui ne lui laisse que 10% de son cachet). Les deux partenaires se réconcilieront finalement.

Cependant, cette saison est traversée par des tensions : Joel achète un club dans Chinatown et découvre qu'au sous-sol il y a une salle de jeux clandestine, donc qu'on l'a arnaqué, et ensuite les réparations de l'endroit sont difficiles et harassantes. Chez les Weissman, rien ne va plus : ayant démissionné de son poste d'enseignant à Columbia et de directeur de recherches à Bell Labs, Abe découvre que Rose subvient à leurs besoins grâce à l'argent que lui alloue sa famille - famille très machiste qui, lorsque Rose leur rend visite pour obtenir une rallonge, décide si elle y a droit sans qu'elle ait son mot à dire !

Quant à Susie, elle doit dorloter Sophie Lennon qui n'y pet pas du sien : elle a jeté son dévolu sur Mademoiselle Julie pour son grand retour sur les planches mais n'apprend pas son texte, se fâche avec le comédien qui lui donne la réplique et le metteur en scène dont elle ne comprend pas les directives. Tout cela aboutira à un fiasco total et prévisible qui prouvera que si Sophie Lennon ne manque pas de talent, le courage lui fait en revanche défaut et c'est pour cela qu'elle sabotera tout.

Du coup, ces mésaventures, auxquelles il faut ajouter le déménagement des Weissman chez les Maisel, l'échec total de la tentative de Abe de créer un journal avec de jeunes militants de gauche qui s'avèreront des petits bourgeois conformistes, ont tendance à éclipser la vraie star de la série, Midge elle-même. Certes, on la voit triompher sur plusieurs scènes, s'épanouir dans son rôle, même si cela ne l'empêche pas d'appréhender cette existence nomade, sans relation amoureuse stable, loin de ses enfants et ses parents. Mais au final, on la voit peu et c'est frustrant.

Pourtant, cette saison réserve une délicieuse surprise au cinquième épisode quand, à Miami, Midge croise Lenny Bruce, également dans le coin, pour une émission de télé à laquelle il la convie et la fait brièvement participer. Tandis que les numéros s'enchaînent, ils font de la figuration et savourent leurs retrouvailles. Mais eux comme nous sentons bien qu'il se passe quelque chose : Lenny voit clairement en Midge son double, mais plus épanouie, et elle voit en lui désormais plus un ami qu'un mentor. Un jeu de la séduction tacite s'installe mais, in extremis, ils ne passent pas la nuit ensemble. Sans que toutefois Midge ne ferme la porte sur cette possibilité dans le futur.

Autre moment fort et inattendu : lorsque Midge découvre l'homosexualité de Shy Baldwin. On verra par la suite que le crooner se montrera franchement ingrat avec elle, en la congédiant parce qu'elle a suivi les conseils de son manager, Reggie, au moment de se produire sur la scène de l'Apollo Theatre devant un public acquis à Shy qu'elle séduit en alignant des blagues inoffensives sur la vie privée de la vedette. Entre temps, Shy prend du repos et Midge, avec Susie, doit courir le cachet en prêtant sa voix pour des réclames à la radio. Jusqu'à ce qu'elle s'apprête à dire un texte soutenant Phyllis Schlafly, une authentique anti-féministe, anti-avortement, anti-communsite. A cet instant, comme son père l'a prévenue, elle saisit qu'il lui faut faire attention pour qui elle travaille - une leçon avant son licenciement par Shy (pourtant à l'opposé du spectre socio-politique de Schlafy).

Cette coupure dans la saison (avec l'arrêt de la tournée) déstabilise - à tel point qu'on a l'impression pendant les premières minutes de l'épisode 7 d'avoir loupé une transition. Le phénomène se répète avec la fin, qui tombe comme un couperet cruel - mais qui relance les dès pour la saison 4.

Toutefois, cela ne doit pas occulter les nombreuses qualités intactes de la série, au rythme impeccable, implacable, à la réalisation toujours aussi chiadée, et à l'interprétation éblouissante. Le duo Rachel Brosnahan-Alex Borstein, dans une relation plus conflictuelle qu'auparavant, fait des étincelles. Jane Lynch remplit à merveille son rôle de parasite. Tony Shalhoub et Marin Hinkle sont irrésistibles dans leur partie. Et face à Michael Zegen, Stephanie Hsu est piquante à souhait dans la peau de Mei Lin.

On est donc un peu en dessous du niveau des deux premières saisons. Mais c'est sans doute un mal pour un bien car les cartes sont redistribuées avant une saison 4 qui promet beaucoup.

dimanche 23 juillet 2023

La saison 2 de THE MARVELOUS MRS. MAISEL est aussi exceptionnelle que la première

 

Il m'aura donc fallu cinq ans pour revenir à The Marvelous Mrs. Maisel (aussi traduit La Fabuleuse Madame Maisel parfois). Et pourtant la première saison, en 2018, m'avait fait très forte impression, c'était même une des meilleures premières saisons que j'ai vues. Le show de Amy Sherman-Palladino avait donc la délicate mission de faire au moins aussi bien. Et elle dépasse nos attentes.


1959. Miriam "Midge" Maisel a repris sa place comme standardiste, à son grand dam. Mais elle obtient un congé exceptionnel quand elle doit suivre son père, Abe Weissman, à Paris où sa mère, Rose, malheureuse en couple, a déménagé. Au même moment, Susie Myerson, l'impresario de Midge, apprend que l'humoriste Sophie Lennon lui a envoyée des hommes de main pour se venger de Midge qui l'a humiliée sur scène. A Paris, tandis que Abe tente de raisonner Rose, Midge appelle Joel pour tenter de se réconcilier avec lui mais il impose une condition - qu'elle arrête la scène, ce qu'elle refuse.


Midge doit rentrer à New York et laisse son père et sa mère en France. Elle reprend le chemin de la scène et comprend que ses collègues masculins la jugent de haut. Joel s'aperçoit que les comptes de la société de son père ont besoin d'être repris en main et il décide de s'en occuper. Il loue aussi un appartement pour Midge mais elle n'en veut pas, convaincue qu'il essaie encore de la contrôler. Abe réussit enfin à persuader Rose de rentrer en Amérique.


Midge obtient une "promotion" en s'occupant du vestiaire du magasin. Ainsi elle découvre qu'une de ses collègues prépare son mariage et elle propose de l'aider dans les préparatifs. Le jour de la réception, elle se lance dans une improvisation qui créé un gros malaise dans l'assistance. Abe inscrit Rose dans un cours de dessin à Columbia mais elle décourage les élèves en leur faisant remarquer qu'aucune femme n'enseigne ni ne vit de son art. Susie, elle, découvre que des enregistrements pirates de Midge circulent.


Midge et ses parents partent pour deux mois en vacances dans les Catskills, au grand dam de Susie qui est furieuse que sa protégée interrompe ses représentations pour de telles futilités. Les Maisel arrivent ensuite puis Joel, mais celui-ci n'ayant pas réservé se fait héberger par ses beaux-parents. Susie infiltre le personnel en se faisant passer pour une plombière tout en cherchant un engagement pour Midge dans les environs. Midge accepte, à contrecoeur, de passer un après-midi avec Benjamin Ettenberg, un médecin célibataire et très prisé mais qui se révèle être une vrai mufle.


Midge doit rentrer en urgence à New York pour le boulot et Benjamin accepte de la véhiculer. Pour le remercier, elle l'invite à passer une soirée avec elle et l'emmène voir Lenny Bruce sur scène puis lui avoue que, elle aussi, se produit en stand-up, ce qui éveille l'intérêt du médecin. Puis elle retourne dans les Catskills avec son frère Noah et sa femme car Susie lui a décroché un contrat. Au moment d'entrer en scène, elle voit son père dans la salle.


Le lendemain, Abe exige que Midge garde secrète sa double vie d'humoriste jusqu'à nouvel ordre. Contrarié, M. Weissman l'est encore plus quand il apprend par sa belle-fille que Noah est agent de la C.I.A.. Les ennuis continuent quand à Bell Abs, Abe est convoqué par ses supérieurs parce que quelqu'un a assisté à la représentation de Midge aux Catskills et jure l'avoir entendu parler de ses travaux qui devaient rester confidentiels. Il est mis sur la touche le temps de l'enquête. Midge revoit Benjamin, ce qui inquiète Susie et déplaît à Joel.


Susie prépare une petite tournée pour Midge et demande de l'argent à ses frères et soeur, qui lui refusent toute avance - sauf sa soeur qui lui donne les clés de la voiture de leur mère pour les trajets. Midge fréquente des expositions d'art avec Benjamin et réussit à convaincre Declan Howell, un peintre maudit qui refuse de vendre ses toiles d'en céder une au médecin. Pour le dîner de Yom Kippour, Midge n'y tient plus et avoue à toute sa famille et belle-famille sa carrière d'humoriste.


Midge et Susie partent en tournée mais doivent affronter la dure réalité : inconnues en dehors de quelques clubs à New York, elles enchaînent les représentations devant des salles presque vides ou avec un public insensible à son humour. De retour en ville, elles affrontent même le patron d'un club qui refuse de les payer parce qu'elles sont arrivées en retard. Joel est appelé à la rescousse par Midge qui se demande si tous les sacrifices qu'elle consent pour sa carrière sont justifiés au risque de perdre Benjamin.


Susie décroche pour Midge un passage au Téléthon mais Sophie Lennon qui s'y produit aussi la fait reléguer à la toute fin du show. En coulisses, elle fait la connaissance du crooner Shy Baldwin qui l'encourage tandis que Susie s'introduit dans la loge de Sophie Lennon pour l'avertir qu'elle ne réussira pas à évincer Midge. Celle-ci fait son numéro et c'est un succès malgré l'heure tardive de son passage.


Benjamin demande la main de Midge à Abe mais celui-ci réserve sa réponse, préoccupé par ailleurs. En effet, il annonce à Rose son intention de tout plaquer à Bell Labs mais aussi à Columbia car il est écoeuré d'avoir été mis sur la touche et par le niveau de ses étudiants. Pour défendre ses intérêts, il a recruté un ami avocat. Sophie Lennon convoque Susie chez elle et lui demande de devenir son impresario car elle veut désormais jouer des pièces classiques. Shy Baldwin appelle Midge pour lui offrir de faire sa première partie en tournée en Amérique et en Europe pour les six prochains mois. Elle accepte sans réfléchir et Abe, qui avait décidé d'accepter qu'elle se remarie avec Benjamin, comprend que çe ne se produira pas. Midge soutient Lenny Bruce lors d'un passage à la télé où il joue un sketch sur la solitude des artistes. Saisissant le message, elle va trouver du réconfort auprès de Joel.

De l'eau a coulé sous les ponts depuis la diffusion de cette saison 2 de The Marvelous Mrs. Maisel en 2019. Après cinq années et une pluie de récompenses, la série s'est terminée selon le plan de sa créatrice, Amy Sherman-Palladino. Et sa vedette, Rachel Brosnahan, a très vite rebondi, au théâtre, avec une pièce à succès où elle donnait la réplique à Oscar Isaac, puis en étant choisie pour incarner Lois Lane dans Superman : Legacy qu'a écrit et que réalisera James Gunn (sortie prévue en 2025).

Comme je l'écris plus haut, lorsque j'avais suivi la première saison, j'avais été, comme tout le monde, très impressionné par la qualité du show. Pourtant, c'est sans doute cette forte impression qui m'en a détourné, appréhendant que la suite n'atteigne pas les mêmes sommets. Du coup, j'ai dérivé en allant voir ailleurs.

Aujourd'hui, je replonge en étant motivé pour compléter mon visionnage (peut-être pas d'un trait, il me reste quand même trente épisodes à engloutir, et je vais sûrement alterner avec d'autres séries pour ne pas risquer la saturation). Première bonne nouvelle : on retrouve avec plaisir Midge et son entourage, ses histoires, son parcours, sans être perdu. C'est le signe que la série a bien vieilli et surtout que son souvenir est restée vivace.

S'il devait s'en dégager un thème, ce serait justement celui de la persistance, de la persévérance. Car, dans ces dix épisodes, Midge va être testée, parfois durement, elle va être éprouvée pour savoir si elle tient vraiment à faire carrière dans le stand-up mais aussi dans la manière dont elle veut composer avec sa vie de femme. Rappelons que l'action se situe à la fin des années 1950 et que le statut social de ces dames n'est pas du tout le même qu'aujourd'hui : Midge s'est séparée de Joel, son mari, après qu'il l'ait trompée, elle est la mère de deux enfants, et vit sous le même toit que ses parents, certes aisés mais désolés de cette situation. Et pour ne rien arranger, la mère de Midge décide de partir vivre à Paris.

Cela donne lieu à un début de saison agité et délocalisé puisque la production a tenu à tourner à Paris. Un Paris fantasmé, avec Rose qui vit la vie de bohème, où Abe porte le béret, et où les Weissman font le marché puis dansent sur le Pont des Arts le soir venu autour de jeunes amoureux. Amy Sherman-Palladino a tenu à justifier ces clichés en expliquant que sa série n'était pas un documentaire et qu'elle avait tout de même veillé à ne pas trop enjoliver le cadre car la France sortait de la guerre et que ses habitants essayaient de reprendre une vie normale. Mais on appréciera surtout le fait que ça demeure drôle et élégant. Tout en notant que la crise entre Rose et Abe fait écho à celle traversée par Midge et Joel.

Midge reste cette jeune femme à l'énergie débordante qu'essaie de canaliser Susie, son impresario. Les deux amies sont dans le dur du métier d'humoristes, face à des hommes qui les prennent de haut, qui les censurent de manière absurde dès qu'elles évoquent les "trucs de bonnes femmes" (comme quand Midge parle de la grossesse et de l'accouchement d'une amie ou que Susie n'obtient pas la paie d'un patron de club au prétexte qu'elle et sa protégée sont arrivées en retard). Le doute s'installe du côté de Midge, surtout après une parenthèse dans les Catskills.

Premier morceau de bravoure de cette saison 2, les épisodes 4 et 5 envoient les Weissman et les Maisel en vacances dans cette province huppée où le personnel hôtelier doit s'assurer que les clients sont toujours pris en charge du matin au soir et ne s'ennuient jamais, quitte à ce que, en vérité, ils ne se reposent jamais. Midge y fait la connaissance d'un séduisant médecin célibataire convoitée par toutes les célibataires et divorcées, Benjamin Ettenberg, qui se conduit comme un mufle une fois en tête à tête. Mais qui souhaite surtout rencontrer une femme qui sorte de l'ordinaire. Ce qui ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde puisque Rose comprend que sa fille est la candidate parfaite.

Et, effectivement, Midge et Benjamin vont tomber amoureux l'un de l'autre, jusqu'à envisager de se marier. Inquiétude du côté de Susie qui redoute que sa cliente ne se range et oublie la scène. Colère du côté de Joel qui supporte mal l'idée que ses enfants soient élevés par un autre et que Midge l'oublie. Sans cesse, le scénario se nourrit de ce qui se passe dans le privé pour influer sur le professionnel et vice-versa. Midge est humaine : c'est une humoriste surdouée mais aussi une femme en quête de stabilité, elle veut être indépendante et aimée, mais peut-elle avoir les deux ? 

Elle trouve la réponse à ses questions et ses craintes dans son mentor et son double, le comique Lenny Bruce. A cette époque, déjà, cet humoriste révolutionnaire commence à endurer de sérieux ennuis avec la justice à cause de ses sketches très osés et qui lui valent des condamnations pour outrage dans plusieurs Etats où, donc, il ne peut plus se produire. A la fin de la saison, dans le dernier épisode, Midge vient le soutenir lors d'un passage à la télé où il se livre à un numéro poignant sur la solitude, qui renvoie au visage de l'héroïne toutes ses propres appréhensions alors qu'elle vient juste d'accepter, sur un coup de tête, de partir en tournée pour six mois en Amérique et en Europe, signant la fin de son aventure avec Benjamin, mais aussi l'éloignant de sa famille, ses enfants, ses ami(e)s.

Il y a quelque chose de toujours étourdissant dans The Marvelous Mrs. Maisel grâce à cette écriture tourbillonnante et cette réalisation virtuose, s'appuyant sur une photo, des costumes, des décors, toute une esthétique en somme. On est emporté par le spectacle permanent de la série, qui émeut, fait rire, réfléchir. C'est tout à fait exceptionnel. Maintenir ce niveau d'exigence est remarquable et demande de la part de toute l'équipe, créative et technique, un investissement surpassant la moyenne, aussi bien pour le petit que le grand écran. On sent que Amazon a mis les moyens, l'argent est à l'image, mais surtout il est utilisée à bon escient.

Et puis le casting est dingue. Michael Zegen (Joel Maisel) ou Alex Borstein (Susie Myerson) ne sont pas des vedettes mais des comédiens fabuleux. Les seconds rôles portés par Tony Shalhoub et Marin Hinkle (les époux Weissman) sont juste irrésistibles. Zachari Levi, dans le rôle de Benjamin, est mille fois mieux que dans Shazam ! et Chuck. Luke Kirby est insensé en Lenny Bruce tout comme Jane Lynch en Sophie Lennon.

Mais bien sûr, celle qui domine la mêlée, c'est la prodigieuse Rachel Brosnahan. Voilà tout simplement une des meilleures actrices actuelles. C'est déjà une star grâce à la série et nul ne peut nier qu'elle va le rester dans la suite de sa carrière. Elle irradie littéralement à chaque fois qu'elle apparaît et qu'elle joue Mrs. Maisel sur scène ou Midge par ailleurs, on est constamment bluffé par le charme et l'aisance qu'elle dégage. Regarder Rachel Brosnahan, c'est déjà un show en soi. Mais avec le raffinement, le génie même de ceux qui transcendent une partition.

Pas de doute donc : The Marvelous Mrs. Maisel, c'est toujours aussi bien.  

samedi 17 février 2018

THE MARVELOUS MRS. MAISEL (Saison 1)


L'année est encore longue mais gageons que The Marvelous Mrs. Maisel figurera dans les premières places des meilleurs séries télé à la fin 2018 car le show créé par Amy Sherman-Palladino et produit-diffusé par Amazon Studios s'affirme comme un "instant classic", un chef d'oeuvre qui s'impose avec la force de l'évidence. Fastueux, drôle, intelligent, tonique, la série s'inscrit qui plus est dans le registre délicat de la comédie rétro et se permet de ressusciter un genre qu'on croyait disparu. Vraiment merveilleux !

 Joel et Miriam Maisel (Michael Zegen et Rachel Brosnahan)

Manhattan, 1958. Miriam "Midge" Maisel est mariée depuis quatre ans à Joel avec lequel elle eu deux enfants et elle encourage son époux lorsqu'il se produit sur la scène du "Gaslight Cafe" pour des numéros de stand-up comedy. Mais la situation bascule un soir où, après un bide, il lui annonce la quitter pour sa secrétaire, Penny. Après s'être soûlée, Midge quitte le domicile conjugal (les enfants étant gardés par ses parents, habitant l'appartement au-dessus du leur) et retourne au "Gaslight Cafe" pour livrer une performance impromptue et provocante qui provoque l'hilarité du public puis son arrestation par la police pour outrage.

Susie Myerson (Alex Borstein)

Après cette première, Midge se résout à annoncer la nouvelle du départ de Joel à ses parents, Abe Weissman, professeur de mathématiques à l'université, et Rose, femme au foyer superstitieuse. Ceux-ci sont plus dévastés qu'elle, en particulier sa mère qui se réfugie dans le déni, croyant que cela n'est qu'une passade. Midge revient au "Gaslight" pour savoir ce qu'elle y a vraiment fait et Susie Myerson, la programmatrice, le lui explique en lui proposant de devenir son agent.

Miriam "Midge" Maisel

Bien que réticente, Midge accepte de remonter sur scène en improvisant à partir de ses déboires sentimentaux et judiciaires : c'est un nouveau succès... Et une nouvelle arrestation ! Lenny Bruce, l'humoriste en vogue, placé en cellule avec elle la première fois, paie sa caution et l'encourage. Cité à comparaître devant un juge, Midge trouve un avocat grâce à Susie et plaide coupable, mais devant la cour, elle s'emporte face au comportement paternaliste du magistrat et doit présenter des excuses et s'acquitter d'une amende. Cependant, Abe tente de négocier le retour de Joel au domicile conjugal avec le père de celui, Moishe, malgré l'envie de ce dernier de punir le jeune couple en les expulsant de l'appartement qu'il leur a offerts. 

Rose Weissman, la mère de "Midge" (Marin Hinkle)

Midge, ignorant ses manoeuvres, sait qu'elle doit trouver un travail pour subsister sans vivre aux crochets de ses parents ou de Joel et décroche une place de vendeuse en cosmétiques dans un grand magasin. Mais elle n'abandonne pas le cabaret et ses sketches, profitant que sa mère accepte, sans savoir où sa fille se produit, de jouer la baby-sitter. Pour se perfectionner, elle profite aussi de soirées entre collègues où elle exerce ses talents d'oratrice comique tandis que Susie s'échine à la placer pour des numéros dans d'autres clubs.

"Midge"

Sermonné par son père, Joel s'ennuie avec Penny car leur vie de couple reproduit celle qu'il menait avec Midge et son travail l'ennuie d'autant plus qu'il ne peut plus se consacrer au stand-up. Toujours pour se perfectionner, Midge comprend qu'elle ne peut pas tout miser sur sa pétulance naturelle et cherche conseil auprès d'un gagman, Herb Smith, qui va lui écrire des sketches à partir des notes qu'elle prend sur sa vie de femme, de fille et de vendeuse. Mais cette initiative aboutit à son premier échec sur scène, car ce qu'elle joue ne lui ressemble plus. Résultat : Susie, furieuse, se fâche et Midge refuse qu'elle continue de la représenter.

Abe Weissman, le père de "Midge" (Tony Shalhoub)

Abe est approché par le programme spatial américain pour intégrer une équipe scientifique et, pour cela, une enquête de moralité est entamée, lui révélant les arrestations de Midge - sans toutefois que cela ne le compromette. Désormais, Miriam n'a plus que les soirées mondaines pour briller par son humour et elle y rencontre un partenaire qui la présente à son agent pour monter un numéro de duettistes dans la publicité et des émissions télé. Abe invite un soir à dîner un avocat pour inciter Midge à officialiser son divorce avec Joel, ce qui les choque, elle et sa mère. Pourtant, Joel s'éloigne au même moment, lentement mais sûrement, de Penny et envisage son come-back sur scène, fort en revanche d'avoir convaincu ses patrons de diversifier leurs activités.

"Midge"

Ses parents ne se parlant plus, Midge se réconcilie avec Susie à qui elle promet de suivre ses conseils si en retour son agent devient sa confidente (et plus seulement son chien de garde). Ensemble, elles assistent à des spectacles comiques, comme celui de la vedette du rire, Sophie Lennon, dont le manager accepte que Midge fasse la première partie. Mais après que la jeune femme ait rendu visite à son aînée chez elle, elle se moque d'elle sur la scène du "Gaslight Cafe". La presse le relate et provoque l'ire du manager de Sophie, qui promet à Susie que sa protégée est grillée dans le milieu.

Lenny Bruce et Susie Myerson (Luke Kirby et Alex Borstein)

Sa carrière apparemment terminée, Midge retombe dans les bras de Joel lors de l'anniversaire organisé pour leur fils. Il est prêt à tous les sacrifices pour donner une seconde chance à leur couple et elle en informe ses parents. Mais Susie est occupée par la réhabilitation artistique de Midge et demande une faveur à Lenny Bruce en ce sens. Rappelée au "Gaslight Cafe", Midge est l'invitée de son prestigieux confrère et se déchaîne sur scène tandis que Joel, dans la salle, venu solliciter un passage, assiste au numéro où sa femme fait rire à ses dépens. Doublement humilié (par le sketch et le talent de sa femme), il s'éclipse tandis que Midge conclut en se présentant comme "Mrs. Maisel".

"Ah, et moi, c'est Mrs. Maisel !"

Il y a dans cette série une grâce étourdissante et une modernité confondante qui impressionnent d'entrée puisque la toute première scène du premier épisode montre, lors du mariage de Midge et Joel, la jeune femme prononçant un discours désopilant à une assemblée médusée et hilare mais dont la chute choque le rabbin au point de le faire fuir (et de refuser de fréquenter les familles pendant quatre ans !).

Le mensuel "Première" interroge dans son dernier numéro (de Février) si un pareil show avait besoin d'une critique pour l'analyser et d'une défense pour attirer des téléspectateurs car sa virtuosité souffle ceux qui le découvrent et emballera ceux qui le suivront. On ne va quand même pas se priver de dire du bien de The Marvelous Mrs. Marvel qui porte si bien son adjectif.

D'abord, il y a le plaisir, simple, immédiat, du faste de la production pour nous entraîner dans la fin des années 50 avec un luxe vertigineux dans les décors, les costumes, toute l'esthétique follement élégante, l'ambiance électrique de l'époque. Cela renvoie aux classiques du cinéma qu'on adore tous pour leurs couleurs flamboyantes, leur bonne humeur euphorisante, ces remèdes imparables à la morosité dans notre quotidien grisâtre. Visuellement, c'est splendide.

Mais jamais étouffant ou écoeurant car la série évite brillamment d'en faire trop dans la nostalgie et rappelle au passage quelques vérités sur la condition féminine, la cellule familiale et l'atmosphère encore oppressante dictée par la censure : en 1958, des flics surgissaient dans des cabarets pour passer les menottes à des humoristes au verbe trop cru, les mariages étaient arrangés, la femme cantonnée au foyer (pour y élever les enfants, préparer le repas, accomplir les tâches domestiques quand la bonne ne s'en occupait pas).

C'est qu'en vérité, sous atours vintage ensorceleurs, The Marvelous Mrs. Maisel est une création féminine et surtout féministe, mais qui se révèle dans un discours moins attendu qu'on pourrait le croire. Evidemment le parcours de Midge pour s'émanciper, s'affirmer et s'imposer ne manque pas de piquant et s'inscrit dans un cadre intriguant - la scène du stand-up comedy - mais résonne d'un éclat singulier dans le contexte récent.

Nul n'ignore plus que désormais, depuis "l'affaire Wenstein" et les hashtags #Balancetonporc et #Metoo, à Hollywood et ailleurs, la parole, selon la formule répandue, s'est libérée. Et c'est très bien car il est nécessaire que les victimes n'en soient plus et que les harceleurs, agresseurs, soient jugés. Mais encore faut-il qu'ils le soient... Car victoire il n'y aura vraiment, progrès effectif sera réalisé si ces affaires crapoteuses sont portées devant la justice des tribunaux et jetées en pâture sur les réseaux sociaux, cour de justice aussi expéditive qu'inappropriée et non qualifiée. Enfin, cette révolution ne se fera pas sans les hommes qui ne sont pas tous des prédateurs sexuels (comme le sous-entendent certaines féministes aux propos plus revanchards que légalistes) mais aussi des soutiens pour les victimes effectives ou potentielles : bref, il faudra opérer en étant unis et non opposés à cause de paroles aigries, discriminantes, partiales, partielles.

De ce point de vue, Amy Sherman-Palladino (dont le titre de gloire remontait à la série Gilmore Girls, sympathique mais plus inoffensive) détone par sa modération mais aussi son acuité. L'auteur préfère à la diatribe, au pamphlet, au doigt pointé, la finesse et le rire pour à la fois montrer ce qui ne va pas (et ce, depuis longtemps donc) mais aussi comment ça pourrait aller mieux. Dénoncer sans oublier de fournir des solutions, c'est mieux.

Et la "libération de la parole", Midge l'éprouve littéralement et son histoire la développe admirablement. Mariée à un séducteur pourtant falot mais suffisant, qui vole le sketch d'un humoriste connu pour briller sur scène (en prétendant que c'est la coutume dans le métier), c'est elle qui possède l'essentiel : l'esprit, la présence, le talent. Elle s'appuie d'abord sur son sens de l'improvisation, vraiment hallucinant, mais ne s'en contente pas (elle ne s'en contentait pas pour son époux en prenant pour lui des notes sur les blagues qui fonctionnaient le mieux auprès du public) : son ardent désir de pratiquer en se produisant régulièrement, en recourant (inutilement) à un gagman dépassé, à jouer un temps avec un partenaire, à écouter et retenir les conseils avisés (jusqu'au cynisme) de Lenny Bruce (formidablement incarné par Luke Kirby - alors qu'il passe quand même après la composition inoubliable du comique par Dustin Hoffman), à refuser toutes concessions (quitte à se "suicider" artistiquement en descendant une vedette, dont l'hypocrisie est pourtant justement révélée), tout chez cette héroïne relève de la libération de la parole.

Midge ne veut/ne peut se contenter d'être une housewife docile, une bonne fille de bonne famille, une honnête artiste. Pour cela, l'expression est son salut, sa méthode, son aboutissement. Elle cherche moins la célébrité (comme en témoigne son tempérament incontrôlable) que la reconnaissance, et paradoxalement elle fait son chemin en doutant constamment (elle cherche l'approbation de Susie - extraordinaire Alex Borstein - , l'avis de Herb Smith - malicieux Wallace Shawn). Il y a Miriam, l'élève studieuse, la vendeuse professionnelle, la mère attentionnée, l'amie fidèle. Et il y a Midge, "Mrs Maisel", qui se cache longtemps derrière un pseudonyme idiot, sur le point de se résigner à ne plus qu'amuser la galerie dans des fêtes mondaines, puis dénonce la mascarade de Sophie Lennon, triomphe grâce à son seul mérite.

La réussite de Midge ne s'accomplit pas sans casse (Joel en sort humilié mais admettant la supériorité de sa femme, ses parents manquent de sombrer dans la tornade, son lien avec Susie évite de peu la cassure, sans compter deux arrestations qui manquent de compromettre la promotion de son père). Mais on est avec elle, malgré tout, envers et contre tous, car elle nous fait rire, nous charme, nous épate, sans une once de méchanceté, de rancoeur, d'esprit de revanche/vengeance. Avec dignité, pugnacité, et génie.

Pour supporter pareil personnage et assumer pareille partition, Amy Sherman-Palladino a été bien inspirée de faire confiance à une inconnue (bien qu'elle ait participé à quelques séries mais au second ou troisième rang) : l'extraordinaire Rachel Brosnahan. A la dernière cérémonie des Golden Globes, la série a fait sensation en raflant les récompenses dans la catégorie "comédie" mais surtout en valant à la comédienne le prix de la meilleure interprétation dans ce genre : surprise totale mais totalement justifiée. Avec sa voix flûtée, son débit de mitraillette, sa beauté d'un autre temps, son élégance naturelle, c'est une révélation comme a rarement l'occasion d'en profiter. Le rôle pourrait être écrasant, mais je veux bien miser que Rachel Brosnahan n'en restera pas là comme son personnage et qu'une yellow brick road s'ouvre devant elle.

Tout est à sa (dé)mesure : réalisation admirable, production design irréel, swing diabolique, on a presque envie de mettre en garde les curieux en les prévenant que ce show va leur donner le tournis. Mais être grisée avec une telle maestria est ce qui distingue un divertissement ponctuel d'un spectacle inoubliable. Alors, abandonnez-vous, vous ne le regretterez pas !       

Fan-art par Robbie Thompson, approuvée sur Twitter par Rachel Brosnahan herself.