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jeudi 30 novembre 2017

STARLIGHT : THE RETURN OF DUKE MCQUEEN, de Mark Millar et Goran Parlov


Comme Chrononauts, j'ai pris soin de relire Starlight pour rédiger la critique de cette entrée : bien que j'avais conservé un bon souvenir de l'intrigue, le plaisir simple de m'y replonger a suffi à me motiver. Et je dois bien vous avouer que j'ai une tendresse particulière pour cette histoire réalisée par Mark Milllar avec Goran Parlov, une de ses plus référentielles mais aussi une de ses plus épiques et émouvantes.


Alors pilote de l'U.S. Air Force, il y a quarante de cela, Duke McQueen disparut mystérieusement pour atterrir sur la planète Tantalus qu'il libéra du joug tyrannique de Typhoon. La reine Attala fit ériger une statue à sa gloire et lui proposa le mariage mais il préféra rentrer sur Terre où l'attendait sa fiancée, Joanne. Ils vécurent heureux pendant trente-huit ans, eurent deux fils, avant que le cancer l'emporte. Aujourd'hui âgé de 62 ans, inconsolable et délaissé par ses enfants, il se souvient des moqueries dont il fut l'objet dans les médias en racontant sa rencontre avec des extra-terrestres. C'est alors que, par une nuit pluvieuse, un vaisseau spatial atterrit dans son jardin...


Kris Moor, un adolescent de dix-huit ans, sort dudit vaisseau et ses présente à Duke comme un fugitif en provenance de Tantalus, une nouvelle fois conquise par des envahisseurs, les Broteans, menés par leur chef, le Kingfisher. La population a été réduite en esclavage et les quelques résistants au pouvoir sont trop peu nombreux pour espérer le renverser. Il faut qu'il aille les aider. D'abord réticent, Duke réfléchit une nuit durant et accepte la requête de son invité.


En rejoignant Tantalus, McQueen découvre son paysage dévasté par l'exploitation intensive de mines, sa population résignée. Kris l'invite, en visitant la capitale, à rester discret mais lorsqu'il surprend la police en train de tabasser en pleine rue un civil, il ne peut s'empêcher d'intervenir et tue plusieurs agents des forces de l'ordre. Dépassé par les renforts qui arrivent, il s'enfuit avec Kris mais se fait renverser par une voiture. Quand il revient à lui, il est incarcéré avec l'adolescent et Wes Adams, fan de la pop culture terrienne. Le Kingfisher annonce l'exécution publique le lendemain de Duke mais la résistance, par la décision de leur chef, la belle Tilda Starr, décide de le sauver coûte que coûte.


Sauvés par les rebelles alors que l'amiral Pindar allait les interroger, les trois prisonniers sont évacués jusqu'au repaire de la résistance, via un portail qui les téléporte dans le Sud de la planète. Là-bas, McQueen constate que les ennemis du Kingsfisher sont bien plus importants que ce qu'il croyait et que Tilda Starr culpabilise de n'avoir plus sauver la reine Attala. Elle désigne Duke comme leur nouveau leader et il jure de ne pas les laisser tomber. Puis il réconforte Kris qui lui avoue que Pindar a assassiné ses parents - des chirurgiens ayant échoué à sauver le frère du Kingfisher après un accident. Mais tous ignorent qu'un traître se cache parmi eux et informe l'ennemi en la personne de Wes Adams...


L'armée du Kingfisher fond sur le repaire de la résistance et le gaze pour neutraliser les rebelles. Seul Duke réussit à s'échapper en plongeant du haut d'une falaise dans une rivière. Mais celle-ci est peuplée de créatures dangereuses, le condamnant à une mort certaine. Emprisonnés, Tilda, Kris et leurs troupes seront tous pendus en place publique comme l'annonce le tyran. C'est sans compter avec Duke McQueen qui est parvenu à survivre à la noyade et est plus déterminé que jamais pour en découdre. 


Alors que Tilda, Kris et trois autres rebelles vont être exécutés, Duke surgit dans l'arène du château sans portes du Kingfisher et exhorte la foule à se dresser contre ses oppresseurs. Galvanisés par le retour du héros légendaire, les Tantalans se révoltent tandis que Duke libère ses amis et défie le Kingfisher en combat singulier et réussit par la ruse à l'éliminer, tout comme Kris prend sa revanche en abattant Pindar. Une fois encore, après cela, McQueen décline l'offre de rester sur la planète et désigne Tilda comme la nouvelle reine. Kris reconduit Duke sur Terre où il en profite pour prouver à ses fils et au Président des Etats-Unis que ses aventures spatiales n'étaient pas un canular. Un ans plus tard, il dîne avec sa famille réunie autour de lui puis s'éclipse pour aller fumer dehors, envoyant un baiser aux étoiles pour sa femme.


Publié en 2014 par Image Comics, Starlight respire le rêve de gosse de Mark Millar, lorsqu'il découvrit les "illustrés" dans on Ecosse natale et s'extasiait en lisant des histoires épiques et manichéennes comme tout fan de comics. C'est sans doute pour cela qu'on adhère si facilement à son projet : parce qu'il nous renvoie à nos premières émotions de jeunesse quand on apprit quasiment à lire (ou en tout cas à aimer lire) de la bande dessinée - une passion qui ne nous quitterait plus, à laquelle nous resterions fidèle notre vie durant, malgré le scepticisme des "grands" devant cette littérature colorée, mais moins noble que les "classiques".

Rétrospectivement, Starlight annonce aussi de façon troublante le plus récent Reborn (dont j'ai parlé récemment) en abordant le récit avec un personnage à l'hiver de sa vie. Comme Bonnie Black, Duke McQueen est quelqu'un qui a vécu longtemps, aimé, souffert, connu la joie, la gloire, le déclin, la tristesse : Millar en dresse le portrait de manière sobre mais touchante en ne s'appesantissant pas, il laisse les images de Goran Parlov parler plutôt que d'en rajouter avec un commentaire en voix-off, et quelques cases, quelques pages suffisent pour résumer à grands traits ce que fut l'existence de cet homme.

Le dessinateur croate convient parfaitement à la narration directe et au découpage sans complexité de Millar - ceux qui ont lu ses aventures du Punisher ou de Nick Fury (dans la collection adulte Max de Marvel), écrites par Garth ennis, savent avec quel brio il tire parti de séquences entières avec un seule type de cases qui occupent en fait toute la largeur de la bande. Son trait à la ligne souple et nerveuse, grandement influencé par Moebius (en particulier sa période où il conçut Le Monde d'Edena, en expérimentant à partir de la "ligne claire" dans un style semi-réaliste), aboutit à une formidable lisibilité graphique tout en donnant forme aux fantaisies les plus débridées (le design des vaisseaux, des armes, les décors baroques de Tantala).

Parfois on décèle chez Parlov une autre influence, plus cartoony, qui se remarque notamment dans le physique de Duke McQueen âgé, le faisant étonnamment ressembler à un autre héros rangé des voitures, Bob Paar, le père de famille des Indestructibles (Brad Bird, 2004). 

Ceci n'est sûrement pas une coïncidence tant Millar lui-même semble s'inscrire dans cette même veine : lorsque Kris Moor vient demander son aide à Duke, on pense aussi à la mission-piège à laquelle répond Mr. Indestructible dans le film, et lorsqu'il se jette dans l'action avec la fougue du jeune homme qui, 40 ans auparavant, sauva le royaume de la reine Attala, si on peut s'étonner de l'agilité d'un sexagénaire, on pardonne cette licence pour le fun qu'elle procure.

Le nom même de Duke McQueen évoque d'autres clins d'oeil au cinéma puisque "Duke" était le surnom de John Wayne et McQueen rappelle le "king of cool" Steve McQueen, deux icônes du film d'aventures.

Mais, bien sûr, dès la couverture de l'album (curieusement réalisée par John Cassaday, alors que Goran Parlov signe toutes celles des épisodes intérieurs avec maestria), Starlight doit l'essentiel à Flash Gordon d'Alex Raymond (Millar pitcha d'ailleurs son projet comme un "mélange de Flash Gordon et d'Impitoyableréalisé par Clint Eastwood). Si le résultat n'a rien de commun avec la puissance crépusculaire du long métrage d'Eastwood, les flash-backs (très brefs) et le baroud d'honneur du héros sur Tantala contre le Kingfisher (un méchant générique, manquant un peu de charisme) s'inscrit dans un propos très premier degré - à cet égard, si une adaptation cinématographique de cette histoire devait voir le jour (comme Millar l'envisage avec tous ses creator-owned), il serait plus judicieux d'en tirer un film d'animation car en prises de vue réelles, le kitsch de l'entreprise nécessiterait une complicité difficile à gagner du public.

Si l'intrigue est conventionnelle et convenue, le dénouement est poignant et d'une sobriété admirable : l'ultime preuve que Starlight mérite une place à part dans la production de son auteur. 

dimanche 20 avril 2014

Critique 434 : FURY - MY WAR GONE BY, VOLUME 2, de Garth Ennis et Goran Parlov


FURY : MY WAR GONE BY, VOLUME 2, rassemble les épisodes 7 à 13 de la mini-série écrite par Garth Ennis et dessinée par Goran Parlov, publiée en 2012-2013 par Marvel Comics dans la collection Max. Ce second tome conclut la saga

*


# 7-9. Nous retrouvons Nick Fury en 1970. Il est envoyé au Vietnam par le sénateur Pug McCuskey pour y éliminer le chef Viet-Cong, Letrong Giap, que Fury avait déjà croisé lors de sa mission en 54 en Indochine. Le colonel est accompagné de George Hatherly, dont l'épouse attend son cinquième enfant. On a également mis à sa disposition un sniper redoutablement efficace, un certain Frank Castle...

# 10-12. 14 ans après, en 1984, Nick Fury se rend, toujours sur ordre de McCuskey, au Nicaragua pour enquêter sur les soupçons de trafic de drogue au sein d'une base américaine situé tout prés du Hondura. La CIA est elle-même dans le collimateur du Sénat qui, constatant que le conflit s'enlise, se demande si l'armée n'est pas financée par une économie parallèle. Hatherly accompagne toujours Fury et, très vite, ils comprennent qu'un des militaires du camp, l'imposant Barracuda, dirige un escadron dont il se sert effectivement pour profiter de leur alliance avec les Contras et leur mainmise sur la production de drogue. 

# 13. 1999 : c'est le bout de la piste pour les protagonistes de cette saga. George Hatherly se meurt. Shirley De Fabio en finit avec les humiliations que lui fait subir Pug McCuskey. Et Nick Fury achève l'enregistrement de ses confessions, seul dans sa chambre d'hôtel, sans avoir su (voulu) choisir entre son ami, sa maîtresse et la guerre.

Avec ces 7 nouveaux épisodes, Garth Ennis conclut dans les larmes et le sang sa fresque. Le résultat est à la hauteur du précédent tome et évoque les puissantes épopées de James Ellroy, le "chien de l'enfer" du polar américain dont le regard implacable sur l'Histoire américaine a dû inspirer le scénariste. 
Comme il l'a fait la fois d'avant, Ennis se concentre sur deux missions, à plusieurs années d'intervalle, à chaque fois en trois épisodes. Le procédé permet de voir vieillir les personnages et l'auteur n'est pas tendre avec les années qui passent pour chacun : cela se voit dans l'évolution physique (le visage raviné de Fury, la calvitie d'Hatherly, la hanche douloureuse de Shirley...) mais aussi dans la déliquescence morale (la désillusion croissante du colonel, l'affliction de son bras droit, l'humiliation de sa maîtresse, la vengeance du sénateur, et des seconds rôles signant encore plus fortement la descente aux enfers de l'Amérique : Frank Castle qui n'est pas encore le Punisher mais déjà un exécuteur méthodique ou, pire, Barracuda, soldat dévoyé, qui use de sa force et de sa position non pas pour se venger de sa condition de noir mais pour son profit personnel).

La dureté des évènements choisis et relatés par Ennis n'est égalée que par l'opinion qu'il affiche sur ses conflits et le rôle joué par les Etats-Unis : il ne montre jamais des généraux, des bureaucrates et des politiques (exception faite de McCuskey), mais s'attarde sur les hommes de terrain, sacrifiés par des chefs aux stratégies mal pensées, au matériel peu fiable, au moral entamé (et à la morale de plus en plus douteuse) - les pions de profiteurs.
Fury est le trait d'union entre les décideurs et les soldats : il n'a pas le goût des manoeuvres de couloirs comme les premiers mais reçoit d'eux ses ordres, il comprend au fil de ses missions à quel point ses actions sont dérisoires, risquées, et servent des intérêts sans noblesse. En agissant dans la clandestinité, il est habitué à l'ombre au point d'en devenir une, et s'il accepte d'être complice de faits d'armes peu reluisants au début, on voit ici qu'il y croit de moins en moins puis plus du tout (comme en témoigne son dégoût devant les exactions de Barracuda et son commando puis les explications que lui fournit McCuskey ensuite).
Comme pour les 6 premiers épisodes, une connaissance minime des conflits traversés permet de mieux en apprécier les ressorts, même si le récit est suffisamment solide et prenant pour être lu au premier degré, comme des histoires de guerre, de survie, de soldats, racontée à l'encre très noire. 

Ennis s'est aussi fait plaisir en introduisant deux personnages qu'il connaît bien : d'abord, il utilise Frank astle dans les chapitres au Vietnam. Il a écrit un long run, déjà dans la collection Max (et déjà, pour de nombreux épisodes avec Parlov aux dessins), avec cet anti-héros, et là, il le montre avant qu'il ne devienne ce justicier expéditif, mais déjà un terrible tueur professionnel, sans état d'âme. Le personnage reste en retrait, il parle peu, il est là en soutien de Fury, et la rencontre entre ces deux guerriers est savoureuse, soulignant leurs différences d'âge, d'expérience, de vision.
Puis c'est au tour de Barracuda, lui aussi apparu lors du run d'Ennis sur le Punisher, une création originale du scénariste (qui lui a consacré une mini-série aussi, toujours dessinée par Parlov), d'intervenir dans le segment situé au Nicaragua. Il prend, au propre comme au figuré, plus de place que Castle dans le cours du récit, c'est une figure sinistre, horrible, et sa confrontation avec Fury débouchera sur un règlement de comptes d'une brutalité féroce, à la mesure des atrocités commises (avec un échange de politesse bien spéciale : "Fuck the uniform. Feel Me ? - Sometimes the uniform fucks back.").

Ce qui est frappant, c'est de voir la manière dont Ennis dépeint, développe le personnage de Fury, tel un homme drogué à la guerre, préférant partir au bout du monde dans un merdier prévisible plutôt que de rester avec la femme qui l'aime et qu'il aime, risquant sans hésitation la vie de son second, et en pleine descente quand il comprend que le sénateur qui l'envoie au casse-pipe s'est encore joué de lui. Fury apparaît comme un homme en fuite, suicidaire, qui préfèrerait mourir au combat (même si ses missions sont de plus en plus solitaires) que vivre tranquillement, côtoyant des amis. Il jouit de cette existence à la fois palpitante et minable, sans confort, ni attache, bien que ses convictions s'effritent, mais c'est aussi parce qu'il ne semble véritablement bien connaître et faire que ça - crapahuter en pleine jungle, tuer l'ennemi, s'enfoncer dans les ténèbres de l'horreur de la guerre. Ce n'est pas qu'un métier, c'est sa raison d'être.
Fury est un professionnel qui s'interroge d'abord sur la faisabilité des missions, la logistique. C'est seulement en cours de route ou au terme de la mission qu'il admet toute la dimension pathétique, glauque, sans gloire, de ce qu'il fait. Mais tout cela semble le maintenir en vie, au point qu'en 1984, au Nicaragua, à un âge qu'on devine déjà avancé, il demeure en excellente condition physique, et le lecteur ne craint pas qu'il se fasse tuer bêtement - mieux : il sait qu'il est encore capable d'avoir sa revanche contre Barracuda.
Mais cet aspect des choses et du personnage est contrebalancé, par Ennis, via l'usure psychologique du personnage. Si Fury n'a jamais été un soldat croyant à la noblesse des causes qu'il a servi, il ne peut plus contenir son mépris pour les politiciens ni l'abjection que lui inspire les miliaires qui profitent de la situation pour leur bénéfice personnel. En considérant aussi ce côté-là de l'histoire de son héros, et en montrant plus qu'en expliquant à quel point cela l'affecte, Ennis évite l'apologie de l'aventurier ou l'excuse de l'interventionnisme américain : l'homme et son pays se confondent, ils ont besoin de guerres pour exister, justifier leurs rôles.
De ce point de vue là aussi, cette série est particulièrement corsée et culottée puisqu'après tout Ennis la produit pour un éditeur américain qui lui prête un de ses personnages emblématiques mais en le plongeant dans les situations les moins glorieuses de l'Histoire.

Goran Parlov est toujours là pour illustrer cette saga et elle lui doit beaucoup. Le croate sert parfaitement l'âpreté du récit avec ses dessins. Le professionnalisme dont il a fait preuve pour coller au plus prés au moindre détail témoigne de son implication et de sa complicité avec le scénariste.
Ses images ne cherchent pas être séduisantes (même si, parfois, elles le sont quand même : il suffit qu'il s'attarde sur un visage, creusé par les tourments, ou pur comme celui d'une des amantes de McCuskey, pour être saisi), et son découpage reste toujours aussi sobre, avec des pages de trois ou quatre cases maximum, occupant toute la largeur de la surface, et qui donne un look très cinémascope à l'ensemble.
Cette mise en scène convient aussi bien aux séquences d'action, cadrées avec une profondeur de champ soignée, qu'avec des scènes plus intimistes, qui permettent au lecteur de savourer chaque expression des personnages.
Parlov peut sembler limité de ce point de vue mais chacune de ses cases contient à la fois beaucoup d'informations visuelles et juste ce qu'il faut pour qu'on lise l'histoire sans décrocher. Le procédé assure une fluidité exceptionnelle mais nécessite un artiste qu'il maîtrise parfaitement son sujet, la composition, l'expressivité des personnages, les détails des décors. Une séquence comme celle où Fury et Castle sont détenus dans une cellule creusée à même la terre est caractéristique : les lignes sont sommaires, mais le rendu des textures, la justesse de l'ambiance, la simplicité du découpage, tout fait qu'on y croit. A l'opposé, quand il s'agit de représenter les intérieurs de la maison de McCuskey, Parlov dessine avec minutie un mobilier réaliste et place les personnages parfaitement dans l'espace pour qu'on mesure les dimensions de l'endroit, la relation qui existe entre eux, le poids des ans, etc.
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On pouvait craindre que cette seconde partie ne soit pas aussi bonne que la première, mais il n'en est rien. Garth Ennis réussit à boucler sa fresque avec une maîtrise épatante, son regard est toujours aussi perçant. Quant à Goran Parlov, il anime ce récit avec un brio fabuleux, d'un trait nerveux et puissant.
Fury : My War Gone By est une sacrée production, un voyage au bout de l'enfer dont on sort groggy et surtout impressionné.

jeudi 17 avril 2014

Critique 433 : FURY - MY WAR GONE BY, VOLUME 1, de Garth Ennis et Goran Parlov

FURY : MY WAR GONE BY, VOLUME 1, rassemble les 6 premiers épisodes (sur 13) de la mini-série écrite par Garth Ennis et dessinée par Goran Parlov, publiée en 2012 par Marvel Comics dans sa collection Max (pour un public adulte et indépendante de la continuité).
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(Extrait de Fury : My War Gone By #1.
Texte de Garth Ennis, dessin de Goran Parlov.)

Deux histoires sont au programme de ce Volume 1 :

- #1-3. De nos jours, dans une chambre d'hôtel, le colonel Nick Fury enregistre ses confessions sur sa carrière au sein de la C.I.A. après la Seconde Guerre Mondiale.
Il commence par raconter comment il a été affecté en Indochine en 1954, là où il a rencontré les trois personnes qui ont croisé sa route : le jeune agent George Hatherly, le membre du congrés Pug McCuskey et sa secrétaire (qui deviendra la maîtresse de Fury et McCuskey), Shirley DeFabio. La mission de Fury consiste à évaluer la situation auprès de leurs alliés français pour déterminer si les Etats-Unis doivent continuer à soutenir leurs manoeuvres militairement, politiquement et financièrement. Pour cela, il entre en contact avec le major Lallement sur le site de Son Chau, une cible toute indiquée pour les vietnamiens.

- #4-6. En 1961, nous retrouvons Nick Fury et George Hatherly au Guatemala où ils entraînent des exilés cubains en vue d'une opération contre le régime de Fidel Castro. Fury retrouve Mcuskey à Miami pour faire le point et, en présence d'opposants politiques, se voit proposer la mission d'abattre Castro. Il accepte et se rend sur l'île avec Hathely et Elgen, un opérateur radio.
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Garth Ennis est un scénariste irlandais connu pour ses comics gratinés (comme ses créations, The Boys et The Preacher, mais aussi de nombreux récits de guerre comme War Stories, Battlefieds, et ses runs sur les séries Wolverine ou Punisher). Son écriture est féroce, sans concessions, ce qui explique qu'il exerce le plus son talent décapant dans la collection adulte de Marvel, Max. C'est le cas ici avec cette mini-série en 13 épisodes, dont ce premier tome propose les six premiers, où il peut s'emparer d'un personnage emblématique de l'éditeur et qui est fait pour lui : le colonel Nick Fury, l'espion le plus célèbre de la "maison des idées", dans une version détachée de la continuité. Il va, avec ce héros peu commun, revisiter plus de cinquante ans d'Histoire à travers les missions clandestines qu'il a remplies pour la CIA après la Seconde Guerre mondiale. 

Les 3 premières pages, qui ouvrent cette saga, offrent comme une sorte de teaser à tout ce qui va suivre, une vie de barbouzeries, de sang et de sexe, narrée par un homme au soir de sa vie, dans une chambre d'hôtel, en train de s'enregistrer sur un vieux magnétophone à bandes, vêtu d'un peignoir et de charentaises, alors que trois prostituées dorment à côté dans son lit. es aveux sont ceux d'un vieillard condamné, qui explique pour commencer qu'il a une balle logée dans la boîte crânienne et qui ne savait faire qu'une chose : la guerre. Pas question pour lui de juger si les conflits qu'il a traversés étaient justifiés, légitimes : il était un soldat, un espion, un exécuteur. Il a vu l'horreur, le gâchis, mais il a toujours fait son job, et aujourd'hui, il en dresse le bilan. Ces "Mémoires" seront à la (dé)mesure de l'homme.

Ennis décrit Fury comme un homme de terrain, qui ne goûte ni aux jeux politiques et refuse les promotions pour finir derrière un bureau. Dans ce premier volume, le scénariste examine donc deux missions à 7 ans d'intervalle, la première en Indochine en 54, la seconde à Cuba en 61.

Chaque histoire a un rythme soutenu, trois épisodes chacune, mais le scénariste écrit comme on charge une mitraillette, les scènes se succèdent avec la rapidité de rafales et ne font pas dans la dentelle : Fury prend ses ordres, se rend sur le terrain, la mission tourne mal, il faut alors en sortir rapidement. Pour cela, le récit ne lésine pas sur l'action avec une violence et une brutalité qui justifie la mention "explicit content" sur la couverture : Ennis peut être, au choix, considéré comme un auteur complaisant, qui se sert du sadisme et de l'atrocité (notamment dans la représentation sans fard de la torture) pour satisfaire un lectorat avide de sensations fortes, ou simplement réaliste, dans le contexte d'histoires peu reluisantes où les héros commettent des exactions certainement proches de la réalité mais rarement évoquées.
Ce qui rend cette violence éprouvante, à la limite du soutenable (comme en témoigne l'épisode cubain, lorsque Fury, Hatherly et Elgen sont faits prisonniers), c'est qu'elle est décrite avec réalisme, sans humour noir pour la contrebalancer. Bien sûr, on peut choisir de rire de ces outrances, mais le cynisme de Fury laisse peu de place pour apprécier avec légèreté ce qui est narré.
Dommage qu'Ennis n'ait pas eu la même exigence quand il a cru bon de rédiger quelques passages en français, livrant des phrases approximatives, au résultat fâcheux.

En confiant les dessins au croate Goran Parlov, le ton de la bande dessinée confirme que rien n'est joli. Parlov a été formé à l'école des fumetti (les comics italiens), il a notamment travaillé pour l'éditeur Sergio Bonelli en illustrant la série western Tex, c'est donc un artiste solide, habitué à travailler vite et produire des pages à l'efficacité maximale. Son trait expressif et vif, qui peut rappeler aussi bien Joe Kubert que Jordi Bernet, lui permet de croquer des filles girondes et surtout des hommes aux gueules inoubliables, qu'il s'agisse de Fury avec son bandeau sur l'oeil gauche et au visage buriné ou du replet McCuskey ou encore du jeune Hatherly.
Parlov a d'abord à coeur de représenter l'aspect frustre, barbare, de la guerre et de ceux qui la font. En quelques lignes, mais un souci du détail réel (comme en témoignent les bonus où l'on apprend qu'il a dû refaire des pages entières parce qu'il n'avait pas dessiné les bons modèles d'avions d'époque, par exemple), il réussit à reproduire de manière frappante la terrasse d'un palace, les bureaux d'un bâtiment officiel, un champ de bataille, la jungle.
Parlov a un style brut qui convient parfaitement à la fois à Ennis et au genre du récit. Mais derrière cet aspect qui peut sembler sommaire, il y a un grand métier, une qualité indéniable, le souci d'un dessin qui se veut moins beau que juste. Son découpage est très simple, avec des cases qui occupent toute la largeur de la page, alternant les gros plans, avec des visages expressifs et mémorables, ou des actions spectaculaires, qui jouent sur la profondeur de champ. L'apparence expéditive du trait n'empêche pas des compositions très étudiées.

L'association de l'écriture impitoyable d'Ennis et du dessin taillé à la serpe de Parlov donne à cette saga la fulgurance d'un film de Samuel Fuller dont le premier rôle serait tenu par Clint Eastwood, une série B dépourvu d'humour, implacable, désabusé.

Bien entendu, avec un tel traitement, narratif et graphique, la série ne peut pas se permettre d'expliquer les tenants et aboutissants des situations qu'elle aborde, on est tout de suite plongé dans des bourbiers dont on devine vite que l'issue n'aura rien de positif ou de glorieux. On peut alors choisir de lire ces aventures en les savourant au premier degré, chaque décor s'appréciant d'abord pour son exotisme, et l'évolution des personnages se forgeant via des ellipses radicales. Ou alors, on peut, avant ou après avoir lu chaque trio d'épisodes, se renseigner un peu plus sur les causes et finalités de la guerre en Indochine, pour en savoir plus sur la déconvenue de l'armée française à Diên Biên Phu, ou sur l'implication de l'Agence lors du débarquement de la "baie des Cochons" avec les exilés du régime de Batista : ça ne prend pas beaucoup de temps, c'est instructif et ça permet d'apprécier la puissance et la pertinence d'Ennis.
L'auteur ne cherche en effet pas à faire la leçon sur la politique interventionniste des Etats-Unis, il est clair qu'il l'analyse sans sympathie, mais plus généralement on comprend que peu importe le gouvernement ou le pays, c'est l'impérialisme qui le dégoûte. En écrivant à hauteur d'homme, Ennis nous dit que la guerre est d'abord une histoire de victimes causée par des décideurs incompétents, indifférents du sort des soldats et des civils. Dans le récit situé en Indochine, il souligne l'absurdité cruelle qui existe entre des positions sur des cartes et la réalité de la vie des militaires dans un endroit promis à un massacre. A Cuba, la rapidité avec laquelle il est décidé de supprimer Castro et la manque de préparation de la mission vouent les agents qui en sont chargés à un échec programmé.
A chaque fois, c'est moins la motivation des hommes qui fait défaut que des défaillances logistiques et matérielles, et c'est cet écart entre des estimations de bureaucrates et les capacités des exécutants qui signent les échecs de ces missions, au prix de sacrifices terribles. Le contraste entre l'idéalisme et la vérité, la conviction et l'exercice est saisissant, parfaitement traduit.

Enfin, il faut saluer Dave Johnson qui signe toutes les couvertures : il a adopté pour chacune un approche distincte qui permet de prendre un peu de distance avec les faits. Il a conçu des images à la fois élégantes et inventives, au symbolisme intelligent, avec un esprit de synthèse remarquable.

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Destiné à un public averti, cette fresque se lit avec une redoutable facilité : la crudité de certaines scènes, l'horreur de certaines autres, la lucidité intransigeante du récit, associées à des illustrations sans fioritures mais terriblement efficaces, en font une série à la fois éprouvante et impossible à lâcher.
Souhaitons que la seconde partie soit aussi bien menée.

samedi 31 décembre 2011

Critique 298 : 5 RONIN, de Peter Milligan et Tomm Coker, Talibor Dalajic, Laurence Campbell, Goran Parlov, Leandro Fernandez

La couverture du recueil
(illustration de John Cassaday et Laura Martin
Les 5 Ronins - de gauche à droite : Deadpool, Wolverine,
Hulk, le Punisher, Psylocke (illustrations de David Aja).

5 Ronin est une mini-série de cinq épisodes publiée en 2011 par Marvel Comics. Le scénario est écrit par Peter Milligan et les dessins sont signés par Tomm Coker (Wolverine), Dalibor Talajic (Hulk), Laurence Campbell (Punisher), Goran Parlkov (Psylocke) et Leandro Fernandez (Deadpool).
*
5 Ronin est un projet atypique, un recueil d'histoires curieux et original. L'idée a été lancée par l'éditeur Sebastian Girner, passionné par le Japon, et mise en forme par le scénariste Peter Milligan, lui-même fan du cinéaste Akira Kurosawa et de son chef-d'oeuvre, Les 7 Samouraï.
Imaginer des versions de cinq personnages iconiques transposés dans le Japon féodal du XVIIème siècle permet de les revisiter, détachés du terreau fantastique propre aux comics super-héroïques tout en conservant ce qui fait l'essence de chaque héros : Wolverine le tueur, Hulk le monstre, le Punisher le vengeur, Psylocke la métisse, et Deadpool le fou.
En 1600, le Japon est également à la croisée des chemins : une ére est sur le point de se conclure (l'époque féodale), une autre va débuter : dans ce contexte incertain, lié par une cause commune, cinq personnages vont eux-mêmes être obligés de faire des choix existentiels déterminants.

Peter Milligan n'a pas choisi cette date par hasard, comme il l'a précisé en interview : en 1600 eût lieu une bataille sanglante et décisive à Sekigahara, entre clans de l'Ouest et de l'Est du Japon. Au terme de cet affrontement, la répartition des provinces fut établie. C'est donc un carrefour historique, une époque violente, qui sert au scénariste de métaphore pour parler de notre propre époque, également troublée par des guerres de civilisations, de cultures, de philosophie, de suprémacies.

Le choix des cinq personnages ne doit rien non plus au hasard : il s'agit évidemment de héros-phares dans l'univers Marvel, mais qui ont en commun un aspect "borderline", et dont l'auteur a respecté l'esprit tout en les privant de leurs caractéristiques paranormales habituelles.
Chaque épisode se concentre sur l'un des protagonistes, mais leurs histoires sont interconnectées : à chaque chapitre, le lecteur découvre des éléments supplémentaires sur l'origine de l'intrigue et la situation des 5 ronins. Ils ont tous des problèmes particuliers à résoudre mais ces problèmes puisent à la même source : Daimyo, un chef de guerre, a ruiné leurs vies, en les privant de leur maître, de leur humanité, de leur famille, de leur dignité, de leur raison, au cours de la bataille de Sekigahara.
Une planche de Wolverine par Tomm Coker.

Le premier épisode ouvre de manière percutante la série avec Wolverine, qui a perdu son maître dans la bataille. Milligan trouve une astuce très habile pour évoquer les pouvoirs du mutant griffu : ses griffes sont remplacées par des lames attachées à un bracelet, et son invulnérabilité par le fait qu'il a plusieurs frères jumeaux, laissant supposer à celui qui en croise un qu'il s'agit du même guerrier.
Wolverine retrouve l'un de ses frères ayant pris le parti du chef Daimyo au point de tuer un de ses jumeaux. L'atmosphère étrange et troublante du récit, soutenu (comme les autres épisodes) par une voix-off suggestive et sobre, est une réussite, les scènes d'action sont fulgurantes et sans complaisance. Milligan nous accroche immédiatement.
Les dessins de Tomm Coker contribuent remarquablement à l'intensité du récit dans un style photo-réaliste. L'effort apporté aussi bien aux designs des costumes qu'à la reproduction des décors est exemplaire.

Une planche de Hulk par Dalibor Talajic.

Le deuxième épisode est encore plus original, peut-être le plus déroutant de la série : en effet, la version que Milligan donne de Hulk est certainement la plus inattendue. Il en a fait un moine, retiré du monde sur une montagne, après avoir activement participé au massacre de la bataille de Sekigahara : la cruauté et la brutalité dont il fit preuve ce jour-là l'a horrifié au point qu'il se consacre désormais à une vie de méditation. Lorsque le village voisin sollicite ses services de guerrier pour repousser une nouvelle attaque des troupes de Daimyo, il hésite à accepter par crainte de réveiller la bête au fond de lui.
David Aja, qui a participé aux designs des personnages, avait, comme on peut le voir dans les bonus de l'album, d'abord imaginé donner à ce Hulk l'aspect d'un lutteur sumo (peut-être en souvenir de Fat Cobra, une des Armes Immortelles des 7 Capitales Célestes, qu'il avait dessiné durant son run sur Immortal Iron Fist). Finalement, Dalibor Talajic a imposé une silhouette d'ascète au personnage, totalement méconnaissable par rapport au Hulk classique ou même à son alter ego Bruce Banner.
Mais l'idée est séduisante et efficace, tout comme la traduction du dilemme moral qui se pose au personnage est très bien rédigée.
En outre, on voit à nouveau apparaître Deadpool, après le segment consacré à Wolverine, devenant le fil rouge de la saga tout en conservant son mystére.
Une planche du Punisher par Laurence Campbell.

Le Punisher devait faire partie de l'aventure 5 Ronin... Mais à la vérité, l'évidence de sa présence rend aussi son emploi trop conventionnel et il faut bien avouer que c'est le chapitre le moins intéressant de l'histoire. Milligan n'a rien à changer aux origines classiques du personnage pour l'intégrer dans le projet : ici comme ailleurs, le Punisher va régler ses comptes après que sa famille ait été massacré par, non plus des mafieux, mais des soldats de Daimyo.
Sa vengeance est implacable, son déroulement sans surprise.
Laurence Campbell opte pour un découpage à la fois radical et paresseux, uniquement composé de vignettes horizontales, cinq bandes par page en moyenne. Ce qui pourrait aboutir à un séquençage nerveux ne produit souvent que des plans trop sombres, sans décor, où les couleurs de Lee Loughridge (qui occupe ce poste sur tous les épisodes, sauf le premier où il est remplacé par Daniel Freedman), elles-même majoritairement sommaires, soulignent les défauts de ces partis-pris.
C'est la seule fausse note de l'entreprise - sans doute qu'un personnage moins prévisible aurait été préférable, ou alors avec un traitement plus étonnant.
Une planche de Psylocke par Goran Parlov.

Heureusement, avec l'épisode consacré à Psylocke, Milligan et son nouveau partenaire, Goran Parlov, rattrapent le coup. La cousine du Captain Britain classique est devenue une jeune femme prostituée après la mort de son père, tué par Daimyo, et s'emploie à devenir la fille de joie la plus convoîtée de Yoshiwara afin que son ennemi l'appelle chez lui. Ce projet de vengeance est pervers et déplace subtilement le récit en y introduisant de la sensualité.
C'est aussi le chapitre où deux personnages ont une relation plus rapprochée et consistante puisque Psylocke et Wolverine s'y rencontrent longuement - cette rencontre va d'ailleurs considérablement altérer la conviction de la jeune femme.
Parlov, disciple de l'école italienne des fumetti, donne à ses pages un dynamisme qui tranche avec les autres artistes, délaissant la stylisation au profit d'illustrations plus classiques. Mais sa Psylocke est dôtée d'une beauté à la hauteur de la magnifique couverture d'Aja. 
Une planche de Deadpool par Leandro Fernandez.

Le dernier chapitre met en scène Deadpool, le mercenaire fou : il est apparu dans les segments précédents, tantôt simple figurant, tantôt acteur décisif, mais ici, on découvre qu'il a fait partie de l'armée de Daimyo. Abandonné et laissé pour mort par son maître sur le champ de bataille, il a perdu la raison - au point d'aller défier son ancien chef dans son domaine.
Au duel attendu proprement dit, Milligan n'accorde pas une importance démesurée : il le met en scène d'une façon expéditive, suggestive, en le dialoguant magistralement. Une fois ce face-à-face liquidé, comme il l'a déjà fait précédemment, le scénariste a recours à un flash-back pour resituer le personnage et son cheminement. Il traite avec subtilité la folie de son héros, et lui fait croiser Wolverine, tandis qu'auparavant Psylocke est apparue et que Hulk tente (en vain) de raisonner le Punisher. Si les 5 ronin ne se rencontrent pas tous, leur présence simultanée dans le même périmètre à la fin de l'aventure est amenée avec naturel, et la conclusion du récit est très bien rédigée.
Leandro Fernandez (l'autre designer le plus actif du projet, avec Aja) livre des planches à la fois épurées et soignées.
   *
Recueillie dans un bel album hardcover, regorgeant de bonus (sketches, couvertures - somptueuses - de David Aja, variant covers...), cette mini-série est un de ces projets insolites que Marvel serait bien inspiré de produire plus souvent. A quand un "5 Cowboys", "5 Knights", ou "5 Soldiers" ?

mercredi 30 mars 2011

Critiques 217 : Y THE LAST MAN 3 & 4, de Brian K. Vaughan, Pia Guerra, Paul Chadwick et Goran Parlov

3 : ONE SMALL STEP (#11-17, 2004)

- One Small Step (#11–15) : A Oldenbrooks, dans le Kansas, Yorick, l'agent 355 et le Dr Mann viennent en aide à une jeune femme russe, Natalya Zamyatin, qui a pour mission de récupérer l'équipage de la station spatiale Soyouz, composé de deux hommes (l'un américain, l'autre russe) et une femme (également russe). Une avarie technique les oblige en effet à revenir sur Terre. Le quatuor rencontrent dans une base, spécialement conçue pour se protéger d'attaques biologiques, deux soeurs jumelles, Heather et Heidi, généticiennes comme le Dr Mann. Cependant, Alter Ts'elon, qui est informée par la propre mère de Yorick, est toujours sur la piste de ce dernier, grâce à un traceur implanté dans le singe Ampersand. L'agent 355 et Natalya s'éloignent pour réceptionner les astronautes et permettent ainsi à Alter d'attaquer avec sa camarade Sadie la base où elles enlèvent Yorick. La capsule des astronautes apparaît dans le ciel et Alter tente alors de la détruire avec un tir de bazooka, mais Sadie et Yorick l'en empêchent. Hélas ! Le module effectue un atterrisage qui achève de l'endommager et provoque son explosion : seul un membre de l'équipage en sort indemne - et il s'agit de la femme du trio ! Cette dernière se nomme Ciba Weber et avoue ensuite au Dr Mann qu'elle est enceinte d'un de ses anciens co-équipiers (mais elle ignore lequel, et il est trop tôt pour savoir si elle attend un garçon ou une fille). Natalya décide de rester avec Heather, Heidi et Ciba tandis que Yorick, 355 et le Dr Mann reprennent leur route et que Sadie repart après avoir mis Alter aux arrêts - refusant par là-même de continuer la mission qu'elle menait avec l'aide de la mère de Yorick.

- Comedy and Tragedy (#16–17) : Une troupe d'actrices itinérantes stationnent à Northlake, dans le Nebraska, où elles acceptent de donner une représentation pour les femmes y habitant. C'est alors qu'elles trouvent Ampersand et découvrent qu'il s'agit d'un mâle. Cela inspire à l'une des comédiennes une pièce intitulée The Last Man, dont le personnage principal est inspiré par le roman du même nom de Mary Shelley (la créatrice de Frankenstein). Le soir de la Première, la pièce est interrompue par une des habitantes (qui s'offusque du traitement d'un tel sujet) et par Yorick, le Dr Mann et l'agent 355, tous trois masqués, racontant qu'Ampersand est un singe hermaphrodite. Avant de se retirer, Yorick demande à l'auteure de la pièce comment elle finit et apprend que le héros se suicide.
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Ce troisième tome est encore une fois brillant : Brian K. Vaughan articule les épisodes 11 à 15 autour du retour sur Terre des trois astronautes de la station spatiale Soyouz, évènement qui va attirer les trois héros (Yorick, 355 et le Dr Mann), deux généticiennes, une russe chargée de récupérer ses compatriotes, et le commando dirigé par Alter. Avant le climax, lors duquel le sort d'Alter va basculer, on découvre que celle-ci reçoit ses informations au sujet des déplacements de Yorick de la propre mère de celui-ci : le personnage de cette dernière devient soudainement plus trouble et on apprend qu'elle ne fait aucune confiance à l'agent 355, appartenant au Cercle de Culper, assimilée à une société secrète d'assassins.
Le Culper_Ring n'est pas une fantaisie imaginée par Vaughan mais s'inspire d'une véritable organisation, fondée par George Washington. Le scénariste en fait quelque chose de plus ancien encore, au rôle plus influent et sombre que ce réseau d'espions (qui devait son nom aux frères Culper). Le pseudonyme même de l'Agent_355 se réfère à une femme ayant fait partie de cette société, dont on sait aussi peu de choses que son double fictif.
Les motivations d'Alter sont tout aussi discutables que celles de la mère de Yorick, qu'elle avait choisie de trahir, une fois le jeune homme capturé : cette militaire israëlienne donne une dimension politique au sort du dernier homme sur Terre en voulant s'en servir à des fins stratégiques et idéologiques (résumées en une réplique glaçante : "parfois nous devons faire dees choses terribles pour la paix"). Doublée par sa camarade Sadie, Alter Tse'elon ne semble toutefois pas condamnée à sortir de l'histoire et il y a fort à parier qu'on la reverra.
Tout cela est raconté avec beaucoup de rythme et la longue séquence du crash est un vrai morceau de bravoure, découpé avec un brio redoutable.
Les deux épisodes concluant ce volume sont plus anecdotiques, même s'il ne faut pas les zapper car ils introduisent un nouveau personnage menaçant pour les héros, la mystérieuse ninja Toyota, dont l'identité du commanditaire est une énigme vouée à être prochainement résolue.
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Les dessins de Pia Guerra gagnent en assurance et contribuent à l'efficacité du récit : c'est sans fioritures mais direct, clair, expressif, toujours cadré avec justesse et précision, en privilégiant les cases horizontales, très dynamiques. Il faut saluer l'encreur José Marzan Jr qui assure à la série une unité visuelle très louable puisque les deux épisodes à la fin de ce tome sont illustrés par Paul Chadwick, sans que cela n'introduise de rupture avec les planches de Pia Guerra.
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C'est un peu la fin d'un premier cycle mais la route des trois héros est encore longue, et Vaughan et Guerra semblent avoir encore des munitions pour pimenter leur odyssée.
4 : SAFEWORD (#18-23)

- Safeword (#18-20) : Yorick, l'agent 355 et le Dr Mann progressent jusqu'à Allenspark, dans le Colorado. Les deux femmes confient leur compagnon à l'agent 711, une ancienne du Culper Ring, pendant qu'elles emmènent Ampersand, malade, en ville pour le soigner. Seul avec l'agent 711, Yorick subit divers supplices qui ont pour but de le confronter à son sentiment de culpabilité : il se rappelle ainsi avoir été abusé sexuellement par un jeune garçon dans son enfance, la première fois qu'il a fait l'amour avec Beth, la découverte des rues de Brooklyn jonchées de cadavres (dont celui d'une femme agent de police qui s'était suicidée) après l'épidémie...
Lorsque l'agent 355 et le Dr Mann sont de retour avec Ampersand rétabli, Yorick est prêt à poursuivre le périple. Mais peu après leur départ, de mystérieuses tueuses en burqa abattent l'agent 711 à laquelle elles réclamaient l'Amulette d'Hélène.

- Widow's Pass (#21–23) : L'étape suivante conduit le trio à Queensbrook, en Arizona - huit mois se sont écoulés depuis les évènements relatés dans l'album One Small Step. Un groupe de 8 femmes surarmées bloquent le passage vers l'Etat voisin, empêchant nos héros de gagner la Californie. Yorick, l'agent 355 et le Dr Mann rencontrent également P.J., qui tient le garage de feu son père. Ensemble, ils forceront le blocus, au prix de douloureux sacrifices - et de quelques révèlations. A Oldenbrook, dans le Kansas, Ciba Weber, la cosmonaute, donne naissance à un garçon. C'est alors que Hero, la soeur aînée de Yorick, arrive sur place...
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Ce 4ème tome compte deux histoires d'égale valeur, en nombre d'épisodes. Néanmoins, le premier récit est le plus étonnant et va provoquer un profond bouleversement chez Yorick. Brian K. Vaughan laisse planer le doute sur la complicité entre les agents 355 et 711 au sujet du traitement de choc que réserve cette dernière au jeune homme, sur lequel 355 a pris de nombreuses notes dans un journal. Il s'agit de le délivrer d'un fort sentiment de culpabilité, semblable à celui des survivants de l'Holocauste : Yorick ne supporte plus d'être l'unique rescapé de l'épidémie et la pression qui pèse sur ses épaules de devoir, à terme, être celui qui permettra à l'humanité de se perpétuer. L'agent 711 lui inflige des humiliations dont le spectacle reste étonnant, voire dérangeant, dans un comic-book américain, quand bien même les séries Vertigo de DC Comics ont la spécificité d'être plus transgressives que le tout-venant. Mais bon, ce n'est pas tous les jours qu'on voit le héros contraint à une séance de bondage, forcé d'avaler du viagra, quasiment violé et noyé par une dominatrice-manipulatrice !
Le second récit fait la part belle à l'action : l'agent 355 doit délivrer le Dr Mann des griffes d'une bande de furies, à la fois brisée par la perte de leurs pères, maris et fils, et influencées par des thèses conspirationnistes délirantes. Là encore, Vaughan n'épargne pas ses héroïnes, torturées, et échappant de peu au peloton d'exécution. Parallèlement, Yorick fait aussi ce qu'on pourrait appeler "l'apprentissage du sang" en tuant une de ses miliciennes, autant par vengeance que par esprit de conservation. Mais c'est aussi l'occasion de révèlations cruciales car Alison Mann avoue à l'agent 355 que ses expériences de clonage avaient échoué à engendrer un homme - recherches d'abord menées par son père. Cette confession jette le trouble sur la suite de l'aventure en posant la question de ce qui se passera une fois que le trio aura rejoint le laboratoire du Dr Mann à San Francisco... Le suspense reste donc entier et Vaughan l'entretient avec un vrai brio.
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Chaque histoire est illustrée par un artiste différent : Pia Guerra se charge de la première et son trait a effectivement gagné en maturité, en précision, en finesse depuis le début de la série. Le changement de coloriste (Pamela Rambo a cédé sa place au studio Zylonol) permet à la dessinatrice de réaliser des planches à l'ambiance saisissante, dans ce huis-clos étouffant, traversé de scènes oniriques, fantasmatiques ou passées.
Puis Goran Parlov signe les pages des épisodes 21 à 23, avec un trait plus rond, et des cadrages plus aérés, plus énergiques, adéquats pour une histoire plus centrée sur l'action. Là encore, l'encrage de José Marzan Jr permet à la série de conserver une vraie cohérence esthétique.
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Quasiment à mi-parcours, la série demeure passionnante et on a hâte de découvrir la suite.

mercredi 23 mars 2011

Critiques 216 : Y THE LAST MAN 1 & 2, de Brian K. Vaughan et Pia Guerra

Y: The Last Man est une série en 60 épisodes, rassemblés dans dix albums, écrite par Brian K. Vaughan et dessinée par Pia Guerra (suppléee parfois par Paul Chadwick, Goran Parlov, ou Goran Sudzuka), et publiée par DC Comics sous le label Vertigo à partir de 2002. L'argument de la série est à la fois simple et riche : tous les mâles de la planète (animaux comme humains) meurent subitement, à l'exception de Yorick Brown et son chimpanzée Ampersand (Esperluette en vf). Se pose alors véritablement deux questions : quel est le destin du dernier homme sur Terre ? Et quel avenir pour la race humaine, privée de la moitié de sa population ?
1 : UNMANNED (#1-5, 2002)

Le 17 Juillet 2002, une mystérieuse épidémie supprime toutes les créatures de sexe masculin sur Terre, à l'exception de Yorick Brown et de son singe capucin Ampersand.
Deux mois après, Yorick arrive à Washington où il retrouve sa mère, élue du Congrés. La nouvelle Présidente des Etats-Unis, ex-secrétaire d'état à l'agriculture, ordonne à l'agent 355 d'escorter Yorick jusqu'à Boston où doit être la généticienne Allison Mann, seule capable de comprendre ce qui s'est passé et d'y remédier. Trois jours après, Alter Tse'elon, nouvelle général en chef de l'armée d'Israël, apprend l'existence de Yorick et se lance à sa recherche. Elle détruit le laboratoire du Dr Mann, l'obligeant avec l'agent 355 et Yorick à partir pour San Francisco où la généticienne a conservé des données sur ses travaux. Yorick, lui, préférerait aller en Australie où se trouve sa fiancée Beth, qu'il avait demandé en mariage au moment où l'épidémie s'est déclenchée, mais reporte ce projet...
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Ce volume réunit les 5 premiers chapitres de la série et d'entrée de jeu, on est bluffé par l'intelligence et l'efficacité avec lesquelles Brian K. Vaughan et Pia Guerra mènent leurs affaires. La diversité des situations, la gravité des enjeux (la fin de la race humaine, le clonage, l'extrémisme idéologique...), la caractérisation aiguisée des personnages, le rythme soutenu, la richesse du potentiel de l'intrigue sont tout bonnement exceptionnels : Vaughan ne sombre jamais dans la facilité ni les clichés, mais au contraire surprend par la variété des rebondissements et la qualité psychologique de ce thriller fantastique atypique.
En choisissant comme héros un jeune prestidigitateur, il donne une légèreté à un récit par ailleurs palpitant et grave, où les extrémismes politiques et philosophiques sont exposés sans complaisance mais sans ménagement non plus. Le petit singe qui accompagne Yorick fait penser au Marsupilami de Franquin dans Spirou car il permet des échappées dans l'histoire sans que cela soit gratuit.
Vaughan manie les symboles avec subtilité, que ce soit pour stigmatiser les attitudes des femmes ou résumer le rôle des hommes disparus, comme dans la scène de l'obélisque où Yorick énumère avec une participante à un sit-in les noms de groupes de pop masculins morts - un moment saisissant où tout est dit sur la culture populaire "dominée" par les hommes durant le XXème siècle dans la musique. Ladîte "domination" masculine est au centre de ce premier acte où l'on voit les femmes pointer l'oppression des mâles comme dans ce dialogue avec les Amazones qui prétendent que la catastrophe les a libérées de violeurs, de dictateurs, et de tueurs en série, plus que de leurs pères, de leurs frères ou de leurs amants.
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Le dessin de Pia Guerra est simple et direct, comme son découpage, qui derrière son classicisme souligne quand il le faut l'ingéniosité du propos : à cet égard, la toute dernière planche qui montre en plongée un croisement de trois rues en forme de "Y" est une petite merveille évoquant ce qu'on voyait dans les Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons. La qualité principale de Guerra, c'est qu'elle s'attache d'abord à produire un dessin lisible, expressif, souligné par l'encrage de José Marzan Jr (qui encrera tous les épisodes de la série). On se dit aussi que le simple fait qu'une femme ait illustré Y The Last Man a évité au titre de représenter son casting essentiellement féminin en collant aux clichés des comics américains, peuplés souvent de bimbos écervelés et aux formes plus suggestives que réalistes (même si des hommes comme Terry Moore ont su donner à leurs héroïnes une allure moins convenue).
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Un prologue qui augure d'une production ambitieuse et passionnante.
2 : CYCLES (#6-10, 2003)

Yorick, l'agent 355 et le Dr Mann embarquent dans un train en échange d'une moto. Mais durant le trajet, ils sont agressés par des racketteuses et sautent de leur véhicule en marche. Séparé de ses deux chaperons, Yorick revient à lui chez Sonia, dans le village de Marrisville dans l'Ohio. La jeune femme et son pensionnaire sont attirés l'un par l'autre et Sonia confie que toutes les femmes de la localité sont en vérité des anciennes détenues qui ont quitté leur pénitencier à la faveur de l'épidémie - Sonia elle-même est une ex-dealeuse. Le Dr Mann retrouve Yorick et fait transporter l'agent 355, blessée, à Marrisville. Mais peu après, les Filles des Amazones, un vaste groupe de femmes considérant la disparition des hommes comme une bénédiction divine et déterminé à éliminer Yorick, mené par Victoria et Hero, la soeur de Yorick, débarquent et exigent qu'on leur livre le jeune homme. Sonia refuse et tue Victoria avant d'être abattue par Hero. L'agent 355, rétablie, Yorick et le Dr Mann quittent l'endroit après avoir convaincu les femmes du village d'incarcérer les Filles des Amazones.
Cependant, Alter Tse'elon est toujours sur la piste de Yorick, guidée par une mystérieuse informatrice, tandis qu'à 220 miles au-dessus de la Terre, dans la station spatiale Soyouz, trois astronautes (deux hommes et une femme) sont obligés de quitter leur position à cause d'une avarie technique...
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Ce deuxième tome ne déçoit pas et propose de nouveaux chapitres passionnants. Brian K. Vaughan recentre son récit sur le trio Yorick-355-Dr Mann en les entraînant dans l'Amérique profonde au gré de rebondissements palpitants : le "road-comic" se transforme rapidement en un séjour dans la bourgade de Marrisville, aux mains de femmes criminelles qui, après l'épidémie, ont décidé de diriger l'endroit comme une communauté autonome. Contre toute attente, ce nid de guêpes a tout d'un havre de paix et Yorick y fera la connaissance de Sonia avec laquelle il est sur le point de tromper sa fiancée Beth. Le sort que connaîtra la jeune femme en voulant protéger celui dont elle s'est éprise est cruel et poignant, surtout qu'elle trouve la mort par la faute de la propre soeur de Yorick, la mal nommée Hero.
Le personnage de Hero offre à Vaughan l'occasion d'évoquer le fanatisme en faisant référence à la tragédie de Wacko, où le chef d'une secte causa la perte de ses adeptes à la suite de l'assaut du F.B.I. - dont, on l'apprend, a fait partie à l'époque (en 1993, donc) l'agent 355. La subtilité avec laquelle Vaughan aborde ces thèmes et développe ses personnages, leur relation, est exemplaire : il donne vie à ces créatures en les dôtant d'un background que vient enrichir les expériences qu'ils traversent durant cette épopée.
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Pia Guerra accomplit elle aussi un sans-faute : son dessin est épuré, mais il est surtout juste, au service du script, des émotions, tout comme le découpage qui, bien que classique, rend la lecture rapide et limpide. Il est étonnant de constater à quel point on tourne vite les pages, avec quelle fluidité les évènements se déroulent. Sa complémentarité avec Vaughan est un pur régal et un modèle de storytelling.
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Le cliffhanger de l'épisode 10 promet beaucoup et la qualité des deux premiers tomes laisse augurer du meilleur pour la suite.