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lundi 6 septembre 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

Bonjour à tous et merci d'être là pour cette nouvelle entrée consacrée aux news récentes du monde des comics. J'espère que vous allez bien et que vous vous êtes faits vacciner (ou que vous allez vous faire vacciner). Voici ce qui a retenu mon attention ces derniers jours.

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SUBSTACK : 



La plateforme Substack continue de faire son marché en attirant les plus grands noms des comics. Après avoir une razzia chez Marvel (mais en laissant étrangement tranquille DC, si on excepte le départ de James Tynion IV), cette fois c'est chez les indés qu'une nouvelle star a succombé aux sirènes. Et pas n'importe qui puisqu'il s'agit de l'excellent Jeff Lemire, un des scénaristes les plus productifs du circuit.
Toutefois, Lemire a tenu à être très clair : il n'abandonne pas les comics physiques ni ses nombreux projets actuels, mais il veut profiter de ce nouveau support pour développer des histoires différemment. Ainsi proposera-t-il son nouveau graphic novel, Fishflies, à la manière d'un feuilleton. Et ça durera un bon moment puisqu'il a prévu de produire 500 pages ! Il veut aussi développer son Black Hammer-verse sur Substack, et il est donc certain que cette extension sera ensuite publiée chez Dark Horse Comics.
La seule ombre au tableau pour les fans, c'est qu'avec tous ces auteurs qui migrent sur cette plateforme, ça va commencer à douiller si on veut s'abonner à toutes leurs newsletters payantes et accéder aux contenus qu'ils mettront en ligne, même qi on se contente de l'offre la moins chère (je ne parle pas des options pour profiter des extras, car là, mieux vaut avoir de la maille). Les auteurs vont gagner en liberté et financièrement, c'est quasi-acquis, mais est-ce que les lecteurs les moins fortunés vont suivre ? Substack ne va-t-il pas ressembler à une sorte de club privé pour fans de comics aisés ? La question mérite d'être posée (sans parler du fait qu'il faut être prêt à lire des comics numériques).

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MILLARWORLD / NETFLIX :


Il y a quelques semaines, je relayai l'annonce du nouveau projet de Mark Millar intitulé King of Spies, pour lequel il promettait un artiste de renom. Hé bien, Millar a dévoilé qu'il s'agirait de Matteo Scalera, le talentueux dessinateur italien avec lequel il avait collaboré pour Space Bandits.
D'un côté, je suis très content car j'apprécie le style de Scalera. Mais d'un autre côté, je suis un peu perplexe et circonspect car j'ai le sentiment que Millar nous a vendus un artiste exceptionnel, sous-entendu avec lequel il n'aurait jamais travaillé et qui serait une star des comics (et on pouvait penser à quelques noms prestigieux comme Ivan Reis, Mahmud Asrar, Mikel Janin, par exemple), ce qui n'est pas le cas (sans faire injure à Scalera, il ne figure pas dans le haut du panier que s'arrachent les éditeurs). Et puis bon, Space Bandits, c'était quand même pas jojo, alors je croise vraiment les doigts pour que cette fois-ci, ce King of Spies soit meilleur.

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DC COMICS :


Chez DC, pas d'annonces notables cette semaine. Il va sans doute falloir attendre le DC Fandome pour glaner quelques infos croustillantes même si cet événement va sûrement faire la part belle aux adaptations ciné du DCEU.


Alors, faute de mieux, je vous poste (c'est le cas de le dire) une partie de la collection de timbres dessinés par Jim Cheung et colorisés par Laura Martin, produites pour la Poste britannique. Ceux que je partage sont consacrés à la Bat-family et aux ennemis de Batman.


Outre ceux-ci, Jim Cheung et Laura Martin en ont aussi réalisé quelques-uns avec la Justice League, qui forment une seule image très jolie. Sachez que le lot coûte 16,20 £. Peut-être que la Poste française pourrait essayer de négocier avec DC pour les proposer à ses clients, ce serait cool, même pour ceux qui ne sont pas des philatélistes.











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MARVEL COMICS :


Marvel est agité par pas de polémiques en ce moment : Scarlett Johansson qui poursuit en justice Disney pour de l'argent que son contrat sur le film Black Widow lui garantissaait si le llong métrage était exclusivement distribué en salles, plusieurs (anciens) auteurs qui révèlent la pingrerie de l'éditeur pour leur payer leurs créations et leur verser des royalties quand elles se trouvaient portées à l'écran... Et maintenant, ce qu'il faut appeler l'affaire Joe Bennett (ci-dessus).


Le dessinateur brésilien achève actuellement un run couronné de succès sur le titre Immortal Hulk (la série s'achève au #50). Mais déjà, il y a quelques mois, pour le n°43, il avait été épinglé sur les réseaux sociaux pour l'image ci-dessus taxée d'antisémitisme à cause dees inscriptions sur la vitrine en arrière-plan. A l'époque, Bennett s'était excusé piteusement en expliquant avoir voulu rendre hommage au cinéaste David Cronenberg, sans penser à mal, mais en n'ayant pas réfléchi aux symboles négatifs de son dessin.


Mais voilà qu'il a récidivé, et pas qu'un peu ! En effet, il a récemment posté ce dessin sur Twitter dans lequel on peut voir le président brésilien Jair Bolsonaro représenté comme un héros sur son cheval en train de menacer avec son épée scintillante des personnalités politiques de l'opposition (Dilma Rousseff, Lula...). Outre que l'image est d'une kitscherie abominable, c'est bien le fait de dessiner le très controversé chef d'Etat dans une posture pareil qui a déclenché une tempête médiatique, surtout quand on sait dans quelles difficultés (notamment sanitaires) se trouve le pays.
Ni une, ni deux : Al Ewing, le scénariste de Immortal Hulk, a réagi en affirmant qu'il ne travaillerait plus jamais avec Joe Bennett à l'avenir, ayant déjà eu des difficultés avec lui par le passé. Reste à savoir si l'affaire en restera là car Joe Bennett reste employé par Marvel pour un futur gros projet (dont je vous parle plus loin)...
 

Marvel aime bien teaser ses projets, ses events, parfois d'une manière agaçante. Mais cette fois, l'éditeur a choisi une autre tactique, un tir groupé de grosses annonces sur des sorties entre Décembre 2021 et Février 2022. Et visiblement, on n'est pas là pour rigoler car tous ces projets présagent de gros changements.
Le feuilleton autour de la fin du run de Chip Zdarsky et Marco Checchetto sur Daredevil a certainement connu son épilogue avec l'annonce de Devil's Reign, un event consacré à l'homme sans peur, qui débutera en Décembre prochain. Le Caïd, Wilson Fisk, décide de mener une chasse à tous les justiciers masqués de New York puisque les avoir interdit ne les a pas dissuadés de continuer à agir (et parfois à contrarier son business). Sachant que Matt Murdock est actuellement toujours en prison (où il est devenu à son tour une sorte de caïd règnant sur tous les détenus) et que Elektra assure l'intérim dans Hell's Kitchen, mais sachant aussi que dans l'exemplaire du FCBD consacré à Spider-Man et Venom, on a eu droit à quelques pages (par Zdarsky et Greg Smallwood) où, en plein délire, Fisk avait tué carrément plusieurs super-héros new-yorkais, ce Règne du Diable d'annonce dantesque.
A mon avis, c'est le chant du cygne de Zdarsky et Checchetto. Je l'espère en tout cas. Cet event, même si je n'ai pas aimé le run de ce duo, est appétissant.


Est-ce que Jason Aaron s'apprête lui aussi à quitter la série Avengers ? On sait qu'il prépare son cinquantième épisode d'affilée qui correspondra au 750ème épisode du titre, et qu'y seront introduis des Avengers du Multivers et de nouveaux Maîtres du Mal. Or, en Décembre, commencera Avengers Forever, avec ces fameux Avengers du Multivers.
Bon, du titre au concept, ça fait beaucoup penser à la mini-série de Kurt Busiek, Roger Stern et Carlos Pacheco de 1999. Mais je me garderai bien de dire que Aaron va faire aussi bien et même mieux. 
L'autre truc qui me fait ricaner d'avance, c'est que ce projet sera dessiné par Aaron Kuder. Je ne remets pas en question son talent, mais Kuder est un des artistes les plus lents qui existe, alors garantir qu'il tiendra les délais relève du fantasme. Si au deuxième épisode il n'est pas soutenu par un fill-in, je me mords un oeil.


WandaVision, Loki, What If...? sur Disney + nous ont prévenus : on va en bouffer du Multivers dans les années à venir, que ce soit dans le MCU ou les comics. Si vous en doutez encore, alors Timeless va vous convaincre puisque Kang sera au centre de ce projet écrit par Jed MacKay, où il sera question de sauver notre ligne temporelle d'une catastrophe cosmique. Bouh, ça fait peur...
Prévue pour être publié à un rythme héebdomadaire, dès Décembre, Timeless a donc besoin de plusieurs artistes solides pour être dessiné. Et Marvel a désigné Kev Walker (Avengers Arena), Mark Bagley (Ultimate Spider-Man) et... Le sulfureux Joe Bennett, dont je vous parlais plus haut. Marvel va-t-il kle conserver sur ce projet avec la polémique qu'il a déclenchée ? Le fait est que Bennett a le talent de rendre ses pages à l'heure, ce qui est précieux pour un comic-book hebdo. Mais l'éditeur osera-t-il faire comme si de rien n'était avec un artiste fan de Bolsonaro et antisémite ? C'est chaud.


2022, c'est déjà maintenant. Et pour Dan Slott, ce sera certainement l'aboutissement d'un long plan entamé lors de son run sur She-Hulk (en 2004-2005). The Reckoning War, c'est une histoire que le scénariste tease depuis tout ce temps, de série en série (The Amazing Spider-Man, Avengers : The Initiative, The Mighty Avengers, Tony Stark : Iron Man) jusqu'à, donc, Fantastic Four.
Mais on n'en sait pourtant guère plus sur le sens de cette Guerre du Jugement, sinon qu'elle sera illustrée par Carlos Pacheco et Rachael Scott. Toutefois, on peut supposer que ce sera cosmique et multiversel là aussi, car dans Empyre, Slott actait le retour du Gardien Uatu (tué lors de l'event Original Sin) et de Nick Fury en agent de terrain (lui aussi absent dans ce rôle depuis Original Sin).
Malgré cela, j'ai du mal à être enthousiaste car depuis le début de son run sur les FF, Slott m'a déçu. Et puis c'est un scénariste souvent à la bourre, avec un dessinateur vétéran qui ne tient pas ses délais (Pacheco). La pauvre Rachael Scott va sûrement en pâtir alors qu'elle mérite mieux.


Avec une série sur Disney + en tournage (avec Tatiana Maslany dans le rôle-titre), il était inévitable que Marvel n'arrange pas le retour de She-Hulk dans les stands. Jennifer Walters, qui a été saccagée dans les Avengeers de Jason Aaron, aura-t-elle droit à une renaissance digne de son rang ? Il serait temps.
Toute la question sera de savoir si Rainbow Rowell, qui a signé un run épatant sur Runaways (la série va être annulée), pourra faire ce qu'elle veut avec la cousine de Hulk. En tout cas, l'éditeur promet que l'héroïne renouera avec son métier d'avocate tout en composant avec ses activités super-héroïques au détour d'une affaire à laquelle est mêlée une vieille connaissance.
C'est Rogé Antonio qui dessinera la série, après sa pige sur Hellions et son transfert de chez DC. Bonne pioche. Peut-être que She-Hulk sera un sleeper (un succès d'estime mais surprise), dans la veine du Hawkeye de Fraction/Aja.
 

La franchise X, après le départ de Jonathan Hickman, va muter indéniablement. Pour Marvel et l'editor Jordan White, ce sera l'année de tous les dangers en 2022. Est-ce pour cela qu'on ressort Wolverine comme une sorte de gri-gri supposé chasser le mauvais sort ? En tout cas, Benjamin Percy, qui écrit à la fois X-Force et la série consacrée au griffu, sera aux commandes d'une double série intitulée X-Lives/X-Deaths of Wolverine à partir de Janvier.
Le problème, c'est que je n'aime pas la manière dont Percy écrit Logan et que le concept m'a l'air bien réchauffé (que va-t-on encore apprendre comme secrets sur le griffu ?). Les artistes seront Joshua Cassara (X-Force) et Federico Vicentini (Falcon & the Winter Soldier).


Enfin, en Février 2022, Marvel continue de racler les fonds de tiroir en donnant une nouvelle chance à Moon Girl and Devil Dinosaur. Un premier run, écrit par Brandon Montclare et Amy Reeder et dessinée apr Natacha Bustos, avait couru de 2015 à 2019. Cette fois, mystére sur l'équipe qui reprend le titre. Mais l'éditeur promet quelque chose qui redéfinit la notion de "team-up"... 
Bizarrement, ça me fait envie, parce que c'est inattendu, improbable.

Voilà, ce sera tout pour cette fois. Prenez soin de vous. Et je vous dis à très bientôt pour de nouvelles critiques.

samedi 22 décembre 2018

THE BEST DEFENSE : DEFENDERS, d'Al Ewing et Joe Bennett


Ainsi s'achève le projet The Best Defense : après quatre épisodes consacrés à chacun des membres du non-groupe le plus célèbre de Marvel, les Defenders vont se réunir pour empêcher le train du Conducteur Céleste de détruire la Terre sur son passage. Ce final est écrit par Al Ewing et dessiné par Joe Bennett et illustre surtout que le trop est l'ennemi du bien...


Le cerveau du Conducteur Céleste est infecté par le parasite cosmique Nebulon. Le Surfeur d'Argent le découvre et tente de l'arrêter pour que le train ne soit pas la prochaine planète à alimenter le moteur de la machine infernale.


Mais le héraut de Galactus, qui cherche surtout à gagner du temps avant que son maître n'intervienne, est impuissant à raisonner son adversaire. Il l'ignore mais, pendant ce temps, sur Terre, des alliés à sa cause s'affairent.


Hulk qui est entré en possession de l'Oeil d'Agamotto voit apparaître la forme astrale du Dr. Strange venu du futur et le prévenant de la catastrophe à venir. Il le convainc de l'aider en échange d'un traitement contre la maladie dont souffre le colosse de jade.


Au même moment, Namor uni à la planche du Surfeur d'Argent vient à sa rescousse. Hulk et Strange descendent aux Enfers pour y négocier avec Mephisto contre Nebulon.


Mephisto capture Nebulon et renvoie Namor à l'océan et Hulk sur Terre. Le Surfeur d'Argent rejoint Galactus, repu et prêt à en découdre avec le Conducteur Céleste. Quant à Strange, il s'est sacrifié et est détenu par Mephisto - qui ingore que son prisonnier a un plan pour s'échapper...

Petit rappel des faits d'abord : dans un futur lointain, le Conducteur Céleste et son train ont dévasté la Terre dont Dormammu a fait son nouveau royaume. Seul le Dr. Strange défend encore la planète et, au péril de sa vie, il terrasse son ennmi et remonte le temps sous sa forme astrale via l'Oeil d'Agamotto. L'artefact est retrouvé par Bruce Banner sans comprendre comment un sans-abri a pu le récupérer... Pendant ce temps, le Surfeur d'rgent doit urgemment trouver une planète que Galactus pourra dévorer pour être assez fort afin d'affronter le Conducteur. Mais son surf lui échappe. La planche sauve Namor, qui vient d'affronter un seigneur aquatique ayant refusé de se joindre à sa guerre contre les humains. Leur duel les entraîne dans l'espace où le surf d'argent sauve le prince des mers...

Al Ewing est de tous les scénaristes émergeant chez Marvel celui qui est le plus chien fou. Je n'ai que quelques-uns de ses épisodes de New Avengers/U.S.Avengers et cela m'a suffi pour constater que si ce garçon a une imagination débridée, il lui manque (selon moi) la rigueur pour rendre ses idées digestes. Depuis une dizaine de mois, il a en charge le destin de la série The Immortal Hulk (issu de la saga Avengers : No Surrender) dont il a fait un succès critique et public en l'inscrivant pourtant dans le registre risqué de l'épouvante.

Après avoir, logiquement, écrit The Best Defense : The Immortal Hulk, il a le redoutable honneur de conclure ce curieux projet qui, en vérité, n'aboutit pas à une reformation des Defenders.

Et c'est en fait là où le bât blesse car on se rend compte que ces cinq chapitres n'aboutissent qu'à un terminus brouillon et surtout à des teasers pour le futur des quatre héros (même si j'ai du mal à voir ce que Mark Waid tirera de la situation dans laquelle Ewing laisse le Dr. Strange...). Hulk va poursuivre ses aventures en Enfer ;  Namor persévérer dans son projet de guerre contre les humains (suivant l'idée idiote de Jason aaron dans Avengers) dans un prochain titre Invaders ; et le Surfeur d'Argent va intervenir dans le relaunch de Guardians of the Galaxy.

Tout ça pour ça ! L'épisode, long comme un Annual (soit une trentaine de pages) est grandiloquent et boursouflé : on découvre que le Conducteur est manipulé par un parasite mais n'attendez pas de grandes batailles contre lui ou entre Galactus et le Céleste. C'est une ficelle grosse un cable et un deus ex machina bien pratique qu'utilise Ewing pour dénouer tout ce bazar : Mephisto, jamais loin quand le Surfeur d'Argent est concerné, devient l'allié bien pratique et providentielle de ces Defenders animés sans alchimie. Bien entendu, il y a un prix pour son intervention, mais les scénariste le traite avec une telle désinvolture qu'elle perd tout son sens (et place donc Strange dans une position abracadabrantesque).

The Best Defense affiche un bilan très inégal  deux superbes one-shots (Doctor Strange et The Silver Surfer), deux autres médiocres (Namor, The Immortal Hulk), et des liaisons maladroites, forcées. On se plaît à rêver à ce qu'Alan Davis aurait fait de ça, lui qui excelle à synthétiser des éléments disparates en un tout admirablement cohérent et intense...

Et il aurait dessiné ça autrement plus puissamment que Joe Bennett. L'artiste s'en sort honorablement mais son trait est parfois inutilement chargé et manque d'énergie, un comble pour un récit manipulant des êtres aussi démesurés. Il reste des planches mémorables (le Conducteur qui attrape des planètes pour les balancer dans la fournaise de son train, Nebulon accroché au cerveau du géant céleste, Mephisto, les Enfers). Mais ça ne fait pas une narration graphique.

Ron Garney, qui a signé les couvertures de tout le projet, aurait été bienvenu pour contribuer au-delà (mais il est parti s'occuper d'une série sur Conan, dont Marvel a récupéré les droits).

Le compte n'y est pas donc. C'est déplorable car on a le sentiment d'avoir ét roulé dans la farine avec la promesse d'une reformation des Defenders d'origine, mais pris entre une histoire improbable et les plans d'autres auteurs pour les héros, c'était pour ainsi dire injouable.

mardi 6 novembre 2018

THE TERRIFICS ANNUAL #1, de Gene Luen Yang, Mark Russell, James Asmus et Joe Bennett, Evan Shaner, José Luis


The Terrifics n'a pas une année d'existence (et la série dépassera-t-elle ce stade ?) que DC publie un Annual. L'initiative laisse encore plus dubitatif quand on constate que Jeff Lemire, le scénariste du titre, n'y participe pas... Alors que deux récits reviennent sur des points déterminants ! Car ce numéro comporte trois segments et non une grande histoire détachée de l'intrigue en cours... Tout cela est bien curieux mais cependant bien emballé par quelques auteurs notables.


- Masquerade (Ecrit par Gene Luen Yang et dessiné par Joe Bennett) - Les Terrifics participent à la fête d'Halloween dans un campus financé par Simon Stagg. Qui, lui, est occupé par une expérience exploitant l'ADN de Plastic Man. Et qui, bien sûr, tourne mal. C'est la panique qui gagne la fête dont beaucoup de participants sont des clones - parmi lequel celui du fils de Plastic Man dont s'est éprise Phantom Girl...

On ouvre cet Annual par le récit qui renvoie à la couverture (signée Emanuela Lupacchino). Il s'agit d'un chapitre se déroulant avant que Metamorpho recouvre forme humaine, comme c'est le cas dans l'arc narratif en cours dans la série régulière.

Gene Luen Yang, qui s'est notamment illustré en écrivant un peu du Superman durant les "New 52", met en scène une intrigue très convenue sur le schéma de l'expérience qui tourne mal avec comme responsable Simon Stagg et comme cibles les Terrifics - en particulier Plastic Man (dont l'ADN a été manipulé) et Phantom Girl (pour des raisons sentimentales - que Lemire pourrait développer, s'il en a le temps et l'envie, puisqu'elle tombe amoureuse du fils de son co-équipier). Si ce n'est pas follement original, il y a du rythme, c'est déjà ça.

Joe Bennett (qui trouve le temps de participer ici tout en dessinant Immortal Hulk pour Marvel) met ce scénario en images. Le résultat ne serait pas désagréable s'il n'était pas encré par trois personnes différentes, dont aucune n'apporte une plus-value. Bennett n'est déjà pas un graphiste renversant, mais avec des finitions pareilles, toutes surchargées de détails inutiles (pour donner du volume et des textures), c'est juste passable.

Bof.

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- Origin of the Specious (Ecrit par Mark Russell et dessiné par Evan Shaner) - Java, l'homme de main néandertalien de Simon Stagg, secrètement amoureux de Sapphire, se remémore ses origines quand les Homo Sapiens apparurent et signèrent le déclin définitif des siens. La source d'une solide rancune contre l'homme moderne à l'heure où Java prépare sa vengeance...

Les deux autres segments de cet Annual ont le mérite d'éclaircir des points laissés dans le flou par Lemire dans la série. Aussi est-on surpris qu'il ne se soit pas chargé de les écrire (faute de temps, car il est très occupé entre ses commandes pour DC, Marvel, et Black Hammer chez Dark Horse ?).

Mark Russell, en tout cas, s'attache respectueusement au cas de Java, l'improbable homme de main préhistorique de Simon Stagg. On vient de découvrir, dans le dernier épisode de The Terrifics, que c'est lui qui se cachait derrière le masque du Dr. Dread, ennemi de Tom Strong et menace des héros comme du Multivers. Mais pourquoi est-il si méchant ?

Le récit explique de manière très fantaisiste comment les néandertaliens ont été supplantés par les homo sapiens, mais plus que la véracité historique, c'est ce qu'a perdu Java alors qui explique son ressentiment. Cela lui donne aussi une sorte de mélancolie touchante, pas évidente pourtant à percevoir. Ajoutez-y un zeste de dépit amoureux (puisqu'il est épris, sans que ce soit réciproque, de Sapphire Stagg, la fiancée de Rex Mason/Metamorpho) et vous comprendrez qu'il en a gros sur la patate.

Surprise : c'est Evan Shaner, le seul des créateurs de la série (avec Lemire et Ivan Reis) à participer au numéro, qui dessine ce segment. Son style élégant, délicat même, n'est a priori pas le plus indiqué pour une histoire d'hommes des cavernes, mais il s'en tire très bien. Et ça permet de patienter avant de découvrir, dans quinze jours, son premier épisode de Supergirl (Shaner sera le fill-in de Kevin Maguire).

Beau et instructif.

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- The Message (Ecrit par James Asmus et dessiné par José Luis) - Où l'on découvre dans quelles circonstances, alors qu'il explorait le Dark Multiverse, Tom Strong a échappé de peu à la mort en affrontant un Titan. Puis comment il a laissé le message vidéo trouvé plus tard par Phantom Girl puis les Terrifics...

C'est un autre flash-back qui ferme le ban puisqu'on découvre comment tout a commencé, avant même la formation des Terrifics, quand Tom Strong a initié, sans le savoir, leur aventure.

James Asmus, ex-grand espoir chez Marvel, anime donc le héros de Alan Moore et Chris Sprouse pour une partie très mouvementée et spectaculaire, avec le géant endormi sur lequel Mr. Terrific, Metamorpho et Plastic Man trouveront Phantom Girl dans le Dark Multiverse. Puis le message alarmant de Strong sur le sort des dimensions. L'ensemble est bien mené mais si en définitive dispensable car Lemire avait résumé tout cela sans le montrer.

José Luis revient pour la troisième fois sur le titre en illustrant ce chapitre. Il rend, comme d'habitude, un travail propre, soigné, qui évoque Reis sans la maestria de ce dernier. Comme on dit, il fait le job, et ça tombe bien, c'est ce qu'on lui demande.

Au final, en dehors du segment concernant Java, qui éclaire vraiment sur les motivations du personnage, cet Annual n'a rien d'indispensable. C'est davantage un complément de programme qu'un épisode spécial digne de ce nom. 

vendredi 27 juillet 2018

THE TERRIFICS #6, de Jeff Lemire et Joe Bennett


Suite et fin de l'arc narratif entamé le mois dernier, le sixième épisode des Terrifics subit un nouveau changement d'artiste (le quatrième déjà !) et il faut donc tout le talent de Jeff Lemire pour faire passer la pilule. Néanmoins, c'est moins pire, visuellement, que je ne le craignais et la conclusion de ce récit est efficace, avec la porte ouverte à la prochaine rencontre entre les héros et Tom Strong.


En ayant voulu porter secours à leur ami Metamorpho attaqué par Algon, les trois autres membres des Terrifics aboutissent chacun dans une région différente du Royaume des Eléments où les attendent des épreuves appropriées à leur personnalité et leur pouvoir.


Mr Terrific est confronté au fantôme de Paula, sa femme morte. Plastic Man affronte des géants de pierre. Phantom Girl se bat contre des soldats de fumée capables de la blesser. Metamorpho comprend que Algon veut utiliser l'Orbe de Ra, qui leur a donnés les mêmes pouvoirs, pour quitter cette dimension et recouvrer apparence humaine.


Plastic Man réussit à rejoindre Mr Terrific et Phantom Girl à aider Metamorpho. L'équipe réunie a raison de leur ennemi à qui ils reprennent l'Orbe et ils s'échappent par le portail dimensionnel encore ouvert.


Algon ne veut pas en rester là et s'accroche à Plastic Man mais Metamorpho indique à Mr Terrific de diriger l'Orbe en direction du soleil (puisque Ra est le dieu du soleil) afin de repousser leur adversaire mais aussi de rendre leur aspect normal aux victimes civiles.


La manoeuvre réussit si bien que Rex Mason redevient un homme normal. Mais l'heure n'est pas encore aux réjouissances car le véritable instigateur des mésaventures des Terrifics se dévoile : le Dr. Dread les a téléportés sur la Terre de Tom Strong qu'il compte tuer avant qu'il ne réponde à leurs questions !

Puisque The Terrifics a été écrit depuis le début par Jeff Lemire comme sa version des Fantastic Four (à la manière des réinterprétations qu'il compose dans Black Hammer), on pouvait s'étonner qu'il n'ait pas encore introduit l'équivalent du Dr. Doom pour ses héros. C'est désormais chose faîte !

Avant cela, on assiste au combat du quatuor contre le Royaume des Eléments dans lequel les a entraînés Algon et le scénariste en profite pour adapter les dangers de cette dimension aux pouvoirs de ses héros. L'action bat son plein sur un rythme toujours aussi soutenu, renforcé par un découpage si précis et semblable au précédent épisode qu'on ne peut que l'attribuer à la précision du script de Lemire - et non à une idée du dessinateur.

En effet, le découpage, ingénieux et simple, voit les pages se succéder avec quatre cases, puis deux, puis une seule (donc une pleine page) - lorsque les Terrifics se retrouvent au complet. Cet effet donne l'impression d'un crescendo en même temps qu'il correspond à la réunion de l'équipe. C'est si élémentaire et judicieux qu'on s'en rend à peine compte tout en ayant le sentiment que quelque chose s'est produit au fur et à mesure. Comme quoi, rien ne sert de compliquer la mise en page pour combler le lecteur : un bon dispositif est toujours évident quand il est bien employé.

Puis, une fois le danger circonscrit, la bande évolue dans un découpage privilégiant les plans horizontaux, juste à temps pour l'arrivée théâtrale du Dr. Dread qui ressemble à s'y méprendre à Fatalis dans son armure mais aussi par son expression grandiloquente. Lemire nous a conduit exactement là où il l'avait promis dès le premier épisode : sur la Terre de Tom Strong, qui avait, souvenez-vous, annoncé aux Terrifics qu'ils seraient les seuls à sauver le Multivers s'il mourrait. Or, Dread veut justement l'assassiner ! La boucle est (presque) bouclée. Magistral !

Quel dommage quand même que Evan Shaner n'ait pu dessiner la fin de cet arc... C'est donc au mercenaire Joe Bennett de le remplacer (alors qu'il illustre en parallèle The Immortal Hulk pour Marvel). Il n'a pas l'élégance de son prédécesseur, mais, comme je le disais en ouverture, je m'attendais à pire. Tout compte fait, il ne s'en sort pas si mal.

Ce qui gâche cet effort méritoire, c'est l'encrage de Sandra Hope : si son style valorise des graphistes assez lisses comme Tony Daniel en leur donnant un côté plus rugueux, ici elle ajoute quantité de petits traits inutiles sur le crayonné de Bennett avec l'objectif manifeste de souligner les volumes. Mais l'effet est assez laid, chargeant le dessin inutilement là où la couleur aurait largement suffi à produire des textures équivalentes.

Heureusement, à partir du mois prochain, Dale Eaglesham prendra la relève en plus de signer, comme pour ce numéro, les couvertures. Ce ne sera que provisoire (l'artiste va en effet réaliser la future série Shazam ! de Geoff Johns) mais c'est déjà ça.

Le vrai match sera ailleurs de toute façon puisqu'en Août revient Fantastic Four chez Marvel (par Dan Slott et Sara Pichelli) : on verra alors qui de l'original ou de sa "copie" séduira le plus.... 

jeudi 26 avril 2018

THE TERRIFICS #3, de Jeff Lemire et Joe Bennett


Autant le dire d'entrée, ce troisième épisode de The Terrifics laisse un goût amer, un sentiment de bâclage, qui risque bien de poser des problèmes pour l'avenir de la série -et de ligne The New Age of Heroes, dont le principe repose quand même sur la mise en avant de ses dessinateurs. Un principe attractif quand on observe les prestigieux noms qui y sont attachés pour les premiers numéros de chaque titre mais qui, très vite, en vérité, sente l'arnaque... Mais tous les torts ne sont pas que de ce côté.


Mr. Terrific annonce à Plastic Man, Metamorpho et Phantom Girl qu'à suite de leur séjour dans le Dark Multiverse ils sont désormais dans l'impossibilité de se séparer à plus d'un mile les uns des autres. Sinon cela leur causerait à chacun des dommages et mettrait en danger leurs proches.


Sapphire Stagg convainc son père de prêter son laboratoire (qui contient le matériel qu'il a acheté à Michael Holt) à Mr. Terrific pour qu'il tente de remédier à ce problème. Puis la jeune femme s'isole ensuite avec Metamorpho qui espère, une fois redevenu autonome, qu'elle partira avec lui. Mais elle s'y refuse car son père, s'il n'est pas sans défaut, est sa seule famille. 


Phantom Lady interrompt Mr. Terrific dans ses cogitations pour lui demander s'il pourrait envoyer un message à sa planète natale afin de rassurer ses semblables sur son sort. Il lui promet d'en parler à Green Lantern mais pour l'heure d'autres soucis l'accablent. Comme ce roulis retentissant à l'extérieur...


Dehors, Plastic Man et Metamorpho voient débouler sur eux une roue géante et lourdement armée. Grâce aux instructions de Mr. Terrific, le groupe réussit stopper cet engin qui est une invention de Stagg destinée à l'armée.



Tout le monde souhaite faire une pause après cela, sauf Mr. Terrific impatient de retrouver le calme de son labo. Il y visionne à nouveau le message enregistré par Tom Strong en se jurant de résoudre cette énigme dont il pressent la menace bien réelle.

Parlons d'abord du contenu de cet épisode, qui clôt (déjà !) le premier arc narratif, avant de pointer ce qui ne va, plus globalement avec la série et le concept de la collection à laquelle elle appartient.

Jeff Lemire ne force pas son talent, c'est le moins qu'on puisse dire avec ces vingt pages qui sentent le remplissage tant elles ne font pas progresser le schmilblick. Tout juste appréciera-t-on le dialogue entre Metamorpho et Sapphire Stagg qui montre que leur relation n'est pas si paisible que cela : elle y défend son père, malgré ses actes répréhensibles, et refuse de choisir entre lui et Rex Mason quand celui-ci exprime son envie qu'ils aillent vivre ailleurs. C'est, réellement, le seul point intéressant de ce chapitre.

(On pourrait aussi évoquer le teaser en plein milieu de l'épisode où on voit Metamorpho visiblement frappé de folie et s'attaquer à des civils, tandis que le narrateur nous prévient que ceci sera expliqué plus tard. C'est inattendu et accrocheur, mais tout de même curieux : un peu comme une page de pub au milieu d'un film pour nous prévenir de ce qui se passera dans la suite du long métrage...)

Pour le reste, et c'est vraiment le plus surprenant après deux premiers numéros trépidants, de la part d'un des scénaristes les plus épatants actuellement, on se demande bien ce qui justifie ce qu'on nous donne à lire. Tout tombe comme un cheveu dans la soupe, depuis la fameuse roue infernale sortie de nulle part (mais qui a droit à la couverture), prétexte incongru pour vérifier la complémentarité des membres de l'équipe (toujours pas officiellement baptisée), jusqu'à la caractérisation de certains protagonistes (les facéties hystériques de Plastic Man qui paraissent trop forcées, la rigidité austère au possible de Mr. Terrific certes préoccupé par la situation mais qui paraît elle aussi trop appuyée). Le subplot en relation avec Tom Strong et son message est relégué à la dernière page, sans là non plus avoir eu droit à la moindre progression (alors que le héros a prévenu d'un danger mortel pour l'univers...).

Ce n'est donc pas fameux.

Mais il y a pire, et c'est ce qui finit de gâcher le plaisir.

The Terrifics appartient à une collection appelée The New Age of Heroes par laquelle DC Comics, à la suite de la saga Dark Nights : Metal (de Scott Snyder et Greg Capullo), a voulu miser sur des séries originales ou reprenant des héros négligés/oubliés. Pour attirer le lecteur, l'éditeur a mis en avant des artistes vendeurs comme Jim Lee (infoutu de réaliser un épisode entier de Immortal Men...), Ryan Sook (qui ne fera que le premier n° de The Unexpected), Philip Tan (un tâcheron), Kenneth Rocafort (une nullité), John Romita Jr. (qui a expédié ses trois épisodes de The Silencer avant de partir rejoindre Millar pour Kick-Ass) et donc Ivan Reis.

Le contrat indiquait que ces stars du dessin devaient signer les trois premiers épisodes avant d'être remplacés par des noms moins ronflants mais prometteurs. Reis devait ainsi passer le flambeau à Evan Shaner (impliqué dans The Terrifics dès le début puisqu'il a redesigné les personnages, même si on n'a pas encore vu leurs nouveaux costumes - en fait il semble que Shaner ne fera que les #4 et 5, Dale Eaglesham le #7, et après... Surprise !).

Je me garde du mieux que je peux dans mes critiques d'accabler les artistes quand ils sont fâchés avec le rythme mensuel des comics tant qu'ils livrent des planches de qualité. Par ailleurs, le lecteur est aussi responsable car on n'exige pas aujourd'hui d'une BD les mêmes qualités que dans les années 60-70 : avec les progrès techniques à la disposition des graphistes, il est devenu plus simple de travailler, mais ça ne garantit pas que tout le monde ait l'énergie et l'inspiration pour abattre vingt pages par mois (a fortiori quand on se passe d'encreur). Il faut toujours garder à l'esprit le côté usinier des comics et rester indulgent.

Mais être indulgent ne signifie pas tout laisser passer et quand on se lance dans la carrière de dessinateur de comics, on sait aussi la charge de travail que cela implique, on ne peut pas faire comme si on la découvrait et penser qu'on va s'établir en ne tenant pas les délais ou en bâclant son ouvrage. A moins de travailler dans des conditions spéciales où son editor vous couvre, que votre série ne dépend d'un calendrier strict, et de livrer un travail exceptionnel finalement, peu d'artistes peuvent réclamer de leur patron et du public cette indulgence.

Ivan Reis est un professionnel, au talent et aux capacités reconnus. Mais il faut reconnaître qu'il n'est plus depuis Blackest Night cet artiste capable de produire huit épisodes de trente pages d'une qualité égale. Pour Aquaman, il a fait encore le boulot (n'étant supplée que pour un épisode sur les douze de son run) pour un résultat irréprochable. Mais sa prestation sur Justice League (version "New 52") ou récemment sur Justice League of America (version "Rebirth") a montré un dessinateur à bout de souffle après deux épisodes d'affilée, car DC lui a commandé en parallèle des couvertures pour d'autres titres (Nightwing et des variants). 

Un des maux des comics actuels est la pénurie d'artistes capables d'enchaîner les épisodes mensuels, ce qui demande rigueur et tonus. Quand un artiste officie sur un titre avec un casting fourni, la donne se complique car l'effort est plus grand. La solution est de les affecter sur une série avec peu de personnages, voire avec un héros seul.

Mais, même ça, apparemment, Reis (comme d'autres) n'y arrivent plus. Après avoir difficilement produit une quinzaine de pages du #2 de The Terrifics, il n'en assure aucune pour ce #3, ses fans doivent se contenter de la couverture (par ailleurs quelconque). Il a donc été complètement remplacé par Joe Bennett, un de ces seconds couteaux qui grossissent les effectifs des gros éditeurs, des dessinateurs moyens ou franchement mauvais mais capables d'être présents au pied levé. La comparaison est quand même cruelle car Bennett n'a pas le trait expressif et souple, cette maîtrise technique, si séduisante de Reis (même quand ce dernier est fatigué). Du coup, on lit vingt pages passables, parfois médiocres, ou laides, en tout cas sans rien qui charme.

Et par conséquent on a cette impression d'avoir été abusé, trompé sur la marchandise : DC nous promettait trois épisodes de Reis (on n'en aura eu qu'un et demi), trois de Shaner (on n'en aura que deux). Ajoutez-y tous les manquements précités sur les autres titres de "The New Age of Heroes" et vous comprendrez que c'est bien beau de vouloir vendre des séries en les faisant démarrer par des stars... Mais si ces stars sont incapables d'assurer le job, la promesse vire à l'arnaque.

Le scénario n'étant pas non plus, pour l'occasion, à la hauteur, la déception le dispute à la colère. C'est dommage pour cette série sympathique et prometteuse, que je ne condamne pas (même si la suite a intérêt à relever le niveau pour qu'on n'ait plus à subir pareille déconvenue), mais c'est aussi limite de la part de DC, qui a sûrement péché par orgueil dans cette entreprise.